‹ Vies choisies des principaux saintsChapitre 22 sur 83 · LES SAINTS INÏARTYRS DE ROME · texte numérisé non relu

LES SAINTS INÏARTYRS DE ROME

sous NÉRON.

(24 juin.)

Il est glorieux pour le christianisme, dit Tertullien, que Néron, l'ennemi de toute vertu, ait été le premier empereur romain qui ait déclaré la guerre à ceux qui le professaient. La pureté des mœurs des premiers chrétiens fut un motif suffisant pour exciter la rage de ce monstre de cruauté et d'infamie. Voici ce qui le détermina à tirer contre eux mi glaive meurtrier.

Il8 LES SS. MARTYBS DE ROME.

Le feu ayant pris h la ville de Rome, l'an 64 de JésHS-Christ , elle brûla pendant neuf jours entiers. Des quatorze régions ou quartiers dont elle était composée il n'y en eut que quatre qui échappèrent aux flammes; trois furent réduits en cendres, et sept furent très considérablement endommagés. Durant cet affreux désastre Néron vint d'Antium h Rome, et du haut d'une tour bâtie sur une montagne voisine il se mit h chanter, en habit de théâtre, un poème qu'il avait composé sur l'embrasement de Troie. Le peuple l'accusa d'être l'auteur de lincendie , et l'on disait qu'il avait fait mettre le feu à la ville pour rassasier ses yeux d'un spectacle semblable h. celui qu'offrait Troie livrée aux flammes. La vérité de cette accusation est confirmée par le témoignage de plusieurs auteurs très dignes de foi.

Néron, voyant qu'il était universellement regardé comme l'auteur de l'incendie, le rejeta sur les chrétiens, tant pour venger sa réputation que pour satisfaire la haine qu'il portait à la vertuetétancher la soif barbare qu'il avait du sang humain; mais l'accusation qu'il intentait parut dénuée de preuves. Personne, dit Tacite, n'y ajouta foi. Cela n'empêcha pas que les idolâtres , en conséquence de leur aversion pour le christianisme , ne fussent ravis de voir punir ceux qui en faisaient profession.

On arrêta donc de toutes parts les chrétiens, qui furent traités comme des victimes de la haine publique. On insultait h leur supplice et h. leur mort; on les donnait en spectacle au peuple pour lui servir de jouet et d'amusement. On en couvrit quelquesuns de peaux de bêtes, après quoi on les exposa à

LES SS. MARTYRS DE ROME. llg

des chiens furieux qui les mirent en pièces. Il y en eut qui lurent attachés h des croix; d'autres périrent par les flammes ; on les hrûla pendant la nuit, au rapport de Tacite, comme pour servir de flambeaux. Nous lisons dans d'autres auteurs païens que Néron tourmentait les fidèles , désignés par le nom impie de magiciens , de la manière la plus horrible; qu'après avoir fait enduire leurs corps de cire, de poix et autres matières combustibles, il ordonna qu'on y mît le feu, et que pendant leur supplice on les obligeait à se tenir droits par le moyen d'un pieux pointu qu'ils avaient chacun sous le menton. Tacite ajoute que les jardins, de l'empereur furent le théâtre de cette scène affreuse.

Le martyrologe romain fait en ce jour une mémoire générale des chrétiens qui périrent en cette occasion ; il y est dit qu'ils étaient disciples des apôtres , qu'ils furent les prémices de cette multitude innombrable de martyrs que l'Eglise de Rome envoya au ciel. Ils précédèrent dans le chemin de la gloire S. Pierre et S. Paul, qui les avaient instruits des vérités du salut.

La persécution étant une fois commencée, on vit paraître des édits qui défendaient de professer le christianisme sous les peines les plus rigoureuses, sans en excepter celle de mort. A peine ces édits eurentils été publiés que tous les ordres de l'empire s'éle- Tèrent contre les disciples de Jésus-Christ : mais il en fut d'eux comme des Juifs détenus en Egypte sous ime dure captivité; les mauvais traitements semblaient ne servir qu'à augmenter leur nombre et leur force.

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