‹ Vies choisies des principaux saintsChapitre 72 sur 83 · MARTYRS A LYON · texte numérisé non relu

MARTYRS A LYON

(22 avril.)

Eplpode et Alexandre sortaient l'un et l'autre d'une famille très distinguée : le premier était de Lyon et le second Grec de naissance , tous deux à la fleur de leur âge. Ils avaient étudié sous les mêmes maîtres et s'étaient liés dès l'enfance d'une étroite amitié, qui croissait tous les jours. Cette amitié était d'autant plus solide que la religion en était la base. Les deux saints s'exhortaient continuellement à la perfection clirélienne. Ils se préparaient au martyre par une foi vive, par la pratique de la tempérance, de la chasteté et des œuvres de miséricorde. Ils ne voulurent point s'engager dans le mariage afin de pouvoir servir Dieu avec plus de liberté.

Le feu de la persécution s'étant allumé, ils prirent le partide se cacher, pour suivre le conseil de l'Evangile. Ils sortirent donc secrètement de Lyon et se retirèrent dans un bourg voisin, où une veuve chrétienne leur offrit sa maison ; ils y vécurent quelque temps inconnus, parla fidélité que leur garda la sainte hôtesse et par le peu d'apparence qu avait leur asile ; mais ils ne purent échapper aux persécutions des païens, et on les découvrit à la fin. Epipode voulant se sauver perdit un de ses souliers, que la veuve chrétienne trouva et qu'elle conserva comme un riche trésor. A peine eurent-ils été arrêtés qu'on les mit en prison , même avant de les

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avoir iiileiTOgés, quoique cette formalité fût prescrite par les lois romaines.

Trois jours après ils furent conduits , les mains liées derrière le dos, devant le tribunal du gouverneur. Ils n'eurent pas plus tôt confessé qu'ils étaient chrétiens que le peuple jeta un cri d'indignation contre eux. Le magistrat transporté de ragcs'éciMa : « De quoi ont donc servi toutes les tortures que fious avons employées s'il est encore des hommes assez audacieux pour suivre la doctrine du Christ !» Il sépara ensuite les deux saints pour empêcher qu'ils ne s'encourageassent mutuellement, même par signes. Il prit h part Epipode, qu'il croyait le plus faible parcequ'il lui paraissait le plus jeune, et tâcha de le séduire par une bonté affectée, par de belles promesses et par l'appât du plaisir ; mais le saint lui répondit généreusement : « Sachez que je ne me laisserai jamais surprendre par votre cruelle compassion... Vos plaisirs n'ont rien qui me touche. Vous ignorez apparemment que Thomme est composé de deux substances, d'un corps et d'une ame. Chez nous l'ame commande et le corps obéit. Les plaisirs honteux auxquels vous vous livrez en l'honneur de vos prétendus dieux flattent agréablement le corps, mais ils donnent la mort h l'ame. Nous faisons donc la guerre au corps afin de le soumettre à l'ame... Pour vous, après vous être rabaissés jusqu'à la condition des brutes, vous trouverez h lafin ime mort épouvantable. Il n'en est pas ainsi denous : lorsque nous périssons par vos ordres nous entrons en possession d'une vie éternelle. » Le juge, irrité de la noble hardiesse de cette réponse , fit frapper rudement la bouche qui l'avait prononcée. Le taar-

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tjT, dont les dents étaient tout en sang, continua de parler ainsi ; « Je confesse que Jésus-Christ est un seul Dieu avec le Père et le Saint-Esprit. Il est juste que je lui remette une ame qu'il a créée et rachetée. Je ne perdrai point la vie , je ne ferai que la changer en une plus heureuse. »

A ces mots le juge le fait élever sur le chcTalet. On lui déchire les côtés avec les ongles de fer. Le peuple devient furieux en voyant la constance et la tranquillité avec lesquelles Epipode souffre; il demande qu'on le lui abandonne pour le mettre en pièces; il trouve que la cruauté des Lourreaux est trop lente h son gré. Le juge craignant une sédition ouverte fait enlever le martyr et ordonne qu'oir lui coupe la tête, ce qui est promptement exécuté.

Deux jours après le juge se fit amener Alexandre. Il essaya de l'effrayer par le récit des tourments d'Epipode et des autres chrétiens; mais il fut trompé dans son espérance. Le martyr lui répondit que tout cela ne l'épouvantait point, et qu'en lui rappelant le souvenir de ce que les martyrs avaient souffert on n'avait fait que l'encourager h marcher sur leurs traces, et surtout h suivre l'exemple de son cher Epipode. Le juge, transporté de fureur, ordonna qu'on lui tînt les jambes écartées et que trois bourreaux le frappassent successivement. Cette tor ture dura long-temps sans que le martyr poussât un seul soupir ; et comme on lui demandait s'il persistait toujours dans sa première confession il répondit : « Eh ! comment n'y pcrsisterais-jc pas ? Les idoles des païens ne sont que des démons; mais le Dieu que j'adore, et qui est le seul tout-puissant et éternel, me donnera la force de le confesser jusqu'à

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la fin ; il sera le gardien de ma foi et de mes saintes résolutions. » Le juge désespérant de le vaincre, et voulant lui ravir la gloire d'une plus longue constance, le condamna à être crucifié. L'instrument de son supplice n'eut pas plus tôt été préparé que les bourreaux l'y attachèrent. Un instant après il expira en invoquant le saint nom de Jésus. Son corps avait été si horriblement déchiré qu'on voyait à découvert ses entrailles.

Les chrétiens enlevèrent secrètement les corps des deux martyrs et les enterrèrent sur une colline qui était auprès de la ville. Ce lieu devint célèbre par la piété des fidèles et par un grand nombre de miracles. Un jeune homme de qualité, ayant été attaqué d'une maladie contagieuse qui ravageait la ville de Lyon, fut guéri avec de l'eau bénite par la veuve chrétienne dépositaire du soulier de S. Epipode; plusieurs autres personnes reçurent par de semblables moyens non seulement la santé du corps, mais même la lumière de l'Evangile. Les possédés étaient délivrés du démon devant le tombeau des saints martyrs : il s'y passait en un mot de si grandes choses que l'incrédulité était obligée de se rendre à l'évidence des faits.

Ce tombeau, qui était hors de la ville, se trouvait renfermé dans son enceinte lorsque S. Eucher, évêque de Lyon, écrivit au cinquième siècle le panégyrique des saints martyrs. Il y est dit qu'on emportait de la poussière de leur tombeau pour guérir les malades, et qu'il y en avait dans tout le pays. La vertu de cette poussière est aussi attestée par S. Grégoire de Tours. Ce dernier rapporte que dans le sixième siècle les corps des deux saints furent

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déposés avec celui de S. Irénée sous l'autel de l'église de Saint-Jean. On découvrit en i4io les reliques de S. Epipode et de S. Alexandre, et l'on en fit une translation solennelle.

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