XII PREFACE
pas seulement chez lui cette manie des pseudonymes et des déguisements, ce goût de mystifier, qui fut un de ses divertissements. Pour son propre plaisir, et peut-être même pour sa propre duperie, il aime à se travestir. De son enfance comprimée dans un milieu hostile lui est toujours restée l'habitude de se contraindre, la peur de se montrer à nu, un mélange d'ironie et de timidité qui l'amène à cacher le meilleur de soi, le plus tendre, le plus féminin, pour n'étaler que son armure d'intellectuel au regard aigu, à l'esprit mordant, un peu dandy, qui aime à jouer le cynisme et voudrait se faire croire qu'il n'est dupe de rien.
Or, ses confessions nous livrent un être tout différent, accablé « d'une sensibilité trop vive, d'affections écrasantes et disproportionnées, d'enthousiasmes excessifs ^ », — un perpétuel rêveur, « dont l'état habituel a été celui d'amant malheureux » 2, et qui s'y est complu, — un adolescent poétique et voluptueux, qui savoure en secret la douceur du plaisir et des larmes, de ses souvenirs et de ses illusions, qui défaille en y pensant et ne pourrait en parler sans souffrance et sans honte *,