ET SAINTE FÉLICITÉ , LEUR MÈRE
(10 juillet.)
Ces saints, dont ]gs triomphes sont si célèbres dans les écrits des Pères , souffrirent sous l'empereur Antonin-le-Pieux. Sainte Félicité était une dame romaine également distinguée par sa vertu et par sa naissance. Elle éleva ses sept|eufants dans la crainte du Seigneur, et prit soin de les pénétrer des plus sublimes maximes du christianisme. Après la mort de son mari elle servit Dieu dans la continence , et ne s'occupa plus que de bonnes œuvres. Ses exemples ainsi que ceux de sa famille arrachèrent plusieurs païens h leurs superstitions, en même temps qu'ils encourageaient les chrétiens à se montrer dignes de leur vocation.
Les prêtres païens , furieux des pertes que faisait la religion dont ils étaient ministres, portèrent leurs plaintes à l'empereur Antonin. « Vous ne pouvez supporter, lui dirent-ils, la hardiesse avec laquelle FéHcité professe la doctrine des chrétiens ; plusieurs abandonnent le culte des dieux immortels, qui sont les gardiens et les protecteurs de l'empire; cet abandon et la tolérance d'un culte étranger les outra-
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gent; aussi sont-ils extrêmement irrités contre la ville et contre l'ëtat. On ne peut les apaiser qu'ea obligeant Félicité et ses enfants à leur offrir des sacrifices. »
Antonin, qui était lui-même superstitieux, répondit favorablement h la plainte des prêtres. Il chargea Publius , préfet de Piome , de leur donner satisfaction, et de faire ce qu'ils demandaient pour apaiser les dieux. En conséquence de cet ordre Publius se fit amener Félicité avec ses sept enfants. Lorsqu'ils furent venus il prit la mère à'part, et employa tous les moyens possibles pour la déterminer à sacrifier, ajoutant qu'en cas de refus il serait obligé d'avoir recours aux voies de rigueur. « Apprenez h me connaître , répondit Félicité, ne vous flattez pas de m' effrayer par vos menaces , ni de me séduire par vos belles paroles. J'espère par la vertu de l'esprit de Dieu, qui combattra avec moi, triompher de Salau et sortir AÎctorieuse des épreuves auxquelles vos assauts mettront ma fidéhté. Malheureuse femme, dit Publius transporté de rage, comment la mort peut-elle vous paraître si désirable que d'exposer vos enfants à être privés de la vie, et de me forcer h la leur ravir par de cruels tourments? Mesenftuits, reprit Félicité, vivront éternellement en Jésus-Christ s'ils lui sont fidèles ; mais ils doivent s'attendre à des supplices qui ne finiront point s'ils sacrifient aux idoles. »
Le lendemain Publius, étant assis sur son tribunal, dans le champ et devant le temple de Mars, envoya chercher Félicité et ses enfants; puis s'adressant à la mère, il lui dit : «Ayez pitié de vos enfants, qui sont à la fleur de f âge , et qui peuvent aspirer
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aux premières charges de l'état. Votre pitié, répondit la sainte, est une impiété réelle, et la prétendue compassion à laquelle fous m'exhortez annoncerait la plus cruelle des mères. » Se tournant ensuite vers ses enfants , elle leur dit : Piegardez le ciel où Jésus-Christ vous attend avec ses saints; persistez dans son amour, et combattez généreuseiïïent pour vos âmes. » A ces mots Publius lui fit donner des soufflets , en lui disant qu'elle était bien hardie de donner en sa présence de pareils avis , qui montraient une opiniâtreté impardonnable à désobéir aux empereurs.
Il résolut de faire une nouvelle tentative en prenant les saints séparément pour essayer de les ébranler par la force réunie des menaces et des promesses. Il commença par .Tanvier, l'aîné des sept frères ; mais il n'en reçut que cette réponse : « Ce que vous me conseillez de faire est contraire à la raison. J'attends de labonté du Seigneur Jésus qu'il me préservera d'une telle impiété. » Il ordonna qu'on le battît cruellement , après quoi on le renvoya en prison. Le second des frères fut ensuite amené. Comme on le pressait de sacrifier, il répondit : « Il n'y a qu'un seul Dieu , et c'est à lui que nous devons offrir le sacrifice de nos cœurs. Jamais nous n'oublierons l'amour que nous devons à Jésus- Christ. Employez tous les artifices et tous les raffinements de la cruauté, vous ne pourrez nous ravir notre foi. » Les autres frères ayant été interrogés firent une semblable réponse , et protestèrent que rien ne serait capable de les priver de la récompense éternelle promise aux justes. Martial, qui parla le dernier, dit : « Tous ceux qui ne confessent pas que
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Jésus-Christ est vrai Dieu seront jetés dans un feu qui ne s'éteindra jamais. » L'interrogatoire fini, les gaints souffrirent la peine du fouet, et furent ramenés en prison. Publius , désespérant de vaincre leur constance, envoya toute la procédure à l'empereur.
Antonin , ayant lu l'interrogatoire , ordonna que les confesseurs fussent envoyés h différents juges, et condamnés à divers genres de supplices. Janvier fut battu jusqu'à la mort avec des fouets garnis de balles de plomb. Félix él Philippe terminèrent leur vie par de violents coups de massue qu'on déchargea sur eux. Sylvain, le quatrième des frères, fut jeté la tète en bas dans un précipice. Alexandre , Vital et Martial, qui étaient les plus jeunes, eurent la tête tranchée. Félicité mourut de la même manière quatre mois après. Elle est nommée le 20 de novembre dans le martyrologe romain, qui fait mémoire des sept frères le 10 de juillet. C'est en ce dernier jour que la fête de ces saints est marquée dans l'ancien calendrier romain, publié par Buchérius. Il y avait sur la voie Salarienne une église bâtie en l'honneur et sur le tombeau de sainte Félicité.
Ce fut dans cette église que S. Grégoire-le- Grand prêcha sa troisième homélie sur les évangiles, le jour de la fête de la sainte martyre. Voici de quelle manière il s'y exprime : «Félicité, ayant sept enfants , craignait plus de les laisser sur la terre après elle que les autres mères ne craignent de survivre aux leurs. Elle fut plus que martyre, puisqu'elle souffrit en quelque sorte ce que souffrait chacun de ses enfants. Elle combattit la huitième,
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selon l'ordre du temps ; mais elle fut dans la peine durant toute cette scène sanglante; elle commença son martyre dans l'aîné de ses cnfiints , et ne le consomma que par sa propre mort. Elle reçut une couronne ponr elle et pour tous ceux qu'elle avait mis au monde. En les voyant tourmenter elle ne perdit rien de sa constance. Comme mère, elle éprouvait tout ce que la nature fait souffrir en pareille circonstance ; mais elle se réjouissait dans son cœur parles sentiments que lui inspirait l'espérance. » Le même père prend de là occasion de montrer combien la foi est faible en nous; dans sainte Félicité, elle triompha de la chair et du sang, et dans nous elle n'est pas capable d'arrêter les saillies de nos passions, ni de détacher nos cœurs de ce monde perfide et corrompu. « Soyons du moins couverts d-e confusion^ ajoxite-t-il, en voyant que nous sommes si éloignés de la vertu de celte sainte, et que nous permettons aux mauvais penchants d'étouffer la foi dans nos cœurs. Souvent un mot nous trouble; la moindre contradiction nous irrite et nous décourage , et cependant les supplices et la mort même ne purent ébranler l'ame courageuse de Félicité Nous pleurons sans cesse lorsque Dieu
nous redemande les enfants qu'il nous avait donnés, tandis que Félicité s'attriste que les siens ne meurent pas pour Jésus-Chr'st, et se réjouit de les voir sceller leur foi par l'effusion de leur sang. »
On entend tous les jours les parents se plaindre des désordres de leurs enfants : ils doivent surtout s'en prendre à leur négligence et à leurs mauvais exemples. Que n'imitent-ils le zèle de sainte Félicité? Qu'ils s'appliquent h former à la vertu ces ten- TOME r. 18
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dres plantes dont la culture leur a été confiée , et leurs peines seront récompensées dès cette vie ^ar les plus douces consolations. Ils compteront alors autant de saints dans leur famille qu'ils auront mis d'enfants au monde.
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