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dans les autres situations- de la vie. Mozart ne se distinguait ni par une figure prévenante y ni par un corps bien fait y quoique son père et sa mère eussent été cités à cause de leur beauté.
Cabanis nous dit :
(( Il paraît que la sensibilité se comporte « à la manière d'un fluide dont la (quantité « totale est déterminée y et qui y toutes les <( fois qu'il se jette en plus grande abondance « dans un de ses canaux y diminue propor- « tionnellement dans les autres. »
Mozart ne prit point avec l'âge l'accroissement ordinaire : il eut toute sa vie une santé faible y il était maigre, pâle^ et quoique la forme de son visage fût extraordinaire y sa physionomie n'avait rien de frappant que son extrême mobilité. L'air de son visage changeait à chaque instant, mais n'indiquait autre chose que la peine ou le plaisir qu'il éprouvait dans le moment. On remarquait chez lui une manie qui ordinairement est un signe de stupidité : son corps était dans un mouvement perpétuel^ il jouait sans cesse avec les mains y ou du pied frappait la terre. Du reste , rien d'extraordinaire dans ses ha-
bitudes, sinon son amour passionné pour le billard. Il en avait un chez lui , sur lequel il lui arrivait presque tous les jours de jouer seul quand il n'avait plus de partner. Les mains de Mozart avaient une direction tellement décidée pour le clavecin , qu'il était peu adroit pour toute autre chose. A table il ne coupait jamais ses alimens^ ou s'il entreprenait cette opération y il ne s'en tirait qu'avec beaucoup de peine et de maladresse. Il priait ordinairement sa femme de lui rendre ce service.
Ce même homme qui , comme artiste , avait atteint le plus haut degré de développement dès l'âge le plus tendre^ est toujours demeuré enfant sous tous les autres rapports de la vie. Jamais il n'a su se gouverner luimême. L'ordre dans les affaires domestiques , l'usage convenable de l'argent^ la tempérance et le choix raisonnable des jouissances^ ne furent jamais des vertus à son usage. Le plaisir du moment l'emportait toujours. Son esprit, constamment absorbé dans une foule d'idées qui le rendaient incapable de toute réflexion sur ce que nous appelons les choses sérieuses^ fit que pendant toute sa vie il eut
besoin d'un tuteur qui prît soin de ses affaires temporelles. Son père connaissait bien ce faible : ce fut ce qui l'engagea^ en 1777, à le faire suivre à Paris par sa femme ^ son emploi à Salzbourg ne lui permettant point alors de s'éloigner.
Mais ce même homme ^ toujours distrait, toujours jouant et s'amusant, paraissait devenir un être d'un rang supérieur dès qu'il se plaçait devant un piano. Son ame s'élevait alors et toute son attention pouvait se diriger vers le seul objet pour lequel il fut né, l'harmonie des sons. L'orchestre le plus nombreux ne l'empêchait point d'observer , pendant l'exécution, le moindre son faux, et il indiquait sur-le-champ , avec la précision la plus surprenante , sur quel instrument on avait fait la faute, et quel son il eût fallu en tirer.
Lors du voyage de Mozart à Berlin , il n'y arriva que le soir très tard. A peine fut-il descendu de sa voiture qu'il demanda au garçon de l'auberge s'il y avait opéra. — ■ (c Oui , V Enlèvement du SéraiL » — Gela est charmant î » Et déjà il était en route pour le spectacle. Il se mit à l'entrée du parterre pour écouter sans être reconnu. Mais tantôt
il était si satisfait de la bonne exécution de certains morceaux^ tantôt si mécontent de la manière dont on jouait quelques autres , ou du mouvement dans lequel on les exécutait^ ou des broderies que faisaient les acteurs, que, tout en témoignant sa satisfaction et son déplaisir, il se trouva contre la barre de l'orchestre. Le directeur s'était permis de faire des changemens à un des airs. Lorsqu'on y fut arrivé, Mozart, ne pouvant plus se contenir, cria presque tout haut à l'orchestre la manière dont il fallait jouer. On se retourna pour voir l'homme en redingote de voyage qui faisait ce bruit. Quelques personnes reconnurent Mozart , et dans un instant les musiciens et les acteurs surent qu'il était parmi les spectateurs. Quelques uns de ceux-ci , entre autres une très bonne cantatrice , furent tellement frappés de cette nouvelle, qu'ils refusèrent de reparaître sur le théâtre. Le directeur fit part à Mozart de l'embarras oii ce refus le mettait. Celui-ci fut à l'instant dans les coulisses, et réussit, par les éloges qu'il donna aux acteurs , à leur faire continuer l'opéra.
La musiqu^e fut l'occupation de sa vie , et
en même temps sa plus douce récréation. Jamais ^ même dans sa plus tendre enfance ^ on n'eut besoin de l'engager à se mettre au piano. Il fallait^ au contraire^ le surveiller pour qu'il ne s'y oubliât point et qu'il ne nuisit pas à sa santé. Dès sa jeunesse il eut une prédilection marquée pour faire de la musique pendant la nuit. Quand, le soir à neuf heures , il se mettait au clavecin , il ne le quittait pas avant minuit , et même alors il fallait lui faire violence, car il aurait continué toute la nuit à préluder et à jouer des fantaisies. Dans la vie habituelle , c'était l'homme le plus doux ; mais le moindre bruit pendant la musique lui causait l'indignation la plus vive. Il était bien au-dessus de cette modestie affectée ou mal placée qui porte la plupart des virtuoses à ne se faire entendre qu'après (fn avoir été priés à différentes reprises. Souvent des grands seigneurs de Vienne lui reprochèrent de jouer avec le même intérêt devant tous ceux qui prenaient plaisir à l'entendre.