Chapitre VII
Page 308. Tous gentils oiseaux sont à moi. ■ — Voici, à titre de curiosité, les paroles qu'on chantait dans les Mystères d Isis :
Sous les yeux de la déesse, Chantez, formez des pas brillants.
De fleurs une simple tresse Tient lieu des plus riches présents.
La mère de la nature N'exige qu'une âme pure.
Quant à l'air de Papageno, avec accompagnement de glockenspiel, voici comment il se chantait :
La vie est un voyage ; Tâchons de l'embellir.
Jetons sur ce passage Les roses du plaisir.
Refbain.
Le bonheur n'est qu'imaginaire.
Chacun fouit de sa chimère.
Chantons, célébrons tour à tour Bacchus, le plaisir et l'amour !
Que sous la treille
Le plaisir veille /...
Dans le trio du 1®^ acte, les han ! han! han de Papageno devenu muet, avecraccompagnement si comique des bassons, se chantaient sur les paroles suivantes, accoiTipagnées par les mêmes bassons :
On peut compter sur sa vaillance ; Quel danger pourrait l'arrêter ?
Il est inutile de prolonger les citations !
Page 314. ... des âmes sensibles. — ■ Ici finit la notice de Winckler. La lettre sur les Alystères d' Isis, qui dénonce, en termes mesurés mais fermes, le tripatouillage odieux que l'Opéra de Paris avait fait subir à la Flûte Enchantée, figure dans Winckler ; elle est extraite du Puhliciste, et signée D. R. S. Stendhal la signe : Wilhelmine, en souvenir sans doute de M^^^ de Griesheim. La note sur le romantisme, curieuse en raison de sa date, est bien entendu de Stendhal. Les alexandrins, un cache-sottise ! Comme le disait M^^ de Broglie en 1827, l'auteur était évidemment un homme de mauvais ton !
Lettre sur Mozart
Page 315. Monticello le 29 août 1814. — C'est cette lettre dont le manuscrit (copie avec corrections de Stendhal) existe à la Bibliothèque de Grenoble (voir notre Avant-propos). Dans le manuscrit, elle porte la date du 19 mars 1814. Ce fragment fit partie, dans les papiers de Beyle, d'un cahier paginé de 1 à 72 comprenant : P. 1-4 (aujourd'hui fol. 48-49) : journal du 29 mars 1814 (écrit par Louis Crozet) ; P. 5-6 (fol. 50) : blanches ; P. 7-38 (fol. 51-66) : Tour en Italie, 7 septembre — 27 octobre 1813 (voir Journal d'Italie, pp. 304-327) ; P. 39-40 (fol. 67) : blanches ; P. 41-54 (fol. 68-75) : Lettre sur Mozart, Monticello, le 29 mars 1814 ; P. 55-70 (fol. 76-83) : Résultats de nos lectures en février 1811 ; P. 71 (fol. 84) : Note
écrite à Sagan le 20 juillet 1813; P. 72 (fol. 84 verso) : blanche.
Nous adressons nos remerciements à M, Henri Débraye, qui a bien voulu nous fournir ces indications et relever les quelques variantes que présente le manuscrit de Grenoble par rapport au texte imprimé de 1814.
Page 315. ... la lettre citée ci-dessus,.., — Celle de Wilhelmine, ou plutôt du Publiciste, citée en note, à propos de la Flûte Enchantée, dans la Vie de Mozart, chapitre vii.
Page 316. ... aurait-il pu atteindre... — Manuscrit de Grenoble : Comment le musicien peut-il atteindre.
Page 317. ... pendant trois secondes ;... — Edit. de 1814 et 1854 : cela est délicieux ; mais pendant trois secondes, si vous, etc. Nous rétablissons la vraie ponctuation.
Page 317. ... dans le dernier finale. — Cette appréciation est loin d'être aussi ridicule que le prétend M. Ed. Rod dans son volume sur Stendhal (Collection des Grands Ecrivains français, Hachette et C^*^, Paris, 1892). Il s'agit de Vandante sur les paroles Contessa, perdono, qui interrompt brusquement, pendant 28 mesures, Vallegro assai du finale du 2^ acte, et qui forme un contraste saisissant avec le caractère boufl'e de toute la coda du finale, spécialement à partir de la dixième mesure de Vandante, à la reprise du motif en octuor sur les paroles Ah ! tutti contenti, avec les dessins arpégés de violons. Il ne faut pas avoir entendu ce merveilleux finale, pour ne pas être frappé de la justesse de l'impression, sinon de l'expression, de Stendhal. Mais ici, pas plus qu'ailleurs, notre auteur n'a gardé toutes les avenues contre la critique... inconsidérée.
Page 318. Le seul Cimarosa... — Manuscrit de Grenoble : Cimarosa seul.
I*age 319. Allez vous coucher,... — C'est le grand quintette de l'entrée de Bazile « Andate a letto », une des
scènes les plus réussies du Barbier de Paisiello. La scène correspondante existe dans celui de Rossini ; c'est sans doute le chef-d'œuvre de la pièce, malgré des souvenirs évidents du morceau de Paisiello. Mais le Barbier de Rossini ne fut composé que fin 1816 : Stendhal ne pouvait en parler ici. Page 320. ... rami seul est avec toi.
Confîdati ail' amico : io ti promelto Che Auguslo nol saprà...
(Acte III, se. vi).
Page 320. Soyons amis,...
Sesto, non più : lorniamo Di nuofo amici...
(Acte III, se. xiii).
Les paroles italiennes de la Clémence de Titus sont de Métastase.
Page 321. ... aux traitants... — Edit. 1814 et 1854 : traîtres. C'est l'errat. de 1817 qui nous donne cette intéressante correction.
Page 322. ... musique très difficile ;... — Voir, dans l'introduction de la Vie de Rossini, l'amusante anecdote des musiciens d'un riche amateur d'Italie, qui répètent, en secret, pendant huit mois, la finale du 1^^ acte de Don Juan. — Ce paragraphe de quatre lignes n'existe pas dans le manuscrit de Grenoble.
Lettre Première
Page 333. ...et jamais de repos. — Les éditions de 1814 et de 1854 donnent les sept autres vers de la fable de La Fontaine ; l'errat. de 1817 indique qu'il faut les supprimer ; c'est ce que nous faisons.
NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS 44o
Page 333. ... V Olympiade,... — Dans son Dictionnaire de musique, article Duo, J.-J. Rousseau cite déjà un fragment de VOlympiade, moins long, il est vrai, que celui qui va être reproduit par Stendhal.
Page 345. ... des théâtres d'Italie... — Edit. 1854 : tous les directeurs des théâtres ne firent plus. Nous rétablissons, d'après l'édition de 1814, le mot oublié.
Page 348. ... Achille in Sciro,... — Edit. 1814 et 1854 : Achille in Pire, qui n'offre aucun sens.
Page 352. ... de Brosses,... — Edit. 1814 et 1854 : de Berville. C'est l'errat. de 1817 qui indique : de Brosses.
Page 354. ... dans quelque petit réduit. — Passage effectivement tiré d'un des livres favoris de Stendhal, les Lettres historiques et critiques sur l' Italie, de Charles de Brosses (3 vol. in-S^, Paris, Ponthieu, an VII), dont Romain Colomb donna une nouvelle édition en 2 volumes, chez Levavasseur, en 1836, ■sous le titre de : L' Italie il y a cent ans.
A Naples, de Brosses retrouve l'enthousiasme de Bologne : « Je ne manquai plus une seule représen- « tation de la Frascatana, comédie en jargon, de « Léo. Quelle invention ! Quelle harmonie ! Quelle « excellente plaisanterie musicale ! Je porterai cet « opéra en France ! Naples est la capitale du monde « musical. »
Les Français qui, quelques années après, entendirent à l'Opéra de Paris les chefs-d'œuvre bouffes italiens, éprouvèrent le même saisissement que de Brosses en 1739. Fatigués du bric-à-brac mythologique, des héros conventionnels des opéras du temps, la musique des Léo et des Pergolèse, si souple, si nuancée, déjà si délicieusement moderne, fut pour eux une révélation ; ils entendirent enfin, pour la première fois, des personnages vrais chanter en un langage vrai ; la musique enfin rentrait dans son domaine, l'expres- ■sion des passions du cœur humain. Mais l'honneur national, le patriotisme d'antichambre, s'en mêla :
cest toute l'hisloirc de la Querelle des Bouffons. (Relire les écrits contemporains, notamment ceux de Giimm et de J.-J. Rousseau, et surtout le Neveu de Rameau de Diderot.)
Page 355. ... toute V expression. — Les auteurs du xviii^ siècle, Grimm, Diderot, d'Alembert, Rousseau, avaient déjà indiqué nettement ces différences entre le récitatif et les airs ; un air, un duo, un trio était, dans Topera italien, le couronnement d'une scène de récitatifs, de même que le finale était le couronnement d'un acte. Voir, dans la Correspondance de Grimm, mai 1756, un curieux article sur une pièce chinoise, l'Orphelin de la maison Tchao : « Une des singularités (c de cette pièce est que les acteurs commencent « à chanter lorsqu'il s'agit d'exprimer des passions « violentes... C'est un usage que la tragédie chinoise « a de commun avec l'opéra italien ; car Varia des « Italiens... commence précisément au moment où « la passion est la plus vive... Cette admitable or- « donnance est l'ouvrage de la Nature, qui donne au « génie de l'homme les mêmes préceptes et en Italie « et à la Chine... »
Page 355. ... d'Espagne... — Edit. 1814 et 1854 : de la Chine. C'est l'errat. de 1817 qui nous fournit le texte que nous adoptons.
Page 355. ... riamato amando. ■ — ■ Ainsi passe, dans l'espace d'un jour, la inerte fleur de la vie mortelle; pas plus qu'avril ne revient en arrière, elle ne refleurit ni ne reverdit... Aimons, pendant que nous pouvons être aimés en retour.
Cf. lettre à Pauline (Correspondance, tome I, page 423), sans date, mais probablement de 1810 : « Je viens de finir un volume commencé à Marseille « il y a quatre ans. J'étais bien jeune au commence cernent. J'ai vu qu'alors je ne me souvenais pas « assez de la 15® octave du 16^ chant de la Gerusa- « lemme, que je t'invite à relire... »
Lettre II
Page 359. Canzonnetta. — - Voir, dans les Œuvres complètes de J.-J. Rousseau, une imitation libre de cette pièce célèbre :
Grâce à tant de tromperies,
Grâce à tes coquetteries,
Nice, je respire enfin.
Mon cœur libre de sa chaîne
Ne déguise plus sa peine ;
Ce n'est plus un songe cain, etc.
D'autres auteurs ont revendiqué cette imitation, mais Jean- Jacques ne paraît pas l'avoir jamais désavouée.
Page 372. Niega di perdonar. — Eternel Créateur, je t'offre ton propre fils qui, en gage de ton amour, consent à se donner à moi. Tourne vers lui tes regards^ vois qui je t^ offre / et puis, refuse, Seigneur, si tu le peux, refuse de pardonner.
Lettre
Page 373. ... suffisant juste... — Ëdit. 1814 et 1854 : justement. L'errat. de 1817 donne : juste.
Page 374. ... un trait de barbares. — Cf. Histoire de la Peinture en Italie, ch. cvii, in fine, et note.
Page 378. ... de la rue Cérult... La rue Cérutt (ou plus exactement Cerutti) était la rue Laffîtte actuelle : baptisée Cerutti en 1792, elle redevint rue d'Artois en 1814 et prit le nom de rue Laiïitte en 1830. Un grand hôtel garni existait dans la rue Ceruiti (sans doute au n^ 16 de la rue actuelle). Le Café Hardy, où fréquentait Stendhal du temps où il avait un « cocher, deux chevaux, une calèche et im cabriolet »,
était situé à l'angle de la rue Cerutti et du boulevard (ancien hôtel Cervitti, plus tard Maison Dorée, aujourd'hui bureau de poste), en face du Café Anglais et des Italiens. Nous devons ces détails à notre ami, M. Louis Tesson, secrétaire de la Commission du Vieux-Paris.
Page 382. ... sur la quatrième corde. — Edit. 1814 et 1854 : Sur la quatrième corde du violon. L'errat. de 1817 supprime les deux derniers mots.
Page 384. A la bonne heure ! — Ce mot, d'une fine ironie,^ que Stendhal emploiera souvent dans sa correspondance et dans ses ouvrages, est tiré du roman de Picard : Aventures d'Eugène de Senneville et de Guillaume Denorme, écrites par Eugène en 1787, qui eut beaucoup d'éditions. Le cousin bossu, César de Senneville, qui passe son temps à jouer de la flûte et à consigner dans son journal intime les anecdotes scandaleuses de la ville, surprend un jour le jeune Eugène dans les bras de Taccorte gouvernante, jVlme Dubreuil : « A la bonne heure ! » se contente de dire César ; après quoi, il va jouer un solo de flûte, résume dans son journal sa mésaventure, et le lendemain, congédie sa gouvernante (livre III, chapitre premier).
Page 388. ... et qui est tombé. — Stendhal ne parle encore que par ouï-dire de Rossini : il n'avait entendu, en 1814, ni Tancrède, ni V Italienne à Alger, ni le Turc en Italie; en tout cas, il n'y fait aucune allusion dans son Journal.
Page 391. ... dans la rue de Tolède ,'... — A Naples.
Page 392. ... ni en bien ni en mal. — Le traducteur anglais a supprimé pudiquement ce paragraphe sur les castrats, ainsi que les trois paragraphes suivants sur Malthus. Il s'élève, dans une note, contre « une infâme pratique, jadis fréquente en Italie, mais que la réprobation universelle d'un âge plus humain et plus éclairé a à peu près abolie. »
Page 398. ... vivendi perdere causas. — Cf. Histoire de la Peinture en Italie, chap. cxxvx, les deux notes sur le patriotisme, et, dans V Introduction du même ouvrage, la note in fine : « Sous le Gouvernement des deux Chambres, on s'occupe toujours du toit, et l'on oublie que le toit n'est fait que pour assurer le salon. » — Le traducteur anglais croit devoir ajouter, en note, avec une ironie assez déplaisante : « Cette philosophie politique de l'auteur français rappelle le renard de la fable ». Le traducteur se trompe : il ne s'agit nullement ici de politique, mais seulement de chasse au bonheur.
Page 398. ... ai'ec un autre art. — La peinture.
Page 399. ... mi rivedrai... — Ou plutôt : mi rivedrai, ti rivedro. Dans sa Vie de Rossini, Stendhal insistera, avec verve, sur l'importance de la place de ces mots : tu me reverras, je te reverrai (chap. ii).
Page 399. No, non v amo, ... — Ce duo, qui commence exactement par ces mots : No, non credo quel che dite, est rejeté avec raison, dans les éditions italiennes, à la fin de la partition, comme n'étant pas de Cimarosa. Plaisante erreur du journal le Temps (n^ du 28 avril 1912), dont le correspondant semble très sérieusement croire que ce duo se chantait après le finale du 2^ acte, c'est-à-dire une fois la pièce finie !
Page 401. ... e l'Alpe. — C'est la fin du sonnet CXIV, célèbre en Italie ; les commentateurs disent que « la « description de l'Italie ne pouvait être ni plus brève « ni plus précise à la fois ». Voici la traduction des deux derniers tercets : « iSt mes ritnes avaient pu être « comprises aussi loin, f aurais rempli de votre nom « Thulé, Bactres, le Tanaïs, le Nil, Atlas, Olympe et « Colpé. Mais, puisque je ne puis le répandre dans « les quatre parties du monde, quil soit au moins cé- « lèbre dans le beau pays que partage l'Apennin « et que circonscrivent la mer et les Alpes. » Le fragment cité par Stendhal sert d'épigraphe à la Corinne de
448 NOTES ET ÉCLAIBCISSEMENTS
]\/[me de Staël. Voici la troisième citation de Corinne que nous retrouvons dans le livre de Stendhal. Page 402. ... à V empire français. — Voir le germe de cette idée dans le Journal, Florence, 27 sej^tembre 1811. in fine.
Dédicace
Page 405. A Madame Doligny. — • La comtesse Beugnot. Voir la Correspondance et le Journal, passim.
Le Constitutionnel du 13 décembre 1815 contient l'entre- 'filet suivant dont on remarquera l'esprit caustique ; Carpani dut être édifié sur l'accueil que le public français réservait à ses protestations. Il faut avouer aussi que les lettres bouffonnes du musicographe italien devaient paraître, tout au moins à des lecteurs parisiens, trop peu sérieuses pour être prises au sérieux : le goût français y cherchait vainement l'accent sévère de la juste indignation, et flairait presque une mystification.
M. Joseph Carpani, de Milan, auteur des Lettres italiennes sur Haydn, nous écrit pour se plaindre du procédé peu délicat de M. Louis-Alexandre-César Bombet, qui, après avoir traduit son ouvrage en français. Ta fait imprimer sous son nom et s'en est déclaré l'auteur. M. Carpani, qui se compare à Sosie, dit à Mercure :
Ciel ! me faut-il ainsi renoncer à moi-même. Et par un imposteur me voir voler mon nom ?
La citation manque un peu de justesse. Ce n'est pas le nom de M. Carpani, c'est son ouvrage que M. Louis-Alexandre-César Bombet a trouvé à sa bienséance ; M. Bombet doit être très content de son nom et de ses prénoms. Quant au plagiat, il s'est cru peut-être justifié par d'illustres exemples. Comme nous ne connaissons pas son ouvrage, nous ignorons s'il faut le placer au nombre des bons larrons.
S'il faut en croire M. Carpani, ^I, Louis-Alexandre-César Bombet aurait défiguré ce qu'il appelle ses Haydines, en retranchant des choses excellentes, et y substituant des réflexions communes et des détails vulgaires : dans ce cas, M. Bombet serait un méchant larron, et mériterait d'être livré sans miséricorde à la cour prévôtale du Parnasse. Nous ne pouvons avoir sur ce point aucun avis. Adhuc sub judice lis est. Il est possible que M. Carpani, dont les entrailles paternelles ont été déchirées par l'enlèvement d'un enfant chéri, n'ait pas rendu justice au ravisseur.
« Non seulement, dit-il dans sa lettre adressée à M. Bombet, vous m'avez enlevé mon enfant, mais vous lui avez arraché les yeux, coupé les oreilles, gâté les formes. » On j^ourrait demander à ce tendre père comment il a pu reconnaître un enfant si étrangement défiguré. Il faut admirer ici la force de l'instinct paternel.
Parmi les preuves du larcin rapportées par M. Carpani, il en est une qui nous a frappés et qui nous paraît sans réplique.
« Les professeurs Salieri, Weigl, Frieberth, dit M. Carpani en s'adressant à M. Bonibet, le conseiller Griesinger, et jVP^^ Kurzbeck, qui, comme vous l'affirmez en me traduisant, vous ont fourni des notices sur Haydn, déclareront ci-après qu'ils ne vous ont jamais vu ni connu, bien loin de vous avoir donné le moindre renseignement sur le grand artiste, leur ami ; - — et que cest à moi Carpani, non à vous Bombet, qu'ils ont fourni ces notices. » En effet, MM. Salieri, Weigl, Frieberth, Griesinger et M^^^ Kurzbeck ont fait la déclaration alléguée. Comment M. Bombet se tirera-t-il de ce mauvais pas ?
Il paraît aussi que les Haydines ont été imprimées à Milan par Bucinelli deux ans avant que l'ouvrage français ne fût sorti des presses de Didot. Ce cpi'il y a de remarquable, c'est que M. Bombet, non content de s'emparer de l'ouvrage de M. Carpani, n'a pas dédaigné de lui voler une fièvre qu'il avait eue à Vienne et qui avait été guérie par une messe de Haydn.
« Vous dites, s'écrie M. Carpani avec une juste indignation, que vous avez eu ma fièi^re à Vienne en 1799, et cjue vous avez été guéri par une messe de Haydn : je vous cite le docteur Frank, qui m'assista dans cette circonstance, et admira en moi, non en cous, l'effet salutaire de la inusique de Haydn. »
Après ce vol d'une fièvre, il paraîtra peu étonnant que M. Bombet ait volé une conversation qui eut lieu à Vienne, entre M. Carpani et Haydn lui-même. « Vous assurez, dit M. Carpani à son adversaire, «jue, quand on donna pour la première fois les Saisons,
VOUS allâtes chez Haydn lui dire comment avait réussi sa musique. Et moi je vous dis que vous rêvez. Haydn la dirigea lui-même ; et n'avait pas besoin de votre visite ni de la mienne pour en savoir des nouvelles. Moi, je parlai à Haydn, lorsqu'il descendait de l'orchestre, au palais de Schwartzenberg où fut exécutée cette musique ; et là eut lieu entre lui et moi le dialogue que vous affirmez avoir eu lieu entre lui et vous. »
Il est difficile de répondre à des faits aussi positifs. Après une lecture attentive des raisons alléguées par M. Carpani, nous n'hésitons pas à reconnaître sa paternité et nous croyons servir utilement M. Louis-Alexandre-César Bombet en lui conseillant de restituer amicalement à M. Carpani son livre, sa conversation et sa fièvre.
JJ
Nous avons donné, en premier lieu, l'entrefilet précédent, parce que, dans l'ordre chronologique, ce fut la première pièce de la polémique en France. En réalité, les deux lettres de Carpani, auxquelles répondait le Constitutionnel, étaient datées de Vienne, les 18 et 20 août 1815. Conformément à sa menace, Carpani dut les envoyer, sinon « dans le monde entier », du moins dans les principales capitales de l'Europe, après les avoir fait publier à Vienne: nous trouvons en effet, au tome II du Biographisch-Bibliographisches Quellen-Lexicon der Musiker iind Musikgelehrten de Eitner (Leipzig, 1900) l'indication suivante ati mot Carpani : « Lettere due... al Signor Bombet, Vienne, 1815, Mechitaristi ».
Quoi qu'il en soit, trop longues pour être insérées dans le Constitutionnel, qui se contenta de les résumer sommairement, comme on vient de le voir, en exerçant son •esprit autant contre l'auteur italien que contre Bombet, les deux « lettres de Joseph Carpani, de Milan, auteur des Haydine, à M. Louis Alexandre César Bombet, français, soi-disant auteur des dites Haydine » furent publiées in extenso, à la rubrique Variétés, dans le n° de janvier-février 1816 du Giornale delV italiana Letteratura (Padoue, 2^ série, tome X, pages 124-140) ; elles sont précédées de l'épigraphe : Equo ne crédite Teucri, tirée de Virgile. Nous en donnons ci-dessous une traduction inédite, qui ne saurait
rendre malheureusement ni la vivacité, ni la couleur, ni la verve boufTonne des lettres originales. La lecture de ce curieux document en apprendra plus sur le caractère italien et sur la prose italienne do l'époque que les plus savantes et les plus vagues dissertations. Une copie assez fautive de ces lettres, d'une date que nous ne pouvons fixer avec exactitude, mais qui paraît en tout cas bien postérieure à 1815, existe dans un des volumes de manuscrits de Stendhal qui faisaient partie de la collection Chéramy ; nous nous sommes servi, pour établir notre traduction, du texte même du Giornale de Padoue.
Monsieur,
Ciel ! me faut-il ainsi renoncer à moi-même, Et par un imposteur me voir voler mon nom?
f'Amjîhitryon, acte 1, scène II).
Je n'avais pas l'honneur de vous connaître, et je ne l'aurais pas encore, s'il ne vous avait pris, comme vous dîtes, envie de devenir auteur, en imprimant chez Didot en 1814 des lettres françaises sur le célèbre compositeur Haydn. Mon libraire ne les eut pas plus tôt reçues, qu'il me les présenta, ornées de votre nom révéré. Haydn, les beaux-arts, des lettres, Paris !... Quelle chance ! Sans tarder, j'ouvre le livre, et je vois, dès les premières lignes, que ^^os lettres sont en réalité les miennes, mes Haydine imprimées il y a deux ans chez Bucinelli à Milan et accueillies avec tant de faveur par le public italien et français, mes Haydine que vous n'avez fait que traduire ! Je vous laisse à penser quelle fut ma surprise à une telle découverte. Je vous jure qu'au premier moment, si j'attachais un grand prix à ma modeste re-
nommée littéraire, j'aurais crié : Imposteur ! Effronté ! Voleur ! Menteur !...
ed allri nomi lai, che vaiino insieme ! 1
Heureusement pour vous, j'ignore la suflisance ; et puis, des divers caractères des actions humaines, le ridicule, je l'avoue, est celui que je remarque en premier lieu, quand par ailleurs les dites actions ne me causent aucun dommage sensible, à moi ou à mon prochain. Aussi, le seul résultat de votre supercherie^ fut d'abord de me faire rire follement. Au lieu de m'emporter contre vous, je m'amusai de voir que les plumes du pauvre paon italien avaient paru si jolies au geai français, qu'il avait voulu s'en parer au moment de se montrer pour la première fois au public. Pour un peu, je vous aurais remercié de l'honneur que, sans vous l'avoir demandé, vous aviez cru devoir me faire.
Mais voilà qu'en feuilletant votre brochure, mes yeux tombent sur l'avis dont vous avez fait précéder mes lettres : vous dites qu'étant à Vienne, en 1808, vous avez écrit ços lettres à un ami de Paris, c[u'elles ont plu, qu'on en a fait des copies ^, que vous vous