‹ Vies choisies des principaux saintsChapitre 41 sur 83 · S. JEAN, ÉVANGÉLISTE · texte numérisé non relu

S. JEAN, ÉVANGÉLISTE

manda à Jésus ce qu'il deviendrait. Le Sauveuf, pour réprimer sa curiosité, lui répondit que cela ne le regardait point, s'il voulait lui prolonger la vie jusqu'à ce qu'il vînt : ce que la plupart des interprèles entendent de la venue de Jésus-Christ pour la destruction de Jérusalem. S. Jean survécut effectivement à cette époque. Néanmoins quelquesuns de ses disciples, qui ne comprirent pas la réponse de Jésus, en conclurent que notre saint resterait sur la terre jusqu'au jugement général. S. Jean lui-même nous apprend dans son évangile qu'on ne pouvait donner ce dernier sens aux paroles de Jésus-Christ, puisqu'il ajoute aussitôt : // courut sur cela un bruit parmi les frères que ce disciple ne mourrait point. Jésus néanmoins n'avait point dit : Il ne mourra point; mais : Si Je veux qu'il demeure Jus cj a à ce que Je vienne, que vous importe? « Jésus-Christ nous exhorte par là, dit S. Chrysostome, à ne pas désespérer des voies de la Providence, et à ne pas trop scruter ses desseins. C'est parceque Pierre lui adressait toujours de ces questions où se trahissait son impatience qu'il voulut par cette réponse calmer son ardeur et mettre des bornes à sa curiosité. »

Après l'ascension S. Pierre et S. Jean, étant allés prier au temple , guérirent miraculeusement un pauvre qui était boiteux de naissance. On les emprisonna tous deux, et on ne leur rendit la liberté qu'après leur avoir ordonné de ne plus prêcher Jésus-Christ; mais les menaces dçnt cet ordre fut accompagné ne diminuèrent rien de leur zèle et de leur courage. Le collège des apôtres les envoya à Samarie, pour imposer les mains et communiquer le

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Saint-Esprit h ceux que le diacrePhilippe avait convertis dans celte ville. S. Jean fut arrêté une seconde fois avec les autres apôtres et frappés de verges par les Juifs. On sait quels furent alors les sentiments des apôtres ; ils s'en allèrent en se glorifiant d'avoir été jugés dignes de souffrir pour le nom de Jésus- Christ.

S. Paul, étant venu h Jérusalem trois ans après sa conversion, y vit S. Pierre et S. Jacques le Mineur. Il paraît que S. Jean était alors absent. Lorsque S. Paul revint dans la même ville, dix ans après, il s'adressa à ceux qui étaient regardés comme les colonnes de l'Eglise, nommément à Pierre et à Jean, qui lui confirmèrent son apostolat parmi les gentils. Vers le même temps S. Jean assista au concile que les apôtres tinrent à Jérusalem en 5i. Nous lisons en effet dans S. Clément d'Alexandrie que tous les apôtres se trouvèrent h ce concile. Suivant le même père, Jésus-Christ en montant au ciel préféra S. Pierre, S. Jacques le Mineur et S. Jean aux autres apôlres; mais il n'y eut jamais la moindre dispute dans le sacré collège pour la prééminence, et S. Jacques fut unanimement élu évêque de Jérusalem. S. Clément d'Alexandrie ajoute que ces trois apôtres furent particulièrement instruits par le Sauveur des mystères de la nouvelle loi, et que les autres reçurent d'eux beaucoup de connaissances.

On croit que S. Jean resta long-temps à Jérusalem, ce qui ne l'empêchait pas d'aller que'quefois au loin prêcher l'Evangile. On dit que la Parlhie fut le principal théàlie de ses travaux apostoliques. Sa première épitre est quelquefois citée par S. Au-

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gustin, SOUS le litre d'Epître aux Parthes. On a jugé d'après un titre qui est à la tête de cette ëpître dans quelques manuscrits qu'elle avait été adressée aux Juifs dispersés dans les provinces de l'empire des Parlhes. Les relations des missionnaires, qui dans ces derniers temps ont passé aux Indes orientales, portent que les habitants do la ville de Bassora, située sur le golfe Persique, h l'embouchure du Tigre et de l'Euphrate, sont persuadés, d'après une ancienne tradition > que S. Jean a plantéfla foi dans leur pays.

Notre saint se trouva en 62 à Jérusalem avec les autres apôtres assemblés dans cette ville pour donner un successeur îi S. Jacques le Mineur, qur venait de sacrifier sa vie pour Jésus-Christ. Ils élurent S. Siméon. Le sentiment commun est que S. Jean ne visita les Eglises de l'Asie mineure qu'après la mort de la sainte Vierge ; il prenait un soin particulier de ces Eglises et faisait ordinairement sa résidence à Ephèse, capitale du pays. II n'avait point encjore paru dans cette ville lorsque S. Timothée en fut fait évéque par S. Paul en 64. Il ne s'y établit pas même , suivant S. Irénée, avant la mort de S. Pierre et de S. Paul. S. Timothée gouverna l'Eglise d'Ephèse jusqu'à son martyre arrivé en 97. Mais il reconnaissait une autorité supérieure et universelle dans S. Jean ; et ces deux grands hommes, aussi recommandables par leur humilité que par leur charité, n'eurent jamais de dispute sur leur juridiction. S. Jean prêcha encore dans d'autres endroits, et conserva une inspection générale sur toutes les Églises de l'Asie; ce qui a fait dire à S. Jérôme qu'il en était le fondateur

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et qu'il les gouvernait. Tertullien ajoute qu'il établit des évêques dans tout ce pays, c'est à dire qu'il confirma ceux que S. Pierre et S. Paul avaient choisis, et qu'il en donna aux nouvelles Eglises qu'il avait fondées. Il est même probable qu'ayant vécu si long-temps il nomma des évèques pouc toutes les Eglises d'Asie ; car tant que vécurent les apôtres, ils choisissaient eux-mêmes les pasteurs des fidèles par une inspiration du Saint-Esprit, et en vertu de la commission qu'ils avaient reçue d'établir le christianisme. S. Jean continua de visiter les Eglises de l'Asie, même dans son extrême vieillesse. Quelquefois il entreprenait de pénibles voyages pour élever au saint ministère des personnes que le Saint-Esprit lui avait désignées. JXous apprenons d'Apollonius qu'il ressuscita un mort à Ephèse. Un prêtre d'Asie ayant été convaincu d'avoir donné une relation fabuleuse des voyages de S. Paul et de sainte Thècle, S. Jean le déposa, pour témoigner sa vénération envers le grand apôtre, S. Epiphane assure que le saint évangéliste vint en Asie par ime conduite spéciale du Saint- Esprit, afin de s'opposer aux hérésies d'Ebion et de Cérinlhe.

Après la ruine de Jérusalem, lorsque les chrétiens qui s'étaient sauvés de cette ville étaient à Pella, Ebion , né dans le voisinage de Kacerta , y enseigna que Jésus- Christ avait été créé comme les anges, mais qu'il était plus grand qu'eux; qu'il avait été conçu et était né h la manière des autres hom-, mes ; qu'il avait été choisi pour être fils de Dieu ; que le Saint-Esprit était descendu sur lui sous la forme d'une colombe. H prétendait qu'il fallai*

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joindre l'observation des cérémonies de la loi judaïque à celle du christianisme. Il mutilait en plusieurs endroit l'évangile de S. Matthieu. Cérinlhe excita de grands troubles par son opiniâtreté à soutenir que les chrétiens étaient obligés de se circoncire et de s'abstenir des viandes déclarées impures dans l'ancienne loi. Il représentait aussi les anges comme les auteurs de la nature. Ce fut vers le temps fle la ruine de Jérusalem qu'il arrangea son système de manière à le faire cadrer avec celui d'E lion. Suivant S. Irénée et Tertullien, il soutenait que Dieu avait créé le monde, mais par une certaine vertu distinguée de lui, et sans connaissance de sa part," que le Dieu des Juifs n'était qu'un angej que Jésus était né de Joseph et de Marie comme les autres hommes, mais qu'il les surpassait tous en vertu et en sagesse ; que le Saint-Esprit était descendu sur lui après son baptême, sous la forme d'une colombe, et qu'il avait manifesté au monde son père qui auparavant était inconnu. Il fut le premier qui avança qu'au temps delà passion le Christ s'était sauvé, et que Jésus seul avait souffert et était ressuscité, le Christ étant toujours impassible et immortel. S. Jean, au rapport de S. Irénée, alla un jour au bain contre sa coutume. Mais ayant appris que Cérinlhe y était il s'arrêta, et dit à ceux qui étaient avec lui « : Fuyons, mes frères, de peur que le bain où est Cérinthe, cet ennemi de la vérité, ne tombe sur nos têtes. » Un auteur moderne a prétendu que ce fait était faux parccquil ne s'accordait point avec la douceur extraordinaire du saint évangélisle. Mais S. Irénée nous dit qu'il l'avait appris delà bouche de S. Polycarpe, discipi©

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de S. Jean. Ce grand apôtre recommandait à sorv troupeau de n'avoir point de commerce avec ceux <jui corrompaient volontairement la vérité, et quîi par leurs discours tâchaient de séduire les fidèles, il inculque celte maxime dans sa seconde épître, mais il en restreint l'application aux auteurs des hérésies. Cela n'est point contraire h celle douceur et h. cetle charité qui caractérisaient S. Jean. Mais s'il était doux et charitable envers tous les hommes, il fut toujours fort dur h lui -même. Nous apprenons de S. Epiphane qu'il ne portait qu'une lunique et un manteau de lin ; qu'il ne mangeait jamais de viande; qu'il menait le même genre de vie que S. Jacques de Jérusalem, lequel pratiquait de grandes austérités.

Dans la seconde persécution générale, qui s'alluma en 90, S. Jean fut arrêté par Tordre du proconsul d'Asie, et envoyé ù Rome. On l'y jeta dans une chaudière d'huile bouillante; mais la vie lui fut miraculeusement conservée. C'est pour cela que les pères lui ont donné le titre de martyr; ils ajoutent que la prédiction qui lui avait été faite par le Sauveur de boire dans son calice fut accomplie dans cette circonstance. Le miracle dont nous venons de parler ne toucha point les païens ; ils l'attribuèrent à la magie. Domiticn bannit S. Jean dans l'île de Pathmos , une des îles Sporades dans l'Archipel.

Ce fut dans celte retraite que noire saint eut ces visions qu il rapporte dans l'Apocalypse. Dieu l'en favorisa un dimanche de l'année 96. Les trois premiers chapitres de l'Apocalypse contiennent une instruction prophétique adressée aux sept Églises

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é.e l'Asie mineure et aux évêqucs qui les gouverjaaient. Les trois derniers ont pour objet de célébrer le triomphe de Jésus-Christ, le jugement et la j'écompense des saints. Les chapitres intermédiaires sont diversement expliqués par les interprètes catholiques; les uns les entendent des préludes qui précéderont immédiatement le jugement dernier; les autres, de tout le temps qui s'écoulera depuis Jésus-Christ jusqu'à la fin du monde; d'autres enjCn, des dix persécutions générales et de l'empire romain jusqu'au triomphe de l'b-glise par la vicioire de Constantin sur Licinius. Il est au moins certain que par ces visions Dieu découvrit à S. Jean l'état futur de l'Église.

L'exil de notre saint ne dura pas long- temps. Domitien ayant été assassiné au mois de septembre de l'année 96, le sénat annula les édits et autres actes de ce prince, que sa cruauté avait rendu l'Ob'jet de l'exécration de l'empire. Nerva rappela tous ceux que Domitien, son prédécesseur, avait bannis. S. Jean revint donc h Éphèse en 97. S. Timothée, évêque de cette ville, avait remporté la palme du martyre le 22 janvier de la même année. S. Jean fut prié de prendre soin de l'église d'Éphèse, et il la gouverna jusqu'au règne de Trajan. Il portait suivant Polycra te une plaque d'or sur le front, h l'exemple du grand-prêtre des Juifs, et c'était comme la marque dislinctive du souverain sacerdoce chez les chrétiens. S. Épiphane rapporte la même chose de S. Jacques, évêque de Jérusalem. L'auteur de l'Hîsloire du martyre de S. Marc dit que cet évangéliste se servait d'un semblable ornement. S. Jean célébrait la Pàquc le quatorzième de la lune, comme

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les Juifs ; mais il était bien éloigaé de prétendre qu'il fallût observer les cérémonies légales sous le christianisme ; il condamna cette hérésie dans las nazaréens, dans Ébion et dans Cérinthe. Les Juifs étant l'objet principal de ses travaux apostoliques, il crut qu'il réussirait plus facilement à les convertir s'il célébrait la Pàque chrétienne en méoie temps qu'eux, d'autant plus qu'une telle conduite ne passait point encore pour répréhensible.

Nous lisons dans les anciens pères que S. Jean écrivit principalement son évangile pour réfuter Ébion et Cérinthe, qui niaient la divinité de Jésus- Christ, et qui soutenaient qu'il n'avait point existé avant sa naissance temporelle. Il se proposa encore de suppléer aux omissions des trois autres évangiles qu'il lisait et confirmait par son approbation. « Le christianisme vit alors sortir de son sein certains hommes qui ne l'avaient peut-être jamais sincèrement possédé, qui embrouillèrent la doctrine du christianisme, qui mirent en avant de fausse» théories, qui furent de faux docteurs et des trompeurs, et qui nièrent que Jésus ne fût le fils de Dieu et le Christ. Ces hommes firent naître des craintes pour la conservation de la vraie doctrine et pour la paix des communes chrétiennes dans le cœur de leur chef, et provoquèrent de la part de l'apôtre un nouveau déploiement d'efforts. Mais nous ne sommes pas encore en position de mieux discerner ceux que S. Jean combat dans son évaagile. Si on en croit l'ancienne histoire, il y en eat plusieurs qui du vivant du disciple, et dans le» communes auxquelles il avait voué une solhcitude particulière, et au sein desquelles il avait résolu dfe

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demeurer, soutinrent dans divers systèmes cette prO' position : Jésus n'est pas le Christ ni le Fils de Dieu. Sous ce point de vue tout était dangereux, quelles que fussent les difierences qui les distinguaient entre eux. Sous des formes différentes c'était toujours la même erreur ; et l'apôtre en écrivant avait sans doute présents h la pensée tous ceux qui en étaient infectés, sans en excepter par une complaisante distinction celui-ci ou celui-là. Il ne faut donc pas demander : Ce livre fut-il dirigé contre Cérinthe? parcequ'il est prouvé que cet homme vivait à cette époque, qu'il habitait ces contrées, qu'il soutint celte proposition, et qu'il jouissait en outre de quelque célébrité comme docteur : il fut dirigé contre tous ceux qui, quelles que fussent d'ailleurs leurs autres opinions et leurs théories, voulaient séduire par cette proposition les chrétiens pour lesquels S. Jean a écrit. On ne peut nier que, d'après les témoignages authentiques de l'histoire, Cérinthe n'ait été contemporain de l'apôtre, qu'il n'ait habité les contrées où celui-ci enseignait et prêchait l'E- Fangile, et que l'erreur dont il s'agit n'ait fait partie de son système. A côté de lui s'élevèrent les nicolaïtes, qui firent beaucoup de mal dans ces communes et réclamèrent toute la vigilance de l'apôtre. Ils s'accordaient dans cette proposition comme en beaucoup d'autres points avec Cérinthe. Quand bien même nous manquerions de données historiques à ce sujet, et qu'Irénée, Jérôme et Épiphane ne nous eussent pas formellement fait connaître Cérinthe et les nicolaïtes comme de faux docteurs, dont S. Jean combattait les séductions, la déclaration authentique que celui ci a déposée

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dans sa première épître devrait nous faire soupçonner l'existence de ces faux docteurs; et le plan ainsi que l'objet du livre, comparés h cette déclaration et aux histoires de l'époque en général, devraient nous révéler ces hommes aussi sûrement que les témoignages historiques les plus positifs. En résumant les opinions de Cérinthe, eu égard aux principes de la philosophie de ce temps-lh, il en résultera ce système : Il y a un Dieu élevé au dessus de toutes choses ; c'est la plus haute unité, c'est pourquoi il ne peut agir sur Ja matière et devenir Créateur. De lui émanèrent des natures très pures et très parfaites [invisibilia et innominabilia), qui se propagèrent elles-mêmes, et, descendant de degré en degré, s'accrurent en matérialité et perdirent en spiritualité, de manière que leur union avec l'Eternel et l'Un ne fut plus que faible et médiate; mais qui, formés d'éléments de plus en plus grossiers, purent agir sur la matière pour la façonner. Le Créateur du monde fut une substance de cet ordre, qui ne connut plus l'Esprit pur éternel; de là l'imperfection de la création et le mal. — Nous venons de toucher un problème dont la solution a fait naître les théories les plus diverses, par lesquelles les philosophes de cette époque et de l'époque antérieure se signalèrent. Il lui fut difficile comme philosophe d'accorder que Jésus-Christ fût né d'une vierge, et il soutint qu'il fut engendré et procréé comme les autres hommes, d'après les lois ordinaires de la nature ; mais que par sa sagesse et sa vertu il s'éleva, même comme homme, au dessus de tous. D'un autre côté, pour rendre hommage à l'origine supérieure de Jésus-Christ que ces

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actions trahissent, il prétendit qu'une de ces natures spirituelles, savoir le Christ, s'était unie à lui âans le baptême sous 1? forme de la colombe. C'est, ajoule-t-il, ce qui le mit en état dès ce moment d'exécuter des choses surnaturelles, de produire des effets dus à des forces supérieures, et de faire con- Haître aux hommes le Dieu véritable et éternel, inconnu jusque alors aux hommes parcequ'il ne s'est manifesté par aucune création, par aucune œuvre. Ce Christ, substance immatérielle, d'une origine supérieure ( c superiorlbus Christus ) et esprit d'une espèce plus pure, était par son essence inaccessible aux affections matérielles de la souffrance et de la douleur ; c'est pourquoi il se sépara de nouveau de Jésus-Christ, au commencement de la passion, l'abandonna aux tourments et à la mort, et s'élança vers rÉternel, d'où il était venu. Cérinthe distingue Jésus du Christ, Jésus du Fils de Dieu, comme des êtres différents de nature et de rang. La doctrine desnicolaïtes sur Dieu et ses rapports avec le monde, ainsi que sur un esprit inférieur, créateur du monde, ressemble à cela. Ils distinguaient particulièrement dans ces classes subalternes des esprits, l' unigemtiis (pvoyEvr.ç), dont l'existence a cependant un commencement , puis le >o7o? , qui est un descendant immédiat de Y unlgenitus. L'histoire ne nous apprendpas comment il se les représentaient ultérieurement. Le Christ est au nombre des êtres issus de Dieu ; mais Jésus est le Fils du Créateur du monde, avec lequel le Christ s'unit dans le baptême, mais qu'il quitta dans la passion. » S. Jean insiste donc particulièrement sur les actions du Sauveur, depuis le commencement de son ministère jusqu'à ja

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mort de S. Jean-Baptiste, actions dont les autres évangélistes avaient dit peu de chose ,• il s'étend aussi sur les discours de Jésus-Christ, et n'entre point dans de grands détails sur ses miracles. Comme son but principal était d'établir la divinité de Jésus-Christ, il commence par la génération éternelle du Verbe, créateur du monde. Le sujet qu'il traite et la manière dont il le traite sont si su- Mimes que Théodoret appelle son évangile une théologie que L'esprit Immain ne peut entièrement pénétrer, et qu'il lui aurait été impossible d'imaginer. Aussi les anciens ont-ils comparé le saint évangéliste à un aigle qui s'élève au haut des airs, et que l'œil de l'homme ne peut suivre. Pour la même raison les Grecs lui ont donné le titre de théologien par excellence. Lorque les fidèles le pressaient d'écrire son évangile, dit S. Jérôme, il voulut qu'on ordonnât un jeûne et des prières publiques ; après quoi^ éclairé par une révélation céleste , il en commença la préface par ces paroles : Au commencement était le Ferbe, etc. Suivant S. Chrysostome et d'autres pères, il se prépara à celte grande entreprise par la retraite, la prière et la contemplation. Quelques auteurs pensent qu'il écrivit son évangile à Pathmos; mais fopinion la plus commune est qu'il le composa après son retour à Éphèse, vers l'an 98, le quatre-vingt-quinzième de son âge , et le soixante-cinquième depuis l'ascension du Sauveur.

Nous avons encore trois épîtres de S. Jean. Il adressa la première h tous les chrétiens, et spécialement à ceux qu'il avait convertis. Il les y exhorte

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à mener une vie pure et sainte, et leur donne des avis pour les précautionner contre les artifices des séducteurs, surtout des simoniens et des cérinthiens. S. Jean y traite deux doctrines fondamentales, fort différentes par leurs objets; d'une part que Jésus est le Christ et le FUs de Dieu, et de l'autre le haut prix du commandement d'amour. Des influences qui tenaient aux lieux et aux temps le forcèrent de s'étendre principalement sur ces deux vérités. Au lieu de développer ces deux questions dans des chapitres spéciaux, comme on pourrait s'y attendre, il les entrelace d'un bout h l'autre, et s'il revient souvent sur le même objet, c'est toujours sous un point de vue nouveau, de manière qu'il en résulte un tout d'une harmonie admirable. Les deux autres épîtres sont très comHcs, l'une est adressée à une matrone nommée Elccta, nom qui est probablement un titre honorifique. D'après les leçons qu'il lui donne et que l'on peut appliquer aux dangers delà sociétt^, il est h supposer qu'elle habitait Éphèsc. Cette épître contient en abrégé les mêmes préceptes que la première ; il exhorte h la charité et recommande de se prémunir contre les fausses doctrines. Puisqu'il se plaint d'être privé des moyens d'écrire il faut croire qu'il ne l'a pas écrite dans une ville d'Ionie ou d'Asie, où cette privation ne se concevait pas, mais pendant son exil àPathmos. La troisième épître datée de Pathmos est adressée à Caïus ou Gaïus, chrétien fort estimable. Il est probable que c'était le Caïus de Derbé que nomment les Actes des apôtres, et non celui de Corinthedont parle S. Paul. On voit le même stylo elles mêmes

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sentiments dans l'évangile et dans les trois épîtres de S. Jean ; il y règne partout un esprit de charité dont le Saint-Esprit peut seul être le principe.

Cette charité se manifestait surtout dans le saint apôtre par le zèle ardent dont il brûlait pour le salut des hommes; il entreprenait de longs voyages, il supportait patiemment toutes les fatigues, il surmontait toutes les difficultés, il affrontait tous les dangers lorsqu'il s'agissait de les retirer de l'erreur et du vice. Nous en avons un bel exemple, qui est rapporté par S. Clément d'Alexandrie et par Eusèbc. S. Jean, après son retourdePathmosàEphèse, visita les églises de l'Asi^ mineure pour corriger les abus qui pouvaient s'y être glissés et pour donner de saints pasteurs h celles qui n'en avaient point. Étant dans une ville voisine d'Éphèse, il fit un discours , et remarqua parmi ses auditeurs un jeune homme d'une figure intéressante. 11 le présenta à l'évêque en lui disant : « Je vous confie ce jeune homme en présence de Jésus-Christ et de celte assemblée. » L'évêque lui promit de s'en charger et d'en prendre le plus grand soin. L'apôtre le lui recommanda de nouveau, et retourna h Éphèsc. L'évêque logea le jeune homme dans sa maison, l'instruisit et le forma h la pratique des vertus chrétiennes, après quoi il lui administra le baptême et la confirmation. Croyant n'avoir plus rien h craindre de sa part, il veilla sur lui avec moins d'exaclitude et finit par le laisser maître de ses actions. Déjeunes débauchés qui s'en aperçurent le gagnèrent insensiblement et le firent entrer dans leur société. Bientôt le jeune homme oublia les maximes du chîistianisme, et à force d'accumuler crimes sur crimes

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