‹ Vies de femmesChapitre 22 sur 22 · TRE · texte numérisé non relu

TRE

linge personnel et le linge de maison,

aux de d'autrui, qu'on avait envie . = l’embrasser toutés les fois qu'on la voyai 63

Quant à plaire, à s'habiller, à s ‘arran ger, elle n’y avait. jamais pensé, tou occupée qu’elle était à habiller et à ajuster ses sœurs. Elle n'avait guère plus de vingt ans, mais elle se considérait déj comme mère et grand'mère, et elle av coutume de dire, en s'adressant à Don Enrichetta : « Pour nous, ce n'est pe

peine ».

elle se trouva toute dés ao A qe

même le éaled, le grand châle sous. lequ le rabbin célèbre le rite des. noces, pi

GILDA 230

que Rosa et Rebecca étaient parties, qu'avait-elle encore à faire sur la terreP I restait les petites : Esther et Berta, qui, . bien que Gilda les appelât petites, allaient a leur tour sur leurs vingt ans. Mais les petites ne se rappelaient pas les temps difficiles de la richesse ; elles ne savaient pas s’enthousiasmer pour les robes de Gilda, elles ne savaient pas comprendre ce que Gilda était pour elles. Elles trouvaiént stupide cette grande sœur qui se sacrifiait sans nécessité pour les autres, et Gilda ‘n'avait pas de goût à s'occuper d'elles comme elle s’occupait de Rosa et de Rebecca. Elle s’en occupait tout de même, parce que des sœurs sont toujours des sœurs, mais, maintenant que Rosa et Rebecca étaient mariées, il lui restait beaucoup de temps de libre et beaucoup de vide au cœur. Ce temps et ce vide, sans.

que Gilda s’en apercût, furent rapidement accaparés par toutes les colocataires. Quiconque, dans la maison, avait besoin de quelque chose, avait recours à Gilda.

« Signorina Gilda, pouvez-vous accompagner le petit chez le chirurgien, je n'ai pas

. a » Mais oui, ee ..

lement la Signorina Gilda avait to

tendre du retour, a elle qui avoir contracté une Ses dæ sance. ds

; 241 er, le feu, ni servir les autres. Pauvre

ce jour-là, et combien lui paraissaient Ë longues, les vingt-quatre heures qui sépa- . raient la première étoile du vendredi de Îa | première étoile du samedi ! Le matin du . samedi, Donna Enrichetta se rendaït au is avec ses filles. Elle consacrait l'après-midi aux visites. Gilda allait volontiers au temple, mais les visites étaient nn. elle un supplice. « Qu’avait-elle à » dire à ces dames qui parlaient un langage si différent du sien ? » Et alors Gilda, sur les onze heures, à la sortie du temple, - passait chez nous avant de rentrer à la maison. Gilda était notre parente : elle “savait que chez nous il y avait toujours . beaucoup de copies à faire, et Donna Enrichetta, je ne sais pas bien pourquoi, n'avait pas mis la copie au nombre des actes prohibés. | + — Est-ce qu'il n’y a rien à faire pour -moi aujourd'hui? — demandait-elle tout ‘essoufflée d’avoir monté l'escalier en cou- “rant, pendant que sa mère attendait en

-Gilda ! Que de péchés de désir elle faisait

même en haie Oh ! Comme: Gi aimait à copier en français ! Le nie

— [I Jui semblait, disait-elle, quelle devenait une autorité.

— Demande à ta mère qu'elle te laisse déjeuner avec nous ; je te reconduirai, cet après-midi, quand papa ira faire son | cours. | otir -Gilda poussait un soupir de satisfactio et se précipitait au bas de l'escalier pour obtenir la permission demandée, La mère donnait son consentement, car elle aimai it Gilda et il lui était agréable de procure sa fille un divertissement aussi ingénu du gratuit, d'autant plus que le repas étai tout préparé, et que Gilda n était past né cessaire à la maison le samedi.

Gilda restait donc et immédiateme 1 s’asseyait pour commencer à. copier. E avait une écriture grosse et ronde comm celle qu ‘emploient, pour leurs devoirs, le enfants appliqués de la quatrième élm nl taire. Et elle copiat, page par page, ‘san:

s'arrêter, jusqu’à l’heure du déjeuner. M | père arrivait à ce moment et se répanda E

GILDA 243

en compliments hyperboliques sur la quan-

tité aussi bien que sur la qualité des pages

dc Ad, 1: - 'Eééir ju

copiées, sur la belle écriture grosse et lisible, sur l'exactitude des citations : — et Gilda riait de son bonheur, heureuse comme au temps où Rosa et Rebecca endossaient leur toilette la plus réussie. Aus-

sitôt le café pris, elle recommençait à

écrire, et il n’y avait pas moyen de la faire cesser, jusqu’au moment où l’on sortait pour accompagner mon père à sa.

. leçon. -

C'était là une vie pleine où il n’y avait place ni pour les rêveries sur l’avenir ni pour l'envie, ni pour une sentimentalité

quelconque ; une vie dont l’unique but

était de chercher à faire plaisir et que la

possibilité d’y réussir suffisait à rendre

heureuse et douce.

Or voici qui lui arriva une chose : une

chose que personne n'aurait jamais ima-

ginée et Gilda moins que tout autre. | Un parent éloigné, représentant de com-

“ merce, qui venait quelquefois à Turin, entre deux courses, faire visite à la famille

compte un petit laboratoire. Mais. pour ouvrir un laboratoire, il avait besoin de quelqu'un qui l’aidât et qui pût le remplacer, quand il serait obligé de s’absenter. Il « avait pensé que personne ne pouvait l’ai- der mieux qu'une femme, et qu aucune femme ne s’accommoderait mieux à ses goûts que Gilda, et il était venu ainsi, tout simplement, sans même se faire précéder d’une lettre et sans assaisonner sa proposition de préambules sentimentaux, faire .

demande en mariage à Gilda elle-même.

Celle-ci tomba des nues : « Quoi! c était elle, précisément elle, que son parent voulait épouser? Mais est-ce qu’il ne se trompait pas? N'était-ce pas une des. jeunes sœurs qu’il voulait? Quelle idée bouffonne de vouloir l’épouser, précisément elle, une créature aussi peu intéressante! » Gilda s'était mise à rire, à rire, tout en laissant cependant baiser sa grosse main.

Perdre Gilda était un désastre pour LL petite famille, mais le parent était un jeune homme bon, paisible et. laborieux, .

qui devait faire son ch et une mère

GILDA 245

qui, comme Donna Enrichetta, était née et

avait grandi dans la religion du mariage ne pouvait refuser une pareille bonne fortune

pour sa fille. Et puis, on ne sait jamais,

il y avait deux autres filles à marier, une

cerise tire l’autre, une fille mariée est souvent le meilleur moyen de caser les autres.

Donna Enrichetta donna donc aussitôt son approbation. |

— Mais si, Gilda, ce n’est pas si étonnant que cela, tu as vingt-six ans, tu n'es pas vieille au point de ne pouvoir plus te marier.

Sa mèêre approuvait ? Sa mère donnait Son consentement ? Elle aurait une maison et des enfants à elle ? Oh ! combien Gilda’

était reconnaissante à ce cousin éloigné !

Quelle immense affection éclata dans son cœur pour lui ! Quel sacrifice elle aurait

voulu faire pour la lui témoigner !

— Mais non, aucun sacrifice, — se bor-

nait à dire le cousin, — seulement l’épou- ser le plus tôt possible, dans un mois ou

deux. Pour se connaître, on se connaissait. Lui, pour son compte, était prêt à

. l’épouser même le lendemain, donc à quoi

. bon idee a avait beso

. laboratoire, et il attendai e

. pour Pinaugurer = + nu Un mois, deux mois! Mais il

Ve

GILDA 247

l'aider à coudre ses robes, et voulut lui

faire cadeau de quelque objet de trousseau, un objet qu'elle porterait toujours et

qui lui rappellerait leur affection.

Quand Gilda se maria, ce fut une pluie de fleurs, de cadeaux, comme Rosa et Rebecca elles-mêmes n’en avaient pas re-

çus. L'’escalier était tout fleuri, et les

enfants de toute la maison, vêtus de blanc comme pour la procession, s'étaient mis en haie sur toutes les marches pour jeter des

feuilles de rose sur les pas des fiancés. La

maitresse de piano voulut jouer au temple, les voisins se cotisèrent pour offrir à Gilda une voiture de noces pour la journée, un

de ces carrosses tout en vitres, avec une

place pour les bouquets de fleurs qu’elles placèrent elles-mêmes dans des cornets de

carton brodé.

Gilda se rendit au temple dans ce ma-

: gnifique appareil, flanquée de monceaux de

oem

n'en avaient même pas eu Rosa et Rebecca qui, pourtant, avaient épousé des sei-

roses, et, dans ce même appareil, elle revint

à la maison, où toutes les colocataires réu-

nies lui offrirent un 7r1cevimento comme

commença pour elle une année de bon SE Roc et si compie de jee

. ILOR ee 249 elle, plus à elle encore que Rosa et Rebecca. Etait-ce possible? Non, jamais efte ne

pourrait aimer quelqu'un plus que Rosa et

Rebecca. — Cependant, tandis qu’elle

songeait à son enfant et pensait à ce

NERT CR OT AE FES À PERS et TT CMP ee de VO T 3 PAST OUT , ré C4 t 4 À

“qu'elle ferait pour lui, ses mains agiles

s’'employaient à fabriquer les minuscules pièces du trousseau du petit héritier

. attendu.

: L'enfant naquit : ce fut une fille, grande et grosse comme si elle avait déjà deux

mois. Une petite fille qui faisait : « Ueh!

ueh!»> et paraissait si heureuse de sucer

le sein de sa mère.

— Mais non, ce n'était pas possible, — avait décrété le mari. Ils ne pouvaient, dans leur situation, élever un enfant chez

eux. Le porter au laboratoire toute la jour-

née, c'était l’exposer à la consomption et,

- au logis, avec qui l’auraient-ils laissé? I

fallait le mettre en nourrice.

Pauvre Gilda! mettre sa fille en nour-

rice! Confier à d’autres mains que les siennes le petit être né d’élle! Mais le

raisonnement du mari était trop juste.

. Qu’aurait dit plus tard la fillette si on

PS MS USE ANT D NA! ANS DE PAP à D AM RS DE RE de US EEE AIO

fai a du on où sr: a © femme qui devait la surveiller l'avait it négli een Ta.

Gilda la nourrit vingt jours, vinets jours de paradis que le médecin la contraignit à passer à la maison et puis elle-même la.

conduisit à Musocco, chez la nourrice à £ qu'elle avait précédemment choisie.

a Elle revint ; on approchait des fêtes de Noël. I y avait tant à faire au laboratoire # que Gilda n’avait jamais une minute pour es courir voir sa fille. Et puis elle était si. lasse, si lasse! C'était, pensait-elle, le lait

qui se résorbait. Mais jamais elle n'aurait

ee cru que, pour tarir;, le lait causât une telle d fatigue.

| Enfin, à Noël, il y eut de jours 0 . repos. Le matin de Noël était froid et brumeux, mais, cé jour-là, comment Gilda.

aurait-elle pensé au froid? Elle prit le tram.

et se rendit chez la nourrice. Elle trouva

la fillette aussi bien que possible. La nour

rice était une perle. Gilda n'avait jamai

“ trouvé autour d'elle que des perles! Elk a sortit enchantée de la maison de la nour-

der à

| rice, mais, , malgré sa joie, ses jambes lui : pesaient, lui pesaient. Elle eut toutes les ; peines du monde à rejoindre le tram et, quand celui-ci s'arrêta à Milan, Gilda 4 n’eut plus la force de se traîner jusqu’à sa - mäison, pourtant voisine. Elle dut prendre » une voiture et, quand la voiture s'arrêta - devant la porte, elle fut obligée d'appeler 4 le concierge pour l’aider à monter l’esca- F Jier. Le concierge alla prévenir le mari et ; . celui- -CI aACCOurut.

— Qu'as-tu?

. — Rien, je suis fatiguée, fatiguée. C’est le lait qui passe, le lait, mais je n'aurais + jamais cru.

P le den. appelé d'urgence, trouva la / malade dans un état grave, très grave :

c'était bien autre chose que du lait rentré, c'était une fièvre typhoïde négligée et -aggravée par le récent accouchement. II ne répondait de rien.

. De la chambre voisine, Gilda entendit et eut un faible sourire : « Elle, malade P gravement malade ? Le médecin se trompait ; elle n'avait jamais été malade, ÈS le lait qui rentrait. »

ACT © RTE

ba fatigue forçaient le’, mari à s’ alter à so tour. Que faire? Gilda aurait. voulu e lever, elle ne réussit même pas à mettre ses pieds hors du lit. On fit venir un infirmière. Gilda était toute honteus d'avoir à ses côtés une personne qui soc cupait d'elle, d’elle qui s'était toujour occupée des autres, et ne elle l’éloignait :

— Non, allez voir d. COTÉ, c'est po mon mari que nous vous avons appel allez dans sa chambre, moi jena nee de rien.

J’allai la voir. Elle avait la ve mais ne délirait pas : elle me parla de sa fillet de son mari, me dit qu’elle était si heu reuse! La maladie? Moins que rien, le dot teur se trompait, elle se sentait. & mieux; ce qui l'inquiétait, c'était. so pauvre mari! Quel chagrin pour elle de n pouvoir le soigner! Cette infirmière étai une brave femme, mais elle ne pouvait pa savoir, la malheureuse, où étaient le choses ; elle ne connaissait pas. les habi tudes de la maison. +.

Pour et son doigt levé paraissait

nc core faire signe: « Va donc à côté, ce

Traduit de l'italien par FR. LE HÉNAFF.

ENT ne eh dpi ÉPACE oh CLARA ET vIc (radui par Urbain Men pal. M

) sb, +

NE

UDITE (traduit par Gaston Choisy) FÉORee 125

LES E, FA Rue de PAbbé- -de-lEpée., — Paris AE 2 L-78- ps

pa À Fi

Ca:

en }

se V4 ki RS

| Collection Petite Antholo ei

Formée de petits volumes d’une typographie soignée, cette col tion, d'une conception originale, réunit, soit en des antholo collectives, soit en des choix particuliers à un seul auteur, ou bien en en des traductions complètes de courts traités essentiels, la substance moralistes, philosophes et sages de tous les temps Elle fait une p aux plus modernes, mais accueille de préférence es anciens philosop orientaux, dont un passé millénaire n'a fait que rendre plus trappan la raison profonde ou l’ardente mystique. D'autres petits recueils, en pruntés au folk-lore exotique, enrichissent notre esprit en lui apprenar à connaître les façons de penser, pour nous si imprévues, des homme d'une autre race. sf

N° 1. Comment être heureux. Pensées choisies par Mické Epuy. 0 N° 2. Les heures de l'amour. Authologie de pensées si amour, choisies par Aichel Epuy, KR AAA En de N° 3. Le livre de la nature. Anthologie de pensées sur nature, choisies par Michel Epuy. PRE N° 4. Le livre de la sagesse. Pensées choisies par 2 S, N°5. Les paroles du Bouddha. Choix et traduction P. Salet. A AE Ut US N°6. Les Upanishads, Morceaux choisis par P. Sak. M N°7. Le livre d'amitié. Pensées choisies par Mie Serlandes. ee 4 N°8. Les yeux de l’Asïe, par Rudyard Kipläng. N°9. Ëtre humain, suivide Comment un homme.

trouve lui-même, par Woodrow Wilson, ancien Présider des Etats-Unis. TRE N° 10. Les livres de Confucius, tra 1its et commentés pa P. Salet, 4 N° 11. L'âme nègre. Morceaux choisis par Maurice Delafosse, professeur à l'Ecole coloniale. RME :ENERR N°12 La Bhagavad-Gitä, traduit du sanscrit par £. Burno N° 13. Les Géorgiques, de Virgile, traduction nouvelle pà Victor Glachant, lauréat de l'Institut. PR N°14. Les Petites Fleurs de St-François d'Assise. Préface et traduction par Æ. Ozanam. 2 N°15. Le livre de la voie et de la vertu. de Zao-1 traduit et commenté par ?. Salet. pee |

PAYOT, 106, boulevard St-Germain, PARIS |

IMP. GROU-RADENEZ, 18, AUS DE SÈVRES, Pam | nt: ANT

RER SP 4 mi ELA a —… 2e? LAC ARRE"E ST EST EE!

= ie k LS LT LPVATEN VU î PR OPA Ê ' A , À !

À LR, LOU l à f : ! 1 rh } Le 4e Ù | PM.

n AU FR NT NE 1 1 #7 | | AL Ÿ ll 3 ) } x 4.0 LA | Ë Per.

' + t r { Ly Œu. * F ; ‘ < k ] ü Î , | ns t tr à 1 ne, A8 f 7 & 0 ÿ À 4 v ES Ua 6 t DT - :

Ve SNA à 11 L, L4 }

j rt

Ar

OT AE | PE Er

su | F \ Are à "18 f n is

Page 1