DES TEMPS OU LATIMER VÉCUT
Les temps de Tévéqne Latimer mé lent une sérieuse considération. Il impossible de se faire une juste idée la conduite d'un homme, à moins de bi connaître les circonstances dans I< quelles il était placé, et les difficultés qi avait à vaincre. CVst pour cela que r ne peut apprécier toute l'étendue de e obligations envers la noble milice c réformateurs anglais, s'il ne s'est enqi préalablement de l'état de TAngleter] lorsqu'ils se sont mis à l'œuvre, et c circonstances tout - à - fait défavorab sous lesquelles ils entreprirent le tâche.
Latimer naquit sous le règne d*Hei VIL — Il vécut pendant celui d'Henri V et d'Edouard VI, et il fut misa mort so relui de la reine Marie. Lorsqu'il .vint monde, la papauté exerçait dans le pa une domination incontestée. Il fut
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moin de la rupture qui eut lieu entre Henri VHI el le siège de Rome, et de rétablissement d'un étal transitoire de la religion en Angleterre. Il vécut assez pour voir le plein développement du protestantisme sous Edouard VI, et la compilation de la liturgie et des articles de foi, qui différaient très-peu de ce qui existe aujourd'hui. — Je dirai quelques mots sur chacune de ces trois périodes.
La période de la vie de Loti mer , pendant que la religion romaine était toutepuissanteen Angleterre, fut un tempsd'ex- Irémes ténèbres spirituelles. La profondeur de la superstition dans laquelle nos dignes ancêtres étaient plongés fait dresser les cheveux à la tète. Sans doute il existait encore quelques lollards et plusieurs sectateurs de Wickleff répandus dans lo pays, qui retenaient la vérité et étaient comme le sel de la nation. Mais les cruelles persécutions dont ces hommes pieux étaient assaillis ne leur permettaient pas de faire de grands progrès. A peine réus-
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sissaient-iis à ne pas perdre du terrain ; ot, quant à la masse du peuple, elle était enfoncée dans Ihs plus épaisses ténèbres.
La plupart des prêtres et des docteurs de la religion étaient eux-ménoes dam une conf)plète ignorance des choses quili auraient dû savoir. Ils recevaient géoéralement les ordres sans qu'un examen suffisant eût donné quelques garanties sur leur instruction et leur caractère.
Plusieurs , quoique en état de lire dans leurs bréviaires, ne savaient absolument rien de la Bible. Quelques-uns, suivant Strype , étaient à peine en état de répéter Toraison dominicale, et un trés-petil nombre était capable de réciter les dix commandements. Les prières de TEglise se faisaient en latin , qui n'était presque compris de personne. La prédication était à peu près nulle, et le peu qu'il y en avait était d'une composition vulgaire, antiscripluraire et dénuée d'édification. Les sermons des quatre-temps étaient bien prescrits au clergé , mais on ne les exi-
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geait pas. On ne se serait pas abstenu un seul dinoanche de la messe, sous Laiimer, m;)is on pouvait se dispenser de sermons pendant vingt dimanches de suite , sans que personne s'en plaignît.
De nombreuses réunions de moines, sous les noms d'abbayes et de monastères, étaient répandues sur toute l'étendue de TAnglelerre. Les habitants de ces somptueuses demeures étaient rarement distingués par leur sainteté et leur esprit d'abnégation , et le plus souvent ils of* fraient les exemples de vies mondaines et dissipées. — Leurs mœurs étaient ce qu'on devait attendre d'une vie passée dans la mollesse, l'abondance de tous les biens et la paresse. Ils ne faisaient presque rien pour les progrès de la science, et rien pour répandre la vraie religion.
Deux choses seulement absorbaient toute leur attention : l'accroissement de leurs richesses et celui de leur pouvoir. Pour atteindre le premier de ces buts, ils persuadaient aux gens faibles et aux mou-
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rants de donner à TEglise leur argent et leurs terres, sous le prétexte spécieux qu'ils seraient par là délivrés du purgatoire, et qu'ils prouveraient leur foi par leurs œuvres. Et quant au second but, ils se vantaient de tenir les clefs du royaume des cieux. A eux seuls la confession des péchés devait être faite, et sans leur absolution et Textréme -onction aucun homme ne pouvait être sauvé. Sans leurs messes, personne ne pouvait être racheté du purgatoire. Enfin, ils se posaient dans la pratique comme des médiateurs entre Christ et Thomme, et toute offense contre eux était réputée le plus grand des péchés. Le vieux Fuller nous cite Texemple d'un Italien qui , en 1489, emporta d'Angleterre une somme énorme d'argent pour avoir reçu du pape le pouvoir d'absoudre les gens des crimes d'usure^ de simonie, de vol, de meurtre, de fornication, d'adultère et de tout autre méfait quelconque, sauf de celui de frapper un prêtre ou de conspirer contre le pape (1533»
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Tegge, édil.). Tels étaient les prêtres de Rome au temps de la jeunesse de Latimer, et lorsque la religion romaine dominait tout en Angleterre. Si nous ajoutons à cela , qu'ils étaient généralement ignorants, avares, sensuels, et qu'ils exerçaient sur les corps et les âmes un empire despotique, nous ne dirons rien qui ne soit en tout conforme à la vérité.
Avec des prêtres tels que ceux qui existaient au temps de la jeunesse de Latimer, vous ne serez pas surpris d'apprendre que le peuple était dans une complète ignorance de la vraie religion; et c'eût été réellement un miracle qu'il en fût autrement. Quand on ne pouvait ni entendre une prédication vivante, ni lire la Bible, car on ne pouvait se procurer un exemplaire du Nouveau-Testament à moins de soixante-dix francs, et encore l'acheteur courait-il le risque d*étre poursuivi comme hérétique pour se l'être procuré, le christianisme de l'immense majorité n'était autre chose qu*un pur
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formalisme. Le sabbat était un jour de chasse et de divertissement, tt nullement celui d'un culte solennel; on n*aurait pas trouvé un individu sur cent en état de répondre à cette question : < Que faut-il que je fasse pour être sauvé ?• ou qui eût pu, au moindre degré, rendre raison de ce que c*est que la justification, la régénération, lasanctification,rofficedeChrist et Tœuvre du Saint-Esprit. La seule idée que se fit un homme du chemin qui menait au ciel , c'était de se conformer à ce que le prêtre lui disait de faire, et d*appartenir à la vraie Eglise. C*est ainsi qu'un aveugle, conduisant un autre aveugle, tous deux tombaient ensemble dans la fosse.
Les pratiques religieuses de la masse des laïques consistaient en prières à la Vierge et aux saints, en pèlerinages vers des lieux réputés saints , en adoration des images et des reliques. La liste de leurs superstitions composerait seule un effrayantcatalogue. Ils couraient à l*Eglise
pour se procurer de Tesu bénite, au moment de Forage, et pour se préserver de la foudre. — Ils s'adressaient à saint Roc|i en temps de peste ; — à saint Pernel , quand ils avaient la Gèvre. — Les jeunes femmesqui désiraient un mari cherchaient Fappui de saint Nicolas, — et les femmes fatiguées des leurs se recommandaient à S. Uncumber. Cent mille pèlerins visitaient chaque année le tombeau de S. Tbomas-Becket, pour que leurs âmes obtinssent le ciel. Dans une seule année, il fut offert sur Tautel de Christ, dans la cathédrale de Cantjrbéry, 78 fr. ; — sur celui de la Vierge Marie, 1600 fr., et sur celui de Thomas Becket, ^1000 fr. ! ce qui était une somme énorme , si Ton compare quelle était alors la valeur de TargenL Les images qu'on adorait étaient à la fois des idoles et de grossières fourberies. — ABeyIey, dans le comté de Kent, il y avait un crucifix fameux , sur lequel on voyait la statue de notre Seigneur, remuer sa tête , ses mains et ses pieds ,
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toarner les yeux , froncer les sourcils c remuer les lèvres ; elle ouvrait la bouch quand on lui offrait de Targent, et brai lait gracieusement la tête quand c'était d Tor, et tout cela était tenu pour miraci leux. A la fin on découvrit que la figur du Christ était pleine de ressorts eldefil d'archal, que des prêtres ou leurs agent secrets qui se tenaient auprès faisaiei mouvoir. Le culte des reliques offrait U mêmes absurdes impiétés. — A Haies dans IcGlocestershire, on montrait dan une fiole de cristal ce qu'on appelait d sang de Jésus-Christ, mais on découvr plus tard que c'était du sang de canarc — A Burry-et-Suffolk on montrait k charbons qui avaient consumé saint Lai rent, — les rognures d'ongles de l'oi teil de saint Edmond. — Le canif et l( bottes de saint Thomas Becket étaier aussi religieusement adorés. ^Qiiant a bois de la vraie croix, quand le culte 6 fut aboli, on en trouva dans les différeu tes Eglises une quantité suffisante pou
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faire deux ou trois croix. — Et quant aux ossements des saints qui avaient été vénérés pendant un grand nonibre d'années, on en retrouva des tas qu'on reconnut plus tard n'être que des os de porcs. Ce sont des choses horribles à raconter, mais elles ont besoin d'être connues. L'Eglise de Rome connaissait toutes ces choses ; elle les tolérait, les sanctionnait, les autorisait, les enseignait et les encourageait dans ses membres. Tel était l'état de la religion en Angleterre il y a 350 ans, quand les réformateurs parurent. Tel était Iq christianisme anglais dans Fenfance et la jeunesse de Lalimer.
La seconde période de la vie de Latimer, pendant laquelle l'Angleterre passa par une époque de transition du romanisme au protestantisme , présente plusieurs traits curieux. Nous voyons d'un côté une réforme religieuse commencée par un roi, dont les motifs n'étaient rien moins que spirituels. — Il serait absurde de supposer qu'un tyran sensuel comme Henri VIII
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en vînt à rompre avec le pape , pour aucune autre raison que par une opposition de celui-ci à sa volonté. Nous voyons ses prétendus scrupules sur son mariage avec Catherine d^Aragon le mettre en rapport avec Cranmer et Latimer. Nous le voyons à une certaine époque se conduire tellement par les avis de ces hommes pieux , que , semblable à Hérode , il fit beaucoup de choses justes, bonnes , et propres à avancer la cause de TEvangiie.
11 créa Cranmer archevêque de Canton^ bôry, et lui maintint sa faveur jusqu^à la fin de ses jours. 11 permit que la B ble fût imprimée en langue vulgaire , et qu'elle fut placée dans toutes les Eglises. Il ordonna la destruction des images, et mit fin à un grand nombre de grossières superstitions. — 11 repoussa hardiment It doctrine de la suprématie du pape, supprima les monastères , et mit au grand jour la perversité de ceux qui les habitaient. Nous reconnaissons tout cela et nous en bénissons Dieu.
Mais nous le voyons, à une autre époque, défendre les dogmes romains et faire mourir sur dos bûchers des hommes qui, comme le martyr Lambert, les repoussaient. — Nous le voyons proclamer les six fameux articles qui rétablissaient de nouveau la transsubstantiation, les mes* ses privées , le célibat des prêtres , les vœux de chasteté, la confession auriculaire et le refus de la coupe aux laïques ; et pis que tout cela, nous voyons en lui, pendant foute la durée de sa vie, les signes certains d'un homme orgueilleux ^ opiniâtre, sensuel, et un manque absolu de ces preuves qui attestassent que son cœur eût jamais été droit aux yeux de Dieu. Enfin, l'emploi d'un pareil homme, coupable de telles inconséquences^ choisi pour faire l'œuvre de Dieu, est parmi les choses mystérieuses de la Providence que nous ne pouvons comprendre, et que nous sommes réduits à adorer en silence.
D'un autre côté , passant d'Henri VIII aux premiers réformateurs, nous voyons
en eux de fortes indications de ce que Fuller appelle tun crépuscule religieux.»
Nous les voyons publier sous le règne d'Henri VIIÏ des livres qui, quoiqu'ils attestassent un immense progrès sur l'enseignement romain, contiennent encore des choses qui ne sont pas selon les Ecritures (1). Nous les voyons cependant croître graduellementcnconnaissancespirituelle, peut-être sans qu'ils s'en doutassent euxmêmes , et spécialement quant & ce qui tient à la transsubstantiation. Nous les voyons fréquemment arrêtés, retourner en arrière, soit par suite de la conduite arbitraire du roi, soit par la difOculté de travailler dans l'Eglise, côte à côte, avecle parti papal , soit enfin par la profonde ignorance du clergé de paroisse. Néanmoins, si l'on compare la fin du règne d'Henri VHI avec son commencement, on acquiert la preuve certaine qu'il y avait
(1) Tels sout : The neceuary érudition et TTiê institution of a chriitian man.
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3U de grands pas de faits. On apprend à idmirer la puissance supérieure de Dieu, ]ui se sert d'Henri VIII , comnae il le fît autrefois de Nébucadnetsar et de Sennachérib, pour accomplir ses propres lesseins. Et, enfin, on ne peut qu'admirer la patiente persévérance des réfor- [nateurs : quoiqu'ils eussent peu deforce, ils en usèrent ; quoique la porte ouverte levant eux fût étroite, ils y entrèrent; [{uoiqu'Us ne possédassent qu'un talent, ils l'employèrent de tout leur cœur au service de Dieu» et ne l'enfouireqt pas en terre j quoiqu'ils eussent peu de lumières, elles se manifestèrent pleinement dans leur vie. S'ils ne purent pas accomplir tout ce qu'ils auraient voulu faire, ils firent au moins tout ce qu'ils purent, et ce qu'ils firent fut béni.
Telle se présente la deuxième période de la vie de Latimer ; n'oublions pas que ce fut à cette époque que les fondements de l'Eglise furent posés, et de nombreux tas de vieux débris déblayés du chemin
de ceux qui devaient bâtir après eux.
Considérée à ce point de vue, cette étude intéressera sans doute relui qui cherche à connaître Thistoire de TEglise.
La dernière période de la vie de Latimer, qui con) prend le règne d*£douard VI, diffère à beaucoup d*égards des précédentes. La cause de la Réforme fit d'immenses progrès pendant la courte mais remarquable durée de la domination d'Edouard. Hooker a dit avec raison :
c Que ce prince était mort jeune, mais > qu'il avait beaucoup vécu , si agir c^est » vivre. » Débarrassés de Tesclavage de rintervention tyrannique du roi, Cranmer et ses amis firent marcher à* grands pas l'œuvre delà Réformation. Donner et Gardiner ne purent plus les retenir en arrière. Rc fusant de prendre part à cette bonne œuvre, ces deux prélats romains furent déposés et réduits au silence. Des hommes fidèles, comme Ridiey etHooper, les remplacèrent sur le siège des évèques. Un immense renversement de eéri-
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monies du passé eut lieu. Une liturgie fut composée qui ne différait que peu du prayer-book actuellement existant. Les quarante -deux articles qui forment le fondenient des trente-neuf articles d'aujonrd'hui furent proclamés. Le premier livre des Homélies, destiné à suppléer au manque de prédicateurs fut composé, et l'on arriva à une précision et à une clarté dans la doctrine , jusque-là inconnue.
Des savants étrangers, tels que Bucer et Pierre Marlyr,furent invités à visiter l'Angleterre, et nommés professeurs royaux de droit divin à Oxford et Cambridge.
Jusqu'où les réformateurs auraient-ils conduit leur œuvre, s'ils en avaient eu le temps? Cest ce qu'il est inutile d'examiner. Mais si l'on en juge par les changements effectués dans un petit nombre d'années , il est probable qu'ils auraient amené l'Eglise à cet état de perfection, le seul auquel puisse atteindre sur cette terre l'Eglise visiblede Jésus-Christ; mais la mort prématurée d'Edouard les arrêta.
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Il y eut cependant une chose que les réformateurs du règne d'Edouard VI ne purent accomplir. Ils ne purent changer les cœurs du clergé paroissial. Des milliers d'ecclésiastiques continuèrent à remplir leurs charges dans TEglise'd' Angleterre , sans avoir la moindre sympathie pour les vues de Cran mer et de ses partisans. Il n'y avait aucun moyen de se défaire de ces dignitaires, car ils étaient prêts à tout promettre, tout jurer, tout signer, afin de conserver leurs places.
Mais, tout en cédant aux injonclions et aux ordres de Cranmer, ils étaient privés de toute grâce, ignorants et de cœur à demi-catholiques romains. Les questions auxquelles l'évêque Hooper jugea nécessairede soumettre les doyens, les prébendaires et le clergé du d iocèse de Glowcestcr, lors de sa première visite, nous fournissent un triste et mémorable exemple (d^ ce qu'étaient les ecclésiastiques anglais au temps d'Edouard. Voici ces questions :
< Combien y a-t-il de commandements t
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» — OÙ les Irouve-l-on écrits? — Les » savez-vous par cœur? — Pouvez vous » les confirmer par l'Ecriture? — Pou- » vez-vous réciter la prière dominicale?
» — Comment savez-vous que c'est la » prière du Seigneur? — Où la trouvez- » vous écrite?» Ces questions sont une signification assez triste de l'état d'iostruclion de ces prêtres. Mais que direzvous du résultat de cette enquèle?
De 311 ecclésiastiques du diocèse de Glowcesler, il s'en trouva 168 qui fureot incapables de réciter les dix commandements, et de ce nombre 31, qui ne surent pas dire dans quelle partie des Ecritures on les trouvait. 40 ignoraient où la prière du Seigneur était écrite, et 31 ne savaieut pas qu'il en était l'auteur (Œuvres de Hooper, vol. II, p. 151). Des faits semblables sont aussi pénibles que surprenants, mais il importe que vous les connaissiez ; ils expliquent la facilité avec laquelle la sanguinaire Marie réussit à rétablir le pouvoir de la papauté, quand elle parvint
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au irùne. Un clergé paroissial, semblable à celui que nous avons dccrii, nVlait guère propre à opposer la moindre résia* lance à ses dosirs. De tels faits jettent une grande lumière sur la |K>5ition de Crannier et des autres réformatrurs du temps d'Edouard VI. Nous ne pouvons nous faire qu'une faible idée des immenses difficultés qui les assaillirent tant à rintèrieur qu'à Textérieur; et des faits semblables |>euvent seuls donner quelque idée de Tèlat de la religion en Angleterre, même dans la plus brillante période des temps dont nous avons parlé. Or , si ces choses se voyaient encore quand Latimer était devenu vieux, quelles devaient-elles être dans sa jeunesse 7 Si une semblable ignorance prévalait encore sous le règne d'Edouard VI, combien plus épaisses devaient être les ténèbres sous celui d'Henri VIII.
Mais je ne veux pas m'arréter plus longtemps sur les temps de Latimer, je crains de vous avoir déjà fatigués par le
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détail sec et fastidieux des faits. Toutefois je crois fermement que ce que je vous en ai dit était absolument nécessaire afin que vous pussiez vous former une Juste idée de la Réformation d'Angleterre , et j'espère que cela n'aura pas été sans utilité.
Âpres un examen consciencieux, je me flatte que vous tomberez d'accord avee moi , que c'est le comble de l'absurdité que de dire, comme quelques-uns le prétendent de nos jours, que l'Angleterre a beaucoup perdu eu'se débarrassant de la papauté. On est tout surpris d'entendre des insensés parler < de la joyeuse Angleterre des temps anciens» , — tde la piété du moyen-âge», — ides siècles de la foi», — «et des mœurs religieuses de nos ancêtres catholiques. »
Les beaux écrits de Walter^Scott, et les magnifiques dessins d'architecture de Pugin, ont jeté un faux éclat sur le romanisme en Angleterre, et ont élevé dans Fesprit de plusieurs des doutes si notre Réformation avait été réellement un blen^
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fait. Je crois que la jeunesse anghise , pour bquelle j*écris ces pages, ne sera pas assez simple pour ajouter foi à ces trompeuses théories. Ne douiez pas un seul instant que Tétat de la société anglaise, représentéequelquefois commeen* chanteressepar la plume de Scott, ou par le crayon de Pugin , ne le so^t beaucoup plus dans la poésie et la peinture qu'elle ne le fut jamais dans une sincère réalité.
Soyez certainsqu'àcettcdis tance Tenchantement produit est un trompe l'œil ^ et croyez que les ruines des abbayes de Netley, de Glaslorbury, de Tin ter n , de Mel* rose et autres, sont probablement plus utiles aujourd'hui que ne le furent jamais, aux temps d*HenriVII, leurs admira*blés constructions. — N'oubliez pas ce que nous avons gagné à la Réformation, en lumières, en connaissance, en moralité et en liberté religieuse , et ne perdes jamais de vue les fruits portés par l'arbre de la papauté, lorsqu'il fl<*urissait dans ses derniers jours. Ces fruits furent
d*un côté, Tignorance, la superstition, le relâchement des mœurs et la domination sacerdotale ; et, de Tautre, la colère de Dieu , la ruine des âmes et la joie du démon.
J'espère, en outre, vous persuader aujourd'hui qu'il est fort injuste de supposer que les actes et les écrits des réformateurs anglais sous Henri VIII dussent oflfrir le vrai ci^ileriam de leurs opinions parvenues à leur maturité. Cette supposition serait tout aussi mal fondée que celle qui prétendrait juger un homme fait et son caractère, d'après les paroles et les écrits de son enfance. Rappelez-vous que les réformateurs, sous Henri VIII, étaient dans un état d'enfance spirituelle. En beaucoup de points, ils voyaient la religion comme au travers d'un verre obscur, et ce ne fut quesous le règne d'Edouard VI, qu'ils sedébarrassèrent deschoses de l'enfance. Prenez donc garde de ne pas vous laisser tromper par des citations artifieieusement choisies, tirées des ouvrages
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publiés dans les premiers temps de U Réforme d'Angleterre. Si vous voulez juger les réformateurs , faites-le d*aprè9 leurs écrits du régne d'Edouard VI, mais non d'après ceux de celui dllenri VIII.
Enfin, j'espère vous convaincre aujourd'hui, qu'il est Irés-déraisonnable de décrier les premiers réformateurs, parce qu'ils n'auraient pas été assez loin.
De telles accusations sont faciles à forma* ler, mais ceux qui les avancent font rarement la part des obstacles énormes qu'ils avaient à surmonier, et des abus invété* rés qu'ils avaient à détruire. C'est une absurdité que d'imaginer qu'ils n*eurent autre chose à faire que d'enlever la mousse des murs d'une vieille bâtisse, et de la passer au blanc. Ils avaient, aa contraire, à démolir une vieille muraille décrépiljs, et à la reconstruire sur le même terrain. 11 est absurde d'en parler comme s'ils avaient fait sur une mer tranquille, avec un vent favorable, uo voyage d'agrément; loin de là, ih
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avaient à diriger la barque de la vraie religion, au travers d'an déiroil resserré, difficile el semé d'écueils, contre le courant, le vent et la marée. Mettez ensemble toutes leurs difficultés : le caractère despotique et sensuel d'Henri VIII et la jeunesse d'Edouard VI, — l'ignorance générule du peuple, — Tamère inimitié des moines dépossédés , — l'opposition ouverte d'un grand nombre d'évéques, — et rindifférence secrète de la majeure partie du clergé; mettez toutes ces choses ensemble, pesez-les avec maturité , et je crois qu'alors vous ne jugerez pas légèrement l'œuvre des premiers réformateurs. Pour ma part, loin de m'étou^ ner de ce qu'ils firent si peu, je m'étonne, au contraire, qu'ils aient autant fait.
J'admire leur fermeté, et leurs succès m'étonnent. Je vois les immenses résultats obtenus par des instruments, cornparativementsi faibles, et je ne peux m'empécher de dire que « certainement Dieu était avec eux. »
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LA VIB DE LATmER.
La deuxii^me partie de cet écrit rom*prendra Thistoire de Tévèque Lalimer lui-même.
Hugues Latimer naquit Tannée 1485, à Thurcaston, près de Monlsorrel, dans le comté de Loycester. — Il a donné sur son père et sur sa famille un récit exact dans un de ses sermons, prêché en présence d*Edouard VI, que je vous donnerai en me servant de ses propres paroles.
Il dit : c( Mon pore était un paysan aisé, mais qui ne possédait aucune terre en propre; il avait seulement une ferme de 3 à 4 livres par an au plus , et il la cultivait si bien qu'il entretenait sur oe fonds une demi-douzaine d*hommes. Il avait du parcours pour une centaine di brebis, et ma mère trayait chaque jour trente vaches. Il était en état de se pré* senter au roi tout armé, équipé et monté; et il le faisait, en effet, quand il allait
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toucher les gages du roi. Je me souviens d*avoir bouclé moi-même sod armure quand il se rendit à Biackbeathfield. 11 me plaça à Técole, sans quoi je n'aurais jamais été mis en état de prêcher devant Sa Majesté comme je le fais aujourd'hui. Il maria mes sœurs et donna à chacune d'elles une dol de 5 livres (125 fr.) , après les avoir élevées dans la pit'té et la crainte de Dieu. Il était hospitalier avec ses voisins et faisait des aumônes aux pauvres. >
Telle était Thistoire sans ornement que le bon évèque racontait de sa propre famille. Il est seulement à propos d'observer que c*est un des mille exemples qu'offre T Angleterre (malgré toutes ses imperfections), qu'elle est un pays où un homme, parti de très-bas, peut cependant s'élever aux plus hautes positions.
Latimer fut envoyé à Cambridge à l'âge de quatorze ans , et en 1509 il fut élu fel" ftno (agrégé) de Clare-Hall. Nous savons, do reste, peu de chose des premiers temps
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de sa vie; à rexception de ce fait remar* quable cilé par lui-tDéine, que jusqu'à Vâge de trente ans il fut un ardent fana* tique. Ci>mme saint Paul ne' rougissait pas de dire aux hommes qu*il fut UD temps où il était uu blasphémateur, un persécuteur et un homme violent; dd même Fancien évèque protestant ne se lassail pas de répéter aussi qu'il avait été jadis Tesclave de Rome .- — Il dit de luimême dans un de ses sermons : < J'étais le plus obstiné papiste qu'il y eût en Angleterre, et pour preuve, c'est que, lorsque je concourus pour être fait bachelier eo théologie, ma thèse fut entièrement cou* sacrée à combattre Mélanchton et ses opinions. >
Dans un autre sermon, il dit : c Tous les papistes prétendent être sauvés par la loi, et moi je partageai, jusqu'à ce que j'eusse atteint l'âge de trente ans, cette dangereuse et condamnable croyaoce; jus<|ue-là j'avais marché dans les téaè-^ bres de l'ombre de la mort. >
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Dans une lelire à sir £d. BnyDion, il dit : «J*aYais cru dans les temps passés, qu*éire moine et enveloppé dans un capuchon était le meilleur moyen pour ne pas être daninè ni effrayé de la mort; e*est ptiur ce motif que j'avais souveni pensé dVnlrer dans un cloîlre, en particulier quand j*étais malade et abattu ; et maintenant j'ai en horreur ma super* stitiei!se folie. >
Le témoignage de Latimer sur luimême est confirmé par d'autres. On rapporte, qu'il pensait si mal des réformateurs, qu'il déclarait que les derniers jours étaient venus, et que celui du jugement de la fin du monde approchait. "L'impiété (disait-il) marcne à jpks de géant; et où s'arrêtera la hardiesse de ces hommes qui ont commencé k mettre en question VinfaillibilUé du pape ? > Becon raconte que quand Siafford, sous-professeur de théologie, donna des cours sur la Bible, Latimer ne manquait jamais d'y assister, afin
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dVflTrayer loséludiarils pur sa présence et de les en chasser. Ënfln, son z(*le reli« gi(!ux étail si noloira, qull fut choisi pour rcniplir VottïvA* de (Hiriour de la eroïx dans les processions religh*uses de rUniversilé, el il remplit c^tle charge avec la solennité convonahti; pendant sept années. Tel fut Targiiedont Dieu se servit pour faire un vaseprérieux propre à son œuvre. Tels furent les premiers délnitsde l'un des meilleurs et des plus utiles réformateurs anglais.
L*inslrument dont Dieu se servit pour amener ce zélateur furieux à la connais* sauce de la vérité de Christ , fut un étudiant nommé fiilney. Bilney était cou-* temporain de Latimcr, h Cambridge^ et avait embrassé depuis quehfue lempi les doctrines de la Réform.ition. Il s*Mf»er* çnt (|ue Latimer était un homme sineért et honnête; il pensa charitablement que son zélé pour la défense de ses convietions religieuses ne provenait peul-éfans que d*un manque de connaissauco; il
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vint' donc ouvertement à lui après sa dissertation sur Méianchton , et lui demanda humblement de lui permettre de lui faire une confession privée de sa foi.
Le succès de cette démarche courageuse fut complet, et Latimer nous dit : c J'ai tpprisdavantage par sa confession que pendant plusieurs années avant celte époque; dès-lors, je commençai à goûter la Parole de Dieu, et je renonçai aux docteurs de TEtroie et à leurs folies.» La conduite de Bilney dans cette occasion mérite tous nos éloges , elle est bien propre à encourager chacun à essayer de faire du bien h son prochain. Preuve frappante de la vérité de ce proverbe : < Une parole dite à propos est bien bonne. »
Hugues Latimer n'était pas homme à faire les choses h demi. Aussitôt qu'il eut cessé d'être un ardentcatholique romain, d devint tout de suite un zélé protestant, et il se mit bientôt à Fœuvre, corps »
Ame et esprit, pour faire le bien. Il visita d'abord, dans la compagnie de Bit-
53 l*év£que LAimu.
ney, les malades et les prisonniers. Il commença h prêcher dans les chaires de rUniversité d*une manière jusque*là inconnue à Cambridge, et il devint bii^ntôt célèbre comme Tun des prédicateurs les plus énergiques et les plus puissants de répoque. Il entraînait dos centaines d'auditeurs à sonder les Ecritures el k s'enquérir du chemin du salut. Becon, qui fut plus tard chapelain de Cranmer, et Bradford, qui fut celui de Ridiey, attribuèrent tous deux leur conversion à ses sermons. Becon nous a laissé une remarquable description des effets de sa prédication : «Pas un seul individu , disaitHl, à rexceph'on des hommes à col raide et incirconcis de cœur, ne sortait de ses sermons sans être saisi d'une profonde horreur du péché , et porté à se consacrer h la piété et à la vertu.
Celte fidélité à s'acquitter des devoirs de son ministère, amena nécessairement les conséquences que l'expérience permettait d'en attendre. Elle souleva contre
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' Latimer une (empéte de persécutions. Des essaims de moines et de docteurs, qui rayaient admiré quand il portait la croix comme catholique romain , s'élevèrent contre» lui en masse quand il prêcha la croix comme saint Paul. L'évèque d'Ely lui d< fendit les chaires de TUnivcrsité, et s*il n'avait obtenu du docteur Barnès la permission de prêcher dans réglisedesAugiistins, qui était en dehors de la juridiction épiscopale , il aurait été eniièrement réduit au silence. Mais la malice de ses ennemis ne s'arrêta pas là.
Des plaintes furent portées contre lui au cardinal Wolsey, et il fut plusieurs fois dlé k comparaître devant lui et devant Tonstall , évéifue de Londres , comme accusé d'hérésie. En vérité, quand on fait la part des circonstances de ce temps-là, on est étonné qu'à cette période de sa vie, Latimer n'ait pas subi le sort de Bilney et péri sur un bûcher.
Mais le Seigneur, qui tient dans sa maÎD uos destinées, et qui voulait encore
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employer Latimer pour son œuvre, lui suscita des amis inespérôsetcn haut lieu.
Sou opinion tranchée au sujotdu divorce d'Henri VIII avec Catherine d*Âragoii, le mit en rapport avec le doctour Butts , médecin du roi, et en déCnilive lui assura la faveur et le patronage du roi luimême. Dans Tannée 1530, il fut créé chapelain du roi, et prêcha plus!euni fois en sa présence. — Dans Tannée 1531, la faveur royale lui pr^ocura une cure dont le revenu lui assurait des moyens d'existence à Wesl-Kinf^ton, près de Chippenham, dans le Wiltshire; et , en dépit des rr^muntrances de son ami Butts, il quitta à Tinstant la coof pour aller résider dans sa cure.
A West-Kington , Latimer se montra exactement le même qu'il avait été précédemment à Cambridge, et il trouva dans le démon un adversaire tout aussi actif dans le Wiltshire que dans TUniversité. Ses travaux pastoraux étaient abondants. Dans sa prédication , il iusis-
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tait en temps et hors de temps, soit dans sa paroisse, soit dans les paroisses environnantes. Il avait une pleine autorité d'agir ainsi en vertu d'une licence générale de FUniversité de Cambridge ; mais plus il déployait d'activité , plus il excitait la colère du clergé romain paresseux des environs de West-Kington , et plus celui-ci apportait d'entraves à ses travaux. Tant il est vrai que la nature humaine est dans' tous les siècles la même. Il existe généralement une disposition chagrine chez tout ministre qui n*est pas sous l'influence de la grâce divine. Il ne fait aucun bien lui-même et ne permet pas que d'autres en fassent.
Telle fut la conduite des pharisiens du temps de Jésus; c ayant pris la clef de la connaissance, ils n'y sont pas entrés euxmênies et ont empêché les autres d'y entrer (Luc, X, 5*2) ; » et les choses se passèrent du temps de Latimer comme elles s*étaientpasséesdu temps des pharisiens.
Dans une certaine occasion , le maire
56 l'évêque LATinR.
et los aldormen de Bristol , qui étaient de ses amis, l'ayant appelé à prêcher devant eux h PAqnes , on en avait fait Tannonce publiquement, et chacun se réjouissait d'entendre sa prédication, car Latimer jouissait à Bristol d'une grande popularité. Tout-^-coup arrive un ordre de révcque, défendant h qui que ce soi! de prêcher k Bristol sans son autorisation.
— Le clergé de la ville alla rendre visite h Latimer, l'informa de l'ordre émané de l'évêque, et sachant fort bien qu'il n'était pas pourvu de cette autorisation, ils lui dirent qu'ils étaient fort peines d'être privés d'entendre un de ses excellents discours. Leurs com[)liments de crocodile et leur regret furent de la peine perdue, car Latimer connaissait déjk toute l'affaire , et savait pertinemment que c'étaient ces hommes eux-mêmes , k la langue dorée , qui avaient poussé l'évéquc à lui fermer la chaire.
Durant les quatre années qu'il fut vicaire à West-kington , cet homme pieux
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fut constamment exposé à une suite d'attaques et de chicanes , pour l'empêcher de faire du bien. Il fut cité à Londres, mandé devant Tarchevêque Warham, et empêché pendant plusieurs mois de retourner à sa cure. Il fut cité devant le synode, excommunié et même mis pour quelque temps en prison. Mais il semble avoir été toujours gardé par une protection toute spéciale de Dieu, et, par sa puissante bonté, ses ennemis furent constamment empêchés de pousser leurs persécutions à Textréme. A la fin , eu 1535, le roi y mit un terme, eo le nommant évêque de Worcestcr. On a sans doute lieu de s'étonner qu'une telle nomination ait été faite par un tel homme.
Quelques-uns l'attribuèrent à lord Cromwell, — d'autres à la reine Anne Boleyn, -^d'autres à l'influence du docleur Butts.
EnÛD, plusieurs en firenl honneur à l'archevêque Cranmer, qui avait toujours été Fami de Latimer. Mais, à dire vrai, ces suppositions sont oiseuses , car t le
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cœur des rois est dans la main du Sei gneur, et il ies incline où il veut, comnc des ruisseaux d'eau.» Quand Dieu a \h soin d'un homme pieux pour occuper u poste élevé, il peut toujours faire naiti un Darius pour Ty nommer.
L'histoire de Tépiscopat de Latimer e courte et simple, car il ne dura que qui tre ans. Il fut le même dans le palais i révéché qu'il avait été dans sa cura i campagne, ou dans la chaire de Cao bridge. Son élévation ne l'enfla poin Ln mitre de l'évéque ne fut pas une été gnoir de son zèle pour l'Evangile ; fui toujours fidèle, plein de naturel, to jours occupe des affaires de son Père^ à faire du bien aux âmes. L'historû Fox parle, avec une haute considéra tio de ses travaux , de ses études , de s< activité, de ses soins constants po enseigner, exhorter, visiter, corriger léformer autant qu'il pouvait le fai et que les circonstances le permettaiei « Mais y ajoute-t-il, les temps d*alc
CéVÊQUE LATINEB. 59
étaient si pleins de dangers et si changeants, qu'il ne pouvait pas faire tout ce qu'il voulait; mais ce qu'il put faire il racromplit en s'y employant de toutes ses forces; en sorte que, quoiqu'il ne pût réussir à éteindre entièrement les derniers restes d'une ancienne superstition, cependant il s'y employa de telle sorte que , s'il ne put les détruire tout-à-fait, il les réduisit au m(»iiis à l'impuissance de faire beaucoup de mal. > En 1536, nous voyons Tévéque Latiraer chai'gn par l'archevêque Cranmer de prêcher devant le synode du clergé.
Il n'y a nul doute que cette tâche lui fut donnée à dessein. Cranmer savait bien qu'il était Thomme qualifié pour cela.
Les deux sermons qu'il prêcha à cette occasion sont parvenus jusqu'à nous , it Justifient pleinement le choix de l'archevêque. Il n'a peut-être jamais été prêché devant un corps ecclésiastique de sermons plus fidèles, et contenant des
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appols aussi prossantsà la conscience. Os ni'M'ilPiil bien qiron los lise avec allention. < Chors pères et frères,» dii-il, dans un dn ces discours , < en nous voyant ici rassembles pour Tamour de Diea, efforçons -nous de faire quelque chose qui donne à connailre que nous sommes des enfants de lumière, à nioios que nous, qui avons étô regardés jusqu'ici comme des enf'ints du monde , nous ne voulions fournir la preuve que nous le sommes encore. Tous les hommes nous app<*llent prêtais ; nous voyant donc ici réunis en concile, conduisons-nous de telle manière que nous soyons prélats non-seulement en honneur et eu dignité , mais surtout en sainteté, en bienveillance , en diligence et en sincérité. » — c Levez vos télés , chers frères, regardez autour de vous, et voyez combien de réformes demande TEglise d'Angleterre 1 combien d'abus dans le clergé, combien parmi les laïques 1 > Il en signale en-
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suite nominativement plusieurs : Fétat de la cour des évêques, — le grand nombre de fêles et de cérémonies superstitieuses, — Tadoration des images , et les pèlerinages pour visiter les reliques des saints, — les faux miracles et la vente des messes, et il les presse d'examiner avec attention ces abus et de les réformer.
Il conclut par un solennel avertissement des conséquences qui résulteraient pour les évéques de la néiiligence qu'ils apporteraient à réformer des abus si notoires.
€ Dieu viendra, dit-il. Dieu viendra, et
> il ne tardera pas; il viendra au jour » que nous ne savons pas, et à une heure » que nous n'attendons pas, il viendra
> et il nous fera mourir. Il nous donnera » notre salaire avec les hypocrites, — il » nous jettera dans le lieu où il y a des » lamentations , mes frères, où il y a des 9. grincements de dents, mes frères; — 9 ce sont là les mets préparés pour les » enfants bien-aimés du monde. Voilà » les gâteaux et les friandises apprê-
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lés pour les prélats mondaios,
des lamenUlioiis et des grÎDoemenls de dents II! Vous voyez, mes frères, les douleurs vi les ohàtiineuts qui vous sont réservés si vous êtes mondaiDS.
Si donc vous voulez y échapper, ne soyez pas enfants du monde; et ai vous ne voulez pas Mre enfants du monde , ne vous affectionnez pas aux choses de la terre, ne vous confiez pas en elles. Si vous ne voulez pas mourir rlernellement , ne vivez pas mondainemeiit. Venez donc et abandonnez Ta* mour des choses qui ne profitent qal vous , et étudiez-vous à faire ce qui profile k Clirist et le glorifie. Cherches vos consolations dans les choses qui appartiennent à Christ, et faites enfin quelque chose qui puisse lui plaire. ^ Paissez avec tendresse ses brebis, — prêchez fidèlement la parole de Diea, — aimez la lumière, marchez dans 11 lumière, et vous serez ainsi des enfants de lumière, peudaut que vous êtes dans
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» ce monde, afin que vous brilliez comme » des étoiles, dans le monde à venir, » avec le Père , le Fils et le Saint-Es* prit. > Ces quelques mots suffiront pour donner une idée de Tesprit des sermons prononcés par Latimer devant le sy- Dode.
En 15S7, nous trouvons Latimer faisant partie de la commission des théologiens chargés de la publication d'un livre destiné à exposer la vérité religieuse, et d*où sortit V institution du Chrétien, La même année nous le trouvons prescrivant certaines régies au prieur d'un couvent de Worcester, monastère qui subsistait encore ; entre autres , il commanda au prieur d'avoir la Bible entière en anglais enchaînée dans TEglise. Il ordonna, en outre , que chaque membre de la communauté possédât lui-même un Nouveau -Testament en anglais, que chaque jour une lecture en fût faite dans le couvent, et qu'on le lût encore pendant lo temps du dîner et du souper.
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Peu de temps après, il publia des injonctions au clergé de son diocèse, ordonnant à chacun de ses membres de posséder au moins le Nouveau-Testament, d*en lire et méditer au moins un chapitre chaque jour. — Il leur prescrivit, en outre, de mettre de côté dans leur prédication toute espèce de recommandations relatives a des observances, des cérémonies ou des processions, et leur enjoignit d*instruire les enfants dans leurs paroiS'^ ses respectives : tous ces petits faits sont profondément instructifs, et nous montrentcombien étaient nombreux les abus qui existaient dans les diocèses de TÂngleterre au temps d'Henri Vil, et quels énormes obstacles rencontrait un évéqne qui voulait réformer ces abus.
En 1538, nous trouvons Latimer contestant avec lord Cromwell au sujet delà grande abbaye de Malvern , dont il désirait empêcher la suppression. Sun opinion était qu*on devait la conserver, noa pour y entretenir des moines , ce qu^
L*ÉVÊQUB LATIHER. tt
Dieu ne plaise, disaiUil, mais pour la consacrer à l*enseignement, pour y former des hommes à l'art de la prédication , I rétudeetàrespritdH prière; il demandait s*il ne serait pas d*une bonne politique de conserver deux ou trois de ces vieux monastères dans chaque comté pour les réserver à cet usage. Ce sage projet mon-trait une grande intelligence des besoins du pays. Si ces vues avaient été adoptées, Durham, St-Beets, Lampeter et Rings- College seraient devenus inutiles; mais h rapacité des courtisans dMlenri VIII, qui avaient un insatiable désir de posséder ces abbayes supprimées, fit échouer 6é projet.
L'année 1539 mit fin à Tépiscopat de Latimer, par la promulgation des six articles dont nous avons déjà fait mention , dans lesquels quelques-uns des dogmes fondamentaux du romanisme étaient maintenus d'autorité. Il résista éni^rgiquement et aussi longtemps quil put à Fenregistrement de cet acte, et il fit
raconte que le jou. ...
et lorsqu'il rentra chez lui en son»
la chambre des lords , il se dépoaii
sa robe, et sautant de joie, il dit k
qui étaient avec lui , qu'il se sentait
léger qu'il ne l'avait été depuis -1
temps.
Pendant les huit années qui suif sa démission , la vie de Latimer S*étre écoulée dans un silence fa dans la retraite. Nous ne savor peu de chose de ce qu'il devint ignorons où il passa ce temps, et tourna ou non dans son ancien "*• '•*«^n : il est nrob;
L*ÉYÊQUB LATIMIR. €7
nière année de la vie d'Henri VIII enfermé dans la tour de Londres.
Quand Edouard VI monta sur le trône, en 1547, Latimer fui enfin rendu à là liberté, et traité avec toute sorte àe respect. On lui offrit de lui rendre son évèclié de WorcpS»er, et la chambre des communes présenta une adresse au pro-»
tecteur Sommersf't, lui demandant avee instance de le réintégrer dans sa place ; mais rage avancé de Latimer et ses infirmités croissantes lui firent refuser la dignité qui lui était offerte, et il pnssa les dernières années de sa vie sans aucun office déterminé, quoique travaillant sans cesse. Sa principale résidence fut, pendant ces six années, avec son vieil ami et allié ranhevêque Cranmer, et sous le toit hospitalier du palais de Lambeth. Pendant tout ce temps, il prit une part active à toutes les mesures adoptées et propres à avancer la Réformation protestante. Il aida Cranmer dans la composition du premier livre des Homélies , et
68 l'évêque latimuu
fui du nombre des IhéologieDS nomm pour la réforme de la loi ecclésiastiqu œuvre qui n*a jamais été achevée. • Pendant tout ce temps , il prêcha génér lemeut deux fois par dimanche. -- Da la première partie du règne d'Edoua VI, il prêcha constamment devant roi; dans la seconde, il parcourut I comtés du centre de l'Angleterre, pr chant partoutoù sesservices étaient réel mes, et spécialement dans le Lincol shire. Cette période de sa vie fut peu être la plus utile. Il est probable qu*ai cun des réformateurs n'a répandu semence de la saine doctrine protestan parmi les classes moyennes avec auta d'abondance et d'efficace que Latime et Southey lui rend ce témoignage qu*a cun homme ne fit faire autant de pr grès que lui à la Réforme par sa prëc cation.
La mort prématurée d'Edouard VI l'avènement au trône de la reine Ifari en 1553, mit fin à l'activité de Lalim
L*ÉVÊQOB LATIMER éft
pour répandre l'Evangile. Dès-lors, îl fut appelé à glorifier Christ par ses souffrances , ne poavant^plus le faire par st prédication. Un des premiers actes dk gouvernement de Marie fut Tarrestatioii des principaux réformateurs anglais, el Latimer fut des premiers dont Tordre fut signe. Le messager de la reine le trouva faisant l'œuvre de son maître ell prêchant dans le Warwickshîre, et lott disposé à le suivre en prison. II avait été informé du sort qui le menaçait, six heures avant l'arrivée du messager, par un bomme pieux nommé Careless, et il ath raît facilement pu s'enfuir , maïs il n'ett voulut rien faire. Il dit : « Je vais aqsri volontiers à Londres aujourd'hui, appeti par mon prince, pour rendre témoignage à ma doctrine, que j'aie jamais été dank aucun autre lieu du monde. Et je nt doute pas que Dieu , qui m'a jugé digne de prêcher sa Parole devant deux excel* lents princes, ne me permette de rendre le même témoignage devant le troisième^
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Ce fat dan» cet esprit qu*il se re joyeusement à Londres, et il disait traversant Smithfield, où Ton bn ë^ordinaire les hérétiques : « Il y a le temps que Smilhfi< Id 6ranif après m
Lîitimer fut enfermé dans la tour Londres avec Cranmer, Ridley et B ford, et ils furent réunis tous quatre dans la même chambre faut place. Là, ces quatre martyrs, poui servir des propres paroles de Latin consultèrent ensemble le Nouveau-' tament, et par suite d'une étude cons< eieuse et réfléchie , ils reconnurent i nimement que la doctrine delà trans stantiation ne s*y trouvait pas. E tour, les trois évèques furent transj tés h Oxford, en 1554. L*année suivs Latimer et Ridley y furent brûlés comme des hérétiques obstinés.
La conduite de L'dtimer, pendan d^^tention , répondit à sa vie antérie Durant deux longues années il ne p< rien de' sa sérénité ; sa foi et sa pati(
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ne défaillirent jamais. Il employait une grande partie de son temps à la lecture de sa Bible; il racontait lui-même avoir lu sept fois le Nouveau-Testament en entier pendant la durée de sa détention.
Il consacrait aussi dés heures entières à la prière. Augustin Bernher, son fidèle serviteur, nous dit qu'il restait si long* temps agenouillé, qu'il ne pouvait plue se relever sans secours.
Il faisait surtout mention de trois choses dans ses prières. L'une était que Dieu l'ayant établi pour prêcher et pro* fesser le ministère de sa Parole , il lui fil la grâce de persévérer dans la saine dooirine jusqu'à la mort. L'autre était que, dans sa miséricorde, Dieu voulût bien rétablir dans le royaume l'Evangile de Christ. Et la troisième, que Dieu conservât la princesse Elizabeth pour la consolation de l'Angleterre. C'est un fait bien frappant que la manière dont ces trois souhaits furent exaucés.
La conduite de Latimer, dans les di'-
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vers interrogatoires qiril eut à subir en présence de sos persécuteurs, fut à beaucoup dVgards plus sage et meilleure que celle des autres martyis. Il savait parfaitement que sa morl était décidée, et il fut d'une grande fidélité. Gardiner, Tévéque catholi(|ue romain de Winchester, avait dit ouvertement qu'il fallait mettre la coignée à la racine de Tarbre, que les évèques et les principaux prédicateurs devaient être absolument mis à mort. — Bonner , Tévêque catholique romain de Londres, avait dit: «SiTundeces hérétiques réchappe, que Dieu punisse Bonner, et qu'il lui fasse pire qu*à eux.»
Agissant sous cette impression, Latimer, avant le procès, conseilla à Ridley de parler très-peu. < Ils parlent (disait-il) d'établir une libre discussion , mais leur argumentation sera celle de leurs pères ils diront : Nous avons une loi , et par cttte loi il doit mourir (Jean, XIX, 7).» D'après cela , il répondit peu de chose dans ses interrogatoires. Il se borna à faire une
simple profession de sa foi. Il refusa de se laisser entraîner dans d'interminables discussions sur les opinions des Pères , comme le iSrent Cranmer etRidIey; Il dit simplement à ses juges que c les Pères pouvaient avoir erré en quelque point, et que, pour lui, il n'ajoutait foi à leurs opinions que quand elles étaient la vérité, et qu'elles se trouvaient conformes à la Bible.» On ne fit peut-êlre jamais sur les Pères une remarque si prudente et si vraie.
La mort de Latimer est si bien décrite par Fox , que je ne saurais mieux faire que d'emprunter ses propres paroles pour mon récit. Je craindrais de les affaiblir en y ajoutant du mien, quoique je sois forcé d'abréger considérablement.
«La place, destinée à l'exécution , dit Fox , -était située au nord d'Oxford , dans un fossé, vis-à-vis du collège Balliol.Depeur que quelque mouvement populaire n'eût lieu pour empêcher leur supplice , lord William et le maire de la
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Cité furent chargés, par une lettre de la reine, d*y assister en personne avec an corps armé suffisant ; et quand tout fat préparé, les prisonniers furent «menés ensemble au lieu du supplice, le 16 octobre 1555.
» Ridley marchait le premier, revèta d'une robe noire garnie de fourrures , semblable à celle qu'il portait quand il était évéque. Latimer venait après lui , vêtu d'un vieux manteau de ratine de Bristol, tout râpé, avec son bonnet à glands et un mouchoir noué autour desa tète, enveloppé d'un long linceuil neafquî pendait jusqu'aux pieds.
» Ridley ayant tourné la tête vers Latimer qui le suivait, lui dit : « Eh bien f arrivez-vous? — Oui, répondit Latimer, je vous suis aussi vite que je peux. > A la fin, ils atteignirent le bûcher Pun après l'autre. Ridley, qui y arriva le premier, levant avec ardeur ses mains, tourna ses yeux vers le ciel ; peu après il courut à Latin^er qui arrivait, l'eai*
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brassa et lui dit : c Frère, ayons boo courage; car, ou Dieu apaisera la (u* reur des flammes, ou il nous donnera h force- de les endurer.» Après cela, il s'approcha du poteau, s*agenouiUa à côté, le baisa et pria ; et Latimer s'étant mis à genoux derrière lui , éleva son cœur à Dieu par une ardente prière ; puis tous deux se levèrent et s'entretinrent quel* qoes instants ensemble ; mais le Sei* gDeur seul entendit ce qu'ils se dirent Tan à Tautre.
» Ils furent ensuite forcés d'entendre an sermon prêché par un prêtre apostat, du nom de Smith, sur ce texte. € Quand je livrerais mon corps pour être brûlé, si je n'ai pas la charité je ne suis rien. »
Ils voulurent répoudre aux faux arguments de ce misérable discours, mais ils en furent empêchés, sur quoi Ridley dit:
c Soin mais je remets notre cause au Dieu tout-puissant qui nous jugera tous.»
Latimer y ajouta ce verset : «Mais il n'y z rien de caché qui ne doive être mani-
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fosté à 11 fin. » Il eût facilement confondu Smith si on reût laissé faire.
» Après cela, on leur commanda de se préparer inimcdialemont : ils Obéirent avec la plus grande douceur. Ridiey distribua ses habits et les autres objets qu'il avait sur lui à ceux qui Tentoaraient et qui s'estimaient heureux de pouvoir obtenir le moindre lambeau de ce qui lui avait appartenu. Pour Latimer, il ne donna rien, mais il se laissa tranquillement dépouiller par son gardien de tout ce qu'il avait sur lui, d'ailleurs de trésmince valeur , ne gardant que son linceul dans lequel il s'enveloppa et parut à ceux qui l'entouraient d'un extérieur aussi convenable qu'on pouvait le désirer; et quoique sous ses vêtements il eût paru d'abord un vieillard flétri et courbe, il se redressa dans son linceul , et sembla tout autre.
> Alors un forgeron ayant pris une chaîne en fer , s'en servit pour lier au poteau Latimer et Ridiey par le milieu
l'évêqve lativbii. Tt
du corps; et comme il ne serrait pas assez la chaîne, Latimer Ten avertit et lui dît : c Mon ami , serrez plus fort, de peur que notre corps ne cherche à s'écbapper.» On attacha de plus autour du CQU de chacun des patients un sac de poudre à tirer, on empila des fascines autour d*eux , et c'est par là qae se terminèrent les horribles préparatifs du supplice.
» Tout étant ainsi disposé, on apporta un iagot allumé, qu'on posa aux pieds de Ridiey, auquel Latimer dit : «Aie* bon courage, frère Ridiey, et montre-toi un homme ; nous allumons aujourd'hui un feu en Angleterre , qui , par la grâce de Dieu , ne pourra plus s'éteindre. »
» Le feu ayant été ainsi allumé, quand Ridiey vit la flamme s'avancer vers lui « il eria à haute voix : «Seigneur, je remets moD esprit entre tes mains ; » et il répéta plusieurs fois cette phrase. Latimer »
placé de l'autre côté du poteau , cria avec la même véhémence : «Père du ciel, re*
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çois mon àme; » et il reçut la flamme , comme s*il lui eût tendu les bras.
Après avoir trempé ses mains dans le feu, comme pour réprouver, il s*en couvrit le visage, et il expira bientôt, sans quMl parût avoir beaucoup souffert.
Telle fut , dit Fox , la fin de Tévéque Latimer, de ce vieux et béni serviteur de Dieu, dont les laborieux services, la vie si dévouée et la mort si ferme , sont pour toute TÂngleterre un sujet de per* pétuelles actions de grâces adressées aa Dieu tout-puissant. »
Et maintenant je sens le l>esoin de quitter ce qui se rapporte à la vie de Latimer. Je vous ai donné une coarto esquisse de son histoire, depuis sa naissance jusqu'à sa mort; mais vous devei comprendre que le temps dont je pouvais disposer, m'a forcé à abréger considérablement et à laisser en arrière bien des choses dignes d'intérêt.
Je passerai maintenant à sa prédiettion et je m'y arrêterai quelque temps. Ilest
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probable qu'il y a eu peu de prédicateurs qm aient jamais produit autant d'efTet sur leur auditoire que cet homme pieux.
Sans doute, ceux de ses sermons qui sont parvenus jusqu'à nous plairaient piea, d'après le goût du jour; ils contiennèol un grand mélange de choses affietétê^ bizarres , souvent même trivialeg. Us sont d'un style familier, souvent déccNisu, et remplis de citations bouffonnes. Mais, après tout, nous sommes 4a mauvais juges , de ce que devait être HD bon sermon dans ces temps-là. De nos jours, un sermon n'est le plus souvent qu'un essai religieux, lourd, pile, sans saveur , plein de sentences arrondies en anglaisa la Johnson, de lieux communs usés, d'expositions faibles et timides, mélangées avec soin déportions égales de lait et d'eau. Ils sont semblables à une épée dont la lame en plomb n*a ni pointe ni tranchant, à une armure pesante peu propre au combat. Mais si une saine doctrine évangélique , jointe
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à un langage saxon déponillé (Tornements, a de la hardiesse, de la vignear, de la droiture, de la simplicité; si ees qualités , dis-je , font le prédicateur , il en est peu , je pense , qui auront janaais égalé le vieux Latimer.
Je pourrais citer un grand nombre de preuves de son courage et de sa fidélité comme ministre. Il ne reculait pas de* vaut le devoir d'attaquer les péchés de qui que ce fût, fussent même ceux du roi. Quand Henri VIII mit obstacle à It diffusion de la Bible , Latimer lai écrivit une lettre énergique pour lui reprocher sa conduite , et cela , longtemps attat qu'il fût évéque. 11 craignait Dieu et n'avait pas d'autre crainte, c Latimer 1 Latimer (disait-il au commencement d*aii de ses sermons) ! tn vas parler devant le haut et puissant roi Henri VIII, qui peut, s'il le veut, t'ôter la vie ; fais donc attention à ce que tu vas dire ; mais, Lati-* mer! souviens-toi, avant tout, que to vas parler devant le Roi des rois, le Set-
ViyÈWia LATIMBR. 81
gnwr des seigneurs ; et garde-toi de lui déplaire. >
Je pourrais parler do son renonce^ mêtU. l\ abandonna un riche évêché, et rentra dans la vie privée, par fidélité et par sentiment de conscience, sans murmurer. Plus tard, il refusa ce mcme évécbé qu'on voulait lui rendre, se trouvant trop Agé pour en remplir les devoirs Jorsqu'il n*avait qu*à dire oui pour Tobtenir.
Je pourrais citer la bonté naturelle de 9on cœur; il était toujours Tami des pauvres et des malheureux. Pendant qu'il habitait Lambeth , une grande partie de son temps était employée à examiner les cas de ceux qui s'adressaient à lui pour être secourus.
Je pourrais parler de son activité.
Jusqu'à la fin de sa vie, il fut dans l'usage de se lever à deux heures du maiio, et commençait par consacrer à l'étude et à la prière les premières heures de la journée. Je pourrais parler de
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toutes ces choses, et do bien d^aatres encore , mais le temps m'interdit d^entrer plus avant dans les détails. Je crois pourtant avoir fourni un assez grand nombre de faits pour vous donner une juste idée de rhomme qu'était Latimer. Et je crois que vous tomberez d'accord avec moi en ceci, c'est qu'il fut un des meilleurs évéques que l'Angleterre ait jamais eu, et qu'il eût été fort heureux pour l'Eglise qu'un plus grand nombre de ses évéques eût ressemblé à Latimer et un moindre à l'archevêque Laud.
N'oubliez pas, en réfléchissant à Thistoire de cette vie, qu'elle est un glorieux exemple des miracles que la grâce de Dieu peut accomplir. L'Esprit peut s*emparer, vous le voyez , du plus fougueux zélateur de l'erreur et en faire un fidèle confesseur de Jésus-Christ. Là où se montre la main de Dieu, rien n'est impossible.
Ne croyez jamais qu'aucun ami , aucune de vos connaissances , ou aucun de vos parents , soit trop opposé à l'Evan-
ffiïe i pcHir devenir jamais un vrai ohPQr tien ; bannissez celle idée, il n'y ajamai3 de cas désespéré sous la dispensation évangélique. Souvenez* vous de Lalimer* «t ne désespérez jamais.
N'oubliez pas , quand vous pensez aux derniers jours de Latimer, f|u'il est upe preuve glorieuse que Jésus peut soutenir les siens, même au milieu des flammes; qu'il sera toujours à Fheure du besoin l'appui de tous ceux qui se confient en Lui. Ne croyez pas que rien . soit trop difficile à accomplir si le Seigneur est avec vous. N'abandonnez pas la reli*gion parce que vous rencontrez sur votre route des épreuves cruelles, ou que votre position est défavorable, ou enfin que les circonstances vous sont contraires.
Rappelez-vous le vieux Latimer au bûcher, et ne vous laissez point abattre.