TOME I
soimiircnt de nouveau aux Parlhes; mais il essuya dans la suite les pins terribles disgriâces, surtout dans les guerres contre les Piomains, qui le dépouillèrent de tout ce qu'il possédait h l'occident du Mont-Taurns. 11 fut aussi obligé de leur livrer ses galères et ses éléphants, de leur payer pendant douze ans un tribut de mille talents, de leur donner cent quarante mille boisseaux du plus pur froment, et d'envoyer h Rome vingt otages, entre autres son fils Anliochus.
Il y avait deux fameux temples, l'un de Diane et l'autre de Jupiter Belus, dans l'Elymaïde, province de Perse située entre la Médie et le golfe Persique, et gouvernée par ses propres rois depuis la mort d'Alexandre. Antiochus, se voyant sans ressource et dans une grande disette d'argent, marcha vers ce pays, et pilla pendant la nuit le temple de JupitcrBélus. Mais les habitants le poursuivirent dans le dessein de reprendre leur trésor; l'ayant joint, ils l'attaquèrent et lui ôtèrent la vie. Les Juifs avaient rendu plusieurs fois des services importants à ce prince et ti plusieurs de ses prédécesseurs. Six mille d'entre eux tuèrent, avec le secours du ciel, cent vingt mille hommes de celte armée de Galates qui attaqua la Babylonie , et contre laquelle les Syriens et les Macédoniens n'avaient osé combattre. Aussi reçurent-ils pour récompense de grandes faveurs du roi de Syrie.
Séleucus ÏII, fils et successeur d'Anliochus-le- Grand, eut d'abord pour eux les mêmes sentiments que son père, et les favorisa quelque temps. Les Juifs jouissaient alors d'une telle considération que des princes souverains recherchaient leur ami-
ûé, et envoyaient de magnifiques présents au temple de Jérusalem. Séleucus fournissait lui-même tout ce qui était nécessaire à Tenlrelien de la maison du Seigneur. Une paix profonde régnait par toute la Judée, et la loi s'observait avec exactitude sous ■ le graud-prètre Onias III. Mais la mésintelligence qui se mit entre lui et-Simon, homme puissant de la tribu de Benjamin et gouverneur du temple, plongea toute la nation dans les plus grands malheurs. Cette brouillerie occasionna de la part de Simon l'animosité la plus vive. Celui-ci, nepouvant exécu ter ses desseins, résolut de se servir même du zèle d'Onias pour le perdre. II alla trouver Apollonius , gouverneur de Célésyrie et de Palesline sous Séleucus, et lui dit qu'il y avait dans le temple de Jérusalem des trésors immenses dont il pouvait s'emparer pour le service du roi. Le gouverneur informa Séleucus de l'avertissement qu'on lui avait donné; et comme le prince ne savait où trouver de l'argent pour payer le tribut qu'il devait aux Romains, il fut charmé d'apprendre celte nouvelle. II envoya un ordre à Iléliodore pour qu'il eût h se saisir des richesses du temple des Juifs, et h les transporter h Antioche.
Héliodore , étant arrivé à Jérusalem , informa Onias du sujet de son voyage. Le grand-prêtre lui lit les remonlranccs les plus fortes touchant l'entreprise dont il était chargé. Il lui représenta qu'il n'y avait dans le lemple que des choses consacrées à Dieu, et que les biens qu'on pourrait y trouver étaient des dépôts des veuves ou des orphelins. Héliodore, résolu d'exécuter les ordres du roi, entra xians le temple avec une troupe de gens armés;
mais lorsqu'il était sur le point d'enlever le trésor il vit paraître un homme h cheval qui semblait avoir des armes d'or. Le cavalier fondit sur lui avec impétuosité , et le cheval le frappa en lui donnant plusieurs coups des deux pieds de devant. En même temps parurent deux autres jeunes gens pleins de force et de beauté, brillants de gloire et richement Têtus, qui se tenaient auprès d'Hëliodore , le fouettaient chacun de son côté, et le frappaient sans relâche. L'officier du roi tomba par terre h demi mort, et tous les assistants furent saisis de frayeur. On l'emporta dans une chaise presque sans vie, et il resta dans cet état jusqu'à ce que, par les prières d'Onias , qui offrit pour lui un sacrifice , il eut recouvré la santé. Elaut retourne à Antioche, il raconta fidèlement tout ce qui lui était arrivé; puis il ajouta en parlant au prince : « Si vous avez quelque ennemi ou quelqu'un qui ait formé des desseins sur votre royaume , envoyez-le en ce lieu , et vous le verrez revenir déchiré de coups, si néanmoins il en revient, parcequ'il y a véritablement quelque vertu divine dans ce temple. »
Le ciel ne tarda pas h punir le roi de son entreprise sacrilège par la main même de celui auquel il en avait confié l'exécution. Séleucus était convenu avec les Romains de leur envoyer en otage son fils Démétrius , alors âgé de dix ans , h la place d'Antiochus, son autre fils, qu'il voulait faire revenh' en Syrie. Iléliodore profita du temps où les deux héritiers de la couronne étaient absents ; il empoisonna le roi , et se mit sur le trône. Le jeune Antiochus, qui revenait de Rome, apprit h Athènes la nouvelle de cette révolution. Il implora le secours
d'Eiimènes , roi de Pergame , et d' Attale , frère de ce prince, qui, l'ayant mené en Syrie avecune armée puissante, chassèrent l'usurpateur et le mirent en possession des états de son père.
Antiochus prit le titre à'Epiphanes ou illustre : mais celui de méprisable, que Daniel lui avait donné dès avant sa naissance , lui convenait beaucoup mieux. Selon Diodore de Sicile il courait souvent les rues d'Antioche avec une troupe de libertins, se liait avec tout ce qu'il y avait de gens perdus d'honneur, s'enivrait avec des personnes de la lie du peublc , et faisait mille extravag-ances sans égard pour la décence et pour la dignité de son caractère royal. Au libertinage et à l'ivrognerie il joignait une prodigalité extraordinaire qui absorbait ses revenus en mille dépenses superflues et ridicules.
Joshua ou Jésus, frère du grand-prêtre Onias, fit beaucoup de mal aux Juifs. Emporté par ses pi^ojets ambitieux , il changea son nom en celui de Jason pour plaire'aux Grecs. Il alla trouver Antiochus- Epiphanes, auquel il promit quatre cent quarante talents d'argent s'il voulait lui procurer la souveraine sacrificature , et expédier un ordre pour qu'Onias fût déposé et conduit h Antioche. Il obtint ce qu'il demandait. A peine se vit-il maître qu'il enfreignit ouvertement plusieurs articles de la religion judaïque. Il donna à Antiochus cent cinquante autres talents d'argent pour avoir la liberté d'établir à Jérusalem un gymnase où l'on formerait la jeunesse aux exercices des Grecs , et de faire les habitants de cette ville citoyens d'Antioche. Par l'espérance de ce droit de bourgeoisie il précipita dans
l'apostasie an grand nombre de Juifs , que la vanité €u l'intérêt et leur commerce avec les païens avaient déjh disposés à préférer les avantages du monde à la gloire de servir fidèlement le Seigneur. Trois ans s'étaient passés de la sorte lorsqu'un autre Juif, appelé Onias , changea son nom en ce- 1 ui de Ménélaiis. Il était frère de ce Simon dont nous avons parlé. Ayant acheté dAntiochusla souveraine sacrificature en donnant trois cents talents d'argent par dessus ce que Jason en avait donné, il fut encore plus méchant qiic celui qu'il venait de supplanter. Il engagea les Juifs h quitter leur religion pour suivre celle des païens. II fit condamner à mort le grand-prêtre Onias, qui était h Antioche. On vit alors dans le ciel des signes redoutables qui annonçaient les malheurs dont Jérusalem était menacée. Ces malheurs commencèrcntpar les séditions qu'excitèrent Jason et Ménélaiis.
Sur le bruit qui s'était répandu qu'Antîochus avait été tué dans la guerre d'Egypte, Jason vint du pays des Ammonites h la tête de mille hommes, et s'empara de la ville et du temple de Jérusalem,mais il fut bientôt obligé de se retirer. Il apprit qu'Antiochus vivait, et qu'il marchait avec son armée contre Jérusalem. Ce prince, à son arrivée, déchargea le poids de sa fureur sur les Juifs ; il en tua quatre-vingt mille en trois jours, en vendit quarante mille comme esclaves aux nations voisines , et en fit prisonniers un égal nombre. Ce ne fut pas tout encore ; il osa entrer dans le temple , qui était le lieu le plus saint de toute la terre , ayant pour conducteur Ménélaiis , l'ennemi des lois de sa patrie , et prendre avec ses mains crimi-
nelles lout ce qu'il y avait de plus sacré en rases et en autres choses destinées au service ou h l'omemcnt de la maison du Seigneur. Il emporta aussi dix-huit cents talents; après quoi il s'en retourna promplement h Antiochc. Il étahiit gouverneur de Judée Philippe, originaire de Phrygie, homme encore plus cruel que lui. Son orgueil était porté à im tel comble qu'il s'imaginait pouvoir naviguer sur la terre et Taire marcher ses troupes sur la mer.
Feu de temps après il se mit à la tète d'une armée nombreuse, ne se proposant rien moins que de conquérir toute l'Egypte. Il se rendit maître de tout le pays jusqu'à Memphis, où un grand nombre de villes ou de provinces vinrent se soumettre h lui. tï tourna ensuite sa marche contre Alexandrie ; mais lorsqu'il était au village d'Eleusine, à quatre milles de cette ville , il rencontra trois ambassadeurs du sénat romain , qui lui ordonnèrent de suspendre tout acte d'hostilité et de mettre fin à la guerre. Ils lui ajoutèrent que s'il refusait d'obéir les Piomains ne le regarderaient ]>lus comme leur allié et leur ami. Popilius , l'un dentre eux, l'entendant demander la liberté de délibérer avec son conseil, l'environna dans un cercle qu'il traça siu" le sable, et lui dit d'un ton Terme : «Vous ne sortirez point « de ce cercle avant que vous n'ayez accepté ou « rejeté la proposition que je vous fais. » Antiochus étonné répondit qu'il ferait ce que la république demandait de lui.
Outré de ce contre-temps, il ramena son armée, mais résolu de se venger sur les Juifs. A son retour il envoya en Palestine Apollonius avec vingt-
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deux mille hommes, et lui ordonna de piller Jérusalem. Apollonius, étant arrivé, dissimula d'abord le véritable motif de son voyage, et parut h l'extérieur n'avoir que des pensées de paix. Mais le jour du sabbat suivant , lorsque tout était tranquille , il fit répandre ses soldats dans les diflerents quartiers de la ville, avec ordre de massacrer tout ce qu'ils rencontreraient. Les Juifs se laissèrent impunément égorger dans la crainte de violer le sabbat. Il y en eut environ dix mille qui échappèrent au massacre général, et qui furent emmenés captifs. Quelquesuns prirent la fuite. Apollonius, après avoir pillé la ville, y fit mettre le feu. Les murailles furent démolies , le culte du Seigneur abandonné et le saint lieu profané. On dédia le temple h Jupiter Olympien, et l'on mit la statue sur l'autel des holocaustes, conformément h. la prophétie de Daniel. On commença h offrir des sacrifices à cette idole le jour de la naissance du roi , lequel tombait le 25 du mois casleu , qui répond h une partie de nos mois de novembre et de décembre. Vers le même temps le temple qu'avaient les Samaritains sur le mont Garisim fut dédié à Jupiter l'Hospitalier ; ce qui donnait h entendre que ce peuple n'était point originaire du pays , mais qu'il y était venu s'y établir. Un grand nombre de Juifs apostasia; mais il y en eut aussi qui aimèrent mieux perdre la vie que d'abjurer leur religion.
On voyait de loutes parts des autels, des statues et des bois consacrés aux mystères impurs du paganisme. On obligeait les Juifs de sacrifier sous peine de la vie; en sorle que toute la Palestine n'était qu'un théâtre affreux d'idolâtrie, de débauches
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et de carnage. On était condamné h mort pom' garder quelque observance de la loi. Deux femmes ayant été accusées d'avoir circoncis leurs enfants furent menées publiquement par toute la ville , ayant ces enfants pendus h leur mamelle, et ensuite on les précipita du haut des murailles. D'autres s'étant assemblées dans des cavernes voisines, et y célébrant secrètement le jour du sabbat, Philippe, gouverneur de Jérusalem, qui en fut averti, les fit tous consumer par les flammes sans qu'ils osassent se défendre à cause du grand respect qu'ils avaient pour l'observation du sabbat. Les persécuteurs brûlèrent aussi les livres de la loi, et condamnèrent h. mort ceux chez lesquels on les trouva ou qui marquaient de l'aversion pour les superstitions païennes. Cependant il y en eut plusieurs qui refusèrent constamment d'obéir h ceux qui voulaient leur faire manger des viandes impures , et ils aimèrent mieux mourir que de transgresser la loi du Seigneur.
Éléazar fut un d'entre ceux qui se distinguèrent le plus parleur zèle et par leur courage. C'était un des principaux docteurs de la loi. 11 avait quatrevingt-dix ans. Un certain mélange de douceur et de majesté que l'on remarquait sur son visage inspirait à tous ceux qui l'approchaient beaucoup de vénération pour sa personne et de confiance en sa vertu. Les persécuteurs entreprirent de pervertir ce saint homme dans l'espérance qu'il leur serait facile ensuite de gagner tous les autres, qui se fortifiaient et s'animaient mutuellement par ses exemples. Comme ils cherchaient moins h le tourmenter qu'à le séduire , ils employèrent successivement
les menaces et les caresses. Mais voyant qu'ils ne réussissaient point, ils eurent recours à un acte de violence ridicule; ils lui ouvrirent la bouche de force pour y mellre de la chair de pourceau. Ils ne considéraient ])as que le consentement seul fait le crime dès qu'une action où le cœur n'a point de part ne peut élre proscrite par le Seigneur. Eléazar fut invincible, et, préférant une mort pleine de gloire à une vie criminelle, il alla volontairement et de lui-même au supplice. Quelques Gentils ou Juifs apostats de ses amis , touchés pour lui d'une fausse compassion , le prirent à part, et le supplièrent de trouver bon qu'on lui apporlât des viandes dont il lui était permis de manger afin qu'on pût feindre qu'il avait mangé des viandes du sacrifice selon le commandement du roi, et que par ce moyen on le sauvât de la mort. Mais Eléazar, considérant ce que demandaient de lui un âge et une vieillesse si vénérables, ces cheveux blancs qui relevaient la grandeur d'ame qui lui était naturelle, cette vie innocente et sans tâche qu'il avait menée depuis son enfance, répondit qu'il aimait mieux descendre dans le tombeau que de faire ce qu'on lui proposait. « Il est indigne de l'âge où nous sommes , dit -il, d'user de celle fiction; elle serait cause que plusieurs jeunes gens s'imaginant qu'Eléazar h l'âge de quatre-vingt-dix ans aurait passé de la vie des Juifs à celle des païens seraient eux-mèdies trompés par cette feinte dont j'aurais usé pour conserver un petit reste de celte vie corruptible. Par là j'attirerais une tache honteuse sur moi et l'exécration des hommes sur ma vieillesse ; car encore que j'échappasse présentement au supplice des
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hommes je ne pourrais du moins fuir la main du Tout-Puissant, ni pendant ma vie ni après ma mort. En mourant courageusement je paraîtrai digne de la yieillessc où je suis , et je laisserai aux jeunes; gens un exemple de fermeté en souffrant avec constance et avec joie une mort honorable pour le sacré culte de nos lois très saintes. » Aussitôt qu'il eut achevé ces paroles on le traîna au supplice. Etant près d'expirer sous les coups dont on l'accablait, il jeta un grand soupir , et dit : « Seigneur , qui avez une science toute sainte à laquelle on ne peut échapper, vous savez qu'ayant pu me délivrer de la mort je souffre dans mon corps de très vives douleurs, mais que dans l'amc je sens de la joie de les souffrir pour votre crainte. » Il mourut ainsi en laissant non seulement aux jeunes gens, mais encore h toute sa nation, un grand exemple de vertu et de fermeté dans le souvenir de sa mort.
Le martyre d'Éléazar fut suivi de celui de sept frères qui souffrirent l'un après l'autre avec une constance invincible les plus affreux tourments. Leur mère, d'un courage au dessus de son sexe , était avec eux et les exhortait à la mort en langue hébraïque. Enfin après les avoir vus tous expirer elle termina elle-même sa vie dans les supplices. La victoire de ces saints athlètes fut d'autant plus glorieuse qu'ils triomphèrent d'Antiochus en personne. Il paraît que ce prince était venu à Jérusalem dans l'espérance que par le poids de son autorité et par de barbares raffinements de cruauté il vaincrait la constance de ceux qui avaient résisté ux artifices et aux tortures employés par ses ministres. Quelques auteurs ont prétendu que nos-
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saints martyrs souffrirent h Antioche et non h Jérusalem; mais il est plus vraisemblable que cette dernière ville fut le théàlre de leurs combats ainsi que des autres Jévénçments rapportes h cet ëgard dans les livres saints.
Les sept frères ayant été arrêtés avec leur mère par l'ordre d'Antiochus , on les tourmenta pour les contraindre h manger de la chair de pourceau contre la défense de la loi. Mais l'aîné d'entre eux dit au roi : « Que nous demandez-vous? Aous sommes prêts cl mourir plutôt que de violer les lois de Dieu et de notre pays. » Auliochus, furieux de ce discours , commanda qu'on fît chauffer sur le feu des poêles et des chaudières d'airain, et lorsqu'elles furent toutes brûlantes il ordonna qu'on coupât la langue h celui qui avait parlé le premier, qu'on lui arrachât la peau de la tête et qu'on lui coupât les extrémités des mains et des pieds à la vue de ses frères et de sa mère. Après qu'il l'eut fait ainsi mutiler il commanda qu'on l'approchât du feu , et qu'on le fit rôtir dans la poêle pendant qu'il respirait encore; et tandis qu'on le tourmentait les autres frères s'encourageaient l'un l'autre avec leur mère à mourir constamment, parcequc Dieu, qui est glorifié par la fidélité de ses serviteurs, prend plaisir à les voir souffrir pour la défense de la vérité.
Le premier étant mort de la sorte, les bourreaux se saisirent du second , et, lui ayant arraché la peau de la tête avec les cheveux, ils lui demandaient s'il voulait manger des viandes qu'on lui présentait plutôt que d'être tourmenté dans tous les membres de son corps ; mais, sur la réponse qu'il fit qu'on ne le verrait jamais transgresser la loi, il
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souffrit les mêmes tourments que le premier. Étant près de rendre l'esprit, il dit au roi : « Vous nous faites perdre la vie présente ; mais le souverain du monde, pour la gloire duquel nous mourons, nous ressuscitera un jour pour la vie éteinielle. »
On insulta ensuite au troisième. On lui demanda sa langue, qu'il présenta aussitôt. En même temps il étendit ses mains , et dit avec confiance : « J'ai reçu ces membres du ciel , mais je les méprise maintenant pour la défense des lois de Dieu, parceque j'espère qu il me les rendra un jour. » Le roi et ceux qui l'entouraient ne purent s'empêcher d'admirer le courage de ce jeune homme, qui n'avait que du mépris pour les plus affreux tourments.
Après la mort de celui-ci on traita le quatrième de la même manière. Lorsqu'il fut près d'expirer il parla de la sorte : «11 nous est plus avantageux d'être tués par les hommes dans l'espérance que Dieu nous rendra la vie en nous ressuscitant : quant à vous, votre résurrection ne sera pas pour la vie.»
Les bourreaux ayant pris le cinquième, ils le tourmentèrent comme les autres. Alors, regardant le roi, il lui dit : « Tous faites tout ce que vous voulez, parceque vous avez reçu la puissance parmi les hommes, quoique vous soyez un homme mortel. Mais ne vous imaginez pas que Dieu ait abandonné notre nation. Attendez seulement un peu; vous verrez quelle est la grandeur de sa puissance, et de quelle manière il vous traitera , vous et votre race. »
Après celui-ci on mena le sixième au supplice. Lorsqu'il fut près d'expirer il dit : «Ne vous trompez pas vainement vous-même. Si nous souffrons
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c'est parceque nous l'avons mérité, ayant péclié contre notre Dieu ; et ainsi nous nous sommes attiré ces fléaux épouvantables. Mais ne vous imaginez pas que votre conduite demeurera impunie après avoir entrepris de combattre contre Dieu même. »
Cependant leur mère, plus admirable qu'on ne peut dire , voyant périr ses enfants en un même jour, souffrait constamment leur mort h cause de l'espérance qu'elle avait en Dieu. Remplie d'une sagesse toute céleste et d'un courage plus qu'hé- j roïque , elle sut retenir les larmes que la nature voulait lui arracher. Il ne lui échappa rien qui put décourager ses enfants. Elle ne s'occupait que des moyens de leur assurer la victoire ; de là ces exhortations enflammées qu'elle leur faisait pour les animer h la persévérance: «Je ne sais, leur disaitelle, comment vous avez été formés dans mon sein ; car ce n'est point moi qui vous ai donné l'ame , l'esprit et la vie, ni qui ai joint tous vos membres pour en faire im corps; mais c'est le Créateur du monde qui a formé l'homme dans sa naissance, et qui a donné l'être h toutes choses; c'est lui aussi qui vous rendra encore l'esprit et la vie par sa miséricorde en récompense de ce que vous vous méprise:^ maintenant vous-mêmes. »
Antiochus, croyant que tout devait céder à son pouvoir, ne pensait qu'à l'affront qu'il prétendait avoir reçu de la part des sajnts martyrs, et il était prêt à porter sa vengeance aux dernières extrémités; mais sa fureur se changea en désespoir quand il vit que des sept frères il n'en restait plus qu'un, et qu'il n'était qu'un enfant. 11 résolut de faire uji
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dernier effort pour vaincre au moins celui -Ih. Il eut donc recours aux caresses, dont les tyrans ont fait si souvent un usage dangereux. Il lui assura avec serment qu'il le rendrait riche et heureux, qu'il le mettrait au rang de ses favoris , qu'il rera plirait tous ses désirs , pourvu qu'il ahandonnât les lois de ses pères. Mais comme ce jeune homme était inébranlable, le roi appela sa mère; puis , affectant une compassion feinte, il l'exhorta h inspirer d'autres sentiments h son fils, afin de sauver au moins ce dernier rejeton de sa famille. Celle-ci, s'ctant retournée vers son fils, lui dit en langue de son pays, qu'Anliochus n'entendait point : « Mon cher fils, ayez pitié de moi, qui vous ai porté neuf mois dans mon sein, qui vous ai nourri trois ans de mon lait, et qui vous ai élevé jusqu'à l'âge où vous êtes; je vous conjure de regarder le ciel, la terre et toutes les autres choses qui y sont renfermées , et de bien comprendre que Dieu les a créées de rien ainsi que tous les hommes. C'est Iti le Dieu que vous adorez; ayez-le devant les yeux , et vous ne craindrez point ce cruel bourreau. Montrez-vous digne de vos frères ; comme eux recevez la mort de bon cœur , afin que je vous revoie de nouveau avec eux dans cette miséricorde que nous attendons de la bonté divine. » Lorsqu'elle parlait encore le jeune homme se mit à crier : « Qu'attendez-vous de moi ? Je n'obéis point au commandement du roi , mais au précepte de la loi qui nous a été donnée par Moïse. Pour vous, ajouta-t-il en s'adressant à Antiochus, vous qui êtes la cause de tous les maux dont on accable les Hébreux , vous n'éviterez pas la main
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de Dieu.' Quant h nous, c'est pour nos péchés que nous souffrons toutes ces choses; et si le Seigneur notre Dieu s'est mis un peu en colère contre nous pour nous châtier et nous corriger , il se réconciliera de nouveau avec ses serviteurs. Mes frères, après avoir supporté une douleur 2)assagère, sont entrés dans l'alliance de la vie éternelle. J'abandonne comme eux mon corps et mon ame pour la défense des lois de mes pères , en conjurant le Seigneur de se rendre bientôt favorable à notre nation, et de nous contraindre par les tourments et par diverses plaies à confesser qu'il est le seul Dieu. Mais la colère du Tout- Puissant, qui est tombée justement sur notre nation , finira ii ma mort et h celle do mes frères. » Alors le roi, enflammé de colère, fit éprouver sa cruauté h celui-ci encore plus qu'à tous les autres. Il mourut , ainsi que ses frères , dans la pureté de son innocence, avec une parfaite confiance en Dieu.
La mère, restée seule au milieu des membres épars de ses enfants, soupirait après le moment de leur être réunie, et demandait à Dieu la grâce de partager leur souffrance et leur couronne. Antiochus , honteux de céder et incapable de se laisser attendrir, ordonna qu'on fît souffrir de cruelles tortures à cette femme généreuse , et qu'on la mît à mort. Tous ces saints martyrs consommèrent leur sacrifice l'an du monde 5807, le i45'' de l'ère des Sélcucides, le 164" avant Jésus-Christ.
Anliochus, couvert de honte et de confusion d'avoir été vaincu par une femme et par sept enfants, quitta la Judée après avoir toutefois donné des ordres pour l'anéantissement de la religion judaïque.
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Mais Dien déconcerta ses projets, et les fit même servir h sa ruine et h sa perte. Les Juifs se relevèrent, et leur répuLlique redevint très florissante. Cette révolution fut principalement reffct du courage des enfants de Matathias, qui après la profanation du tempte avaient quitté Jérusalem, et s'étaient retirés sur les montagnes voisines de Modin, leur patrie.
Matathias était un saint prêtre de la famille de Joarib,qui occupait le premier rang dans les vingtquatre classes désignées par David pour servir successivement dans le temple. Il descendait d'Aaron par Éléazar, et était fils de Jean, qui avait eu pour père Simon, fils d'Asmonée, duquel les princes de cette famille, qui régnèrent depuis en Judée, furent appelés Asmonéens. Il était alors fort âgé, et avait avec lui ses cinq fils, Jean, surnommé Gaddis; Simon, surnommé Thasi; Judas, appelé Machabée; Éléazar et Jonathan. Les officiers d'Antiochus étant venus h Modin pour forcer les Juifs à renoncer à leur religion, il se rendit dans celte ville, et exhorta ses compatriotes à ne point obéir à des ordres impies. Pour lai, il déclara généreusement aux officiers qu'il resterait toujours fidèle au Seigneur. Animé du même zèle que Phinécs, il tua un Juif apostat qui allait sacrifier à une idole, puis s'enfuit dans le désert, où il fut suivi par ceux qj;i étaient encore attachés h la loi. Étant mort l'an iGG avant Jésus-Christ, il fut remplacé par son fils Judas Machabée.
Celui-ci, à la tête de six mille hommes, défit et tua Apollonius, gouverne ar de Samarie, qui était venu l'attaquer avec une armée nombreuse. Séron,
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gouverneur de la Célësyrie sous Ptolomée-Macron, ayant marché contre lui avec un nouveau corps de troupes, eut le même sort qu'Apollonius. Philippe, gouverneur de Jérusalem, envoya demander du secours h Antioche. Antiochus était absent, et se trouvait pour lors au-delh de l'Euphrate. Lysias, qu'il avait établi régent de son royaume , envoya quarante mille hommes d'infanterie h Ptolomée- Macron avec Nicanor et Gorgias, deux officiers fort habiles dans le métier de la guerre. Mais Judas taltit JNicanor, et brûla le camp de Gorgias. Timoihée, gouverneur du pays au-delh du Jourdain, s'étant avancé avec Bacchide, général très expérimenté, il les vainquit en bataille rangée, et leur tua TÎngt mille hommes. A cette nouvelle Lysias partit û'Antioche pour venir en personne dans la Judée. Son armée était composée de soixante mille hommes d'infanterie et de cinq mille de cava-lerie. Judas, assisté du secours du ciel, remporta sur lui une victoire complète, et l'obligea de s'enfuir h Antioche. Vainqueur de ses ennemis, il purifia le temple, en célébra la dédicace durant huit jours, et rétablit le culte du vrai Dieu. Cette dédicace se fit le 25 du mois casieu, l'an 160 avant Jésus-Christ, le second du gouvernement de Judas, le jour même auquel le temple avait été profané lorsque trois ans auparavant Antiochus y fit élever la statue de Jupiter Olympien.
Les succès de Judas Machabée rendirent partout son nom redoutable. Ses exploits contre trois rois âe Syrie et contre les autres ennemis du peuple de Dieu effacèrent tout ce que l'histoire profane rapporte de ses plus célèbres héros. Son courage et ses
autres qualités guerrières étaient de beaucoup relevés par ses vertus et son zèle pour la religion de ses pères. Il mourut sur le champ de bataille l'an iSy avant Jésus-Christ, après avoir commandé six ans les armées des Juifs.
Nous avons rapporté que l'apostat IMénélaiis avait usurpé la souveraine sacrificature. Il fut condamné h mort par Antiochus IV, ou Eupator, fils d'Antiochus-Épiphanes. Alors Alcime, autre apostat, delà famille d'Aaron^ se fit établir grand-prêtre par Démétrius-Soter, qui s'était frayé un chemin au trône en assassinant Antiochus-Eupator et le régent Lysias. Il prit les armes contre sa patrie, et tâcha d'anéantir la religion de ses pères. Son intrusion fit qu Onias III , auquel la souveraine sacrificature appartenait , se retira h Alexandrie, et Ptolomée- Phllométor lui permit de bâtir un temple h. Héliopolis pour les Juifs Ilcllénistes, 169 ans avant Jésus-Christ.
Après la mort d' Alcime, qui termina misérablement sa vie , Jonathan , qui avait été élu chef du peuple de Dieu h la place de Judas Machabée, son frère, fut élevé à la souveraine sacrificature, conformément h ce que prescrivait la loi. Simon, son frère, lui succéda dans ces deux dignités. Jean Hircan, fils et successeur immédiat de Simon, se distingua par sa vertu, sa sagesse et sa valeur; il agrandit son état en y ajoutant l'Idumée, la Samarie et la Galilée. Aristobule et Alexandre Jannée, ses fils, prirent le diadème et le titre de roi environ 107 ans avant Jésus-Christ ; mais ils dégénèrent de la vertu de lenrs ancêtres. L'orgueil, l'hypocrisie et la corruption commencèrent alors h s'in -
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troduîrc parmi le? Juifs, et ces vices préparèrent la voie au plus j^raïul de tous les ciimcs, au crucifiement du fils de Dieu, par lequel ce peuple ingrat combla la mesure de ses iniquités.
Les vrais disciples de Moïse triomphèrent égalenîenl, soit 'orsqu'ils moururent glorieusement pour la défense de leur religion, soit lorsqu'ils remportèrent des victoires sur les infidèles qui voulaient arracher celle religion de leurs cœurs. Quelle différence entre leurs combats et celui que leur persécuteur eut h soutenir avec lui-même dans ses derniers moments! Antiochus, qui avait consumé tous ses trésors en folles dépenses^ s'avança avec cinquante mille hommes au-delh de l'Euphrate dans le dessein de revenir chargé de riches dépouilles. Ayant tenté de piller le temple de Persépolis et celui d'Elymaïde, il fut honteusement rcpoussépar les habitants du pays. Il tournasa marche du côté de la Babylonie. Il était peu éloigné d'Ecbatanc lorsqu'il apprit que Judas Machabée avait défait Lysias , qu'il s'était emparé des places fortes de la Judée, et qu'il avait renversé l'idole placée dans le temple. Transporté de fureur, il dit qu'il allait lui-même h Jérusalem, et qu'il en ferait le toaibeau des Juifs. Il commanda donc h celui qui conduisait son char de toucher sans cesse et de hiîler son voyage. Mais h peine eut-il prononcé ces paroles que Dieu le frappa d'une maladie incurable; il se sentit tout à coup attaqué d'une douleur eflVoyablc dans les entrailles, et d'une colique qui le tourmentait cruellement. Trans])or[é d'une nouvelle fureur contre les Juifs, il donna dos ordres pour que l'on précipitât encore
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son voyage. jMais lorsque ses chevaux couraîent avec impétuosité il tomba de son chariot, et eut le corps tout meurtri de cette chute. Ainsi celui qui, s'élevant par son orgueil au dessus de la condition de 1 homme, s'était flatté de pouvoir même commander aux flots de la mer se vit porter tout mourant dans une chaise, attestant publiquement la toute-puissance de Dieu qui éclatait en sa propre personne. Il sortait des vers de son corps, et les chairs lui tombaient par lambeaux avec une odeur si infecte que toute l'armée n'en pouvait soufTrir la puanteur. Cet homme, qui s'imaginait auparavant être capable d'atteindre jusqu'aux étoiles du ciel, se trouvait dans un tel état que personne ne pouvait le porter à cause de Tinfeclion horrible qui sortait de son corps. Etant devenu insupportable à lui-même, il fit venir ses amis, et leur dit : « Le sommeil est éloigné de mes yeux; mon cœur est tout abattu, et je me sens défaillir h cause du grand chagrin dont je suis saisi. J'ai dit au fond de mon cœur : A quelle afiliclion suis-je réduit? en quel abîme de tristesse me vois-je plongé, moi qui auparavant étais si lieureux et si chéri au milieu de la puissance qui m'environnait? Je me souviens présentement des maux que j'ai faits dans Jérusalem... Je reconnais donc que c'est pour cela que je suis tombé dans tous ces maux, et l'excès de ma tristesse me fait maintenant périr dans une terre étrangère. » Il promet de rendre Jérusalem libre , de lui accorder les plus beaux privilèges, de l'égaler à la ville d'Athènes; il s'engage à orner de dons précieux le temple qu'il -avait voulu piller auparavant, à y augmenter le nombre des vases sacrés, à
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fournir de ses revenus les dépenses nécessaires pour les sacrifices, et même ci se faire Juif, et h parcourir tonte la Icrrcpour publier la toute-puissance de Dieu. Mais son repentir n'était fondé que sur des motifs temporels , ce qui a fait dire h l'écrivain sacré : Cet impie priait Le Seigneur, de qui il ne devait point recevoir de miséricorde. Il mourut cent soixante ans avant l'ère chrétienne.
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