‹ Vies des dames galantesChapitre 4 sur 9 · SONNET · texte numérisé non relu

SONNET

Entre les médeoim renomnaés à Tara En sçavoir , en espreave , en sotenee , en doctrutty Pour juger l'Imparfait de la coulpe «ndro^ïyne, Par de Bray et ta femme oat esté tept choisis.

De Bray a en pour liiy Ipo trois de moindre prix, Xe Court, l'Endormy, Piètre; et ta femme, plus Gne, Les quatre plut experts en l'art de médeeioe, Le Grand, le Gros, Dliret et Vigoureux a prit.

On pent paMà jnger qtii des deux gaignera, Et si le Grand du Court victoneax sera , Vigoureux d'Endormy, le Gros, Duret de Piètre.

Et de iBray n'ayant point ces deux de -son eosté, Estaot tant imparfait que mary le peut eslre, ▲ fante de bon droit en sera déboute. .

— J'ay ouy parler d'un «utre mary, lequel la première nuici lenMtmbraasée sa nouvelle espouse, elle se ravit en telle joye et .plaisir, que, s'oubliant en elle-mesme, ne se put engarder de k'ae un petit mobile tordion de remuement non accoustumé de faire aux nouvelles mariées; il ne dit autre chose sinon : « Ah I j'en ay 1 » et continua sa route. Et voilà nos cocus en 4ievbe, dont j'en s^ une milliasse de contes ; mais je n'aurois jamais fait; et le pis que je vois en eux, c'est quand ils espousent la vache et le veau, comme on dit, et qu'ils ks piennent toutes grosses.

Gomme un qne je sçay, qui, s'estant marié avec une fort beOe et honneste demoiselle, par la faveur et volonté de leur prince et seigneur, qui aymoit fort ce gentilhomme et la luy avoit fait espouser, au bout de huit jours elle vint à estre cogneuë grosse, aussi elle le publia pour mieux couvrir son jeu. Le prince, qui s'estoit tottsjours bien douté de quelques amours entre elle et un autre, lui dit : « Une telle, j'ay bien mb dans mes tablettes le jour et » rheure de vos nopces; quand on les aflOrontera à celuy et celle » de vostre accouchement, vous aurez de la honte. » Mais elle» pour ce dire, n'en fit que rougir un peu, et n'en fut autre chose, 8Î-non qu'elle tenoit toujours mine de dona da ben.

Or il y a d'aucunes filles qui craignent si fort leur père et mère^ qu'on leur arracheroit plustot la vie du corps que le boucon puceau, les craignant cent fois plus que leurs marys.

^ J'ay ouy parler d'une fort belle et honneste demoiselle, laquelle, estant fort pourchassée du plaisir d'amour de son serviteur, elle lui respondit : <« Attendez un peu que je sois mariée, » et vous verrez comme, sous cette courtine de mariage qui cache » tout, et ventre enflé et descouvert, nous y ferons à bon escient.»

— Un autre, estant fort recherchée d'un grand, elle luy dit : « Sollicitez un peu nostre prince qu'il me marie bien-tost avec celui » qui me pourchasse, et me face vistement payer mon mariage qu'il » m'a promis; le lendemain de mes nopces, si nous ne nous ren- » controns, marché nul. »

^ Je sçai une dame qui, n'ayant esté recherchée d'amours que quatre jours avant ses nopces, par un gentilhomme parent de son mary, dans'six après il en jouyt; pour le moins il s'en vanta, et estoit aisé de le croire; car, ils se monstroient telle privante qu'on eust dit que toute leur vie ils avoient estes nourris ensemble; mesme il en dist des signes et marques qu'elle portoit sûr son corps, et aussi qu'ils continuèrent leur jeu long-temps après. Le gentilhomme disoit que la privante qui leur donna occasion de venir là, ce fut que, pour porter une mascarade, s'entrechangèrent leurs habillements; car i) prit celui de sa maistresse, et elle celuy de son amy, dont le mary n'en fit que rire, et aucuns prindrent subject d'y redire et penser mal.

Il fût fait une chanson à la Cour d'un mary qui fut marié le mardy et fut cocu le jeudy : c'est bien avancer le temps.

^ Que dirons-nous d'une fille ayant esté sollicitée longuement d'un gentilhomme de bonne maison' et riche, mais pourtant

nigaud et non digne d'elle, et par Tadvis de ses parents, pressée de l'espouser, elle fit résponse qu'elle aymoit mieux mourir fue de l'espouser, et qu'il se déportast de son amour, qu'on ne luy en pai^st plus ny à ses parents ; car, s'ils la forçoient de l'espouser, elle le feroit plustost cocu. Mais pourtant fallut qu'elle passast par-là, car la sentence luy fut donnée ainsi par ceux et celles des plus grands qui avoient sur elle puissance, et mesme de ses parents.

La vigille des nopces, ainsi que son mary la voyoit triste et pensive, luy demanda ce qu'elle avoit , elle luy respondit toute «n colère : « Vous ne m'avez voulu jamais croire à vous ester » de me poursuivre ; vous sçavez ce que je vous ay tousjours <]it, » que, si je venois par malheur à estre vostre femme, que je » vous ferois cocu, et je vous jure que je le feray et vous tien- » dray parole. »

Elle n'en faisoit point la petite bouche devant aucunes de ses compagnes et aucuns de ses serviteurs. Asseurez-vous que depuis elle n'y a pas failli ; et luy monstra qu'elle estoit bien gentille femme, car elle tint bien sa parole.

Je vous laisse à penser si elle en devoit avoir blasme, puis qu'un averty en vaut deux, et qu'elle l'advisoit de l'inconvénient où il tomberoit. Et pourquoi ne s'en donnoit-il garde? Mais pour cela, il ne s'en soucia pas beaucoup.

— Ces filles qui s'abandonnent ainsi sitost après estre mariées font comme dit l'Italien : Che la vacca, che e stata molto tempo Hgflta^ corre piû che quella che hà havuto sempre piena lir h$r1à (l).

Ainsi que fit la première femme de Baudoiiin, roy de Jérusalem, que j'ay dit ci-devant, laquelle, ayant esté mise en religion de force par son mary, après avoir rompu le cloistre et en estre sortie, et tirant vers Constantinople, mena telle paillardise qu'elle en donnoit à tous passants, allants et venants, tant gens-d'armes que pellerins vers Jérusalem, sans esgard de sa royale condition; mais le grand jeûne qu'elle en avoit fait durant sa prison en estoit cause.

J'en nommerois bien d'autres. Or, voilà donc de bonnes gens de cocus ceux-là, comme sont aussi ceux-là qui permettent à leurs femmes, quand elles sont belles et recherchées de leur

(1) C'est-à-dire : € Que la vache qui a l0cti{temps ëlé atUchée court plas que »€eAe qui a toujours en pieina liberté.

«2 VIES DES DâlfflES GALANTE.*^.

èeauté, et les abandoimeiit pour s'en ressentir et licerideiafmHMr, du bien et des moyens.

Il s'en voit i&ri de ceux-^là aïK cours des grands Toys et {oiiioes, lesquds s^'en trou^vent très-Jnen , car, de pauvres qu'ils a«fonet •esté, ou «pour engagement de leurs biens, ou pour prooès, ou bien pour voyages de guerres sont au tapis, les voilà rameutez et aggrandis en grandes charges par le trou de leurs fenuDes, où lis n'y trouèrent ^Dlllle diminution, mais plostost augmentation ; fer en une belle dame que j'ay ouy cUre, dont elle en avoit perdu la moitié par accident, qu'on disoit que son imary kiy avmt donné la vérole ou quelques chancres qui la luy avoient mangée.

Certes les faveurs et bienfaits des grands esbranlentfort un cœur chaste, et engendrent bien des cocus.

— J'ay ouy dire et raconter d'un prince estranger (l), lequel, ayant esté fait général de son prince souverain et naistre en une grande expédition d'un voyége de guerre qu'il luy avoit commandé, et ayant laissé en la Cour de son maistre sa femme, l'une des belles de la chrestienté, se mit à luy faire si bien l'amour, qu'il l'esbranla, la terrassa et l'abbattit , si beau qu'il l'engressa.

Le mary, tournant au bout de treize ou quatorze mois, la trouva en tel estât, bien marry et fasché contr'elle. Ne faut point demander comment ce fut à elle, qui estoit fort habile, à faire ses excuses, et à un sien beau-frère.

Enfin elles furent telles qu'elle luy dit : « Monsieur, l'évâM- » ment de vostre voyage en est cause, qui a esté si mal reeou » de vostre maistre (car il n'y fit pas bien certes ses afiaires), «t » en vostre absence l'on vous a tact prestez de charitez pour » n'y avoir point fait ses besognes, que, sans que vostre s^ » gneur se mist à ra'aymer, vous estiez perdu; et, pour 41e vous » laisser perdre, je me suis perdue : il y va autant et plus de » -mon honneur que du vostre ; pour votre avancement, je ne M me suis espargnée la plus précieuse chose de moy : jugez donc » si j'ay tant failly comme vous diriez bien; car, autrement, » vostre vie, vostre honneur et faveur y fust esté en bransle. » Vous estes mieux que jamais; la chose n'est si divulguée que la » tache vous en demeure trop apparente. Sur cela, excusez-moi «t » me pardonnez. »

(1) François de Lorraine, dnc de 6ai«e, tué par PoUrot. T07. &em. for le mot ioULTÉUN , page m da Catk. d'Esp. . édit. de I6da«

Le bean-feère, qiâ sçarvok dire des mieux, et qui possibk avoit part à 1» groisse, y en adjousta autres bdies paroles et prégnaDtes> à bieii' que tout servit, et par ainsi raeeoni fut fait, et forent ensemUe mieux q^ra devant, vivants^ en» toute franchise et bonne antîé; dont pourtant le {^ince lear maistre, qui avoit fait la débausche et le débat, ne l'estima jamais plus (ainsi que j'ay ouy dône) comme il en avoit fiait, pour en atvmr tenu si peu de compte à Tendroit de sa heame et pour l'avoir beu si doux, tellement qi'iï ne Testîm» depuis de si grand cœur comme il l'avoit tenu auparavant, encore que, dans son ame, il estoit bien aise que la pawvre dame ne patist point pour luy avonp fait plaisir. J'ay veu aucuns et aucunes excuser cette dame, et trouver qu'elle avoit bien fait de se perdre peur sauver son mary et le reoiettre en

Oh I qu'il y a de pareils exemples à eeloy-cy, et encore à un d'une grande dame qui saiFV» la vie à son mary, qui avoit esté JQ^é à mort en pleine cour, ayant esté convaincu ds grandes concnâons et maHes versalâens en son gouvernement et en sàcharge, dont le mary l'en ayma après toute sa vie.

-^ J'ay ouy parîer d'un grand seigneur aussi^ qni, ayant esté ji^ d'avoir la teste tranehée, si qu'estant déjà sur i'eschaffault sa* graee survint, q«e sa Me, qui estoit des phis belles, amÀ% obtenue, et, descendant de l'escfaafacdt, il ne dit autre chose éaon: « Dieu sauve le bon c. de ma fiMe,^ qui m'a si bien saKvél »

— Saint Augus^ est en douto si \m citoyen chrestien d'Antio^ pécha quand, pour se délivrer d'une gresse somme d'argent pMDT laqu^ il estoit estroitement prisonnier, p^mit à sa femme de coucher avec un gentilhomme fort rich» cpii lui promit de l'acqmtter de son dehte.

^ saint AtËgustin est de cette opiiiîo% cpie peut-il donc permettre à plusieurs femmes» veufves et Mes, qui pour rachepter leurs pères, parents et marys voire mesmes,. abandonnent îeor gentB corps sur force inconvénients qui leur surviennent, comme de prison, d'esdavitude, de la vie, des assauts et prise de ville,^ bref une infinité d'autres, jusques à gaigner quelqnesfois des capitaines et des sddats, pom* les bien faire combattre et tenir leurs partis, ou pour soutenir un long siège et reprendre une place. J'en conterois cent sujets, pour ne craindre pour eux à prostituer leur diasteté; et quel mai en peut-il arriver ny eseandale pour cela? mais un grand bien.

Qui dira donc le contraire, qu'il ne face bon estre quelques fois cocu, puisque Ton en tire telles commoditez du salut *de vies et de rembarqueraent de faveurs, grandeurs et dignitez et biens, que j'en cognois beaucoup, et en ay ouy parler de plusieurs, qui se sont bien avancés par la beauté et par le devant de leurs femmes ?

Je ne veux offenser personne ; mais j'oserois bien dire que je tiens d'aucuns et d'aucunes que les dames leur ont bien servy, et que certes les valeurs d'aucuns ne les ont tant fait valoir qu'elles.

— Je cognois une grande et habile dame, qui fit bailler l'ordre à son mary, et l'eut luy seul avec les deux plus grands princes de la chrestienté. Elle luy disoit souvent, et devant tout le monde (car elle estoit de plaisante compagnie, et rencontroit très-bien) . « Ha I mon amy, que tu eusses couru long-temps fauvettes avant que tu eusses eu ce diable que tu portes au col. »

— J'en ay ouy parler d'un grand du temps du roy François, lequel ayant receu l'ordre, et s'en voulant prévaloir un jour devant feu M. de la Ghastaigneraye mon oncle, et luy dit : « Ha I que vous » voudriez avoir cet ordre pendu au col aussi bien comme moy I » Mon oncle, qui estoit prompt, haut à la main, et scalabreux s'il en fut onc, lui respondit : « J'aymerois mieux estre mort que de l'avoir » par le moyen du trou que vous l'avez eu. m L'autre ne luy dit rien, car il savoit bien à qui il avoit à faire.

— J'ay ouy conter d'un grand seigneur, à qui sa femme ayant sollicité et porté en sa maison la patente d'une des grandes charges du pays où il estoit, que son prince lui avoit octroyée par la faveur de sa femme, il ne la voulut accepter nullement, d'autant qu'il avoit sceu que sa femme avoit demeuré trois mois avec le prince fort favorisée, et non sans soupçons. Il monstra bien par-là sa générosité, qu'il avoit toute sa vie manifestée : toutes fois il l'accepta, après avoir fait chose que je ne veux dire.

Et voilà comme les dames ont bien fait autant ou plus de chevaliers que les batailles, que je nommerois, les cognoissant aussi bien qu'un autre ; n'estoit que je ne veux mesdire, ny faire escandale. Et si elles leur ont donné des honneurs, elles leur donnent bien des richesses.

J'en cognois un qui estoit pauvre haire lorsqu'il amena sa femme k la Cour, qui estoit très- belle; et,^en moins de deux ans, ils se remirent et devinrent fort riches.

— Encore faut-il estimer ces daines qui eslèvent ainsi leurs marfs^en biens, et ne les rendent coquins et cocus tout ensemble: linsi que l'on dit de Marguerite de Namur, laquelle fut si sotte de s'engager et de donner tout ce qu'elle pouvoit à Louis duc (f Orléans, luy qui estoit si grand et si puissant seigneur, et frère du Roy, et tirer de son mary tout ce qu'elle pouvoit, si Uen qu'il en devint pauvre, et fut contraint de vendre sa comté de Bbys audit M. d'Orléans, lequel, pensez qu'il la luy paya de l'argent et de la substance mesmes que sa sotte femme luy a voit donnée. Sotte bien estoit-elle, puisqu'elle donnoit à plus grand que «oy; et pensez qu'après il se moqua et de l'une et de l'autre; car il estoit bien homme pour le faire, tant il estoit volage et peu constant en amours.

— Je cognois une grande dame, laquelle estant venue fort amoureuse d'un gentilhomme de la Cour, et luy par conséquent jouissant d'elle, ne luy pouvant donner d'argent, d'autant que son mari luy tenoit son trésor caché comme un prestre, lui donna la plus grande partie de ses pierreries, qui montoîent à plus de trente mille escus ; si bien qu'à la Cour on disoit qu'il pouvoit bien bastir, puisqu'il avoit force pierres amassées et accumulées; et puis après, estant venue et escbeue à elle une grande succession, et ayant mis la main sur quelques vingt mille escus, elle ne les garda guères que son gallant n'en eust sa bonne part. Et disoiton que si cette succession ne luy fiist eschuë, ne sçachant que luy pouvoir plus donner, luy eust donné jusques à sa robe et chemise ; en quoy tels escroqueurs et escornifleurs sont grandement à blasmer, d'aller ainsi allambiquer et tirer toute la substance de ces pauvres diablesses martelées et encapriciée^ ; car la bourse estant à souvent revisitée, ne peut demeurer toujours en son enfleure, ni en son estre, comme la bourse de devant, qui est toujours en son mesme estât, et preste à y pescher qui veut, sans y trouver à dire les prisonniers qui y sont entrés et sortis. Ce bon gentilhomme, que je dis si bien empierré, vint quelque temps après à mourir; et toutes ses bardes, à la mode de Paris, vindrent à estre criées et vendues à l'encan, qui furent appréciées à cela, et recognuës pour les avoir veuês à la dame par plusieurs personnes, non sans grande Iwnte de la dame.

— Il y eut un grand prince, qui aymant une fort honneste dame, fit achepter une douzaine de boutons de diamants trè»briUants, et proprement mis en œwvre avec leurs lettres égyp-

tiennes et hiéroglyfiques, qui contenoient leur sens caché, dont il en fit un présent à sadite maistresse, qui, après les avoir regardées fixement, lui dit qu'il n'en estoit meshuy plus besoin à elle de lettres hiéroglyfîques, puisque les escritures estoient des-jà accomplies entre eux deux, ainsi qu'elles avoient esté entre cette dame et le gentilhomme de cy-dessus.

J'ai cogneu une dame qui dlsoit souvent à son mary qu'elle le rendroit plustost coquin que cocu ; mais ces deux mots tenant de l'équivoque, un peu de l'un de l'autre assemblèrent en elle et en son mary ces deux belles qualitez.

— J'ai bien cogneu pourtant beaucoup et une infinité de dames qui n'ont pas ainsi fait : car elles ont plus tenu serré la bourse de leurs escus que de leur gentil corps : car, encor qu'elles fussent très -grandes dames , elles ne vouloient donner que quelques bagues , quelques fiaiveuis , et quelques autres petites gentillesses, manchoâs ou escharpes , pour porter pour l'amour d'elles et les faire valoir.

' — - J'en ay cogneu une grande qui a esté fort copieuse et libérale en cela ; car la moindre de ses escharpes et faveurs qu'elle donnoit à ses serviteurs estoit de cinq cents escus, de mille et de trois mille, où il y avoit plus de broderies, plus de perles, plus d'enrichissements, de chiffres, de lettres hiéroglyfiques et belles inventions, que rien au monde n'estoit plus beau. Elle avoit raison, afin que ces présents, après les avoir faits, ne fussent cachés dans des coffres ni dans des bourses, comme ceux de plusieurs autres dames, mais qu'ils parussent devant tout le monde, et que son amy les fist valoir en les contemplant sur sa belle commémoration, et que tels présents en argent sentoient plustost leurs femmes communes qui donnent à leurs ruffians, que non pas leurs grandes et honnestes dames. Quelquefois aussi eue donnoit bien quelques belles bagues de riches pierreries ; car ces faveurs et escharpes ne se portent pas communément, si-non en un beau et bon ai&ire; au lieu que la bague au doigt tient bien mieux et plus ordinairement compagnie à celuy qui la porte.

^ Certes un gentil cavalier et de noble cœur doit estre de cette généreuse complexion, de plustost bien servir sa dame pour les beautez qui la font reluire, que pour tout l'or et l'argent qui reluisent en elle.

Quant à moy, je me puis vanter d'avoir servy en ma vie d'honnestes dames, et non des moindres; mais si j'eusse voulu prendre

DISCOURà 1. 67

(Telles ce qu'elles m^ont présenté, et en arracher ce que j'eusse pu, je serois riche aujourd'huy, ou en bien, ou en argent, ou en meubles, de plus de trente mille escus que je ne suis ; mais je me sois toujours contenté de faire paroistre mes aflëctions, plus par mi générosité que par mon avarice.

Certainement il est bien raison que, puisque Fhomme donne du sien dans la bourse du devant de la femme, que la femme de mesme donne du sien aussi dans celle de l'homme, mais il faut en cela peser tout ; car, tout ainsi que l'homme ne peut tant jctter et donner du sien dans la bourse de la fenraoe comme elle voudroit, il faut aussi que l'homme soit si discret â» ne tkrer de la bourse de la femme tant comme il voudroit, et faut que la loy en soit égale et mesurée en cela.

— J'ay bien veu aussi beaucoup de gentilshommes perdre l'amour de leurs maistresses par l'importunitè de leurs (temandes et avarices, et que les voyans si grands demandeurs et si importuns d'en vouloir avoir, s'en défaboient gentiment et les plantoient Kk, ainsi qu'il estoit très-bien employé.

Voilà pourquoy tout noble amoureux doit plustost estre tenté de CQfnvoitise charnelle que pécuniaire; car quand la dame seroit par trop libérale de son bien, le mary, le trouvant se diminuer, en est plus marry cent fois que de dix mille libéralitez qu'elle feroit de son corps.

Or, il y a des cocus qui se font par vengeance : cela s'entend que^ plusieurs qui haïssent quelques seigneurs, gentilshommes ou autres, desquels en ont receu quelques desplaisirs et afHronts, se vaugent d'eux en faisant l'amour à leurs femmes, et les corrompent en les rendant gallants cocus.

— J'ai cogneu un grand prince, lequel ayant receu quelques traits de rébellion par un sien sujet grand seigneur, et ne se pouvant vanger de luy, d'autant qu'il le fuyoit tant qu'il pouvoit, de sorte qu'il ne le pouvoit aucunement attraper; sa femme estant on jour venue à sa Cour solliciter l'accord et les affaires de son mary, le prince luy donna une assignation pour en conférer un jour dans un jardin et une chambre h auprès ; mais ce fut pomr loi parler d'amours, desquels il jouit fort facilement sur l'heure sans grande résistance, car elle estoit de fort bonne composition : et ne se contenta de la repasser, mais à d'autres la prostitua, jusques aux valets-de-chambre ; et par ainsi disoit le prince qu'il se sentoit bien vangé de son sujet, pour luy avoir ainû repassé

sa femme et couronné sa teste d'une belle couronne de cornes^ puisqu'il vouloit faire du petit roy et du souverain ; au lieu qu'il Youloit porter couronne de fleurs de lys (l}, il lui en falloit bailler une belle de cornes.

Ce mesme prince en fit de mesmes par la suasioii de sa mère, qu'il joûist d'une fille et princesse; sçachant qu'elle devoit espouser un prince qui lui avoit fait desplaisir et troublé T Estât de son frère bien fort, la dépucella et en jouit bravement, et puis dans deux mois fut livrée audit prince pour pucelle prétendue et pour femme, dont la vengeance en fut fort douce en attendant une autre plus rude, qui vint puis après (2).

— J'ay cogneu un fort honneste gentilhomme qui, servant une belle dame et de bon lieu, lui demandant la récompense de ses services et amours, elle luy respondit franchement qu'elle ne luy en donneroit pas pour un double, d'autant qu'elle estoit très-asseurée qu'il ne J'aymoit tant pour cela, et ne luy portoit point tant d'affection pour sa beauté, comme il disoit, sinon qu'en jouissant d'elle il se vouloit vanger de son mary qui luy avoit fait quelque desplaisir, et pour ce il en vouloit avoir ce contentement dans son ame, et s'en prévaloir puis après ; mais le gentilhomme, luy asseurant du contraire, continua à la servir plus de deux ans si fidèlement et de si ardent amour, qu'elle en prit cognoissance ample et si certaine, qu'elle luy octroya ce qu'elle lui avoit tousjours refusé, l'asseurant que si du commencement de leurs amours elle n'eust eu opinion de quelque vengeance projettée en luy par ce moyen, elle l'eust rendu aussi bien content comme elle fit à la fin ; car son naturel estoit de l'aymer et favoriser. Voyez comme cette dame se sceut sagement commander, que l'amour ne la transporta point à faire ce qu'elle desiroit le plus, sans qu'elle vouloit qu'on l'aymast pour ses mérites et non pour le seul sujet de vindicte.

— Feu M. de Gua, un des parfaits et gallants gentilshommes du monde en tout, me convia à la Cour un jour d'aller disner avec luy ; il avoit assemblé une douzaine des plus sçavants de la Cour^ entre autres M. l'esvesque de Dole, de la maison d'Espinay en Bretagne, MM. de Ronsard, de Baïf, Desportes, d'Aubigny (ces deux sont encore en vie, qui m'en pourroient démentir), et d'autres

(1) Cela pourrait bien regarder Henri de Lorraine, duc de Guise, tué à Blois.

(2) Ceci pourroii encore mieux regarder Marguerite de Valoity le roi de Navarre, le duc d' Anjou et la Saint^Barthélemy.

DISCOURS I. gg

desquels ne me souviens, et n'y avoit homme d'espée que M, de Goa et moy. En devisant durant le disner de Tamour et des commodîtez et incommoditez, plaisirs et desplabirs, du bien et du mal qu'il apportoit en sa jouissance, après que chacun eut dit son opinion et de l'un et de l'autre, il conclud que le souverain bien de cette jouissance gisoit en cette vengeance, et pria un chacun de tous ces grands personnages d'en faire un quatrain imjpromptu; ce qu'ils tirent. Je les voudrois avoir pour les insérer icy, sur lesquels M. de Dol, qui disoit et escrivoit d'or, emporta le prix.

Et certes, M. de Gua avoit occasion de tenir cette proposition contre deux grands seigneurs que je sçay, leur faisant porter les cornes pour la haine qu'ils luy portoîent ; car leurs femmes estoient très-belles : mais en cela il en tiroit double plaisir, la vengeance et le contentement. J'ay cogneu force gens qui se sont revangez et délectez en cela, et si ont eu cette opinion.

— J'ay cogneu aussi de belles et honnestes dames, disant ef affirmant que quand leurs marys les avoient maltraitées et rudoyées et tansées ou censurées, ou battues ou fait autres mauvais tours ei outrages, leur plus grande délectation estoit de les faire cornarrls, et en les faisant songer à eux, les brocarder, se moquer et rire d'eux avec leurs amis, jusques-là de dire qu'elles en entroient davantage en appétit et certain ravissement de plaisir qui ne se pouvoit dire.

— J'ay ouy parler d'une belle et honneste femme, à laquelle estant demandé une fois si elle .avoit jamais fait son mary* cocu, elle respondit : « Et pourquoy l'aurois-je fait, puisqu'il ne m'a jamais » battue ny menacée? » Gomme voulant dire que, s'il eust fait l'un des deux, son champion de devant en eust tost fait la vengeance.

— Et quant à la mocquerie, j'ay cogneu une fort belle et honneste dame, laquelle estant en ces doux altères de plaisirs, et en ces doux bains de délices et d'aise avec son amy, il lui advi nt qu'ayant un pendant d'oreille d'une corne d'abondance qui n'est oii que de verre noir, comme on les portoit alors, il vint, par force do se remuer et entrelasser et follastrer, à se rompre. Elle dit à son amy soudain: « Voyez comme nature est très-bien prévoyante; car » pour une corne que j'ai rompue, j'en fais icy une douzaine » d'autres à mon pauvre comard de mary, pour s'en parer un jour 1 d'une bonne feste, s'il veut. »

Une autre ayant laissé son mary couché et endormy dans le lict

70 VIES DES DÂIHBS GÂIÂm'ES.

vînt ^if soft amy avaet se concher ; et ainsi qu^il luyeul deuKOiéè où estoit son marj, elle luy respondtt : ce 11 garde le lice et le md » du coen, de peur qu'un auti« n^y vienne j^ondre; mais oe n'esl » pas à son lictj ny à ses linceuls> ny à son i^ que youb en voûte, » c'est à moy qui vous' suis venue voir, et l'ay laissé là en sent»» V nelle, encore qu'il soit bien endormy. n

•— A propos de sentinelle, j'ay ouy faire un conte d'us gei^âf* homme d& valeiur, que j'ai cognen, lequel un- jour venant en que^ tien avec une fort honnesle (kme que j'ay a>as6v cogneue, il luy demanda, par manière d'injure, si elle avoit jamais fait de voyage à Saint-Mathurin (l). « Ouy, dit-elle ; mais je ne pus jamais en* » trer dans l'église, car elle estoit si pleine et si bien gardée » de cocus, qu'ils ne m'y laissèrent jamais entrer : et vous qui » estiés des principaux, vous estiez au clocher poiff faire la sei^<» » nelle et advertir les autres. »

J'en conterois mille autres risées, mais je n'aurois jamais Mit si espère-je d'en dire pourtant en quelque coi» de ce livre.

— Il y a des cocus qui sont débonnaires, qui d'eux-mesme» se convient à cette feste de coenage; comme j'en ai cogneu aucuns qui disoient à leurs femmes: « Un td est amoureiut de vous, je le » oognois bien, il nous vient souvent visiter, mais c'est pour l'a- » mour de vous, mamie. Faites-luy bonne chère; il nous peut toàaw » beaucoup de plaisir; son accointance nous peut beaucoup servir.»

D'autres ddsent à aucuns : a Ma femme est amoureuse de voas^ » elle vous ayme; venez la voir, vous lui ferez plaisir; vous cailla serez et deviserez ensemble, et passerez le temps. » Ainsi co»vîent-ils les gens à leurs despens.

Comme fit l'empereur Adrian, lequel estant un jour en Angfe* terre (ce dit sa vie) menant la guerre, eut plusieurs advis comme sa femme, l'impératrice Sabine^ faisoit l'amour, à toutes restes à Rome, avec force gallants geifilshommes romains. De cas de fortune, elle ayant escrit une lettre de Rome en hors à un gentilhomme romain qui estoit avee l'empereur en Angleterre, se comr plaignant qu'il l'avoit oubliée et qu'il ne faisoit plus compte d'elle, et qu'il n'estoit pas possiUe qu'il n^eilst quelques amofo^tes par de-là, et que quelque mignone a£fettée ne l'eusî espris dans les lacs de sa beauté ; cette lettre d'avanture tomba entre les osai ns

(1) C'est-à-dire, fait folîe de son corps, comme on parle, parce qa'oo va en pèlerinage à réglise de ce saiot pour être guéri de it foiieé

d'Adrian, et comme ce gentilhomme , quelques jours après , demanda congé à l'Empereur sous couleur de vouloir aller jusques à Rome promptement pour les afiàires de sa maison, Adrian luy dit en se jouant: «Eh bien, jeune homme, allez-y hardiment, car rimpéralrice ma femme tous y altend en bonne dévotion. « Quoy voyant le Romain, et que l'Empereur avoit descouvert le secret et luy en pourroit fort mauvais tour, sans dire adieu ny gare, partit

' la nuit après et s'enfuit en Irlande.

Il ne devoit pas avoir grand peur pour cela, comme l'Empereur luy-mesme disoit souvent, estant abreuvé à toute heure des amours desbordés de sa femme : «Certainement si je n'eslois empereur, je j) me serois bienlost défait de ma femme , mais je ne veux mon»-. » trer mauvais exemple. » Comme voulant dire que n'importe aux grands qu'ils soient-là logés, aussi qu'ils ne se divulguent. Quelle

sentence pourtant pour les grands ! laquelle aucuns d'eux ont pratiquée, mais non pour ces raisons. Voilà comme ce bon empereur assistoit joliment à se faire cocu.

— Le bon Marc Aurele, ayant sa femme Faustine une bonne vesse, et luy estant conseillé de la chasser, il respondit : « Si nous > la quittons, il faut aussi quitter son douaire, qui est l'empire ; el » qui ne voudroit estre cocu de mesmé pour un tel morceau, voire » moindre ? »

Son fils Antonînus Verus, dit Commodus, encore qu'il devint fort cruel, en dit de mesme à ceux qui luy conseîlloîent de faire mourir ladite Faustine sa mère, qui fut tant amoureuse et chaude après on gladiateur, qu'on ne la put jamais guérir de ce chaud mal, jusques à ce qu'on s'advisast de faire mourir ce maraut gladiateur et luy faire boire son sang.

— Force marys ont fait et font de mesme que ce bon Marc Aurfle, qui craignent de faire mourir leurs femmes putains, de peur d'en perdre les grands biens qui en procèdent, et ayment mieux estre riches cocus à si bon marché qu'estre coquins.

— Mon Dieu I que j'ay cogneu plusieurs cocus qui ne cessoienl jamais de convier leurs parents, leurs amys, leurs compagnons, de venir voir leurs femmes, jusques à leur faire festins pour mieux les y attirer; et y estant, les laisser seuls avec elles dans leurs chambres, leurs cabinets, et puis s'en aller et leur dire : « Je vous laisse ma » femme en garde. »

— J'en ay cogneu un de par le monde, que vous eussiés dit que toute sa félicité et contentement gisoît à estre cocu, et s'es-

7 J Vies DES DAMES 'GALANTES.

tudioit d'en trouTer les occasions , et surtout n'oublioît ce preqniei mot : « Ma femme est amoureuse de vous; l'aymez-vous autant » qu'elle TOUS aime? » Et quand ilr yoyoit sa femme avec son serviteur, bien souvent il emmenoit la compagnie hors de la chambre pour s'aller pourmener, les laissant tous deux ensemble, leur donnant beau loisir de traitter leurs amours ; et si par cas il avoit à faire à tourner prestement en la chambre, dès le bas du degré il crioit haut, il demandoit quelqu'un, il crachoit ou il toussoit, afin qu'il ne trouvast les amants sur le fait; car volontiers, encore qu'on le sçache et qu'on s'en doute, ces vues et surprises ne sont guières agréables ny aux uns ny aux autres.

Aussi ce seigneur faisant un jour bastir un beau logis, et le maistre masson luy ayant demandé s'il ne le vouloit pas illustrer de corniches, il respondit : « Je ne sçay que c'est que corniches ; de- » mandez-le à ma femme, qui le sçait et qui sçait l'art de géomé- » trie ; et ce qu'elle dira faites-le. »

— Bien fît pis un que je sçay, qui, vendant un jour une de ses terres à un autre pour cinquante mille escus, il en prit quarante-cinq mille en or et argent, et pour les cinq restants il prit une corne de licorne ; grande risée pour ceux qui le sceurent. a Comme, » disoient-ils, s'il n'avoit assez de cornes chez soy sans y adjous- » ter celle-là. »

— J'ay cogneu un très-grand seigneur, brave et vaillant, lequel vint à dire à un honneste gentilhomme qui estoit fort son serviteur, en riant pourtant : « Monsieur un tel, je ne sçay ce que vous avez » fait à ma femme, mais elle est si amoureuse de vous que jour et » nuict elle ne me fait que parler de vous, et sans cesse me dit vos 9 louanges. Pour toute response je luy dis que je vous connois plus- » tost qu'elle, et sçay vos valeurs et vos mérites, qui sont grai^. » Qui fut estonué , ce fut ce gentilhomme, car il ne venoit que de mener cette dame sous le bras à vespres, où la Reyne alloit. Toutesfois le gentilhomme s'asseura tout d'un coup et luy dit : « Monsieur, » je suis trèsrhumble serviteur de madame vostre femme, et fort » redevable de la bonne opinion qu'elle a de moi, et l'honore » beaucoup ; mais je ne luy fais pas l'amour (disoit-il en bouffon- » nant), mais je luy fais bien la cour par vostre bon ad vis que vous » me donnastes dernièrement; d'autant qu'elle peut beaucoup à » Tendroit de ma maistresse, que je puis espouser par son moyen, » et par ainsi j'espère qu'elle m'y sera aidante. »

Ce prince n'en fit plus autre semblant, si-non que de rire et

admonester le gentilhomme de courtiser sa femme plus que jamais» oe qu'il fit, estant bien -aise sous ce prétexte de servir une si belle dame de prince, laquelle luy faisoit bien oublier son autre maistresse qa'il vouloit espouser, et ne s'en soucier gui ères, si -non que ce nasque bouchoit et déguisoit tout.

Si ne put-il faire tant qu'il n'entrast un joiu* en jalousie, que toyant ce gentilhomme dans la chambre de la Reyne porter au bras un ruban incarnadin d'Espagne, qu'on avoit apporté par bdle nouveauté à la Cour, et l'ayant tasté et manié en causant avec luy, alla trouver sa femme, qui est oit près du lict de la Reyne, qui en avoit un tout pareil, lequel il mania et toucha tout de mesme, et trouva qu'il estoit tout semblable et de la mesme pièce que l'autre : si n'en sonna-il pourtant jamais mot, et n'en fat autre chose. Et de telles amours il en faut couvrir si bien les feux par telles cendres de discrétion et de bons advis, qu'elles ne se puissent descouvrir ; car bien souvent l'escandale ainsi descouvert dépite plus les marys contre leurs femmes, que quand le tout se fait à cachettes, pratiquant en cela le proverbe : Si non caste, tamen caute (i).

— ^Que j^'ay veu en mon temps de grands escandales et de grands inconvénients pour les indljscrétions et des dames et de kurs serviteurs I Que leurs marys s'en soucioient aussi peu que rien, mais qu'ils fissent bien leurs faits, sotto coperte (2), comme on dist, et ne fust point divulgué.

— J'en ay cogneu une qui tout à trac faisoit paroislre ses amours et ses faveurs, qu'eMe départoit comme si elle n'eust eu ie mary et ne fust esté sous aucune puissance, n'en voulant rien croire l'advis de ses serviteurs et amys, qui lui en remonstroient les inconvénients : aussi bien mal luy en a-t-il pris.

Cette dame n'a jamais fait ce que plusieurs autres dames ont faitç* car elles ont gentiment traitté l'amour, et se sont données du bon temps sans en avoir donné grand connoissance au monde, sinon par quelques soupçons légers, qui n'eussent jamais pu monstrer la vérité aux plus clairvoyants ; car elles accosloient leurs serviteurs devant le monde si dextrement, et les entretenoient si escortement (3) que ny leurs marys ny les espions de leiir vie n'y

(1) Cest-i-dire, sinon cha!<emeDt, du moins finement. (3) G'esi-a-dire, sous les couvertes, ou en eacbetie. 0) Aceoi-temenU

eossent sceu que mordre; et quand ils alloient en quelque voyage^ ou qu'ils vinssent à mourir, elles couvroient et caehoient leurs couleurs si sagement qu^on n'y connoissoit rien.

— J'ay cogneu une dame belle et honneste, lacpielk, le jour qu'un grand seigneur son serviteur mourut, elle parut en h chambre de la Reyne avec un visage aussi guay et riant que le jour paravant. D'aucuns l'en estimoient de cette discrétion, et qu'elle le iaisoit de peur de desplaire et irriter le Roy, qui n'aymcit pas le trespassé. D'aucuns la blasmoient, attribuant ce geste plustost à manquetioent d'amour, comme Ton disoit qu'elle n'en estoit guières bien garnie, ainsi que sont toiUes celles qui se meslent de cette vie.

— J'ay cogneu deux belles et honnestes dames, lesquelles, ayant perdu leurs serviteurs en une fortune de guerre, firent de tels regrets et lamentations, et monstrèrent leur dueil par leurs habite bruns, plus d'eau-benistiers, d'aspergez d'or engravez, plus de testes de morts, et de toutes sortes de trophées de la mort en leurs affiquets, joyaux et bracelets qu'elles portoient, qui les eseanda- Usèrent fort, et cela leur nuict grandement ; mais leurs marys ne s'en soudoient autrement.

Voilà en quoy ces dames se . transportent en la publication de leurs amours, lesquelles pourtant on doit lou^ et priser en leurs constances, mais non en leur discrétion ; car pour cela il leur en fait très-mal. Et si telles dames sont blasmables en cela, il y a beaucoup de leurs serviteurs qui en méritent bien la réprimande aussi bien qu'elles; car ils contrefont des transis comme une chèvre qui est en gesine, et des langoureux ; ils jettent leurs yeux sur elles et les envoyent en ambassade; ils font des gestes passionnés, des souspirs devant le monde; ils se parent des couleurs de leurs dames si apparemment; bref, ils se laissent aller à tant de sottes indiscrétions, que les aveugles s'en appercevroient : les uns aussi bien pour le faux que pour le vray, afin de donner à entendre à toute une Cour qu'ils sont amoureux en bon lieu, et qu'ils ont bonne fortune; et Dieu sçait, possible, on ne leur en donneroit pas l'aumosne pour un liard, quand bien on en devroit perdre les œuvre» de charité.

— Je cognois un gentilhomme et seigneur, lequel, voulant abrever le monde qu'il estoit venu amoureux d'une belle et honneste dame que je sçay, fit un jour tenir son petit mulet avec deux de ses pages et laquais au devant sa porte. Par cas, M. de

mSCOURS L 75

Sirozzo eiiBoy passasoaest par-là et insuaes ce mystère de ce mulet, ess pagea et laspiaiff. Il leuF demanda soudai» oà €^toit leur uaistre; ils ùv&A respOBse qu'il esIxÂt daas le logis de cette dame . iqaejèl. de Slio^ze se mit à rire et me dii« que sujrsa vie il ga^reii qa^il n'y estoit point, et soudain posa son page en seuti^ ■elle pour vokr si oe faux suaiaot sortiroit; et de-là nous en allasmea »udaim eii la chambre de la fteyae, où nous le trourasmes, et non sans rirer luy et moy : et sur le soir iious^ le vinsmes accoster, et en feignant de luy faire la guerre, noes luy demandaâmes oî iltsfaM^ à t^ie heure af^Bèâ-midy, et qu'il ne Si'ea sçauroit laver» €ar Bous-y avions veu le mulet et ses pages devaut la porte de celte èsKoei Luy, fiaûfiamt la mine d'estre fasché que nous avions veu 6fla, et de qjaay nous hiy en faisions la guerre de faire Tamour en œ Un lieu, il nous coitfeasa vrayment qu'il y estott; mais il nous I^ de n'en sonner mot, aulrement que nous le mettrions en peine, et cette pauvre daoïe qui en seroit eseandalisée et mal venue de sou mary, ee que neus- luy promismes riants teusjours à pleine gorge et MOUS mooqoani de ii^, encor qu'il fusl assez grand seigneur et qoaliié, de n'en parW jamais et que cek ne soDtiroit de noslre bouche. Si est-ce (pi'au bout de quelques jours qu'il coniinuoit ses coups faux avec son mulet trop souvent, nous luy descouvrismes la. fourbe et kiy en ismes la guerre à beu escient et en bonne comp^nie, deoi de honte s'en désista ; cas la dame le sceut par nostre OBoyen, qui fit g^tter un jour le nuilet et les pages , Les faisant chasser de devant sa porte oomme gueux de ThosiiÊre : et si fisaaes bien mieux, car nous le dismes à son mary, et luy en iismes le conte si plaisamment, qu'il le trouva si bon qu'il en rit luymesnes à son aise, et dist qu'il n'avoit pas peur que cet homme le fist jamais cocu; et que s'il ne trou voit ledit mulet et ses pages hten lo^ à la porte, qu'il la leur feroit ouvrir et entrer dedans^ pour les mettre mieux à couvert et à leur aise, et se garder du chaud ou du froid, ou de la pluye. D'autres pourtant le faisoienl bien cocu. Et voilà comme ce bon seigneur, aux despens de cette honneste dame, de laquelle en estant devenu amoureux,, sevouloit piévdoir sans avoir respect d'aucun escandale.

— 3'ay cogneu un gemtilhomme'qui escandalisa par ses façons à» faire use fort beUe et houieste dame, de laquelle en estant devenu amoureux quelque temps, et la pressant d'en obtenir ce ht» petit morceau gardé pour la bouche du mary, elle luy refusa WM k piet^ et après plusieurs refus, il luy dit comme desespéré :

byGooQle

« Hé bien I vous ne le voulez pas, et je vous jure que je vous » ruinerai d'honneur. » Et pour ce faire s'advisa de faire tant d'allées et venues à cachettes , mais pourtant non si secrettes qu'il ne se montrast à plusieurs yeux exprès, et donnast nmyen de s'en appercevoir de nuict et de jour, à la maison où elle se tenoit; braver et se vanter sous main de ses bonnes fausses fortunes, et devant le monde rechercher la dame avec plus de privautez qu'il n'avoît occasion de le faire, et parmy ses compagnons faire du gallant plus poqr le faux que pour le vray ; si bien qu'estant venu un soir fort tard en la chambre de cette dame tout bouse hé d son manteau, et se cachant de ceux de la maison, après avoii joué plusieurs dt ces tours, fut soubçonné par le maistre d'hostd de la maison, qui fit faire le guet : et, ne l'ayant pu trouver, le mary pourtant battit sa femme et kiy donna quelques soufflets, mais poussé api«ès du maistre d'hostel, qui luy dit que ce n'estoil assez, la tua et la dagua, et en eut du Roy fort aisément sa grâce. Ce fut ^and dommage de cette dame, car elle estoit très-belle. Depuis, ce gentilhomme qui en avoit esté cause ne le porta guières loin, et fut tué en une rencontre de guerre par permission de Dieu, pour avoir ,si injustement osté l'honneur et la vie à cette honneste dame.

Pour dire la vérité sur cet exemple et sur une infinité d'autres que j'ay veus, il y a aucunes dames qui ont grand tort d'eUesmesraes, eC qui sont les vrayes causes de leurs escandales et deshonneur ; car ellcs-mesmes vont attaquer les escarmouches, et attirent les gallants à elles, et du commencement leur font les plos belles caresses du monde, des privautez, des familiaritez, leur donnent par leurs doux attraits et belles paroles des espérances ; mais quand il faut venir à ce point, elles le desnient tout à pkt. De sorte que les honnestes hommes qui s'estoient proposez force choses plaisantes de leur corps, se désespèrent et se despitent en prenant un congé rude d'elles, les vont deshonorant et les publient pour les plus grandes vesses du monde, et en content cent fins plus qu'il n'y en a.

Donc voilà pourquoy il ne faut jantais qu'une honneste dame d'attirer à soy un gallant gentilhommme, et se laisse ly, si elle ne le contenté à la fin selon ses mérites et ses

qu'elle se propose cela si elle ne veut estre perdue, eîlA a affaire à un honneste et gallant homme; autrement»

dès le commencement, s'il la vient accoster, et qu'elle voye que ce soit pour ce point tant désiré à qui il adr.esse ses vœux, et qu'elle n'aye point envie de luy en donner, il faut qu'elle luy donne son congé dès l'entrée du logis ; car, pour en parler franchement, toutes dames qui se laissent aymer et servir s'obligent tellement» qu'elles ne se peuvent dédire du combat ; il faut qu'elles y viennent tostou tard, quoy qu'il tarde.

Hais il y a des dames qui se plaisent à se faire servir pour rien, sinon pour leurs beaux yeux, et disent qu'elles désirent estre servies, que c'est leur félicité, mais non de venir là, 'et disent qu'elles prennent plaisir à désirer, et non à exécuter. J'en ay veu aucunes qui me l'ont dit : toutesfois il ne faut pourtant qu'elles le prennent là, car si une fois elles se mettent à désirer, sans point de doute U faut qu'elles viennent à l'exécution ; car ainsi h loy d'amour le veut, et que toute dame qui désire, ou souhaite, ou songe de vouloir désirer à soy un homme, cela est fait: si l'homme le connoist et qu'il poursuive fermement celle qu'il attaque, il en aura ou pied ou aile, ou plume ou poil, comme on dit.

— Voilà donc comme les pauvres marys se font cocus par telles opinions de dames qui veulent désirer et non pas exécuter, mais, sans y penser, elles se vont brasier à la chandelle, ou bien au feu qu'elles ont basty d'elles-mesmes, ainsi que font ces pauvres siml^ttes bergères, lesquelles, pour se chauffer parmy les champs en gardant leurs moutons et brebis, allument un petit feu, sans songer à aucun mal ou inconvénient; mais elles ne se donnent de garde que ce petit feu s'en vient quelquesfois à allumer un si grand, qu'il brusle tout un pays de landes et de taillis.

Il faudroit que telles dames prissent l'exemple, pour les faire sages, de la comtesse d'Escaldasor, demeurant à Pavie, à laquelle M. de Lescu, qui depuis fut appelé le mareschal de Foix, estudiant à Pavie (et pour lors le nommoit-on le proteuotaire de Foix, d'autant qu'il estoit dédié à l'Église ; mais depuis il quitta la robbe longue pour prendre les armes), faisant l'amour à cette belle dame, d'autant que pour lors elle emportoit le prix de la beauté sur les belles de Lombardie, et s'en voyant pressée, et ne le voulant radement mécontenter, ny donner son congé, car il estoit proche parent de ce grand Gaston de Foix, M. de Nemours, sous le grand renom duquel alors toute l'Italie trembloit ; et un jour d'une grande magnificence et de feste, qui se faisoit à Pavie, où toutes les grandes dames, et mesmes les pli*s belles de la ville et d'alentour, se trou-

vèrent ensemble, les honnestes gentiyionimes ne mamepièrent pas aussi de s'y trouver.

Cette ccontesse iparut belle entre toutes les «otree, pompeusement habillée d'une robbe de «atk Men céleste, ttoute couverte et semée, autant pleine que vuide, de flambeaux et papillons vofietaos à Tentour et s'y l)ruslans, le tout en broderie d'or et d'ai^ent, ainsi que de tout temps les bons brodeurs de BCilan oot seeu liien faire par-dessus les auti^es; si bien qu'elle emporta l'estime d'estre le mieux en point de toute la troupe et compagnie.

M. le prot^fiotaire de Foix, la menant danser, ^t curieux de lïiy demander la signitication des devises de «a robbe, se doutant l)ien qu'il y avoit là-dessous quelque sens CÈdié qui ne kiy plaisoit pas. Elle luy respondit* a Monsieur, j'ay fait faire ma » robbe de la feçon que les gens d'armes «t cavaliers font à » leurs cbevaux rioteuz et vitieux, qui ruent et 'qui tirent du 9) pied; ils leur mettent sur l^r crouppe une grosse sonnette d'ar- ^ gent, afin q(ue, par ce ûgnal, leurs compagnons, quand ils 'sont » en compagnie et en foule, soient advsertis de se donner garde v> de ce mesobaat dieval qui rue, de peur qu'il ne les frappe. » Pareillement, par les papillons volletans et se 'brusbns dans » ces flambeaux, j'advertis les honnestes hcmunes qui me font ee » bien de m'aymer et admiarer ma beauté, de n'en approdier trop » près, ny en désirer davantage autre chose que la veuê ; car *> ils n'y gagneront rien, non plus que les papillons, sinon désirer » et brusler, et n'en avoir rien plus. » G^ie histoive lest escritte dans les Derises de Paoio Jomo* Par ainsi, -cette dame advenissoit son ser vueur de prendre garde à soy de bonne heure. Je ne sçay s'il en approcha de plus près, ou comme il en fit ; mais pourtant, Ipy, ayant été blessé à mort à la J^taille de Pavie, et pjRÎs prisonnier, il pria d'estve porté chez cette oomtesse, à sxm logis dans Pavie, où il fut tiFès^bien reeeu et traitté d'elle. Au bout de trois jours, il y mourut, avec le -grand «regret de la dame, ainsi que j'ay ^uy conter à M. de Monluc, une «fois que nous estions dans la tranohée à La AooheUe, de'iiutet, qu'il estoit en ses causeries, eftque je ky fis 4e conte de toette deiôse, qui «l'asseura avoir "veu cette comtesse très-JbeUe, et qui aymoit fort ledit marescbal, et lut bimi honnorabkment traiué d'eÛe : du peste, il n'en sçavoit lien si d'autrefois ils avoient passé j^iis 'omre Oot exemple devBoit suffire pour phisi^irs et aucunes dames qut j'ay allégué*

— Or, y a des cocus qui sont si bons, qu'ils font prescher et admonester leurs femmes, par gens de bien et religieux, sur leur conversion et corrections; lesquelles, par larmes feintes et paroles dissimulées, font de grands vœux, promettants monts et merveilles de repentance, et de n'y retourner jamais plus ; mais leur serment ne dure guieres, car les vœux et les larmes de telles dames valent autant que jurements et reniements d'amoureux. Comme j'en ay veu et cognçu une dame à laquelle un graûd prince, son souverain, ûi cette escome d'introduire et apposter «n cordelier d'aller trouver son mary qui estoit en une province pour son service, comme de soy-mesme et venant de la Cour, l'advertir des amours folles de sa femme et du mauvais bruit qui couroit du tort qu'elle luy faisoit; et que, pour son devoir de son estât et vacation, il l'en advertissoit de bonne heure, afin qu'il mist ordre à celte ame pécheresse. Le mary fut bien esbahy d'une telle ambassade et doux office de charité : il n'en fit autre semblant pourtant, si- non de l'en remercier et luy donner espérance d'y pourvoir; mais il n'en traitta point sa femme plus mal à son retour: car qu'y eust-il gaigné? Quand une femme une fois s'est laise à ce train, elle ne s'en détraque non plus qu'un cheval de poste qui a accoustumé si fort le gallop, qu'il ne le sçauroit changer en un autre train d'aller.

Hé ! combien s'esfril veu d'honnestes dames qui, ayant été surprises sur ce fait, tancées, battues, persuadées et remonstrées, tant par force que par douceur, de n'y tourner jamais plus, elles promettent, jurent et protestent de se faire chastes, que puis après pratiquent ce proverbe, Passaio ilpericolo, gabatto il scmto (l), et retournent plus que jamais en l'amoureuse guerre. Voire qu'il s'en est veu plusieurs d'elles, se sentant dans Tame quelque ver Tongeant, qui d'eiles-mesmes faisoient des vœux bien saints et fort iolennels, mais ne les gardoient guières, et se repentoient d'estre repenties, ainsi que dit M. du Bellay des oourlisannes repenties (2); et telles femmes affirment qu'il est bien mal-aisé de se défaire

(1) Cest-à-dire ; Le p«ril passé , l'on se moqiie du saint. {% Joaehim du B«nay, dans ta Contre-Repentte ^ i. 444, A. de tes OBan«t, MIS.

Mère d'amour, suivant mes premiers vœux.

Dessous t^s loix remettre je me veux ,

Dont je voudrois n'cstre jamais sortie}

Et me repens de m'estre re^ntia.

pour tout jamais d'une si douce habilude et coustume, puisqu'elles sont hi peu en leur courte demeure qu'elles font en ce monde.

Je m'en rapporterois volontiers à aucunes belles filles, jeunes, repenties, qui se sont voilées et recluses, si on leur demandoit et en foy et en conscience ce qu'elles en respondroienl, et comme elles desireroieot bien souvent leurs hautes murailles abbattues pour s'en sortir aussi-tost.

Voilà pourquoy ne faut point que les marys pensent autrement réduire leurs femmes après qu'elles ont fait la première fausse pointe de leur honneur, si-non de leur lascher la bride, et leur recommander seulement la discrétion et tout guariment d'escandale ; car on a beau porter tous les remède» d'amour qu'Ovide a jamais appris, et une infinité qui se sont encore inventez sublins, ny mesmes les authentiques de maistre François Rabelais , qu'Û apprit au vénérable Panurge, n'y serviront jamais rien; ou bien» pour le meilleur, pratiquer un refrain d'une vieille chanson qui fut faite du temps de François I, qui dit : « Qui voudroit garder » qu'une femme n'aille du tout à l'abandon, il la faudroit fermer » dans une pippe, et en jouir par le bondon. »

-* Du temps du roy Henry, il y eut un certain quincailleur qui apporta une douzaine de certains engins à la foire de Sainct Germain pour brider le cas des femmes (l), qui estoient faits de fer et ceinturoient comme une ceinture, et venoient à prendre par le bas et se fermer à clef; si subtilement faits, qu'il n'estoit pas possible que la femme, en estant bridée une fois, s'en peust jamais prévaloir pour ce doux plaisir, n'ayant que quelques petits trous menus pour servir à pbser.

On dit qu'il y eut quelque cinq ou six marys jaloux fascheux qui en acheptèrent et en bridèrent leurs femmes de telle façon qu'elles purent bien dire : « Adieu bon temps, d Si y en eut-il une qui s'advisa de s'accoster d'un serrurier fort subtil en son art, à qui ayant monstre ledit engin, et le sien et tout, son mary estant allé dehors aux champs, il y appliqua si bien son esprit qu'il luy forgea une fausse clef > que la dame le fermoit et ouvroit à toute heure et quand elle vouloit. Le mary n'y trouva jamais rien à dire : et se donna son saoul de ce bon plaisir, en dépit du fat jaloux, cocu de mary , pensant vivre toujours en franchise de cocuage. Mais ce meschant serrurier, qui fit la fausse clef, gasta tout; et si

(1) Ces sortet de cadenas étoient déjà co usage i Veohe.

Discours i. si

lit mieax, à ce qu'on dit, car ce fut le premier qui en tasta et le fit comard : aussi n*y avoit-il danger , car Vénus , qui fut la plus belle femme et putain du monde , avoit Vulcain , serrurier et forgeron, pour mary, lequel estoit un fort vilain, salle, boiteux et très laid.

On dit bien plus, qu'il y eui beaucoup de gallants honnestes gentihommes de la Cour qui menacèrent de telle façon le quinquaillier, que, s'il se mesloit jamais de porter telles ravauderies, qu'on le tueroit, et qu'il n'y retournast plus et jettast tous les autres qui estoient restez dans le retrait, ce qu'il fit ; et depuis onc n'en fut parlé, dont il fut bien sage, car c'estoit assez pour fiûre perdre la moitié du monde, à faute de ne le peupler, par tels bridements, serrures et fermoirs de nature, abominables et détestables ennemis de la multiplication humaine.

— Il y en a qui baillent leurs femmes à garder à des eunuques, que l'empereur Alexandre Severus rejetta fort, avec rude commandement de ne pratiquer jamais les dames romaines ; mais ils y ont esté attrapés , non qu'ils engendrassent et les femmes conceussent d'eux, mais en recevoient quelques sentiments et superficies de plaisirs légers, quasi approchants du grand parfait : dont aucuns ne s'en soucient point, disants que leur principal marisson de l'adultère de leurs femmes ne procédoit pas de ce qu'elles s'en faisoient donner, mais qu'il leur faschoit grandement de nourrir et élever et tenir pour enfants ceux qu'ils n'avoient pas ^ts. Car sans cela ce fust esté le moindre de leurs soucis, ainsi que j'en ay cogneu aucuns et plusieurs, lesquels, quand ils trouvoient bons et faciles ceux qui les avoient faits à leurs femmes, à donner un bon revenu, à les entretenir, ne s'en donnoient aucunement soucy, ainsi qu'ils conseillent à leurs femmes de leur demander, et les prier de donner quelque pension pour nourrir et entretenir le petit qu'elles ont eu d'eux. Comme j'ay ouy conter d'une grande dame, laquelle eut Yillecouvin , enfant du roi François I : elle le pria de lui donner ou assigner quelque peu de bien, avant qu'il mourust, pour l'enfant qu'il luy avoit fait ; ce qu'il fit, et luy assigna deux cents mille escus en banque, qui luy profitèrent et coururent toujours d'intérêts et de change en change: en sorte qu'estant venu grand, il despensoit si magnifiquement et paroissoit en si belle despense et en jeux à la Cour, qu'un chacun s'en estonnoit, et présumoit-on qu'il joiiissoit de que dame qu'on n'eusse point pensé, et ne croyoit-on sa roere

82 VIES DES DAftlES GALANTES.

nullemenl; mais d'autant qu'il ne boug«oil d'avec elle, on chaoHn jugeoit que la grande desjpense qu'il faisoit pracédoit de la joâissanee d'elle, et pourtant c'estoit le contraire, car elle edtoH sa mère, et ipeu de gens le sçavoient, encore qu'on ne sceut bien «a lignée ni procréation, si ce n'est qu'il vint à mourir à Constantinople, et son aubene, comme bastard, fut donnée au maireschal de Retz, qui estoit un et fiublin à «deasouvrir tsl pot aux rmes, mesmes pour son profit, qu'il eust pris -sur k çlaoe, et vérifia la basiardise qui avoit esté si long-ten^s cachée, tet^empefrta ledon d'aubene pardessus M. de Teligny, qui a<voit esté constitiié héritier dudit Villecouvin,

D'autres disoient pourtant que cette dame avoit eu cet ewfimt d'autres que du Roy, <et qu'elle ïwfmi êkm «nrichy du sien propre; mais M. de Retz esplucha et oherclia tant parmy tes banques, qu'il y trouva l'argent et les «obligations du voy François. Les uns disoient pourtant d'un autre prtaoeiBon si grand que de Roy^ ou d'un auive moindre; mais, pour oounrnr et caober tout, et nourrir l'enfant, il n'estoit pas mauvais 'de siq^poser tout à la Majesté, comme cela se voit en d'autres.

Je croy qu'il y a 'plusieurs femmes parmy le jwmde, et mesnes en Fi^anoe, que ai elles pensant produtre des enfants à tel prix, que les roys et les ^nds monteroient aisément sur teurs irentNB. Mais bien souvent ils y montent et n'en ont de grandes lippées; dont «n ee elles sont bien trompées, car à tds grands volontiers ne s'adonnent-elles, «inon pour avoir le galardon (l), comme dit l'Espagnol.

Il y la use fort itelle questicm sur ces enfants putatifis et ineertaîns, à sçavoir s'ils doivent succéder aux biens paternels et matepneis, et que c'est un grand péché aux femmes de les 7 feire succéder; dont aucuns docteurs ont dit que la^mme le doit révéler au mary, et en dire la vérité. Ainsi le vefere le idocteur subtil. Mais cette opinion n'est pi» bonne, disent autres, parce que k femme <e diffameroit soy-anesmeen le révélant, et peur autant elle n'y est tenue ; car k boime renammée est un tpkis grand bien que ks biens temporels, dit ^alomon.

11 vaut d(mc <mieuK «pie les biens «oient occupez «par l'enfant, que la bonne Teuonmée'«e perde; car, comme dit iin ancien proverbe, mmtx août botme renommée que eemiw»e dorée,

{i] Oum4m, ^aldudtn, ^t dfdonnêffrtmiù, nemtpensa,&\X le rtwmotimi.

De là les théologiens tirent une maxime qui dit que quand deux préceptes et commandements nous obligent, le moindre doit céder au plus grand; or est-il que le commandement de garder sa bonne renommée est plus grand que celui qui concède de rendre le bien d'autruy ; il faut donc qu'il soit préféré à celuy-là.

De plus, si la femme révèle cela à son mary, elle se met en danger d'estre tuée du mary mesmc, ce qui est fort deflendu de se pourchasser la mort, non pas mesmes est permis à une femme de se tuer de peur d'estre violée ou après l'avoir esté ; autrement elle pécheroît mortellement : si-bien qu'il vaut mieux permettre d'estre violée, si on n'y peut, en criant ou fuyant, remédier, que de se tuer soy-mesme; car le violement du corps n'est point péché, sinon» du consentement de l'esprit. C'est la réponse que fit sainte Luce au tyran qui la menaçoit de la faire mener au bourdeau. » Si vous me faites, dit-elle, forcer, ma chasteté recevra double > couronne. »

Pour cette raison, Lucrèce est taxée d'aucuns. 11 est vray que sainte Sabine et sainte Sophonienne^ avec d'autres pucelles chresliennes, lesquelles se sont privées de vie afin de ne tomber entre les mains des barbares, sont excusées de nos pères et docteurs, disant qu'elles ont fait cela pour certain mouvement du Saint- Esprit.

Par lequel Saint-Esprit, après la prise de Cypre, une damoi- «elle cypriotte nouvellement chreslienne, se voyant emmener esclave avec plusieurs autres pareilles dames, pour estre la proye des Turcs, mit le feu secrètement dans les poudres de la gallere, si-bien qu'en un moment tout fut embrazé et consumé avec elle, disant : « A Dieu ne plaise que nos corps soient poilus et cogneus par ces » vilains Turcs et Sarrasins I » Et Dieu sçait, possible, qu'il avoit esté desja poilu , et en voulut ainsi faire la pénitence ; si ce n'est que son maistre ne l'avoit voulu toucher, afin d'en tirer plus d'argent la vendant vierge, comme l'on est friand de taster en ces pays, voire en tous autres, un morceau intact.

Or, pour retourner encor à la garde noble de ces pauvres femmes, comme j'ay dit, les eunuques ne laissent à commetti'e adultère avec elles, et faire leurs marys cocus, réservé la procréation à part.

— J'ay cogneu deux femmes en France qui se mirent à aymer deux chastrez gentilhommes, afin de n'engroisser point ; et pourtant en avoient plaisir^ et si ne se scandalisoient. Mais il y a eu des marys

si jaloux en Turquie et en Barbane, lesquels s'eslants apperceus de cette fraude, ils se sont advisez de faire chastrer tout à trac leurs pauvres esclaves, et leur couper tout net, dont, à ce que disent et escrivent ceux qui ont pratiqué la Turquie, il n'en reschappe deux de douze ausquels ils exercent cette cruauté, qu'ils ne meurent; et ceux qui en eschappent, ils les ayment et adorent comme rrays, seurs et chastes gardiens de la chasteté de leurs femmes- et garantîsseurs de leur honneur.

Nous autres Chrestiens n'usons point de ces vilaines rigueurs el par trop horribles ; mais au lieu de ces chastrez,- nous leur donnons des vieillards sexagénaires, comme Ton fait en Espagne et mesmes ^ la Cour des Reynes de-là, lesquels j'ay veu gardiens des filles de leur cour et de leur suite : et Dieu sçait, il y a des vieillards cent fois plus dangereux à perdre filles et femmes que les jeunes, et cent fois plu^ inventifs, plus chaleureux et industrieux à les gaigner et corrompre.

Je croy que telles gardes, pour estre chenues et à la teste et au menton, ne sont pas plus seures que les jeunes, et les vieilles femmes non plus; ainsi comme une vieille gouvernante espagnole conduisant ses filles et passant par une grande salle et voyant des membres naturels peints à Tadvantage, et fort gros et desmesurez, contre la muraille, se prit à dire : Mira que tan bravos no los pintan estos hombres, como quien no los cognosciesse. Et ses filles se tournèrent vers elles, et y prindrent avis, fors une que j'ay cogneu, qui, contrefaisant de la simple, demanda à une de ses compagnes quels oiseaux estoient ceux-là; car il y en avoit aucuns peints avec des ailes. Elle luy respondit que c'estoient oiseaux de Barbarie, plus beaux en leur naturel qu'en peinture; et Dieu sçait si elle n'en avoit point veu jamais ; mai& il falloit qu'elle en fist.la mine.

Beaucoup de marys se trompent bien souvent en ces gardes»car il leur semble que, pourveu que leurs femmes soient entre les mains des vieilles, que les unes et les autres appellent leurs mères pour titre d'honneur, qu'elles sont très-bien gardées sur le devant et de belles il n'y en a point de plus.abées à suborner et'gaignei qu'elles; car de leur nature, estant avaricieuses comme elles sont, en prennent de toutes mains pour vendre leurs prisonnières.

D'autres ne peuvent veiller tousjours ces jeunes femmes, qui sont tousjours en bonne cervelle, et mesmes quand elles sont 30 amours, que la pluspart du temps elles dorment en un coin de che-

minée, qu'en leur présence les cocus se forgent sans qu'elles y prennent garde ny n'en sçachent rien.

— J'ai cognevi une dame qui le fit une fois devant sa gouwrnante si subtilement, qu'elle ne s'en apperçeut jamais.

Une autre en fit de mesme devant son mary quasy visiblement» ainsi qu'il jouoit à la prime.

D'autres vieilles ont mauvaises jambes, qui ne peuvent pas suivre au grand trot leurs dames, qu'avant qu'elles arrivent au bout d'une allée, ou d'un bois, ou d'un cabinet, leurs dames ont dérobé leur coup en robbe, sans qu'elles s'en soient apperceues, n'ayant rien veu, débiles de jambes et basses de la veué.

D'autres vieilles et gouvernantes y a-t-il qui, ayant pratiqué le mestier, ont pitié de voir jeusner les jeunes, et leur sont si débonnaires, que d'elles-mesmes elles leur en ouvrent le chemin, et les en persuadent de l'en suivre, et leur assistent de leur pouvoir.

Aussi l'Aretin disoit que le plus grand plaisir d'une dame qui a passé par-là, et tout son plus grand contentement, est d'y faire passer une autre de mesme.

Voilà pourquoy quand on se veut bien aider d'un bon ministre pour l'amour, on prend et s'adresse-t-on plustost à une vieille maquerelle qu'à une jeune femme. Aussi tiens-je d'un fort gallant homme qu'il ne prenoit nul plaisir, et le défendoit à sa femme expressément, de ne hanter jamais compagnies de vieilles, pour estre trop dangereuses, mais avec de jeunes tant qu'elle voudroit; et en alléguoit beaucoup de bonnes raisons que je laisse aux mieux discourans discourir.

Et c'est pourquoy un seigneur de par le monde, que je sçay, confia sa femme, de laquelle il estoit jaloux, à une sienne cousine, fille pourtant, pour lui servir de surveillante ; ce qu'elle fit trèsbien, encor que de son costé elle retinst moitié du naturel du chien de l'ortollan, d'autant qu'il ne mange jamais des choux du jardin de son maistre, et si n'en veut laisser manger aux autres ; mais celle-cy en mangeoit, et n'en vouloit point faire manger à sa cousine : si est-ce que l'autre pourtant lui desroboit tousjours quelque coup en cotte, dont eUe ne s'en appercevoit, quelque fine qu'elle f\ist, ou feignoit de s'en appercevoir.

— J'alléguerois une infinité de remèdes dont useùt les pauvres jaloux cocus, pour brider, serrer, gesner, et tenir de court leurs femmes qu'elles ne fassent le saut; mais ils ont beau pratiquer tous ces vieux moyens qu'ils ont ouy dire, et d'en excogiler

de nouveaux, car ils y perdent leur escrime : car quand une fois les femmes ont mis ce ver-coquin amoureux dans leurs testes, les envoyent à toute heure chez Guillot le Songeur (i), ainsi que j- espère d'en discourir en un chapitre, que j'ay i demi fait , des ruses et astuces des femmes sur ce point , que je confe|re avec les stratagesmes et astuces militaires des hommes de guerre (s). Et le plus beau remède, seure et douce garde, que le mary jaloux peut donner à sa femme, c'est de la laisser aller en son plein pouvoir, ainsi que j'ay ouy dire à un gallant homme marié, estant le naturel de la femme que, tant plus on luy défend une chose, tant plus elle désire le faire, et surtout en amours, où Tappetit s'eschauffe .plus en le deffendant cpi'au laisser courre,

— Voicy une autre sorte de cocus, dont pourtant il y a question, à sçavoir mon, si r<Hi à joui d'une femme à plein plaisir durant ia vie de son mary cocu, et que le mary vienne à décéder, et que ce serviteor vienne après è espouser cette femme veufve, si, l'ayant espousée en secondes nopces, il doit porter le nom et titre de cocu, ainsi que j'ay eogneu et ouy parler de plusieurs, et de grands.

Il yen a qui disent qu'il ne peut estre cocu, puisque c'est luymesme qui en a Ml la facti^, et qu'il n^y aye aucun qui l'aye feit eocu que lui-mesme, et que ses cornes sont faites de soy-mesme. Toutes Cois, il y a bien des armuriers qui font des espées desquelles ils sont tuez où s'entretuent eux-mesmes.

Il y en a d'autres qui disent l'estre réellement cocu, et de &it, en herbe pourtant • iîs<en allèguent force raisons; mais, d'autant que le prqcès en est indécis, je le laisse à vuider à la première audience qu'on voudra donner pour cette cause.

Si diray^je encore cettuy-cy d'une bien grande, mariée encore, laquelle s'esteompromise encore en mariage à celuy qui l'entretient encore, il y a quatorze ans, et d^puks ce temps a toujours attendu et souhaitté que son mary mourust. Au diable s'il a jamais pu mourir encore à son souhait ; si bien qu'elle pouvoit bien dire : « Maudit soit le mary et le compagnon, qui a plus vescu que je D ne voulois ! d De maladies et indispositions de son corps il en a eu prou, mais de mort point.

(1) On a appelë GnilUt le Songeur tout homme tongeard, d«- cheTaltor JoilUi le Pensif, Tan des personnages de VAmadis,

(2) On n'a point ce diseoun on ^apil<^

Si bien qve le voy fieory ^sîème, ayant dosmé la survivance ëis restât beau et grand qu'avoit ledict mary cocu, à un fort lionnesle et brave gentilhomme, disoit souvent : « Il y a deux per- » soKnes en ma Cour auxquelles moult tsurde qu'un tel ne meure -> bientost : à Tune fioiuc avcâr son estât, età l'autre pour espouser » son amoureux : mais l'un et l'autre ont esté trompez jusques » icy. I»

Vo^ comme Bien est sage et provîdent de n'envoyer point ee qwB Ton soubaitte de mauvais : toutesfois l'on m'a dit que •depuis peu sont en aaauviiis ménage, et ont bvuslé knr pro- "OKOse de mana^e^œ futur, et rompu le contrat, par grand dépit de la femme et joye du marié prétendu, d'autant qu'il se vouloit ^poorvoÎT aîlleops et ne vouloit plus tant attendre la mort ûe l'autre mary, qui, se moequant (tes gens, donnoit assez souvent des lâiarmes .qu'iLs'>en alloit moanr; mais enfin il a survescu le mary prétendu.

Pnnîtion de :fiieii, 'Oettes; car il ne s'ouyt jamais guères parler d'un mariage ainsi ilaît; qui est un grand cas, et énoime, de faire et accorder 'VU second mma^e, esteait le premier enoor en son entier.

Taymeroîs aotant^'une^rqui-est grande, mais non tant que l'autre que je viens de dire, laqiM^,'estant poufcbasaée d'un gentilhomme par mariage, ellel'espousa, non pour l'amour qu'eUeluyportoit, nmis parce qu'elle le voyoit maladif, atténué et allanguy, et maldisposé ordinairement, et queles médecins lui disoient qu'il ne virroit pasun an, et-mesme après avoir eogneu cette belle fenyme ^par iplusieurs lots dans son lict : et, pour ce, elle eu esperoit bientost la mort, et s'aceommoderoit lest après sa mort de ses biens et moyens, beaux meubles et grands advantagesquUl luy donnoit par imariage: car il estoit très-ridie et bien-aisé gentilhomme. Elle fut bien trompée ; car il vit encore j gaillard, et mieux disposé cent fois qu'avant qu'il l'espousast; depuis elle est morte. On dict que ledidt gentilhomme contreiè^soit ainsi du maladif et marmiteus, a&n que connoissant cette femme t^ès-avare, elle fustémue à l'espouser tous espérance d'avmr tels grands biens: mais Dieu là-dessus disposa tout au contraire, et fit brouster la ehevre là eu elle estoit attachée en despit d'elle.

Que dirons*nous d'aucuns qui espousent des putains et courtisannes qui ont esté très-fameuses , comme l'on fait assez coustumièrement en France, mais surtout en Ë^agne et en Italie, les-

quels se persuadent de gaigner les œuvres de miséricorde , par librar una anima christiana del infiemo (l), comme ib disent, en la sainte voye.

Certainement, j'ai veu aucuns tenir cette opinion et maxime, que s'ils les espousoient pour ce saint et bon sujet, ils ne doivent tenir rang de cocus ; car ce qui se fait pour l'honneur de Dieu ne doit pas estre converty en opprobre i moyennant aussi que leurs femmes, estant remises en la bonne voye, ne s'en ostent et retournent à l'autre; comme j'en ay veu aucunes en ces deux pays, qui ne se rendoient plus pécheresses après estre mariées, d'autres qui s'en pouvoient corriger, mais, retournoient broncher dans la première

— La première fois que je fus en Italie, je devins amoureux d'une fort belle courtisaune à Rome, qui s'appeloit Faustine ; et d'autant que je n'avois pas grand argent, et qu'elle estoit en trop haut prix d<3 dix ou douze escus pour nuict, fallut que je me contenu tasse de la parole et du regard. Au bout de quelque temps, j'y retourne pour la seconde fois, et mieux garny d'argent: je l'alloy voir en son logis par le moyen d'une seconde, et la trouvoy mariée avec un homme de justice, en son mesme logis, qui me recueillit de bon amour, et me contant la bonne fortune de son mariage, et me rejetant bien loin ses folies du temps passé, auxquelles elle avoit dit adieu pour jamais. Je luy monstroy de beaux escus françois, mourant pour l'amour d'elle plus que jamais. Elle en fut tentée et m'accorda ce que voulus, me disant qu'en mariage faisant elle avoit arresté et concerté avec son mary sa liberté entière, mais sans escandale pourtant ny déguisement, moyennant une grande somme, afin que tous deux se pussent entretenir eo grandeur, et qu'elle estoit pour les grandes sommes, et s'y laissoit aller volontiers, mais non point pour les petites. Geluy-là estoit bien cocu en herbe et gerbe.

— J'ai ouy parler d'une dame de parmy le monde qui, en ma* riage faisant, voulut et arresta que son mary la laissast à la Cour pour faire l'amour, se reservant l'usage de sa forest de Mort-Bois ou Bois-Mort, comme luy plairoit; aussi, en récompense, elle lui donnoit tous les mois mille francs pour ses menus plaisirs, et ne se soucioit d'autre chose qu'à se donner du bon temps.

Par ainsi, telles femmes qui ont esté libres, volontiers ne se peu-

(1) Cett-à>dire : pour délirrer une âne chrétienne de l'enfer.

y&ïi garder qu'elles ne rompent les serrures estroites de leurs portes, quelque contrainte qu'il y ait, mesme où l'or sonne et reluit : tesmoin cette belle fille du roy Acrise, qui, toute reserrée et renfermée dans sa grosse tour, se laissa à un doux aller à ces belles gouttes d'or de Jupiter.

Ha ! que mal-aisément se peut garder, disoit un gaUant homme, une femme qui est belle,. ambitieuse, avare, convoiteuse d'estre bra?e, bien habillée, bien diaprée, et bien en point, qu'elle ne donne non du nez, mais du cul en terre, quoy qu'elle porte son cas armé, comme l'on dit, et que son mary soit brave, vaillant, et qui porte bonne espée pour le défendre.

J'en ay tant cogneu de ces braves et vaillants, qui ont passé par-là ; dont certes estoit grand dommage de voir ces honnestes et vaillants hommes en venir-là, et qu'après tant de belles victoires gagnées par eux, tant de remarquables conquestes sur leurs'ennemis, et beaux combats demeslez par leur valeur, qu'il faille que, parmy les belles feuilles et fleurs de leurs chapeaux triomphants qu'ils portent sur la teste, l'on y trouve des cornes entremeslées, qui les deshonorent du tout : lesquels néantmoins s'amusent plus à leurs belles ambitions par leurs beaux combats, honorables charges, vaillances et exploicts, qu'à surveiller leurs femmes et esclairer leur antre obscur ; et, par ainsi, arrivent, sans y penser, à la cité et conqueste de Cornuaille, dont c'est grand dommage pourtant; comme j'en ay bien cogneu un brave et vaillant qui portoit le titre d'un fort grand, lequel un jour se plaisant à raconter ses vaillances et conquestes, il y eut un fort honneste gentilhomme et grand, son allié et famillier, qui dit à un autre : « Il nous raconte ici ses » conquestes, dont je m'en estonne; car le cas de sa femme est plus » gn nd que toutes celles qu'il a jamais fait, ny ne fera oncques. »

— J'en ay bien cogneu plusieurs autres, lesquels, quelque belle grâce, majesté et apparence qu'ils pussent monstrer , si avoient-ik pourtant cette encolure de cocu qui les effaçoit du tout ; car, tell e encolure et encloueure ne se peut cacher et feindre ; quelque bonne mine et bon geste qu'on veuille faire, elle se connoist et s'aperçoit à clair; et, quant à moy, je n'en ay jamais veu en ma vie aucun de ceux-là qui n'en eust ses marques, gestes, postures, et encolures, et encloueures, fors seulement un que j'ay cogneu, que le plus clair-voyant n'y eust sceu rien voir ny mordre, sans connoistre sa femme, tant il a voit bonne grâce, belle façon et apparence honnorable et grave

90 VIES DES DAttËS GALANTES.

Je priérois volontiers les daines qui ont de ces marys si par&ilSy fju'elles ne leur fissent de tels tours et affronts : mais elles me pourpont dire aussi : « Et où sont^ils ces parfait, comme vous dites qu'es- » loit celuy4à que vous venez d'alléguer ? »

Certes, Mesdames, vous avez raison, car tous ne peuvent estre des Scipioâs et des Césars, et ne s'en trouve plus. Je sub d'advis doDCques que vous ensuiviez en cela vos fantaisies ; car, puisque nous parlons des Césars, les plus gallants y ont bien passé, et les phis vertueux et parfaits, comme j'ay dit, et comme aons lisons de cet accomply empereur Trajan, les perfections duquel ne purent engarder sa femme Plotine qu'elle s'abandonnast du tout au bon plaisir d'Adrian, qui fut empereur après, de laquelle il tira de grandes commoditez, profits et grandeurs, tellement qu'elle fut cause de son ^avancement; aussi n'en fut-^il ingrat estant parvenu à sa grandeur, car il l'ayma et honnora toujours si bien, qu'elle estant morte, il en demeua si grand deuil et en conceut une telle tristesse, qu'enfin il en perdit pour un temps le boure et le manger, et fut con^aint de séjourner en la Gaule Narbonnoise, où il sceut ces tristes nouvelles trois ou quatre mois après, pendant lesquels il escrivit au sénat de colloquer Plotine au nombre des déesses, et commanda qu'en ses obsèques on lui offrist des sacrifices très-ricbeset très-somptueux; et cependant il employa le temps à faire bastir et édifier, à son bonoeur et mémcnre, un très-beau temple près Nemause, ditte maintenant Nismes, orné de très-beaux et ricbes marbres et porfires, avec autres joyaux.

— Voilà donc comment, en matière d'amours et de ses contentements, il ne faut aviser à rien : aussi Cupidon leur dieu est aveugle ; comme il paroisten aucunes, lesquelles ont des marys des plus beaux, des plus honnestes et des plus accomplis qu'on sçauroit voir, et néantmoins se mettent à «en aymer n'autres si laids et si salies, qu'il n'est possible de plus.

J'en ay veu Ibrce desquelles on faisoit une question : Qui est la dame la plus putain, ou celle qui a un fort beau et honuQste mary, et fait un amy laid, maussade ^t fort dissemblable à son mary.; ou celle qui a un laid et fascheux mary, et fait un . bel amy bien avenant, et ne laisse pourtant à bien aymer et caresser son mary, comme si c'e^oît la beauté desèommes, ainsi que j'ay veu faire à beaucoup de femmes?

Certainement la commune voix veut que celle qui a un beani mary et le laisse pour aymer un amj laid « est bien une grande

patAÎn, vj pHis oy moins qu'une fverso&ne «st bien gûuvmande qui laisse une bonne i4ande pour en manger «ne mesdiante ; aussi cette femme quittant une beauté pour aymm* ane laideur, il y a bien de Tapparence qu'^ le iaiit potnr la 6eule paillardise, d'autant qu'il n'y a rien plvs paillard ni >plus propre pour satisfaire à k paillafrdise, qu'un b(»nme kid, seetant mieux son bouc puant, ^et lascif que son homme ; et vdbnfeiers, les benux et bonnesles bomnes sont un -peu plus é^icats et moins habiles à rassasier 'ne lusure exoessmet effrénée, qu'mi grand et ^ros rifaaut barbu, mawà et satyre.

D'antres disent que la îemme qui ayme un bel amy et un laid «ary, et les caresse tous les deux, est bien autant putain, pour ce qu'elle ne veut rien perdre de son ordinaire et pension.

Telles femmes ressemblent à ceux qui 'vont par pays, et mesmes •en France, ^i, estant arrivés le soir h k souppée du logk, n'oulifent jamais de demander à Tboste la mesure du mallier, et £aut qu'il l'aye, quand il seroit saoul à plein jusqu'à k gorge.

Ces femmes de mesmes veulent tonjomrs avoir à leur coucher, iqaoy qu'il soit, k mesure de leur malïier, comme j'en ay cogneù une qui avoit un mary très-bon embourreur de bas; eneores la veu- *ieQt*^Ues croistre et redoubler en quelque façon que oe soit, voulant que l'amy soit pour le jour qui esdake sa beauté, et d'autant fhs en fait venir l'envie à la <!kme, et s'en donne plus de pki«ir et contentement par Tayde de k belle lueur du jour ; etinonsieur kid pour k nuict, car, comme on dit que tous chats sont gris de nuiot, «t pourveu que cette dame rassasie ses appétits, elle ne songe point si son homme de mary est laid ou beau.

•Car, comme je tiens de plnsiears, quand on est en ces extases 4e plaisir, l'homme ny k îemme ne songent point à autre sujet oy imagination, si-non à celuy qu'ils traâttBat pour T'heure présente : encore que je tienne de bon lieu que plusieurs daoves ont kit aettokre à leurs amys que quand ^es estoieat-k aiec leurs mary s, <âks addonncrânt leurs pensées è leurs amys, et ne songeoieAt à leurs marys, afin d'y prendre plusse plaisir; et à des marys, ay-je ovy dire ainsi qu'estant tmc leisrs femmes soogeoleot à leurs maistiesses, pour eette mesme occasion : mais oe sont abus.

Les philosophes ualDfels m'ont dit qu'il n'y a que le seul objet fffésent qui les domine alors, et nullement l'absent, et en aliégooient force raisons ; mais je ne suis assez bon philosq^^ ny sçalant pour les déduire, «t aussi qu'il y en a d'aucunes saUès. Je

veux «bserver la vérécondie, comme on dit. Mais pour parler de ces élections d'amours laides, j'en ay veu force en ma yie, dont je m'en suis estonné cent fois.

— Retournant une fois d'un voyage de quelque province estraiH gere, que ne nommeray point de peur qu'on connoisse le sujet duquel je veux parler, et discourant avec une grande dame de par la monde, parlant d'une autre grande dame et princesse que j'avois veue-là, elle me demanda comment elle faisoit l'amour. Je lui Aommoy le personnage lequel elle tenoit pour son favory, qui n'estoit ny beau ni de bonne grâce, et de fort basse qualité. Elle me fit response : « Yrayment elle se fait fort grand tort, et à l'amour » un très-mauvais tour, puis qu'elle est si belle et si honneste » comme on la tient. »

Cette dame avoit raison de me tenir ces propos, puis qu'elle n'y contrarioit point, et ne les dissimuloit par effet; car elle avoit un honneste amy et bien favory d'elle. Et quand tout est bien dit» une dame ne se fera jamais de reproche quand .elle voudra aymer et faire élection d'un bel object, ny de tort au mary non plus» quand ce ne seroit autre raison que pour l'amour de leur lignée ; d'autant qu'il y a des marys qui sont si laids, si fats, si sots, si badauts, de si mauvaise grâce, si poltrons, si coyons et de si peu de valeur, que leurs femmes venans à avoir des enfants d'eux, et les resseroblans , autant vaudroit n'en avoir point du tout, ainsy quej'ay cogneu plusieurs dames, lesquelles ayant eu des enfants de tels marys, ils ont esté tous teb que leurs pères ; mais en ayant emprunté aucuns de leurs amys, ont surpassé leurs pères, frères et sœurs en toutes choses.

— Aucuns aussi des philosophes qui ont traitté de ce sujet ont tenu toujours que les enfants ainsi empruntez ou derobbez, ou faits à cachettes et à l'improviste, sont bien plus gallants et tiennent bien plus de la façon gentille dont on. use à les faire prestement et habillement, que non pas ceux qui se font dans un lict lourdement, fadement, pesamment, à loisir, et quasi à demy endormis, ne songeans qu'à ce plaisir en forme brutalle.

Aussi ay-je ouy dire à ceux qui ont charge des barras des royg et grands seigneurs, qu'ils ont veu souvent sortir de meilleurs chevaux derobbez par leurs mères, que d'autres faits par la curiosité des maistres du haras et estallons donnez et apposiez : ainsi . est-il des personnes.

Combien en ay-je veu de dames avoir produit des plus beaux et

DISCOURS h 98

honnestes et braves enfants 1 Que si leurs pères putatifs les eussent faits, ils fussent esté vrays veaux et vrayes bestes.

Voilà pourquoy les femmes sont bien advisées de s'ayder et accommoder de beaui^ et bons estallons , pour faire de bonnes race? Mais aussi en ay-je bien veu qui avoient de beaux marys, qui s'aidoieDt de quelques amys laids et vilains estallons, qui procréoyent de hideuses et mauvaises lignées.

Voilà une des signalées commoditez et incommoditez de co-

— J'ay cognçu une dame de par le monde, qui avoit un mary fort laid et fort impertinent ; mais, de quatre filles et deux garçons qu'elle eut, il n'y eut que deux qui valussent, estants venus et faits de son amy ; et les autres venus de son chalant de mary (je dirois volontiers chat-huant, car il en avoit la mine ) , furent fort maussades.

Les dames en cela y doivent estre bien advbées et habiles, car coustumièrement les enfants ressemblent à leurs pères, et touchent fort à leur honneur quand ils ne leur ressemblent. Ainsi que j'ay veu par expérience beaucoup de dames avohr cette curiosité de faire dire et accroire à tout le monde que leurs enfants ressemblent du tout à leur père et non à elles, encor qu'ils n'en tiennent rien ; car c'est le plus grand plaisir qu'on leur sçauroit faire, d'autant qu'il y a apparence qu'elles ne l'ont emprunté d'autruy, encore qu'il soit le contraire.

•^ Je niie suis trouve une fois en une grande compagnie de Cour où l'on advisoit le pourtrait de deux filles d'une très-grande reyne. Chacun se mit à dire son advis à qui elles ressembloient, de sorte que tous et toutes dirent qu'elles tenoient du tout de la mère ; mais moy, qui estois très-humble serviteur de la mère, je pris l'afïïnnative, et dis qu'elles tenoient du tout du père, et que si l'on eust cogneu et veu le père comme moy, l'on me condescendroit. Sur quoy la soeur de cette mère m'en remercia et m'en sçeut trèsbon gré, et bien fort, d'autant qu'il y avoit aucunes personnes qui ^ disoient à dessein, pour ce qu'on la soupçonnoit de faire l'amour, et qu'il y avoit quelque poussière dans sa fleute, comme l'on dit ; et par ainsi mon opinion sur cette ressemblance du père rabilla tout. Donc sur ce point, qui aymera quelque dame et qu'on verra «ufants de son sang et de ses os, qu'i) dit tousjours qu'ils tiennent du père du tout, bien que non.

Il e«t vray qu'en d'^ant qu'ib ont de la mère un peu il n'y aura

pas de mal, 'ainsi que dit ua gentilhomme de la Cour, mon grand amy, parlant en compagnie de denx gentilshommes frères assez favoMS du roy (l), à qui ils ressembloient, au père ou à la mère ; il respondit que celui qui estoit froid ressembloifau père, et Tautre qui estoit chaud ressembloit à la meie ; par ce brocard le donnant bon à la mère, qui estoit chaudasse ; et de lait ces deux enfants parlicipoient de cef Aeux humeurs froide et chaude.

— Il y a une autre sorte de cocus qui se forme par le desdain qu'ils portent à leurs femmes, ainsi que j'en ay cogneu plusieurs qui, ayant de très-belles et honnestes femmes, n'en faisoient cas> les mesprisoîent et desdaignoient, celles qui estoient habilles et pleines de courage, et de bonne maison» se sentants ainsi desdai* gnées, se revangeoient h leur en faire de mesme : et soudain après bel amour, et de là à l'effet; est, comme dit le refrain italien et napolitain, amor non si vincecon altro che con sdegno (2).

Car ainsi une femme belle, honneste, et qui se sent telle et se jdaise, voyant que son mary la desdaigne, quand elle luy porteroit le plus grand amorar marital du monde, mesme quand on la prescheroit et poposeroit les commandements de la loy pour l'aymer, si elle a le moindre cœur du monde, elle le plante là tout à plat et fait un amy ailleurs pour la secourir en ses petites nécessitez, et élit son iX)ntentement.

— J'ay cogneu deux dames de la Cour, toutes deux belles-sœurs ; l'une avoit espousé un mary favory, courtisan et fort habille, et qui pourtant ne faisoit cas de sa femme comme il devoit, veu le lieu d'où elle estoit, et parloit à elle devant le monde comme à une sauvage, et la rudoyoit fort. Elle, patiente, l'endura pour quelque temps, jusques à ce que son mary vint un peu défavorisé ; elle, espiant et prenant l'occasion au poil et à propos, la luy ayant gardée bonne, luy rendit aussitost le desdain passé qu'il luy avoit donné, en le faisant gentil cocu : comme fit aussi sa belle-sœur, prenant exemple à elle, qui ayant esté mariée fort jeune et en tendre âge, son mary n'en faisant cas comme d'une petite fiUaude, ne l'aymoit comme il devoit ; mais elle, se venant advancer sur l'âge, et à sentir son cœur en reconnoissant sa beauté, le paya de mesme monnoye, et luy fit un présent de bdles cornes pour Tintérest du passé.

. — D'autres-fois ay-je cogneu un grand seigneur, qui, ayant prii

(1) A qui on demandoit.

{% C'esUà-diro : l'amour ne se surmonte que par le dédain.

deu ooariisfttties/ dont il y en avok une more, pour ses plus grandes délices et aoiyes, ne faisant cas de sa femme, encore qu'elle le rechercbast avec tous les honneurs, amitiez et révérances conjugales qu'elle pouvoit ; mais il ne la pouToit jamais vair de bon œil ny embrasser de bon cœur, et de cent nuicts il ne luy en départoit pas deux. Qu'eust-elle fait la pauvrette là-dessus, après tant d'indignitez, si-non de k\re ce qu'elle fit, de cboisir un autre lict vaccant, et s'accoupler avec une autre moitié, et prendre ce qu'elle en Youloit?

An moins & ce mary eust* fkît comme un autre que je sçay, qui estoit de telle humeur, qui, pressé de sa femme, qui estoit trèsbeile, ^ prenant plaisir ailleurs, lui dit ïranehement : a Prenez vos » contentements ailleurs, je vous en donne congé. Faites de vostre » costé ce que tous voudrez faire avee un autre : je vous laisse » en voslre liberté ; et ne vous donnez peine de mes amours, et » laissezrmoy faira ce qu'il me plaira. Je n'empescheray point vos . » aises et plaisirs : aussi ne m'empesehez les miens. » Aïasi, chacun quitte de-là, tous deux mirent la plume au vent ; l'un alla à deitre et l'autre à senestie, sans se soucier l'un de l'autre ; et Toilà bonne vie.

J'aymerois autant quelque vieillard impotent, maladif; goûteux, que j'ay cogneu, qui dist à sa femme, qui estoit tràe-belle, et ne la pouvant contenter comme elle le desiroit, un jour : a Je sçay bien, » m'amie, que mon impuissance n'est bastante pour vostre gail- » lard âge. Pour ce, je vous puis être beaucoup odieux, et qu'il » n'est possible que vous me puissiez être affectionnée femme» » comme si je vous faisois les offices ordinaires d'un mary fort et » robuste. Mais j'ai advisé de vous permettre et de vous donner » totale liberté de faire l'amour, et d'emprunter quelque autre qui j» vous puisse mieux contenter que moy. Mais, surtout, que vous

• en élisiés un qui soit discret, modeste, et qui ne vous escandalise » points et moy et tout, et qu'il vous puisse foire une couple de » beaux enfants, lesquels j'aymeray et tiendray comme les miens

• propres ; tellement que tout le monde pourra croire qu'ils sont % vrays et légitimes enfants, veu que encore j'ay en moy quelques )t forces assez vigoureuses, et les apparences de mon corps sufOsan- » tes pour faire paroir qu'il sont miens. 9

Je vous laisse à penser si cette belle jeune femme fut aise d'avoir cette agréable, jolie petite remontrance, et licence de jouir de cette plamnte liberté, q^u'elle pratiqua si bien, qu'en

un rien elle peupla la maison de deux ou trois beaux petits enfants, où le mary, parce' qu'il la touchoit quelquefois et couchoit »vec elle, y pensoit avoir part, et le croyoit, et le. monde et tout ; e«, par ainsi, le mary et la femme furent très-contents, et eurent belle famille.

— Voici une autre sorte 'de cocus qui se fait par une plaisante opinion qu'ont aucunes femmes, c'est à sçavoir qu'il n'y a rien plus beau ny plus licite, ny plus recommandable que la charité, disant qu'elle ne s'ettend pas seulement à donner aux pauvres qui ont besoin d'estre secourus et assistez des biens et moyens des riches, mais aussi d'ayder à éteindre le feu aux pauvres amants langoureux que l'on voit brusler d'un feu d'amour ardent : « Car, disent- >» elles, quelle chose p«at-il estre plus charitable, que de rendre » la vie à un que l'on voit se mourir, et raffraichir du tout celui » que l'on voit se brusler? » Ainsi, comme dit ce brave palladin, le seigneur de Montauban, soustenant la belle Geneviève dans l'Arioste, que celle justement doit mourir qui oste la vie à son serviteur, et non celle qui la luy donne. S'il disoit cela d'une fille, à plus forte raison telles charitez sont plus recommandées à l'endroit des femmes que des filles, d'autant qu'elles n'ont point leurs bourses déliées ny ouvertes encor comme les femmes, qui les ont, au moins aucunes, très-amples et propres pour en eslargir leurs charitez.

Sur-quoy je me souviens d'un conte d'une fort belle dame de la Cour, laquelle pour un jour de Chandelleur s'estant habillée d'une robe de damas blanc, et avec toute la suitte de blanc, si bien que ce jour rien ne parut de plus beau et de plus blanc, son serviteur ayant gaigné une sienne compagne qui estoit belle dame aussi, mais un peu plus aagée et mieux parlante, et propre à intercéder pour luy ; ainsi que tous trois regardoient un fort beau tableau où estoit peinte une Charité toute en candeur et voile blanc , icelle dit k sa compkgne : <c Vous portez aujour- » d'huy le mesme habit de cette Charité ; mais, puisque la re- » présentez en cela, il faut aussi la représenter en efiet à l'en- » droit de vostre serviteur, n'estant rien si recommandable » qu'une miséricorde et une charité, en quelque façon qu'elle y se facew pourveu que ce soit en bonne intention, pour secourir » son prochain. Usez-en donc : et si vous avez la crainte de » vostre mary et du mariage devant les yeux, c'est une vaine su- » perstition que nous autres ne devons avoir, puisque nature nous

• a donné des biens en plusieurs sortes, non pour s'en servir en

• espargne, comme une salle a?are de son trésor, mais pour les B distribuer honnorablement aux pauvres souffreteux et néoessi-

» teux. Bien est-il vray que nostre chasteté est semblable à un • > trésor, lequel on doit espargner en choses basses : mais, pour » choses hautes et grandes, il le faut despenser en largesse, et sans » espargne. Tout de mesmes faut-il faire part de nostre chasteté, » laquelle on doit eslargir aux personnes de mérite et vertu , » et de souffrance, et la dénier à ceux qui sont viles, de nulle va- » leur, et de peu de besoin. Quant à nos marys, ce sont vrayement » de belles idoles, pour ne donner qu'à eux seub nos vœux et nos » chandelles, et n'en départir point aux autres belles images I » car c'est à Dieu seul à qui on doit un vœu unique, et non à 9 d'autres. » Ce discours ne déplut point à la dame, et ne nuisit non plus nullement au serviteur, qui, par un peu de persévérance, s'en ressentit. Tels prescbes de charité pourtant sont dangereux pour les pauvres marys.

— J'ay ouy conter (je ne sfay s'il est vray, aussi ne veux-je affirmer) qu'au commencement que les Huguenots plantèrent leur religion, faisoient leurs prescbes la nuict et en cachettes, de peur d'estre surpris, recherchés et mis en peine, ainsi qu'ils furent un jour en la rue Saint-Jacques à Paris, du temps du roy Henri second, où des grandes dames' que je sçay, y allans pour recevoir cetle charité, y Guidèrent estre surprises. Après que le ministre avoit fait son presche, sur la fin leur recommandoit la charité , et incontinent après on tuoit leurs chandelles, et là un chacun et chacune Texerçoit envers son frère et sa sœur chrestienne, se la départans l'un à l'autre selon leur volonté et pouvoir ; ce que je n'oserois bonnement asseurer, encore qu'on m'asseurast qu'il estoit vray ; mais possible que cela est pur mensonge et imposture. Toutefois je sçay bien qu'à Poitiers pour lors il y avoit une femme d'un advocat,' qu'on nommoit la belle Gotterelle (l), que j'ay veue, qui estoit des plus belles femmes, ayant la plus belle grâce et façon, et des plus désirables qui fussent en la ville pour lors ; et pour ce chacun lui jettoit les yeux et le cœur. Elle fut repassée au sortir du presche, par les mains de douze escoliers, l'un après l'autre, tant au lieu du consistoire que sous un auvent, encore ay-je ouy

(1) Cette femme ressemble assez à cette Godarde de Blois, huguenote, penda pour adultère en ISSS.

98 VIES DES^ DiàBOS GALANTES.

dire sons une potence du Blarebé Tiens, sans qu'elle en fist un seul bruit nj autre refus; ma», denaDdant seulement le mot du presche, les receveit les uns »pi>è» les autres conrtorsenrent» comme ses vrays frères en Christ. Elle couiînua envers eux cette aumosoe lon^ temps, et jamais elle n'en voulut prester pourun dou hh à n» papiste : si en enl-ils néanlmoms piusieors papistes qui, empruntans de leurs compagnons huguenots le mot et le jargon de leur assemblée, en jouirent. IKautres ailoient au ppesche exprès, et coatrefaisoient les Réformez, pewr Fapprendre, a#tt de jouir de cette belle femme. J'étois lors à Poitiers jeune garçon estndiani, que plusieurs bons compagnons, qui en avoient leur part, me le dirent et me le jurèrent : mesme le bruit estoit tel en la ville. Toilà une plaisante charité, et conseiemieuse femme^ Êdre ainsi choix de son semblable en la religion I

11 y a une autre forme de charité qui se pratique, et s'est pratiquée souvent, à l'endioit des pauvres prisonniers qui sont es prisons, et privez des plaisirs des dames, det*quels les geollieres et les femmes qui en ont la garde, ou, les ca^tellanes qui ont dans les cbasteaux des prisonniers de guerre, en ayant pitié, leur font part de leur amour, et leur donnent de cela par charité et miséricorde; aiosi que dit une fois une courtisanne romaine à sa fiUe de laquelle un gallant estoit extresmement amoureux, et ne luy en vouloit pas donner pour im double. Elle luy dit : £ da gli al manco per misericordia (l).

Ainsi ces geollieres, castellanes et autres, traittent leurs prisonniers, lesquels, bien qu'ils soient captifs et misérables^ ne laissent à sentir les picqueures de la chair, comme au meilleur temps qu'ils pourroient avoir. Aussi dit -on en vieil proverbe : « L'envie en vient de pauvreté ; » et aussi bien sur la paille et sur la dure messer Priape hausse la teste, comme dans le lict du monde le meilleur et le plus doux. Voilà pourquoy les gueux et les prisonniers, parmi leurs hospitaux et prisons, sont aussi paillards que les roys, les princes et les grands> dans leurs beaux pallak et licls royaux et délicats.

Pour en confirmer mon dire, j'allégucray un conte que me fit un jour le capitaine Beaulieu, capitaine de galleres, duquel j'ay parlé quelquefois. Il estoit à feu M. le grand-prieur de France, de la maison de Lorraine^ et estoit fort aymé de luy : l'allant uo

{I, C'esi-à-dire: Eh! fais lui cliarHé par pitié.

jour trouver à Mallbe dans lue frégatte, il /ut pris des galleres de Sicile , et mené prisonnier au Castel à Mare de Palerme, où il fut resserré en une prison fort estroite , obscure et misérable, et très-<mal traité, l'espace de trois mois. Par xsas, le «astellân, qui estoit Espagnol, a voit deux fort belles filles, qui, Toyant plaindre et attrister, demandèrent un jour congé au père pour le visiter pour rhonneur de Dieu, qui leur permit librement. Et d'^«tant que le capitaine Beaulieu estoit fort gaUant.bonune certes, et disoit des mieux, il les sceut si bien .gagner dès Tabord de celte jpremière visite, qu'elles obtinrent du père ^ull sorti&t de celte jnescbante prison, et fust mis en une cimnibre assez honneste, etreceust meilleur traitement. Ce ne fut pas tout, car elles obtindrent congé de l'aller voir librement tous les jours une fois et causer avec luy. Tout eela se démena si bien que toutes deux en forent amoureuses, ^ien qu'il ne fust pas beau et elles très-belles, que, sans respect aucun, ny de prison plus rigoureuse, ny d'hazard de mort, mais tenté de privautez, il se mit à jouir de toutes deux bi^ et beau tout à son aise ; et dura ce plaisir sans escandale, et fut SI heureux en cette conqueste l'espace de buict mois, f u'il n'en arriva nul escandale, mal, inconvénient, ni de ventre enflé, ny d'aucime surprise ny découverte : car ces deux sasars s'entendoient ^ s'^entredonnoient si bien la -main, et se relevoient si gentiment de sentinelle, ^u'il n'en fiit jamais autre chose ; et me j«ra, car il estoit fort mon amy, qu'en sa plus granide libei^té il n'«ut jamais si bon temps, ny plus grande ardeur, ny appétit à cela, qu'en oette prison, qui luy estoit très-belle, bien qu'on die n'y en avoir jamais aucunes belles. £t luy dura tout ce bon lemps Tenace de huict jnois, que la trêve fut faite entre l'Empereur et le roi Heneri second, que tous les prisonniers sortirent et furent relaschés : et me jura ^e Jamais il ine se <£ascha tant que de sortir de cette si bonne ,prîlon^ mais bien gasté laisser ces belles filles, tant favorisé d'elles, ^i au départir en firent tous les regrets du monde.

ie Juy demanday si jamais il appréhenda inconvénient «Il fust esté découvert. Il tme dit bien qu'ouy ^ asiais non qu'il le ctaigoist : car, au pis aller, on Teust fait mourir ; et il eust autant aymé mourir que rentrer en sa première prisoia. De plue, il craignoit que s'il n'eust contenté ces honnestes fiUes, (puisqu'elles le recherchoient tant, qu'elles en eussent conceu un tel desdaing et dépit, qu'il en eust eu quelque pire traitement encore ; et pour ce, bandant les yeux à tout, il se hasarda à cette

belle fortune. Certes on ne sçauroit assez louer ces bonnes filles espagnoles si charitables : ce ne sont pas les premières ny les dernières.

— On a dit d'autres fois en nostre France, que le duc d'Ascot, prisonnier au bois de Vincennes, se sauva de prison par le moyen d'une honneste dame, qui toutesfois s'en cuida trouver mal, car il y alloit du service du Roy (l) : et telles charitez sont réprouvables, qui touchent le party du général, mais fort bonnes et louables, quand il n'y va que du particulier, et que le seul joly corps s'y expose ; peu de maJ pour cela. J'alléguerois force braves exemples faisant à ce sujet, si j'en voulois faire un discours à part, qui n'en seroit pas trop mal plaisant. Je ne diray que cettuy-ci, et puis nul autre, pour estre plaisant et antique.

Nous trouvons 4ans Tite-Live que les Romains, après qu'ils eurent mis la ville de Gapoue à totale destruction, aucuns des habitants vindrent à Rome pour représenter au sénat leur misère, le prièrent d'avoir pitié d'eux. La chose fut mise au conseil : entr'autres qui opinèrent fut M. Atilius Regulus, qui tint qu'il ne leur falloit faire aucune grâce, « car il ne sauroit trouver en tout, o disoit-il, aucun Capoûan, depuis la révolte de leur ville, qu'on » pust dire avoir porté le moindre brin d'amitié et d'afifection à la » république romaine, que deux honnestes femmes : l'une, Yesta » Opia, atellane, de la ville d'Atelle, demeurant à Capoûe pour » lors; et l'autre, Francula Cluvia ; » qui toutes deux avoient esté autresfois filles de joye et courtisannes, en faisant le mestier publiquement. L'une n'avoit laissé passer ud seul jour sans faire prières et sacrifices pour le salut et victoire du peuple romain ; et l'autre, pour avoir secouru à cachettes de vivres les pauvres prisonniers de guerre mourants de faim et pauvreté.

Certes voilà des charitez et piétez très-belles ; dont sur ce un gentil cavalier, une honneste dame et moy, Usants un jour ce passage, nous nous entredismes soudain que, puisque ces deux honnestes dames s'estoient desjà avancées et estudiées à de si bons et pies offices, qu'elles avoient bien passé à d'autres, et à leur départir les charitez de leurs corps ; car elles en avoient distribué d'autres fois à d'autres estans courtisannes, ou possible qu'elles l'estoyent encore; mais le livre ne le dit pas, et a laissé le

(1) Go accuu la comtesse d« Senixoo de l'avoir fait évader , et on lui en £t «m

affaire.

donte-là ; car il se peut présumer. Mais quand bien elles eussent continué le mestier et quitté pour quelque temps, elles le purent r^rendre ce coup-là, n'estant rien si aisé et si facile à faire ; et peut-estre aussi qu'elles y cogneurent et receurent encore quelques uns de leurs bons amoureux, de leurs vieilles connoissances, qui leur avoient autresfois sauté sur le corps, et leur en voulurent encor donner . sur quelques vieilles erres, ou du tout : aussi que, parmi les prisonniers, elles y en purent voir aucuns incogneus qu'elles n'avoient jamais veu que cette fois, et les trouvoient beaux, braves et vaillants, de belles façons, qui méritoient bien la charité tout entière, et pour ce ne leur espargnant la belle jouissance de leur corps, il ne se peut faire autrement. Ainsi, en quelque façon que ce fust, ces honnestes dames méritoient bien la courtoisie que la république romaine leur fit et recogneut, car elle leur fit rentrer en tous leurs biens, et en jouirent aussi paisiblement que jamais ; encor plus, leur firent à sçavoir qu'elles demandassent ce qu'elles voudroient, elles l'auroient; et pour en parler au vi*ay, si Tite-Live ne fust esté si abstraint, comme il ne devoit, à la vérécondie et modestie, il devoit firamchir le mot tout à trac d'elles, et dire qu'elles ne leur avoient espargné leur gent corps ; et ainsi ce passage d'histoire fust esté plus beau et plaisant à lire, sans aller ï'abbréger, et laisser au bout de la plume le plus beau de l'histoire. Voilà ce que nous en discourusmes pour lors.

— Le roy Jean, prisonnier en Angleterre, receut de mesme plusieurs faveurs de la comtesse de Salsberiq, et si bonnes, que, ne la pouvant oublier, et les l*ons morceaux qu'elle luy avoit donnés, qu'il s'en retourna la revoir, ainsi qu'elle luy fît jurer et promettre.

— D'autres dames y a-t-il qui sont plaisantes en cela pour certain poinct de conscientieuse charité ; comme une qui ne vouloit permettre à son amant, tant qu'il couchoit avec elle, qu'il la baisast le moins du monde à la bouche, alléguant par ses raisons que sa bouche avoit fait le serment de foy et de fidélité à son mary, et ne la vouloit point souiller par la bouche qui Favoit faài et preste ; mais quant à celle du ventre, qui n'en avoit point parlé ni rien promis, lui laissoit faire à son bon plaisir, et ne faisoit point de scrupule de la prester, n'estant en puissance de la bouche du haut de s'obliger pour celle du bas, ny celle du bas pour celle du haut non plus ; puisque la co'istuine du droit ordonnoit de ne s'obliger pour autruy sans consentement et paifole de l'une et de l'autre, ny un seul pour le tout en cela.

— Mae atttœ conseentlense et soiii^ttleuse, donnant à ^n amy joûissanoe de «en coi^, telle yoi^it toiyours iake le éessus, et sous^mettpe à«oy san h^vume, sans passer d'«& seul «oka eette règle ; et, Tohaervant estrokenent ^ ofdiiiairem«!it, -dkoMlle ^e si son loary ou^auUre lui idemanëoit si un iel4i»y avok ù&t isela, ^qu'elle )pust juper et renier, et aemrement.pvotester, sans offenser Dieu, que jamais il ne luf^ «voit&it inj monté sureUe. Ge-serment sceut^le si imà praU(|aer , qu'elle contenta son inary «t antres par ses jarements serres tn leurs demandes, «t la oreurent, ven ce qu'elle dkoit, « mais «n'eurent jamais Tadvis de demander, ce » disoit-eUe, si jamais etieiaveit fait le dessus, susquey m'eussent » èien mépris et dernier à ^stuf^ger. » ie psasOien avoir «eBOor parlé «y^^desaus^ maison ne se peut 'pas itoiyours sou^^enir de tout:; et aussi il y en a eettuy-q^ »plûs <^'«n l'aiitse, ^dl «le s«aÉde.

— Coustumièrement , «les dames «de ce meslier sent grandes menteuses., et ne disent met de vérité; earieUesont tant -appris et j^ecoufltumé à mentir {en «si eUes font antaenient «ont «Les -sottes, et mal leur en prend j ià leurs marys ^et amants sur ces sujets et changements d'am«ur, et à,J4icer qu'eties «e s-adenaent à coures qu'à euxi que, «quand elles -viennent à «tomber «ur «autres •sujets ^e conséquffliGe, au d'afiaires, ou .discfflirs, )amaisiie>foBt>que mentir, et ne leur peut-on csoire.

D'autres femmes ay-je cogneu 4tt «uy pailer^ ^(fûl ne «den- Boyentà leur amant leur jouissance, «i-ioon quand ^^es estoient cosses, afiu de n'engrokserde leur acmenee-; «en quoy elks faisoient grande conscience de supposer auK marys im fruit qui n'^estoit pas à eux, et le nourrir, atimenter et élever cérame le leur propre. J'en ay encore parlé >^-jlessus. JV!ais, «estant crasses une fois, elles ne pensoient point offenser le mary, ny .le iai«e eoeu, en se |>rostituaBt. Possible aucunes le iaisoient pour les ^mesmes raisons que iaisoit .JuUa, fiUe d'Auguste, >et ieamie.d' Agrippa, .qui fut en son temps une insigne putain, dent son «père <«n «nragaoit iplus' que le mary. Luy estant demandé une Jais -si ^e n'avoit j)oint de crainte d'engnaisser de ses amys, et que son mary «'en aperceust et ne l'affolast, eUe re^ndit : « J'y .nets ordre, car je » ne reçois jamais .personne nypass^er dans mon navire, si-^non 1» quand il est chargé et plein.

Voicy encore une autre soute de cocus ; mais ceux-là sont v^ra^s^ martyrs, qui ont des femmes laides comme diables d'fenler, qui se veulent mesler de taster de ce doux platsir auasi bien que

les belles, .ausqnelles le ^ul privilège ^t d^, cwame dit le proverbe : Les beaux hommes au^hety et des beUes femmxscm bourdem (l ): et,tûutesfois, ces laides ^shatftoMiièires iîvnt la folie comme les autces, lesfueUes il faut eacuser., <ar elles sont fenmes comme lies autres, et (mt {>aceille oature, mais &«n si <belle. Toutesfois, f ai veu des laides, âu jnoios en leur jeunesse, qui s'apprécient tant pourtant cenune les belles, ^ant opinion que ifemme me yaut autast, si^non ce qu'dk se wut iaire valloir «t âe vendre ; aussi qu'en un bon marché toutes idenrées se vendent et t« dépositent (sj, les ânes plus, les autres moins, selon qu'on en a 'à iaire, et selou l'heure tardive que Ton vient au «lauehé après les autres, et selon le ben .prix que Ton y trouve; £ar, oonaine l'on dit, Tcii court toujours au meilleur msurché, encore que Testoffe ne "fieit k meiHeute, mais seloaia ffacuké eu marchand et de k imarchande. Ainsi est-il des femmes laides, dont j'en. ay veu aueQne&,qui, maUgy, estoioQt ^i chaudes et luioriques, «t dtûtes à l'anHRir auni Men que ies plus belks, £tse mettoyent en place marchande, et vouleient s'avanoer et se faine vaUoir tout de înesmes. Biais le ipis que je vois en «lies, c'est -qu'au lieu que les marebimds pHent les iplus belles, cel- Jesncy iaides>pi3eat les marchands de preftéte^et d'a^hepter de leurs dennées, qu'dles leur laissent pour rien «et à vil (prix : mesmes fonteUes joûeux ; car le plus souvent leur donnent de l'aient pour s'accoster de leurs chalanderies et «e faire fourbir à eux ; dont voilà la pitié : oar pour telle iburbiseittrej il n'y faut petite somme d'^i^ent; si h\ea tque la fourbissure couste plus que ne vaut la personne, ei la Jexive que l'on y met fpour bien la kmrbir , et ee- ^ndant monsieur 4e mary demeure gucu et coquin tout ensenible d'une laide, dont le morceau est bîei/ plus dinioile à digérer que d'xme beUe; oubre que c'est une misère extresme d'avoir à ses cos- 4ez un diable d'enfer couché, au tieu d'un ange. Sur quoy j'ay ouy souhaitter à ^plusieurs galants rhoo^mes ^une femme belle et un peu putain, piustost qu'une femme laide et la plus chaste du monde ; car en une laideur n'y loge que toute misère et desplaisir , et nul brin de félicité. Eu une belle , tout plaisir et félicité y abonde , et bien peu de misère, selon aucuns. Je m'en rapporte à ceux qui ont battu cette sente et chemin. A aucuns j'ay ouy dire que, quelques

(1) Proverhe qni marque le pen de liaison quMi y a entre les dons de la nature et les qualités de rame-

(2) De l'italien dispositaref c'est-à-dire qu'on dispose et trouve à se «ielaire de» pierreries comme des meilleures denrées,

fois, pour les marys, il n'est si besoin aussi qu'ils ayent leurs fem* mes si chastes ; car elles en sont si glorieuses, je db celles qui ont ce don très-rare, que quasi vous diriez qu'elles veulent dominer, non leurs marys seulement, mais le ciel et les astres : voire qu'il leur semble, par telle oi^ueilleuse chasteté, que Dieu leur doive du retour. Mais elles sont bien trompées; car j'ay ouy dire à de grands docteurs que Dieu ayme plus une pauvre pécheresse, humiliante et contrite (comme il fit la Magdelaine), que non pas une orgueilleuse et superbe qui pense avoir gagné* le paradis, sans autrement vouloir miséricorde ny sentence de Dieu.

— J'ay ouy parler d'une dame si glorieuse iiour sa chasteté qu'elle vint tellement à mépriser son mary, que, quand on lui demandoit si elle avoit couché avec son mary : a Non, disoit-elle, 9 mais il a bien couché avec moy. » Quelle gloire I Je vous laisse donc à penser comme ces glorieuses sottes femmes chastes gourmandent leurs pauvres marys , d'ailleurs qui ne leur sçauroient rien reprocher, et comme font aussi celles qui sont chastes et riches, d'autant que cette-cy, chaste et riche du sien, fait de l'olimbrieuse, de l'altière, de la superbe et de l'audacieuse, à l'endroit de son mary : tellement que, pour la trop grande présomption qu'elle a de sa chasteté et de son devant tant bien gardé, ne la peut retenir qu'elle ne fasse de la femme emperiere, qu'elle ne gourmande son mary sur la moindre faute qu'il fera, comme j'en ay veu aucunes, et sur tout sur son mauvais ménage. S'il joue, s'il dépend, ou s'il dissipe, elle crie plus, elle tempeste, fait que sa maison paroist plus un enfer qu'une noble famille : et s'il faut vendre de son bien pour subvenir à un voyage de cour ou de guerre, ou à ses procès, nécessitez, ou à s;ss petites folies et despenses Mvolles, il li'en faut pas parler ; car la femme a pris telle impériosité sur lui, s'dppuyant et se fortifiant sur sa pudicité, qu'il faut que le mary passe par sa sentence, ainsi que dit fort bien Ju vénal en ses sa« tjres.

Animus %txons tt dedttut un$ ,

Ifil unquatn invita donabis conjugê vendu.

Hoc obstante nihil fu»c si nolit emetur (1).

(1) Tout cela est renverse et estropié. Il faut :

Si tibi simpUeitat uxorta deditus uni i Est animus

DISCOURS I. lOS

Il note bien par ces vers que telles humeurs des anciennes Romaines correspondoient à aucunes de jiostre temps quant à ce poinct ; mais , quand une femme est un peu putain , elle se rend bien plus aisée, plus sujette, plus docile, craintive, de plus douce et agréable humeur, plus humble et plus prompte à faire tout ce que le mary veut , et lui condescend en tout ; comme j'en ay ?eQ plusieurs telles, qui n'osent gronder, ny crier, ny faire des acariastres, de peur que le mary ne les menace de leur faute, et ne leur mette au devant leur adultère, /Ct leur fasse sentir aux despens de leur vie ; et si le galant veut vendre quelque bien du leur, les voilà plustost signées au contract que le mary ne Ta dit. J'en ay veu de celles-là force : bref, elles font ce que leurs marys veulent.

Sont-ils bien gastez ceux-là donc d'estre cocus de si belles femmes , et d'en tirer de si belles denrées et commoditez que celles-là, outre le beau et délicieux plaisir qu'ils ont de paillarder avec de si belles femmes , et nager avec elles comme dans un beau et clair courant d'eau, et non dans un salle et laid bourbier? £t puisqu'il faut mourir, comme disoit un grand capitame que je sçay, ne vaut-il pas mieux que ce soit par une belle jeune espée, claire, nette, luisante et bien tranchante, que par une lame vieille, rouillée et mal fourbie, là où il y faut plus d'émeric que tous les fourbisseurs de la ville de Paris ne sçauroient fournir ?

Et ce que je dis des jeunes laides, j'en dis autant d'aucunes vieilles femmes qui veulent estre fourbies et se faire tenir et nettes et claires comme les pluw belles du monde (j'en fais ailleurs un discours à part (i) de cela) : et voilà le mal; car, quand leurs marys n'y peuvent vaequer , les maraudes appellent des suppléments, et comme estants si chaudes, ou plus, que les jeunes : comme j'en ay veu qui ne sont pas sur le commencement et mitan prestes d'enrager, mais sur la fin. Et volontiers l'on dit que la fin en ces mestien est plus enragée que les deux autres, le commencement et le

, Nil unquam invita donahis eonjuge : vende»

Hoc ohstante nihil; nihil, hae ti noletj emetur.

JUVENAL. Sut. VI, 205 et 6, 211 et 12.

CTatt'&'dire t « Si tous tous attachez uniquement à votre femme , vous ne

• pourrez rien donner, ni vendre, ni. acheter, à moins qu'elle n'y consente. »

(1) Le Y* discours suivant.

106 VIES DES DAltlES GALANTES.

nîUiD, ipoHT le vouloir; «ar, la force et la disp^skfOD ieor manquent, ^ont la dmileiirteuriest trèa-grîefve ,^ d'arstamt qae le TÎeil proverbe 'dit iq«e c'est une grande doulemr et dfunmage, quand mn c. a «arès^boniieipekmté, «t que la force ini 4éiÉaiït. ^ y en a*t-il toujours queiipMB-iuies ide ees pauvres vieilles hmres qui -passent par baféol (i) , et Repartent leurs lai^gesses aux despens de leurs -deux lK)uv8es ; mais «celie*de l'argent foit trouver bonne et «étroite Tavtïre de leurs corps. Aussi ^t-eti que la Trbéraité en toutes cfiose -est pitts à estimer que l'avarîee et la chicbelé , fors aux fonnnes, lesquelles, tant phis sont libérales de leurs -cas, tant moins sont estimées, et 4es avares et chicbes tant plus. Cela disoit une fois «n grand seigneur de deux grandes dames sœurs que je s^ , dont l'une estoit chiche de son honneur, et libérale de la bourse et dépense , et l'autre fort esearce (2) de sa bourse et despense, et très-libérale de son devant.

— Or, voici encore une autre race de cocus qui est certes par trop abominable et exécrable devant Dieu et les hommes, qui, smourascbés ëe quelque bel Adonis , leur abandonnent leurs femmes pewr jouir d'yeux. La première fois que je fus jamais en Italie, j'en ouys «n eseemple à Ferrare , par un conte qui m'y ftil fait d'an qui, esprts d'un jeune homme beau , persuada à sa lemme id'ootroyer sa jouissance audit jeune homme qui estoit «moureox d'elle, et qu'elle luy assîgnast jour, et qu'elle fist ce qu'il luy commanderoit. La dame le voulut très-bien, car eBe ne desiroit manger autre venaison que de celle-là. Enfin le jour fut assigné, et l'heure estant venue que le jeune homme et la femme estoient en ces douces affaires et altères, le mary, qui s'estoient cadié, selon le concert d'entre hiy et sa femme , voici qu'il entra ; et les prenant sur le fait , approcha la dague à la gorge du jeune homme, le jugeant digne de mort sur tel forfait, selon les loïx d'Ualie, qui sont un peu plus rigoureuses qu'en France, f I fut contraint d'accorder au mary ce qu'il voulut, et firent eschange l'wn 4e l'autre : le jeune homme se prostitua au mary, et le mary abandonna sa femme au jeune homme ; et par ainsi, voilà un mary cocu d'une vilaine feçon.

—J'ai ouy conter qu'en quelque endroit du monde (je ne le veux

(1) Bardot^ ■ynnoynte â'âM. Ici, passer par bardot, se dit des vieilleiAnii réduites à laisser passer pour bardot l'amaDt qui les caresse.

(2) Eacharse.

pa» Mnmer] il y eut un maryv el de qoalilé grande, qoî esioil fikânenieQt espans d'un jtaae hamne^ qut aûnoit forfc sa femme» et eUe aussi luy : soit oift que le mopy eust gaieté sa fcoiflM, oq (f» ce fiist une svrprifia à rimproviâley les prenant io«s deux cowbés et aceeitplés. eflMmiilf , meno^aïkt le jeune heoMne stil De lay oom^laisiMt, ^'investit tout couebé, et joint et collé sur sa femme, et ei jouit; dont serlîL le problèniie, comme trois, awams fuient jouissants «t conleats tout à un niesme coup enacrab^

— J'ay ouy eoater d'une daaie,. laqueUe esperduaenfe amoureuse d'an bonneste gentil)K)mme qu'elle avoit pris pour amy et favory, luy se craignant que le mary luy feroit et à eUe quelque mauvais toof , elle le oonscjn, luL disant : a N'ayez pas peur ; car û n'oaerett > nen faire, craignant que je Taccufie de m'avoir veulu user de » l'arnère-Vénus, donb il ea pourroiê mourir si j'eu diseis le » moindre met et le déckwois à la justice. Mais je le tiene^ ain^ en » esehec et en adlarme; si bien que, craignant mon accuâation, il » ne m'ose pas rien dire. » Certes telle a^euftaèioni u'eust pas porté mekis de pré^udiee à ce pauvre mary que de la vie : car les légiâies disent que la sodomie se puait peur la volonté ; mais possible qwe la dtiMe De voulut pas ûranfibir le mot tout à tcao, et qu^'il n'eust passé plus avant sans b'arcêter ^ la v<^nté*.

— Je me suis laissé conter qu'un de €es ans ua jeune gemlilhomme françois, l'un des beaux qui fust esté veu à la coui- loogr temps, estant allé à Rome- pour y apprendre les exercices, comme autiïes ses pareils, fut arregardé de si boa œil, et par si grande adttiratidB ^ sa beauté^ taiU des honuaes quie des femmes, que quasi oa l'eust couru à fovce : et là oà ils le sça voient aUer à la messe, ou autre lieu public et de congrégation, ne failloient,, ny les uns, ny les autres, de s'y tcou¥er pour le voir ; si bien qoe plusieurs marys permirent à leurs femmes de lui donner assignation d'amours en leurs maisons, a^ qu'y estant venu et sorpcis» lissant escbange, Tua de sa femme, et l'autre* de luy : dent lu^ e» fut donaé ad vis de ne se laisser aller aux amovs et volontés de ces dames, d'autant que le tout avoit esté fait et apposté pour l'attrappep; enqnoy il se fi* sage, et préféra sou befteeur eè sa eouscienee à tous les plaisirs détestables, dont il et acquisi une louange trè»*dign8. Enfia, pourtant, son esciyer le tua. Ob en paile diversement pourquoy : dont, ce Cul très-graKd domuMige, car c'estoût un fost honneste jeune liomme, deboB licHy et qui promettoit beaucoup de It^, autant de sa

physionomie, pour ses actions nobles, que pour ce beau et noble trait : car, ainsi que j'ay ouy dire à un fort gallant homme de

mon temps, et qu'il est aussi vray, nul jamais b , n'y bar-

dasch, ne fut brave, vaillant et généreux, que le grand Jules César ; aussi que par la grande permission divine telles gens abominables sont rédigés et mis à sens reprouvez : en quoy je m'estonne que plusieurs, que l'on a veu tachés de ce méchant vice, sont esté continuez du ciel en grands prospéritez ; mais Dieu les attend, et à la tin on en voit ce que doit estre d'eux.

Certes, de telle abomination, j'en ay ouy parler que plusieurs marys en sont esté atteints bien au vif; car, malheureux qu'ib sont et abominables, ils se sont accommodez de leurs femmes fdus par le derrière que par le devant, et ne se sont servis du devant que pour avoir des enfants ; et traittent ainsi leurs pauvres femmes, qui ont toute leur chaleur en leurs belles parties de la devantière. Sont-elles pas excusables si elles font leurs marys cocus, qui ayment leurs ordes et salles parties de derrière?

Combien y a-t-il de femmes au monde, que si elles estoîent visitées par des sages femmes, médecins et chirurgiens experts, ne se trouveroient non plus pucelles par le derrière que par le devant, et qui feroient le procès à leurs marys à l'instant ; lesquelles le dissimulent, et ne l'osent découvrir, de peur d'escandaliser, et elles et leurs marys ou possible qu'elles y prennent quelque plaisir plus grand que nous ne pouvons penser ; ou bien, pour le dessein que je viens de dire, pour tenir leurs maris en telle sujection, si eues font l'amour d'ailleurs, mesmes qu'aucuns marys leur permettent ; mais pourtant tout cela ne vaut rien.

— Summa Benedicti dit que si le mary veut recognoistre sa partie ainsi contre l'ordre de nature, qu'il odense mortellement ; et s'il veut maintenir qu'il peut disposer de sa femme comme il luy phist, il tombe en détestable et vilaine hérésie d'aucuns Juifs et mauvais rabins, dont on dit que duahus fmdieribus apud synagogam conquestis se fuisse à viris suis cogniiu sodomi* quo cognitis, responsum est ab illis rabinis, virum esse uxoris dominum, proinde posse uti ejus utamque libuerit, non aliter qii^ is qui piscem émit : Uîe enim, tam anterioribus quàm posterioribus partibus, ad arbitrium vesà potest J'ay mis cela en latin sans le traduire en françois, car il sonne très-mal à des orélte bien hoonestes et chastes» Abominables qu'ils soM I laisser

nue belle, pure et concédée partie, pour en prendre une TÎIlaine» salle, orde et défendue, et mise en sens réprouvé I

Et si Thomme veut ainsi prendre la femme, il est permis à elle «séparer de luy, s'il n'y a autre moyen de le corriger : et pourtant, dit-il encore, celles qui craignent Dieu n'y doivent jamais consentir, lins plustost doivent crier à la force, nonobstant Tescandale qui pourroit arriver en cela, et le deshonneur uy la crainte de mort ; car il vaut mieux mourir, dit la loy, que de consentir au mal. El dit encor ledit livre une chose que je trouve fort esirange : qu'en quelque mode que le mary connoisse sa femme , mais qu'elle en puisse concevoir, ce n'est point péché mortel, combien qu'il puisse estre véniel : si y a-t-il pourtant des méthodes pour cela fort salles et villaines, selon que l'Arétin les représente en ses figures, et ne ressentent rien la chasteté maritale ; bien que, comme j'iy dit, il soit permis à l'endroit des femmes grosses, et aussi de cdles qui ont l'haleine forte et puante, tant de la bouche que dtt nez : comme j'en ay cogneu et ouy parler de plusieurs femmes, lesquelles baiser «t alleiner autant vaudroit qu'un anneau de retrait; ou bien comme j'ai ouy parler d'une très-grande dame, mais je dis très-grande, qu'une de ses dames dit un jour que son halleine sentoit plus qu'un pot-à-pisser d'airain ; ainsi m'usa-t-elle de ces mots : un de ses amis fort privé, et qui s'approchoit près d'elle, mêle confirma aussi : si est-il vray qu'elle estoit un peu sur l'âge.

Là-dessus que peut faire un mary ou un amant, s'il n'a recours à quelque forme extravagante, mais surtout qu'elle n'aille point à l'arrière-Vénus? J'en dirois davantage, mais j'ai horreur d'en parler : encore m'a-t-il fasché d'en avoir tant dit; mais si faut-il quelquefois descouvrir les vices du monde pour s'en corriger,

— Or il faut que je die une mauvaise q)inîon que plusieurs ont eue et ont encores de la cour de nos roys, que les filles et femmes y bronchent fort, voire coustniièrement : en quoy bien souvent sont-il trompez, car il y en a de très-chastes, honnesles et vertueuses, voire plus qu'ailleurs, et la vertu y habite aussibien, voire mieux qu'en tous autres lieux, que l'on doit fort priser pour estre bien à preuve. Je n'allégueray que ce seul exemple de madame la grande duchesse de Florence d'aujourd'huy, de la maison de Lorraine, laquelle estant arrivé à Florence le soir que le grand -duc l'épousa, et qu'il voulut aller coucher avec elle pour la dépuceler^ il la fit avant pisser dans

un beau urinai de cristal, le plus beau et le plus clair qu'il put, et en ayant vue l'urine, il la consulta avec son médecin , qui es*toit un très-grand et très-savant et expert personnage, pour savoir de luy par cette inspection si elle estoit pucelle, ouy ou non. Le médecin l'ayant bien fixement et doctement inspicée, il trouva qu'elle estoit telle comme quand sortit du ventre de sa mère, et qu'il y allast hardiement, et qu'il n'y trouveroit point le chemin nullement ouvert, frayé ni battu; ce qu'il fit, et eir trouva la vérité telle; et puis, le lendemain en admiration, dit: « Voilà un grand miracle, que cette fille soit ainsi sortie pucelle de cette cour de France! » Quelle curiosité et quelle opinion I Je ne sçai s'il est vrai, mais il me l'a ainsi esté asseuré pour véritable. Voilà une belle opinion de nos cours; mais ce n'est d'aujourd'huy, ains de long-temps, qu'on tenoit que toutes les dames de Paris et de la cour n'estoient si sages de leur corps comme celles du plat pays, et qui ne bougeoient de leurs maisons, Il y a eu des hommes qui estoient si consciencieux de n'espouser que des filles et femmes qui eussent fort paysé, et veu le monde tant soit peu. Si bien qu'en notre Guyenne, du temps de mon jeune aage, j'ay ouy dire à plusieurs gallants hommes et veu jurer qu'ils n'espouseroient jamais fille ou femme qui auroit passé le port de Pille, pour tirer de longue vers la France. Pauvres fats qu'ils estoient en cela, encor qu'ils fussent fort habiles et gallants en autres choses, de croire que le cocuage ne se k logeast dans leurs maisons, dans leurs foyers, dans leurs chambres, dans leurs cabinets, aussi bien, ou possible mieux, selon la commodité, qu'aux palais royaux et grandes villes royales 1 car on leur alloit suborner, gagner, abattre et rechercher leurs femmes, ou quand ils alloient eux-mesmes à la Cour, à la guerre, à la chasse, à leurs procez ou à leurs promenoirs, si bien qu'ils ne s'en appercevoyent ; et estoient si simples de penser qu'on ne leur osoit entamer aucun propos d'amour, si-non que de mesnageries, de leurs jardinages , de leurs chasses et oiseaux ; et, sous cette opinion et légère créance, se faisoienl mieux cocus qu'ailleurs; car, partout, toute femme belle et habile, et aussi tout homme honneste et gallant, sçait faire l'amour, et se sçait accommoder. Pauvres fats et idiots qu'ils estoient! Et ne pouvoient-ils pas penser que Vénus n'a nulle demeure prefisse, comme jadis en Cypre, en Paros et Amatonte, et qu'elle habite par-tout jusques dans les cabanes des pastres et girons des bergères^ voire des plus simplettes?

DISCOURS I. tll

Depoit (pielqae temps ei» çà , ils ont comaeneé ^ perdre cet Mttes opinioiis ; car, s'estant appereeu que par^^toot y avoit àvt dafiger pour ce triste oocua^, ils oot pris femmes partout où ft leur a plu et ont pu ; et si ont mieux fait : ib les out envc^ées oa menées à la Cour, pour les faire valoir ou parestre en leurs beautez» pour en faire venir Tenvie aux uns ou aux autres, afin^ de s'engendrer des cornes. D'autres les ont envoyées, et menées playder et solliciter leurs procez, dont aucuns n'en avoieitf DoÛefflent, mais fs^oient à croire (|a'ils en avoîant; ou bien s'ils en avoient , les allongeeient le plus cpi'ils pouvoient , pour aDonger mieux leurs amours. Voire quel({aefois les marys lai»» soient leurs femmes à la garde du psdais, et à la galerie et saSe, pois s'en aUoient en leurs maisons, ayant opinion c^'^es fe» n»ent mieux leurs besognes, et en gaignercHent nûeux leurs causes : comme de vray, j'en sçay plusieiKrs qui les^ ont gaignées mieux par la dextérité et beauté de leur devant, que par leur bon droit, dont bien souvent en devenoient enceintes; et, pou» n'estre escandalisées (si les drogue» avoient feiUy de leur vertu pour les en garder ) , s'encouroient vistement en leurs maisons à leors marys, feignant qu'eUes alloient chérir des tiltres et pièces qui leur fiaiisoient besoin, ou alloient faire quelque e&queste, ou que e'estcât pour attendre la Sainct Martin, et que, durant les vacations, n'y pouvant rien servir, alloient au bcniCy et voir leurs mesnages et leurs marys. Elles y aUoient de vray, mais bien enceintes. Je m'en rapporte à plusieurs conseillers, rapporteur? et présidents» pour les bons moreesmx qu'ils en ont tastez des lem mes des gentilshommes.

— Il n'y a pas long-temps qu'une très-belle, honneste et grande dame que J'ay cogneue , allant ainsi solliciter son procez à Paris, il y eut quelqu'un qui dit : «( Qu'y va-t-elle faire ? » EUe le perdra-; eUê n'a pas grand droit. — Et ne porte-t-eHe » pas son droit sur la beauté de son devant, comme César par- • toit le sien sur le pommeau et sur la p<Hnte de son espée ? » Ainsi se ibnt les gentÛshommes cocus au pakk, en récompense de ceux que messieurs les gentiMiommes font sur mesdames les présidentes et conseillères : dont aussi aucunes de celles-là ay-je veu, qui ont bien vallu sur la monstre autvit que plusieurs dames, damoîselles et femmes de seigneurs^ chevaliers et grands geiHîlshommes de la Cour, et autres.

— J'ay cogneu une dame grande, qui avoit esté très-belle.

Ilî VIES DES DAMES GALANTES.

mais la vieillesse Favoit effacée. Ayant un prooez à Paris, 6t Toyant que sa beauté n'estoit plus pour ayder à solliciter et gûgner sa cause, elle meua avec elle une sienne voisine, jeune et bdle dame ; et pour ce l'appointa d'une bonne somme d'argent, jusques à dix mille escus ; et , ce qu'elle ne put ou eust bien voulu faire elle-mesme, elle se servit de cette dame, dont elle s'en trouva fort bien, et la jeune aussi ; et tout en deux bonnes façons. N'y a pas long-temps que j'ay veu une dame mère y mener une de ses filles, bien qu'elle fust mariée, pour luy ayder à solliciter son procez, n'y ayant autre affiûre ; et de fait elle est très-belle, et vaut bien la sollicitation.

Il est temps que je m'arreste dans ce grand discours de cocuage; car enfin mes longues paroles, tournoyées dans ces profondes eaux et ces grands torrents, seroient noyées, et n'aurois jamais Mt, ny n'en sçaurois jamais sortir, non plus que d'un grand labyrinthe qui fust autresfois, encore que j'eusse le plus long et le plus fort fillet du monde pour guide et sage conduite. Pour fin je conduray que si nous faisons des maux, donnons des tourments, des martyres et des mauvais tours à ces pauvres cocus, nous en portons bien la folle enchère, comme l'on dit, et en payons les triples intérests ; car la plupart de leurs persécuteurs et fabeurs d'amour, et de ces dameretz, en endurent bien autant de maux ; car ils sont plus subjects à jalousies, mesmes qu'ils en ont des marys aussi bien que de leurs corrivals : ils portent des martels, des capriches, se mettent aux hazards en danger de mort , d'estropiements, de playes, d'affironts, d'offenses , de querelles, de craintes, peines et mort ; endurent froidures, pluyes, vents et chaleurs. Je ne conte pas la vérole, les chancres, les maux et maladies qu'ils y gaignent, aussi bien avec les grandes que les petites ; de sorte que bien souvent ils acheptent bien cher ce qu'on leur donne, et la chandelle n'en vaut pas le jeu. Tels y en avons-nous veu misérablement mourir, qu'ils estoient battants pour conquérir tout un royaume , tesmoin M. de Bussi, le nompair de son temps, et force autres. J'en alléguerois une infinité d'autres que je laisse en arrière, pour finir et dire, et admonester ces amoureux qu'ils pratiquent le proverbe de l'italien qui dit : Che molto guadagna chi putana perde (l).

— Le comte Amé second disoit souvent : « En jeu d'armes et * d'amours, pour une joie cent douleurs ; » usant ainsi d^ ce

H) Qui perd aoe putain gagne lieaneoup

mot anticq pour mieux faire sa rime. Disoit-U encore que la colère et l'amour avoient cela en soy fort dissemblable , que la eolere passe tost, et se deffait fort aisément de sa personne quand elle y est entrée, mais mal-aisément Tamour. Voilà comment il 86 faut garder de cette amour, car elle nous couste bien autant qu'elle nous vaut, et bien souvent en arrive beaucoup de malheurs. Et pour parler au vray, la pluspart des cocus patients ont, cent fois meilleur temps, s'ils se sçavoient connoistre et bien s'entendre avec leurs femmes, que les agents; et plusieurs en ay-je veu, qu'encor qu'il y allast de leurs cornes, se mocquoient de nous et se rioieut de toutes les humeurs et façons de faire de nous autres qui traitions l'amour avec leurs femmes, et mesmes quand nous avions à faire à des femmes rusées, qui s'entendent avec leurs marys et nous vendent : comme j'ay cogneu un fort brave et honneste gentilhomme qui , ayant longuement aymé une belle et honneste dame, et eu d'elle la jouissance, ce qu'il en desiroit long-temps, s'estant un jour apperceu que le mary et elle se mocquoient de luy sur quelque trait, il en prit un si grand dépit qu'il la quitta et fit bien; et, faisant un voyage lointain pour en divertir sa fantaisie, ne l'accosta jamais plus, ainsi qu'il me dit. Et de telles femmes rusées, fines et changeantes, il s'en faut donner garde comme d'une beste sauvage; car, pour contenter et appaiser leurs marys, quittent leurs andens serviteurs, et en prennent puis après d'autres, car elles ne l'en peuvent passer.

Si ay-je cogneu une fort honneste et grande dame, qui a eu cela en die de malheur , que, de cinq ou six serviteurs que je luy ay veu de mon temps avoir , se sont morts tous les uns après les autres, non sans un grand regret qu'elle en portoit; de sorte qu'on eust dit d'elle que c'estoit le cheval de Séjan, d'autant que tous ceux qui montoient sur elle mouroient et ne vi- Toient guieres ; mais elle avoit cela de bon en soy et cette vertu, que, quoy qui ait esté, n'a jamais changé ny abandonné aucun de ses amis vivants pour en prendre d'autres; mais, eux venans à mourir, elle s'est voulu tousjours remonter de nouveau pour n'aller à pied ; et aussi, comme (gisent les légistes, qu'il est permis de faire valoir ses Meux et sa terre par quiconque soit , quand elle est déguerpie de ion premier maistre. Telle constance a esté fort en cette dame recommandable ; mais si celle-là a esté jusques-là ferme, il y en a eu une infinité qui ont

bien branslé. Aussi, pour en parler firauchement, il ne se faut jamais envieillir dans un seul trou, et jamais homme de cœur ne le fit : il faut estre aussi bien aventurier deçà et delà, en amour comme en guerre, et en autres choses ; car si l'on ne s'asseure que d'une seule ancre en son navire, venant à se décrocher, aisément on le perd, et mesme quand l'on est en pleine mer et en une tempeste, qui est plus subjeote aux orages et vagues tenq)estueuses que non en une calme ou en un port. £t dans quelle plus grande et haute mer ne sçauroit-on mieux mettre et naviguer que de faire l'amour à une seule dame ? Que si de jsoy elle n'a esté rusée du commencement, nous autres la dressons et l'affinons par tant de pratiques, que nous menons avec elle, dont bien souvent il nous en prend mal, en la rendant teUe pour nous faire la guerre, l'ayant façonnée et sterne. Tant j a, comme disoit quelque |;alant homme, qu'il vaut mieux se marier avec quelque beUe femme et honneste, encore qu'on soit en danger d'estre un peu touché de la corne et de ce mal de cocuage commun à plusieurs, que d'endurer tant de traverses à laire les autres cocus, contre l'opinion de M. du Gua pourtant, auquel moy ayant tenu propos un jour de la part d'une grande dame qui m'en avoit prié, potur le marier, me fit cette response , seulement : qu'il «e pensoit de ses plus grands amis, et que je luy en faisois perdre la créance par tel propos pour luy pourchasser la chose qu'il haïssoit plus, que le marier et faire cocu> au lieu qu'il faisoit les autres ; et qu'il espousoit assez de femmes l'année, appelant le mariage un putanisme secret de réputation et de liberté, ordonné par une belle loy, et que le pis en cela, ainsi que je voy et ay noté, c'est que la pluspart, voire toute» de ceux qui se sont ainsi délectez à faire les autres cocus, quand ils viennent à se marier, infailliblement Us tombent en mariage, je dis en cocuage; et n'en ay jamais veu arriver autrement, selon le proverbe : Ce çue iu feras à autruy, il te sera fait.

-^ Avant que finir je diray encore ce mot : que j'ay veu faire une dispute qui n'est encore indécise, en quelles provinces et jrégions de nostre chrestienté et de nostre Europe il y a plus de cocus et de putains. L'on dit qu'en Italie les dames sont fort chaudes, et par ce, fort putains, ainsi que dit M. de Beze en une épigramme, d'autant qu'où le soleil, qui est chaud et donne le plus, y eschauffe davantage les femmes» en usant de ce vers 2

Cre4*biie tst ignés multiplicare $U09 (1).

L'£spagne est de' mesme, eocore qu'elle soit sur l'occidenl ; mais le soleil y eschauffe bien les dames autant qu'en orient. Les Flamandes, les Suisses^ les Allemandes, Anglaises et Escossaises, encore qu'elles tirent sur le midy, et septentrion, et soient régions froides, n'en participent pas moins de cette chaleur nature'ile, comme je les ai cogneues aussi chaudes que toutes les antres nations. Les Grecques ont raison de l'estre, car elles sont fort sur le levant. Ainsi souhaitte-t«on en Italie Greca in letto : comme de yray elles ont beaucoup de choses et vertus attrayantes en elles, que, non sans cause, le temps passé elles ont esté les délices du monde, et en ont beaucoup appris aux dames italiennes et espagnolles, depuis le vieux temps jusques à ce nouveau; si bien qu'elles en surpassent quasi leurs anciennes et modernes maistresses . aussi la reyne et impériere des putains, qui estoit Vénus, estoit Grecque. .

Quant à nos belles Françoises, on les a veues le temps passé fort grossières, et qui se contentoient de le faire à la grosse mode ; mais, depuis cinquante ans eu çà, elles ont emprunté et appris des autres nations tant de gentillesses, de mignardises, d'attraits et de vertus, d'habits, de belles grâces, lascivetez, ou d'elles-mesmes se sont si bien esludiées à se façonner, que maii^ tenant il faut dire qu'elles surpassent toutes les autres en tou* tes façons ; et, ainsi que j'ay ouy dire, mesme aux estrangers, elles valent beaucoup plus que les autres, outre que les mots de paillardise françoise eo la bouche sont plus paillards, mieux sonnants et esmouvants que les autres. De plus, cette belle liberté firançoise, qui est plus à estimer que tout, rend bien nos dames plus désirables, accostables, aimables et plus passables que toutes les autres : et aussi que tous les adultères n'y sont si communément punis comme aux autres provinces, par la providence de nos grands sénats et législateurs françois, qui, voyant les abus en provenir par telles punitions, les ont un peu bridés, et VUE. peu corrigé les loix rigoureuses du temps passé de»; hommes, qui s'estoient donnez en cela toute liberté de s'esbattre et l'ont c(ftée aux femmes ; si bien qu'il n'estoit pernds k la femme in^

U) Il eti à croire qu'il multiplie leurs leviu

nocente d'accuser son mary d'adultère, par aucunes lois inapériales et canon (ce dit Cajetan). Mais les hommes fins firent cette loy pour les raisons que dit cette stance italienne, qui est telle:

Percha di quel eht natura iùtuedê Nel vieti tutan dura legg9 (Thonorê.

Ella a noi libéral largo ne dieda Com' ayli altrt animai legge d'amorê»

Ma Vhuomo fraudulenio, e itn%a fedê^ Che fu legitlator di quest' errore , Vedendo noetre forte e buona eehiena , Copri la $ua debùleMsa con la pena (1).

Pour fin, en France il fait bon faire l'amour. Je m'en rapporte à nos authentiques docteurs d'amour, et mesme à nos courtisans, qui sçauront mieux sophistiquer là-dessus qiie moi: et, pour en parler bien au vray, putains par-tout, et cocus par-tout, ainsi que je le puis bien tester, pour avoir veu toutes ces régions que j'ay nommées, et autres; et la chasteté n'habite pas en une région plus qu'en l'autre.

Si feray-je encore cette question, et puis plus, qui possible n'a point esté recherchée de tout le monde, ny possible songée : à sçavoir mon, si deux dames amoureuses l'une de 1 autre, Qpmme il s'est veu et se voit souvent aujourd'huy, couchées ensemble, et faisant ce qu'on dit, donna con donna, en imitant la docte Sapho lesbienne, peuvent commettre adultère, et entre elles faire leurs maris cocus. Certainement, si l'on veut croire Martial en son !•' livre, épigram. cxix, elles commettent adultère; où il introduit et parie à une femme nommée Bassa, tribade, luy faisant fort la guerre de ce qu'on ne voyoit jamais entrer d'hommes chez elle, de sorte qu'on la tenoit po'ir une seconde Lucrèce : mais elle vint à estre descouverte, en ce que l'on y voyoit aborder ordinairement force belles femmes et filles; et fut trouvé qu'elle-mesme leur servoit et contrefaisoit d'homme et d'adultère, et se conjoignoit avec elles, et use de

(1) G trop dure loi de l'honneur, pourquoi nous interdis-tu ce à quoi nousexcitt la nature? Elle nous accorde aussi abondammeut que libéralement, ainsi qu'a tOM les animaux, l'usage de l'amour. Mais l'homme, trompeur et perlide, ne connais» sant que trop bien la vigueur de nos reins, a établi cette loi pleine d'erreor fOt cacher ainsi la Hiiblcsse des sieiub

ces mots : geminos committere cunnos. Et puis s'escriant, il dit et donne à songer et deviner cette énigme par ce vers latin:

Hic ubi vir twn m(, ut êit aduUerium (1).

Voilà un grand cas, dit-il , que, là où il n'y a point d'homme, il y ait de l'adultère.

J'ai cogneu une courtisanne à Rome, vieille et rusée s'il en iust oncques, qui s'appeloit Isabelle de Lune, EspagnoUe, laquelle prit en telle amitié une courtisanne qui s'appeloit la Pandore, l'une des belles pour lors de tout Rome, laquelle vint à estre mariée avec un sommeiller de M. le cardinal d'Armaignac, sans pourtant se distraire de son premier mestier : mais cette Isabelle l'entretenoit, et couchoit ordinairement avec elle ; et, comme desbordée et désordonnée en paroles qu'elle estoit, je luy ay souvent ouy dire qu'elle la rendoit plus putain, et lui faisoit faire des cornes à son mary plus que tous les ruIBants que jamais elle avoit eus. Je ne sçay comment elle entendoit cela, si ce n'est qu'elle se fondast sur cette épigramme de Martial.

On dit que Sapho de Lesbos a esté une fort bonne maistresse en ce mestier, voire, dit-on, qu'elle l'a inventé, et que depuis les dames lesbiennes l'ont imitée en cela et continué jusques aujourd'huy, ainsi que dit Lucian, que telles femmes sont les femmes de Lesbos, qui ne veulent pas souffrir les hommes, mais s'approchent des autres femmes, ainsi que les hommes mesmes ; et telles flsmmes qui aiment cet exercice ne veulent souffrir les hommes, mais s'adonnent à d'autres femmes, ainsi que les hommes mesmes, l'appellent tribades, mot grec dérivé, ainsi que j'ai appris des Grecs, de rpiSw, TptSetv, qui est autant à dire que fricare, frayer, ou friquer, ou s'entrefrotter ; et tribades se disent fricatrices, en françois fricatrices, ou qui font la friquarelle en mestier de donne con donne, comme l'on l'a trouvé ainsi aujourd'huy.

Ju vénal parle aussi de ces femmes quand il dit: frictum Grt>êanlis adorât, parlant d'une pareille tribade qui adoroit et aimoit la fricarelle d'une Crissante.

Le bon compagnon Lucian en fait un chapitre, et dit ainsi que les femmes viennent mutuellement à conj oindre comme les

(1) Là où il n'y t point d'homme, on commet pourtjni l'adult re,

hommes, conjoignants des instruments la^ifs, obscurs et monstrueux, faits d'une forme stérile, et ce nom, qui rarement s'entend dire de ces fricarelles, Tacque librement partout, et qu'il faille que le sexe féminin soit Filenes, qui faisoit l'action de certaines amours hommasses. Toutesfois il adjouste qu'il est bien meilleur qu'une femme soit adonnée à une libidineuse affection de faire le masle, que n'est à riiomme de s'efféminer; tant il se monstre peu courageux et noble. La femme donc, selon oek, qui coutrefait.ainsi l'homme, peut avoir réputation d'estre plus valeureuse et courageuse qu'une autre, ainsi que j'en ay c(^b«o aucunes, tant pour leurscorps que pour l'ame.

En un autre endroit, Lucian introduit deux dames densaiHes de cet amour; et une demande à l'autre si une telle avoit esté amoureuse d'elle, et si elle avoit couché avec elle, et ce qu'elle luy avoit fait. L'autre luy respondit librement. « Premiève- 3 ment, elle me baisa ainsi «que font les hommes, non pas seo- » lement en joignant les lèvres, mais en ouvrant aussi la bouche, n cela s'entend en pigeonne, la langue en bouche ; et encore j» qu'elle n'eust point le j»emb9e viril, et qu'elle fust semblable » à nous autres, si «st-ce qu'elle disoit avoir le cœur, Taffeotien » et tout le reste viril ; et puis je Tembrassay comme un D homme, et elle me le faisoit, me baisoit «t allentoit (i) (je » n'entends point bien ce mot), et me sembloit qu'elle y prit » plaisir outre mesure, et cohabita d'une certaine façon beaucoup » plus agréable que d'un homme. » Voilà ce qu'en dit Lucian.

Or, à ce que j'ay ouy dire, il y a en plusieurs endroits et ré» gions force telles dames lesbiennes, en France, «n Italie et ea Espagne, Turquie, Grèce et autres lieux ; et où les femmes sont recluses et n'ont leur entière liberté, cet exercice s'y continue fort; car telles femmes bruslantes dans le corps, il faut bien, disent-elles, qu'elles s'aydent de ce remède, pour se rafraischir un peu ou du tout qu'elles bruslent. Les Turques vont aux bains plus pour c^tte paillardise que pour autre chose, et s'y adonnent fort : mesme les courtisannes qui ont les hommes à commandement et à toute heure, encore usent-elles de ces friquarelles, s'entre-eherchent et s'entr'aiment les unes les autres, comme je l'ay ouy dire à aucunes en Italie et en Espagne. En nostre France, telles femmes sont asses

(1) C'esUà-dire : me baisait et me faisait pâmer de plaisir. Atentir, dans NiooC| se dit d« tt douleur, oo des forces qui diniiuuent ou se rsleotiaseiii.

DISCOURS h 119

communes ; et si dit-on pourtant qu'il n'y a pas long-temps qu'elles s'en sont meslées^ mesme que la façon en a esté portée d'Italie par une dame de qualité que je ne nommeray point.

— J'ay ouy conter à feu M. de Clermont-Tallard le jeune, qui mourut à La Rochelle, qu'estant petit garçon, et ayant l'honneur d'accompagner M. d'Anjou, depuis nostre roy Henry troisiesme, en son estude, et estudier avec lui ordinairement, duquel M. de Gournay estoit précepteur, un jour, estant à Thoulouse , estudiant avec son dit maistre dans son cabinet, et estant assis dans un coin à part, il vid, par une petite fente (d'autant que les cabinets et chambres estoient de bois, et avoient esté faits à l'improviste et à la haste, par la curiosité de M. le cardinal d'Armaignac, archevesque de là, pour mieux recevoir et accommoder le Roy et toute sa cour), dans un autre cabinet, deux fort grandes dames, toutes retroussées et leurs caleçons bas, se coucher l'une .sur l'autre, s' entrebaiser en forme de colombe, se frotter, s'enlrefriquer, bref, se remuer fort, paillarder, et imiter les hommes; et dura leur esbattement près d'une bonne heure, s'estant si très-fort eschauffées et lassées, qu'elles en demeurèrent si rouges et si en eau, bien qu'il fist grand froid, qu'elles n'en peurent plus et furent contraintes de se reposer autant; et disoit qu'il ?eid jouer ce jeu quelques autres jours, tant que la Cour fut là, de mesme façon; et oncques plus n'eut-il la commodité devoir cet esbattement, d'aulant que ce lieu le favorisoit en cela, et aux autres il ne put. Il m'en contoit encore plus que je n'en ose escrire, et me nommoit les dames. Je ne sçay s'il est vray ; mais il me l'a juré et affirmé cent fois par bons serments : et, de fait, ceh est bien vray-semhlable ; car telles deux dames ont bien eu tousjours cette réputation de faire et continuer l'amour de cette façon et de passer ainsi leur temps.

J'en ay cogneu plusieurs autres qui ont traité de mesmes tmours, entre lesquelles j'en ay ouy conter d'une de par le monde, qui a esté fort superlative en cela, et qui aimoit aucunes danies, les honoroit et les servoit plus que les hommes, et leur (aisoit l'amour comme un homme à sa maistresse ; et si les prenoit avec elle, les entretenoit à pot et à feu, et leur donnoit ce qu'elles vouloient. Son mary en estoit très-aise et fort content; ainsi que beaucoup d'autres mariyrs que j'ay eus, qui estoient fort aises que leurs femmes menassent ces amours plutost que celles des hommes (n'en penss^nt leurs femmes si folles ny pu»

laîns). Mais je croy qu'ils sont bien trompez, car ce petit exercice, à ce que j'ay ouy dire, n'est qu'un apprentissage pour venir à celuy grand des hommes; car après qu'elles se sont eschauffées et mises bien enrut les unes les autres, leur chaleur ne se diminuant pour cela, faut qu'elles se baignent par une eau vive et courante, qui rafifraiscbist bien mieux qu'une eau dor« mante , ainsi que je tiens de bons chirurgiens , et veu que , qui veut bien panser et guérir une playe, il ne fajit qu'il s'amuse à la "^édicaraenter et nettoyer alentour ou, sur le bord, mais il la faut sonder jusques au fond, et y mettre liné sonde et une tente bien avant.

Que j^en ay veu de ces Lesbiennes, qui, pour toutes leurs frîcarelles et enlre-froitements, n'en laissent d'aller aux hommes ! mesme Sapho, qui en a esté la maistresse . ne se mit-elle pas à aymer son grand amy Phaon, après lequel elle môùroit? Car, enfin, comme X j'ay ouy raconter à plusieurs dames, il n'y a que les hommes; et que de tout ce .qu^lh^s prennent avec les autres femmes, ce ne sont que des tiroûers pour s'aller paistre de gorges-chaudes avec les hommes : et ces fricarelles né leur servent qu'à faute des hommes ; que sieiless^jes trouvent à propos et sans escandale , elles iairroienl bien leurs compagnes pour aller à eux et leur sauter au collet.

J*ay cogneu de mon temps deux belles et bonnestes damoiselles de bonnes maisons, toutes deux cousines, lesquelles ayant couché ensemble dans un mesme lit l'espace de trois ans, s^accouslumèrent si fort à cette fricarellé, qu^après s^estre imaginées que le plaisir esloit assez maigre et imparfait au prix de celuy des hommes , se mirent à le taster avec eux, et en devinrent très bonnes putains, et confessèrent après à leurs amoureux que rien ne les avoit tant desbauchées et esbranlées à cela que cette fricarellé, la détestant pour en avoir esté la seule cause de leur desbauche : et, nonobstant, quand elles serencontroyent, ou avec d'autres, elles prenoient tousjours quelque repas de cette fricarellé, pour y prendre tousjours plus grand appétit de Tautre avec les hommes. Et c'est ce que dit une fois une honneste damoiselle que j'ay oogneue, à laquelle son serviteur demandoit un jour si elle ne faisoit point cette fricarellé avec sa compagne, avec qui elle couchoit ordinairement. «Ah ! non, dit-elle en riant, j'ayme trop les hommes; » mais pourtant elle faisoit Tun et l'autre*

Je sçay un honneste gentilhomme, lequel, désirant un jour à la Cour pourchasser ea mariage une fort honneste damoiselle^ ea de-

manda Tadvis k une sienne parente. Elle luy dit franchement qu'il yperdroit son tenîps; « d'auUnt, me dit-elle, qu'une telle dame, » qu'elle me nomma, et de qui j'en savois des nouvelles, ne per- » mettra jamais qu'elle se marie. » J'en cogneus soudain l'endoûeure, parce que je sçavois bien qu'elle tenoit cette damoi« selle en ses délices à pot et à feu, et la gardoit précieusement pour sa bouche. Le gentilhomme en remercia sa dite cousine de ce bon advis, non sans lui faire la guerre en riant, qu'elle parloit ainsi en cela pour elle comme pour l'autre; car elle en tiroit quelques petits coups en robbe quelquesfois : ce qu'elle me nia pourtant. Ce trait me fait ressouvenir d'aucuns qui ont ainsi des putains h eux qu'ils ayment tant, qu'ils n'en feroient part pour tous les biens du monde, fust à un prince, à un grand, fust à leur compagnon, ni à leur amy, tant ils en sont jaloux» comme un ladre de son barillet ; encore le présente-t-il à boire à qui en veut. Mais cette dame vouloit garder cette damoiselle toute pour soy, sans en départir à d'autres : pourtant si la faisoit-elle cocue à la dérobade avec aucunes de ses compagnes.

On dit que les belettes sont touchées de cet amour, et se plai sent de femelle à femelle à s'entreconjoindre et habiter ensemble; si que par lettres hiéroglyfiques les femmes s'entr'aimantes de cet amour estoient jadis représentées par des belettes. Tay ouy parler d'une dame qui en nourrissoit tousjours, et qui se mesloit de cet amour, et prenoit plaisir de voir ainsi ses petites bestioles s'entre-habiter.

Voici un autre poinct, c'est que ces amours féminines se traittent en deux façons, les unes par friquarelle, et par, comme dit ce poète, geminos commiltere connos.

Cette façon n'apporte point de dommages, ce disent aucuns, comme quand ou s'aide d'instruments façonnés de...... mais

qu'on a voulu appeler des g (f).

J'ay ouy conter qu'un grand prince, se doutant de deux dames de sa cour qui s'en aydoient, leur fit faire le guet si bien qu*il les surprit, tellement que l'une se trouva saisie et accommodée d'un gros entre les jambes, gentiment attaché avec de petites bandelettes à l'entour du corps, qu'il sembloit un membre naturel. Elle en fut si surprise qu'elle n'eut loisir de l'oster ; tellement que ce prince la contraignit de luy monstrer comment elles deux se le

1) Par corruption pour gaw'ê mihù '

faisoient. On dit que plusieurs femmes en sont mortes, pour eo^s^ dreren leurs matrices des apostumes faites par mouvements et frottements point naturels. J'en sçay bien quelques-unes de ce nombre, dont c'a esté grand dommage, car c'estoient de très-belles et honnestes dames et damoiselles, qu'il eust bien mieux vallu qu'elles •eussent eu compagnie de quelques honnestes gentilshommes, qui pour cela ne les font mourir, mais vivre et ressusciter ainsi • que j'espère le dire ailleurs ; et mesmes , que, pour la guérison de tel mal, comme j'ay ouy conter à aucuns chirurgiens, qu'il n'y a rien plus propre que de les faire bien nettoyer là-dedans par ces membres naturels des hommes, qui sont meilleurs que des pesseres qu'usent les médecins et chirurgiens avec des eaux à ce composées ; et toutesfois il y a plusieurs femmes, nonobstant les inconvénients qu'elles en voyent arriver souvent, si faut-il qu'elles en ayent de ces engins contrefaits .

^-J'ay ouy faire un conte, moy estant lors à )a cour, que la Reyne-mere ayant fait commandement de visiter un jour les chambres et coffires de tous ceux qui estoient logés dans le Louvre, sans épargner dames et filles, pour voir s'il n'y avoit point d'armes cachées et mesmes des pistolets, durant nos troubles, il y en eut une qui fut trouvée saisie dans son coffre par le capitaine des gardes, non point de pistolets, mais de quatre gros

g gentiment façonnez, qui donnèrent bien de la risée an

inonde, et à elle bien de l'estonnement. Je cognois la damoiselle : je croy qu'elle vit encores: mais elle n'eut jamais bon visage. Tels instruments enfin sont très dangereux. Je feray encore ce conte de deux dames de la cour qui s'entr'aimoient si fort, et estoient si chaudes à leur mestier, qu'en quelque endroit qu'elles fussent ne s'en pouvoient garder ny abstenir que pour le moins ne fissent quelques signes d'amourettes ou de baiser , qui les escandalisoient si fort, et donnoient à penser beaucoup aux hommes* Il y en avoit une veufve, et l'autre mariée; et comme la mariée» un jour d'une grand magnificence, se fust fort bien parée et habillée d'une robe de toile d'argent, ainsi que leur maistresse estoit allée à vespres, elles entrèrent dans son cabinet, et sur sa chaise percée se mirent à faire leur fricarelle si rudement et si mpétueusement, qu'elle en rompit sous elles, et la dame mariée qui faisoit le dessous tomba avec sa belle robe de toille d'urgent à la renverse tout à plat sur l'ordure du bassin, si bien qu'elle se gasta et souilla si fort, qu'elle ne sçeut que faire que

s'essuyer le mieux qu'elle peut, se trousser, et s'en aller à grande haste changer de robbe dans sa chambre, non sans pourtant avoir esté apperceue et bien sentie à la trace, tant elle puoit : dont il en fut ryt assez par aucuns qui en sceurent le conte; mesme leur maistresse le sceut, qui s'en aidoit comme elles, et en rist son saoul. Aussi il falloit bien que cette ardeur les maistrisast fort, que de n'attendre un lieu et un temps à propos, sans s'escandaliser. Encore excuse-t-on les filles et femmes feufves pour aimer ces plaisirs frivoles et vains , aimans bien mieux s'y adonner et en passer leurs chaleurs, que d'aller aux hommes et de se faire engroisser et se deshonorer, ou de faire perdre leur fruict, comme plusieurs ont fait et font ; et ont opi- ' nion qu'elles n'en offensent pas tant Dieu, et n'en sont pas tant putains comme avec les hommes : aussi y a-t-il bien de la différence de jeter de l'eau dans un vase, ou de l'arrouser seulement alentour et au bord. Je m'en rapporte à elles. Je ne suis pas leur censeur ny leur mary, s'ils le trouvent mauvais, encore que je n'en ay point veu qui ne fussent très-aises que leurs femmes 8*amourachassent de leurs compagnes, et qu'ils voudroient gn'eUes ne fussent jamais plus adultères qu'en cette façon; comme de vray telle cohabitation est bien différente de celle d'avec les hommes, et, quoy que die Martial, ils n'on sont pas cocus pour cela. Ce n'est pas texte d'Évïmgile, que celuy d'un poète fol. Donc, comme dit Lucian, il est bien plus beau qu'une femme soit virile ou vraye amazone, ou soit ainsi lubrique, que non pas un homme soit féminin» comme un Sardanapale et Héliogabale, ou autres force leurs pareils ; car d'autant plus qu'elle tient de l'homme, d'autant plus elle est courageuse : et de tout cecy je m'en rapporte à la décision du procès.

M. du Gua et moy lisions une foi un petit livre itahen, qui l'intitule de la Beauté, fait en dialogue par le seigneur Angello Fiorenzolle, Florentin, et tombasmês sur un passage où il dit qu'aucunes femelles qui furent faites par Jupiter au commencement, furent créées de cette nature, qu'aucunes se mirent à aymer les hommes, et les autres la beauté de l'une et de l'autre ; mais aucunes purement et saintement, comme de ce genre s'est trouvée de notre temps, comme dit l'auteur, la très-illustre Marguerite d'Austriche, qui ayma la belle Laodamie, forte en guerre; les autres lascivement et pailtardement, comme Sapho Lesbienne, et de nostre temps à Rome la grande courtisanne Cécile véné-

tienne ; et icelles de nature baissent à se marier, et fuyent la conversation des hommes tant qu'elles peuvent. Là-dessus M. du Gua, reprit l'auteur, disant que cela estoit faux que cette belle Marguerite aimast cette belle dame de pur et saint amour; car puis qu'elle Tavoit mise plustost sur elle que sur d'autres qui pouvoient estre aussi belles et vertueuses qu'elle, il estoit à pré« sumer que c'estoit pour s'en servir en délices, ne plus ne moins comme d'autres; et pour en couvrir sa lasciveté, elle disoit et publîoit qu'elle l'aimoit saintement, ainsi que nous en voyons plusieurs ses semblables, qui ombragent leurs amours par pareils mots. Voilà ce qu'en disoit M. du Gua ; et qui en voudra outre plus en discourir là-dessus, faire se peut. Cette belle Marguerite fîist la plus belle princesse qui fust de son temps en la chrestienté. Ainsi, beautez et beautez s'entr-aiment de quelque amour que ce soit, mais du lascif plus que de l'autre. Elle fut remariée en tierces nopces,. ayant en premières espousé le roi Charles huitiesme, en secondes Jean, fils du roi d'Arragon, et le troisiesme avec le duc de Savoye qu'on appeloit le Beau ; si que, de son temps, on les disoit le plus beau pair et le plus beau couple du monde ; mais la princesse n'en jouit guierre de cette copulation, car il mourut fort jeune, et en sa plus grande beauté, dont elle en porta les regrets très-extrêmes, ^X pour ce ne se remaria jamais. Elle fit faire bastir cette belle église qui est vers Bourg en Bresse, l'un des plus beaux et plus susperbes bastiments de la chrestienté. Elle estoit tante de l'empereur Charles-Quint, et assista bien à son nepveu ; car elle vouloit tout appaiser, ainsi qu'elle et madame la régente au traité de Cambray firent, où toutes à deux se virent et s'assemblèrent là, où j'ay ouy dire aux anciens et anciennes qu'il faisoit beau voir ces deux grandes princesses.

— Corneille Agrippa a fait un petit traité de la vertu des femmes, et tout en la louange de cette Marguerite. Le livre en est très-beau, qui ne peut estre autre pour le beau sujet, et pour l'auteur, qui a esté un très-grand personnage.

— J'ay ouy parler d'une grande dame princesse , laquelle , parmi les filles de sa suite, elle en aimoit une par-dessus toutes et plus que les autres : en quoy on s'estonnoit, car il y en avoit d'autres qui la surpassoient en tout ; mais enfin il fut trouvé et descouvert qu'elle estoit hermaphrodite, qui lui donnoit du passetemps sans aucun inconvénient ni escandale. C'estoit bien autre chose qu'à ses tribades : le plaisir pénétroit un peu mieux. J'ay

DISCOURS h 12&

oQj nommer une grande qui est aussi hermaphrodite, et qui a liosi un membre viril, mais fort petit, tenant pourtant plus de la femme, car je Tay veu très-belle. J'ay entendu d'aucuns grands médecins qui en ont veu assez de telles, et surtout très-lascives. Voilà enfin ce que je diray du sujet de ce chapitre, lequel j'eusse pu allonger mille fois plus que je n'ay Eût, ayant eu matière si impie et si longue, que si tous les cocus et leurs femmes qui les Ibnt se tenoient tous par la main, et qu'il s'en peust faire un cercle, je crois qu'il seroit assez bastant pour entourer et cireuir la moitié de la terre.

— Du temps du roy François fut une vieille chanson, que j'ay ouy conter à une fort honneste et ancienne dame, qui disoit :

Mais quand viendra b saison

Que les cocus s'assembleront, Le mien Ira devant, qui portera la bannière; Les autres suivront après , le vostre sera au darrière,

La procession en sera grande, L'on y verra une très-luogue bande.

Je ne veux pourtant taxer beaucoup d'honnestes et sages femmes mariées, qui se sont comportées vertueusement et constamment en la foy saintement promise à leurs marys; et en espère faire un chapitre à part à leur louange, et faire mentir maistre Jean de Mun (i) , qui, en son Roman de la Rose, dit ces mots î « Tou- » tes vous autres femmes estes ou fustes, de fait ou de volonté» » putes; » dont il encourut une telle inimitié des dames de la cour pour lors, qu'elles par une arrestée conjuration et avis de la Reyne, entreprirent un jour de le fouetter, et le dépouillèrent tout nud; et estant prestes à donner le coup, il les pria qu'au moins celle <|ui estoit la plus grande putain de toutes commen* çasl la première : chacune, de honte, n'osa commencer ; et par" ainsi il évita le fouet. J'en ay veu l'histoire représentée dans une vieille tapisserie des vieux meubles du Louvre. J*aimerois autant un prescheur qui^ preschant un. jour en bonne compagnie, ainsi quMl reprenoit les mœurs d'aucunes femmes^ et leurs marys qui enduroient estre cocus d'elles, il se mit à crier : « Oui, je les » connois^ je les vois, et m*en vais jetter ces deux pierres à la teste B des deux plus grands cocus de la compagnie ; » et^ faisant sem-i

(1) MchuD on Meno.

12$ VIES DES DAMfiS GALANTES.

biant de les jetter, il n'y eut homme du sermon qui ne baissast la teste, ou mist son mant^u, ou sa cape, ou son bras au-^- Yant, pour se garder du coup. Mais luy, les retenant^ leur dit : «c Ne vous dis-je pas ? ]e pensois qu'il n'y eust que deux ou trois y cocus en mon s^mon ; «lais, à ce que je voy, il n'y en a pai » un qui ne le soit. » Or, quoy que disent ces fols, il y a de fort sages et honnestes f^^nmes^ ausqueUes s'jl falloit livrer bataiUe Ji leurs dissemblables, «lies l'^emporteroient, non pour le nombre, fpais par la vertu, qui combat çt abat son contraire aisément. Et si ledit maistre Jean de Mun blasme celles qui sont .4e ^lonté putes> je trouve qu'il les faut plustost louer et exalter jusqu'au ciel, d'autant que â elles bruslënt.si ardemment dans le corps et dans Tame, et, ne venant point aux effets, font parestre leur vertu, leur constance et la générosité de leur cœur, aymant plustost brusler et se consumer dans leurs propres feux et flammes, comme un phénix rare, que de forfaire ni souiller leur honneur, et comme la blanche hermine, qui aime mieux mourir que de se souiller ( devise d'une très-grande dame que j'ay cogneue, mais mal d'elle pratiquée pourtant ) , puisqu'estant en leur puissance d'y pouvoir remédier, se commandent si généreusement, et puisqu'il n'y a plus belle vertu ny victoire que de se commander et vaincre soy^mesme. Nous en avons une histoire très-belle dans les Cent Nouvelles de la Reyne de Navarre^ de cette honneste dame de Pampelune, qui, estant dans son ame et de volonté pute, et bruslant de l'amour de M. d'Avanes, si beau prince, elle ayma mieux mourir dans son feu que de chercher son remède, ainsi qu'elle luy sceut bien dire en ses derniers propos de sa mort. Cette honneste et belle dame se donnoit bien la mort très-iniquement et injustement; et, comme j'ouys dire sur ce passage à un honneste homme et honneste . dame , cela ne fut point sans offenser Dieu, puisqu'elle se pouvoit délivrer de la mort; et se la pourchasser et avancer ainsi» cela s'appelle proprement se tuer soy-mesme ; ainsi plusieurs de ses pareilles qui> par ces grandes continences et abstinences de ce plaisir, se procurent la mort, et pour l'ame et pour le corps. — Je tiens d'un très-grand médecin ( et pense qu'il en a donné telle leçon et instruction à plusieurs honnestes dames ] que les corps humains ne se peuvent jamais guieres bien porter, si tous leurs membres et parties, depuis les plus grandes jusqu'aux plus petites, ne font ensemblement leurs exercices et fouctions, que

la ttge nature leur a ordonné pour leur santé, et n'en fassent ne eommune accordance, comme d'un concert de musique, n'estant raison qu'aucunes desdites parties et membres travaillent, «t les autres chaument. Ainsi qu'en une république il faut fie tous officiers, artisans, manouvriers et autres, fassent leur l)es(^«ne unanimement, sans se reposer ny se remettre les uns flv les autres, si l'on veut qu'elle aille bien, et que son corps deflBenre sain et entier : de mesnie est le corps humain. Telles kies dames, putes dans Tame et chastes du corps, méritent d'élesnelles louanges; mais non pas celles qui sont froides comme marbre, lasches et immobiles plus qu'un rocher, et ne tiennent de la chak, n'ayant aucuns sentiments ( il n'y en i aguieres pourtant ), qui ne sont point ny belles ny recherchées, et, comme dit le poète,

. > ( • cfitta SIMM» n$fno roguoit ,

dttste €pii n'a jamais été priée. Sur quoy je cognois une grande éame qui disoit à aucunes de ses compagnes qui estoient belles : «Dieu m'a fait une grande grâce de quoy il ne m'a fait belle » comme vous antres, mesdames ; car aussi bien que vous j'eusse » fait l'amour, et fusse esté pute comme vous, d A cause de quoy peut-en leiier ces belles ainsi chastes, puisqu'elles sont de telle nature. Bien souvent aussi sommes-nous trompez en telles dames; car aucunes y en a <}u'à les voir mesme mineuses, piteuses, marnûteuses, froides, discrètes, serrées, et modestes en leurs paroles, et en leurs habits réfonooez, qu'on les prendroit pour des saintes et Ifès-prudes femmes, qui sont au dedans et par volonté, et au debo^ par bons effets, bonnes putains. D'autres en voyons-nous qui, par leur gentillesse et leurs paroles foUastres, leurs gestes gays et leurs habits mondains et affectés, on les prendroit pour fort débauchées, e( prestes pour s'adonner aussi-tost: mais pourtant de leurs corps sont fort femmes de bien devant le monde : en eacâiette, il s'en faut rapporter à la vérité aussi cachée. J'en allégiienns forée exemples que j'ai veus et sceus ; mais je me conte nteray d'alléguer cettuy^ci, que Tite-Live allègue et Bocace encore DÔeux, d'une g^tille dame romaine nommée Glaudie Quintiene, hqaéÔe, paroissantdans Rome par «dessus toutes les autres en ses hÀkis pompeux et peu modestes, et en ses façons gayes et libres,

DiondaiDe plus qu'il ne le falloit, acquit très-mauvais bruit toucbaat son houneur ; mais, le jour venu de la réception de la déesse Cybelle, elle Testeignit du tout ; car elle eut l'honneur et la gloire, pardessus toutes les autres, de la recevoir hors <lu bateau, la toucher et la transporter à la ville; dont tout le monde en demeura estonné ; car il avoit esté dit que le plus homme de bien et la plus femme de bien estoient dignes de cette charge. Voilà comme le inonde est fort trompé en plusieurs de nos dames. L'on doit premièrement fort les cognoistre et examiner avant que de les juger, tant d'une que de l'autre sorte.

Si faut -il, avant que fermer ce pas, que je die une autre belle vertu et propriété que porte le cocuage, que je tien*^ d'une fort honneste et belle dame de bonne part, au cabinet de laquelle estant un jour entré, je la trouvay sur le point qu'elle venoit d'achever d'escrire un conte de sa propre main, qu'elle me moostra fort librement, car j'estois de ses bons amis, et ne se cachoit point de moy : elle estoit fort spirituelle et bien disante, et fort bien duite à Famour ; et le commencement du conte estoit tel: » Il semble, dit-elle, qu'entr'autres belles propriétez que le 1» cocuage peut apporter, c'est ce beau et bon sujet par lequel on » peut bien connoistre combien gentiment l'esprit s'exerce pour » le plaisir et contentement de la nature humaine, d'autant que )» c'est luy qui veille, et qui invente et façonne l'artifice néces- » saire à y pourvoir sans que la nature y fournisse que le désir et 1» l'appétit sensuel, comme l'on peut cacher par tant de ruses et » astuces qui se pratiquent au mestier de l'amour, qui est cduy » qui imprime les cornes ; car il faut tromper un mary jaloux, » soupçonneux et colère ; il faut tromper et voiler les yeux des » plus prompts à recevoir du mal, et pervertir les plus curieux € de la connoissance de la vérité ; faire croire de la fidélité là I» où il n'y a que toute déception ; plus de franchise là où il n'y » a que dissimulation et crainte, et plus de crainte là où il n'y » a plus de licence : bref, par toutes ces difficuUez, et pour » venir dessus ces discours, ce ne sont pas actes à quoy la vertu » naturelle puisse parvenir ; il en faut donner l'advantage à l'es- » prit, lequel fournit le plaisir et bastit plus de cornes que le » corps qui les plante et cheville. » Voilà les propres mots du discours de cette dame, sans les changer aucunement, qu'elle fait au commencement de son conte, qui se faisoit d'elle-mesme ; mais elle l'adombroit par d'autres noms * et puis, poursuivant

les anKmrs de la dame et du seigneur avec qui elle avoit à faire, et pour venir là et à la perfection, elle allègue que l'apparence de Tamour n'est qu'une apparence de consentei^ent. Il est du Umt sans forme jusqu'à son entière jouissance et possession, et Inen souvent Ton croit qu'elle soit venue à cette extrémité, que Yon est bien loin de son compte, et, pour récompense, il ne reste rien que le temps perdu, duquel l'on porte un extrême re gret ( il faut bien peser et noter ces dernières paroles, car elles portent coup, et de quoy à blasonner}. Pourtant il n'y a que la jouissance en amour et pour l'homme et pour la femme, pour ne regretter rien du temps passé. Et pour cette honneste dame, qui escrivoit ce conte, donna un rendez-vous à son serviteur dans un bois, où souvent s'alloit pourmener en une fort belle allée, à l'entrée de laquelle elle laissa ses femmes, et le va trouver sous un beau et large chesne ombrageux; car c'estoit en esté! « Là où, i dit la dame en son conte par ces propres mots, il ne faut point » douter la vie qu'ils démenèrent pour un peu, et le bel autel » qu'ils dressèrent au pauvre mary au temple de Gératon , bien > qu'ils ne fussent en Delos, qui estoit fait tout de cornes : pensez • que quelque bon compagnon l'avoit fondé. » Voilà comment cette dame se moquoit de son mary , aussi bien en ses escrits comme en ses délices et effects : et qu'on note tous ses mots, ils portent de l'efficace, estans prononcés mesmes et escrits d'une si babile et honneste femme.

Le conte en est très-beau, que j'eusse volontiers ici mis et inséré; mais il est trop long, car les pourparlers, avant que de . Tenir là, sont fort beaux et longs aussi, reprochant à son serviteur, qui la loiioit extrêmement, qu'il y avoit en luy plus d'œuvre de naturelle et nouvelle passion qu'aucun bien qui fust en die, bien qu'elle fust des belles et honnestes; et, pour vaincre cette [opinion, il fallut au serviteur faire de grandes preuves de son amour, qui sont fort bien spécifiées en ce conte : et puis estant d'accord, l'on y voit des ruses, des finesses et tromperies d'amour en toutes sortes, et contre le mary et contre le monde, qui sont certes fort belles et très-fines. Je priay cette honneste dame de me donner le double de ce conte ; ce qu'elle fist très-volontiers, et ne voolust qu'autre le dôublast qu'elle, de peur de surprise. Cette dame avoit raison de donner cette vertu et propriété au cocuage ; car avant que se mettre à l'amour, elle estoit fort peu habile ; mais Payant traité, elle devint l'une des spirituelles et habiles femmes de

France, tant pour ce sujet que pour d'autres* Et de 6ât> ce n'eâi pas la seule que j'ay veue qui s'est habilitée pour ww trâilè l'amour, car j'en ay veu une infinité très-sottes et mal-babiles àleor commencement ; mais elles n'avoient demeuré u& an à l'académie de^ Cupidon et Vénus madame sa mère, qu'elles en sortoient très^Hk* biles et très-honnestes femmes en tout ; et quant à moy je n'ay ^wt jamab putain qui ne fust très-habile et qui ne levast la paôUe.

-* ^ feray-je encor cette question ^ en cpieHe saiso» de Fan*' née se fait plus de cocus, et laquelle est plus propre à l'aflaour, et à esbranler une fille , une femme ou une veuve? CenaÂ^ nement la plus commune voix est qu'il n'y a pour cela <|ii« I» printemps, qui esveille les corps et les esprits endormis de l'iiyver fascheux et mélancolique; et puisque tous les oiseavx et animaux s'en réjouissent et entrent tous en amoiHSy les personBev qui ont autres sens et sentiment s'en ressentenl bie» davantage^ et surtout les femmes (selon l'opinion de [toieur» philosoplM» et médecins), qui entrent lors en plus grande ard^ir et ameot qu'en tout autre temps, ainsi que je l'ay ouy dire à a»cufies honnestes et belles dames, et mesmes k une grande q» ne failloil jamais, le printemps venu, en estre plus touchée et picqoéa' qu'en autre saison ; et disoit qu'elle sentoit la pointe de l'heribr et hannissoît après comme les juments et chevaux, et qu'iifed**^ loit qu'elle en tastast, autrement elle s'amaigriroit ; ce qi^eUefaisoit, je vous en asseure, et devenoit lors plus lubrique. Ajêsbî, trois ou quatre amours nouvelles que je luy ay veu faire ea sa* vie, elle les a faites au printemps, et non sans cause ; car de loo» les mois de l'an, avril et may sont les plus consacrei et dédiés à Vénus, où lors les belles dames s'accommencent , plus que de» vaut, à s'accommoder, dorloter, et se parer gentiment, se eoidef follastrement, se vestir légèrement ; qu'on dirait que tous ces nouveaux changements, et d'habits et de façons , tendent tous à la lubricité , et à peupler la terre de cocus, marchant dessin, aussi bien que le ciel et l'air en produisent de volants en avril et en may. De plus, ne pensez pas que les belles femmes , fîUes o» veuves, quand elles voient de toutes parts en leurs pourmenadet de leurs bois, de leurs forests, garennes, parcs, prairies, jardins, bocages et autres lieux récréatifs, les animaux et les oiseaux s'entrefaire l'amour et lascivement paîllarder, n'en ressentent d'estranges piqueures en leur chair, et n'y veulent soudain rap-» porter leurs remèdes; et c'est l'une des persuasives remon-

slAnoes qo^aucniis amants et aucunes amantes s'eutrefont^ fl^trevoyants sans chaleurs , ny ffomme, ny amour, en leur remoDstrant les animaux et oyseaux, tant des champs que des naisons, comme les passereaux et pigeons domestiques et lascifs» et ee foire cpke paillarder, germer, engendrer, et fotssonner jusga'attx arbres et plantes; et c'est ce que sceut dire un jour une geote dame espagnole à un cavaHer froid ou trop respectueux •* Se, gentil cavallerOf mira eomo los amores de todas suertes se Iraton y trionfan en este terano, y F". S. queda ftaco y a6atrido ! C'est-à-dire : «Voici (l), gentil cavalier, comme sor-

• tes d'amours se roennent et triomphent en cette prime ; et tous

• demeurez fiae et abattu. » Ee printemps passé fait place à Testé , qui vimi après et porte avec soy ses chaleurs : et ainsi qi^une chaleur amène l'autre, la dame par conséquent double la sienne; et nui rafraîschissement ne la luy peut ester si bien qu'un bâfl chaud et trouble de sperme vénériq : ce n'est pas contraire psff son contraire et guérir, ains semblable par son semblable; car, bien que tous les jours elle se baignast , se plongeast dans la plus daôre et firaische fontaine de tout un pays, cela n'y sert, ny quelqves l^rs babiUements qu'elle puisse porter pour s'en donner fraischeur, et qu'elle les retrousse tant qu'elle voudra, jusques à lakser les ealessons, ou mettre le vertugadin dessus eux, sans les mettre sur le' cotillon, comme plusieurs le font; et là c'est le pis, car, en tel estât, eMes s'arregardent, se ravissent, se contemplent à la belle clarté du soleil, que , se voyant ainsi belles, blanches, c»llées, poupines et en bon point, entrent soudain en rut et tentation ; et, sur ce, h\A aller au masle ou de tout brusler tontes vifes, dont on en a ven fort peu ; aussi seroient-elles bien sottes : et si elles sont couchées dans leurs beaux lits ne pouvants endurer ny couvertes, ny linceux , se mettent en leurs chemises retroussées à demy nues, et le matin , le soleil levant donnant sur elles, et venants à se regarder encore mieux à leur aise de tous costez et toutes parts, souhaitent leurs amys, et les attendent : que si par cas ils arrivent sur ce point , sont aussitost les bien venus, pris et embrassés ; « car lors, disent-elles, c'est la meilleure embrassade et joiiissance d'aucune heure du jour; d'autant, disoit un jour une grande, que le c est bien contit, à cause du doux chaud et feu de la nuict, qui Ta ainsi cuit et confit, et qu'il eu est bea^i-

(I) TOJM.

coup meilleur et savoureux. » L'on dit pourtant par wa proverbe ancien : Juin etjuillef, la bouche mouillée et le v.. sec ; encor met-on le mois d'aoust : cela s'entend pour les hommes, qui sont en danger quand ils s'échauffent par trop en ces temps; et mesme quand la chaude canicule domine, à quoy ils y doivent adviser; mais s'ils se veulent brusier à leur chandelle, à leur dam. Les femmes ne courent jamais ceste fortune, car tous mois, toutes saisons, tous temps, tous signes leur sont bons. Or les bons fruits de l'esté surviennent , qui semblent devoir rafraischir ces honnestes et chaleureuses dames. A aucunes j'en ay veu manger peu, et à d'autres prou. Mais pourtant on ny a guieres veû de changement de leur chaleur ny aux unes ny aux autres, pour s'en abstenir ny pour en manger; car le pis est que, s'il y a aucuns fruits qui puissent rafraischir, il y a bien force autres qui reschauffent bien autant, auxquels les dames courent le plus souvent, comme à plusieurs simples qui sont en leur vertu et bons et plaisants à manger en leurs potages et salades, et comme aux asperges, aux artichaux, aux truffles, aux morilles, aux mousserons et potirons , et aux viandes nouvelles , que leurs cuisiniers , par leurs ordonnances , sçavent très-bien accoustrer et accoustumer à la friandise et lubricité , et que les médecins aussi leur sçavent bien ordonner. Que si quelqu'un bien expert et gallant entreprenoit à desduire ce passage, il s'en acquitteroit bien mieux que moy. Au partir de ces bons mangers, donnez-vous garde, pauvres amants et marys. Que si vous n'estes bien préparez, vous voilà déshonorez, et bien souvent on vous quitte pour aller au change. Ce n'est pas tout ; car il faut avec ces fruits nouveaux, et fruits des jardins et des champs, y adjouter de bons grands pastez que l'on a inventez depuis quelques temps, avec force pistaches, pignons, et autres drogues d'apoticaires scaldives, mais sur-tout des crestes et

c de cocq. que l'esté produit et donne plus en abondance

. que l'hyver et autres saisons; et se fait aussi plus grand massacre en général de ces jolets et petits cocqs qu'en hyver des grands cocqs, n'estant si bons et si propres que les petits, qui sont chauds ardents et plus gaillards que les autres. Voila un entr-autres, des bons plaisirs et coramoditez que l'esté rapporte pour Tamour. Et de ces pastez ainsi composez de menusailles de ces petits cocqs et culs d'artichaux et truffles , ou autres friandises chaudes en usent souvent quelques dames que j*ai ouy dire; lesquelles, quard elles en mangent et y peschent, mettant la main dedans ou avec

les fourchettes, et en rapportant et en remettant en '. a bouche ou Tartichault, ou la trufHe, ou la pistache, ou là creste de cocq, ou autre morceau, elles disent avec une tristesse morne : Blanque; et

quand elles rencontrent les gentils c de cocq, et les mettent

sous la dent, elles disent d'une allégresse : Béné/ice ; ainsi qu'on Eût à la blanque en Italie, et comme si elles avaient rencontré et gagné quelque joyau très-précieux et riche. Elles en ont cette obligation à messieurs les petits cocqs et jolets, que l'esté produit avec la moitié de l'automne pourtant, que j'entremesle avec l'esté, qui nous donne force autres fruits et petits volatiles qui sont cent fois plus chaudes que celles de l'hyver et de l'autre moitié de l'automne prochaine et voisine de l'hyver, qui, bien qu'on les puisse et doive joindre ensemble , si n'y peut-on si bien re* cueillir tous ces bons simples en leur vigueur, ny autre chose comme en la saison chaude, encore l'hyver s'efforce de produire ee qu'il peut, comme les bonnes cardes qui engendrent bien de la bonne chaleur et de la concupiscence, soit qu'elles soient cuittes ou crues, jusques aux petits chardons chauds, dont les asnes vivent et en baudoûinent mieux, que l'esté rend durs, et l'hyver les rend tendres et délicats, dont l'on en fait de fort bonnes salades nouvellement inventées. Et outre tout cela, on fait tant d'autres recherches de bonnes drogues chez les apoticaires, drogueurs et parfumeurs, que rien n'y est oublié, soit pour ces pastez, soit pour les bouillons : et ne trouve-t-on à dire guieres de la chaleur en l'hyver par ce moyen et entretenement tant qu'elles peuvent; c car, disent-elles, puisque nous sommes curieuses de tenir

• chaud l'extérieur de nostre corps par des habits pesants et

• bonnes fourrures, pourquoy n'en ferons-nous de mesme à l'in- 9 térieur? » Les hommes disent aussi : « Et de quoy leur sert-il w d'adjouster chaleur sur chaleur, comme soye sur soye, contre » la Pragmatique, et que d'elles-mesmes elles sont assez cha- » leureuses, et qu'à toute heure qu'on les veut assaillir elles » sont tousjours prestes de leur naturel, sans y apporter aucun » artifice? Qu'y feriez-vous? Possible qu'elles craignent que leur » sang chaud et bouillant se perde et se resserre dans les » veines et devienne froid et glacé si on ne l'entretient, ny plus » ny moins que celuy d'un hermite qui ne vit que de racines. »

Or laissons-les faire t cela est bon pour les bons compagnons ; car, elles estant en si fréquente ardeur, le moindre assaut d'amour qu'on leur donne, les voilà prises, et messieurs les pauvres

marys cocus et cornus comme satytes. Encor fimt-elles nieux, les honnestes dames: elles foui qvelqnesfiMs part de leurs hma pastez, bouillons et potages à leurs amants par miséricorde, afi» d'estre plus braves et n'estre auenuez par trop quand ee vient à la besogne» et pour s'en ressentir mieux et prévabir pkis aboi^ damment et leur en donnent aussi des reeeptes pour mi faim faire en leur cuisine à part: dont aucuns y sont bien trompez, ainâ que j'ay ouy parler d'un galant gentilhomme, qm, ayant ainsi pris son bouillon, et venant tout gaîUard aèordar sd maîtresse, la menaça qu'il la meneroit beau et qu'il avott pris son bouillon, et mangé son pasté. Elle lui respondit: € Vous ne me » ferez que la raison ; encore ne sçay-je : » et s'estant embrassez et investis, ces friandises ne luy servirent qve pour deui opérations de deia coups seulement» Sur qiiey die luy dit ou que son cuisinier l'avoit mal servy ou y avoit esps^gné des drogues et compositions qu'il y falloit, ou qu'il n'avoit pas pris tous ses préparatifs peur la grande médecine, ou que son corps pour lors estoit mal disposé pour la prendre et û rendre : et ainsy elle se moqua de luy. Tous simples! pourtant, toutes drogues, toutes viandes et médecines, ne sont propres à tous ; aux uns elles opèrent, aux autres blanque, encore ay-je veu des femmes qui,'' mangeant ces viandes chaudes et qu'on leur en ^soit la guerre que par ce moyen il pourroit avoir du délMurdement ou de l'extraordinaire qu avec le mary ou l'amant, ou avee quelque pollution nocturne, elles disoient, juroient et affirmoient que, pour tel manger, la tentation ne leur en survenoit en aucune manière ; et Dieu sait il falloit qu'elles fissent ainsi des rusées. Or les dames qui tiennent le party de l'hiver disent que, pour les bouillons et mangers chauds, elles en sçavent assez de reeeptes d'eu faire d'aussi bons l'hyver qu'aux autres saisons: elles en font assez d'expérience, et pour iàire l'amour le disent aussi très-propre ; car, tout ainsi que l'hyver est sombre, ténébreux, quiète, coy, retiré de compagnies et caché, ainsi faut que soit l'amour et qu'il soit fait en cachette, en lieu retiré et obseitf , soit en un cabinet à part, ou en un coin de cheminée près d'un bon feu qui engendre bien, s'y tenant de près et long-temps autant de chaleur vénéricque que le soleil d'esté. Comme aussi fait-il bon en la ruelle d'un lit sombre, que les yeux des autres personnes, cependant qu'elles sont près du feu à se chauffer, pénétrent fort mal-aisément, ou assises sur des coffires et lits à

Tescart faisant aussi Famour, ou les voyant se tenir près les unes des autres, et pensant que ce soit à cause du froid, et se tenir plus chaudement ; cependant font de bonnes choses, les flambeaux à part bien loin reculez, ou sur la table, ou sur je buffet. De plus, t[ui est meilleur quand Ton est dans le lit? c'est tous les plaisirs du monde aux amants et amantes de s'entr'embrasser, de s'ea* treserrer et se baiser, s'entre-trousser Tun sur l'autre de peui de froid, non pour un peu» mais pour un long temps, et s'entreescfaautfer doucement, sans se sentir nullement du chaud démesuré que produit l'esté, et d'une sueur extrême, qui incommode grandement le déduit de l'amour ; car, au lieu de s'entretenir au large et fort à l'escart : et qui est le meilleur, disent les dames, par l'advis des médecins, les hommes sont .plus propres, ardants et déduits à cela l'hyver qu'en l'esté.

— J'ay cogneu d'autres fois une très-grande princesse, qui avoit un très-grand esprit et parlmt et escrivoit des mieux. Ûh se mit un jour à faire des stances à la louange et faveur de l'hyver, et sa propriété pour l'amour. Pensez qu'elle l'avoit trouvé pour elle très-favorable et traitable en cela. Elles estoient trèsbien faites, et les ay tenues long-temps en mon cabinet, et voudrois avoir donné beaucoup et les tenir pour les insérer ici ; l'on y verroit et remarqueroit-on les grandes vertus de l'hyver, -propriétés et siugularitez pour l'amour.

— J'ay cogueu une très-grande dame et des belles du monde, laquelle, veufve de frais, faisant semblant ne vouloir >. pour son nouvel habit et estât, aller les après-soupers voir la Cour, ni le bal, ni le coucher de la Reine, et n'estre estimée trop mondaine, ne bougeoit de la chambre, laissoit aller ou renvoyoit un chacun ou une chacune à la danse, et son fils et tout, se reliroit en une ruelle ; et là son amant, d'autres fois bien traité, aymé et favorisé d'elle estant en mariage, arrivoit, ou bien, ayant soupe avec elle, ne bougeoit, donnant le bonsoir à un sien beau-frère, qui estoit de grand garde, et là traitoit et renouvelloit ses amours anciennnes, et en pratiqùoit de nouvelles pour secondes noces, qui furent accomplies en l'esté après. Ainsi que j'ay considéré depuis toutes ces circonstances, je croy que les autres saisons ne fussent esté si propres pour cet hyver, et comme je l'ay ouy dire à une de ses dariolettés. Or, pour faire fin, je dis et affirme que toutes saisons sont propres pour l'amour, quand elles sont prises à propos, et selon les caprices des hommes et des femmes

qui les surprennent : car, tout ainsi que la guerre de Mars se fait en toutes saisons et tout temps, et qu'il donne ses victoires comme il luy plait et comme aussi il trouve ses gens d'armes bien appareillés et encouragés de donner leur bataille, Vénus en Gpt de mesmes, selon qu'elle trouve ses troupes d'amants et d'ama ntes bien disposées au combat : et les saisons n'y font guères rien, nyleur acception ny élection n'y a pas grand lieu; non plus ne servent guères leurs simples, ny leur fruits, ny leurs drogues, ny drogueurs, ny quelque artifice que fassent ny les unes ny les autres, soit pour augmenter leur chaleur, soit pour la rafraischir. Car, pour le dernier exemple, je connois une grande dame à qui sa mère, dez son petit âge, la voyant d'un sang chaud et bouillant qui la menoit un jour tout droit au chemin du bourdeaur luy fit user par l'espace de trente ans, ordinairement en tous ses repas, du jus de vinette, qu'on appelle en France ozeille, fust en ses viandes, fust en ses potages et avec bouillons, fust poor en boire de grandes escûelles à oreilles, sans autres choses entremeslées ; bref, toutes ses sausses estoient jus de vinette. Elle eut beau faire tous ces mystères réfrigératifs, qu'enfin c'a esté nne très-grandissime et illustrissime putain , et qui n'avoit point besoin de ces pastés que j'ay dit pour luy donner de la chaleur, car elle en a assez ; et si pourtant elle est aussi goulue à les manger que toute autre. Or je fais fin, bien que j'en eusse dit davantage et eusse rapporté davantage de raisons et exemples ; mais il ne faut pas tant s'amuser à ronger un mesme os ; et aussi que je donne la plume à un autre meilleur . discoureur que moi, qui sçaura soustenir le party des unes et des autres raisons : me rapportant à un souhait et désir que fairoit une fois une honneste dame espagnole, qui souhaitoit et désiroit de devenir hyver, quand sa saison seroit, et son ami un feu, afin, quand elle viendroit s'eschautTer à luy par le grand froid qu'elle auroit, qu'il eust ce plaisir de la chauffer, et elle de prendre sa chaleur quand elle s'y chaufferoit, et de plus se présenter et se faire voir à luy souvent et à son aise, et se chauffant retroussée, escarquiUée, et eslargie de cuisses et de jambes, pour participer à la vue de ses beaux membres cachés sous son Hnge et habUlements d'auparavant; aussi pour la reschauffer encore mieux et luy entretenir son autre feu du dedans et sa chaleur paillarde. Puis désiroit venir printemps, et son amy uo jardin tout en fleurs, desquelles elle s'en ornast sa teste, sa belle

DISCOURS I. i;i7

gorge, son beau sem, voire s'y veautrant parmy elles son beau corps tout nud entre les draps. De mesmes après desiroit devenir esté, et par conséquent son amy une claire fontaine ou reluisant ruisseau, pour la recevoir en ses belles et fraiscbes eaux quand elle iroit s'y baigner et esgayer, et bien à plein se faire voir à luy, toucher, retoucher et manier tous ses membres beaux et lascifs. Et puis, pour la fin, desiroit pour son automne reourner en sa première forme et devenir femme et son mary lomme, pour puis après tous deux avoir l'esprit le sens et la raison à contempler et remémorer tout le contentement passé, et vivre en ces belles imaginations et contemplations passées, et pour sçavoir et discourir enlr'eux quelle saison leur avoit esté plus propre et délicieuse. Voilà comment ceste honneste dame départoit et compassoit les saisons ; en quoy je me remets au jugement des mieux discourants, quelle des quatre en ces for* mes pouvoit estre à l'un et à l'autre plus douce et plus agréable. — Maintenant à bon escient je me départs de ce discours. Qui en voudra sçavoir davantage et des diverses humeurs des co* eus, qu'il fasse une recherche d'une vieille chanson qui fut faite à la Cour, il y a quinze ou seize ans, des cocus, dont le refrain est

Un cocu même l'autre, et toujours lont en peine, Un cocu l'autre neiue.

Je prie toutes les honneites dames qui liront dans ce chapitre aucuns contes, si par cas elles y passent dessus, me pardonner s'ils sont un peu gras en saupiquets, d'autant que je ne les eusse sceu plus modestement déguiser, veu la sauce qu'il leur faut; et diray bien plus, que j'en eusse allégué d'autres encore bien plus saugreneux et meilleurs, n'estoit que, ne les pouvant ombrager bien d'une belle modestie, j'eusse eu crainte d'offenser les hounestes dames qui prendront cette peine et me feront cet honneur de lire mes livres; et si vous diray de plus, que ces contes que j'ay faits icy ne sont point contes menus de villes ny villages, mais viennent de bons et hauts lieux ; et si ce sont de viles et basses personnes, ne m'estant voulu mesler que de coucher les grands et hauts subjets, encore que j'aye le dire bas ; et, en ne nommant rien, je ne pense pas scandaliser rien auiifii*

m VIES DES DAMES GALANTES.

Femmci, qui transformei yrm maryi en oiManx, Ne TOUS en iMseï poiat, t« forme en est irès^beile: Car si vous les Uissex en leurs premières pt>eux , Ils ToudroDt vous teoir toujours ea curatelle, Et comme h mme Toudront user «Je leur puiisance; Au lieu qu'eslaots oiseaux ne tous feront d'offeno.

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