‹ Vies choisies des principaux saints (volume 4)Chapitre 84 sur 104 · S. SIMÉON, ÉVÊQUE · texte numérisé non relu

S. SIMÉON, ÉVÊQUE

entrer le roi dans une étrange colère. Il ordonna sur-le-champ qu'on mit à mort les prêtres et les diacres, qu'on démolit les églises et que Ton convertit à des usages profanes tout ce qui servait au culte des chrétiens. Quant à Siméon, il fut arrêté et chargé de fers, avec deux des prêtres de son église. Étant arrivé à Lédan, capitale du pays des Huzites, le roi le fit comparaître devant lui. Voyant que le saint évêque ne l'adorait point, comme il l'avait toujours fait, il lui demanda pourquoi il lui refusait cet honneur : « C'est, répondit Siméon, que je n'ai jamais comparu devant vous chargé de fers, ni pour être forcé à renoncer le vrai Dieu. »

Le roi, prenant ensuite un visage moins sévère, lui dit : « Croyez-moi, Siméon, je vous veux du bien. Adorez le soleil; cet acte d'obéissance vous sera avantageux ainsi qu'à votre peuple. — Comment adorerai-je le soleil puisque je ne peux vous adorer, quoique vous soyez d'une nature plus excellente? Nous ne reconnaissons qu'un Seigneur, qui est Jésus crucifié. — Si vous adoriez un Dieu vivant j'excuserais voire folie; mais non, vous adorez comme Dieu un homme mort sur un bois infâme... Si vous moLéisscz je vous promets des honneurs, des richesses et les principales dignités de mon royaume. — Vous n'avez pas une juste idée de Jesus-Christ. 11 est le créateur des hommes et le seigneur du soleil même, qui s'éclipsa à sa mort pour marquer son deuil. 11 est d'ailleurs sorti glorieux du tombeau et est monté au ciel par sa propre vertu. Quant aux hunneurs que vous me promettez, ils ne me tentent point. Mon Dieu m'en prépare que vous ne connaissez pas et qui sontinfi-

3û2 S. SIMÉON, ÉVÊQUE.

niaient plus précieux que les vôtres. — Épargnez TOtre vie et celle d'une multitude d'hommes qui périront avec vous, si vous persistez dans votre opiniâtreté. — Si vous commettez un tel crime vous en subirez la punition dans ce jour terrible où le souverain juge vous demandera un compte rigoureux de toutes vos actions. Pour moi, je vous abandonne avec plaisir les restes d'une misérable vie. — A la bonne heure que vous couriez à votre perte; mais j'ai du moins pitié de vos sectateurs, et je tâcherai de les guérir de leur folie par la sévérité de votre châtiment. — L'expérience vous apprendra que les chrétiens ne sacrifient point une vie éternelle pour une vie périssable, et qu'ils ne voudraient pas échanger contre votre diadème le nom immortel qu'ils ont reçu de Jésus-Christ. — Si vous refusez de m'honorcr en présence des grands de mon royaume et de m'adorer avec le soleil, la divinité de tout l'Orient, je ferai demain déchirer de coups et ensanglanter ce visage si beau et ce corps d'un aspect si vénérable. — Vous vous égalez au soleil dont vous faites un dieu, et cependant vous êtes plus grand que lui. Si vous défigurez la beauté de mon corps, que je regarde présentement comme quelque chose de méprisable, celui de qui je la tiens saura me la rendre un jour avec usure. » Le roi, désespérant de pouvoir ébranler la constance du saint, le fit renfermer dans une étroite prison jusqu'au lendemain.

Il y avait à la porte du palais un vieil eunuque nomme Guhsciatazades,qui avait éléélevé avecSapor et qui jouissait à la cour de la plus haute considération. Il avait professé le christianisme ; mais

S. SIMÉON , ÉVÊQTJE, 3û3

il adorait le soleil depuis quelque temps pour ne pas déplaire à son maître. Ayant vu passer le saint évêque qu'on menait en prison, il se mit à genoux pour le saluer. Siméon détourna les yeux afin de lui faire sentir l'horreur de son apostasie. L'eunuque, touché de ce reproche secret, rentra en luimême et détesta son crime. « Malheureux que je suis ! s'écria-t-il les yeux haignés de larmes; si la conduite que Siméon vient de tenir à mon égard m'est si sensible comment pourrai-je soutenir l'indignation du Dieu que j'ai lâchement renié? » Plein de ces pensées, il court h sa maison, quitte les habits précieux dont il était revêtu, en prend de couleur noire, que les Perses avaient coutume de porter dans les temps de deuil, et retourne à la porte du palais.

Le roi, informé de ce qui se passait, envoie chercher l'eunuque. « Il faut, lui dit- il, qu'un esprit ennemi se soit emparé de vous. Grand roi, répond l'eunuque, ce n'est rien de ce que vous pensez. Qui eut jamais plus lieu que moi de s'attrister? j'ai péché contre Dieu en adorant le soleil, et contre vous en trahissant ma conscience, qui désavouait l'acte extérieur d'idolâtrie que je faisais. Quoi ! reprit Sapor transporté de fureur, c'est là ce qui vous afflige ? Eh bien ! je saurai vous mettre h la raison si vous ne quittez au plus tôt ces folles idées. — J'en prends à témoin le Seigneur du ciel et de la terre, que je ne vous obéirai plus en ce point et que désormais je ne tomberai pas dans un crime dont je me repens avec toute l'amertume de mon cœur. Je suis chrétien, et je vous déclare que l'envie de plaire aux hommes ne me rendra point perfide envers mon

3o4 S« SIMÉON, ÉVEQUE.

Dieu. — J'ai pitié de votre vieillesse et je suis fâché que vous vouliez perdre le mérite de vos longs services : je vous en prie, n'adoptez pas les préjugés d'une troupe de méchants, ou vous me forcerez de vous envelopper dans leur perte. — Sachez que je n'abandonnerai point le vrai Dieu pour adorer de simples créatures. — A vous entendre, j'adore donc des créatures? — Oui; et ce qu'il y a de plus déplorable, vous adorez des créatures inanimées et dépourvues de raison. »Le roi, outré de colère, ordonna qu'on appliquât le confesseur à la question; mais la noblesse obtint qu'il fût mis h mort sur lechamp. Lorsqu'on était sur le point de le conduire au supplice il envoya prier le roi de faire publier qu'on le mettait à mort non pour avoir commis quelque crime, mais pour n'avoir pas voulu abjurer la religion chrétienne. Son but en faisant cette prière était de réparer le scandale de son apostasie. Le roi lui accorda ce qu'il demandait pour un eff't tout contraire, c'est h dire dans la vue d'eflrajer les Perses qui seraient tentés d'embrasser le christianisme. Le saint vieillard fut décapité le jeudi saint. Siméon ayant appris dans sa prison le martyre de Guhscialazades en rendit grâce à Dieu et se sentit plus que jamais embrasé du désir de donner sa vie pour Jésus-Christ. Ayant persisté le lendemain dans les réponses qu'il avait laites clans l'interrogatoire du jour précédent, il fut condamné à être décapité.

On lira de la prison cent autres chrétiens pour les mener au supplice en même temps. Ayant Ions protesté qu'ils n'adoreraient point le so!cii, ies bourreaux se mirent en devoir de les exécuter. Si-

S. SIMÉOX, ÉVKQIE. 3o5

méon, qu'on rendit témoin de leur supplice dans l'espérance qu'il se laisserait ébranler, les exhortait à persévérer dans la profession de la foi, et les consolait par l'espérance d'une heureuse résurrection. Lorsque ces cent chrétiens eurent été exécutés Siméon reçut aussi la couronne du martyre avec les prêtres Abdahaïcla elHananias. Tandis que ce dernier ôtait ses habits il fut tout à coup saisi d'un tremblement involontaire. Phusikius, intendant des travaux du roi, s'en aperçut et lui dit : «Rassurez-vous, Hananias; fermez les yeux, et vous verrez dans un moment la divine lumière de Jésus- Christ. » On conduisit aussitôt Phusikius devant le roi pour y rendre compte de ce qu'il venait de dire. Le prince lui reprocha la prétendue ingratitude dont il avait payé ses bienfaits. « Je voudrais, répondit celui-ci, pouvoir échanger ma vie contre la mort de ces généreux chrétiens. Je renonce donc à vos honneurs remplis de troubles et d'inquiétudes. La grâce que je vous demande est de m'associer à ceux dont je viens de voir le supplice. Rien ne peut être plus heureux que leur mort. — 0u°i î vous préférez la mort à votre dignité ? Il faut que vous soyez extravagant. — Je n'extra vague pas, mais je suis chrétien, et voilà pourquoi ma mort, jointe à une ferme espérance en Dieu, me paraît préférable à tous vos honneurs. » Le roi, furieux, ordonna qu'on lui fît souffrir un genre de mort extraordinaire. Les bourreaux lui percèrent le cou et lui arrachèrent la langue. Il expira dans cette horrible torture. Il avait une fdle qui avait consacré à Dieu sa virginité : elle fut aussi arrêtée et condamnée h mort.

5o6 S. NICOLAS, ÉVEQUE.

S. Siméon souffrit le 17 avril 54 1. S. Maruthas fit la translation de ses reliques et les déposa dans l'église de sa ville épiscopale, qui a pris de là le nom de Martyropolis.

Page 1