ÉVEQUE DE MYRE EN LYCIE
(6 décembre.)
La grande vénération qu'on a pour S. Nicolas depuis tant de siècles chez les Grecs et les Latins, et cette multitude de temples bâtis sous son invocation sont des preuves de son éminente sainteté ainsi que de la gloire dont il jouit dans le ciel. L'empereur Justinien lit élever une église en son honneur à Constantinople, dans le quartier appelé Blaquernes, vers l'an 45o. Ce saint fut titulaire de quatre églises dans la même ville. Nous ne rapporterons de sa vie que les faits sur lesquels les différents auteurs de ses Actes paraissent d'accord. Ils le font natif de Patare en Lycie ; ils disent que dès son enfance il observait le jeûne du mercredi et du vendredi, qui était alors ordonné par une loi de l'Eglise; que sa vertu acquit un nouvel éclat quand il eut embrassé la vie religieuse dans un monastère près de Myre en Lycie; qu'il se distingua principalement par sa charité envers les malheureux. On rapporte que, trois jeunes filles se trouvant en danger de perdre leur innocence , il pourvut à leurs besoins et les mit en état de s'établir honnêtement.
La Lycie était une ancienne province de l'Asie ,
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où S. Paul avait fait connaître Jésus-Christ par ses prédications. La ville de Myre, située a peu de distance de la mer, en était la capitale. Il y avait un archevêché, qui dans les siècles suivants compta jusqu'à trente-six suffragants. Ce siège étant devenu vacant, on élut pour le remplir Nicolas, alors abbé du monastère où il s'était retiré. Le don des miracles, que Dieu lui accorda dans un degré éminent, une piété extraordinaire, un zèle ardent et infatigable rendirent partout son nom célèbre. Les historiens grecs de sa vie s'accordent à dire qu'il fut emprisonné pour la foi , qu'il confessa généreusement Jésus-Christ sur la fin de la persécution de Dioclétien , qu'il assista au concile général de Nicéc, où fut condamné l'arianisme. Il mourut a Myre, et fut enterré dans sa cathédrale. L'histoire de la translation de ses reliques met samorten352. On érigea un grand nombre d'églises sous son invocation, même en Occident, long-temps avant que l'on transférât ses reliques à Bari. Selon le martyrologe d'Usuard , qui écrivait près de trois siècles auparavant, les Latins avaient la plus grande vénération pour S. Nicolas. Nous apprenons de l'histoire de la translation de son corps en Italie qu'il n'y avait point de saint qui fût plus universellement honoré chez tous les peuples chrétiens. Les Moscovites, qui ont emprunté des Grecs ce qu'ils disent du saint évêque de Myre , ont plus de vénération pour sa mémoire que pour tous les autres saints qui ont vécu depuis les temps apostoliques. Voici de quelle manière se fit la translation de ses reliques en Italie. Des marchands de Bari, port du royaume de Naples, situé sur le golfe de la mer
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Adriatique, s'embarquèrent sur trois vaisseaux pour la côte de Lycie. A leur arrivée ils pensèrent aux moyens d'exécuter le dessein qu'ils avaient d'enlever le corps du saint évéque de Myre. Ils saisirent le moment où les mahométans étaient éloignés. lisse rendirent alors à l'église où l'on conservait le trésor qui était l'objet de leur voyage. Cette église était dans un lieu désert, environ à une lieue de la mer, et n'avait qu'une petite communauté de moines pour la garder. Les marchands italiens brisèrent le tombeau de marbre où reposaient les ossements du saint, et les emportèrent sur leurs vaisseaux. Les habitants du lieu, auxquels on donna l'alarme, coururent après eux en poussant de grands cris ; mais ils ne purent les atteindre, et lorsqu'ils arrivèrent sur le rivage les Européens s'étaient rembarques et n'avaient plus rien à craindre. Ceux-ci abordèrent à Bari le 9 mai 1087, et l'archevêque ayant reçu les saintes reliques les déposa dans l'église de Saint-Etienne. Lepremier jour trente personnes furent guéries en invoquant S. Nicolas, et son tombeau depuis ce temps est devenu célèbre par le concours des fidèles qui vont en pèlerinage à Bari. Nous avons l'histoire authentique de cette translation par Jean, qui était alors archidiacre de Bari et qui écrivait par l'ordre de son évéque; elle a été publiée par Surius. Le récit de l'archidiacre Jean est confirmé par une autre histoire de cette translation que iNicéphore de Bari composa vers le même temps par ordre des magistrats de la ville. Baronius l'a citée comme n'étant point encore imprimée ; mais Falconiusl'a donnée depuis au public. Il paraît par ce dernier ouvrage que Jes Vénitiens
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avaient d'abord formé lo projet d'enlever les reliques de S. Nicolas, et qui s lurent prévenus par les marchands delïari. Quoiqu'il en soit, cet enlèvement ne peut être justifié que par les lois d'une guerre juste jointe à la crainte de l'impiété sacrilège des mahométans. On assure qu il sort une huile sacrée et d'une agréable odeur des reliques de S. Nicolas à Bari, et qu'on trouve une grande quantité de celle huile dans son tombeau près de Myre en Lycie.
S. Nicolas est regardé comme le patron des enfants , parcequ'il fut dès ses premières années un modèle d'innocence et de vertu. On dit d'aillemg qu'il avait un plaisir extrême à former ce premier âge h la piété. Cette fonction est aussi importante que délicate. Les instructions que l'on donne doivent être simples et claires ; il faut souvent pour se faire entendre cmp'oyer les similitudes et les exemples. Il est surtout nécessaire que la vie .des instituteurs s'accorde avec leurs instructions : les enfants ont coutume de les copier en tout. S'ils les voient livres aux plaisirs des sens, sujets à l'orgueil, à l'impatience, à la colère, ils se laisseront maîtriser par les mêmespassions, et on leur recommandera inutilement la pratique des vertus contraires. Il en sera de même des autres vices. Les personnes chargées de l'éducation des enfants doivent donc se persuader que le succès de leurs soins dépend principalement de leurs exemples. Leurs élèves croiront toujours que ce qu'ils leur voient faire est permis, et les plus belles maximes ne produiront aucun effet si elles se trouvent en opposition avec leur conduite.