‹ Vies de Haydn, de Mozart et de M©♭tastaseChapitre 25 sur 29 · A NICE · texte numérisé non relu

A NICE

Grâces à ta perfidie , à la fin je respire , ô Nice ! à la fin les Dieux ont eu pitié d'un malheureux î

Je sens que mon ame est dégagée de ses liens ; non , cette fois ce n'est pas un songe , je ne réye pas la liberté.

(i) Faite à Vienne en 1733.

Manco l' antico ardore , E son tranquillo a se^no , Che in me non trova sdegno Per mascherarsi amor.

Non cangio più colore Quando il tuo nome ascolto ; Quando ti miro in volto Più non mi batte il cor.

Sogno , ma te non miro Sempre ne' sogni miei } Mi desto, e tu non sei Il primo mio pensier.

Lungi da te m' aggiro Senza bramarti mai |

Ce feu qui m'enflamma si long-temps s'est éteint, et je suis tranquille, au point que l'amour, pour se déguiser , ne trouve pas de dépit dans mon cœur.

Je ne change plus de couleur quand j'entends prononcer ton nom; quand je regarde tes yeux, je ne sens plus battre mon cœur.

Si des songes viennent occuper mon sommeil, tu n'en es pas sans cesse l'objet j au moment où je m'éveille , tu n'es plus ma pemière pensée.

Je m'éloigne de toi, sans sentir, à chaque instant, le

4o8 ' "LETTRES.

Son teco ^ e non mi fai Nè pena , nè piacer.

Di tua beltà ragiono, Nè intenerir mi sento ^

I torti miei rammento , E non mi so sdegnar.

Confuso più non sono Quando mi vieni appresso ^ Col mio rivale istesso Posso di te parlar.

Voîgimi il guardo alterOy Parlami in volto umano j

II tuo disprezzo è vano ^ E vano il tuo favor.

besoin de revenir; si je suis assis à tes côtés, je n'éprouve ni peine ni plaisir.

Je parle de ta beauté, et je ne me sens plus attendrir; je rappelle mes torts, et ne suis point en colère.

Je ne suis plus tout troublé si tu viens à t'approcber de moi; je puis parler de toi-même avec mon rival.

Regarde-moi d'un œil altier, ou parle-moi avec bonté, ton mépris n'a plus d'effet, et ta faveur est vaine.

Che più r usato impero Quei labbri in me non hanno j Quegli ocçhi più non sanno La via di questo cor.

Quel, elle or m'alletta o spiace.

Se lieto o mesto or sono, Già non è più tuo dono , Già colpa tua non è.

Che senza te mi piace La selva, il colle, il prato^ Ogni soggiorno ingrato M'annoja ancor con te,

Odi, s'io son sincero :

Ancor mi sembri bella;

Non , cette bouche charmante n'a plus sur moi son empire accoutumé^ ces yeux brillans ne connaissent plus le chemin de mon cœur.

Aujourd'hui ce qui me charme ou ce qui fait mon tourment , ce qui me rend triste ou heureux , ce n'est plus une marque de ta tendresse, ce n'est plus un instant de rigueur.

Sans toi, la forêt, la prairie, la colline ombragée, peuvent m' être agréables j et un séjour déplaisant m'ennuie encore à tes côtés.

Yois si je suis sincère: tu me semblés encore belle ^

4io LETTRES.

Ma non mi sembri quella .

Che paragon non ha.

E (non t'offenda il vero) Nel tuo leggiadro aspetto Or vedo alcun difetto , Che mi parea beltà.

Quando lo stral spezzai, (Confesso il mio rossore) Spezzar m' intesi il core , Mi parve di morir.

Ma per uscir di guai, , Per non vedersi oppresso, Per racquistar sè stesso Tutto si puo soffrir.

mais tu ne me semblés plus celle à laquelle rien ne pourrait être comparé.

Et que la vérité ne t'offense pas : dans cette figure charmante j'aperçois maintenant des défauts que je prenais pour des beautés.

Quand je rompis ma chaîne, je confesse ma honte, je sentis mon cœur se briser } il me sembla mourir.

Mais pour sortir du malheur, pour ne pas se voir opprimé, pour redevenir soi-même, on peut tout souffrir.

Nel visco , in cui s'avvenne Queiraugelin talora, Lascia le penne ancora^ Ma torna in liberià.

Poi le perdute penne In pochi di rinnova, Cauto divien per prova ^ Nè più tradir si fa.

So che non credi estinto In me F incendio antico , Perché si spesso il dico, Perché tacer non so :

Quel naturale istinto, \ Nice , a parlar mi sprona 5

Tel est cet oiseau que son imprudence conduit dans un piège j il y laisse quelques plumes , il est vrai, mais il retourne à la liberté.

Ensuite, en peu de jours, ses plumes perdues reviennent : la prudence est un fruit du malheur , et il ne se laisse plus tromper.

Je sais que tu ne crois pas éteint le feu qui m'enflamma jadis 5 j'en parlerais moins souvent, penses-tu, et je saurais me taire.

O Nicel ce penchant naturel m'excite à parler, qui

4i2 LETTRES.

Per cui ciascun ragiôna De' rischj che passo.

Dopo il crudel cimento Narra i passati sdegniy Di sue ferite i segni Mostra il guerrier cosi.

Mostra cosi contento Schiavo, che usci dipena^,^ La barbara catena , Cbe strascinava un dî.

Parlo, ma sol parlando Me soddisfar procuro ^ Parlo , ma nulla io euro Che tu mi presti fè.

porte chacun de nous à se rappeler les dangers qu'il courut.

Après la bataille sanglante, le guerrier conte la fureur qui l'animait, et montre la place de ses blessures.

C'est avec une joie pareille que l'esclave dont le sort a changé montre la chaîne cruelle qu'autrefois il traînait après lui.

Je parle , il est vrai , mais seulement pour me satisfaire ^ mais sans songer si tu prêtes foi à mes paroles.

LETTRES. 4i3

Parlo , ma non dimando Se approvi i detti miei , Nè se tranquilla sei Nel ragionar di me.

lo lascio un' incostante ; Tu perdi un cor sinceroj Non so di noi primiero Chi s' abbia a consolar.

So cbe un si fido amante Non troverh più Nice^ Che un' altra ingannatrice E facile a trovar.

Je parle, mais je ne demande point si tu approuves mes pensées 5 je ne demande point si tu es tranquille en t'occupant de moi.

Je quitte une inconstante; tu perds un cœur sincère : j'ignore qui de nous deux se consolera le premier.

Je sais que Nice ne trouvera plus un amant s'i fidèle j je sais qu'une autre trompeuse est facile à trouver

(a) Voilà l'amour dans la manière italienne, dans celle de Cimarosa : ses peines attaquent le bonheur, il est vrai, mais ne détruisent pas l'être sensible. Un Allemand nous eût décrit les ravages que le malheur a faits dans son être. lis ne prouveijt l'énergie des passions que parle vilain tableau des maladies. Voyez, en français, les Romans de madame Gotîin.

La version qu'on vient de donner n'est destinée qu'à faciliter

4i4 LETTRES.

La clarté; la précision ^ la facilité sublime ^ qui; comme on voit, caractérisent le style de ce ^rand poete^ qualités si indispensables dans des paroles qui doivent être chantées, produisent aussi le singulier effet de rendre ses ouvrages extrêmement faciles à apprendre par cœur. On retient, sans s'en douter, cette poésie divine, qui, soumise à la correction la plus parfaite, repousse cependant jusqu'à l'idée de la moindre gêne.

La Ganzonetta à Nice vient plaire à la même partie de l'ame qui est charmée de la petite Madeleine du Gorrège qui est à Dresde, et que le burin de Longhi nous a si bien rendue.

Il est difficile de lire, sans répandre des larmes, la Glémence de Titus, ou Joseph; et l'Italie a peu de morceaux plus sublimes que

l'intelligence de l'original. On sent à chaque vers , en traduisant cette chanson célèbre , combien la langue italienne admet plus de naturel que la nôtre. Pour n'être pas excessivement plat, il faut à tout moment s'éloigner du texte , tourner en maxime ce que le personnage exprime comme un sentiment^ on ajoute une épithète à un mot qui eût semblé trop nu à une oreille française. Ce n'est pas sous ces couleurs que les quinze ou vingt Cours de littérature qui ont paru en France depuis quelques années peignent la langue italienne.

LETTRES. 4i5

certains passages des rôles de Cléonice, de Démétrius^ de Thémistoclc; et de Régulus.

Je ne vois pas ce qu'on peut comparer, en aucune langue, aux cantates de Métastase. On serait tenté de tout citer.

Alfieri a surpassé tous les poètes dans la manière de peindre le cœur des tyrans, parceque , s'il eût été moins honnête homme, lui-même, je crois, sur le trône, eût été un tyran suhlime. Les scènes de son Timoléon sont bien belles * je le sens: la manière est absolument différente de celle de Métastase, mais je ne pense pas que la postérité trouve que le mérite soit supérieur. On songe trop au style en lisant Alfieri. Le style, qui, comme un vernis transparent, doit recouvrir les couleurs, les rendre plus brillantes, mais non les altérer, dans Alfieri , usurpe une part de l'attention.

Qui songe au style en lisant Métastase? On se laisse entraîner. C'est le seul style étranger qui m'ait reproduit le charme de La Fontaine.

La cour de Vienne n'a pas eu, pendant cinquante ans, un jour de naissance, ou un mariage à célébrer, qu'on n'ait demandé une

4i6 LETTRES.

cantate à Métastase. Quel sujet plus aride! Parmi nous^ on n'exige du poëte que de n'être pas détestable : Métastase y est divin j l'abondance naît du sein de la stérilité.

Remarquez mon ami^ qne^ par ses opéra, Métastase a charmé non pas l'Italie seulement, mais tout ce qu'il y a de spirituel dans toutes les cours de l'Europe, et cela en observant fidèlement les petites règles commodes que voici:

Il faut, dans chaque drame, six personnages, tous amoureux , pour que le musicien puisse avoir des contrastes. Le primo soprano, la prima donna, et le tenore, les trois principaux acteurs de l'opéra, doivent chacun chanter cinq airs : un air passionné ria patetica)y un air brillant {^cli bravura) ^ un air d'un style uni (^aria parlante) ^ un air de demi-caractère^ et enfin un air qui respire la joie (^aria brillante). Il faut que le drame, divisé en trois actes, n'outrepasse pas un certain nombre de vers j que chaque scène soit terminée par un aria; que le même personnage ne chante jamais deux airs de suite; que jamais aussi deux airs du même caractère ne se présentent l'un après l'autre. Il

LETTRES. 417 faut que le premier et le deuxième acte soient terminés par des airs d'une plus grande importance que ceux qui se rencontrent dans le reste de la pièce. Il faut que, dans le deuxième et le troisième acte , le poëte ménage deux belles niches, Tune pour y placer un récitatif obligé, suivi d'un air à prétention (^di tranhusto)'^ l'autre pour iin grand duo, sans oublier que ce duo doit toujours être chanté par le premier amoureux et la première amoureuse. Sans toutes ces règles, pas de musique. Il est bien entendu , outre cela, que le poëte doit fournir au décorateur de fréquentes occasions de faire briller son talent. Ces règles, si singulières en apparence, et dont quelques unes ont été trouvées par Métastase, l'expérience a prouvé qu'on ne pouvait s'en écarter sans nuire à l'effet de l'opéra.

Enfin ce grand poëte. lyrique, pour produire tant de miracles, n'a pu se servir que d'unseptième, environ, des mots de la langue italienne. Elle en a quarante-quatre mille, selon un moderne lexicographe, qui a pris la peine de les compter, et ]a langue de l'opéra n'en admet que six ou sept mille au plus^

4i8 LETTRES.

Voici ce que^ sur ses vieux jours ^ Métastase écrivait à un de ses amis :

« Il se trouve, pour mes péchés,

« que les rôles de femmes del Re pastore ont (( tellement plu à S. M., qu'elle m'a ordonné « de faire , pour le mois de mai prochain , une (( autre pièce du même genre. Dans l'état oii « est ma pauvre tête, par la tension cons- « tante de mes nerfs, c'est une terrible tâche « que d'avoir affaire à ces friponnes de « Muses. Mais mon travail est mille fois plus « désagréable encore par toutes les gênes (( qu'on m'impose. D'abord il ne peut être « question de sujets grecs ou romains, par- (( ceque nos chastes nymphes ne veulent pas (( de ces costumes indécens. Je suis obligé « d'avoir recours à l'histoire de l'Orient, pour « que les femmes qui jouent les rôles d'hom- « mes puissent être dûment enveloppées, de (( la tête aux pieds , ^ms> les draperies asiati- « ques. Les contrastes entre le vice et la « vertu sont nécessairement exclus de ces « pièces , parceque aucune femme ne veut « jouer un rôle odieux. Je ne puis employer (( que cinq personnages, par la très bonne « raison que donnait un certain gouverneur

LETTRES. 419 « de château^ qu'il ne faut pas cacher ses (( supérieurs dans la foule (i). La durée de « la représentation, les changemens de scè- (( neS;, les airs, et presque le nombre des « mots, tout est limité. Dites-moi s'il n'y au- (( rait pas de quoi faire devenir fou l'homme « le plus patient? Imaginez donc l'effet de (( tout cela sur moi, qui suis le grand-prêtre « de tous les maux de cette vallée de misère. »

Ce qu'il y a de plaisant, et qui prouve que le hasard entre dans tout, même dans les jugemens de cette postérité dont on nous fait tant de peur, c'est qu'on ait cru faire une espèce de grâce à un tel homme, en l'admettant au rang du froid amant de Laure, duquel il nous reste une cinquantaine de sonnets , à la vérité , pleins de douceur.

Métastase, né àJElome en 1698, était déjà, à dix ans, un improvisateur célèbre. Un riche avocat romain, nommé Gravina, qui faisait de mauvaises tragédies pour se désennuyer, fut charmé de cet enfant : il commença

(i) Ces opéra étaient joués par les archiducs et archiduchesses. .

pour î amour du grec , par changer son nom de Trapassi en celui de Métastase ^ il Fadopta^, donna les plus grands soins à son éducation^ qui^ par hasard^ fut excellente^ et enfin lui laissa de la fortune.

Métastase avait vingt-six ans lorsque son premier opéra ^ la Didone , fut joué à Naples en 1724. Il l'avait composé d'après les conseils de la belle Marianne Romanina, qui chanta supérieurement le rôle de Didone^ parcequ'elîe aim ait passionnément le poëîej il paraît que cet attachement dura. Métastase ^ intime ami du mari de Marianne;, vécut plusieurs années dans cette maison^ se laissant charmer par la douce musique , et étudiant^ sans relâche^ les poètes grecs.

En 1729^ l'empereur Charles Vï; ce grand musicien qui ne riait jama|s^ et qui^ dans sa jeunesse^ avait joué un si pauvre rôle en Espagne^ l'appela à Vienne pour être le poëte de son opéra. Il hésita un peu^ mais partit.

Métastase ne sortit plus de Vienne; il y parvint à une extrême vieillesse, au milieu d'une volupté délicate et noble , n'ayant d'autre soin que d'exprimer, dans de beaux vers, les sentimens qui animaient sa belle ame.

LETTRES. 4^1 Le docteur Burney, qui le vit à soixantedouze anS; le trou va encore le plus bel homme de son siècle , et Fliomme le plus gai. Il refusa toujours les cordons et les titres^ sut cacher sa vie^ et fut heureux. Aucun des sentimens tendres ne manqua à cette ame sensible.

En 178O; âgé de quatre-vingt-deux ans, au moment de recevoir le viatique, il ras~ sembla ses forces, et chanta à son Créateur:

Eterno Geoitor, îo f offro il proprio figlio Che in pegno del tuo amor Si Yuole a me douar.

A lui rivolgi il ciglio , Mira chi t' offro ^ e poi Niega Signor, se puoi, Niega di perdonar.

Cet homme heureux et grand mourut le 2 avril 1782, ayant pu connaître, pendant sa longue carrière, tous les grands musiciens qui ont charmé le monde.

SUR l'état actuel de la musique en ITALIE.

Venise, 29 août i8i4-

Vo u S vous souvenez donc encore , mon ami , des lettres que je vous écrivais de Vienne^ il y a six ans. Vous voulez que je vous donne une esquisse de Fétat actuel de la musique en Italie. Mes idées ont bien changé de cours depuis cette époque. Je suis aujourd'hui plus riche^ plus heureux qu'à Vienne^ et les momens que je ne donne pas à la société sont entièrement consacrés à l'histoire de la peinture.

Vous savez quelle a été ma joie lorsqu'on m'a rendu au revenu suffisant justement au nécessaire. Il paraît que j'avais été trompé par mon ambition^ car^ sur ce prétendu nécessaire, je trouve tous les jours de quoi acheter de bons petits tableaux, que les grands

LETTRES. /p3 faiseurs de collections ont négîi^^és, ou plutôt n'ont pas reconnus. J'ai vu^ il y a quelques jours^ à la Rwa dei schiavoni^ chez un capitaine de vaisseau^ le plus poli des hommes ^ de charmantes petites esquisses de Paul Véronèse^ remplies de ce beau ton de couleur dorée qui donne tant de vie à ses grands tableaux: hé bien! j'ai déjà l'espérance de pouvoir me procurer une ou deux ébauches pareilles de ce grand maître, dont les chefs-d'œuvre sont enterrés^ avec tant d'autres, dans votre immense Musée. Vous croyez être bien civilisés, et vous avez fait, en les ôtant à l'Italie, un trait de barbares. Tous ne vous êtes pas aperçus, messieurs les voleurs, que vous n'emportiez pas , avec les tableaux, l'atmosphère qui en fait jouir. Vous avez diminué les plaisirs du monde. Tel tableau, qui est solitaire et comme inconnu dans un des coins de votre galerie , faisait ici îa gloire et la conversation de toute une ville. Dès que vous arriviez à Milan, on vous parlait du couronnement d'épines du Titien; à Bologne, le premier mot de votre valet de place était de vous demander si vous vouliez voir la Sainte-Cécile de Raphaël : ce valet de

LETTRES, place lui-même savait par cœur cinq ou six phrases sur ce chef-d'œuvre.

Je sais hien que ces phrases ennuient l'amateur qui veut juger et sentir par lui-même : il est souvent importuné des superlatifs italiens; mais ces superlatifs montrent quel est l'esprit général du pays par rapport aux arts. Ces superlatifs^ qui m'ennuient^ éveillent peut-être l'amour de l'art chez un jeune tailleur de Bologne, qui un jour sera un Annihal Carra che. Ces superlatii\s-là sônt un peu comme les signes de respect que l'on rend au marquis de Wellington lorsqu'il passe dans les rues de Lisbonne : certainement le petit clerc de procureur qui crie e viva ne peut pas juger des talens militaires et de la prudence sublime de cet homme rare,* mais, n'importe, ces cris-là sont pour lui une récompense de ses vertus, et feront peut-être un autre Wellington de ce jeune capitaine qui est son aide-de-camp.

Le personnage le plus estimé , le plus connu dans Piome, c'est Ganova. Le peuple d'un quartier de Paris connaît monsieur le duc un tel, dont l'hôtel est au bout de la rue. Il n'en faut pas davantage pour voir que

LETTRES. /p5

vous avez beau emporter à Paris la Transfiguration et TApollon^ vous avez beau faire transporter sur toile la Descente de croix peinte à fresque par Daniel de Volterre, toutes ces œuvres sont des œuvres mortes : il manque à vos beaux arts un public.

Ayez un Opéra italien^ ayez un Musée; c'est fort bien ; vous pourrez parvenir peutêtre à acquérir, dans ces genres-là , un goût d'une belle médiocrité 3 mais vous ne serez jamais grands que dans la comédie , dans la chanson^ dans les livres d'une morale piquante :

Excudent alii spirantia mollius sera.

V1RG.7 VI, V. 847.

Vous, Français, vous aurez des Molière, des Collé, des Pannard, des Hamilton, des La Bruyère, des Dancourt, des Lettres persanes. Dans ce genre cbarmant, vous serez toujours le premier peuple du monde : cultivez-le, mettez-y votre luxe, encouragez les écrivains de ce genre, les grands hommes sont produits par la terre que vous foulez. Donnez un orchestre supportable à votre Théâtre Français ; achetez pour lui ces belles

décorations du théâtre de la Scalla^ de Milan, que Ton recouvre d'une nouvelle couleur tous les deux mois, et que vous auriez pour une quantité de toile égale en étendue à la décoration. Les hommes d'esprit de Naples et de Stockholm se rencontreront sur la place du Carrousel, allant à votre théâtre voir jouer le Tartuffe et le Mariage de Figaro. Nous qui avons voyagé, nous savons que ces pièces sont injouables par-tout ailleurs qu'à Paris.

De même, les tableaux de Louis Carrache peuvent être regardés comme invisibles ailleurs qu'en Lombardie. Quelle est celle de vos femmes aimables qui a jamais rega rdé autrement qu'en bâillant cette Vocation de Saint-Mathieu (i), cette Vierge portée au tombeau , dont les couleurs ont un peu poussé au noir? Je suis convaincu que les plus mauvaises copies, mises dans le cadre de ces tableaux, produiraient juste autant d'effet sur la grande société de France. Or, à Rome, cette grande société parlera, pen-

(i) Musée, ïio 878,

dant quinze jours^ de la manière dont cette fresque^ peinte par le Dominiquin, au couvent de Saint-Nil^ va être transportée sur toile. A Rome, la considération est pour le grand artiste; à Paris ^ elle est pour le géné- » ral heureux, pour le conseiller d'état en faveur, pour le maréchal de Saxe, ou pour M. de Galonné. Je ne dis pas que cela est bien ou mal,* je fais seulement observer que cela est. Et le grand artiste qui aime sa gloire, et qui connaît le faible du cœur humain, doit vivre là où l'on est le plus sensible à son mérite, et où, par conséquent, on est le plus sévère à ses fautes. A Rome, MM. G. G. G. G., dont je n'ai jamais vu que les charmans ouvrages, au reste, pourraient impunément habiter au quatrième étage: la considération de la ville entière, depuis le neveu du pape jusqu'au moindre petit abbé, y monterait avec eux; onleursaurait beaucoup plus de gré d'un joli tableau que d'une repartie aimable. Voilà l'atmosphère qu'il faut à l'artiste; car l'artiste aussi, comme un autre homme, a ses momens de découragement.

Une des conversations les plus intéressantes pour moi, dans une ville où j'arrive , es(;

4-28 LETTRES, celle que j'établis avec le sellier qui me loue la voiture dans laquelle je vais rendre mes lettres de recommandation. Je lui demande quelles sont les curiosités à voir ^ quels sont les plus grands seigneurs du pays ; il me répond en me disant un peu de mal des collecteurs des impôts indirects, mais, après ce tribut payé au rang qu'il occupe dans la société^ il m'indique fort bien oii se trouve îe courant actuel de l'opinion publique.

Lorsque je suis rentré à Paris, vous aviez encore votre charmante madame Barilli :

Dieu sait si le maître de mon bel hôtel garni de la rue Gérutt m'en a dit le moindre mot ^ à peine s'il connaît de nom mademoiselle Mars et Fleury. Arrivez à Florence, chez Schneider^ le moindre marmiton va vous dire: (( Davide le fils est arrivé il y a trois jours j il « va chanter avec les Monbelli , l'opéra fera « furore; tout îe monde arrive à Florence « pour le voir. »

Vous serez bien scandalisé , mon cher Louis, si jamais vous venez en Italie, de trouver des orchestres bien inférieurs à celui de rOdéon, et des troupes où il n'y a qu'une voix ou deux. Vous me croirez menteur

LETTRES. 4^9 comme un voyageur de long cours. Jamais de réunion égale à celle que vous possédiez à Paris lorsque vous aviez ^ dans le même opéra ^ madame Barilli, mesdames Neri et Festa 5 et, en hommes , Crivelli, Tachinardi ^ et Porto. Mais ne désespérez pas de votre soirée : les chanteurs que voùs trouvez médiocres ici seront électrisés par im public sensible et capable d'enthousiasme ; et le feu circulant du théâtre aux loges , et des loges au théâtre, vous entendrez chanter avec un ensemble, une chaleur, un hrio , dont vous n'avez pas même d'idée. Yous verrez de ces momens d'entraînement où, chanteurs et spectateurs, tous s'oublient pour n'être sensibles qu'à la beauté d'un final de Gimarosa. Ce n'est pas assez de donner, à Paris, Soooofr. à Crivelli ; il faudrait encore acheter un public fait pour l'entendre, et pour nourrir Famour qu'il a pour son art. Il fait un trait superbe et simple, pas un applaudissement j il se permet un de ces agrémens communs et aisés à distinguer, chaque spectateur, charmé de prouver qu'il est connaisseur, assourdit son voisin par des battemens de mains d'énergumène : mais ces applaudisse-

43o LETTRES, mens sont sans véritable chaleur j son ame ne vient pas de recevoir un grand plaisir^ c'est seulement son esprit qui approuve. Un Italien se livre franchement à la jouissance d'admirer un bel air qu'il entend pour la première fois^ un Français n'applaudit qu'avec une sorte d'inquiétude^ il craint d'approuver une chose médiocre : ce n'est qu'à la troisième ou quatrième représentation^ lorsqu'il sera bien décidé que cet air est délicieux ^ qu'il osera crier bras>ol en appuyant sur la première syllabe^ pour montrer qu'il sait l'italien. Voyez-le dire^ le jour d'une première représentation, à son ami, qu^il aborde au foyer: Cela est divin! sa bouche affirme, mais son œil interro^^e. Si son ami ne iui répond pas par un autre superlatif ^ il est prêt à détrôner sa divinité. Aussi l'enthousiasme musical de Paris n'admet-il aucune discussion j cela est toujours délicieux ou exécrable : au-delà des Alpes ^ comme chacun est sûr de ce qu'il sent, les discussions sur la musique sont infinies.

J'ai trouvé froids tous les grands chanteurs que j'ai vus à l'Odéon : Grivelîi n'est plus le même qu'à Naples; Tachinardi seul avait

LETTRES. 43i

des momens parfaits dans la Distruzione di Gerusaleme. Ce malheur-îà n'est pas de ceux qui se réparent avec de Fargeii^t^ il tient aux qualités intimes du public français.

Voyez ce même Fra;nçais/ si contraint en parlant de musique, si craintif pour les intérêts de son amour-propre; voyez-le admirer un bon mot^ ou une repartie ingénieuse; avec quel esprit, avec quel sentiment plein de feu et de finesse, avec quelle abondance n'en détaille-t-il pas tout le piquant. Vous diriez, si vous étiez un songe-creux : ce payslà doit produire des Molière et des Regnard , et non pas des Galuppi et des Anfossi.

Un jeune prince italien est dilettante; il compose, bien ou mal, quelques airs, et est éperdûment amoureux d'une actrice : s'il paraît à la cour de son souverain , il y est embarrassé et respectueux. Un jeune duc français arrive jusqu'à la chambre du roi, en se donnant des airs élégans ; on voit qu'il est heureux, son ame jouit pleinement de ses facultés : il va s'appuyer, en fredonnant, contre la balustrade qui sépare le lit du roi du reste de la chambre. Un huissier, un homme noir, s'approche, et lui dit qu'il n'est

pas permis de s'asseoir ainsi y qu'il prophanise la balustrade du roi. — (( Ah! vous avez (( raison, mon ami ; allez, je préconerai par- « tout votre zèle j » et il fait une pirouette en riant.

Je vous avouerai, mon cher I/Ouis, que je n'ai point varié dans l'opinion que j'avais , il y a six ans, en vous parlant du premier symphoniste du monde. Le genre instrumental a perdu la musique. On joue plus souvent, et plus facilement, du violon ou du piano qu'on ne chante : de là la malheureuse facilité qu'a la musique instrumentale pour corrompre le goût des amateurs de la musique chantée; c'est aussi ce dont elle s'acquitte fort bien depuis une cinquantaine d'années.

Un seul homme connaît encore, en Italie, la belle manière de conduire la voix : c'est Monbelli ^ et le principal avantage de ses charmantes filles est sans doute d'avoir eu un tel maître.

Cette vraie manière de chanter, que je soutiendrai jusqu'à la mort exclusivement, était celle que nous avions, à Vienne, dans mademoiselle Martinez, l'élève de Métastase, qui s'y connaissait ^ et qui^ ayant passé sa

jeunesse^ au commencement du dix-huitième siècle^ à Rome et à Naples^ avec la célèbre Romanina ^ savait ce que doit faire la voix humaine pour charmer tous les cœurs.

Sori secret est bien simple, elle doit être belle et se montrer.

Voilà tout. Pour cela il faut des accompagnemens peu forts, des pizzicato sur le violon(i), et, en général, que la voix exé-^ cute des morceaux lents. Actuellement les belles voix se sauvent dans les récitatifs : c'est dans ces morceaux-là que madame Gatalani et Veluti sont le plus beaux. C'est ainsi qu'on chantait, il y a quatre-vingts ans, les cantates à la mode alors: aujourd'hui on exécute, au galop, une polonaise- vient ensuite

(i) Paganini , Génois , est , ce me semble , le premier violon de l'Italie; il a une douceur extrême; il joue des concerto aussi insignifians que ceux qui font bâiller à Paris , mais il a toujours pour lui la douceur. J'aime sur-tout à lui entendre jouer des variations sur la quatrième corde du violon. Au reste, ce i énois a trente-deux ans : peut-être qu'il jouera mieux que des concerto avec le temps; peut-être qu'il aura le bon sens de comprendre qu'il vaut mieux jouer un bel air de Mozart.

434 LETTRES, un grand air, pendant lequel les instrumens luttent de force avec la voix, ou ne se taisent un instant que pour les points d'orgue, et permettre au chanteur de faire des roulades éternelles, et tout cela s'appelle un opëraj et tout cela amuse un quart d'heure; et tout cela n'a jamais fait verser une larme.

Les meilleures cantatrices que j'aie entendues en Italie (remarquez, pour l'acquit de ma conscience, que les plus grands talens peuvent avoir eu le malheur de ne jamais chanter devant moi); les meilleures cantatrices donc que j'aie entendues dans ces derniers temps, ce sont mademoiselle Eiser, et les demoiselles Monbelli. La première a épousé un poëte aimable, et ne chante plus en public • les autres sont les espérances de la Polymnie italienne. Figurez-vous la plus belle méthode, la plus grande douceur dans les sons, l'expression la plus parfaite; figurez-vous la pauvre madame Barilli avec une voix encore plus belle et toute la chaleur désirable. Je crois que les Monbelli ne chantent que le sérieux; madame Barilli aurait donc toujours gardé sur elles l'avantage de chanter si divinement la Fanciullass>inturata

des Ennemis généreux, la comtesse Almaviva de Figaro, donna Anne de Don Juan, etc. Il faut avoir entendu les petites Monbelii, à Milan, chanter TAdriano io Siria de Métastase : cela était admirable, et fit furore. Heureusement pour vous elles sont de la première jeunesse, et vous pouvez espérer d'entendre un jour la cadette, celle qui s'habille en homme.

Il ne manquait au plaisir des amateurs que de voir réunis dans le même opéra l'excellent Yeîuti, le seul bon soprano, d'une certaine façon, que l'Italie ait aujourd'hui à ma connaissance, et Davide le fils. Celui-ci a une voix charmante, mais il est bien loin encore de la belle méthode des Monbeîli. C'est un homme qui fait sans cesse des ornemens délicieux, un vrai chanteur de concert à Paris : je suis convaincu qu'il y balancerait la réputation de M. Garât, Pour les pauvres petites Monbelli , tous nos connaisseurs diraient : N'est-ce que ça? En Italie^ elles sont faites pour aller à la plus haute réputation j il ne faut demander qu'une chose au ciel, c'est qu'elles n'aillent pas se marier à quelque homme riche qui nous en priverait.

Madame Manfredini vous ferait un plaisir extrême dans la Camille de Paër : elle a une voix retentissante; mais ce qui m'a enlevé dans cet opéra^ que j'ai vu à Turin^ c'est le bouffe Bassi , sans contredit le premier bouffe qu'ait aujourd'hui l'Italie. Il fautle voir^ dans cette même Camille^ dire à son maître^ jeune officier^ qui veut passer la nuit dans un château de mauvaise mine :

Signor, la vita è corta j Andiam , per cavità.

Il a la chaleur^ il a les jeux de scène, il a la passion pour son métier. Il joint à cela une profonde intelligence du comique, et fait lui-même des comédies agréables. Toute cette admiration-là m'est venue en le voyant jouer Ser Marc Antonio à Milan. Je ne sais où il se trouve actuellement. Il a d'ailleurs une bonne voix, et serait parfait s'il avait la basse-taille de votre Porto.

Mais que voulez-vous? Dans mon système, un certain degré de passion détruit la voix chez les hommes; et, chez les femmes, une certaine fraîcheur dans les attraits. Vous

direz que c'est encore une de mes pensées singulières ; je vous répondrai^, comme César de Senneville^ â la bonne heure!

Nozzari, que vous avez vu à Paris, est le premier homme du monde pour chanter le rôle de Paolino du Mariage secret^ que j'ai trouvé un peu haut pour les moyens de votre superbe Grivelli.

Pellegrini a une basse-taille magnifique : il aurait besoin de prendre quelques leçons de Baptiste cadet, de Thénard et de Potier, ou, mieux encore, de l'excellent Dugazon, si vous aviez encore ce bouffon charmant , que vous avez méconnu, gens graves et importans que vous êtes.

Vous connaissez mieux que moi mesdames Grassini, Gorrea, Festa, Neri, Sessi, qui ont été à Paris. Vous regrettez encore madame Strinasacclîi, si Supérieure dans le rôle de Caroline du Mariage secret, et que vos habitués de spectacle appelaient, avec assez de justesse, la Dumesnil A\x théâtre Louvois.

J'ai entendu avec beaucoup de plaisir^ dans la superbe salle neuve de Brescia, madame Carolina Bassi : c'est une actrice pleine de feu. C'est aussi par cette qualité que brille

madame Malanolli. Yittoria Scssi^ de son

côté, a une très jolie figure, et uoe voix très

forte.

Je n'ai jamais vu madame Camporesi , qui doit être à Paris, et dont on fait beaucoup de cas à Rome.

Je ne vous parle pas de Tachinardi, qui est si bon lorsqu'il s'anime; le ténor Siboni marche sur ses traces. Parlamagni et RanfajCfni sont toujours ce que vous les avez vus, c'est-à-dire d'excellens bouffes. De Grecis et Zamboni jouent fort bien: de Grecis était parfait dans les Pretendenti delusi y qui avaient beaucoup de succès à Milan il y a trois ans. C'est notre opéra des Prétendus, fort bien arrangé pour la scène italienne, et sur lequel Mosca a fait une musique amusante. Le trio

Con rispetto e riverenza ,

avec l'air de flûte delà fin, m'a fait beaucoup de plaisir.

Je ne vous dirai rien ni de madame Catalani, ni de madame Gaforini. Je n'ai pas vu la première depuis ses débuts à Milan, il y a treize ans^ et malheureusement la seconde

s'est mariée. C'était le chant bouffe dans toute sa perfection. Il fallait la voir dans la Dama Soldato^ dans Ser Marc Antonio^ dans le Giabatino. Un être plus vif^ plus sémillant, plus pétillant d'esprit, plus .^ai, plus enflammé, ne renaîtra jamais pour les menus plaisirs des g^ens d'esprit. Madame Gaforini était, pour la Lombardie^ ce que madame Barilli était pour Paris : on ne remplacera pas plus l'une que l'autre. Le caractère des peuples vous fait présumer que^ sous beaucoup de rapports, madame Gaforini devait être le contraire de madame Barilli ^ et vous présumez bien.

J'ai entendu, il y a trois mois^ une très belle voix au conservatoire de Milan. J'entendais mes voisins se dire : « N'est-il pas bien « ridicule qu'on laisse tel excellent bouffe, (( plein d'ame et de feu, végéter dans un coin « de Milan, et qu'on ne le fasse pas profes- « seur au conservatoire, pour qu'il anime « cette belle statue? » Je ne me souviens pas du nom de la statue.

Les gens qui reviennent de Naples font le plus grand éloge du bouffon Gasacieli. J'ai aussi entendu vanter madame Paër, et le

44o LETTRES, ténor Marzochi (i). Voilà^ mon ami^ ce que je connais de mieux en Italie. J'y ajouterai madame Sandrini^ que j'ai entendue avec

(i) Il y a ici une omission assez étendue. L'auteur, au lieu de faire connaître ses jugemens ténébreux sur des compositeurs très estimables, quoique peut-être entraînés , par la mode, dans une fausse route, va rappeler les faits relatifs à chacun d'eux.

Paësieilo et Zingarelli ne sont pas de l'école actuelle; ce sont les derniers contemporains des Piccini et des Cimarosa.

Valentin Fioravanti , si connu à Paris par ses Cantatrici villane j est de Rome, et jeune encore. On goûte beaucoup ses opéra buffa: le Pazzie a viccjida, qu'il donna en 1791, à Florence, il Furho , et il Fahro Par/^/«o, joués à Turin en l'^g-j , sont ses principaux ouvrages.

Simone Mayer, né en Bavière, mais élevé en Italie, est peut-être le compositeur qu'on y estime le plus; c'est en même temps celui dont je puis le moins parler : sa manière est précisément celle qui me semble nous mener le plus rapidement à la perte totale de la musique de tliéâtre. Ce compositeur habite Bergame, et les propositions les plus avantageuses n'ont jamais pu l'attirer ailleurs. Il travaille beaucoup. J'ai vu jouer vingt ouvrages de lui, au moins. Il est connu à Paris par les Finte rivali ^ opéra buffa, joué par madame Correa. On y trouva quelques chants, mais pas toujours

LETTRES. 44i plaisir à Dresde. Je ne vous dirai rien de nos théâtres de Vienne j j'aurais trop à en dire : demandez aux officiers (Vaneais qui y

assez nobles, et un grand luxe d'accompagnement. Son Pazzo per la musica est joli; Adelasia e Aleramo , opéra séria, a eu un grand succès à Milan. Mayer nous fait jouir des immenses progrès que la musique instrumentale a faits depuis le siècle des Pergolèse, et en même temps nous fait regretter les beaux chants de cette époque.

Ferdinando Paër, sur le compte duquel j'ai le malheur de penser comme sur Mayer, est né à Parme en 1774. J'ai vu les gens les plus spirituels de Paris faire l'éloge de son esprit. Ce compositeur a déjà fait trente opérii. La Camilla et Sargine étaient joués en même temps, il y a deux ans, à Naples, à Turin ^ à Vienne, à Dresde , et à Paris.

Pavesi et Mosca, auteurs très aimés en Italie, ont fait beaucoup d'opera buffa. On y trouve des chants aimables, qui ne sont pas tout-à-fait étouffés par l'orchestre. Ces deux compositeurs sont jeunes.

On entend avec plaisir les opéra de Farinelli, né près de Padouej c'est un élève du conservatoire de' Turchiniy à Naples : il a déjà composé huit ou dix opéra.

On conçoit les plus hautes espérances de M. Rossini, jeune homme de vingt-cinfj ans, qui débute. Il faut avouer que ses airs, chantés par les aimables

furent en 1809; je parie qu'ils se souviennenc encore des larmes qu'ils répandaient au Croisé, mélodrame égal^ pour l'effet, aux meilleures tragédies romantiques, et du rire inextinguible que provoquait l'excellent danseur Rainaldi, je crois, qui jouait si bien le ballet des Vendanges. En même temps on exécutait supérieurement Don Juan, le Mariage secret , la Clémence de Titus , le Sargines de Paër , Eliska de Cherubini, une Lisbetb folle par amour, et plusieurs autres ouvrages allemands justement estimés.

Ai je besoin de vous répéter que, probablement, plusieurs grands talens jouissent, en Italie, d'une réputation méritée, et sont passés par moi sous silence, parceque je ne les connais pas? Je ne suis jamais allé en Sicile ; il y a bien long-temps que j'ai quitté Naples. C'est dans cette terre heureuse, c'est

Monbelli ^ ont une grâce étonnante. Le chef-d'œuvre de ce jeune homme, qui a une charmante figure, est VItaliana in AlgerL II paraît que déjà il se répète un peu. Je n'ai trouvé nulle originalité et nul feu dans le Turco in Italia , qu'on vient de donner à Milan , et qui est tombé.

dans ce pays produit par le feu, que naissent les belles voix. J'y trouvai autrefois des usages bien diffërens des nôtres , et un peu plus g^ais. On ne dénonce pas les plaji^iats par des brochures dans ce pays-là ; 00 prend les voleurs sur le fait. Si donc le compositeur dont on exécute l'ouvrage a dérobé à un autre un aria , ou seulement quelques passages^ quelques mesures^ dès que le morceau volé commence à se faire entendre, il s'élève de tous côtés des bravo! auxquels est joint le nom du véritable propriétaire. Si c'est Piccini qui a pillé Sachini, on lui criera sans rémission, bravo , Sachini ! Si Ton reconnaît, pendant son opéra, qu'il ait pris un peu de tout le monde, on criera fort bien, bravo, Galuppi! bravo, Traetta! bravo, Guglielmil

Si on avait le même usage en France, combien des opéra de.Feydeau auraient de ces bravo- là. Mais ne parlons pas des vivans.

Tout le monde sait aujourd'hui que, dans les Visitandines, l'air si connu, Enjant chéri des dames , est de Mozart.

Duni eût entendu crier, bravo Hasse! pour le début de l'air: Ahl la maison maudite! doixt les quinze premières mesures sont aussi

les quinze premières de Pair Priva ciel caro

bene (i).

Monsigny eût eu un brwo^ Pergolèsc! pour le début de son duo Venez ^ tout nous réussit, qui est précisément celui de Tair Tu sei troppo sceleratto. Autre bravo pour Tair Je ne sais à quoi me résoudre.

Philidor eût entendu crier bravo ^ Per^orolèse! pour son air On me fête^ on me cajole^ dont Faccompagnement se trouve dans Fair Ad un povero polacco; bravo, Goccbiî pour Fair // fallait le voir au dimanche ^ quand il sortait du cabaret^ qui n'est autre chose que Fair tout entier Donne belle che pigliate; bravo, Galuppi! pour la cavatine Fois le chagrin qui me dévore, Grétry eût eu aussi quelques paquets à son adresse.

Quoi de plus aisé que de faire un tour en Italie, où, en général, on ne grave pas la musique, de prendre des copies de tout ce qu'on entend de bon ou de conforme au goût qu'on sait régner à Paris, dans les cent théâtres chantans ouverts chaque année dans ce pays,- de iier les morceaux par un peu

(i) Voyage de Roland.

(riiarmonie^ et de venir être en France un compositeur renommé! on ne court pas de danger. Jamais une partition française ne passe les Alpes.

Quel succès n'auraient pas à Feydeau l'air Con rispetto e riverenza de Mosca^ dans les Pretendenti delusi^ le quatuor Dà che siam uniti ^ parliam de nostri affari^ du même opéra ; et sur-tout qui les y reconnaîtrait?

Quant aux belles voix d'Italie ^ une des sottises de messieurs nos petits philosophes nuira probablement à nos plaisirs encore pendant un grand nombre d'années. Ces messieurs sont montés en chaire pour nous apprendre qu'une petite opération faite à quelques enfans de chœur allait faire de l'Italie un désert : la population allait périr^ l'herbe croissait déjà dans la rue de Tolède ; et d'ailleurs^ les droits sacrés de l'humanité! Ah ciel! Ces messieurs doivent être de bien bonnes têtes^ si l'on en juge par leur froideur pour les arts. Malheureusement une autre bonne tête^ un peu meilleure^ M. Malthus^ docteur anglais^ s'est avisé de faire sur la population un ouvrage de génie qui contrebalancera un

peu les petites assertions des Roland, des

d'Alembert, et autres honnêtes gens, qui

auraient dû se rappeler le mot ne sutor^

et ne jamais parler des arts ni en bien ni en

mal.

Malthus donc explique fort bien à nos chatouilleux philosophes que la population d'un pays augmente toujours en raison de la nourriture qu'on peut s'y procurer. Il ajoute que la principale cause de cette triste pauvreté, si commune, est la tendance qu'en vertu des penchans de la nature et de l'imprévoyance humaine, la population a de s'accroître au-delà des limites de la production. Il exprime souvent le vœu de voir les gouvernemens cesser de donner au mariage des encouragemens dont il n'aura jamais besoin. Gréez un produit, montrez une nouvelle terre, une nouvelle industrie, et vous verrez des mariages et des enfans ^ formez des mariages sans cela, vous aurez des enfans,* mais ils ne croîtront pas, ou mettront obstacle à la naissance d'autres enfans.

Le nombre des mariages est toujours, lorsque la raison s'en mêle, en harmonie avec les moyens d'élever unefamilie. Dans des

villages de Hollande que le docteur Maltlms a observés^ un homme meurt^ voilà un héritage^ des capitaux vacans^ une industrie dont on peut s'emparer 3 vous voyez sur-le-champ un mariage : pas de mort^ pas d'hymen. Les plus terribles causes de mortalité^ la peste, la guerre, une famine passagère, ne dépeuplent pas pour long-temps une contrée où l'industrie et la fertilité sont dans un état croissant.

Sans entrer dans une dissertation savante, et dans de beaux calculs, je dirai, avec M. Malthus, que si les moines, à qui les philosophes doivent tant de reconnaissance pour leur avoir fourni de si vastes sujets de déclamations; si les moines nuisaient à la population , ce n'est point parcequ'ils n'y participaient pas directement , mais parcequ'ils étaient inutiles à la production. Cependant les moines ne peuvent pas être tout-à-fait comparés à nos ravissans Napolitains ; mais aussi ils étaient en bien plus grand nombre.

Il ne faut qu'avoir une ame pour sentir que l'Italie est le pays du beau dans tous les genres. Ce n'est pas à vous qu'il faut prouver

44B ' LETTRES, cela 5 mon ami^ mais mille choses de détail semblent y favoriser particuîièrem ent la musique. La chaleur extrême suivie lesoir^ d'une fraîcheur qui rend tous les êtres respirans heureux^ fait^ de l'heure où l'on va au spectaclc;, le moment le plus agréable de la journée* Ce moment est^ à-peu-près par-tout^ entre neuf et dix heures du soir, c'est-à-dire quatre heures au moins après le dîner.

On écoute la musique dans une obscurité favorable. Excepté les jours de fête^, le théâtre delà Scala^de Milan^ plus grand quel'Opéra de Paris ^ n'est éclairé que par les lumières de la rampe ^ enfin on est parfaitement à son aise dans des loges obscures ^ qui sont de petits boudoirs.

Je croirais volontiers qu'il faut une certaine langueur pour bien jouir de la musique vocale. Il est de fait qu'un mois de séjour à Rome change l'allure du Français le plus sémillant. Il ne marche plus avec la rapidité qu'il avait les premiers jours, il n'est plus pressé pour rien. Dans les climats froids^ le travail est nécessaire à la circulation^ dans les pays chauds, le divino faj' nienie est le premier bonheur.

APâHs,.... (i)

Me reprocherez-vons, en cherchant où en est la musique en France, de ne parler que de Paris? En Italie, on peut citer Livourne, Bologne, Vérone, Ancone, Pise, et vingt autres villes qui ne sont pas des capitales ; mais la province, en France, n'a nulle originalité : Paris seul, dans ce grand royaume, peut compter pour la musique.

Les provinces sont animées d'un malheureux esprit d'imitation qui les rend nulles pour les arts comme pour beaucoup d'autres choses. Allez à Bordeaux, à Marseille, à Lyon , vous croyez être au Marais. Quand ces villes-là se résoudront-elles à être elles-mêmes, et à siffler ce qui vient de Paris, quand ce qui vient de Paris ne leur plaît pas? Dans l'état actuel de la société, on y imite pesamment la légèreté de Paris j on y est simple

(i) L'auteur supprime tout ce qu'il disait , dans une correspondance intime, des compositeurs et des chanteurs vivant à Paris. Il est bien fâché que cet acte de politesse le prive du plaisir de répéter tout le bien qu'il pense de mesdames Branchu et Regnaut, ainsi que d'Elleviou,

ag

45o LETTRES.

avec affectation^ naïf avec étude ^ sans prétention avec prétention.

A Toulouse, comme à Lille, le j eune homme qui se met bien, la jolie femme qui veut plaire, veulent être sur-tout comme on est à Paris j et dans les choses où la pédanterie est la plus inconcevable on trouve des pédans. Ces gens-là semblent n'être pas bien sûrs de ce qui leur fait peine ou plaisir j il faut savoir ce qu'on en dit à Paris. J'ai souvent ouï dire à des étrangers, et avec assez de raison, qu'il n'y a en France que Paris, ou le village. Un homme d'esprit, né en province, a beau faire ^ pendant long- temps il aura moins de simplicité dans les manières que s'il fut né à Paris. La simplicité, «cette droi- « turc d'une ame qui s'interdit tout retour « sur elle et sur ses actions (i) »; est peutêtre la qualité la plus rare en France.

Pour qui connaît bien Paris, rien de nouveau à voir à Marseille et à Nantes, que la Loire et le port, que les choses physiques j

(i) Fénélon. On n'a pas noté avec exactitude toutes les idées pillées. Cette brochure n'est presque qu'un centon.

LETTRES. 45f

le moral est le même; tandis que de belles villes de quatre-vingt mille ames, dans des positions aussi différentes ^ seraient fort curieuses à examiner si elles avaient quelque originalité. L'exemple de Genève , qui n'est pas le quart de Lyon , et où^ malgré un pett depédantisme dans les manières^ les étrangers s'arrêtent beaucoup plus ^ et avec raison^ devrait être un exemple pour Lyon. En Italie, rien de plus différent, et souvent de plus opposé, que des villes situées à trente lieues l'une de l'autre. Madame Gaforini, si aimée à Milan, fut presque sifflée à Turin.

Pour juger de l'état de la musique en France et en Italie, il ne faut pas comparer Paris à Rome; on se tromperait encore en faveur de notre chère patrie. Il faut considérer qu'en Italie des villes de quatre mille ames, comme Créma et Gomo, que je cite entre cent, ont de beaux théâtres, et de temps en temps d'excellens chanteurs. L'année dernière on allait de Milan entendre les petites Monbelli à Gomo,* c'est comme si de Paris on allait au spectacle à Melun ou à Reauvais. Ge sont des mœurs tout-à-fait différentes^ on ae croit à mille lieues*

Dans les plus grandes villes de France on ne trouve que le chant aigre du petit opéra comique français. Un opéra réussit-il à Fey^ deauj deux mois après on est sûr de le voir applaudir à Lyon. Quand les gens riches d'une ville de cent mille âmes, située à la porte de Tltalie^ auront-ils l'idée d'appeler un compositeur^ et de faire faire de la musique pour eux?

Le ciel de Bordeaux^ les fortunes rapides 3 les idées nouvelles que donne le commerce de mer ^ tout cela, joint à la vivacité gasconne^ devrait y faire naître une comédie plus gaie et plus fertile en événemens que celle de Paris. Pas la moindre trace d'un tel mouvement. Le.jeune Français ^ là comme ailleurs^ étudie son La Harpe, et ne s'avise pas de poser le livre, et de se dire : Mais cela me plaît-il réellement?

On ne trouve un peu d'originalité en France que dans les classes du peuple ^ trop ignorantes pour être imitatrices ^ mais le peu* pie ne s'y occupe pas de musique, et jamais le fils d'un charron de ce pays-là ne sera un Joseph Haydn.

La classe riche y apprend tous les matins^

dans son journal^ ce qu'elle doit penser le reste de la journée en politique et en littérature. Enfin la dernière source de la décadence des arts en France^ c'est l'attention anglaise que les g^ens qui ont le plus d'ame et d'esprit y donnent aux intérêts politiques. Je trouve très commode d'habiter un pays pourvu d'une constitution libre* mais^ à moins d'avoir un orgueil extrêmement irritable, et une sensibilité mal placée pour les intérêts du bonheur, je ne vois pas quel plaisir on peut trouver à s'occuper sans cesse de constitution et de politique. Dans l'état actuel des jouissances et des habitudes d'un homme du monde, le bonheur que nous pouvons tirer de la manière dont le pouvoir est distribué dans le pays où nous vivons n'est pas très grand : cela peut nous nuire , mais non nous faire plaisir.

Je compare l'état de ces patriotes, qui songent sans cesse aux lois et à la balance des pouvoirs, à celui d'un homme qui prendrait un souci continuel de l'état de solidité de la maison qu'il habite. Je veux bien, une fois pour toutes, choisir mon appartement dans une maison solide et bien bâtie ; mais enfin

on a bâti cette maison pour y jouir tranquillement de tous les plaisirs de la vie^ et il faut être^ ce me semble^ bien malheureux quand on est dans un salon ^ avec de jolies femmes, pour aller s'inquiéter de l'état de la toiture de la maison^

Et propter vitam , vivendi perdere causas.

Vous voyez , mon ami , que je vous ai obéi courrier par courrier. Voilà le relevé des idées assez peu approfondies que je me trouve avoir sur l'état actuel de la musique en Italie. Elle y est en pleine décadence, si l'on en croit l'opinion publique, qui par hasard a raison. Pour moi, je jouis tous les soirs de la décadence ; mais pendant la journée je vis avec un autre art.

Ainsi tout ce que je viens de vous écrire doit être bien médiocre et bien incomplet : par exemple, je me souviens seulement à cette heure que Mosca a un frère, qui, ainsi que lui, est un compositeur très agréable.

J'aurais bien mieux aimé avoir à vous parler de la superbe copie, faite par M. le cheyaher Bossi, de la Gène peinte à Milan par

Léonard de Vinci j des jolis tableaux esquissés par ce grand peintre et cet homme aimable pour le feu comte Battaglia, et relatifs au caractère des quatre grands poètes italiens ; des fresques d'Apiani au palais royal^ de la Villa bâtie par M. Melzi^ sur le lac de Gomo, etc. Tout cela m'irait mieux aujourd'hui que de vous parler du plus bel opéra moderne.

En musique 5 comme pour beaucoup d'autres choses^ hélas! je suis un homme d'un autre siècle.

Madame de Sévigné, fidèle à ses anciennes admirations, n'aimait que Corneille, et disait que Racine et le café passeraient. Je sujs peut-être aussi injuste envers MM. Mayer, Paër, Farinelli^ Mosca, Rossini, qui sont très estimés en Itahe. L'air

Tî rivedro , mi riv éditai

du Tancrède de ce dernier, qu'on dit fort jeune, m'a pourtant fait un vif plaisir. J'en ai toujours à entendre certain duo de Farineili qui commence par

No^ non amb ^

et que, sur plusieurs théâtres, on ajoute au

second acte du Mariag^e secret.

Je vous avouerai , mon aimable Louis, que depuis que je vous écrivais en 1809, de ma retraite de Salzbourg, je n'ai pu encore parvenir à m'expliquer d'une manière satisfaisante le peu d'empressement que l'on montre en Italie pour Pergolèse et les grands maîtres ses contemporains. C'est à-peu-près aussi singulier que si nous préférions nos petits écrivains actuels aux Racine et aux Molière. Je vois bien que Pergolèse est né avant que ia musique eût atteint, dans toutes ses branches, une entière perfection : le genre instrumental a fait depuis sa mort apparemment tout le chemin qu'il lui est donné de faire ; mais le clair-obscur a fait des progrès immenses après Raphaël, et Raphaël n'en est pas moins resté le premier peintre du, monde.

Montesquieu dit fort bien : « Si le ciel don- (( nait un jour aux hommes les yeux perçans (( de l'aigle, qui doute que les règles de l'arf( chitecture ne changeassent sur-le-champ? w II faudrait des ordres plus compliqués. »

Il est évident que les Italiens sont changés depuis le temps de Pergolèse.

La conquête de l'Italie^ opérée au moyen d'actions qui avaient de la grandeur^ réveilla d'abord les peuples delaLombardie j dans la suite, les exploits de ses soldats en Espagne et en Russie^ son association aux destinées d'un grand empire^ quoique cet empire ait eu du malheur^ le génie d'Alfieri, qui est venu ouvrir les yeux à son ardente jeunesse sur les études niaises oxx l'on égarait son ardeur j tout a fait naître dans ce beau pays,

Il bel paese

Ch' Apennin parte, e '1 mar circonda, e FAlpe,

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