INTRODUCTION. IX
bannes, Baudicouit, se précipitent sur les pas de Charles VIII ; ils passent les monts pour défendre les prétentions légitimes que le monarque élevait touchant la possession du royaume de Naples; ils inondent l'Italie, entrent dans Rome en triomphe à la lueur des flambeaux, et vont planter leurs bannières à l'extrémité de la péninsule.
Cependant nos ancêtres demeuraient en arrière des autres nations sous le rapport des sciences. L'Angleterre et l'Allemagne se remplissaient d'érudits; les arts, chassés de Constantiiiople par les Turcs, s'implantaient en Italie : les Médicis les y avaient naturalisés. Les compagnons de Charles VIII sentent leur imagination s'enflammer à la vue des merveilles que Rome, Florence et Padoue voyaient enfanter tous les jours ; ils rentrent dans leurs foyers, et communiquent aux diverses classes leur enthousiasme. Tout change alors en France : mœurs, habitudes, génie , tout y marche d'un pas rapide vers les améliorations; une émulation surprenÉ)|ite s'y fait sentir : la poésie épure la langue ; la musique , iMi charmant les oreilles, ouvre le cœur à d^s sensations plus douces; le bon goût renaît; la politesse, les égards s'établissent dans le commerce de la vie ; l'élégance s'introduit dans les ajustements; enfin la nation, dépouillée de l'enveloppe qui la voilait, donne le ton à l'Europe.
X IHTRODUGTlOir.
On fut redevable de ces heureuses métamorphoses aux guerriers qui venaient de soumettre l'Italie. Les vainqueurs deFornoue et d'Aignadel présidèrent à la renaissance des lettres : si , plus tard , l'expédition commencée par eux audelà des Alpes n'eut pas une issue très-avantageuse, ces mauvais succès furent balancés par de rapides progrès dans les sciences et dans les beaux-arts, progrès qui préparèrent d'autres merveilles et amenèrent le siècle de Louis XIV.
Mais nous avons cru devoir clore l'histoire des Grands Capitaines français du moyen a^ par Dunois, pour plusieurs motifs déterminants :
l'établissement des armées permanentes , fondé vers la fin du règne de Charles VII, changea de la manière laplus complète l'état militaire; l'invention des armes à feu compléta l'œuvre immense du quinzième siècle, qui ouvre d'une manière si brillante la période des temps modernes : or, Dunois finit la lignée des généraux restés en dehors de ces grandes innovations; d'ailleurs Louis XI, fn raffermissant l'autorité souveraine, modifia singulièrement la société. Dès ce moment, les chefs d'armée ne furent plus que des sujets passifs, révocables selon la volonté du monarque. Enfin, Dunois fut le guerrier dont l'épée termina, sur le continent, la longue lutte que notre pays soutenait depuis quatre siècles contre l'Angleterre : ce n'est plus contre le léo-