‹ Vies de Jean Calvin et de Théodore de BèzeChapitre 10 sur 35 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Platon , docteur et philosophe , non à dépiiser , comme doué de grandes grâces de Dieu , composa une cité (1) , pour la garde de laquelle il constitua crainte et vergogne (2) , sans lesquelles est fort difficile de garder modestie ; ains tout à l'instant que ces deux gardes sont endormies , ou du tout (o) perdues, tout se perd et chacun se fourvoie , et sort hors des termes de raison, faisant (4) à l'envi avec les plus barbares et inhumains qui furent onc au monde, voire avec les diables mêmes, en genre de mensonges et déguisemens de vérité. Or Théodore de Bèzc montre bien clairement avoir banni de soi crainte et vergogne , entre ses autres écrits , en sadite préface singulièrement , en laquelle il s'efforce de faire croire choses diamétralement contraires à vérité , et de louer son maître , père et ami si hautement , qu'icelui semble avoir surmonté tous ceux qui l'ont précédé de temps en genre de vertus et doctrine.

(1) La République de Philou.

(2) Vergogne, lionte.

(3) Du tout, enlièrcmoiit.

(4) Faisant, agissant, travaillant.

^ 'lE DE CALVliV.

Entre autres qualités qu'il lui donne , il lui attribue une excellente douceur , bénignité et facilité à pardonner à ses ennemis ; combien qu'il fût trèscolère , malin et persévérant en malignité , ne remettant jamais son ire (1) depuis qu'il l'avait une fois conçue contre quelqu'un. De ceci rendra bon témoignage l'histoire de Michel Villanovanus , autrement appelé Servet , médecin , homme vraiment fort arrogant et insolent , comme testifient (2) ceux qui l'ont connu à Charlieu , où il demeura chez La Rivoire , envû-on Tan 1540. Contraint de se partir de Charlieu , pour les folies lesquelles il faisait , il se relira à Vienne en Dauphiné, duquel lieu il écrivit à Calvin étant à Genève , et ce fut l'an 1546 ; et lui envoya un livre écrit à la main, avec trente épitres siennes, es quelles il reprenait ledit Calvin , et corrigeait certaines fautes et erreurs, lesquelles il avait recueillies en son institution chrétienne , et autres siennes œuvres, au grand vitupère dudit Calvin et de sa doctrine. De quoi icelui Calvin, fort irrité, conçut contre Servet haine mortelle , et délibéra en soi-même de le faire mourir : ce qu'il manifesta dès le même an, par une lettre écrite de sa main propre à Pierre Viret étant lors à Lausanne , le jour des ides de février ; de laquelle lettre la superscription est : Eximio Domini nostri Jesu^Christi Servo Petro Vireto,

(1) //-e, colère.

(2) Testifier^ lemoigner.

vit: DE CALVIN. /

Laiisanensis ccclesiœ pastori^Symmysiœ chavmhao. Et

entre les autres choses lesquelles il met en ladite

lettre, dudit Servet il dit ainsi : Servetus ciipit hue

ventre, sed à me accersitus. Ego autem nimquam cor.i-

mittam ut fidem meam eatenus obstrictam Imbeat. Juin

en'mi constitutwn apud me liabeo, si ventât , nmiquam

pati ut salvus exeat. C'est-à-dire : « Servet désire de

« venir ici (assavoir à Genève), mais il veut être appe-

« lé par moi ; mais je ne ferai jamais si grande faute

«qu'il ait ma foi étreinte ou liée jusqu'à cela; car

«j'ai délibéré en moi-même, s'il vient, ne permcl-

* tre que jamais il sorte sauf. » Quels termes, je

vous prie , sont ceux-là, d'homme si doux et facile

à pardonner à ceux qui lui font déplaisir !

La lettre dudit Calvin est venue en mes mains par volonté de Dieu , et l'ai montrée à plusieurs personnes honorables, et encore sais où elle est. Mais serait peu d'avoir usé de paroles si peu chrétiennes, si l'effet ne fût ensuivi ; car ledit Calvin chercha cependant tous moyens pour nuire audit Servet et pourchasser (1) sa mort; auxquelles lins il écrivît une lettre au révérendissime seigneur Cardinal de Tournon, pour lors vice-roi en France, et en icelle lettre il accusait Servet d'hérésie , de quoi ledit seigneur Cardinal se prit fort à rire, disant qnun hérétique accusait l'autre. Cette lettre me fiil monr trée, et à plusieurs, par monsieur du Gabre, secrétaire dudit seigneur Cardinal. Guillaume J'riel écrir

(1) Poiirchos. j)niii iheisser. poursnilc. jiom siiivip. \

8 VIE DE CALVIX.

vit aussi à plusieurs à Lyon et Vienne , à l'instigation de Calvin, sur ce propos, dont (1) ledit Servet fut mis en prison , dont il échappa .

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