‹ Vies choisies des principaux saintsChapitre 82 sur 83 · SAINTE POTAMIÎSNE ET S. BASILIDE · texte numérisé non relu

SAINTE POTAMIÎSNE ET S. BASILIDE

Les ennemis de ces derniers les accusaient de rendre les honneurs divins à un homme qui avait été crucifié. Arnobe détruit cette accusation en prouvant que Jésus-Clirist est véritablement Dieu. Il expose les grands motifs de crédibilité qui portent à recevoir i'Évangile; il insiste nommément sur les miracles de Jésus-Christ et de ses disci[)les, miracles qui supposaient un pouvoir divin, et qui n'étaient point des effets de la magie, comme le prétendaient les païens. Il représente les progrès rapides de la foi, qui s'était répandue dans tout le monde par le ministère d'un petit nombre d'hommes sans lettres, et cela malgré les plus sanglantes persécutions. Il dit que le nom seul de Jésus-Christ mettait les démons en fuite et faisait taire leurs oracles. Il marque le temps où il écrivit en parlant des édits que Dioclétien publia en 302 pour ordonner de briller les Ecritures et de démolir ces églises où les chrétiens réunis offraient leurs prières à Dieu pour les princes, povir les magistrats, pour les armées, pour leurs amis et leurs ennemis, pour les vivants et les morts. L'unité de Dieu prouvée, il relu te l'idolàlrie, qu'il considère quant à sa forme, à ses coutumes et à ses dogmes ; puis, remontant à l'origine de ses temples, de ses idoles, de ses oracles, de ses sacrifices, de ses divinations, de ses ieux et de ses apothéoses, il tourne contre elle les armes qu'elle lui a fournies.

Les raisonnements d'Arnobe sont pleins de force, et présentés d'ailleurs avec cette grâce que communique le coloris délicat d'une imagination brillante. Il y a beaucoup de sel dans la manière dont il raconte l'histoire et les aventures des divinités du paganisme. Il traite son sujet avec un ton de facilité et de décence qvii suppose en lui une grande finesse d'esprit. Sa salii-e est innocente et toujours dirigée contre l'erreur, sans aucunes personnalités. 11 ne

SAINTE POTAMifeNE ET S. BASILIDE. 4%

manque point aux égards : sous sa plume les païens sont des hommes trompés et malheureux; par là il gagne leurs cœurs elles dispose à goûter la vérité, qui ne s'offre à eux que sous les charmes les plus attrayants.

Lorsque Arnohe écrivit contre les gentils il ^tait encore pour ainsi dire novice dans la foi; il montre cependant une grande connaissance des dogmes du christianisme. On lui a repioché d'être tombé dans quelques erreurs, mais il a été justifié par Le Nourry, Ceillier, etc. Nous n'avons point encore de bonne édition de ses œuvres.

Nous donnerons de suite la notice de la vie et des écrits du célèbre Lactance, qui fut dans sa jeunesse disciple d'Arnobe à Sicca.

NOTICE SVh. LACTANCE.

Lactance nous apprend lui-même qu'il passa des ténèbres de l'idolâtrie à la connaissance du. christianisntie, mais nous ignorons par quels moyens sa conversion fut opérée. Ceillier, Le Brun et Franceschini prouvent qu'il se convertit à Nicomédie, où il avait été appelé vers l'an 290 pour enseigner la rhétorique en latin. Il resta dix ans dans cette ville; mais comme on n'y estimait que la langue grecque il eut peu de disciples, et il vécut dans une si grande pauvreté qu'au rapport de S. Jérôme il manquait même du nécessaire.

Vers l'an 317 il fut envoyé dans les Gaules par Constantin-le -Grand, qui le nomma précepteur de Crispe, son fils, qu'il avait eu de Minerville, sa première femme, et qui avait alors environ neuf ans. Il s'attacha singulièrement à ce jeune prince, qui outre plusieurs belles qualités avait encore beaucouï»

46o SAINTE POTAMltNB JiT S. BASILIDE.

de dispositions à la vertu : mais Fauste, seconde femme de l'empereur, ayant faussement accusé Crispe d'avoir attenté à son honneur, elle engagea son mari à donner un ordre pour qu'on mît à mort le prétendu coupable. L'opinion commune est que ceci arriva vers l'an 326, ou même plus tôt. Au reste on ne fut pas long-temps à découvrir la calomnie. Constantin vengea la mort de son fils en faisant étouffer Fausle dans un bain chaud.

Lactance conserva toujours précieusement la mémoire de son disciple, et il ne chercha d'autres consolations dans la douleur que lui causa sa mort que celle que l'étude pouvait lui procurer. Il était fort âgé lorsque l'éducation de Crispe lui fut confiée, et il parait que la pauvreté dont nous avons parlé était antérieure à cet emploi. Cependant Eusèbe et S. Jérôme nous donnent à entendre qu'il fut toujours pauvre par choix , qu'il méprisa les richesses et les honneurs tant qu'il vécut, et qu'il ne fit jamais de démarches pour rétablir sa fortune. Cette circonstance n'est pas une petite preuve de sa piété. En effet il faut être bien vertueux pour vivre pauvrement à la cour des princes, pour négliger les moyens de s'y enrichir, et pour n'être pas sensible aux plaisirs quand on est environné de personnes voluptueuses. On croit qu'il continua de demeurer à Trêves après la mort de Crispe, et même qu'il y finit ses jours. Il disait que sa vie lui paraîtrait bien employée, et qu'il se croirait amplement dédommagé de ses travaux s'il pouvait retirer quelques personnes de l'erreur, et les conduire dans le chemin de la vie éternelle.

Ce fut le désir d'être utile qui engagea Lactance à prendre la plume. C'est le plus éloquent de tous les auteurs chrétiens qui aient écrit en latin. Son style est pur, égal, naturel, fleuri et tellement semblable à celui de Cicéron que de bons critiques

SAINTE POTAMIÈNE ET S. BASILIDE. /^6ï

(ûl eu de la peine à trouver de la différence entre l'un et l'autre: aussi Lactance est-il appelé le Cicéron chrétien; mais il l'entporte sur l'orateur romain du côté des pensées. Quand il parle de Dieu , il le fait avec une sublimité peu commune; et comme la doctrine de l'Evangile est infiniment au dessus de celle des philo «ophes païens, il développe d'une manière admirable les vrais principes de la morale ; il donne une description claire et précise de toules les vertus, et sait les faire aimer par les cbarmes dont son éloquence en accompagne la pratique. Il tourne ses principaux efforts contre le paganisme, qu'il réfute avec tout le zèle et tout l'esprit imaginables. On doit cependant avouer qu'il a mêlé dans la théologie trop d'idées philosophiques, qu'il est (ombé dans quelques fautes par rapport à l'ancienne chronologie, ainsi que par rapport à plusieurs autres points, et qu'il lui est arrivé comme à Arnobe de ne pas s'exprimer sur tous les mystères de la foi avec autant d'exactitude et de précision que la plupart des autres pères.

Le premier livre qui sortit de la plume de Lactance ^ est intitulé De l'ouvrage de Dieu. L'auteur y prouve la Providence, surtout par la création de l'homme, il y décrit avec élégance les principales parties du corps humain ainsi que les facultés de l'ame dont il est animé.

Dans le traité de ia Colère de Dieu Lactance montre que la justice qui ordonne la punition du péché n'est pas moins un attribut essentiel de la Divinité que la miséricorde.

Le principal ouvrage de Lactance a pour titre des Institutions divines, et est partagé en sept livres , qui tous tendent à renverser le système de l'idolâtrie, et à établir sur ses ruines le culte du vrai Dieu. Il fut d'abord publié vers l'an 320,

/j6'2 SAINTE POTAWriiNE ET S. BASILIDE. \

durant la persécution de Licinius; mais il paraît que l'auteur le retoucha environ quatre ans après. Il y remonte à l'origine, de l'idolâtrie, la renverse dans tous ses points, et confond ses protecteurs. 11 combat les différentes sectes des piiilosophes païens, les fait toutes passer en revue et pousse l'erreur jusque dans ses derniers retranchements. A cette fausse philosophie il en subsSifue une qui est noble, sublime, parfaite, celle de l'Écriture, qui seule peut satisfaiic la raison dans les points où tous les systèmes inventés par les païens sont en défaut. Viennent ensuite les preuves du christianisme. LacEîiuce présente la loi de Dieu* sous le point de vue le plus intéressant. C'esf cette loi, dit-il, qui a rétabli la droiture originelle, qui resserre les liens qui nous unissent à nos semblables, qui nous procure une paix véritable et de solides consolations, qui nous trace enfin des règles infaillibles pour parvenir à la filicifé. L'ouvrage est terminé par une dissertation sur le bonheur, La prali(jue de la vertu supposant de rudes combats, l'auteur nous conseille d'avoir toujours les yeux fixés sur le monde à venir où nous allons, et auquel cette vie-ci ne sert «juc de passage, afin que la vue de la récompense nousaninreet nous soutienne dans les différentes épreuves.

Lactance attache et par la solidité des raisonnements, et par la manière agréable dont il présente les choses. Il évite dans la dispute tout ce qui sent l'aigreur et l'invective, et ne s'éloigne jamais de ce ton de modestie qui doit caractériser les défenseurs mêmes de la bonne cause. La vérité dans ses mains est sûre de triompher. Le cœur étant gagné, il n'y a plus qu'un pas à la persuasion. Ce talent, qui est peut-être plus rar^ue la sublimité du génie , Lactance le possédait dans un degré peu commun. Sa

SAINTE POTAMiliNE ET S. BASILIDE. 4^5

manière d'écrire, semblable à celle de Cicëron. contribuait aussi beaucoup à intéresser ses lesteurs. Ajoutons à tous ces avantages qu'aucun auteur n'a peut-être jamais mis plus de méthode dans ses compositions. Son plan est parfaitement re'gulier; ciiaque chose y est à sa place : c'est une chaîne d'idées qui s'entreliennent par une liaison naturelle et imperceptible. Les raisonnements sortent pour ainsi dire les uns des autres, et sont tellement assortis au sujet qu'on ne peut résister à l'évidence qui résulte de leur ensemble.

Il y a eu un grand nombre d'éditions des œuvres de Lactonce. La première da (outes est celle qui fut donnée à Sublac en 1465. L'abbé Le Brun des Marettesen préparait une nouvelle, que la mort l'empêcha d'achever; l'abbé Lenglct du Fresnoy a fini son travail, et a publié l'édition à Paris en 17Zi8, 2 vol. in-4\ Le prêtre François-Xavier Franceschini , religieux carme, fit réimprimer les œuvres de Lactance à Rome en 1754, avec des dissertations pleines de critique et de jugement. Celte édition est en dix volumes in-8°.

Page 1