LES OPINIONS DE LATIMER
Le troisième et dernier point que je
84 L*ÉVÈQUB LATIin».
me propose de traiter, c*est de vous donner un court exposé de quelques opi* nions de Latimer. El j'appelle votre attention particulière sur cette portion de notre essai ; les circonstances des temps où vous vivez donnent à ce sujet une importance plus qu'ordinaire.
Vous vivez à une époque où il se fait en diverslieux d'étranges expositions des doctrines de l'Eglise d'Angleterre; dans un temps, où l'on appelle l'attention de la jeunessesur des vues derai-catboliques romaines quant aux règles de la foi , — quant à la justification, — à la régénération , — aux sacrements et à la prédication , et où les défenseurs de ces vues et ceux qui les enseignent s'arrogent de sang froid la prétention d'être les seuls ecclésiastiques fidèles.
Il n'est pas question, pour ceux qui repoussent ces vues demi-catholiques, de sommer -ceux qui en sont les défenseurs, de prouver ce qu'ils avancent par l'Ecriture; ils sont prêts à vous répondre
qti$ scripturaires €u nmi^ ces tnes n'en' sont pâs moins celles de tE^lite; il nVsl pas question de les défier d'en trouver la traee dans les trente-neuf artiries, dans la Iftorgte , dans les homélies de l'Eglise d'Angleterre, interprétés avec droiture et d'une manière conséquente. Ils vous^ répondront simplement que vous n'y entendez rien , — que vous êtes stupides, — inintelligents, — ignorants et aveu-gles , — que vous n'entendez pas le pur anglais , — qu'ils sont dans la vérité, et que leurs vues sont celles de l'Eglise/ que si vous ne leur accordez pas cela/ vous avez grand tort; — et ils concluent de làquesi vous é(es un bommehonnêteet conséquent , vous devez abandonner vo« tre cbére et vieille Eglise , et vous joindre à eux. J'en appelle k l'expérience de plusieurs de ceux qui m'écoutent ou me lisent , ces eboses ne se voient-elles pas ainsi dans le pays ?
Maintenant, comment se fait-il que les eboses se passent de cette manière f
86 l'évAqdb UTmu.
Voyons si un coup-d'œil, jeté sur ce qui avait Keu il y a trois siècles , ne jetterait pas quelque lumière sur ce sujet. Examinons quelles furent les vues des hommes qui posèrent les fondements de 1*Eglise d'Angleterre , et qui sont ootoîrement les pères des articles, de la liturgie et des homélies. Interrogeons ce vieux Latimer, et voyons quelles étaient ses opinions sur les sujets controversés : un membre honoré de rEglised'Ângleterrei répoque où ces doctrines reçurent leur première forme et leur institution , — un cher et intime ami de Tarchevéque Granmer, et son conseiller, — qui avait aidé à composer le premier livre des Homélies, — un évéque dont la saine or* thodoxie ne fut jamais mise un seul instant en doute par ses contemporains* — Certes, si jamais un homme dut savoir ce qu'était un véritable ecclésiastique, c'a été révèque Latimer, et si ses vues ne sont pas les véritables vues de TEglise»
je ne sais plus où les trouver.
L*ÉTÉQUB LATIVBB. 87
EeootexHnoi donc quelques instants encore, j» vous citerai plusieurs extraits des (Buvres de Latiiner , et vous jugerez, ressaierai d'éclairer aux yeux de votre esprit la question qui s'agite aujourd'iuii : Quel est ou quel n'est pas le véritable ecclésiastique?
' D'abord et avant tout, demandonsnous ce que pensait Tévèque Latimer relativement à TEcriture. C'est la le point auquel l'existence même de la vraie religion est étroitement liée. — Quelques hommes d'Ëglise vous diront aujourd'hui que, n'en déplaise au sixième des trenteneuf articles, la Bible n'est pas la seule règle de foi, et que seule elle n'est pas capable de rendre un homme sage à salut. Non ! avec la Bible , il faut encore les Pères, — ou avec la Bible la tradition catholique, — ou la Bible et l'Eglise, — ou la Bible commentée par le Prayer- Book, — ou la Bible expliquée par un homme régulièrement consacré .par un évèque , mais non la Bible seule»
88 L*ÉVftQUB LATIMU.
Maintenant écoutons ce qne dit Latimer dans un sermon prêché en présence d'Er douard VI. •
c Je vous raconterai ce qu'un évéque de ce royaume me disait un jour : Il me fit appeler et me dit qu'il s'étonnait fort que je no voulusse pas consentir à recevoir les traditions telles qu'elles étaient expliquées. Je lui répondis que je voulais être dirigé par le seul livre de Dieu , et que plutôt que de m'en départir d'un IOTA , je me laisserais déchirer par des chevaux sauvages. Dans la conversation je me hasardai à nommer la sainte cène.
— Bah I dit Tévêque , qu'appelez-vons la sainte cène? Quel est ce nouveau terme?
— Il y avait près de lui un certain doo* teur Dubber , qui lui dit que ce terme était rarement employé dans les écrits des docteurs. Sur quoi je lui répondis que j'aimais mieux imiter saint Paul en me servant des termes dont il s'était servi , que d'adopter les leurs, lors même
que ioQS^ les doctewrs du inonde seraie»!
de4eur côté. »
Il disait, en outre, dans sa conféronee avec Ridley : « Un laïquequi craint Dieu est beaucoup plus propre à comprendre la sainte Ecriture, qo^aucnn prêtre arro* gant ou orgueilleux, et même qu'un évéque tout couvert de ses éclatants ornements pontificaux. Mais que doit-on dire des Pères? Quel cas doit-on en faire?
Saint Augustin nous répond en nous donnant la règle suivante : Ne pas juger de leur vérité d'après ce qu'ils en disent eux-mêmes, quelque excellents qu'ils soient par leur sainteté et leur savoir, mais seulement et autant qu'ils sont en état de fournir la preuve de ce qu'il»
avancent par les livres canoniques de la Bible , ou par des raisonnements bons et probables, appelant un raisonivement probable, ce qui dérive forcémentde citations justes tirées des saintes Ecritures.
• Laissez aux catholiques romains leur foi étendue; contentez- vous de la coturte
90 L*ÉVftQUE LATIMU.
foi des saints , qui nous est révélée dans la parole écrite de Dieu. — Adieu à toutes les chimères catholiques romaines.
Amen! Car un homme, qui a pour lui le bons sens et TEcriture, est beaucoup plus estimé, quoique seul de son avis, que mille autres, soit réunis, soilse succédant Tun à rautre,qui en sont privés.
Il y a dans les Pères de bonnes plantes et de la mauvaise herbe; les catholiques romains recueillent d'ordinaire celle-ci et laissent celles-là. »
Je ne fais aucun commentaire sur ces citations , elles parlent d'eiles-mAmes.
Voyons encore ce que pensait Latimer de la justification par la foi , cette doctaine que Luther appelait à juste titre le irUerium d'une Eglise triomphante ou déchue. En dépit du onzième des trenteneuf articles, il est beaucoup de gens qui cherchent à obscurcir cette doctrine, en confondant avec elle le baptême, la sainte cène, nos propres œuvres et je
l'ÉYÂQUE hkTOÊÏÏÊL. 91
ne sais quoi d'autre eDCore. MainteQa&t' écoutons révéquc Latimer.
Il disait dans un sermon prêché à Grimsthorpe : c Christ tient pour justes, saints et acceptables de Dieu, tous ceux qui croient en Lui, qui mettent en Lui leur confiance et leur espérance. Par la passion qu'il a soufferte , il a mérité que tous ceux qui ont cru en Lui fusse&t aussi justifiés par Lui, comme s*ils nV valent jamais connu le péché, et comme:
ayantaccomplientièrementJa loi. Car sans lui nous sommes sous la malédiction delà loi. Elle nous condamne. La loi est înca-:
pable de nous venir en aide. Et cepen-^ dant rimperfection n'est pas dans la loi, elle est en nous.. La loi est en elle-même sainte et juste , mais nous sommes inca* pables de raccomplir, c'est en cela qu'elle nous condamne. Mais Christ, par sa:
mort, nous a délivrés de la malédiction de la loi. H nous en a affranchis et a promis que si nous croyions en Lui nous ne péririons point, que la loi ne nouscon-
93 l'ÉvAQUE LATIMKR.
damnerait plus. C'est pourquoi étudionsnous à croire en Christ ; mettons en Lui seul tout notre espoir et notre confiance, n*y ajoutons rien; car, comme je vous Ta!
déjà dit, nos mérites ne sauraient nullement nous procurer la vie éternelle ; c'est une chose d'un trop grand prix pour qu'aucun homme puisse la mériter. Lui seul peut le faire. Dieu nous Ta donné pour notre Libérateur et nous avons en Lui la vie éternelle. »
Il disait encore dans un autre sermon:
« Apprenez à abandonner toute opinion romaine et à vous attacher à la seule Parole de Dieu, qui nous enseigne à voir en Christ, non-seulement un juge, mais encore Celui qui justiGe, qui ôte lo péché et qui sauve. 11 nous a acquis le salut par la mort la plus cruelle, et nous recevons ce salut en croyant en Lui^ comme saint Paul nous l'enseigne en disant : «Vous êtes justifiés gratuitement par la foi. i Dans ces paroles de saint Paul, tout mérite et toute valeur des
l'ÉVÈQUE LATIMia. d8
œavres , comme moyens de purificatioo, sont enlevés; car si c'était à cause de nos œuvres ce ne serait point gratuitement; et saint Paul dit clairement par grâce.
Qui donc voulezrvous croire de saint Paul ou des catholiques romains?»
Il dit dans un autre sermon : c Christ seul et aucun autre n*a mérité la rémission, la justification et la félicité éternelle, pour tous ceux qui croient en Lui.
Et ceux qui ne croiront pas en Lui ne peuvent les. posséder , car la foi seule peut nous les faire obtenir. > Je le dis encore , ces passages peuvent se passer de mon commentaire, ils parient pour euxmêmes.
Voyons ce que dit ailleurs Latimer cfe ta régénération. C'est , comme vous le savez, une question fort controversée de nos jours. Un grand nombre d'ecclésiastiques, sans tenir compte du dixseptième des trente-neuf articles et de l'homélie du jour de la Pentecôte, soutiennent que toute personne qui a reçu
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le baptême est nécessairement régénérée, et reçoit la gr&ce au moment même da sacrement. En un mot , ils nous disent que tout individu qui a été baptisé» quel que soit son âge, a aussi reçu la régénération, et qu'on devrait parler de chaque congrégation de TEglise d'Angleterre, comme d'une assemblée de personnes ré»
générées ; écoutons maintenant ce qo^en pense Latimer.
Il disait, dans un sermon prêché dans le Lincoinshire : « Il y a deux espèces d'hommes : les uns ne sont ni justifiés , ni régénérés , ni même en état de salait , c'est-à-dire qu'ils ne sont pas serviteurs de Dieu : il n'y a en eux ni renouvellement, ni régénération. Ils ne sont pas encore venusà Christ.» Et dans un sermon, prêché devant Edouard VI , il disait : c^Christ a dit qu'à moins qu'un homme ne naisse de nouveau, il ne verra point le royaume de Dieu ; il doit donc être régénéré. Et qu'est-ce que cette régénéraiion ? cen*est pas d'être baptisé avec de l'eau , comme
L'iVÊQUE LATtUtR. 95
ces boule- feu le prétendent, en disant que cela suffit. Et où trouve-t-on cette doctrine clairement définie? Saint Pierre, dit Tun d'eux , la montre dans telle partie de TEcriture ! Mais il faut citer les lieux et Tensemble des passages pour avoir les Ecritures selon la vérité. Nous sommes nés de nouveau^ dit saint Pierre, mais comment? Non par une se^ mence mortelle, mais par une immortelle ? Qu'elle est cette semence immortelle? C'est Ja parole du Dieu vivant^ la parole de Dieu préchée et proclamée : voilà comment la nouvelle naissance s'opère en nous.» Et dans un autre sermon , prêché aussi dans le Lincolnshire, il dit encore: «Laprédication est Tinstrument de Dieu , par lequel il produit la foi dans nos cœurs. Notre Sauveur disait à Nicodème : A moins qu'un homme ne naisse de nouveau , il ne peut voir le royaume de Dieu. Mais comment vient cette nouvelle naissance?
En entendant et en croyant la Parole de
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Dieu ; car c*cst ce que dit saint Pierre. »
Je répète que ces passages peuvent se passer de commentaire.
De plus , que dit Latimer de la Cine du Seigneur^ dans sa conférence d*Oxford ? c II n*y a dans le sacrement aucune autre présencede Christ, qu'une présence spirituelle, et cette présence suffitauchré* tien, comme celle par laquelle nous hsr bitonsen Christ et Christ eu nous , pour obtenir la vie éternelle , si nous persévérons dans le véritable Evangile ; et celte présence peut être appelée une présence réelle , parce que, pour le croyant fidèle, il s'y trouve toul à la fois le corps réel et spirituel de Christ. » Il disait dans la même discussion : < Christ n'a jamais dit un mot du sacrifice do la messe et de dire la messe, etc., etc.; c'est pourquoi les prêtres, qui célèbrent le sacrifice de la messe, doivent s'en abstenir et y renoncer pour toujours ; car aujourd'hui toaa les hommes doivent offrir leurs propres corps en sacrifice vivant et saint et accep*
L*£vftQUI LAT1MIU 9?
laMe detant Dieu. La Cène du Seigaem^ foi instituée pour nous porter à la reconnaissance et pour nous exciter, par la prédication de l*Evangi]e , à nous souve^ nir de sa mort, jusqu'à ce qu*il irienne. »
n disait encore , dans son dernier examen : c Oui , il y a un changement dans l« pain et dans le vin de la communion , et un changement tel qu'aucun autre pouvoir que celui de la toute-puissance de Dieu ne pouvait l'opérer ; c'est que ce qui n'était auparavant que du pain a été maintenant élevé à l'honneur de repré^ senter le corps de Christ. Et cependant le pain reste du pain et le vin du vin ; car le diangement n'est pas dans la nature des espèces , mais dans la dignité. > Et ailleurs : c Quiconque mange de ce pain et boit de ce vin mystiques dignement, suivant l'ordonnance de Christ, reçoit certainement le corps même et le sang de Christ spirituellement et de la manière la plus avantageuse pour son âme; il mange et digère le corpide
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Christ avec la bouclie et l'estomac de son âme (sic). Et, pour abréger : quiconque croit en Christ met en lui sou espoir et sa confiance, mange son corps et boît son sang; car c*est la nourriture spiri* tuelle et non celle du corps qui nourrit pour la vie éternelle. »
Je n'en dirai pas davantage, quoiqu^il me fût facile, si le temps me le permettait, de multiplier ces citations à Tinfini.
Il n'y a guère de sujet controversé aor jourd'hui sur lequel je ne puisse citer quelque opinion claire , saine et spirituelle deLatimer.
Si vous désirez connaître ce qu'il pense de la prédicalioriy savoir s'il en faisait peu de cas, comme tant d'autres le font aujourd'hui , et s'il la regardait comme un moyen de grâce fort inférieur aux sacrements et aux cérémonies , je vous dirai qu'il appelait la prédication : c Toffice du salut , l'office de la régénération. » H disait : c Olez la prédication et vous ôtes le salut ; la prédication est le moyen ordinaire
l.*tvAQOB LATlîiBii; 9d
qae EKeo a destiné à nom sauT^ loifis ; conserroDs-Ie , car je n^en connais pas d*autre... La prédication est la chose contre laquelle Satan lutte avec le plus d'ardeur; sa constante étude a été de Tamoindrir : il travaille contre elle le plus qu'il peut. Il a créé des prélats qui ne prêchent pas , et il en pousse un grand nombre à poursuivre la prédication sous prétexte d'hérésie.
Voulez^vous savoir ce qu'il pensait de rnnilél Croyait -il, comme quelques-uns de nos jours , qu'elle est indispensable et que nous devons tout abandonner pour l'obtenir ? Non , en vérité. Il disait :
< L'unité doit marcher d'accord avec la sainte Parole de Dieu , autrement mieux vaut la guerre que la paix. Nous ne de* vous jamais faire de l'unité un tel cas que, pour l'amour d'elle, nous abandonnions la Parole de Dieu. »
Voulez-vous savoir ce qu'il pensait des réfannaienrs étrangers ? Les estimait-il faiblement, comme quelques-uns de bos
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jours, parce qu'ils n*onk pts eonservé répîscopal? Non , en vérité. Voiei ce qu'il disait : c Tai entendu^ dire que MélaRchloD, cet illustre savaut, devait venir ici. Je voudrais qu'on offrit à un homme de ce mérite une position de 300 livres. —Ce ne serait pas trop* — Il y a déjà au milieu de nousdeux grands hommes très -instruits , Pierre Martyr et Bernard Ochin , qui reçoivent chacun un salaire de 100 marcs. — Je voudrais bien que le roi consacrât 1 ,000 livres à un pareil emploi. »
Voulez-vous savoir son opinion sur les conciles et les synodes ; et s*il les regardait comme la panacée universelle de tous les maux de l'Eglise , comme le pensent ceux qui nous entourent et qui crient : < Donnez-nous une autorité synodale, ou nous périssons. > Or, vwei ce qu'il disait à Ridiey : < Touchant les conciles et les synodes , je vous renvoie à votre propre expérience, pour en juger d'après les actes de notre propre parlement
etdtô congrégations de notre pays. La pLas grande partie de mon temps fut consacrée adonner naissance aux six articles. — Plus tard, un temps pareil fut employé îi leur révocation. — Aujoui*d'hui les six arlicles sont rétablis, mais que d'incertitudes. — 11 vaut mieux se confier à un seul homme, ayant la Parole de Dieu pour lui , qu'à dix mille autres qui sont sans la Parole. — S'il est d'accord avec la Parole , on doit le recevoir , et s'il ne s'accorde pas avec elle, il devra être re^ poussé, alors même que tout un concilç l'aurait admis. »
Voulez-vous savoir ce qu-'il pensait de ces prédications protestantes banales appropriées au goût de tout le monde "f Croyait-il, comme beaucoup d'autres, que si un sermon renferme beaucoup de vérité, mêlée à quelque petite dose de fausse doctrine, il peut être excusé ou ^ permis? Non, certainement. 11 disait :
c II en est plusieurs paraissant connaître la voie de la vérité, qui feront un
102 L*ÉVÊQUE LATIBRn.
sermon édifiant ; mais , k la fin , ils y glisseront un petit bout de romanisme , qu*ils fondront avec tout le reste au pro»
fit de leur propre opinion. Ils font un mélange des voies de Dieu et de celles de rhomme, une espèce de salmigondis, comme ce dont on nourrit les porcs dans mon pays. » Je ne veux pas vous entretenir plus longtemps de ces citations, j*en ai déjà trop fatigué votre attention ; je vous demanderai seulement de vous en souvenir et de penser h Tépoque à laquelle elles se rapportent.
Ces paroles ne sont pas de Tan dernier, ni sorties de la bouche des recteurs de Saint-Georges, Bloomsbury, ou de Sainte-Mirie, Whitechapel. Elles furent prononcées , il y a trois siècles, par le meilleur des évêques qu*ait Jamais eu TAngleterrepar un homme qui a coopéré ^ la composition du premier livre des Homélies, par un ami et par un conseiller de Tarchevêque 6ranmer, un homme honoré par le roi et par le parlement.
L'ÉVfiQUE LATimn. iOd
Comment donc celui qai a prononcé ces paroles n'a-t-il pas été chassé d« l'Eglise? comment n*a-t-il pas été censuré? comment n'a-t-il pas été reprise comme un homme dont les opinions sont méprisables et anti-ecclésiastiques?
pourquoi n'a-t-on pas intenté un procès à ses vues et ne les a-t-on pas poursuivies?
comment se fait-il qu'il n'ait été persécuté que par les catholiques romains, et qu'il ait été toujours honoré par les protestants ; persécuté par Donner , Gardiner, et parla sanguinaire Marie, mais honoré par Ridley, par Cranraer et par le roi Edouard VI ?
Je répondrai simplement à ces questions en disant qu'il y a trois siècles, pas un homme de bon sens ne doutait que les opinions de Latimer ne fussent celles même de l'Eglise d'Angleterre. — J'irai plus loin, et j'affirme que les plus vrais et les meilleurs membres de l'Eglise d'Angleterre de nos jours sont ceux dont les vues sont le plus en harmonie avec celles
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du pieux Latimer. Et je dis cela parce que prétendre que les hommes les plus attachés à TEglise d*Angleterre ne sont pas de bons et vrais ecclésiastiques , amplement parce qu*ils sont d*accord avec Latimer et non avec Laud» c'est porter contre eux l'accusation la plus injuUe et la moins justifiable. Ou , par conséquent la moins admissible.
Maintenant je clorai celte lecture par trois remarques pratiques.
l^ Je m'adresse à vous comme mbmbus de la Sociélé de Funion chrétienne des jeunes gens de l'Eglise d'Angleterre ^ et je vous engage h prendre garde que vo~ tre sociélé n'abandonne jamais les principes qu'elle professe. Les principes sains sont la source de tous les saoeis d'une association ; sans eux tous vos efforts et vos moyens pour le bien seront comparativement inutiles; vos bibliothèques , vos salles de lecture et vos cours ne vous procureront aucun bienfait durable , sans des principes sains ; vos
L*ÀVÊQUE UTIHER. 1Q&
rapports annuels pourront avoir bonne façon, mais, semblables aux arbres dont les racines sont pourries, vous n'amènerez aucun fruit à maturité; posez votre fondement avec fermeté sur les principes des réformateurs anglais; n'hésitez jamais à confesser que vous êtes une association entièrement protestante ei évangélique; n'ayez pas honte de ces deux désignations. Un tel aveu pourra vous priver de l'appui de quelques amis prétendus , qui se détacheront de vous (comme en automne les feuilles se déta^ chent des arbres) quand ils apprendront votre détermination. Toutefois, il sera votre force tout le long de votre course, et il fera de vous un arbre toujours vert.
Pardonnez la liberté de mon langage; mais ce qui l'excuse , c'est que vous vivez dans des jours mauvais, et que je désire que vous hissiez un pavillon portant les vraies couleurs et que votre so^ ciété soit irréprochable. ^ En second lieu , permettez-moi de
106 L*ÉVÊQUE LATIUKR.
VOUS exhorter comme individus à neja^ mais rougir de professer hautement ce qu'ors appelle les principes évangéliques de r Eglise d'Angleterre. N*ëcoatez pas ces hommes présomptueux, qui voudraient vous persuader que, si vous n^avez pas leurs vues ecclésiastiques, vous ne faites pas partie de cette Eglise. D^un autre côté, ne prêtez pas non plus Toreille à ces amis scrupuleux à Texcès, qui voudront vous persuader que IDglise établie n'est qu'une organisation catholique romaine, et qu'elle doit être im-^ médiatement abandonnée ; ce sont autant de subtilités contre lesquelles je vous engage à vous tenir en garde.
Ne vous laissez pas intimider ni écarter de TEglise anglicane , par l'assertion de ces hommes de la haute Eglise (high* churchmen) qui vous diront que vous n'y êtes qu'un parti toléré, et que vous n'avez rien à faire avec elle. Sans doute, vous vivez dans une communion où règne une grande liberté d'opinion. Mais
l'évéqub latimkr. 107
dire que les hommes qui ont des vues évangéliques sont simplement tolérés, c'est une injure manifeste faite à la mémoire de nos réformateurs. Répondez à ceux qui vous tiennent ce langage, que s'ils ont oublié Latimer et les trois siédes écoulés depuis son époque , il n'en est pas de même de vous. Dites-leur que vous n'abandonnerez pas TEglise de Latimer, pour plaire à des hommes qui veulent dominer sur les héritages du Seigneur. Et je suis certain que si jamais les opinions de ces hommes venaient à prévaloir sur le droit, si les amis de Latimer venaient à être violemment exclus de l'Eglise, et si la Chambre des communes était assez insensée pour les appuyer; je suis certain, dis-je, que les hommes mis dehors seraient de meilleurs chrétiens que ceux restés dedans.
Ne vous laissez pas non plus entraîner à quitter TEglise par les arguments des hommes qui en sont sortis, et qui peutêtre seraient bien aises d'en faire encore
108 L*ÉVÊQUE LATIHRR.
partie, s'ils savaient comment s'y prendre pour cela. Quand le renard, dans une ancienne fable , vit qu'il ne pouvait pas atteindre des raisins qu'il convoitait , il dit qu'ils étaient trop verts. Et quand dans une autre fable, un autre renard eut laissé sa queue dans un piège, il s'efforça de persuader à ses amis que les renards se trouveraient beaucoup mieux de n'avoir pas de queue, et il leur conseilla de couper la leur. N'oubliez pas la morale de cette fable ; et ne vous laissez pas engager à couper vos queues : soyez assurés qu'avec toutes ses faiblesses et ses défauts, l'Eglise d'Angleterre a de trèsgrands privilèges à offrir à ses membres.
Estimez ses privilèges à leur juste valeur, ne regardez pas toujours à ses misères, et gardez-vous de renoncer légèrement à ses avantages.
Surtout n'oubliez pas que les vues èvangéliques ne sont pas seulement de simples théories, qui plaisaient à l'esprit de nos réformateurs , mais qu'elles
l'ÉYÊQUB LATIMBE. 109
ont une importance vitale pour Texistence de TEglise elle-même. Jamais rSglise n'a été plus abaissée dans notre pays, que lorsque les doctrines évangéliques ont été réduites à zéro et presque oubliées, et jamais elle n'a été plus bril* lante que quand les vues de Latimer et des réformateurs ont été ûdèlement prêcbées et enseignées. Loin de rougir des opinions évangéliques , vous devez vohs réjouir de ce que leur maintien est devenu une question de vie ou de mort pour votre propre communion. Otezen les vues de Latimer, et je tiens pour certain que tout rétablissement sera détruit par la pression du dehors, et tombera.
30 Enfin, permettez que je vous engage à vom garder de favoriser jamais dans voire pays aucun pas rétrograde vers f Eglise de Rome.
Dieu préserve Israël de retourner en Egypte, et F Angleterre de se jeter de nouveau dans les bras de Rome ; Dieu
110 l'évêque latimer.
empêche que la chandelle du vieux Latimer ne soit jamais éteinte 1
Que chacun donc travaille» s'il veut empêcher un tel résultat. Travaillez couragensement à la diffusion de la pure religion de TEvangile ; répandez-là parmi les Juifs, parmi les catholiques romains et les païens. N'épargnez rien pour la défendre et la conserver dans votre Eglise par tous les moyens sanctionnés par la constitution ; et si vous voulez empêcher les empiétements et les progrès du romanisme, cultivez les sentiments de fraternité à Tégard de tous les protestants orthodoxes, à quelque dénomination qu'ils appartiennent. Bannissez cette opinion surannée que TEglise d'Angleterre occupe une espèce de position intermédiaire entre Rome et la dissi* dence. Ecartez celte idée, car elle est fausse ; entre nous et Rome il y a un large et profond abime , tandis qu'une légère cloison nous sépare seule des dissidents protestants orthodoxes. — En*
L'ÉVÊQUE LATIMBR. 111
ire Dous et Rome les différences roulent sur des doctrines essentielles, et sur les choses nécessaires au salut. Rome est manifestement notre adversaire déclarée qui attaque les fondements mêmes de notre religion. — Le dissident est un allié, une puissance amie qui ne porte pas, il est vrai, notre uniforme, qui même, selon nouSj n'est pas si bien équipé que nous. Oh I que ce point ne sorte jamais de votre esprit ; ayez, je vous en conjure, une douce et fraternelle affection pour tous ceux qui aiment le même Sauveur, qui croient aux mêmes doctrines, et honorent la même Bible que vous.
Je vais aujourd'hui jeter avec vous un regard sur des temps depuis longtemps écoulés, et retourner de deux siècles en arriére. Je sens que je me propose là une tenlative assez hardie. Le progrès est à Tordre du jour dans le temps où vous vivez. «En avant, est devenu une expression familière, partout où la langue anglaise est parlée. En avant , est le mot d'ordre de notre temps. Il en est peu qui se soucient de retourner en arrière.
Mais il est des sujets pour lesquels il est indispensable de regarder derrière soi.
Il est des matières à regard desquelles la connaissance du passé peut nous ensei-
114 BAXTER ET SO!f TEMPS.
gner la sagesse pour le présent et Ta venir. L*histoire de la religion est en première ligne un sujet de cette espèce. La vapeur, rélectricité, les chemins de fer et le gaz ont créé une prodigieuse dîfTérence dans la condition temporelle de rhumanité dans les deux cents dernières années. Mais pendant tout ce temps la Bible , dans les cœurs des hommes , ii*a subi aucune altération. Ce que les hommes ont fait et pensé en matière religieuse il y a deux cents ans, ils sont capables de le faire et de le penser encore aujourd'hui. II est bon de savoir ce qu'ils ont pensé et fait en Angleterre dans le dix-septième siècle.
Ainsi, de même qu'il y a des sujets sur les ]uels il est sage de regarder en arrière, de même aussi, il y a des temps dès longtemps écoulés qui méritent notre attention spéciale. Il y a des époques où le caractère d'une nation reçoit une impression ineffaçable des événements qui ont eu lieu dans une seole
géoératioD. Il y a eu des temps où les plus précieux privilèges d*un peuple ont été enfantés et appelés à une vigoureuse existence, au moyen de Tagonle douloureuse de la guerre civile et des luttes religieuses : tels furent ceux dont je compte vous entretenir aujourd'hui. Il n*en est aucun auquel les Anglais aient été autant redevables pour la liberté civile et religieuse dont ils jouissent que celui où vécut Baxter, et aucun corps d'hommes auquel ils doivent plus de reconnaissance, qu'à cette noble armée dont Baxter était le porte-étendard, et je veux parler des puritains ; et les amis de la liberté religieuse n*ont jamais été redevables à aucun homme, autant qu'ils le furent envers Richard Baxter. C'est donc de cet homme et de ces temps que je compte vous entretenir aujourd'hui.
Je comprends toutes les difficultés que comporte ce sujet. Il est peu d'historiens qui l'aient traité convenablement; et cela parce qu'ils ne comprenaient
pas la religion spirituelle. Pour ud homme inconverli , les différences religieuses du temps des puritains dciveot paraître une folie. Il ne peut pas mieux avoir une opinion à cet égard, qu'un aveugle ne peut parler de peinture. Cest un sujet qu'aucun ecclésiastique anglais ne peut aborder sans s'exposer à être mal compris. Car il sera suspect de désaffection pour sa propre Eglise, s'il parle favorablement des hommes opposés aux évéques ; mais c'est un sujet sur lequBl il est de la plus haute importance que de jeunes chrétiens aient une opinion arrêtée; et c'est pour cela que je sollicite votre attention. Si je peux corriger quelques fausses impressions , et vous fournir quelques grands principes pour vous diriger dans les temps périlleux où nous vivons, je sens que j'aurai rendu à vos âmes un service essentiel; et si je ne réussis pas à exciter votre intérêt pour Baxter et son époque, je suis certain que la faute en sera à moi et non à mon sojet.
I. Le temps où Baxter vécut embrasse une si grande quantité de sujets intéressants , que je suis absolument forcé de laisser de côté plusieurs points de leur histoire.
Vous comprendez mieux ce que je veux dire, quand vous saurez que Baxter naquit en 1615 et mourut en 1691. Presque toute sa vie s*écoula sous la dynastie d*une famille qui régna sur FAngleterre, sans avantage pour le pays et sans considération pour elle-même. — Je veux parler des Stuarts. Il vécut sous les règnes de Jacques I», de Charles !«', de Charles II , et de Jacques H , et fut enseveli sous celui de Guillaume III. -* Il était dans la fleur de la santé et de Tintelligenee pendant les temps de la République et des guerres civiles. Il fut témoin du renversement de la monarchie et de l'Eglise d'Angleterre et il assista à leur restauration subséquente. Il fut comtemporain deCromwell, de Laud, de Strafford, de Hampden, de Pym, de
Monk, de Clarendon, de Milton, de Haie, de Jeffrey et de Blake. Ce fut de SOQ lemps qu'eut lieu Texécution publique d*un monarque anglais, Charles 1«' ; celle de Laud , archevêque de Canlerbury; et de Strafford , lord-lieutenant d'Irlande. Dans la seule période de sa vie, se rencontrent la peste et Tincendie'de Londres , TAssemblée de Westminster, le long Pailement, la conférence de Savoie et l'expulsion de deux mille des meilleurs ministres de Féglise d'Angleterre par Vdn'Xe d'uniformité. Tels furent les temps fertiles en événementsdurant lesquels Baxter vécut. Je ne peux naturellement pas entrer pleinement dans tous ces sujets ; leur histoire forme un vaste tableau semblable au panorama nouveau du Mississipi , qu'il est absolument impossible d'embrasser d'un regard. J'essaierai seulement de flxcr votre attention sur un petit nombre de traits de ce tableau , et je choisirai les sujets qui me paraîtront les plus appro-
BAXTER BT S<Hf TBMPft. Ii9
priés et les plus utiles pour le temps où nous vivons.
Un des traits remarquables de l'histoire de l'époque de Baxter, est la marche rétrograde des principes de la Réformation protestante, marche qui commença à se manifester dès sa jeunesse.
Des doctrines et des pratiques, que Latimer et Jowell n'auraient jamais sanctionnées , commencèrent à être acceptées par des prédicateurs et des théologiens de TEgiise d'Angleterre. Le pur enseignement évangélique fut discrédité et attaqué sous le nom spécieux de calvinisme. De pieux évéques, comme Davenant, furent censurés et réprimandés; et d'autres mauvais évèques, comme étaient Montagne et Wren, furent flattés et encouragés. La prédication et la lecture de la Bible furent dépréciées , et le formalisme et les cérémonies exaltées. Les bienfaits de l'épiscopat furent vantés outre mesure; les candélabres et les croix, ainsi que tous les ornements catholiques
romains forent introduits dans plusiears des églises. La sainteté du jour du Sei« gneurfut absorbée par Tabominable ccode des chasses. > Et le commun peuple fut encouragé à passer le dimanche en Ad* gleterre , comme on le passe aujourd'hui en France. Les tables de la communion, qui jusqu'alors avaienlété placées dans le milieu du chœur, furent transportées au côté oriental des églises, mis^s derrière les barrières, et appelées d'une manière profane des autels. Quelques voix protestèrent hautement, il est vrai, contre ces manœuvres qui sapaient et minaient la Réformation , mais les sapeurs et 1rs mineurs n'en continuèrent pas moins leur œuvre. Le principal agent de tout ce mouvement, fut Tarchevéque Laud. Ce malheureux homme a-t-il voulu réellement réunir l'Eglise d'Angleterre b celle de Rome? c'est une question qui ne sera probablement jamais éclaircie jusqu'au dernier jour. Une seule chose est certaine, c'est que personne n'eût pu jouer
BAXTUi BT SON TBMPS. 131
plus entièrement le jea de Rome qa*il ne le fit.
Semblable à beaucoup d'artisans du mal, qui Font précédé ou suivi, Laud renversa la maison sur sa propre tète. Il souleva une tempête qui emporta tout à la fois l'Eglise, le trône, et lesévèques, et au milieu de laquelle il fut lui-même mis en jugement et condamné à perdre la vie. Mais TEglise d'Angleterre reçut , aux jours de Laud, une blessure dont elle ne s'est jamais entièrement rétablie.
Dès-lors , il y a eu une succession non interrompue d'hommes qui ont plus ou moins partagé ses principes, et qui ont, selon les moments , suivi plus ou moins ouvertement ses traces. Tant sont vraies ces paroles de Shakespeare :
Le mal qoe les hommes font fit après eux.
Le mal que fit la reine Marie à l'Eglise d'Angleterre ne fut rien, comparé à celui que lui fit Laud.
133 BAXTSa ET SON TEMPS.
Jeunes gens, ne méprisez jamais le mal que peut faire un homme entreprenant et méchant , suriout quand il s*agît de matières religieuses. Les semences de Terreur sont comme le duvet da chardon : une seule tète dispersée par le veut empoisonnera tout un champ. Un seul Thomas Paine peut remplir le monde dincrédules et un seul Laud peut faire un mal indicible à des générations entières. Ne supposez jamais que le Iraeiarïanisine soit un enfant légitime de TEglise d'Angleterre, il n*en est rien; on en parlait à peine du temps des Stuarts. Ne supposez jamais qu'il soit une invention nouvelle des derniers jours, il n'en est rien ; il existe depuis deux cents ans. Le père du traclarianisme , c'est Tarchevêque Laud. Rappelez-vous cela , et vous aurez dôjà quelque intelligence des temps de Baxter.
Un autre trait remarquable de la même époque, ce fut la fameuse guerre civile entre Charles I«' et son Parlement.
BAXTin ET SON TEMPS. 193
Tonte gaerre est on mal « — nn mal quelquefois nécessaire ; — mais c*est toujours un mal. — El de toutes les guerres, la plus déplorable, sans doute, c'est la guerre civile; c'est une espèce de grande querelle de famille. C'est un combat dans lequel la violence n'apporte aucune gloire 9 parce que la lutte a été une lutte entre frères: Edge-Hill et Newbury , Marston-Moor, Naseby et Worcester, sont des noms qui n'appellent que de douloureuses réflexions. Les vainqueurs, dans chaque Bataille, avaient répandu le sang de leurs propres compatriotes , et* amoindri la force générale de la nation.
Mais il y avait un point de vue dans lequel la guerre civile entre Charles l^ et son Parlement était particulièrement affligeante. Je fais allusion au fait trèsfrappant, que rirréligion et l'immoralité du parti du roi firent plus pour la ruine de sa cause que les armées que le Pai:lement lui opposa. H y eut des centaines et des milliers d'hommes pai-
doute qu'il n'y ait eu beaucoup plus de vraie religion dans ceux qui combattaient pour le Parlement, que parmi ceux qui formaient l'armée du roi.
Le résultat d'une guerre civile, dans ces circonstances particulières , ne surprendra jamais un homme qui connaît la nature humaine.
L'ivrognerie , les jurements et les rodomontades des cavaliers^ conduits par le prince Rupert, par Wilmotet Goring, ne pouvaient soutenir aucune comparaison avec les prières, le chant des psaumes et la lecture de la Bible des hommes que Cromwell, Fairfax, Ireton, Harrisson , Fleetwood et Desboroug menaient au combat. Les hommes les plus fermes finissent à la longue par faire les meilleurs soldats. Le parti où les principes religieux les plus puissants se rencontrent parmi ceux qui le défendent, sera rarement celui des vaincus. < Dieu honore ceux qui l'honorent , mais ceux
qui le méprisent tomberont dans le dernier mépris (1 Sam., II, 30).»
Je terminerai ce qui regarde la guerre civile par une remarque générale et une précaution k prendre. Celte remarque générale est celle ci : Que quel(|ue profonds que soient nos regrets pour la guerre civile, nous devons nous souvenir avec reconnaissance que nous lui devons probablement la libre et excellente constitution dont notre pays jouit. Diea peut tirer le bien du mal. Les oscillations de TAngleterre , entre le despotisme et Tanarchie, pendant plusieurs années après la scission entre Charles l^' et la Chambre des communes, furent certainement d'une extrême violence. Nous devons confesser, en outre, que de grandes leçons politiques furent probablement gravées dans le caractère anglais à cette période, dont nous recueilhms aujourd'hui les fruits bienfaisants. Les monarques apprirent qu'ils devaient imiter les planètes dans les cieux, et se contenter
de se mouvoir dans an certain orbite, et qu*un peuple éclairé ne doit pas être gouverné et imposé sans le consentement d*une Chambre des communes libre et indépendante. Les nations apprirent aussi qu'il est beaucoup plus facile de mettre en pièces que de rebâtir , et de bouleverser une ancienne monarchie que de trouver et mettre à sa place le gouvernement qui lui convient le mieux.
Plusieurs des bases les plus précieuses de nos privilèges nationaux, je n*en doute pas, furent posées dans le temps de la République. Vous ferez bien de vous en souvenir, et vous conviendrez que ce pays a contracté une dette immense de reconnaissance pour Brooke , Hampden , Whitelock et Pyro.
La précaution que je désire vous tecommander regarde Texécution de Charles I". Vous devrez vous rappeler que la grande majorité des puritains fut entièrement innocente du procès et de la mort du roi. C*est une erreur vulgaire
que de supposer, comme plusieurs le font, que tout le parti parlementaire fut responsable de cet acte coupable et impolitique. L'immense majorité des puritains protesta hautement contre lui. Baxter nous dit expressément dansson autobiographie, que lui, joint à un grand nombre d'autres ministres, déclara Thorreur que ce crime lui inspirait, et qu*ii fit tout ce qu'il put pour Tempèchcr. Le fait fut l'œuvre de Cromwell et de ses adhérents immédiats de l'armée, et c*est sur eux qu'il faut en rejeter la faute.
Que le grand corps des puritains se soit rangé du côté parlementaire, c'est ce qui n'est pas douteux. Mais quant à fine haine secrète pour la royauté, ou à un consentement donné à la mort de Charles, c'est ce dont les puritains furent entièrement innocents. Souvenez-voos de cela, mes jeunes amis, et vous D*aurez pas étudié en vain l'histoire des temps de Baxter.
Le premier trait de l'histoire de ce
BAXTER ET SON TEMPS. i%
siècle y sur lequel je désire attirer votre attention , cVsi Télévation et la conduite de cet homme remarquable, d'Olivier Cromwell.
Il y a peu d'hommes sur le caractère duquel on ait entassé plus de médisances que celui de Cromwell ; il a été dé> peint par quelques-uns comme un monstre d'iniquité et d'hypocrisie.
On ne pouvait rien dire de trop roau* vais de lui. Un pareil jugement sur son compte est tout bonnement ridicule. Il dépasse le but de ceux qui Font porté.
Ils oublient que ce n'est pas flatteur pour l'Angleterre que de supposer qu'elle ait pu supporter si longtemps d'être gouvernée par un tel monstre.
L'homme qui a su s'élever, de la situation de fils d'un brasseur de bière d'Hun tingdon , à celle du plus grand général de son siècle et de dictateur absolu de ce pays pendant un grand nombre d'années, doit, en présence même de ces faits, avoir été un homme extraordinaire.
Pour ma pari , je dois vous dire franchement que mon opinion est que vous devez considérer le jugement queCarlyle et Merle d^Aubigné ont porté sur Cromwellcommede beaucoup le plus rapproché de la véritc. J'avouerai cependant que je ne saurais aller aussi loin que le dernier de ces écrivains. Je n'oserai pas prononcer que Cromwell fut un chrétien sincère. Je laisse la question en suspens.
Je ne hasarde aucune opinion à cet égard, dans un sens ou dans rautre, parce que je ne trouve pas des raisons snffîsanles pour former ma convicUon ; si je ne regardais qu'à ses lettres particulières, je n'hésiterais pas à le tenir pour un homme converti. Mais quand je considère quelques-uns de ses actes publics, j'en vois plusieurs qui me semblent inexplicables. Et quand j'observe les doutes exprimés par Baxter et par d-autres hommes pieux qui furent ses contemporains, lorsqu'ils parlent de lui, mon hésitation, quant à sa spiritualité , 8*en
sibles qui , au commencement de la guerre , D*avaient d^autre désir que de rester en repos et de ne prendre parli pour aucun côté. Mais quand ils virent qu^un homme ne pouvait pas lire la Bible à ses serviteurs et avoir la prière en famille, sans être persécuté comme une lêle ronde (1), ils se virent forcés, pour leur propre défense, de se joindre aux forces du Parlement. En un mot, l'inîquité et le dévergondîige de beaucoup de cavaliers jetèrent les hommes religieux dans les rangs de leurs ennemis.
Qu'il y eût beaucoup d'hypocrisie, de fanatisme et d'enthousiasme du côté des parlementaires, je ne le mets pas en doute. Qu'il y eut aussi beaucoup d'hommes pieux parmi lescavaliers, telsquelord Falkland , c'est ce que je ne nie pas non plus. Mais cela accordé, je n'ai aucon
(1; Nom donné au parti de CromweU et dei puritains, en opposition à celui de cavaliers doonéaiis royalistes.
accroît. En dernière analyse, je laisse la question à Télat de doute.
Je D^hésitcpas à reconnaître qu*01ivier Cromwell fut un des plus grands hommes que TÂngleterre ait connu. Aucun homme n*a jamais gagné par son épée le pouvoir suprême et n*a usé ensuite de ce pouvoir avec plus de modération que lui. L^Ângleterre fut probablement plus redoutée et plus respectée par toute l'Europe, pendant le peu de lempsqu*il la gouverna, sous le nom de protecteur , qu'elle ne Favait jamais été auparavant et ne Ta jamais été depuis. Son nom seul inspirait la terreur. Il déclara qu'il rendrait le nom d'un Anglais aussi grand que jamais l'avait été celui de Romain ; et il y réussit certainement. Il fit publiquement connaître qu'il ne permettrait jamais que la foi protestante fiît insultée dans aucune partie du monde. Et il tint parole.
Quand le duc de Savoie commença à persécuter les Vaudois dans son temps, Cromv^ell se hâta d'intervenir en leur
faveur, et il ne se donna aucun repos qu'il n'eûl obtenu du duc de Savoie de rappeler ses armées de leurs villages, et que les biens et les villages de ces pauvres gens ne leur eussent été rendus. — Quand eer* tains protestants, à Nimes, en France, furent menacés d'être durement opprimés par le gouvernement français, Crom* well donna à son ambassadeur Tordre d'insister péremptoirement pour que ces vexations cessassent à l'instant, et, en cas de refus , il lui ordonnait de quitter Paris immédiatement. En fait, on racon* tait que le cardinal Msizarin , alors ministre de France, changeait de visage quand le nom de Cromv^ell était prononcé devant lui, et qu'il était presque passé en proverbe, en France, que le cardinal avait plus peur de Crooivr^ll que du diable. Quant au pape, il fut tellement épouvanté par une flotte que Cromwell avait envoyée dans la Méditerranée, sous le commandementde Blake, pour aider à terminer quelques points
eQ discQssiou avec le duc de Toscane, qu'ii ordonna qu*on fit des processions àRome, que le Saint-Sacrement fût exposé pendant quarante heures, pour écarter les jugements de Dieu et sauver TEglise.
Enfin, rinfluence du protestantisme an*^ glais ne fut jamais aussi puissante dans toute FEurope qu'aux jours d'Olivier CromwelL
Ajoutez à ces faits , et souvenez-vousen , que le gouvernement de Cromwell était remarquable par sa tolérance, et cela à une époque où la tolérance était bien peu comprise ; que sa vie privée fut irréprochable, ce qui éleva dans tout le royaume Téchelle de la moralité à un degré malheureusement inconnu au temps des Stuarts. — Rappelez-vous toutes ces choses, et alors je pense que vous n'accueillerez pas à la légère l'opinion commune que Cromwell fut un homme méprisable et hypocrite. Soyez persuadé que son caractère mérite un traitement beaucoup meilleur que celui qu'on lui a
généralement fait subir. Regardez*le comme un homme qui , avec tous ses défauts , fit cependant de grandes choses pour notre pays; que ses défauts ne vous aveuglent pas sur la grandeur réelle de son caractère: assignez*lui une place distinguée parmi les grands hommes dont vous avez la liste sous les yeui.
Faites cela^ et vous saurez quelque chose des temps de Baxter.
II y a encore un irait dans l*hi8toire de cette époque que je ne peux passer sous silence : je veux parler de Paveuglement mortel de TEglise d* Angleterre sous les Stuarts.
J'aborde ce sujet avec quelque répugnance: vous croirez, je Fespère, que j'aime sinc^rementetcordialementrEglise à laquelle j'appartiens par mon ministère; mais je n'ai jamais découvert que mon Eglise réclamât pour elle le privilège de l'infaillibilité, etjenepeux m*empècher de reconnaître qu'au temps des Stuarts elle commit des erreurs funestes; loia
BAXTBR IT SON mrs. 135
de moi U pensée de mettre ces erreurs à là charge de tous ses membres. Abbot et Carlton, Daveiiant, Hall, Prideaux , Usber, Reynolds et WilkÎDS, fareot de brillantes excepUoDS parmi les évéques, tant poor la droiture que pour la Tie chrétienne. Mais malheureusement ces hommes pieux furent toujours en minorité dans rSglise, et la manière dont la majorité administra les affaires de TEglise est un sujet sur lequel je yeux maintenant diriger votre attention ; vous devez en savoir quelque chose, parce que cela servira à jeter une immense lumière sur rhistoire des malheureuses divisions religieuses dans ce pays, et que cela vous fera connaître plus intimement la vie de Baxter avec laquelle elles sont liées.
Une partie de cet aveuglement mortel de l'Eglise auquel je fais allusion, fut ses efforts longs et constants pour amener la conformité par la force , et pour pro* hiber par des amendes et des pénalités tout exercice religieux privé. Une croi-
sade régulière fui entreprise contre quiconque enfreignait ses canons ou qui faisait quelque chose de contraire à ses rubriques. Des centaines et des milliers d'hommes, pendant plusieurs années, furent traduits devant les magistrats, mis à Famende, emprisonnés et souvent rui* nés, non pour avoir péché contre TEvangile ou contre les dix commandements, non pour avoir attaqué ouvertement TEglise, mais simplement pour avoir transgressé quelque misérable règlement ecclésiastique, plus honoré par sa violation que par son observance, ou parce qu'ils avaient cherché dans des réunions particulières et paisibles quelque édification spirituelle, indépendante de celle que les services publics de Téglise leur fournissaient. Nous lisons que dans un temps des hommes pieux eurent les oreilles coupées et le nez fendu pour avoir écrit d'une manière défavorable aux évëques.
Ce fut ce qui arriva au père de Tarchevêque Leighton. A une autre époque.
nous lisons une ordonnance par laquelle lout individu qui assistait à une réunion de cinq personnes au plus, où on se livrait à quelque exercice religieux d'une manière différente de celle établie par la liturgie de Téglise d'Angleterre, était mis à l'amende ou emprisonné pendant trois mois pour la première fois , six mois pour la deuxième, et transporté pour sept ans à la troisième récidive. Beaucoup de gens n'osaient pas faire leurs prières en famille , si pins de quatre de leurs parents étaient présents, et quelques personnes se faisaient scrupule de prononcer une action de grâces^ s'il se trouvait plus de cinq étrangers à table. Tel était l'état de l'Eglise au dixseptième siècle sous les Stuarls.
Le résultat de cette misérable politique fut celui qu'on devait en attendre.
Elle créa un esprit de mécontentement profond du côté des persécutés. Elle inspira chez plusieurs un sentiment de désaffection pour l'Eglise dans laquelle
ils avaient été baptisés , et enracina la convictittn qu*un système qui portait des fruits semblables devait être nécessairement mauvais en principe. Des hommes prirent en profond dégoAt jusqu*au nom même de liturgie , qui se liait dans [eur esprit à la pensée de Tamende et de la prison. — Des hommes se lassèrent de répiscopat, parce que les évéques étaient plus fréquemment la terreur des bons et des méchants. Les paroles de Baxter dans un passage frappant de son autobiographie sont remarquables :
« Plus les êvêques (dit -il) pensaient
> guérir le schisme par les châtiments, » plus ils donnaient de force à cette opi- » nion, qu'ils étaient les persécuteurs
> ennemis de la sainteté et les capitaines
> des impies. »
Celui qui a quelque connaissance de la nature humaine ne peut s*étonner de ces sentiments; la masse des hommes jugera généralement une institution par la manière dont elle est administrée,
plutôt que par ses qualités abstraites :
quand les simples Anglais virent qu*un homme ne pouvait presque rien faire sans froisser quelque règlement ecclésiastique ; — quand ils virent que les gens pouvaient jouer , jurer , s'enivrer, sans que personne les en blâmât, tandis que ceux qui se réunissaient après le service pour chanter les psaumes et pour s'unir en prières étaient sévèrement punis; — quand ils virent les impies, les réprouvés, les débauchés, les prodigues paisiblement assis à Forabre de leurs vignes et de leurs figuiers, pourvu qu'ils fussent exacts à assister au culte dans leurs églisesde paroisses, tandis que d'humbles saints et consciencieux lecteurs de Bible, qui étaient entrés quelquefois dans des églises autres que celle de leur paroisse, étaient soumis à une amende sévère ; quand ils trouvèrent que Charles 11 et ses favoris étaient libres de dévorer la substance du pays dans leur vie débauchée , que les
saints de la nation, comme Baxter et Jenkyn , pourrissaient dans les cachots ; je le répète, quand de simples Anglais virent ces choses, ils trouvèrent difficile d*aimer TEglise qui était Tautcur de ces choses. Or, ce sont des faits qui sepassèrenl souvent et dans beaucoup de lieux en Angleterre sous les Stuarts. Si ce n*était pas là un aveuglement homicide de la part de TEglisc d^Ànglcterre, je ne sais quel nom lui donner. C'était aider Tœuvre du démon, enchâssant leshommespieuxhors de la communion de TEglise. C'était littéralement se saigner elle-même à blanc.
La faute que commit la malorité dans TEglise d'Angleterre sous les Stuarts, et qui fut le comble de sa fulie, fut l'acte d'MMi/brmif^ qu'elle fit proclamer Tannée 1662. Cet événement , vous devez vous le rappeler, eut lieu au commencement du règne de Charles II , et peu après la restauration de la monarchie en Angleterre.
Cet acte , malheureusement célèbre , imposait des termes et des conditions.
obligatoires pour tous les ministres de TEglise d'Angleterre , qui n'avaient jamais existé depuis la Réformation. Il était notoirement formulé pour blesser la conscience des puritains et pour les chasser hors de FEglisc. A cet égard, il eut un plein succès. Dans Tespace d'une année , non moins de deux mille ecclésiastiques abandonnèreit leurs places et renoncèrent à tout moyen d'exisleuce plutôt que d'en accepter les termes. Beaucoup de ces deux mille étaient les meilleurs , les plus capables et les plus saints minisires de l'époque. Plusieurs, qui avaient été régulièrement ordonnés par des évêques et qui avaient passé vingt ou trente années au service de l'Ei^lise sans être inquiétés , se virent soudainement forcés de subir ces nouvelles conditions pour conserver leur position, ou réduits à mourir de faim pour avoir refusé de s'y soumettre.
Soixante des principales paroisses de Londres furent à la fois privées de leurs pasteurs , et leurs congrégations furent
semblables à des brebis qui n'avaient plos de bergers. Si Ton prend toutes ces choses en considération, on trouvera que ce fut Tacte le plus impolitique et le plus honteux qui ait jamais déshonoré les annales d'une Eglise prolestante.
Ce fut un acte honteux , parce qu'il était une contradiction flagrante avec la promesse faitepar le roi lui-même à Bréda, avant son retour de Fexil. Il ne fut ramené, en effet, qu'après qu'il eut été distinctement entendu que FËglise d'Angleterre serait rétablie sur une base large et libérale , qui satisfît les scrupules de conscience des puritains. Et s'il n'avait pas eu pour lui l'assistance de ces derniers, il n'aurait jamais pu remettre les pieds en Angleterre. Et cependant aussitôt que les rênes du pouvoir furent solidement dans les mains du roi , il faussa résolument ses promesses.
Ce fut un acte honteux , parce que la grande majorité des ministres évincés
pouvait être facilement conservée à TEglise, à laide d'un petit nombre de concessions peu importantes. Ils ne faisaient d'objection ni contre Tépiscopat ni contre la liturgie. Quelques légers changements apportés dans les prières et une liberté modérée dans la conduite du culte divin auraient suffi , selon le jugement de Baxter, pour en satisfaire seize cents sur deux mille; noais le parti dominant était résolu à ne faire aucune concession.
Ils ne cherchaient pas à conserver les puritains. Quand quelques-uns firent observer t rarchevêque Sheldon, le principal moteur de cette affaire , qu'ils pensaient que beaucoup de puritains se conformeraient et accepteraient Vacle d'uniformité^ Tarchevèque répondit : « Tant pis! c'est tout ce que je crains. » Pour montrer l'esprit du parti dominant, il augmenta, à cette époque, le nombre des leçons apocryphes dans le calendrier du livre de prières ; et ils se félicitaient entre eux d'avoir mis dehors les puritains
et d*avoir fait entrer Bel et leDragon (1;.
Ce fut un acte honteux , parce que les ministres évincés étaient pour la plupart des hommes d'une telle habileté et si bien doués , que les plus grands sacrifices auraient dû être fails pour les retenir dans TEglise. Bjxter, Poole, Manton, Bâtes, Calamy , Brooks , Watson , Charnoek , Caryl, Ilowe, Flavel, Bridge, Jenkin, Owen, Goodwin, sont des noms dont la louange est encore aujourd'hui même cclôbre dans toutes les Eglises. Les hommes qui les chassèrent ne pouvaient nullement leur être comparés. Lies noms du plus grand nombre d'entre eux est k peine connu ; mais ils avaient pour eux le pouvoir et ils résolurent de s'en servir.
Ce fut un acte honteux enfin , parce qu'il montrait aux yeux du monde que les conducteurs de TEglise d'Angleterre , semblables aux Bourbons des temps modernes, n'avaient rien appris ni rien on-
(I : Titre da dix-neuvième des livrei apoeryphef.
B«XTER Et soir Tffil<9. I^Ty
Uiè dans felit exil. Ils fi-àviaient pas oublié léâ funestes errements de Laufd, qui avâienlt attiré toutes sortes de maux sur PAiigléterre , et ils n*avaient pas appris que la conciliation et la concession sont le»' qualités qui conyiennent le mieux aux conducteurs d'une Eglise, et que laperséftttioii est un jeu où Ton est certàin^do perdre à h longue.
Je n*ose pas m*ëtendre davantage sur ce point, quoique je pusse facilenieni cîte^ un grand nombre d'exemples do cette triste peinture des temps de Baxter.
Je pourrais vous parler de cet acte infàmo d'Oxford, de 1605, qui défendait aux malheureux ministres évincés de vivre si eln<j mrlles d'aucune ville ayant une corporation, et d'aucun lieu où ils avaient anciennement prêché. Mais j'en ai assez dit pour vous montrer que quand j'îii parlé de l'aveuglement qui portait ainsi l'Eglise à se suicider elle-même, jr n'avais pas parlé sans motif. Les conséquences de cet aveuglement sont diatires
pour tout homme qui connaît TAnglelerre. L'état de division où est le protestantisme dans ce pays est en lui-même un grand fait qui en dit plus que beau-* coup de volumes.
Je protesterai toujours contre cette politique du parti qui dominait dans l*Eglised'Ânglelerredu temps des Stuarts.
Je ne partage pas les scrupules que ces frè* res chassés éprouvèrent pour Tacte d'uniformité. Quelque respect que j'aie pour oux, jecrois qu'ils eurent tort et furent mal dirigés dans le Jugement qu'ils en portèrent ; mais je pense aussi que l'archevè- ([ue Sheldon et les hommes qui refusèrent de faire un pas pour se rapprocher des premiers, eurent encore plus tort et furent plus mal conseillés. Ge sont eux qui ont fondé la dissidence en Angleterre.
Je crois qu'ils négligèrent imprudemment une occasion unique de faire un gvàud bien. Ils pouvaient aisément, par des concessions légères et faites à propos , rendre l'Eglise, h laquelle j'appartiens ,
BàXTIR ET SON TBXM. 147
plus puissante et plus utile qu'elle ne Tt jamais été. Ils refusèrent de le faire, et, sia Uea de prendre des mesures salutaims ci conciliatrices, ils mirent en atant Ie«r malheureux acte d'uniformité. Je dteatove toute sympathie pour leur conduite, et je ne peux jamais y penser sans éprouver de profonds regrets.
Je Be peux pas quitter le sujet des temps de Baxter, sans vous offrir quelques conseils. Je vous avertis de ne pas croire tout ce qu'il peut vous arriver de lire au sujet des temps des Stuarts; il n'y a peut-être pas d'époque dans l'histoire d'Angleterre sur laquelle les préjugés et l'esprit de parti aient autant faussé le jugement des historiens; et si quelqu'un désire connaître une sincère et une impartiale histoire de ce temps*, là, je rengage fortement à lire YHisêoire d€$ Puritainiy de Marsden : j'envisage eeft deux volumes comme l'addition la plus estimable qui ait pu être faite k no-
148 BAXTBR ET SON TBMP8.
tre collection d*histoire religieuse des temps modernes.
II. Et maintenant passons des temps de Baxter à Baxter lui-même; vous auriez pu difficilement comprendre le caractère et la conduite de cet homme , sans les explications qui ont précédé. Quelques faits simples et sans ornements sur rhomme seront probablement plus propres que tout ce que je pourrais dire pour graver dans votre esprit le souvenir de ce temps-là.
Richard Baxter était fils d'un petit propriétaire d'Ëaton Constantine, dans le Shropshire, et il naquit en 1615 i Rowton, dans le même comté, où M. Adeney, le père de sa mère, résidait.
Il parait avoir reçu des impressions religieuses dès les premières années de sa vie , et il en fut redevable après Dieu à réducation d'un père pieux. A cette époque, le Shropshire était une oontrée ténébreuse et indifférente. Les miaistresi
BftlITOR VP SON flM U O i f M
étftien4 féiiéralenentinferâdhiites!^ ptivéd delà grâoeet incapi)bles/é& prêcher; et \é petiple,:coiii[ne.onpefiiis'y attendre ^ était dèbaliiehè et .mépHsâit les :feit$ piëu^jÀ EatonOonstaDtine le^jM^âissiens efâ^ple*yaiBHl la plus grande hpaftie^ du jouir* du: Setgtieur à duni^er autour d'un mat, 'tout près Ide la porta du vieux M. Baxter, à son ^and déplaisir. Ceped^ d»nt mèoke iei la grâee> remporta^ lar vie-* toire sur le monde dans le cas deson fils , et âJ! fut ajouté li ta: fioblé) i^rcMipd de eiBux q|ui âeryéat^ le ligueur depuis leur Jeunesse.- > •: n
Il attacha toujours un i grandi întérét à ^ iî»bser¥er les titres des Irvres religieux dofiti^aplu à Dieude/se servir 'pouff alneni^r des âmes à sa c<Ni(naissaace. Orj ceox qui eurent le plus dW(M sur Baxr ter Culrentle^uivan ts : ii^^oMton, deBur*»
neyï'yfurta Repdgitemce; »ur Bien vivre ei Bien mourir ^ei êur le Gomerhe-^ ^neiki^de lUi langtêe ,\ptr JP&p]ms^l,têwi^ fo .Foi ii.fdehiEulvèrwdi; et i& Komm
brisé t de Sibb. Une maladie dangerease et la perspective de la mort firent beau coup pour avancer en lui Tœuvre de FEspril. Il dit dans son autobiographie :
c La faiblesse et la souffrance m*aidërent à étudier comment on doit mourir; elles me portèrent à étudier comment je vivre ; cVst dans cette étude et
dans celle des doctrines du salut que j'ai puisé me^ croyances et mes consolations. »
A TAge de vingt -deux ans , il fut consacré par Thomborough, évèque de Worcester. Il n'avait jamais eu le privi* lége d une éducation universitaire. Une école libre à Wroxeler et un maitre particulier à Ludiow lui avaient fait quelque bien, mais sonamourinsatiable de Tétude avait fait beaucoup plus encore. Il entra probablement dans le ministère, beau* coup mieux pourvu d'une instruction théologique sérieuse que la plupart des jeunes gens de son temps. Et certaine* ment il y entra avec des dons bien pr6-
BAXTIR ET SON TBIIM. 151
férabies à la conoaisitànce du grec el de rhébrea. Il y fut réellement poussé par le Saint-Esprit et tn homme converti.
Il disait lai-même : ti Je savais que la privation des honneurs et des grades académiques me rendraient probablement méprisable aux yeux de plusieurs. Mais cependant, m'attendaut à passée bientôt dans un autre monde , le grand intérêt que je prenais au salut des âmes Tem* porta en moi sur tous les obstacles. Et ayant la certitude de mon désir ardent d*arrrver à la conscience des hommes et de les amener au salut, je restai convaincu qu6 si un ou deux hommes seulement pouvaient être gagnés à Dieu par moi, je serais largement récompensé pour tout« Topprobre que ce manque de titres pourrait m*attirer de la part des hommes. •
Depuis rheure de sa consécration jusqu'à celle de sa mort , la vie de Baxter fat une constante série des plus étran-
153 BAXTER BT SON TBMP9.
ges vicissitudes et des occupations physiques ei mentales les plus excessives.
Qui'lquefois dans la prospérité, d'autrefois dans Tadversité; — souvent loué et souvent persécuté; — à une certaine époque catéchisant dans les rues de Kidderminsler, et dans une autre disputant avec les évéques dans la conférence de Savoie; dans une année écrivant le Repos des saints, au moment où il croyait sa mort prochaine, et dans une autre marchant comme chapelain d'un régiment de Farmce de Cromwell; — un jour recevant de Charles II l'offre d*un évécbé, (i un autre chassé de TËglise par Tacte (runiformilc; — une fois plaidant avee Cromwell la cause de la monarchie, et lui disant qu^elle était une bénédiction, et une autre, fois cité devant Jeffrey sous la prévention d'écrits séditieux; — plus lard, vivant paisiblement à Eaton dans la sociétédu Juge IJalc, puis languissant en prison sous Taction de quelque atroce persécution ecclésiastique; — un jour ayaAt
BAWTBR MT SON nWM; iSS
Uû6 discussion protégée suif fe^aptènn^ das eniânisiavec M. Tombei daos r^Ua# de B6wdley, -^-^el un autire >eoiBbattaa( dans Téglise d'Amersham du matin jusr qu'à lia nuii contrn les arguments tliéotogiques'des champions de l'antinomiaT nisme; — aujourd'hui prêchant les daetrinfs les plus simples, et demain traitant les points les plus abstraits d^ la. métaphysique; --- quelquefois écrlr vaAt des in-folio pour ; les savants, et quelquefois de simples feaiUes pour les panvres. ^-r Jamais peut-iètre aucun nûr nii^re ohrétien ne se trouvaidans de» p^ sitions si variées, et certainement jamais aucud n'eu sertit avec une réputation aussi . irrépt*ochable. Quoiqu'il souffrit tcHijours d'une maladie incurable, eti qu'il fût rarement sans de grandes douleurs!; -^ travaillant toujours dans son esprit, sans rester jamais un seul jour oisif ; -^ paraissant écrasé d'affaires, et n'en refur saotijamais aucune nouvelle; -—^vivant ao milieu des scène» les plus excitt^ntes.,
sans C6sser jamais de converser joornollemenl avec Dieu ; — n'étant jamais assez homme de parti pour en satisfaire aucun , et cependant redouté et recherché de tous; — Irop royaliste pour plaire au parti parlementaire, et cependant trop ami du Parlement et trop saint pour être populaire parmi les cavaliers; — trop épiscopal pour plaire aux violents du corps dos puritains, et beaucoup trop puritain pour avoir la confiance des évé4|ues:
— jnmais probablement aucun chrétien ne jouit d'aussi |)eude repos que Richard Baxtor, quoiqu'il servit Dieu avec une conscience pure.
Il commença son ministère en 1638, on préchant dans la grande église de Dudiey , et il y rrsta un an entier. De Dudtey il passa à Bridgenorlh , où il prêcha pendant un an ot neuf mois. De Brid.uenorth il alla à Kidderminsler, d*où, après deux années de séjour, il se relira à Coventry an commencement des troubles de la République , et d'où il ohiervt
les progrès de h guerre civile. Après la bataille de Naseby, il joignit rarmée par* lementaire, et fut fait cliapelain d-uo ré^ giment. Il avait accepté cette plaice dans la vaine espérance de faire quelque bien parmi les soldats , et de s^opposer aux desseins ambitieux de Cromwell et de ses amis. Une maladie le força à résigner cette place en 1646, et il languit pendant plusieurs mois entre la vie et la mort, recueilli dans les maisons hospitalières de sir Jolin Coke de Melbourne, en Derbyshire, et de sir Thomas Rous, en Worcestershire. A la fin de 1646, il retourna à Ridderminster, et là il s'occupa con*stamment et avec activité de ses devoirs pastoraux [rendant quatorze ans. En 1660, il quitta Kidderminster pour Londres , et il prit une part active à la restauration de Charles II, qui le nomma son chapelain. A Londres, il prédia successivement 5 Saint-Dunstan , à DIaekfriars et à Saint-Bride. Ce fut à cette époque qQ*on lui offrit Tévèché de Hereford, qu'il
crut devoir reruser. — En 1662, il fut un (les deux mille ministres qui furent évia- (*és de TEglise par Facte d^uniformilé. — Immédiatement après , il épousa une i'emmc, qui semble avoir été en tout digue (le lui, et avoir été pendant dix-neuf années une tendre et fidèle compagne de sa vie. Elle se nommait Mary Charlton irAppley-Castle , dans le Shpopshire. — Après cela , nous le voyons habiter dans tlivors endroits, et en dernier lieu à Charter-house-square. — Les indignes Irailements que ses ennemis lui firent endurer, lui rendirent presque impos* sible d'avoir aucun lieu d'habitation fixe.
\ cette |)ériode de sa vie, il lui fut oITerl un cvéché en Ecosse ou la place de direoleur d'une université écossaise, mais il refusa Tun et Tautre. Les dernières vingt- :)euf annéns de sa vie furent, avec de rares exceptions, empoisonnées par des persécutions réitérées , par des emprisonnements , des amendes et des controverses écrasantes. Quand il pouvait
^kM9M^i sï.s^ fmn^. Vlffi
pfée^^^U pré^ijlî; .«jb^aancl il pe l^i pmvail pa^> U éorinMi ; .«gis HfaisaMî toujours quelque chose pour IfîrSeigitaup.i liA.rôv^lujiioii ;qiû f^m$Hia;GiiilU«ime III sur vl^t trài)« d'Àugl^terra «li^poiria.quel*! que-répit aux pecséeqtioas qu'il ejMhiraitt eti enfin la mort transporta eei pieux yieil* laiîd dans <ce lieu f où les méchaais ces^ s^nt de nuire: et où les fatigués trouveai le repos.» Il mourut en 1691 , âgé de soixt^oite-rseize ans^ 1
JetTiens de vous donner, une esquisse dh la ivie: du plus distingué des puritaiua qui vécure«kidùieaips des Stuarts^ et don de$imtinii$U*esdis TEvangile les plus dé^ vûuéSjque qe pays ait jamais eus.-^ J-au^ raiapu éteadreee croquis» d'une manière iodèfisnie;; je ne peux donc me permettra d'ap{>eler votre atteiUiion que sur un. petit coin du tableau; Mais si je me borne dans nuM) sujet, ce n'est pas que les matériaux me; fassent défaut, c'est le temps seul qui oi/e manque. Mais si vous voulez savoir pourquoi le. nom de Baxter eist pkeéî si
168 BAXTER BT SON TUP8»
haut parmi les plus dignes senriteurs de Dieu , prétez-moi encore quelques minates d'attention.
Je dirai d'abord que Baxter fut un homme de la plus ëmifètfUe êainieté per^ sonnelle. Peu d'hommes ont ainsi vèoa»
aux yeux du monde, pendant cinquante ou soixante ans, et laissé, comme lui, une réputation aussi parfaite et sans tache. Quelles qu'aient été la cruauté et la haine de ses ennemis, ils ne purent jamais découvrir en lui aucune faute , excepté dans ce qui concernait la loi de Dieu. Il parait avoir été également saint dans toutes les relations de sa vie et dani toutes les circonstances où il fut placé , comme fils, comme époux, comme miniitre et comme ami ; dans la prospérité comme dans l'adversité; — dans la maladie et dans la santé; — dans la jeunesse comme dans Tâge avancé. Aussi Orme, dans l'histoire de sa vie, disait qu'il fut, dans le sens le plus élevé , c un homme céleste. » 11 vivait avec Dieu ; et Christ,
Bàsam wr son nura. 159
!• ciel, la mort, le jagement el rétorniié éUient toujours préseuls i si pensée. Il ne faisait aucun cas des choses bonnes selon le monde. Un éviéàè a^ec ses émo« lumeotsetses honneurs était sans diarme à ses yeux. Il ne redoulaii point finimitié du monde , et aucune crainte de déplaire aux hommes ne Teùt détourné d'une ligne de son chemin. Il fut singulièrement indépendant du hlàme et de la louange des hommes. — H pouvaii étrd ferme comme un lion en présence de Cromwell ou de Charles II et de ses évé^ ques, et cependant doux comme uH agneau avec les pauvres gens qui cherchaient te salut. — Il avjtt le zèle d*nn croisé pour les droits de la conscÎMioe , el cependant il était doué d'un esprit si catholique qu'il aimait tous ceux qui aimaient Jésus en sincérité.» Qu'ils fussent conformistes ou non conformistes ^ il aurait dit : c Je me réjouis de oa que Christ est annoncé. > — C'était un homme vraiment humble. Il répondit
IGO BjjLTBii iT son niips.
à quelqu*uii qui lui exprimait son admiration pour son caractère : c Vous admirez ce que vous ne connaissea pas :
si vous me connaissiez , vous seriez bientôt guéri de votre erreur. »' L'Angleterre a rarement vu un homme qui fût, comme Baxter, une épilre vivante de Christ, en considérant les terribled épreuves de patience qu*il eut à souiTrir.
— Jeunes gens, je vous prie de faire at* tention à ce trait du caractère de Baxter.
Aucun argument n'a un pouvoir plus durable qu'une vie sainte et conséquenteé Rappelez-vous que cette sainteté fut la partage d'un homme qui eut les mêmes passions que vous. Que Baxter vous soit un encouragement et un exemple. Et souvenez-vous que le Dieu de Baxter n*a pas changé.
En outre, Baxter fut un des pluê puiS' santé prédicateurs qui aient jamais parlé à une congrégation anglaise. Il semble avoir possédé tous les dons qui sont généralement envisagés comme les plas
BAXTER ET SON WiPS. Hi
p«rfoiU pour dominer use assemblée publj^iue. 11 avait une influence immense, — une énorme quanlité d'idées, — un stylée clair et kicide , — une puissance illimitée daas l'extension da sa "voix. -^ U était onctueux , piquant , emphatique dans la manière de présenter la vérité.-^ Sa voix était pathétique et émouvante ^ -^ et il y avait une ardeur dans sa prédication qui renversait tout devant lui cotiime un torrent. — Il avait Thabitude de dire : < Une prédication doit être sérieuse et-rendre sérieux les hommes <]ui r^entendeni et les contraindre à y obéir»* li^s Agues qui suivent etiqui sont bien couavesTous montreront quel homme c'était.
n Je veux vous prêcher comme si c'était ma dernière prédication, et comme un homme qui s'en va mourir doit parler à de& hommes nK)rtels. >
«Le docteur Baies, un de ses contemp^ rains^ dit de lui : «Que sa facilité et son abondance on parlant étaient queU|Uf cbpse de jHNeryeiUeuK. U y avaiti danS;Piop
169 BAXTER ET SON TBHPf.
slylo une noMe négligence. Son esprit supérieur ne pouvait pas s'asservir à réloquence commune des paroles. Il méprisait une déclamation vide et redondante. Mais ses expressions étaient si daines et si puissantes, elles portaient si bien la conviction dans Tintelligence »
pénétraient si profondément dans Tàme, et s'emparaient si exclusivement des affections, que ceux qui n'en subissaient pas le charme devaient être aussi soards qu'une couleuvre.
Aussi les effets d'une telle prédication furent ce qu'ils devaient être et ce quMIs seront dans tous les temps. Ce qu'on a tu devant la chaire de Latîmer et de Wbitefield se voyait aussi devant celle de Baxter. A Dudley , les pauvres cloutiers ne remplissaient pas seulement l'église , mais on les voyait pendus aux fenêtres et aux tuyaux du dehors. A Kidderminsler, on fut obligé de construire einq nouvelles galeries , pour sufGre aux besoins de la congrégation. A Londres , les
mSTCn ET 90M TUMk 168
foules (fui suivaient sa prédication étaient si eoQsidérables , qu'il était quelquefois dangereux et souTent impossible d'être à» ses andi leurs.
Une fois qu'il prêchait à Salnt-Laurent- Jerrry, il écrivit un mot au ministre M. Vines pour le prévenir que le comté de SufTolk et lord Broghill arriveraient en voiture avec lui , le priant de leur conserver deux places; mais quand il arriva è la porte avec ses noMes compa-gnons, —* la foule tint si peu compte de leurs personnes , que les deux pairs furent obligés de retourner chez eux, n'ayant jamais pu parvenir dans l'intérieur du temple; et M. Vines lui-même fut obligé de se tenir dans la chaire après la lecture des prières , derrière Baxter, qui prêcha, se tenant debout entre les jambes du premier.
Dans une autre occasion qu'il prêchait devant une foule énorme à Sainl-Dunstan^ il tira un parti frappant d'un incident qai eut lieu pendant le sermon; Vu»
pièce de brique détachée du faite du clocher étant tombée, Talarme fut générale, et Ton crut que Téglise, qui était une bâtisse (rès-vieille et en assez mauvais état, allait s'écrouler. A peine cette alarme élait apaisée, qu'un banc sur lequel une foule de gens étaient montés se brisa sous leur poids et augmenta la confusion. — Un grand nombre d'individus se précipitèrent vers la porte, et tout le monde fut agité par cette panique. On entendit même une vieille femme crier à haute voix , et demander à Dieu pardon dYtre venue à l'église, lui promettant de ii*y plus jamais remettre les pieds si elle en sortait saine et sauve. — Au milieu de cette confusion, Baxter seul resta calme et immobile, et lorsque l'ordre fut rétabli, il se leva et dit: cNous sommes ici pour servir Dieu et pour nous préparer à écouter sans trembler le grand fracas d'un monde qui se dissoudra lorsque les cieux passeront, et que les éléments te* ront détruits par le îfeu. » — Cétait ;da
BAXTBR ET SOU TBlMi^ i&B
Basiez toul par. €*ei^ l'espèce de chdseé> qu'l^ a^ait DOti-sèulemetit^a grâce, rnabi emore les dons et la force de faire.:
Il parlait toujours comme on homme^ qui voyait Dieu ^ qui sentait la mort derrière lui. Un tel homme prêchera toujours bien ; et rarement il manquera de gens qui iront Tentendre. Un ^tél homme mérite cTéti^e gravé dans la^mé^^ moire de tous ceux qui ont besoin de savoir ee que Dieu peut faire d*un eur»
fant d'Adam par son Esprit, et il mèrit^ d'être loué. i -
Vous saurez , en outre ,< que Baxten faileweillewr et le plus béni des pasrleurs- de paroisse qui ait jamais vé:u^ Quand il vint à Kidderminster, il là trouva une ville où les ténèbres , Tignorance, l'immoralité et l'impiété régnaient, el qui contenait environ trois mille har; bitants; quand il l'a quitta au bout de quatorze ans, il avait complètement tran^fbrmié eetie paroisse.
cCeite ville, avant sa venue ;, diti.le
docteur Bâtes, était semblable à une pièce de terre sèche et stérile , mais, par la bénédiction que le Seigneur répandit sur ses travaux , elle ressemblait à un paradis. Les mauvais étaient devenus bons, et les bons meilleurs. Le nombre accoutumé de ses communiants s'était élevé à six cents; et cde ceux^à » dit Baxter lui-même, il n*y en avait pas douze dont je n'avais pas bon espoir quant à Ipur sincérité. > Le jour du Seigeur était entièrement respecté et observé ; il disait : < En traversant les rues vous auriez entendu des centaines de familles chantant les psaumes et répétant le sermon. « Quand il y arriva , il y avait à peine une famille dans chaque rue qui célébrât un culte domestique; quand il en partit, on aurait à peine trouvé une famille dans chaque rue ob ce culte n'eût pas lieu , et il en était de même dans les auberges et dans les lieux publics. Il y avait même peu de familles incrédules dans lesquelles il n'y eût
BIXTKE BT SON TBVPS. 167
pas quelqu'un de leurs membres couver-^ tis. Plusieurs parmi les plus pauvresi étaient iellemenl versés dass la théolo* gie, quHls eorapreuaient touil ce qui s*y raUachait^ei éiaieoi capables de iuger les diffieultés les plus oteeures de la po« léfflique religietise, Qoelques-uifis élaieni etpaMes de prier de telle maaière, que peu de mioistres les auraieÀC surpassés en abondance, en expressions choisies^ en ferveur et en sainte onction ; et ce qui était mieux encore , e'est qne la na** ture de leur âme et la pureté de leurs vies étaient eneore plus dignes de louanges que leurs dons.
Le grand instrument auquel Baxter attribuait ses succès surprenants était son système des visites à domicile et de ses conférences régulières et privées avec ses paroissiens. Il n*est aucun doute qu*il ne fît par là un grand bien ^ et d'autant |>Ios grand que c*étaît quelque chose d'entièrement nouveau dans son temps.
Néanittoins on est forcé de convenir que.
168 BAXTER IT SON flMPS.
dans la paroisse la mieux organisée des temps modernes , on n'a jamais obtona des faits aussi surprenants que ceux observés à Kidderminster. Et la vèritaMe raison de cela , c*est qu'aucune paroisse n'a eu le bonheur de posséder dans son sein un levier aussi puissant que Baxter.
Pendant que quelques théologiens dispataient sur le droit divin de Tépiseopat-oa du presbytère , ou qu'ils coupaient ud cheveu en quatre , au sujet de la réprobation et du libre arbitre , Baxter faisait toujours ses visites de maison en maison, suppliant les hommes, pour l'amour de Christ, de se réconcilier avec Dieu^el de fuir la colère à venir. Pendant que d'autres s'enfonçaient dans la politique et enterraient leurs morts parmi les pots cassés de la terre, Baxter vivait comme un homme qui a crucifié sa vie, et il pré* chait journellement l'Evangile. — Je soupçonne qu'il fut le meilleur et le phis sage pasteur qu'aucune paroisse d'Angleterre ait jamais eu, et qu'il fut un mo^
BAITBR BT SOU TMPS. 16&
(iéle que beaoroop de ttoifs detrafeAl imiter. — N*aî-je doue pis raisM éb dire qu'il eût élé mal de hisser dan» la roQille de Toubli «n instrument si brillant , et qu*an tel homme méritait d*èlre ioaé?
Je vous dirai de plus que Baxter fiU un des plus aetift écrivains rftigieùx que le mande ail jamais vus. On pebt difficilement se faire une idée du nombi% immense d'ouvrages théoiogîques qn^it écrivit pendant les cinquante années de' sa vie. Il est constaté qu'ils rempiiriiienft soixante volumes in-octavo, ne comprep»
uânt pas moins de trente^inq mille pages d*impres$ion serrée. Il va sans dire que ces ouvrages n^ont pas tous un mérite égal, et que plusieurs ne valent pas là peine d'être lus. Semblables aux vaisseaux de Tarsis, ils contiennent non^ seulement de Tor, de l'argent et dé rivoire, mais encore des singes et des' paons en grand nombre (1 Rois, X ,99).
Toutefois, après cette rédaction ;' Itts
écrits de Baxter coDlienQent en général une grande quantité da Yérités solides , et qu*il a souvent présentées de b manière la plus expressive et la plus su* périeure. Lb docteur B4rrow> qui était un juge compétent, disait < que ses écrits pratiques ne furent jamais surpassés, et ceux relatifs à la controverse rarement réfutés. > L*évéque Wilkins déclare « qu*jl avait médité à fond chaque sujet qa'il traitait, et que, s'il avait vécu dans le temps de la primitive Eglise , il aurait été un des Pères de TEglise \. et que c'était assez pour un siècle de produire un seul homme de la valeur de Baxter. » L'excellent W" Wilborforce disait : < Sesi écrits pratiques sont un trésor de sagesse chrétienne. > Et il ajoute : < Je ne peux m'empécher de classer parmi les ornements les plus brillants de TEglise (TAagletorrc ce grand homme qui fut si honteusement rejeté de TEglise en 1663. >
Aucun homme certainement n'a jamais écrit trois livres tels que les trois chef»-
d'œuVfe d^ Baxier t k Éepês éimîet des SkiiHis, le Pasteur ré/brmé et Itit^tVtfe Dieu émsi fwcam^erUs. Je crois qoe isès trois ontragm ont été M Uiié4ictioii 4 des milliers d'âmes , et suffiraient seuls pouf placer leur auteur au premier rang des théologiens. CHi imprima dans une seule année 90,000 exemplaires de te oote de Dieu unx Inamvertis^ Six frères fîiiétki convertis simultanément par sa \eétbre. Le missionnaire Elliot en faisait dii si grand cas, qu'il le traduisit en indov.et le mettait immédîatefnent après la Bible.*^ Et en effet, quand vous considérez que les écrits de Baxter furent composés a*» milieu d^une vie excessivement occupée, et dé cruelles persécutions , souvent sous le poids de souffrances de corps très-graves, on ne s*élonne pas seulement quil ait autant écrit , mais que ce quii écrivit fût aussi bon. Le monde n'a jamais vîi une telle activité et un emploi de temps Si merveilleux. Tai doublement raison de répéter qu'un tel homme tnérited'ètre loid&.
179 BAXTIR ET SON TIlIFft.
De plus , je dois vous ftire connaître que BaaOer fui un de% martyre qui êouffirii le plus par amour pour la vérité que VAngleterre ait jamaie vu. Natarellement je ne prétends pas dire qu^l fut appelé & sceller sa foi de son sang , comme le firent plusieurs de nos réformateurs protestants ; mais il y a td genre de souffrances infligées par des peraécatîons et des emprisonnements aussi difficiles à supporter par les saints da Tout-Puissant que l'effusion de leur sang. Il y a une mort de tous les jours , qui, pour certaines natures, est pire que la mort du bûcher. Si quelque chose peut éprouver la foi et lasser la patience, c'est, je pense, la continuité des persécations de tout genre qu'endura Barter pendant les vingt-neuf dernièires années de sa vie. Il n'avait ni volé, ni tué, ni fait tort à personne. Il n'avait propgé aucune hérésie. Il croyait tous les articles de la foi chrétienne , et cependant ni voleur, ni criminel de nos jours.
BâXTER BT SON iTBHN. -fl@
m -fut traité aussi ia^igteneBi i|iie «ë dff^ i homme. ^^ViOtts diifO' combien de fiMslilifui ciftéiea justîœ^imis & Tamiemki tenu au «eoret ,.> emprisonné et transporte d'un Ucu àunr autre^seraii uneitàehe infnie. -Et il' serait à. la fois pénible cf sànS'iiiilité de^ciirr toutes les bidenses injustices attxcpielles ii fut soumis, iç me permettrais de tous en citer ua seul exemple, et/)e choisirai pour cela soA procès devantle chef delà justice,'J^ffrey.
Ce fut en 1685 que Baxier fwl , cité deYaml Jeffrey, à Westminster^^ilal) , sous préirention d'avoir publié des écrits séditieux, à Fégard des évéques,danfc un commentaire du NouTeau^Testamend qu'il avait' récemment composé. Jamais accusation moins fondée n'avait été formulée. Le livre existe encore etcfaacup pourra voir, en y jetant les yeux un instant, quelles passages réputés séditieux ne Tétaient nullement.
Fox, dans son Histoire du règne de Jacques II , nous dit clairement c que
le motif réel du procès était le désir de se venger d'un éminent prédicateur parmi les dissidents, qui jouissait d'une haute renommée parmi les siens, et qu'on supposait favoriser les opinions politiques des whigs...» Un long récit de ce procès, retracé par un sténographe présent, nous fournit une peinture si vivante de la manière dont s'administrait la justice du temps de Baxter, qu'il ne sera pas hors de propos d'en fournir ici quelques échantillons.
Dés Touverluredu procès, il fut aisé de voir quel genre de verdict on avait l'intention d'obtenir. Le lord-chef do la justice procéda contre lui comme s'il avait été accusateur et non juge. Il descendit à l'égard de l'accusé à un langage plus convenable à Bdlingsgate qu'b une cour de justice. Los défenseurs de Eixter furent l'un après l'autre injuriés, réduits au silence, ou au moins interrompus par les plus violentes invectives dirigées contre l'accusé.
BARtBR ET SON TESM. ttH
Le lèrd-chef de ta justiee s'oublia jusqu'à «mr : «Cest un Vieux coquin qui a empoisminé le monde atec sa dodriile de Kidderminsler. Il eneofirageait les femmes et les filles à apporter leurs joyaux pour servir à payer la guerre contre le roi de bienfaisante mémoire ; un vieux pendard schismatiquel un fripon hypocrite! »
Peu aprèà oe début , il appela Baxter une vieille tète à perruque, un ingrait fripon, un chien orgueilleux, opiniâtre et • fanatique, t Pendez-le, disait-il, ce vieux coquin ; il a fait plus de tort à là constitution et à la discipline de notre Eglise , qu*on ne pourra en réparer en cent années ; mats il sera traité pour cela comme il le niérite et je le ferai fouetter par toute la ville. >
Peu après , quand Baxter voulut dire quelques mots pour sa défense, Jeffrey l'arrêta en lui criant : t Richard, Richard , crois-tu que nous voulons t'en*tendre empoisonner la cour par tes pa-
476 BAXTBR ET SON TBlipS.
rôles? Richard, tu es un vieaiL coquin, tu as écrit plus de livres qu*il dVd faut pour charger un char, et chacoD d*eax est aussi plein de sédition (je poçnrrais dire de trahison ) qu'an œuf est plein de nourriture. Si tu avais été fouetté il y a quarante ans pour te guérir de U manie d'écrire , c'eût été bien heureux. Tu prétendais être un prédicateur de l^Evangile de paix , et tu as déjà un pied dans la tombe. Il est temps de penser au compte que tu vas avoir à rendre. .Tu vas être laissé à toi-même , et je yoîs déjà que tu continueras comme tn as commencé; mais grâce à Oieu j^anrai l'œil sur toi. Je sais que tu as un parli puissant, et je vois dans les ooins de cette salle un grand nombre de tes confrères; ils viennent voir ce qui va arri* ver à leur chef. Mais , par la grftee de Dieu, je vous écraserai tous. — Voyons, qu'as-tu à dire pour ta défense, vieux pendard, voyons parle l... » Voilà comment les choses se passèrent au prooès
BAXTKR BT S9N tKIM. fPl
de fiaxler . Les extraits q«e f ai dooofe n'en cfteDt qu'une prtite partie.
n est superfia d'ajoater que, devant unie eour composée comme celle qui jugeait Baxter, il fatnatarellement ti^uTé <»upable. Od le condamna à une amende de 500 mares qà*on savait quH ue pourrait pas acquitter, et à rester eA prison jusqu'au paiement de cette somme; il M,' en outre, placé en surveillance pendani sept années avec garantie de sa bouse conduite. El le résultat de cette affiiire lui que ce pauvre vieillard , malade, veuf et sans enfants, âgé de soisante^éix ans , lut enfermé pendant deux ans^ danS' la prison de Soutbwark^
Il est inutile, j^espére, de vous dire', dansrasinée<1853,qu*un procès sembla«ble à oefuMà fut une honte pour la magistrature de ' TAngleterre , et une plus grande tnbmie pour ceux qui furent chargés ^e le poursuivre ; il est commua néineni reçu que ce ftit Sherlok et L*E!9tr»ge qu^il faut en accuser. Je crois.
178 BAXTER BT SON TBVP8.
grâces à Dieu» qoe le temps de procès semblables esl à jnmus passé pour TAngleterre, •— quoiqa*on en puisse trouver encore une imitation en Italie.
— Malheureux estcepaysoùunvil et bas espionnage est encouragé, — où les terreurs de la loi sont dirigées plutôt con* tre la saintelc, contre la religion scripturaire et la liberté de pensée, que contre le vice et Timmoralité , — et où le sanctuaire de la justice est coBSicré à Tavancement de certaines vues politiques , ou destiné à complaire kée misérables susceplîbiliiés ecclésiastiques.
Mais il est bon que vous sachiez que, malgré ces injustes précautions, la grice cl la patience de Baxter ne lui firent jamais défaut. Il disait k Westminster^ Hall : c On comprendra , sans doute, un jour, quelle sotte espèce de protestants fiont ceux qui en persécutent d'autres. »
Quand il était maltraité, il ne répondait rien ; il bénissait quand on le maudissait, — et quand on lui faisait du mal il
AàXTBR ET SON TIMF8. 179
priait. Peu de martyr» ont jamais glorifié Diea par leur supplice plus ou même autant que Baxter peadant les vingt années de maatais traitements qu*fl eut à supporter de la pari de gens qui s*appe^ laient protestants. Je dis donc encore une fois qu^un tel homme mérite bien qu'on s'en souvienne.
J'espère vous avoir convaincus, et que vous conviendrez avec moi qu'il est des hommes des temps anciens dont il est utile d'examner et d'admirer Je carao^ tère, que Baxter est ineonlestabFemenI de ce nombre, qu'il était un homme vrai et un béros spirituel.
Je ne vous dis pas de le regarder comme une^. perfection et un être sans défaut, pas plus que Cranmer, Calvin , Koox et Wesley. Je ne défends pas du tout quelqves-unes des opinions de Bax-^ ter. 11 cherchait à systématiser des choses qui ne pouvaient pas Tètre, et en cela il se trompa. Vous ne trouverez peut* être pas dans tous ses écrits l'Evangile
aussi clairement annoncé que dans ceux d*Owen, de Bridge et de TrailL Son jugement ne fut pas toujours parfaite- <aent juste. Je regarde son refus d*un évèché comme un malheur et une faute.
Par ce refus , il repoussa une occasion glorieuse de fuire un grand bien. Si Baxter avait été assis au banc des évèques dans la Chambre des pairs, je ne crois pas que Tacte d'uniformité eût jamais passé.
Mais dans un temps comme celui où nous vivons 9 vous devez prendre les vrais chrétiens tels quils sont; il n'est pas donné à un homme mortel d'être sans défauts. Prenez Baxter avec tous les autres, et vcuks verrez qu'il y a peu de ministres anglais de TEvangile dont le nom mérite une plus haute estime que le sien. Ceux-ci Font surpassé en certains don^, ceux-là en quelques autres; mais on trouvera rarement autant de dons réunis en un seul homme, — qu'on en voit en Baxter : unegrandesain^
BAXTBR BT SON mtPS. 181
tetè personnelle , — un immense pouvoir de prédication, — une habiletc pastorale incomparable, — une activité infatigable comme écrivain , -«- une douceur et une patience dans les persécutions les moins méritées que rien ne pouvait lasser. — Toutes ces choses sr trouvent réunies dans le caractère de cet homme. Accordez -lui donc une place élevée dans la liste des grands et excellents hommes. Honorez-le comme il mérite de rétre et reconnaissez que ce n*es( pas peu de chose que d'être le compatriote d'un tel homme.
Les jeunes chrétiens, auxquels j'adresse cet écrit, sont particulièrement bien placés pour apprécier les services rendus par Baxter; — car, soit que je leur parle comme à des individus isolés , soi l comme à un corps, et faisant partie de rUnion chrétienne des jeunes gens , s'ils regardent à la tâche qu'ils ont embrassée de lire la Bible , de la répandre , de l'expliquer, de combattre avec foi et
persévérance les errears et ririCrédulité de la société au milieu de laquelle ils sont appelés à vivre , ils doivent se rappeler qu'ils sont redevables de ces privilèges et de cette liberté à la lutte et aux souffrances que Baxter et les hommes do son bord ont souffert pour la vérité. Ces martyrs ont semé la précieuse semence , et eux sont appelés à marcher sur leurs traces; peut-être sont-ils destinés à semer au milieu des larmes, de la fatigue et de circonstances décourageantes, mais qu'ils se rassurent, car ils moissonneront en leur temps les fruits de leurs labeurs, — et qu'ils n'oublient jamais que ce sont les combats jusqu'au sang, de ces hommes dont le monde n'était pas digne, qui leur ont conquis cette liberté et ces privilèges, et que ces hommes étaient les puritains.
Ouil les puritains I je ne crains pas de le dire, quoique nous vivions dans un temps où beaucoup de gens leur jettent la pierre. Vous entendrez souvent
BAXTBR BT SON TBMP0; |8S
sor fotre route des gens qui s*en moqa^ ront, qui les appelleront séditieux, re* belles quant à César, — et ignorants , fanatiques, hypocrites ou enthousiastes quant à Dieu. — Vous entendrez sou« vent des demi-eatholiques romains, fratehement debirqués d*Oxford, enflés de leur vues nouvelles sur ce qu'ils appellent la succession apostolique, et fiers d*une petite autorité officielle , chercher à déprécier et tourner en dérision les puritains, comme des hommes à peu près dépourvus d'instruction et de véritable piété, tandis qu'en réalité, ils sont eux-mêmes à peine dignes d'être assis à leurs pieds et de porter leurs livres. Je pense que vous n'accueillerez jamais de tels récits et de telles calomnies.
Mettez-vous bien dans l'esprit qqe^ pour la saine doctrine et la spiritualité , unie au savoir, les puritains sont à la tête des théologiens anglais. Malgré toutes leurs fautes > leurs faiblesses, leurs
184 BAXTER ET SON TBim.
défauts, seuls ils maiotinreat pur et brillant le flambeau de la religion éyan* gélique en Angleterre au temps des Stuarts ; seuls ils empéclkèrent les tendances catholiques romaines de Laud , de replacer l'Angleterre dans les chaînes de Rome. — Qu'on se rappelle toujours qu'ils combattirent pour la liberté religieuse, dont nous avons recueilli les fruits, — qu'ils détruisirent le mauvais esprit de persécution inquisitoriale que les hommes de la haute Eglise mal conseillés essayèrent d'introduire dans ce pays, et rendez-leur l'honneur qu'ils méritent. Ne souffrez pas qu'on parle légèrement d'eux en votre présence ,rappelez-vous ce que vous leur devez.
Respectez leur mémoire. Défendez-les courageusement. Leur cause est celle de la pure religion évangélique. C'est k elle que nous devons la liberté d'avoir la Bible, de la lire et de prier ensemble.
C'est la cause de la liberté de conscience.
Tous ces avantages sont dus à Baxter et
Morwk BT son fBM. f85
aux poritains ; n'ofMkt pns les obtifations que tous leur ates.
Et mamienafii je condurai ett vovs di- SMt (fiie tes derniers jours de Baxter forent aussi remarquables que farail été sa vie tout entière. H descendit dans la tombe avec airtant de calme et de paix , que le soIeH fwmd il stt eoicbe dans un beau )Mir f éfé. Et son lit de mort fut glorieux.
J^aime h sarotr comment meurent kf grands hommes. Il ne me suffit pa^ de savoir que ces hommes sont grands dans rakondanoe des richesses et das honteurs. J'ai besoin de les voir tels en préseflce de la tombe. — Il ne me suffit pas de savoir eomment les hommes se omnperieiit ea présence des rois , des évéqves et des parlements:; mais de connaître comment ils vont k lia rencontre éa reèdes épouvantements , et comment ils* se sentent à ta perspective de paraître devant le Roi des roi^. Je loe dêle de ertte grandeur qui dMmdonae
rhomme à son dernier moment. J'aime à assistera la fin des grands hommes, et je vous prie de m*accorder encore qaelques instants pour vous parler de celle de Baxter.
Il est peu de lits de mort peut-être , qui aient jamais été plus instructifs que celui de ce pieux puritain. Son ami, le docteur Baies, en a fait un récit délaîllé, et je ponse que la citation de quelques faits détachés sera une conclusion convenable de cette lecture.
La dernière maladie de Baxter le sur* prit, vivant tranquillement à Charterhouse-square , près de la maison d'assemblée de son ami le docteur Sylvestre.
Il y avait joui d*une grande tranquillité pendant les quatre dernières années de sa vie. La liberté de prêcher les choses qui regardaient le Seigneur Jésus^hrist| sans qu*aucttn homme pût Fempècher, avait été finalement pleinement conquise.
<C*est là, dit le docteur Cala my, qii*il avait coutume de prêcher avecaoegraDde
Kberté sur un autre monde ^ comme qoelqu^un qui y aurait déjà été, et en serait revenu; comme un messager, pour raconter ce qui s*y passe. » La tempête de la persécution s'était enfin apaisée. Les vents et les vagues, qui, pendant si longtemps, avaient roulé sur lui, étaient enfin calmés. Et le saint puritain pouvait enfin, par la grâce de Dieu, aborder les rives du Jourdain par un grand ealme.
11 continua à prêcher si longtemps, malgré Taffaiblissement de son corps, que la dernière fois qu*il monta en chaire, on crut qu'il y mourrait. -^ Quand enfin la maladie le força d'abandonner son œuvre chérie , et de ne plus quitter le lit où il devait mourir, elle le trouva le même homme qu'il avait été pendant cinquante années. Ses dernières heures furent employées à préparer les autres et à se préparer lui-même pour aller à la rencontre de son Dieu. H disait aux amis qui venaient le visiter :
«Vous venez ici pour apprendre à mourir. Je ne suis pas le seul qui doive partir. Gardez-vous de ce monde trompeur et des convoitises de la chair; assurezvous que vous avez choisi Dieu pour votre portion , le ciel pour votre patrie , la gloire de Dieu pour but , et sa parole pour règle. Alors vous ne craindrez plus la mort et vous la rencontrerez avec consolation. »
Jamais pécheur repentant ne fut plus iiumble, et jamais croyant sincère ne fut plus calme et plus joyeux. 11 disait: «Dieu pourrait me condamner avec justicepoor la meilleure des actions que j*ai faites , et toute mon espérance reposesur la pure grâce de Dieu en Christ. » Il disait souvent : < Je crois plus fortement que Dieu me pardonnera, que je ne me pardonne -moi-même, i
Après un sommeil, il se réveilla en disant : c Je me reposerai de mes imvaus. » Alors un ministre, qui était présent , ajouta : < Et vos œuvres vous sai-
BAXm IT son TWS* fM
mmi ; > et il répliqn : « Noo pas nts QMiTres, je tes afaaadloniie toalcs, si Diea teat bien m*ac<order le repos. > Quand m Mftî le ceéscdail par te souvenir du grand bien qne bu ataieniliA ses écrits, if lui répondri : € ie B*étais> qne la plume dans la main de Dieu , et qurile est la valeur d'nne simple plume? >
Quand Texlréme souffrance? le faisait langnir après la mort, il se censurait lai-même , et disait : c C'est mal à moi de te prescrire, quand tu voudras , comment tu voudras, et ce que tu voudras.»
Etant dans une grande angoisse, il di-> sait : cOb I combien ses voies sont insondables, > et il ajoutait I ses amis : c N'accusez pas ta religion de ce que vous me voyez souffrir. »
Questionné souvent par un de ses amis comment il se sentait dans noBraie intérieur , il répondit : € J*ai une ferme espérance de mon bonheur éternel, une grande et consolante paix au-dedans de moi, mais mon chagrin est de ne pou-
voir Texprîmer d*une minière plus triomphante en raison de mon extrême souffrance. » Et il ajoutait : « La chair doit périr, et nous devons sentir la dou* leur qui accompagne celte mort; et quoique mon jugement se soumette, la chair souffre et murmure. »
Un noble de ses amis lui demandant s*il éprouvait une grande joie de sa foi à rapproche du monde invisible, il lai répondit : «A quoi pensez-vous que servirait le christiîinlsme sans cela ; > et il ajouta : «Que la contemplation de la divinité dans sa gloire et sa grandeur était trop élevée pour nos pensées, mais que la considération du Fils de Dieu ayant pris notre nature, et celle des saints que nous avons connus et aimés actuellement dans les cieux adoucissait beaucoup pour lui et familiarisait sa pensée avec ridée du monde invisible. > La description des cieux, contenue dans le XII** chapitre des Hébreux, eommeoçanl par rinnombrable compagnie des anges
BAXTBR ET SON TKffiPS. 191
eiflnissaDi par Jésos le médiatear et le sang de Taspersion, ayait toujours été poor lui (Tune grande consolation* c Cette portion de PEcriture fait naitre des milliers de réflexion;» et il ajoutait^ c Oh ! combien est consolante cette promesse que rœil n'a point vue, que Toreille n'a point entendue, et qui ne serait jamais montée au cœur d'aucun homme ; ce sont des choses que Dieu a résenrées À ceux qui Taiment. »
' Dans un autre moment, il disait qu*il avait trouvé une consolation et une grande douceur à répéter les mots de la prière du Seigneur; et il s*affligeait qu'il y eût chez quelques hommes pieux des préventions contre son usage, car il y trouvait toutes les demandes nécessaires pour le corps et pour l'âme. »
Il donnait d'excellents conseils aux jeunes ministres qui venaient le visiter à son lit de mort ; il avait Fhabitude de prier avec ferveur, pour que Dieu héûtt leurs travaux, et quilles rendit
193 BAXm ET SON TUIP8.
profitables k la conversion de beascoop d*àines à Christ. — 11 témoignait une grande joie de Tespoir qu*il avait que Dieu ferait beaucoup de bien par leur moyen 9 et qu'ils apporteraient dans Texereice de leurs fonctions un esprit modéré et paisible.
11 n'oubliait pas non plus le monde qu'il était sur le point de quitter, et il priait fréquemment Dieu d'avoir pitié de ce monde misérable et distrait , et qu*il conservât son Eglise dans ce même monde.
Il avertit ses amis de se garder de la présomption, comme d'un péché qui menaçait de perdre l'Angleterre. — Quelqu'un lui ayant demandé si son opinion avait changé sur quelques-uns des points de controverse, il répondit:
cCeux qui désireront connaître mes sentiments n'ont qu'à lire mes écrits, ee que j'ai fait n'était pas en vue de ma réputation , mais de la gloire de Dieu. »
Le jour qui précéda sa fin , le doctesp
hàxnm BT son tihhi, 188i
BileB le visila , ei loi ayMt adressé quelque paroles de eoiraoiâUoii, Baxter; lui répondit : « Je aoufrre beaucoup , il n'y a pas à raisomier airec la douleilr ; mais yai la paix. --- J'ai la paix I » — Hâtes lui dit qu'il allait vers nabtlation après laquelle il soupirait depuis long* temps; et il répondit : c Je le crois , je le crois. » Il exprimait un grand désir de moorir. Quand on lui demandait, diH raai sa maladie» eomment il était, il répondait : < Presque bien ; » ou bien :
c Mieux que je ne mérite d'être; main moins bien que je n'espère être bientôt.»
Ses derniers mots , adressés au docteur Sylvestre, furent : € Que le Seigneur nous enseigne à mourir. >
Ge fct le mardi 8 décembre 1691 , que la tftebe de Baxter fut accomplie» et qu'il entra enfin dans < ce repos éternel des saints» qu'il avait si admirablement dé« cril dans son ouvrage qui porte ce titre.
Il fut enseveli à ChrUlchurch , au m^ lieu des regrets et des larmèe de beai-
id4 BAXTBR BT SON TBHPS.
coup de ceux qui connaissaient ce quMI valait, quoique le monde et rE(;lise établie d^alors Taient méconnu. Ses funérailles furent de celles qu*en peut dira au-dessus de tout honneur visible, c II fut porté dans sa dernière demeure ptr des hommes pieux, qui menèrent un grand deuil sur lui.»
Il ne laissa pas de famille, mais laissa après lui des centaines de fils et de filles qu'il avait enfantés au Seigneur par VEarprit. Il laissa des ouvrages qui sont encore adoptés par la grâce de Dieu dans toutes les parties du monde, pour réveiller et édifier des âmes immortelles. Je ne doute pas, qu*au matin de la résurrection, des milliers ne se lèvent pour remercier Dieu pour la grâce et les dons (|u'ils ont reçus du vieux puritain du Shropshire.
Il laisse un nom qui sera toujours cher à tout homme qui aime la sainteté et k tout ami de la liberté religieuse. Aucun Anglais peut-être n*a fourni un exemple aussi parfait de la première, et n'a autant
BAXTBfi ET SON TBMPS. 195
fait poar avancer la seconde, que Richard Baxter.
Je citerai , en finissant, le dernier paragraphe du sermon de funérailles, prononcé par le docteur Bâtes k Toccasion de la mort de Baxter. — cBéni soit Dieu de ce qu'il lui a plu de prolonger la vie si utile et si bienfaisante pour le monde de son serviteur, et de ce qu'après l'avoir rassasié de jours , il l'a transporté doucement dans les demeures célestes. >
Je terminerai ce récit par le souhait de mon cœur. Puissé-je, pendant les jours qui me restent encore à passer sur cette terre, vivre entièrement pour la gloire de Dieu comme il a vécu. — Et quand j'arriverai à mon dernier jour , puissé-je mourir dans la même paix ou il est mort et être avec lui pour toujours dans le royaume de la lumière et de l'amour.
GEORGES WHITEFIELD.
n est quelques hommes dans Thisloire dont persomie ^ doué de sens commun , ne song^ à contester la grandeur. Ils dominent le niveau général de l'humanité , comme le Partbénon, les Pyramides et le Cotisée dominent les autres monuments.
Tels ont été Luther et Augustin, Gustave- Adolphe et Georges Washington, Chris« tophe Colomb et Isaae Newton ; celui qui met en question leur grandeur peut être considéré comme un homme ignorant »
prévenu et excentrique, et Topinion publique a conclu à leur sujet qu'ils étaient des grands hommes.
Cependant, il est aussi des grands
198 GEORGES WHITEFIELD.
dont la réputation reste ensevelie sous le poids du mauvais vouloir et des faux jugements do leurs contemporains.
Le monde ne les apprécie phs parce que le monde ne connaît pas leur valeur réelle. Leurs caractères sont arrivés jusqu'à nous au travers de canaux empoisonnés. ' Leurs portraits ont été dessinés par la main malintentionnée do leurs ennemis. Leurs fautes ont été exagérées, leurs mérites malicieusement méconnas à dessein. De même que les fameuses sculptures de Ninive, ils ont besoin de la main de quelque Layard érudit pour enlever les décombres qui se sont accuma* lés autour de leurs noms et les présenter au monde dans leurs belles proportions.
Tels ont été Vigilantiuset Wickleff, Olivier Cromwell et bon nombre de.s puritains ; et tel a été Georges Whitefleld , dont je viens vous entretenir aujour* dhui.
Il est peu d'hommes dont le caractdra ait eu autant à souffrir de Tignorance et
GBOMCS WBfTBTMLB. IM
de la calomDie que celui de Georges Wbitefield.
Qu'il fût un célèbre méthodiste ei un dlié de John Wesiey dans le siècle dernier , que la masse ignorante du peuple accourut en foule à ses prédications , et qu'il fût regardé par plusieurs comme un enthousiaste et un fanatique , c*est k peu près tout ce que le plus grand nombre dés Anglais savent de lui.
. Mais qu'il ait élé dans notre pays un des principaux champions de la religion évàngélique dans le dix-huitième siècle ; qu'ilaitété un des plus puissants et des plus actifs prédicateurs qui fut jamais ; qu*il aitété un homme d*uùe extraordinaire sagacité de vues et d'un grand dévouement aux intérêts de la vraie religion ; qu'il ait été un ministre régulièrement consacré de l^lise d'Angleterre et qu'il ait toujours travaillé dans l'Eglise, si l'Eglise ne l'eût imprudemment mis dehors, ce son!
tout autant de faits que peu de gens connaissent, et cependant tel est le jugement
*30ff GIOR6K8 WHITKFIIUI.
que f ai It convictioD qu'on doit porter sur Georges Whitefield, après an extmen attentif de sa vie et de ses écrits.
Mon principal désir aujounPbiri ost d'aider de jeunes hommes k se fbriMr une juste idée de la valeur réelle de Wbtlefield , et d*aider i arracher son dobi k la place indigne qui lui est commiMaément assignée. Je voudrais [e phcer k vos yeux comme un noUe spécimen de ce que la grftce de Dieu peut mettre un homme en état de faire, el grtver son nom dans votre souvenir, comme Ften des plus lumineux parmi cette compagnie de saints qui nous ont précédés, qvrfurent en leur» jours des OMclétes de bonnes œuvres et desquels le monde n'était pas dignt.
Je me propose maintenant, sans antre préambule, de vovs donner une rapide esquisse de T^po^tie de Whitefield, de ta vie de Whitefield, de la reft^ton de Wbi^ tefield, de la prédkaiim de Whttefleid, et de Yœwvre uetuette de WhitefleM sur la terre.
Tépoque de WkitefieU etil une de celles qu'on dte^rait toujours dier dans UQ temps comme eeluinci ; saus cétii porsottue n'a le droit de formuler use opinion sur rhomiBe , non plus que sur ses actes. Telle conduite qui^ dans un certain temps, peut paraître, imprudente, extravagante et indiscrète , peut être réipotée sage, prudente et même absolument nécessaire dans un autre. £n formant votre opinion sur les mérites comparatif de divers chrétiens, B'ouUiez jamais cette vieille règle : « Discernez les temps. > Placec-vous dans la position de chaque homme et ne jugez pas que telle ligne de conduite était droite dans un temps {>arco qu*cUe vous semble être telle dans le vôtre.
Or, le temps où vécut Whitefield est saas aucun doute le plus mauvais qui ait jamais été connu en Angleterre depuis la Réformation du seizième siècle. Il n^yeut januis de plus grande erreur que d'en parler comme c du bon vieux temps. »
SOS GEORGES WHITBFIBLD.
L'époque da dix-buitiéme siècle fut inconteslablemeni le «mauvais vieux temps. • Whiiefield était né en 1714; il mourut en 1770. Ce n*est pas trop dire que d'affirmer que ce fut précisément Tépoqnela plus sombre que l*Angleterre ait traversée durant les trois derniers sièrles. Il est difficile de concevoir rien de plus déplorable queTétatde cette contrée, quant à la religion , la morale et les principes depuis 1700 jusqu'aux approches de la révolution française.
L'état d'alors de la religion dans l'Eglise établie ne pouvait être comparé qu'à celui d'un corps gelé ou paralysé. On honorait encore les formulaires qu'on devait è la sagesse des réformateurs ; les services et les leçons d'après TËcriiure sainle existaient il est vrai dans le même ordre où nous les avons aujourd'hui, mais quant à la prédication de l'Evangile dans l'Eglise établie, elle n'existait presque pas; les doctrines fondamenlalesdu christianisme, la rédemption, l'œuvre et l'office du Christ
GBOAGIS WHITIFIBLD. 908
et da Saint-Esprit, étaient presque entièrement perdus de vue. La plus grande partie des sermons n'étaient que de mi* sérables essais de morale totalement dé* nues de quoi que ce soit qui pût réveiller, convertir, sanctifier et sauver les &mes.
La malédiction des sombres jours de la Saint- Barthélémy semblait reposer sur rEg'ise d'Angleterre; car elle ne prospéra jamais pendant tout un siècle , après qu*on en eut chassé deux mille de ses meilleurs ministres.
Il y eut bien à cette époque sans doute quelquesévéquessavantset consciencieux, tels que Secker et Gibson, Lowlh et Warburton, Butler et Hurne ; mais même les meilleurs d'entre .eux reconnurent les nécessités de leur époque. Ils dépensaient leurs forces à écrire des apologies du christianisme et à disputer contre los incrédules Ils ne comprirent pas que sans la prédication directe des doctrines essentielles de FEvangile de Christ, tous leurs
^04 OBOMIS WHITIFIILD.
Irtraux étaient vains. Et quant à la majorité des évéques , ils n'avaient qa*ane puissance négative contre le mal , et ils étaient impaissants ponr prodaire anoan bien positif j des géants pour oompriBier ce qu'ils appelaient le désordre, mais des enfants pour inventer rien qui encoarageàt l'ordre véritable; puissants pour réprimer oe qu'ils estimaient être des efforts exagérés d'évangélisation ; iMis fai* blés pour mettre en action aucun remède contre les maux de cette époque ; clairvoyants pour découvrir tout ce qui oœapait la place d'une ordonnance ou. d'un canon ; mais aveugles comme des liiipes à l'égard de ce déluge d'indolence et de fausses doctrines dont leurs diocèses étaient de toutes parts inondés.
Qu'il y eût parmi le clergé paroissial , à cette époque, beaucoup d*homiBes instruits , honorables et respectables , ee serait mal de nier; mais il est k craindre que, dans ce nombre, il y en eût liien peu qui préchassent Christ craeiflé en
«oiiGBS WHitintiA. 905
toute simplicité et sincérité. Plusieurs , dont la vie était couTeuable et morale, étaient ouvertement ariens, si ce n'est même soeiniens. Beaucoup étaient absorbés par des intérêts mondains ; ils ne faisaient aucun bien eux-mêmes et n'aimaient pas davantage que personne en fit k leur place. Ils chassaient , tiraient , buvaient, juraient, ils jouaient du violon , s'occupaient de leurs terres , portaient des toasts à l'Eglise et au roi, mais ne pensaient que peu ou point au salut des âmes.
Si un homme voulait prêcher les doctrines de la Bible, les*^rticles et les homélies, il était sûr d'être chassé comme un enthousiaste et un fanatique.
L'état de la religion parmi les dissidents n'était que de bien peu supérieur à celui de l'Eglise. La tolérance, dont ils jouissaient depuis le règne de Guillaume 11! , n'eut que de fâcheuses conséquences spirituelles pour eux comme corps. Aussitôt qu'ils cessèrent d'être persécutés ils
306 GBORGES WHITBniLD.
s'assoupirent. Les baplislei et les tnrfependanls pouvaient encore compter quelques hommes distingués comme Gill et Ginse , Watts , Doddridge et autres , mais les presbytériens anglais glissaient sur la pente du socinianisme; et quant à la grande majorité des non-conr formistea^ il faut reconnaître quils étiient des hommes bien diffcreots des Baxter» des Flavel, des Gurnall, ete.
Il s'(^leva bien une génération de prédicateurs très - orthodoxes , mais ils étaient d'une froideur désespérante ; très-consciencieux , mais absolument dénués de spiritualisme; très-persévérants dans leurs objections contre TEglisc établie, mais très-négligents à répandre un christianisme vivant.
Tai un vif sentiment de la difDculté qu'il y a à vous donner une impression exacte du temps où Whitcfield vécut. Je crains Texagération autant quequiquece soit, mais je suis entièrement convaincu
qwf*A esl difficile de rien exagérer %kr etHe partie de mon sujel.
Celait répoque où les plus grands personnages du royaume vivraient oufortement d*une façon entièrement oppo* sée à la loi de Dieu sans que personne ne les reprit. On ne saurait trouver de eoor offrant de plus grands contrasits avec celle de la reine Victoria, que celles de Georges l^ et de Georges IL
On envisageait alors la débauche et riropiété comme des choses permises et convenables; d'après la connaissance que nous avons des hommes et des mceurs de ce temps, on pourrait définir un gentilhomme anglais comme un être qui jouait , bavait, jurait, se battait en duel, violait constamment le septième commandement, sans que personne pour cela eût une plus mauvaise opinion de lui. •
Ce fut alors qu'on vit parmi les hommes comblés des faveurs de leurs roii ^ un BoUnghroke» un Chesterfield, ua
906 GEORGES WHITEFIBLD.
Walpole et un Newcastle, et qu*ëtre inGdéle ou sceptique , qu'obtenir le pouvoir par rintrigue et le eensenrer par les plus grossières et les plus notoires indélicatesses , n'était pas considéré comme un déshonneur.
Tel était le manque absolu de religion, de moralité et de principes dans ce pays, que de tels hommes l'étaient pas seulement tolérés , mais même admirés.
Ce fut dans ces jours-là que l'historien Hume publia son ouvrage qui lui acquit une si grande réputation, et qu*il reçut en récompense une pension. Cétait un incrédule avoué. Ce fut alors que Sterne et Swift écrivirent leurs savantes, mais indécentes productions, quoique tous deux fussent des ecclésiastiques haut placés dans l'Eglise ; et le public n'y vit aucun mal. Fielding et Smolett étaient dos auteurs très-populaires, et le goût des classes élevées comme de celles qui ne l'étaient pas était servi à son gré par
WlIflilILli. fO§
RodatM lUkMioiii , Pmrtirine-Ptckie , J<h
CM AateM» é]MM|iie qm Knox distîl iÊlUmmMiÊÊûkm de la pkHosopkie éhré-
«Pkuneara dc& kommes* le» plas édtirét et des teri?Mos les plus atmodanto svr de» sujets de théelogie ignoraient t o tol em eat ce que e*e9t que le cbristianiapew Cétaieftl diingénieux philoMphes paiéBS qiui prenaient le nom de chrèti0D8, el qui a^effofçaienl de pagaiiser le lAirietiamsme pour plaire an mende.»
CMaitle teap&eArarchevéqueDrimmosd (1760) oseit appeler obscures et vides de sens les questioDS sur Finflvenee du Stini-fisprit, sur Feflicaee de kl grftce, nm la prédestination, sur rinputatia» de la justice de Christ, sur lijistifieatioo s»ns les. œuvres; questions, disait-il , qui ont depuis te commence* ment inquiété, égaré, perverti, divisé el blessé le christianisme; où Tévèque Warburton considérait que renseigne-
%10 GE0RGI8 WHITinn».
ment du Saint-Esprit n'était autre que Tcsprit contenu dans les saintes Ecritares, et que son office de sanctidcaleur H dé consolateur ne devait s*entendre que de la charité. Si tels étaient les conducteurs de TEglise , que devait être la masse des docteurs? Si tels étaient les ministres, que devait être le peuple?
C'étaient aussi Tépoque où régnait une véritable disette de judicieux ouvrages de théologie. Los doctrines des réformateurs ét'iicnl foulées aux pieds par les hommes qui occupaient leurs chaires, c Le pain de TEglise était mangé par des hommes qui contredisaient ouvertement sa confession de foi. Les besoins religîoux du peuple étaient satisfaits par c les sermons de Tiilotson » et par le livre de YEnlier devoir de Vlwmme{\).* Une pension de ^) livres par an était donnée à Blair d'/Idimbourg pour avoir écrit des sermons , la plupart de pure
;i; Tlie Wbole dutj uriiMH.
monàêi Danitndei à des libraires d*oii- ^wngm de théologie, et ils voas di* rofltJloiis, généralemeot pariant, qa*aa*' «ta|» Rhéologie ne fut aussi dénuée de toot' nérite que celle du dix-buitième sièife.
fin^B, il n'existait alors d'autre Sodètè» pour aider à raccroissement de la Traie religion que la Société de la «on* nmiêtante ckrÂienne (1), et la Société diie }MHfr la propagation de l^ Evangile.
Et «icore leur œuvre était relativement pev de chose. Rien ne se faisait pour les Juib, rien pour les païens, presque rieo pour les colonies , rien pour les parties abandonnées de l'Angleterre , rien pour Féducation; TEglise dormait, les dissidents dormaient, la chaire dormait, la presse religieuse dormait, les portes restaient toutes grandes ouvertes, les murailles n'étaient plus gardées , Tinfidélité y pénétrait, le démon y répandait
(l)*Tke chriflian kaowledge Meiety.
313 GBOBGBS WHinniLD.
de rivraie à pleines mains ei a*y promenait en tout sens ; la noblesse se glorifiait dans ce qui faisait sa bonté» et nul ne signalait sa perversité ; le peuple péchait ouvertement, et nul ne lui enseignait à mieux faire; ignorance, débasche, irréligion et superstition se voyaient partout. Tels étaient les temps où parai Wbitefield.
Je sais que ceci est une effraytnte peinture» mais cependant die n'esl point outrée, et je suis étonné que Dieu tt*est pas balayée FEglise tout entière. Il est affligeant d*exposer un tel état de choses ; mais, par égard pour Whitefielé, il fallait que la vérité fût connue. Justice ne lui a pas été rendue parce que la situation de répoque où il a vécu n*a pas été étudiée, ni même connue. Son lemps fut un temps extraordinaire, et réclamait Tusage de moyens exiraordiuMres.
Et quoi que puissent dire de contraire des hommes tranquillement assis au coin de leur feu, en 1854, j*ai la convie-
«OMIS WBITIFItLft. 918
ti6» que Whitefield fat toat-à-fait HMane séeessaire pour son temps.
VhiÉloire delà vie de Whitefield est M tJn»Hiiéine bientôt racontée ; les faits et les ineidents qui la distinguent sont pas BMnbreux et simples, et il n*est pas besoiii^des^ anréter longtemps.
WfaHefield naquit en 17 Î4. Ainsi que beanoaop d'antres grands hommes, il était #bînûble origine ; ses parents tenaient Tauberge de la Cloche dans la Tille de Gloueester ; }*rgnore s'il existe maintenant encore une auberge de oe nom ; mais au dire de Whitefield , elle devait être de petfte importance.
Dane les premières années de Whitefield, ses disposîtioBS^araissent avoir été pea reiigieoses qneiqu'il eût de temps à aeiredes aceis de sentiments sérieui. Il parle de hil-néme comme ayant été adonné a» inensonge, à la grosiriéreté du langage et aux plaisanteries mal séantes.
Il ree(»nBatt avoir été un transgresseur du sabbat , on habitué des théâtres , un
il4 GEORGES l^'HITSnBLD.
loueur de cartes et un lecteur de romans ; tout cela eut lieu jusqu'à sa douzième ou quinzième année.
A rage de douze ans , il fut placé dans une école de grammaire à Gloucester, et on connaît peu de chose de ses progrès « excepté le fait curieux que déjà alors il était cité pour sa bonne éloculîon et pour sa mémoire ; et qu*il fut choisi pour haranguer la corporation à Tépoque de ses visiites annuelles.
A rage de quinze ans , il parut fatigué du latin et du grec et avoir renoncé à toute espérance de devenir autre chose qu'un simple artisan. Il interrompit toutes ses leçons et se mit à aider sa mère dans la tenue de sofl auberge; «h la fin, dit-il, je mis mon tablier bleu, je lavai les torchons, je nettoyai les chambres; en un mot , je fls le métier, durant près d*un an et demi, d*un vulgaire garçon de cabaret. »
Mais Dieu qui conduit toutes choses , au ciel et sur la terre , et qui appela Da-
fltOMIS WBITBFRL». 91S
yià cTaapriis de ses troupeaux pour le fairt roi , avaii préparé Whilefield pour de meilleures choses que remploi de garçon d'auberge. Des désagréments de fa^ Biille Tinrent changer ses projets de rester à rbôtei de la Cloche. Un ancien compagnon d*école réveilla en lui le désir d'aller à l'Université.
Enfin, après plusieurs circonstances qui lai aplanirent le chemin , il fut lancé à l'âge de dix-huit ans à Oxford , dans une position de beaucoup inférieure alors à ce qu'elle est maintenant, savoir celle d'écolier pauvre de l'Université au collège de Pembroke.
La carrière de Whitefield à Oxford paraît avoir été l'époque décisive de sa vie.
D'après son journal , il n'avait pas été sans convictions religieuses , durant les deux ou trois années qui précédèrent son arrivée à Oxford ; mais, du moment où il entra au collège de Pembroke , ses convictions parvinrent rapidement b la maturité d'^n christianisme prononcé; il
316 GEOafiES WUITEFIELD.
fut remarqué pour son assiduité à user de lous les moyens de grâce qui se Irouvalent à sa portée.
Il employait ses loisirs à visiter les prisons de la ville et à faire du bien. Il fit la connaissance du fameux John Wesley et de son frère Charles, qui eurent une influence décisive sur tout le cours de sa vie.
Il pencha quelque temps vers les idées demi -catholiques romaines et faillit devônir ascétique ou mystique, mais il fut délivré de ce danger tant par les avis de chrétiens plus avancés, que paria lecture de plusieurs livres, tels que celui deScôugai : «Life of God in the soûl of Man ( La vie de Dieu dan$ tàme hwnaine ) ; Law*s serions call {V Appel sérieux de Lav^) ; Call to the unconverted {La voix de Dieu aux inconvertis , de Baxter ) ; et Alarm to unconverted sinners {VAiartÊie pour les pécheurs inconvertis ^ d*Allein).»
Enfin , en 1736 , quoique à peine âgé de vingt-deux ans, il fut ordonné diacre par
GBORGES WHITBFIELD. 317
réTèqae BensoD à Gloucester, et il commença sa carrière ministérielle durant laquelle il ne se donna pas un instant de rdâche , jusqu'au repos de la tombe.
D prêcha pour la première fois à Sainie- Mmie-le-Crypt à Gloucester ; et TeSet qall produisit fut tel, que quinze personnes, dit-on , deirinrent folles, ce qui fit dire à Tévéque Benson : < Plaise à Dieu que cette folie c<jntinue.> Il accepta ensuite provisoirement une place à la chapelle de la Tour de Londres ; pendant qu'il remplissait ce poste , il prêcha continuellement dans plusieurs des églises de cette ville, et entre autres dans les grandes paroisses d'Islington et de Saint-Dunstan , de Sainte-Marguerite , de Westminster.
Dès le début, il acquit un degré de popularité, qu'aucun prédicateur avant et après lui n'a pu atteindre. C'était trop peu de dire que lorsqu'il prêchait, les églises étaient combles; elles étaient pleines à la lettre, jusqu'à étouffer, de telle sorte qu'un témoin oculaire disait qu'on au-
^18 GEORGES WHITBPIELD.
rait pu marcher sur les tètes de la foule.
De Londres , il se transporta pour quelques mois à Dummer, petite paroisse de campagne dans le Hampshire. De Dummer, il s*embarqua pour la colonie de Géorgie dans TAmérique du nord, après avoir visité Glourester et Bristol et prêché dans chaque place à des foules compactes. Le but de son voyage élait (Paider les deux Wesley dans le soin d^une maison d'orphelins qu'ils avaient établie on Gporf;ic pour les enfants des colons ([ui y étaient décédés. La direction de cet orphelinat reposa en déGnitive entièrement sur Whilefield, ce qui le chargea de beaucoup de responsabilité et d'anxiété pour le reste de ses jours, quoique, tout ))ien examiné , cette entreprise paraisse :ivoir été une entreprise d'une sagesse Irès-conlestable.
Whilefield quitta la Géorgie après deux ans de séjour, en partie dans le Lut d'être consacré ministre (ce qui fut fait par l'évèque Benson) et en partie
«•OBfiBS WHiTKFlSLD. 349
poor des affaires concernant Tasile des orphelins. Et, maintenant, nous arri- Tons à ane époque de sa vie, où il fui forcé par les circonsaances de suivre e^moie ministre une ligne de conduite à laquelle il n*avait jamais bien réfléchi jusqu'alors, mais qui fut rendue inévitable parle traitement qu'on lui fit subir.
n parait qu*à son retour à Londres , après sa première visite en Géorgie , il ne trouva plus les dispositions du clergé pour lui telles qu'elles avaient été autrefois. Celui-ci avait été alarmé par quelques expressions des lettres qu'il avait publiées et par quelques rapports reçus sur sa conduite en Amérique. Le clergé avait été scandalisé de la manière dont il prêchait la doctrine de la régénération , la présentant comme n'existant pas chez un nombre de leurs paroi^siens. Les chaires de plusieurs églises lui furent nettement refusées ; leursanciens, qui n'avaient des yeux ni pour Thérésie ni pour l'ivrognerie , furent remplis d'une vertueuse
2^ GEORGES WHITBFIELD.
indignation pour ce qu'ils appelaient la violation des ordres. Des évéques , qui toléraient rarlanisme et lesocinianisme, entrèrent dans une violente exaspération contre un homme qui prêchait avec simplicité rCvangile ; ils déclamèrent coatre le fanatisme et Tenthousiasme ; bref, le champd'activitcdeWhitefielddansrEglise fut bientôt rétréci et limité de tous côtés.
Le pas qui semble avoir décidé de la manière d'agir de Whitefleld, à cette période de sa vie, fut son adoption du mode de prédication en plein air. Il s'était rendu à Islington, un dimanche du mois d*avrîl 1739, afin de prêcher pour son ami le vicaire Stonehouse. Au milieu des prières le marguillier vint à lui pour lui demander d'exhiber sa permission pour prêcher dans le diocèse de Londres.
Whitefield ne Pavait pas plus que tout autre pasteur, officiant par exception dans une paroisse, ne Ta aujourd'hui. Le résultat de l'affaire fut que la chaire lui étant interdite, il sortit après le service
GEORGES WHITEFIELD. S3i
et prêcha dans le cimetière. Depuis ce jour il adopta exclusivement la prédication à ciel ouvert ; partout où se trour yaient de vastes champs dans les environs de Londres, partout où il y avait de nombreuses bandes de fainéants, de gens qui méprisaient TEglise et violaient le sabbat, là Whitefield se rendait et élevait la voix.
L*Evangile ainsi proclamé était écouté et reçu avec avidité par des centaines de personnes qui n'avaient jamais songé auparavant à se rendre dans un temple.
Dans tous les champs des environs de Londres f Whitefield prêchait dimanche après dimanche à des masses qui Tadmiraient^On a calculé que dix, quinze, vingt et jusqu'à trente mille personnes Tout quelquefois entendu en même temps ; et la cause delà pure religion gagnait ainsi de nombreux adhérents. Des âmes étaient arrachées à Satan comme des tisons du feu.
Mais ce mouvement était trop rapide au goût de TEglise de ce temps-là ; sauf quelques rares exceptions , le clergé ne
2^ GBORGBS WHITBPIBLD.
voulut rien avoir à faire avec cet étrange prédicateur. Bref, le ministère de Whitefield dans les chaires de TEglise établie, par suite d*un fait exceptionnel, cessa dcs-lors complètement. ^
Il aimait TEglise, ses articlesde foi, ses formulaires, il se servait avec bonheur de son Prayer-Book, mais FEglise ne voulait plus de lui, et elle perdit ainsi Tutilité de ses services ; la vérité est qu'elle n'était pas mûre pour un tel homme et trop endormie pour le comprendre. Dès cette époque, jusqu'à Theure de sa mort, c*està-diro durant pros de trenteet-un ans, la vie de Whitefield n*eut plus qu'une même direction. Tous les jours, et d'un bout de Tannée à l'autre, il prêcha presque sans relâche, sauf lorsque la maladie le clouait sur un lit de douleurs.
Il est k peine une ville un peu considérable d'Angleterre, d'Ecosse ou du pays de Galles qu'il n'ait visitée. Quand les églises lui étaient ouvertes, il était heureux d'y prêcher; quand les chapelles
GIOIIGBS WHITBFIBLD. 233
lui étaient ouvertes , il prêchait avec joie dans les chapelles ; mais quand chapelles et églises lui étaient fermées , il était toiqoars prêt et disposé à prêcher en pleio air.
Purant trente-quatre ans , il travailla ainsi, proclamant toujours le même glorieux Evangile, et toujours, autant que rhpmme peut en juger, avec le même prodîgieul effet. Dans la seule semaine de Pentecôte, après avoir prêché à Moorfield, il reçut mille lettres de différentes personnes du peuple, sur des sujets spirituels, et en admit trois cent cinquante à la table du Seigneur; et pendant les trentequatre années de son ministère, il est reconnu qu'il prêcha dix-huit mille fois.
Ses voyages furent quelque chose de prodigieux, quand on considère les routes et les moyens de transport de ces temps-là. Il visita TEcosse quatorze fois, il traversa TAtlantique sept fois en allant et en revenant; il alla en Irlande deux fois ; quant à TAngleterre et au pays de
â}4 GEORGES WHITEFIBLD.
Galles , il en parcourut tous les comtés d*nn bout à Tautre et dans tous les sens.
Vœuvre de son ministère régulier à Londres, quand il n*était pas en voyage, était énorme. Ses engagements hebdomadaires au Tabernacle ddiUsToilenb^m- Court (bâtiment qui avait été construit pour lui lorsque toutes les chaires lai eurent été refusées) étaient comme suit :
Chaque dimanche au matin , il administrait la cène du Seigneur à six heures et demie, à plusieurs centaines de communiants ; après cela , il lisait les prières y prêchait le matin et Taprès-midi ; il prêchait encore le soir à cinq heures et demie, et terminait la journée devant une grande réunion de veuves , d*époux et de femmes non mariées, rassemblas dans la cour du Tabernacle , et leur adressait des exhortations en harmonie avec leurs situations respectives.
Les lundi, mardi, mercrediet jeudi au matin , il prêchait régulièrement à six heures , et, les mêmes jours, y compris
GEORGES WHITEFIELD. 335
le samedi, il faisait des méditations. Ceci , vous le remarquerez , faisait donc treize sermons par semaine , et , pendant ce temps, il entretenait une correspondance avec des gens de presque toutes les partie^ du monde. Qu^un corps humain ait pu supporter une pareille fatigue si long^ temps, c'est ce qui paraîtra certainement fort extraordinaire ; mais que sa vie n'ait pas été abrégée par la violence ne Test pas moins. 11 manqua tour à tour d'être lapidé dans une émeute de catholiques romains à Dublin , assassiné dans son lit à Plymouth par un lieutenant de vaisseau furieux» transpercé par Tépée d'un jeune gentilhomme débauché à Moorfield ; mais sa vie devait être préservée jusqu'à ce que son œuvre fût accomplie.
11 mourut enfin au port Newbury, dans rAmériquedu nord, d'un accès d'asthme, à l'âge de cinquante-six ans. Il prêcha son dernier sermon vingt-quatre heures seulement avant sa mort ; c'était un discours en plein air qui dura deux heures.
336 GEORGES WHITEFIBLD.
Comme Tévéque Jewell, il mourut presque en prêchant.
Il n*eut point d'enfants, mais il laissa un nom qui valait mieux que beaucoup de fils ou de filles. Il fut marié une fois, et le mariage ne parait pas avoir contribué beaucoup à son bonheur ; il n'ex'Sta, je crois, jamais un homme dont il pût être dit avec autant de vérité, qu*il se dépensa et fut dépensé pour Dieu.
Vhistoire de la religion de Whitefield est la partie de ce récit qui offre iocontestabloment le plus d'intérêt. Quelle fut la doctrine prêchée par cet homme éton* nant? C*est ce que peut demander tout investigateur raisonnable. Quel fut Tétendard de la foi auquel il adhérait sous la direction do la Bible? Quels étalent les points essentiels de son enseignement religieux si généralement contesté de son temps ? La réponse à toutes ces questions est courte et simple à donner.
Whilefleld était un sincère et véritable enfant de TEglise d'Angleterre ; il fat»
GEORGES WHITEFIELD. 337
comme tel, élevé dans son enfance; et h Oxford, comme tel, il prêcha, aussi longtemps qu'il y fut autorisé, dans TEglise établie; et, comme tel, il le fit en dehors dés qu*il en eut été exclu. Il soutint toujours être resté fidèle à Fesprit des ordonnances de son Eglise, tandis que ses adversaires ne Tétaient pas. Ce n'est pas trop avancer que de dire que, tandis qu'il était véritablement rejeté hors de TEglise établie, Whitefieldélait un homme d'Eglise infiniment meilleur, quedix mille de ces titulaires qui percevaient les dimes, et vivaient confortablement en dehors de leurs paroisses. Whitefield, sans a.ucun doute, n'était pas un ministre de l'espèce de l'archevêque Laud et de son école ; il n'était pas homme à interpréter les formulaires anglais au point de vue romain et à metfre l'Eglise et les sacrements avant Christ. Il ne mit pas de côté, comme Tillotson et son école, la justification par la foi et le besoin de la grâce, par des définitions puisées en partie dans l'antiquité
228 GEORGES WHITEFISLD.
païenne sur la moralité et les devoirs, sur le vice et la vertu. Et il eut bien raison : Laud et ses adeptes allèrent bien au-delà des doctrines de notre Eglise; Tillotson et les siens tombèrent infiniment au-dessous. Mais si un ministre est un homme qui lit les articles, les liturgies et les homélies dans l'esprit de ceux qui les ont compilées ; sMI sympathise avec Cranmer et Latimer, avec Hooper et Jewel, etc ; s'il honore les doctrines et les ordonnances contenues dans les trente-neuf articles (i) , alors Whitefield est le type le plus élevé d*un minisire. Et quant à ses adversaires, ils ne valaient guère mieux que des trompeurs et des imposteurs ; ils avaient les places ot le pouvoir de leur côté, mais ils méritaient à peine le titre d'ecclésiastiques.
Quant à la nature des opinions religieuses de Whitefield , on peut en juger
(t) Les trente-neuf articles contiennent la profession de foi et les doctrines de l'Eglise anglietne.
6KMI6I8 WHITEHELD. 999-
d'après la liste des noms des théologien»
dont il fit Tenir les ouvrages , pour être en usage dans un collège , qui était joint à sa maison des orphelins en Géorgie.
Cette liste comprend les noms de Tardie^èque Leighton et de Tévéque Hall de l*Eglise établie ; de Pool, Owen et Bunyaa parmi les puritains ; de Matthieu Henry et Doddridge d'entre les dissidents, et des presbytériens écossais Willison e^Boston, hommes dont s'honorent encore maintenant les Eglises, et qui étaient d'un même sentiment avec lui pour les doctrines.
Quant à la substance de l'enseignement théologique de Whitefield, ou peut le résumer par ces mots : il était puremeni évangélique. 11 y avait quatre choses principales qu'il ne perdait jamais de vue dans ses sermons :
i^ La ruine complète de l'homme par le péché, et, en conséquence , la corruption naturelle de son cœur ;
%^ La complète rédemption de l'homme
330 GB0RGB8 WHlTiriBLD.
par Christ et sa complète justification devant Dieu par la foi en Christ;
30 La nécessité de la régénération de rhomme par le Saint-Esprit et son entière transformation de cœur et de vie ;
40 Enfin, Tabsence de tout droit au titre de chrétien vivant pour tout hommes à moins qu*il ne soit mort au péché et vivant pour la justice.
Whitefield ne savait pas flatter sei auditeurs et leur dire des choses agréables, uniquement parce qu'ils étaient baptisés, qu'ils |>ortaient le nom de chrétiens et qu'ils allaient quelquefois à l'église. Il regardait seulement à un trait saillant parmi les milliers de cœurs qui se preasaient autour de lui , et ce point était le caractère général de leur vie.
Il voyait la vie de ces multitudes en contradiction complète avec la Bible et eu désaccord avec les principes de l'Eglise il laquelle elles faisaient profession d'appartenir. Il ne lui en fallait pas davantage, il ne demandait pas d'autre preuve,
GBOftGBS WHITBFIBLD. 231
H jugeait de Parbre par son fruit. Il disait k ces milliers réunis qu^ils étaient eu danger d*étre perdus pour toujours , quMIs étaient dans le chemin l^rge qui mène à la perdition, qu'ils étaient morts et quMIs devaient ressusciter, perdus et devaient être retrouvés. Il leur disait que s*ils aimaient la vie, ils devaient immédiatement se repentir, se convertir et devenir de nouvelles créatures; et je crois que les apôtres auraient tenu exactement le même langage.
Mais WhiteGeld était tout aussi éloquent et explicite en montrant le chemin du ciel qu'en décriant celui qui conduit en enfer. Quand il voyait que les consciences étaient atteintes et travaillées, et que les terreurs se manifestaient, alors il leur ouvrait le trésor de miséricordes renfermées dans FEvangile, et en répandait devant sa congrégation les inépuisables bénédictions, il déroulait à leurs yeux rétonnant amour de Dieu le Père , pour un monde perdu, cet amour par le^
33!2 GEORGES WHITEFIBLD.
quel il donna son fils, son unique, et au moyen duquel, lorsque nous n*élions que pécheurs , Christ mourut pour nous. Il leur montrait Tétonnant amour de Dieu le Fils, revêtant notre nature et souffrant, lui juste, pour nous injustes. Il leur parlait de Jésus, capable de sauver à plein tous ceux qui vont à Dieu par Lui ; de réternelle justice de Christ, par laquelle les plus grands pécheurs peuvent être purifiés et rendus parfaits devant le trône de Dieu ; du sang de Jésus, qui lave nos péchés les plus noirs ; de Jésus, le souve^ rain sacrificateur, attendant pour les recevoir tous ceux qui veulent aller k Lui, non-seulement puissant pour. sauver, mais disposé à le faire, fit ce glorieux salut, leur disait-il, était près d*eux, non point élevé au-dessus de leur tète, comme la voûte du ciel, ni profond comme Fenfer, mais à leur portée. Il les pressait de Taccepler tout de suite. L*hommequi sent ses péchés et soupire après la délivrance, n*a qu'à croire pour être sauvé, qu*à de*
GEORGES WHITEFIELD. 233*
mander pour recevoir, qu'à se laver pour être net ; et n*avait-il pas raison de parler ainsi ? Je suis persuadé que les apôtres en auraient fait autant.
Mais tandis que WhiteGeld s'adressait dé la sorte aux masses insouciantes et impies, il ne manquait jamais de rappeler leur responsabilité à ceux qui faisaient hautement profession de piété, et de les exciter a marcher constamment selon leur haute vocation. Il ne tolérait jamais des hommes qui discouraient bien sur la religion et qui ne vivaient pas en harmonie avec leurs principes. 11 y avait sans doute de tels hommes autour de lui, mais il est certain qu'il ne leur faisait aucun quartier. Au contraire, un de ses biographes nous apprend qu'il était particulièrement soigneux d'imprimer, à tous les membres de sa congrégation, le sentiment de l'absolue nécessité d'honorer la doctrine de l'Evangile dans toutes les relations de la vie.
Maîtres et serviteurs, riches et pau-
334 GEORGES WHITKPIBLD.
vres, vieux et jeunes, maris et célibataires , tous étaient vivement exhortés à glorifier Dieu dans leurs positions respectives. Il savait trouver des exemples frappants ii Tappui de ses avertissements, pour toutes ces classes d^auditeurs; il adressait à chacun des exhortations sur les défauts dont ils devaient se corriger, sur les exemples à imiter, sur les pièges à éviter.
Enfin, il n*y a pas eu de plus grave erreur que de Taccuser d^antinomianisme dans son enseignement. Il était incontestablement juste dans ses appréciations; il faisait aux pécheurs leur part, et aux justes la leur : n*élait-ce pas marcher sur les traces de saint Paul ?
Ce qui constituait Texcellence de renseignement de Whitofield, G*est qu*il parlait des hommes, des choses èi des doc« trines,dela manière précisément dont en parle la sainte Ecriture, et les plaçait avT même rang où elle les place. Dieu, Christ, et le Saint-Esprit, le péché , la justiflca-
GtOMBS WHITEPIELD. 235
tion, la eoiiTersfoD et la sanctification : — les pécheurs împéniients regardés comme 1^ plus misérables des hommes ; — les vrais croyants, comm3 les plus privilégiés; «— le monde, comme une chose vaine et pleine de déceptions ; — le ciel , connu le seul lieu de repos pour une âme immortelle ; — Satan , comme Tennemi le plus acharné et dont il faut le plus se garder; — la sainteté, comme le seul véritable bonheur; — Tenfer, comme la destination réelle assurée au péefaeûr inconverti : telle était la série des sujets qui remplissaient Fesprit de Whitefield et formaient les bases de sa prédication. Dire qu'il méconnaissait la valeur des sacrements serait un pur mensonge. Les communions de chaque semaine au tabernacle répondent assez d'elles-mêmes à cette accusation. Mais il ne plaça jamais les choses essentielles du christianisme k la seconde place, ni les secondaires à la première. Il ne mit jamais la doctrine au-dessous des sacre-
^36 GEORGES WHITEFIELD.
ments, ni les sacrements au-dessus de la doctrine. Et qui osera le blâmer en cela? Il suivit seulement Tordreétabli par laBible.
Il est beau de pouvoir ajouter que Wbitefield pratiqua la religion qu'il prêchait. Il avait ses défauts, sans doute, et notre but n'est pas d'en faire uu être parfait 1... Son jugement erra souvent ; Use montra parfois trop vif de langue ou de plume. Il n'aurait pas dû dire que l'archevêque Tillotson ne savait pas plus de la religion que Mahomet; il avait tort d'appeler, comme il le fit quelquefois avec trop de précipitation, certaines gens «d'ennemis du Seigneur, etd'autrescsesamis.»
Il fut blâmable d'en stigmatiser plusieurs du nom de pharisiens , parce qu'ils ne recevaient pas la doctrine de la nouvelle naissance. Mais, malgré tout cela, il n'en reste pas moins vrai qu'il fut un homme saint, désintéressé et conséquent. Même ses plus grands ennemis n'essaieront pas.
de le nier.
Il fut jusqu'à la fin un chrétien émi-
6E0RGBS WHITEFIELD. ^37
nent pour te renoncement ; son genre de yie était des plus simples. Il refusa de l'argent, lors même qu'on le pressait d*en accepter, une fois entre autres une somme de 175,000 fr. Il n'amassa aucune/orlune ; il ne transmit aucun patrimoine à sa famille. Le peu d'argent qu'il laissa après sa mort provenait entièrement des legs de quelques amis.
Il fut un homme remarquable par son désintéressement et sa perspicacité. Il semblait ne vivre qu'en vue de deux objets : la gloire de Dieu et le salut des âmes immortelles. Il ne laissa son nom à aucune école ; il n'établit comme Wesley aucun système, dont ses propres écrits fussent les principaux éléments. Une de ses expressions favorites caractérise l'homme. Laissez périr le nom de Whitefield, disait-il, pourvu que celui de Christ seul soit exalté.
Enfin , un dernier point , mais non moins important, c'est qu'il était d'un catholicisme extraordinaire et d'un grand
338 GEORGES WHITEFIBLD.
libéralisme ; en retour il était étranger à celte manière de voir étroite, qui conduit un homme à croire que tout ce qui est en dehors de son camp est frappé de stérilité, et que son parti a conquis le monopole de la vérité et du ciel. Il aimait tous ceux qui aimaient le Seigneur Jésus en sincérité. 11 mesurait toutes les choses et les hommes avec la mesure dont se servent les anges de Dieu. Possédaient-ils la repentance envers Dieu , la foi en notre Seigneur Jésus-Christ, la sainteté en paroles : s*il en était ainsi, il les appelait ses frères. Son âme était en sympathie avec ces hommes, quelque nom, du reste, qu'ils portassent. De moindres différences n'étaient pour lui que du bois ^ du foin, du chaume (1 Cor., III, 13). Le sceau du Seigneur Jésus était le seul auquel il m attention.
Cette catholicité est d'autant plus remarquable qu'on fait plus attention au temps où il vécut. Les Erskines d'Ecosse lui ayant demandé de ne prêcher
GEORGES WHITEFIELD. 339
pour aucune autre dénomination que pour leur, propre Eglise séparée , il leur demanda pourquoi i^eulement dans celle- 1& ? Il en reçut cette réponse remarquable « qu*ils étaient le peuple de Dieu.
C'était plus que Whitefields ne pouvait supporter. Il leur dit que s'ils se regardaient seuls comme le peuple de Dieu et si tous les autres étaient les enfants du diable, ces derniers avaient d'autant plus besoin qu'on leur prêchât, et il conclut en leur disant que si le pape lui-même -lui prétait sa chaire, il y proclamerait joyeusement la justice de Christ. Il se conforma à cette catholicité d'esprit tout le reste de ses jours. Et rien ne peut être un témoignage plus décisif de son éloignenient de toute étroilesse d'esprit entre fidèles que le désir qu'il exprima peu avant sa mort, que ce fût John Wesley quipréchât le sermon de ses funérailles. Wesley et lui différaient de vue sur les doctrines calvinistes. Mais ce que Calvin dit de Luther, Whitefield le pensait de Wesley. Il était
240 GEORGES WHITEFIELD.
déterminé à laisser de côté les petites divergences et à ne voir en lui qu'un fidèle serviteur de Jésus-Christ.
Telle était la religion de Wbitefield ; et un commentaire plus long serait , je pense, inutile ; le temps m'empêche d'ailleurs de m'y arrêter plus longtemps ; mais certainement je pense en avoir dit assez pour me justifier d'exprimer le désir qu'il y ait de nos jours, dans l'Eglise d'Anglelerre, beaucoup de ministres comme Georges Whitefield.
La dernière partie de ce récit traitera d'un sujet difficile à apprécier justement, savoir de la prédication de Whitefield.
Les opinions sur ce sujet sont trèsdiverses ; plusieurs sont disposés à attribuer les succès de Whitefield dans ce genre à la nouveauté des doctrines de l'Evangile à l'époque de sa prédication , ainsi qu'à sa voix sonore et à la prodigieuse facilité d'élocution dont il était doué, et que , quant au style et à la matière de ses sermons , ils n'y trouvent
GEORGES WHITEFIELD. 241
rien de remarquable. Mon opinion diflëre entièrement de celle-là : je suis persuadé qu*un mûr et calme examen doit amener à la conviction que Whitefield fut un des plus puissants et des plus extraordinaires prédicateurs qui aient jamais existé. Ma conviction est qu'il n'a jamais été jusqu'ici estimé trop haut, et qu'au contraire il n'a jamais été autant admiré qu'il le méritait. ,
Une chose abondamment prouvée et au-dessus de toute contestation, c'est que ses sermons eurent un effet prodigieux.
Aucun prédicateur n'a jamais réussi comme lui à captiver l'attention d'aussi immensesmultifudesquecellesauxquelies s'adressait Whitefield dans les environs de Londres. Aucun n'a jamais été aussi «universellement populaire que lui dans chaque contrée qu'il visitait, l'Angleterre, l'Ecosse ou l'Amérique. Aucun n'a jamais conservé comme lui une semblable influence sur ses auditeurs durant trentequatre ans, sans que sa popularité ait
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jamais diminué. Elle fut aussi grande à la fin de ses jours qu'elle Tavait été à leur commencement. Cela est en soi-même un grand fait. Captiver Toreille d'un peuple durant trente-quatre longues années et en prêchant incessamment pendant tout ce temps,c*est quelq ue chose que la nouveauté seule de l'Evangile n'expliquera jamais.
Ainsi donc, la théorie que sa prédicaiiou fut populaire parce qu'elle était nouvelle, ne fait aucune impression sur mon esprit.
Un autre résultat également incontestable de sa prédication, c'est qu'elle produisait le même effet sur des gens placés dans les positions les plus diverses de la vie. Il conquit les suffrages de la noblesse aussi bien quedu peuple, des riches comme des pauvres , des savants comme des ignorants. Si sa prédication n'avait ei^ de succès qu'auprès des masses dénuées d'instruction , nous aurions pu croire qu'il n'y avait rien de plus qu'une élo* quence remarquable et une grande puissance de voix ; mais les faits s'élèvent
6B0B6BS WHITEFIBLD. 343
contre cette théorie, et devant leur accu* mutation il sera prudent de se soumettre. Cest un fait connu que beaucoup de nobles et de gentilshommes du temps de Whitefield furent de chauds admirateurs de sa prédication. Le marquis de Lolhian, le comte de Leven , le comte de Buchan , lord Rac, lord Dartmouth, lord James A. Gordon , peuvent être nommés parmi eux, outre Lady Huntingdon et une foule d'autres dames distinguées.
Il est certain que d'éminents hommes d'Etat, tels que Bolingbroke et Chesterfield étaient parmi ses auditeurs les plus enchantés. Chesterfield lui-même pouvait se réchauffer à Téloquence de Whitefield. Bolingbrocke a laissé cette appréciation de lui : c C'est Fhomme le plus extraordinaire de notre temps. Il a la plus imposante éloquence que j'aie jamais entendue. »
Il est également certain que des hommes de sens rassis, comme rhistorien Hume et le philosophe Franklin , ont
!244 GEORGES WBITBFIBLD.
aussi parlé avec enthousiasme de la puissance de sa prédication. Franklin a fait un long récit de Teffet que ses sermons produisirent à Philadelphie. Hume déclarait qu'il méritait qu'on fit vingt milles pour aller Tentendre.
Et maintenant, devant ces faits simples, historiques et authentiques, que dirons-nous ? Ils sont plus que suffisants pour prouver que Tefficace de la prédication de Whitefield ne dépendait pas uniquement de sa brillante élocution, comme quelques-uns le supposent.
L'opinion des hommes marquants que nous avons cités doit être prise en considération , car ils ne jugeaient pas sur l'apparence , et ils étaient des critiques experts en fait d'éloquence et de talent.
Mais il reste encore à expliquer le secret des succès inouis de cette puissante prédication de Whitefield, et c'est une question qui n'est pas facile à résoudre.
Son intelligence supérieure , sa force de volonté n'en sont pas plus que sa belle
GEORGES WHITEFIELD. 345
élocution , la cause principale ; d'antre part , si OD en cherche la solution dans les soixante et quinze sermons publiés sous son nom , on éprouvera des désappointements : on n'y trouvera ni pensées frappantes , ni aucune nouvelle démonstration de la doctrine évangélique. La plupart, d'ailleurs, furent publiés sur de simples notes, d'une manière incorrecte, sans la participation de Whitefield , par des éditeurs ignorants à la fois de la grammaire et de l'Evangile , d'où il résulte que beaucoup de passages de ses sermons sont ce que Latimer aurait appelé < un fatras, i et que nous appellerions aujourd'hui «un complet gâchis.»
Néanmoins, je le dis hardiment, malgré tous leurs défauts, les sermons imprimés de Whitefield méritent encore d'être lus. Seulement, que le lecteur se rappelle ce que nous venons de dire sur les extraits défectueux que nous en avons , et aussi que l'anglais parlé et l'anglais écrit sont deux langages entièrement différents, et
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qu*un sermon qui est trouvé bien à la prédication est souvent très-mauvais à la lecture. Qu^on se souvienne de ces deux choses , et je crois qu*on trouvera beaucoup à admirer dans quelques-uns des sermons de Whitefield. — Pour moi, je peux dire qu'ils m'ont beaucoup appris; et, au risque d'être accusé de manquer de goût, je manquerais sûrement de reconnaissance si je ne leur rendais pas cette justice.
Et maintenant j'essaierai de retracer ce qui me semble former le trait caractéristique des sermons de Whitefield ; je peux me tromper , mais ils me semblent présenter une juste combinaison des qualités qui me paraissent faire les prédicateurs parfaits.
D'abord et avant tout, vous devez vous souvenir que Whitefield prêchait un Evangile d'une grande pureté. Il est peu d'hommes qui aient donné à leurs auditeurs autant de grain et si peu de paille* Il ne montait jamais en chaire pour par-
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ier de son parti, de sa cause, de son intérêt, de son ministère. Il vous parlait sans cesse de vos péchés, de votre cœur, de Jésus-Cbrist, de la même manière que la Bible en parle : c Oh I justice de Christ, s*écriait-il souvent , on doit me pardonner si je fais mention de toi dans presque tous mes sermons. » Soyez sûr que c*est là la pierre angulaire de toute prédication que Dieu approuve, une ma-nifestation de la vérité.
£n second lieu, la prédication de Whitefield étnit remarquablement lucide et simple, Peut-éire n'auriez-vous pas approuvé sa doctrine, mais, à coup sûr, vous n*auriozpu manquer de comprendre ce qu'il voulait dire; son style était facile, abondant, c'était celui de la conversation ; il ne pouvait souffrir les sentences longues et embrouillées , il regardait le but et y marchait sans détours. Il n'embarrassait jamais ou presque jamais ses auditeurs par de longs arguments et par des raisonnements ambigus ; — de simples cita-
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lions bibliques , — des anecdotes appropriées et des exemples bien choisis étaient les armes dont il se servait le plus fréquemment ; aussi était-il toujours compris.
Le coup ne passait jamais au-dessus de la tète de ses auditeurs , et il réalisait parfaitement la sage maxime de Parchevêque Usher : < Il est aisé de faire paraître difnciles les choses aisées ; mais de rendre aisées les choses difficiles , e*est Tart d'un grand prédicateur. >
De plus, Whitefield était êinguliire^ ment hardiet direct. Il n*usait jamais de celle vague expression <noti«,> qui est si habituelle à la chaire et qui laisse en général Tauditeur dans un état de confusion dangereuse sur ce qu*il entend. Il rencontrait Thomme face à face, comme ayant un message de Dieu pour lui , comme un ambassadeur qui apporte du ciel de bonnes nouvelles. Je viens ici , disait-il, pour vous parler de votre àmo.
Il ne déguisait jamais sa pensée et ne
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perdait pas son temps à battre les buissons quand il voulait attaquer les péchés dominants. Son but principal semblait être de découvrir les dangers auxquels ses auditeurs étaient le plus exposés et 1(9 plus enclins , et ensuite de tirer droit sur leurs cœurs. Ce qui faisait dire à des centaines d*auditeurs que ses sermonsleur étaient tout spécialement adressés. Il ne se contentait pas , comme tant d*autres , d'un petit bout d'application à la fln d'un long discours ; mais il fallait que tout le temps l'âme de ses auditeurs fût tenue en éveil par ces mots : c Ceci est pour vous, cela vous concerne. » Rien, cependant, n'était aussi saisissant que ses appels directs à toutes les classes de sa congrégation, lorsqu'il approchait de la conclusion. Malgré tous leurs défauts , les conclusions de quelques-uns de ses sermons imprimés sont , à mon avis , les appels aux âmes les plus remuants et les plus pénétrants pour la conscience qui existent en anglais.
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Un autre trait frappant de la prédication do Whitefield, c'éUkil sa chaleur foudroyante. Un pauvre homme sans éducation disait de lui : cQuMl prèchaitcomme un lion.» Jamais peut-être aucun prédicateur ne parvint aussi pleinement que lui à persuader ses auditeurs qu'au moins il croyait tout ce qu'il disait, et que tout son cœur, son âme, ses forces tendaient à le persuader aussi aux autrai.
Nul ne pouvait dire de ses sermons qa*lls ressemblaient à ce coup de canon qu*on tire et chaque matin et chaque soir dans un port de mer, qui n'est que pour la forme et qui ne fait plus d'impression sur personne. Ils étaient pleins de Tie et tout feu. Ils ne laissaient ni trêve ni repos , ni faux-fuyants. Le sommeil était impossible. Il fallait écouter, qu'on le voulût ou non. Il y avait en lui-même une sainte violence qui terrassait comme un ouragan. Un gentilhomme américain ayant été l'entendre pour la première fois, sur le rapport qui lui avait été fait de sa
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prodigieuse éloquence , raconte que le jour était pluvieux, rassemblée comparativement peu nonibreuse et le commeDcement du sermon lourd. L*Américain commençait à se dire : c Cet homme, après tout, n^est pas une grande merveille. » Ayant jeté les yeux autour de lui , il vit que la congrégation était aussi peu intéressée que lui-même, et un vieux homme même était assoupi, en face de la chaire. Mais, tout-à-coup, Whitefield s'arrête tout court, sa figure change ; soudain il s*écrie d'un ton de voix altéré :
c Si j'étais venu ici vous parler en mon propre nom, vous pourriez vous reposer ainsi ,^ les coudes sur vos genoux , voire télé dans vos mains et vous endormir.
Puis, une fois, en un instant vous soulever et dire : Quel est ce bavard qui parle tant? Mais je ne suis pas venu auprès de vous (*n mon propre nom ; jo suis venu au nom du Seigneur des armées (ici il frappa du pied et de la maia avec une telle violence qu'il fit trembler le
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bâtiment) et je dois et veux être écouté. • La congrégation tressaillit, le vieillard se réveilla en sursaut. «Âh ! ah I s'écria Whitefield , en fixant les yeux sur lui , vous ai -je réveillé ou non ? Je pense que oui!
Je ne suis pas venu ici pour prêcher à des planches ou à des pierres ; je suis venu pour vous, au nom du Seigneur, du Dieu des armées, et je dois et veux avoir une audience. > Les auditeurs turent tirés ainsi de leur apathie. Chaque mot du sermon fut écouté , et le gentilhomme américain ne l'oublia jamais.
11 joignait à tous les dons précédemment mentionnés celui de la description porté à un très- haut degré. Les Arabes ont un proverbe qui dit : Le meilleur orateur est celui qui transforme les oreilles des hommes en yeux. Si jamais quelqu'un réalisa celte parole, ce fut Whitelield. Il traçait de si vivantes peintures des choses qu'il décrivait que ses auditeurs pouvaient croire qu'ils les voyaient
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de Icnrs yeux et les eDleodaient de leurs oreilles au moment même.
Dans une de ces oceasioos, lord Chesterfield se trouvait parmi ses auditeurs , Whitefield, en décrivant la misérable condition d'un pauvre pécheur, éclaire le sujet par la description d'un mendiant aveugle. La nuit était sombre , la route dangereuse et couverte de pièges. Le pauvre mendiant aveugle , abandonné par son chien sur le bord d'un précipice, n'a d'autre moyen de connaître son chemin que de tâtonner avec son bâton. Mais Whitefield , échauffé par son sujet , en déroula la description avec une telle puissance que tout l'auditoire était tenu en suspens et suivait dans un silence angoissé les mouvements du pauvre aveugle. Et , à la fin , quand le mendiant fut sur le point de faire le pas fatal, qui l'aurait lancé dans le précipice, et causé sa mort certaine , lord Chesterfield fit un brusque mouvement en avant pour le snuver. s'ccriant : « 11 est perdu I c'est
'iû-l' (iEUUGES WUITBFIBLU.
fini ! > Le noble lord avait été si complètement captivé par la prédication , qu*i] avait oublié que tout cela n'était qu*UDe image.
Signalons encore dans la prédication do \Vhiterield Timmensc quantité de sentiments et d'onction qu'elle renfermait toujours. Ce n'était pas une chose extraordinaire que de le voir sanglotter en chaire. Cornélius Winter va même jusqu'à dire qu'il débita rarement un sermon d'un bout \\ l'autre sans pleurer, et cela ne parait point avoir été une afiectalion quelconque de sa part. 11 sentait profondément pour les âmes qui étaient en sa présence , et ses sentiments trouvaient une issue dans ses larmes. De tous lesélémentsdcsa prédication il n'y en avait aucun, je crois, aussi puissant que celui* là. 11 réveillait la sympathie et touchait à des cordes secrètes qu'aucun effort d'intelligence n'aurait su émouvoir. 11 faisait disparaître les préventions que beaucoup do gens nourrissaient contre lui. Ils no
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pondaient haïr celui qui versait tant de iarines pour leurs âmes, et étaient amenés eux-mêmes à en répandre.
«Je venais vous entendre, lui dit un homtne, dans Tintention de vous briser la tète ; mais votre sermon a touché ce qu'il y avait de meilleur en moi , et m'a brisé le cœur. » Soyez une fois convaincu qu'un homme vous aime, et vous écouterez volontiers tout ce qu'il voudra vous dire ; et c'était là justement le grand secret des succès de Whitefield.
Je ne veux plus ajouter à cette faible esquisse qu'un mot sur la manière de Whitefield, qui était si parfaite que Garrick, le fameux acteur, lui donna d'immenses éloges , disant que sa voix était aussi remarquable que ses gestes , et si puissante qu'il pouvait se faire entendre de trente mille personnes à la fois ; elle était si musicale et si bien modulée, qu'à elle seule elle arrachait des larmes ; qu'enfin sa facilité et la promptitude de son improvisation étaient d'un ordre su-
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périeur , et lui permettaient d*user toujours du mot le plus propre et à la place la plus convenable. Ajoutez tous ces dons à ceux déjà mentionnés plus haut , et jugez vous-mêmes si nous n'avons pas plus de ruisons qu'il n'en faut pour parler de son prodigieux pouvoir comme prédicateur.
Pour moi , je déclare , sans hésiter , que je ne crois pas qu'aucun prédicateur présent ou passé ait jamais possédé un a combinaison de talents semblable k celle de VVhitefield. Sans doute , plusieurs Font surpassé dans quelqu'un de ses dons , quelques-uns Tauront peut-être égalé dans d'autres ; mais pour une telle réunion de pure doctrine, de style simple et lucide, de hardiesse et de droiture, d*onelion et de ferveur, de talent de description et de peinture, unis à une voix parfaite , à un débit remarquable, accompagné de justesse dans l'expression, c'est ce qui ne s'est rencontré nulle part comme chez Whilefield.
Il reste un point essonticl pour appré-^
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ciep complètement Whilefield, que je crois devoir signaler à votre atlention.
Je ertins de Tavoir déjà épuisée ; néanmoÎDS un point de cette importance ne peal être passé sous silence : c'est de eonsidérer la somme de bien réel qu'il a fait.
Vous me comprendrez, j'espère, quand je dirai que les matériaux , pour se faire une opinion sur ce point, dans une histoire comme celle-ci, doivent êlre nécessairement rares. Il ne créa aucune dénomination à laquelle son nom fut attaché comme le fit John Wesley. Il ne dirigea pas de puissants mouvements contre une Eglise qui professait ouvertement défausses doctrines , comme fit Luther contre Rome. Il n'écrivit aucun livre qui eût en religion la popularité de ceux de Bunyan.
Il fut un homme simple , sans détours , qui ne vivait que pour un seul objet , pour prêcher Christ. Pourvu qu'il réussît à le faire, il ne s'inquiétait d'aucune autre chose. Il ne fil rien pour pcrpéluer
JjS (^ËOmii^S WIIITËFIELI).
lu mtinoiro do son ulililé. 11 laissa son œuvre au Seigneur.
Sans doute , il est beaucoup de gens qui ne verront en Whiteiield (|u*un enlliousiaste et un fanatique. Il y a une classe d'hommes qui a de la répugnance pour tout ce qui ressemble à du zèle en l'ait de religion. Il ne manque pas d'hommes prudents, au sang glacé, à la manière d'Ernsme, (|ui traversent le monde .^ans faire du bien parce qu'ils ont une terrible frayeur d('. faire du mal. Je n'attends pas que de tels hommes admirent Whiteliold et les entendre avouer qu*il fit aucun bien ; et je pense que s'ils eussent vécu il y a dix-huit siècles, ils n'auraient éprouvé non plus aucune sympathie pour saint Paul. Reste encore une catégorie de gens ((ui regardent le schisme comme un bien plus grand crime que l'hérésie ou les fuisses doctrines. Il est une génération d'hommes (|ui, pour rien au monde, no vaudraient prêcher Dieu en-dehors de li'urs |)r<q)i('s puroisscs. ot qui trouvent
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que rien De peat légitimer la séparation d'avec TEglise établie. Je n'attends pas non plas que de tels hommes admirent Whitefield et son œuvre ; son principe était qu'il vaut mieux être sauvé endebors des ordonnances de l'Eglise que d'être damné en les observant.
Que Whitefield , en suivant une autre ligne de conduite , eût pu rester dans l'Eglise et s'y rendre utile, c'est une question à laquelle il est difficile de répondre à une pareille distance de son temps.
Je n'ai aucun doute qu'il n'ait eu des torts de caractère et de jugement avec les évêques et le clergé , ni qu'il n'ait été cause de brèches irréparables dans l'Eglise d'Angleterre en encourageant la séparation. Mais il ne faut pas oublier non plus que cette Eglise était dans un état assez déplorable pour provoquer une sainte indignation ; le vieux principe est trop vrai , que c'est le schismatique qui est cause de la séparation et non celui «|ui se sépare. Si donc Whitefield fit du
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mal, ce mal doit être atlribué à TËglise, qui Tobligea d*dgir comme il agit, tout autant qu*à lui-même; et quand nous pesons le tout , je crois que le mai qa*il peut avoir fait est mille fois réparé par le bien dont il est Fauteur.
La vérité est , je crois , que le bien direct que fit Whitefield aux âmes immortelles est incalculable. En Ecosse, en Angleterre, en Amérique, des témoins dignes de foi confirment qu'il fut le moyen par lequel des milliers d'âmes furent converties.
Le philosophe Franklin avait un esprit froid et calculateur, et peu disposé à parler avantageusement de l'œuvre d'aucun ministre ; cependant , il avouait qu'il s'était opéré un changement merveilleux dans les mœurs et les coutumes des habitants de Philadelphie , qui , d'incrédules et d'indifférents qu'ils étaient, devinrent pieux et zélés pour In religion après avoir entendu Whitefield.
Maclaurin et Willison étaient des mi-
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DÎstres écossais dont les ooms sont célèbres dans la théologie et sont respectés.
Tous deux ont attesté que Whitefield fît en Ecosse une œuvre étonnante. Willison en particulier disait < que Dieu Thonora d'un succès inouï parmi les pécheurs de tout rang et de toute conviction.
Le vieux Venu de notre Eglise épiscopale était un homme distingué par son bon jugement et par sa grâce ; il disait :
Si la grandeur, retendue, le succès et le désintéressementdes travaux d'un homme peuvent lui mériter une distinction parmi les enfants de Christ, nous osons assurer qu'il n'en est pas un qui égalât Whitefield ; un fait bien connu , ajoute-t-il , c'est que la conversion de bien des âmes d'hommes fut le prix d'un de sessermons, tant il était bien qualifié pour être fait pêcheur d'homnies.
John Newton , homme habile autant qu'éminent ministre de l'Evangile, disait de Whitefield qu'il n'avait jamais lu ou entendu personne depuis les temps apos-
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ioliqucs dont il put dire avec autant de raison qu'il était réellement une lumière qui éclairait et consumait tout ce qui rapprochait.
Et ces témoins ne sont pas les seuls que nous pourrions citer ; si le temps nous le permettait, nous mentionnerions les opinions de Romaine, de Toplady, qui étaient sur divers points en opposition avec Whitefield ; ce dernier rappelait le prince des prédicateurs. Mais si le bien direct qu'il fit fut grand, qui pourra dire celui dont il fut Fauteur indirect ; je crois que nul ne le saura jusqu*au dernier jour.
Whitefield fut le premier qui êlimuia le zèle pour lepur évangile parmi leckr" géel les laïques de V Eglise d'Angleterre, Sa constante profession des purs principes de la Réformation , ses références répétées aux articles, au Prayer-book et aux Homélies, ont produit un effet sérieux sur bien des âmes, et en ont amené plusieurs à réfléchir ; enfin je n'ai aucun
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doute que plusieurs ministres fidèles, qui sont devenus dans leur temps de brillantes lumières dans TËglise d'Angleterre, allumèrent d'abord leur lampe à celle de ce grand homme.
Whitefield , en outre , fut le premier qui montra le droit chemin pour attaquer les infidèles et les sceptiques. Il vit clairement que la meilleure arme contre de tels hommes n'était pas le raisonnement métaphysique, mais de prêcher, répandre et faire connaître le pur Evangile ; ce ne sont pas les écrits de Leland , de Shelock et de plusieurs autres, qui ont fait, pour refouler le déluge de Tinfidélilé , la moitié autant que la prédication de Whitefield, deWesley, de Beveridge et autres.
Sans eux, j'ose assurer que notre pays aurait offert la contre-partie delà Révolution française. Ils furent les vrais champions de Christ. Les incrédules sont rarement convaincus par des raisonnements abstraits : les plus sûrs arguments contre eux sont la vérité et la vie de l'Evangile.
•2i'4 UVAHMiKS WIIITKPIKIJ».
Pour cotnplt'ïinniit, Whilnfield semble iiussi avoir <U('*. Ir; pn;rninr qui nil compris n' (juo (Jlialuw*r.s appHh; XiiHysième agressif. Il rrallf'Jiduil {ins quo les nmcs vinssent Il lui, mais il allait à clins. Il no restait p'.is traiiquilU'jnonl assis au coin de son fnu , so la monta ni sur la corruplinn dp son pays. Il allait do Tavant pour chassor lo diuhl(; do ses placns fortes. Il attaquait lo pôcliô ot rimpiiUc en faco, et ne lui donnait ni trôve ni relâche. Il traquait ri;;noranco et le vice partout où il l(;s trouvait. Il offrait Fimage de la réalisation du parfait mitiistre. Do même rpTun pôchour, il n'attendait pas que lo poisson vint se prendre do luimême dans ses (ili*ts, mais il usait de toutes sortes de moyens pour attirer les âmes.
De nos jours, les id(^es ont fait des progrès, et les sociétés rie missions intérieures et les réunions pour Tavancement de TKvan^ile en tous lieux en sont dos preuves réjouiss.inles. Nfais à Tépoque de
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Whitefield ces choses étaient inconnues et nouvelles ; ainsi accordons-lui la part d*éloge qu'il naérite.
Le résumé de cette appréciation de Whitefield est qu'aucun homme ne fit jamais autant de bien dans son siècle que lui , et qu'il fut pour son temps un véritable héros dans le sens le plus relevé et le meilleur. Son œuvre pourra supporter l'épreuve du feu et glorifier Dieu quand beaucoupd'autresœuvrcsseront oubliées; et je crois que l'Angleterre a contracté une dette envers lui , qu'elle ne sera jamais en état d'acquitter.
Et maintenant j'ai hâte de conclure.
J'ai mis devant vous, le mieux que je l'ai pu, l'époque de Whitefield, sa vie, sa religion , sa prédication et l'œuvre qu'il a accomplie, sans atténuer ses fautes et sans exagérer ses qualités ; il me reste à faire ressortir deux grandes leçons qui résultent de ce sujet.
Remarquez d'abord le pouvoir étonnani qxkun seul homme possède quand
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il est déterminé à travailler pour Dieu et quMl a la vérité de son côté.
Ici nous voyons un homme qui entre dans la vie avec tout en apparence contre lui. Il n*a ni famille, ni place, ni fortune, ni relations distinguées. Ses vues sont diamétralement opposées aux mœurs et aux préventions de son temps. Il est en opposition directe avec le courant du goût public et la religion de l'immense majorité dos ministres autour de lui ; il est aussi isolé et seul , selon toutes les apparences, que Martin Luther le fut quand il s*opposa au pape , qu*Àtbanase résistant aux Ariens. Et pourtant cet homme se défend sur son terrain. Il captive l'attention publique et rassemble autour do lui des foules qui reçoivent ses enseignements, et il devient une bénédiction pour des milliers d'hommes. Ne sont-ce pas là des traits frappants?
L& est votre encouragement , jeunes hommes à qui je parle, si vous vous sentez seuls. Vous n'avez pas de motifs pour
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être rebatés et poar que votre cœur faiblisse. VoQS D*ètes pas faibles, quoique en petit Dombre , si Dieu est avec vous. Il n'est rien de trop grand qu'un ou deux ne pussent faire , pourvu que Christ soit le troisième. Loin de vous l'idée que le nombre seul est puissant. Loin de vous l'idée si commune que la majorité fait la force. Tenez ferme la grande vérité que les minorités entraînent le monde. Pensez au petit troupeau que notre Seigneur laissa derrière lui, et aux cent vingt noms réunis dans la chambre haute de Jérusalem , qui allèrent à l'assaut du monde païen. Pensez à Georges Whitefield, combattant l'incrédulité qui l'inondait de toutes parts et remportant victoire sur victoire. Pensez à tout cela. Rejetez toute crainte. Employez joyeusement et avec confiance vos talents pour le Seigneur I Là est aussi votre exemple ^ jeunes gens, si vous désirez de faire du bien aux âmes. Que vous deveniez ministres, missionnaires ou instituteurs , n'oubliez ja-
HÙS GEORGES WIIITEFIBLD.
mais que vous devez coinbaitre avec les armes de Whitciield, si vous voulez avoir part à ses succès. N'oubliez jamais ce que Jolin Wcsley disait être la théologie de Whitcfield. < Donnez a Dieu la gloire de tout ce qu'il y a de bon dans rhomme.
Placez riiomme aussi bas et Christ aussi haut que possible dans Taffaire du salut.
Tout mérite est dans le sang de Christ et touto force vient de TEsprit de Christ.»
Ne penspz pas que votre seule ardeur cnlrainora des succès ; c'est une amèro illusion ; non, elle ne fera rien de pareil.
Mais ])ortcz avec vous TEvangile, le simple, pur et inaltérable Evangile, et vous fcrczdu bien. Si vous semez comme Whitcfield , vous moissonnerez comme lui.
Apprenez , en dernier lieu , quelles abondantes raismis nous avons (Tétre reconnaissants de l'état actuel de V Eglise.
Nous sommes trop disposés à ne voir que le côté sombre des choses , à gémir sur les inconvénients de notre position, plutôt (}ue (le bénir Dieu de sa miséricorde.
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Il est biw des choses que nous pourrions désirer ardemment de voir exister 4aiis «otre Slglise bien-aimée ; c*est incon- (esi^bte. Il y a des défauts que nous voudrions voir corrigés, des plaies que nous voudrions voir cicatrisées. Mais si on jette un regard en arriére et si nous comparons TEglise de nos jours avec celle du \emfs de Whitefield , on trouvera des motifs de reconnaissance.
Maintenant, un grand nombre de vos conducteurs aiment la vérité comme elle est en Christ, et sont prompts à coopérer à toute bonne œuvre. Nous avons aussi maintenant des laïques qui comprennent leurs devoirs et leur responsabilité comme membres de t'Ëglise protestante , et qui ont à cœur les progrés de TEvangile.
Nous avons des sociétés pour Tévangélisation de toutes les parties du monde ; et bien des portes nouvelles s'ouvrent devant les messagers de Christ. Q«e ces faits vous réjouissent, jeunes gens , car il n'en était pas ainsi du temps de Whi-
"^0 GB0II6E8 WHlTEffCLi».
lefield , et soyez reconnaissants des pas que Dieu fait accomplir k la vérité. Que tous ces faits vous instruisent pour vous rendre vous-mêmes zélés et fidèles, pour vous préserver d'abandonner votre Eglise, en vous laissant diriger par les suggestions de ces gens fâcheux qui ne voient jamais les progrès accomplis.
Soyez fidèles à voire Eglise. Si le vieux vaisseau a souffert des avaries, efTorcezvous de le ramener au bon port, mais ne Tabandonnez pas puisqu'il peut encore servir et être réparé à bien.
Vous ne devriez songer k quitter votre Ëglise que si les doctrines vitales de l'Evangile en étaient expulsées et si la Bible n'était plus sa bannière de ralliement; mais tant que la foi subsiste, demeurez fermement attachés à l'Eglise , pour vous efforcer d'y briller ainsi qu*un pur flambeau, comme Whitefield le fit de son temps.