SAINTE POTAMIÈNE ET S. BASILIDE
MARTYRS d' ALEXANDRIE.
(28 juin.)
Ces deux martyrs avaient été formés à la vertu par Origènc. Potamiène était esclave de condition. Sa mère, qui se nommait Marcelle, l'éleva dans les principes de la foi; mais elle la mit depuis sous la conduite du grand maître dont nous venons de parler, afin qu'il achevât l'édifice qu'elle avait commencé.
Potamiène était jeune et d'une rare beauté. Celui qu'elle servait ayant conçu pour elle une passion
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violente la pressa de consentir h ses désirs infôûçies ; ïïiais la sainte se comporta de manière h ne lui laisser aucune espérance. Il employa mille artilices, qui ne lui réussirent pas plus que les promesses et les menaces. Résolu de se venger, il la livra au préfet, nommé Aquila, le priant toutefois de ne point lui faire de mal s'il pouvait la déterminer à contenter sa passion, et lui promettant une somme considérai)le d'argent en cas que les choses tournassent comme il le souhaitait. Les efforts réitérés du préfet n'eurent aucun succès. Voyant donc Potamiène inéhraniabîe, il la condamna à diverses tortures; il fit ensuite préparer une chaudière pleine de poix bouillante, et la menaça de l'y jeter si elle refusait plus long-temps d'obéir h son maître. La sainte répondit au juge de la manière suivante : « Je vous conjure paria vie de l'empereur, que vous respectez, de ne pas permettre que je paraisse nue ; ordonnez plutôt qu'on me descende peu à peu dans la chaudière avec mes habits, et vous verrez quelle est la patience que Jésus-Christ, que vous ne connaissez point, donne h ceux qui espèrent en lui. » Le préfet donna l'ordre qu'on lui demandait, et chargea un des sardes de l'exécuter.
Ce garde se nommait Basihde. Il traita Potamiène avec toutes sortes d'égards, et la préserva le long du chemin des insolences de la populace, qui insultait h sa pudeur par des paroles obscènes. Il reçut bientôt la récompense de son humanité. La sahitelui dit de prendre courage, fassurant qu'après sa mort elle lui obtiendrait de Dieu la grâce du salut. A peine eut-elle fini de parler qu'on lui mît les pieds dans la poix bouillante, et on 1 y en-
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fofiça peu à peu jusqu'au haut de la tête. Ce fut ainsi qu'elle consomma son sacrifice. Marcelle, sa mère, fut brûlée dans le même temps. Il y eut alors, selon Tertullien et Origène, des visions et des apparitions en conséquence desquelles plusieurs personnes se convertirent.
De ce nombre fut Basilide, auquel Potamiène avait promis de marquer sa reconnaissance lorsqu'elle aurait été réunie à Jésus-Christ. Peu après le martyre de la sainte les soldats, ses camarades, exigèrent de lui qu'il jurât par les faux dieux; ce rqu'il refusa de faire en disant qu'il était chrétien. Ils crurent d'abord qu'il plaisantait; mais voyant <îu'il persistait dans sa résolution, ils le conduisirent au préfet, qui le fit emprisonner. Les chrétiens qui le visitèrent voulurent savoir la cause d'un changement si subit. Potamiène, leur répondit-il, m'est apparue dans la nuit, trois jours après son martyre; elle m'a mis une coui'onne sur la tête, en me disant qu'elle avait oblenu pour moi du Seigneur la grâce du salut, et que bientôt je lui serais réuni dans la gloire. Les frères, remplis de joie, le régénérèrent par le baptême. Le lendemain Basilide confessa de nouveau la foi devant le tribunal du préfet, et fut condamné à être décapité. Il est nommé dans le martyrologe romain sous le 28 juin, avec sainte Potamiène, S. Plutarquc et ses compagnons.
Notice sur Abîîobe.
Lue des plus célèbres de ces conversions miraculeuses fut celle d'Ârnobe. C'était un savant rhéteur.
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et il occupe une place distinguée parmi les écrivains des premiers temps, qui apprirent de l'ennemi mêm€ l'art de le vaincre, et qui empruntèrent de l'idolâtrie des armes pour la terrasser. Il naquit à Sicca, ville d'Afrique. Son savoir et son éloquence lui acquirent! beaucoup de réputation, et il fut chargé d'enseigner la rhétorique en Numidie. Sa profession l'obligeant à lire les auteurs anciens et modernes, il se rendit fort habile dans la théologie païenne, à laquelle il porta depuis de si rudes coups; il en était un des plus zélés défenseurs dans le temps qu'il se rendit à l'évidence de la révélation divine. Il y fut forcé, dit S. Jérôme , par des avertissements que le ciel lui donna en songe , somnîis compulsus. Les historiens les plus estimés rapportent divers exemples de conversions qui s'opérèrent dans ces temps orageux pour l'Église, en conséquence des songes ou des visions envoyées d'une manière svirnalurelle. On peut voir nommément ce que litEusèbe de S. Basile, soldat; mais il faut laisser parler Origène sur ce sujet. « Plusieurs, dit-il, ont embrassé le christianisme par l'esprit de Dieu, qui frappait leurs âmes d'une impression subite, et qvii leur envoyait des vi« sions tant de jour que la nuit; en sorte qu'au lieu de rejeter la parole divine ils devenaient disposés à y confirmer leur vie. J'en ai vu plus d'un exemple... Je prends Dieu à témoin que mon but est de faire aimer la religion de Jésus-Christ , non par des contes inventés à plaisir, mais par la vérité et par le récit de ce qui est arrivé en ma présence. »
Immédiatement après sa conversion, Arnobe demanda le baptême; maisl'évêque de Sicca, considérant la fureur avec laquelle il s'était déchaîné contre les fidèles, lui déclara qu'il ne pouvait l'admettre au bain sacré de la régénération que quand il aurait fait un ouvrage où il défendrait publiquement
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cette même vérité qu'il avait combattue avec tant d'acharnement. Arnobe, impatient de renaître en Jésus-Christ, composa ses sept livres contre les GentUs. C'est ce que nous apprenons de S. Jérôme, qui dit, en parlant de ce traité, qu'il manque d'ordre et que le style en est rempli d'inégalités. Ce jugement n'empêche pas que cet ouvrage ne soit précieux; il est même écrit avec une certaine élégance; et s'il s'y rencontre des 3éfauls de style cela vient uniquement de ce que l'auteur n'eut pas le temps d'y mettre la dernière main. On y trouve plusieurs passages de Cicéronet de Clément d'Alexandrie; mais l'Ecriture n'y est jamais citée, parceque Arnobe ne l'avait point encore lue. Il parle cependant des miracles de Jésus- Christ, et il en tire de forts arguments.
Il commence son premier livre par répondre au reproche qvieles idolâtres faisaient aux chrétiens de mépriser les dieux, et d'être par là la cause de tous les maux qui tombaient sur l'empire. Ce reproche n'était pas nouveau. « Si le Tibre se déborde , disait TertuUien, si le Nil n'inonde point les campagnes, s'il y a du dérangement dans les saisons, s'il survient des tremblements de terre, si la famine ou la peste font sentir leurs ravages, oncrieaussiiôt: Les chrétiens aux lions, siatim christianos adleones. » Origène dit uu^si qu'on attribuait les malheurs publics aux chrétiens, dont on prétendait que la religion excitait la colère des dieux. Arnobe montre que les maux dont il s'agit étaient même plus fréquents avant le christianisme, que les tremblements de terre entre autres sont des effets purement naturels qui doivent arriver quelquefois ; qu'à la vérité ils sont réglés parla Providence, mais qu'ils ne peuvent être produits en haine du christianisme, puisqu'ils se font également sentir aux païens et aux chrétiens, etc.