‹ Vies choisies des principaux saintsChapitre 42 sur 83 · S. JEAN, ÉVANGÉLISTE · texte numérisé non relu

S. JEAN, ÉVANGÉLISTE

il étouffa tout remords ; il en vint jusqu'à se faire chef de voleurs, et il se montra le plus déterminé comme le plus cruel de la bande. Quelque temps après S. Jean eut occasion d'aller dans la même viUe. Lorsqu'il eut terminé les affaires qui l'y appelaient il dit h lévèque : « Rendez-moi le dépôt que Jésus-Christ et moi nous vous avons confié en présence de votre Église. » L'évèquc étonné ne savait ce que signifiait cette demande ; il s'imaginait que l'apôtre parlait d'un dépôt d'argent. Le saint s'expliqunt lui dit qu'il lui redemandait l'ame de son frère qu'il lui avait confiée. Alors févêquc lui répondit en soupirant et les jjjeux baignés de larmes: « Hélas ! il est mort. De quel genre de mort ? reprit le saint. Il est mort h Dieu, répliqua l'évoque; il s'est fait voleur; et au lieu d'èlre h l'église avec BOUS, il s'est établi sur une montagne où il vit avec des hommes aussi méchants que lui. » A ces discours le saint apôtre déchira ses habits, puis poussant un profond soupir il dit avec larmes : « Oh ! quel gardien j'ai choisi pour veiller sur l'ame de mon frère ! » Il demande un cheval avec un guide, et se rend h la montagne. Il fut arrêté par les sentinelles des voleurs ; mais au lieu de chercher h fuir ou de demander la vie : « C'est pour cela, s'écria-t-il, que je suis venu; conduisez-moi ii votre chef. » Celui-ci le voyant venir prit ses armes pour le recevoir; mais quand il reconnut S. Jean il fut pénétré de crainte et de confusion, et se mit h fuir. L'apôtre oublie son grand âge et sa faiblesse; il court après lui en criant : « Mon fils, pourquoi fuyez-vous ainsi votre père? C'est un vieillard sans armcsdont vous n'avez'rienà craindre. Mon fils, ayez pitié de moi!

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Vous pouvez VOUS repentir ; votre salut n'est point désespéré. Je répondrai pour vous h Jésus-Christ. Je suis urét h donner ma a ie pour vous , comme Jésus-Christ a donné la sienne pour tous les hommes. J'engagerai mon ame pour la vôtre. Arrêtez, croyez-moi, je suis envoyé par Jésus- Christ. » Aces mots le jeune homme s'arrête, jette ses armes tout tremblant et fond en larmes. Il embrasse l'apùtre comme un père tendre , et lui demande pardon ; mais il cache sa main droite qui avait été souillée de tant de crimes. Il tâchait par la vivacité de sa componction d'expier ses péchés, autant qu'il en était capable, et de trouver, selon la belle expression de S. Clément , un second baptême dans ses larmes. Le saint tomba à ses pieds, baisa sa main, droite qu'il tenait cachée , lui assura que Dieu lui pardonnerait ses péchés, et le ramena à l'Eglise. 11 priait et jeûnait avec lui et pour lui; il ne cessait de lui citer les passages les plus touchants de l'Ecriture pour le consoler et l'encourager. Il ne le quitta qu'après l'avoir réconcilié à l'Eglise par l'absolution et par la participation des sacrements.

Un chasseur rencontra un jour S. Jean tenant h la main et caressaAt une perdrix apprivoisée. Le premier témoigna son étonnement de voir l'homme inspiré de Dieu s'amuser à de pareilles choses. Sur quoi Jean lui demanda : « Que portez-vous à la main ? — Un arc. — Pourquoi n'cst-il pas tendu? — Parceque la corde se relâcherait si je le gardais constamment tendu. — Ne soyez donc pas surpris, mon jeune homme, que j'accorde quelque repos à mon esprit pour le préparer à un travail nouveau. »

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Cette charîlé dont notre saint était si vivement pénétré, il l'inculquait aux autres de la manière la plus palhélique; il la recommandait comme le grand , comme le principal précepte du cnristianisme , et sans l'observation duquel toutes les pratiques de la religion seront inutiles. La faiblesse de son grand âge ne lui permettant plus de faire de longs discours, il ne se lassait pas de se faire porter h l'assemblée des fidèles , et il leur disait U chaque fois ces paroles : « Mes chers enHmts, aimez-vous les uns k-s autres. » Ses auditeurs lui demandèrent enfin pourquoi il répétait toujours la même chose. « C'est, répondit-il, le précepte du Seigneur; et si vous l'accomplissez cela suffit. » Cettecirconstance est rapportée par S. Jérôme. Ce père ajoute, en parlant de la réponse que fit l'apôlre, qu'elle est digne du grand S. Jean, du disciple favori du Sauveur, et qu'elle devrait être gravée en caractères d'or, ou plutôt être écrite dans le cœur de tous les chrétiens.

S. Jean mourut en paix à Ephèse, la troisième année de Trajan, la centième de l'ère chrétienne, la soixante-huitième depuis la passion. Il était âgé, suivant S. Epiphane, d'enviroli quatre-vingt-quatorze ans. S. Jérôme et S. Augustin ont refuté ceux des anciens qui prétendent qu'il n'était jamais mort. Il fut enterré sur une montagne hors de la ville. On emportait par dévotion la poussière de son tombeau, laquelle opérait des miracles. On bâtit sur ce tombeau une magnifique église dont les Turcs ont fait ime mosquée. Les Grecs font la fête de S. Jean l'Evangélistc le 26 septembre, et les Latins le 27 décembre.

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Cette admirable charité qui caractérisait S. Jean l'Evangéliste avait sa source clans l'amour dont il était embrasé pour Jésus-Christ. Sans cet amour personne ne peut plaire à Dieu. Celui qui n'aime point ne connaît point Dieu, car Dieu est amour. Aimons donc Dieu puisqu'il nous a aimés le premier. Voilà le fondement de la vie spirituelle, sur lequel notre saint apôtre revient souvent. En second lieu nous devons éviter toute espèce de péché , garder les commandements de Dieu, et surtout aimer sincèrement le prochain. Car comment celui qui n'aime pas son frère qu'il voit peut il aimer Dieu qu'il ne voit pas? Jésus-Christ, dont la charité est sans bornes, nous recommande d'imiter son amour pour les hommes ; il nous presse de nous aimer les uns les autres pour l'amour de lui , de supporter les infirmités do nos semblables, de leur pardonner comme nous désirons que Dieu nous pardonne , et de vivre en paix avec tous les hommes autant qu'il nous sera possible. Voilh l'esprit du précepte; voilà ce qui fait les vrais chrétiens. Ce n'est qu'à cette condition que nous serons les héritiers du royaume céleste. La paix, la concorde, l'union, l'amour seront le partage éternel des bienheureux. Apprenons à être sur la terre tels que nous devons toujours être dans le ciel; mais inntilement espérerions-nous pratiquer ce double précepte de l'^nocn' de Dieu et du prochain si nous ne mourions au monde et h nousmêmes. Autant le saint évangéliste aimait Dieu, autant il méprisait et haïssait le monde. Mes petits enfants, disait-il, n'aimez point le monde ni ce qui est dans le monde. Si quelqu'un aime le monde, l'a mour du Père céleste n'est point en lui. En effet , si

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l'amour du monde domine dans nos cœurs il éteindra insensiblement celui des choses spirituelles ; nous commencerons par oublier Dieu et nous finirons par l'abandonner. Un cœur atlaché à la terre ne peut s'élever vers le ciel. Ainsi ceux qui vivent dans le monde doivent veiller, prier, médiler, pour se prémunir contre les dangers dont le monde est rempli, afin de ne jamais perdre la charité.

S. PIIILÉMON ET SAINTE APPIE.

(22 novembre.)

S. Pliilémonélak un riche bouraeois de Colosses, en Phrygie. Il avait été converti, soit par S. Paulcjuand cet apulrc prêcha à Ephèse, soit par EpaphraS|^ disciple de S. Paul, lequel annonça le premier l'Evangile dans la ville de Colosses. Il fit en peu de temps les plus grands progrès dans la vertu; sa maison devait comme une église par la piété de ceux qui la composaient et par les exercices de religion qui s'y faisaient. Il paraît que c'était là t|uc se tenait rassemblée des lulèlcs.

'Onésimc, esclave de Philémon, ne profita point des bons exemples qu'il avait sous les yeux; il en vint même jusqu'à voler son maître, après quoi il s'enfuit à Rome. Dieu fermit qu'il trouvât dans celte ville S. Paul , qui y était prisonnier pour la première fois. L'apôtre, qui se faisait tout à tous , dans la vue de gagner tons les hommes à Jésus- Christ, le reçut avec la tendresse d'un père, et fit paraîtt-c h son égard d'autant plus de compassion que ses plaies étaient plus profondes. Il le convertit

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et le baptisa. Il eut bien voulu le garder avec \m parcequ'il lui aurait été utile dans la circonstance où il se trouvait, mais il ne crut pas devoir le faire sans le consentement de celui auquel il appartenait. 11 aurait d'ailleurs privé Philémon du mérite d'une bonne œuvre qu'il attendait de sa part. 11 renvoya donc Ouésime avec une lettre pour Philémon.

Rien de plus tendre , de plus persuasif, de plus noble, de plus apostolique que celte épître. S.Paul prend le titre de prisonnier de Jésus-Christ , pour toucher plus efficacement le cœur de Philémon et pour le rendre plus favorable h sa prière. Il joint h lui Timothce, qui était bien connu de Philémon. Il appelle ce» dernier son bien-aimé , son coopérateurdans les travaux de l'apostolat. Quanta Appie, femme de Philémon , l'apôtre l'appelle sa chère sœur, à cause de sa foi et de sa vertu. Il intéresse aussi au succès de sa demande toute l'Eglise de Colosses; Archippe, qui la gouvernait pour Epaphras, alors prisonnier h Rome, et l'église domestique ou les fidèles de la maison de Philémon. Il leur souhaite la grâce et la paix, ce qui était sa salutation ordinaire. L'éloge qu'il fait de Philémon est digne d'un saint. Il loue sa foi, sa charité, sa libéralité pour tous les fidèles ; il lui témoigne son affection, en rassurant qu'il se souvient toujours de luietqu'il le recommande h Dieu dans toutes ses prières. 11 lui donne le titre de frère, et lui dit qu'il a été le consolateur et le bienfaiteur de tous les saints qui se sont trouves dans l'aflliction.

Enfin il en vient au point qu'il se proposait. S'il parle avec autorité c'est en même temps avec modestie. Comme apôtre, dit-il à Philémon, il pour-

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rait lui commander au nom de Jésus-Christ ; mais il se contente de le prier par ses travaux, son âge , ses chaînes. Celui pour lequel il intercède , il le porte dans son cœur ; c'est son fils , il l'a engendré dans ses chaînes. Il adoucit par ses expressions l'énormité du crime d'Onésinie, et fait valoir les services qu'il lui a rendus. Il offre en dédommagement du vol de l'esclave les obligations que lui a le maître. Il conclut sa lettre par le conjurer au nom de cette fraternité qui les unissait en Jésus-Christ.

Une telle recommandation ne pouvait manquer d'avoir son effet, Philémon accorda la liberté h Onésimc, lui pardonna son crime et le renvoya à Rome pour servir S. Paul. L'apôtre en fit un digne coopérateur dans l'Evangile.

SAINTE THECLE,

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