S. THOMAS
APÔTRE
(21 décembre.)
S. Thomas est aussi appelé Didyme. Ces deux noms, l'un hébreu et l'autre grec , ont la même signification, et veulent d'ire jumeau. C'était l'usn^e des Juifs et des autres Orientaux de prendre des noms tirés de la langue des peuples parmi lesquels ils vivaient, mais qui avaient absolument le même sens que celui qu'ils portaient dans leur propre pays. Ils se prêtaient h ce changement pour s'ac-
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commoclcr au langage et h la prononciation des étrangers.
S. Thomas était Juif, et selon toute apparence né en Galilée, et d'une basse extraction selon le monde. IMétaphrastc le fait pêcheur. Il eut le bonheur de suivre Jésus-Christ, qui l'appela h l'apostolat l'an 3i. Il paraît à la vérité avoir clé dépourvu des connaissances humaines; mais il y suppléa par la candeur et la simplicité de son amc , ainsi que par la vivacité de sa ferveur. Il en donna une preuve lorsque Jésus-Christ allait dans le voisinage de Jérusalem pour ressusciter Lazare. Comme les prêtres et les pharisiens voulaient le mettre h mort , ses disciples tâchèrent de le détourner de ce voyage : Maître, lui dirent-ils, ii y a peu de temps que les Juifs cherchaient à vous lapider ;, et vous vous livrez à eux ? Mais Thomas leur adressa ces paroles : Allons aussi nous autres , afin de mourir avec lui. Telle fut Tardeur de son amour pour son divin Maître, même avant la descente du Saint-Esprit.
Le Sauveur, dans la dernière cène, annonça â ses apôtres qu'il était sur le point de les quitter? mais il ajouta pour les consoler qu'il allait leur préparer une place dans la maison de son Père. Thomas, qui désirait ardemment de le suivre, lui dit : Seigneur, nous ne savons où vous allez, comment poiivons-nous connaître la voie ? Jésus l'éclairapar cette réponse courte mais satisfaisante : Je suis la voie, la vérité et la vie. Personne ne va à mon Père (jue par moi. Jésus lui donnait à entendre que par sa doctrine et ses exemples il enseignait aux hommes le chemin du salut, qu'il était l'auteur de la voie par laquelle on arrive à la vie, qu'il nous a fait con-
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naître qu'il est le docteur de la vérité qui y conduit, qu'il donne sur la terre la vie de la grâce, et dans le ciel un Lonhenr éternel qu'on mérite en marchant dans cette voie et en suivant cette vérité. Jésus le jour de sa résurrection apparut h ses disciples pour les convaincre qu'il était sorti vivant du tombeau. Thomas, qui n'était point avec les autres, refusa de croire sur leur rapport la résurrection du Sauveur, et ajouta qu'il ne la croirait que quand il aurait vu la marque des clous dans les mains de Jésus, et celle de la lance dans son côté. Le Seigneur, par une condescendance admirable pour la faiblesse de cet apôtre, apparut de nouveau à ses disciples lorsqu'ils étaient assemblés tous ensemble. Après leur avoir souhaité la paix il s'adressa à Thomas, et lui dit de considérer ses mains et de mettre son doigt dans les trous des clous et dans celui de son côté. S. Augustin et d'autres pères doutent qu'il l'ait fait : du moins l'Evangéliste ne s'explique pas sur ce sujet. Quelques auteurs pensent que Thomas étant convaincu de la résurrection de Jésus, n'osa toucher son corps par respect. S. Augustin et plusieurs autres pères observent qu'il pécha par opiniâtreté, par présomption et par incrédulité. La résurrection de Jésus- Christ avait été prédite plusieurs siècles aupara vant par Moïse et par les prophètes. Elle était d'ailleurs attestée par plusieurs témoins oculaires dont Thomas ne pouvait raisonnablement contester le témoignage. Son opiniâtreté fut sans doute la cause de son incrédvilité. Sa faute cependant ne fut point un péché de malice; et non seulement le Sauveur la lui pardonna, mais il l'éleva encore au plus haut
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degré de charité. Thomas , convaincu de la résurrection de son divin Maître , et pénétré en même temps de vifs sentiments de componction, de respect et d'amour, s'écria : Mon Seigneur et mon Dieu! Il déclarait par Ih qu'il le reconnaissait pour le souverain Seigneur de son cœur et pour Tunique objet.de toutes ses affections. Rien de plus facile que de répéter les mêmes paroles ; mais on ne peut les prononcer comme il faut qu'autant qu'on est crucifié au monde et que l'on est à Dieu sans réserve. Si nous sommes dominés par nos passions Jésus-Christ ne règne point en nous par sa grâce; nous ne pouvons l'appeler avec vérité notre Dieu et notre Seigneur. Prions-le du moins d'établir en nous ce règne, afin que nous soyons en état de lui dire dans toute la sincérité de nos cœurs: Mon Seigneur et mon Dieu. S. Thomas en prononçant ces paroles avec foi annonçait qu'il adorait comme vrai Dieu celui dont il ne voyait que Ihumanitéj qu'il reconnaissait sa toi>te-puissancc dans la victoire qu'il avait remportée sur la mort et sur l'enfer; qu'il rendait hommage à la connaissance que le Sauveur avait de ce qu'il y a de plus caché dans nos cœurs. Il exprimait encore par les mêmes paroles toute la vivacité de l'amour dont il brûlait pour Jésus. Si nous l'aimions comme lui nous l'appellerions avec les mêmes sentiments notre Seigneur et notre Dieu ; nous le prierions sans cesse de devenir de plus en plus le Dieu et le roi de notre cœur.
Au reste l'incrédulité de S. Thomas nous four nit la plus forte preuve de la résurrection de Jésus- Christ, et sert merveilleusement h confirmer notre
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foi sur ce mystère. C'est ce qui faisait dire à S. Grégoire-le-Grand : « Nous sommes plus affermis dans notre foi par le doute de S. Thomas que par la foi des autres apôtres. »
La confession de S. Thomas, suivant quelques pères , montre qu'il reconnaissait en Jésus-Christ deux natures distinctes subsistantes en une seule et même personne : son humanité, en l'appelant Sclgncur^ et sa divinité en l'appelant Dieu.
Les miracles furent nécessaires dans rétablissement du christianisme, parcequil fallait qup le sceau de l'autorité divine fut imprimé h la révélation; mais les preuves de cette révélation sont maintenant si frappantes que quiconque les conteste ne se rendrait pas même à l'évidence des miracles. Dans le temps où la puissance de Dieu se manifestait par des prodiges, il y eut des incrédules comme il y en a aujourd'hui. Cela est si vrai que ceux qui ne croyaient ni Moïse ni les prophètes refusèrent de croire le plus grand des miracles, la résurrection d'un mort.
Nous lisons dans quelques auteurs anciens qu'après la descente du Saint-Esprit S. Thomas envoya Thaddée àAbgare, roi ou toparque d'Edesse, pour l'instruire et le baptiser. Voici ce qu'on trouve à ce sujet dfins Eusèbe, qui parle d'après les archives do l'église d'Edcsse qu'il copia, et dont il est fait mention dans S. Ephrem. Abgare avait écrit îi Jésus- Christ pour l'inviter à venir dans son royaume, et pour le prier de le guérir d'une maladie dont il était affligé. Le Sauveur lui répondit qu'il devait accomplir les choses pour lesquelles il était venu , et retourner ensuite à celui qui l'avait envoyé; mais
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qu'immédiatement après son ascension il lui enverrait un de ses disciples pour le guérir, ainsi que pour donner la vie et à lui et à toute sa famille. Cette promesse fut accomplie par S. Thomas : il chargea Thaddée, un des soixante-douze disciples, d'aller h hdesse. Celui-ci guérit le roi; il le baptisa avec plusieurs autres personnes et établit le chris tianisme dans le pays. On l'a confondu mal à propos avec l'apôtre S. Jude. Il mourut h Béryte dans la Phénicie, suivant les Grecs, qui l'honorent le 21 août.
Quant il S. Thomas, nous apprenons d'Origène qu'après la dispersion des apôtres il alla prêcher l'Evangile aux Parthes, qui étaient alors maîtres de la Perse , et qui disputaient aux Romains la souveraineté ; qu ensuite il passa chez d'autres nations, et même qu'il parcourut tout l'Orient. Suivant Sophronc, il planta la foi chez les Mèdes, les Perses, les Carmaniens, les Hyrcaniens , les Baclriens et d'autres peuples voisins. Les Grecs modernes le font aussi apôtre des Indiens et des Ethiopiens ; mais les anciens désignaient quelquefois par ces noms tous les Orientaux. Si l'on en croit les Indiens modernes et les Portugais, S. Thomas annonça Jésus- Christ aux Bracmanes et aux Indiens au-delà de la grande île de Taprobane, que les uns prennent pour Ceylan et les autres pour Sumatra. Ils ajoutent qu'il souffrit le martyre à Méliapour ou Sainl-Thomé, sur la côte de Coromandel, dans la péninsule en deçà du Gange. Eusèbe dit en général que les apôtres ont donné leur vie pour Jésus-Christ, et Théodoret ainsi que S. Astère d'Amasée comptent S. Thomas parmi les principaux martyrs de
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l'Eglise après S. Pierre et S. Paul. S. Gaudence dit qu'il fut mis à mort par les infidèles, mais que les miracles opérés par son intercession montraient qu'il vivait avec Dieu. Nous lisons dans le même père et dans Sophrone qu'il mourut à Calamine dans rindc, ville que les Indiens modernes prennent pour Méliapour.
Tillemontct d'autres auteurs pensent que S. Thomas ne mourut point loin d'Edesse, et doutent qu'il ait jamais prêché au-delh de l'île Taprohanc. Beausaubre prétend même qu'il ne prêcha que chez les Parlhcs et chez les Perses. Il paraît que le roi Gundaphore, dont porle Lucius dans ses faux actes, et le prétendu Abdias, son copiste, n'est autre chose que le roi de la ville de Gundschavar, qu'Artaxercès, fondateur du second empire des Perses, fit rebâtir, et qui fut ainsi appelée de Schavar, fils de ce prince, lequel la choisit pour le lieu de sa résidence. Tous les faux actes du saint et les Menées des Grecs portent que le roi infidèle, irrité contre l'apôtre qui avait baptisé plusieurs personnes de sa cour^ le livra à ses soldats pour le mettre à mort, et que ceux-ci, l'ayant conduit sur une montagne voisine, le tuèrent avec une lance.
En quelque lieu que soit mort S. Thomas, son corps fut au moins porté dans la suite à Edesse, et on l'y honorait dans la grande église avec une singulière vénération, lorsque S. Chrysostome,Rufin, Socrate, Sozomène et S. Grégoire de Tours écrivaient. On lit dans S. Chrysostome et dans Rufin qu'on ne connaissait point de leur temps les tombeaux des apôlres, àl'exception de ceux de S. Pierre, de S. Paul, de S. Jean et de S. Thomas; et il est dit
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dans l'oraison sur notre saint apôtre, écrite en 4o2 et publiée parmi les œuvres de S. Chrysostome, que son corps était h Edesse, où il y eut une église nombreuse et florissante dans le second, le troisième et le quatrième siècle.
S. Ambroise de Milan, S. Gaudence de BresceT S. Paulin de Noie, obtinrent pour leurs églises quelques portions des reliques de S. Thomas. Un ancien martyrologe marque au 9 mai la fête de S. Jean, de S. André et de S. Thomas à Mibin. Ce fut sans doute en ce jour que S. Ambroise oiéposa leurs reliques dans une église. Nous apprenons d'un auteur du sixième siècle qu'on avait de toutes parts des parcelles des reliques de S. Thomas , et que Dieu accordait des grâces dans toutes les contrées par l'intercession de cet apôtre.
D'un autre côté plusieurs églises de l'Orient , et notamment celle de Méliapour, regardent S. Thomas comme leur premier fondateur; mais il est probable que quelques-unes ne reçurent la foi que de ses disciples. Celle de Méliapour et tous les chrétiens dits de S. Thomas célèbrent la liturgie en langue chaldaïque, et dépendent du patriarche de Mosul : deux circonstances qui semblent montrer que leurs premiers prédicateurs vinrent d'Assyrie; car les patriarches de Mosul ont juridiction sur les églises de ce pays , et ils les ont entretenues pendant plusieurs siècles dans le nestorianisme.
Lorsque les Portugais arrivèrent aux Indes orientales, ils y trouvèrent les chrétiens de S. Thomas. On dit qu'il y en avait quinze mille familles sur la côte de Malabar. On voit par le synode tenu à Diaœper, au royaume de Cochin , en 1 699 , par
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Alexis «3e Ménessès, archevêque de Goa, qu'ils se servaient d'expressions nestoriennes et qu'il régnait parmi eux un grand nombre d'abus, d'erreurs et de superstitions. Nous lisons dans la préface de ce synode qu'ils ne tombèrent dans le nestorianisme qu'au neuvième siècle, et qu'ils furent pervertis par certains prêtres venus de l'Arménie et de la Perse. Ik célèbrent deux fêtes en l'honneur de S. Thomas,* la principale se fait au mois de juillet.
Suivant les historiens portugais, Jean III , roi de Portugal, ordojna de chercher le corps de S. Thomas dans une ancienne chapelle ruinée, qui était sur son tombeau, hors des murs de Méliapour. On creusa la terre en lôaS, et on découvrit une voûte construite en forme de chapelle. On y trouva les ossements du saint avec une partie de la lance dont «n s'était servi pour lui ôter la vie, et une fiole teinte de son sang. On les renferma dans un vase précieux et richement orné. On mit dans un autre Tase, mais moins précieux, les ossements du prince que l'apôtre avait baptisé et ceux de quelques autres de ses disciples , lesquels furent découverts dans le même lieu. Les Portugais firent bâtir auprès de cet endroit une nouvelle ville, qu'ils appelèrent Saint- Thomas ou Saint-Thomé. Elle est habitée par des chrétiens, et celle de Méliapour, qui est contiguè', par des Indiens. Plusieurs chrétiens de Saint-Thomas se sont convertis h la foi catholique; mais les autres persistent dans leurs erreurs et continuent d'obéir au patriarche nestorien de Mosul. Depefe que les Hollandais se sont emparés des établissements que les Portugais avaient sur cette côte, la ville de Saint-Thomé a passé au roi de Çolconde ; mais les
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missionnaires de Portugal conlinuent toujours d'instruire les catholiques qui y demeurent.
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