XXII PREFACE
Quand on voit une âme aussi complètement livrée au pouvoir de la musique, on comprend que le premier ouvrage de Stendhal lui ait été consacré. C'était non seulement, de sa part, un acte de reconnaissance amoureuse, mais une jouissance de plus. Ce grand voluptueux trouvait plus de bonheur, à cet âge de la vie où le plaisir est plus fort que l'attrait de la gloire, à jouir des œuvres aimées qu'à en produire lui-même ^. Et parler de ce qu'on aime, c'est redoubler son amour, en le rendant plus conscient. En savourant ainsi sa chère musique, (qui, pour lui, se confond avec l'âme italienne), il se fournissait aussi l'occasion de décocher quelques malices à la France et au goût français. Il n'y a jamais manqué. C'était comme une rivale qu'il sacrifiait avec délices à son Italie préférée.
« J'ai cherché, dit-il, à analyser le sentiment que nous avons en France pour la musique 2. «
Voilà le sujet de ses Vies de Haydn, de Mozart et de Métastase. Ces grands artistes lui servent d'exemples, — ■ Flaydn, jDour la musicjue instrumentale, —
1. « L'état habituel de ma vie a été celui d'amant malheureux, aimant la musique et la peinture, c'est-à-dire jouir des produits de ces arts, et non les pratiquer gauchement. » {Vie de Henri Brùlard, I, 18.)
« Mon beau idéal littéraire a plutôt rapport à jouir des œuvres des autres et à les estimer, à ruminer sur leur mérite qu'à écrire moi-même. » [Ihid., II, 19.)