PREFACE XIII
— oui, si étrange qu'il soit (et même, un jDeu comique) de rapprocher ce nom des portraits où l'on voit la grosse face joufflue et carrée de Henri Beyle, avec son collier de barbe et son sourire madré, — ■ un Chérubin qui ne veut point vieillir. Cette comparaison, qui m'était venue spontanément à l'esprit, je l'ai retrouvée ensuite dans un passage du Journal d^ Italie, où l'on sent que Stendhal ne l'exprime pas sans honte et craint le ridicule :
« A la grâce près, j'étais à Milan, dans la position de Chérubin... Les deux ans de soupirs, de larmes, d'élans d'amour et de mélancolie que j'ai passés en Italie sans femmes, sous ce climat, à cette époque de la vie, et sans préjugés, m'ont probablement donné cette source inépuisable de sensibilité ^... »
Un tel tempérament sentimental et sensuel le prédisposait à goûter voluptueusement la musique. Inutile de dire qu'il ne l'aime pas en musicien, pour la beauté de ses lignes et la science de ses constructions. Il l'aime, en amoureux égoïste, comme une amie complaisante avec qui longuement il peut s'entretenir de ce qu'il aime, et dont la voix caressante réveille en lui l'image de l'absente, la source vive de l'amour et des larmes, les regrets bienfaisants...
« Ce sont les regrets qui manquent aux malheu-
dévouement et d'absence du moi... Mon amour-propre, mon intérêt, mon moi, disparaissent en présence de la personne aimée, je suis transformé en elle. » [Ihid., I, 25.) '