‹ Vies des grand capitaines français du moyen âge (volume 2)Chapitre 1 sur 54 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Pour bien comprendre les*inotifs qui ont engagé l'auteur des Grands capitaines français du moyen âge à ne commencer son ouvrage que par les généraux qui vivaient dans le douzième siècle, et à le terminer par*ceux du quinzième, il est nécessaire de jeter un coup d'œil sur Tensemble du moyen âge, et de considérer le rôle que jouèrent les guerriers français aux diverses époques de cette période.

Clovis fonda un grand Etat , grâce à cette valeur indomptable qui sait briser tous les obsta-

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des ; mais il fallut longtemps à ses successeurs pour prendre racine sur la terre envahie paf les Francs. L'époux de Clotildç , devenu chrétien, obtint des succès extraordinaires par le concours de la religion : ce fut elle qui prépâm d tbord et qui cimenta dans la àtlite Tuniôn des conquérants et des populations subjuguées, en donnant aux premiers cette modération qui tempère l'action du glaive, et aux seconds la résignation qui convient au malheur. La tradition d'une com- . muneoriginecontribuaitencoreà les rapprocher ; .car les Francs se rappelaient qu'ils descendaient de ces Gaulois qui, six cents ans auparavant, passèrent en Germanie avec Sigovèse. Dans moins d'un siècle , une fusion générale parut s'opérer. Cette union fut salutaire aux uns comme aux autres, car elle les rendit capables de repousser les attaques des peuples étrangers. Abdérame, ayant franchi les Pyrénéel», passa la Loire ; Charles Martel courut à sa rencontre, le battit, et ^uva la Gaule. La défaite d'Abdérame fut un événement majeur : si le chef maure eût triomphé, la moitié de l'Europe {>assait sous le joug; caractère 9 moeurs, religion, tout changeait ; que n'eussent point fait les Arabes, si on ne les eût }K>int repousses , puisque , rejetés au delà des Pyrénées, ils s'y maintinrent sept cents ans après la bataille de Tours.

^oute secousse réagit ; c'est le propre de celles

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de la politique de donner un nouvel essor à Tesprit humain : la société fit un grand pas à l'arrivée des Carlovingiens. Pépin et Gharlemagne entourèrent de considération les ministres des aut^s; ils en firent des auxiliaires qui contribuer rent merveilleusement à fléchir le caractère farouche des soldats, qui rapportaient tout à leur épée. Le règne des*lois vint rassurer l'état social, l'agriculture fut en vigueur; les arts, les profes-^ sions utiles 9 l'instruction publique, augmenta rent la prospérité de la nation; le guerrier, de^ venu l'homme de la patrie, réserva son courage pour la défense des foyers domestiques , et tan-^ dis que le reste de l'Europe vivait encore au milieu des ténèbres de la barbarie , la Gaule offrait avec orgueil à l'admiration du monde les Roland, les Renaud , les Ogier.

Ainsi le génie de Gharlemagne imprimait à cette époque le sceau de la grandeur ; mais les habitants des pays rangés sous «son sceptre eu- ' rent à regretter que ce monarque n'attachât pas assez de prix à la modération : le soin de sa renommée l'occupa davantage que la félicité des peuples ; ceci explique la persistance de ces guerres acharnées dont le résultat fut , après sa mort, d'attirer sur la Gaule des multitudes d'ennemis. Lea bairbares du Nord , se sentant affeanchis du poids de cette main, s'empressèrent de fondra sur le royaume. Gonnus sous le nom générique

IV INTRODUCTIOÎT.

tX hommes du Nord (Nordmann), ils portèrent la désolation depuis la Somme jusqu*à l'Adour; les gouverneurs des provinces' défendirent partiellement le territoire, mais sans unité d'action ; leurs efforts séparés ne purent empêcher les Normands de s'établir solidement en Neustrie. Rollon se fît chrétien, et son mariage avec Gisèle, fille de Charles le Simple, dut paraître le gage d'une paix durable. Vain espoir! les gouverneurs des provinces , accoutumés depuis longtemps à agir isolément, finirent par s'ériger en chefs indépendants , ne voulant reconnaître que d'une manière illusoire la suprématie de la couronne ; c'est ainsi que le régime féodal s'institua de lui-même : il dégénéra bientôt en une sorte de fédération qui n'aboutit qu'à des hostilités perpétuelles en- * tre les'feudataires. Le roi se trouva dès le début dans l'impuissance de les soumettre à son autorité; en vain l'Eglise essaya-t-elle de calmer cette fureur belliqueuse; elle ne put obtenir que deux jours de trêve dans la semaine. L'État se déchira de ses propres mains, et la seconde race, laissant le royaume sans vigueur, sans ressource, semblait l'offrir en proie aux étrangers, quand Louis V mourut en 987, sans laisser de postérité. La couronne appartenait, par droit deprimogéniture, à Charles, duc de Lorraine, oncle <lu dernier roi ; mais ce prince , qui n'avait pu croire H l'extinction successive des deux prem ièr es bran-

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ches de la lignée royale , s'était mis depuis vingtcinq ans au service de Tempereur d'Allemagne : cette conduite avait soulevé contre lui la haine des Français, qui montraient à Tégard desTudesques un éloignement invincible. Néanftioins un fort parti se déclara encore en sa faveur : Charles de Lorraine eut triomphé de tous les obstacles, s'il n avait mis une mollesse inconcevable à défendre ses droits contre Hugues Capet, élu roi par une partie des provinces , en considération d'éminents services. Charles, tombé au pouvoir de son heureux rival, termina sa vie dans les fers, laissant deux jeunes fils, qui, transportés en Germanie, moururent d^ns Tisolement : la défaite et le trépas de leur père avaient tranché la question en faveur d'Hugues Capet. Ce dernier montait au trône dans des circonstances très-difficiles : il avait aidé lui-même les grands feudataires à dépouiller les Carlovingiens d'une portion de leur puissance ; il s'agissait donc pour lui de détruire son propre ouvrage , de rétablir la monarchie sur ses véritables bases , et de mettre eur fin un terme à ces 'querelles intestines, que le caractère martial de la nation contribuait à entretenir. La féodalité ne paraissait pas disposée k se laisser désarmer; Hugues Capet tourna ce génie guerrier vers un but utile , en appelant à son aide la chevalerie* Cette institution admirable, à laquelle l'antiquité ne peut rien comparer,

Tl inTRODfJCTION.

prépara les voie» pour atteindre un régime plus régulier. Née sur le sol gallique, la chevalerie ne parut dans son éclat que sous les Capétiens; c'est elle qui fit éclore cette générosité dont le caractère français tira tout son charme : le siècle qui vit des hommes constamment attachés à la pratique des vertus privées , qui se consacraient à la défense de la religion, de la patrie et des Opprimés; ce siècle, disons*nous, a droit décommander notre admiration et nos respects, bien qu'il n ait brillé ni par les arts ni par les lettres. Pendant que les preux s'illustraient par leurs exploits, les successeurs d'iiugues Capet marchaient en silence vers le bpt que leur avait marqué ce prince illustre; on put prévoir que, gràc# à leurs soins, on ne verrait plus en France qu'un roi et des sujets. Dès que cet ordre de choses fut établi, parurent ces fameux guerriers dont nous avons entrepris d'écrire l'histoire , et qui eurent un double droit à notre reconnaissance, car nos plus chères institutions fleurirent à l'ombre de leurs bras. Ceux qui commencèrent cette lignée de héros furent des leudes puissants dont les ancêtres avaient été les rivaux des rois. Écoutant la voix de la raison , abjurant toutes prétentions ambitieuses , ces barons se réunirent au souverain pour arrêter l'anarchie : ils le firent avec un zèle magnanime, que n'excitait point l'espoir des récompenses. Mathieu de Montmorency s'of-

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fre d'abord à no» regnrds : fixant la Tiotoire à Bouvines par son courage , il détruisit plus tard la ligue formée contre l'enfance de saint Louis, et donna à ce prince les fNremières leçons, de sa^ gesse et de vaillance. Après lui parait Gaucher de Chàtillon , qui vit régner sept rois : devenu l'arbitre de la maison royale sous le règne des trois fils de Philippe le Bel , il fit exécuter la loi salique dans toute sa teneur , et sous sa protec»tion Philippe de Valois monta sur le trône à Tex^ dusion d'Edouard III. Chàtillon vécut quatrsr vingts ans : ses derniers moments furent mcore consacrés à la gloirç; il retrouva dans les champs deCasseirardeurdesabouiUante jeunesse, eteut Fhonneur de la journée. Jacques de Bourbon, moins heureux que lui mais aus$i magnanime, atténua les calamités du règne du roi Jean ; il pétrit à Briguais, les armes à la main, en défendant l'État contre des hordes dévastatrices.

Duguesclin fit succéder des jours de triomphe à des journées de deuil ; grâce à sa bravoure , à ses talents militaires , la France rtdf vint Qusn puissante qu'airtevips de Philippe-Auguste. Le héros mourut au fteiq de la victoire en disant à ses compagnons d'armes : Amis, n'oubliez jo/^ mais que les femmes y les enfants et le pauvre peuple ne sont pas vos ennemis; paroles qui le font mieux connaître que les plus pompeuses louanges. Ce grand homme touchait à peine le

VIII IMTKODUCTION.

seuil de la tombe , que de nouveaux malheurs vinrent fondre sur le royaume : guerre civile , invasion étrangère , absence de tQute autorité , meurtre, trahison, signalèrent cette fatale période. A Taspect de tant de maux, on croit l'honneur français anéanti pour toujours, mais on le retrouve intact au milieu des guerriers : ce ne sont plus les Montmorency, les Châtillon, les Couci , les Sancerre , servant les rois par grandeur d'âme; ce sont des sujets valeureux autant que fidèles , s'attachant à un prince trahi par la fortune , par tous les siens ; ils le servent de leurs bras , de leurs bien§ , sans songer à vendre leurs services. Que l'histoire de leur vie est touchante ! Qui ne serait transporté d'admiration en entendant prononcer les noms de la Hire, de Dpnois, de Xaintrailles, de Richemont, de Tanneguy-Duchâtel ! Dans le même moment oii le courage et la persévérance de ces preux relevaient le royaume des lis , l'empire de Constantinople, dénué de défenseurs, tombait sous les coups de Mahomet II.

Cependant la France , occupée à réparer ses pertes, n'exerçait aucune prépondérance sur le reste de la chrétienté; l'Empire, l'Angleterre, les Espagnes, ne lui laissaient jouer qu'un rôle secondaire : la nation s'en indigna ; une chevalerie ardente demanda à grands cris qu'on ne la laissât point oisive. La Trémouille, Rohan, Cha-

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