ET DE SES STATUTS
L'auteur de cet ouvrage, devant, par la nature de son travail, introduire ses lecteurs dans le monde chevaleresque, a cru indispensable de commencer par leur présenter un aperçu de l'origine de la chevalerie et de ses principaux statuts(i).
(i) En 1753, M. de la Curne de Sainte-Palaye publia cinq mémoires sur la Chevalerie considérée comme institution politique et mili' taire : c'est l'ouvrage le mieux fait et le plus complet que nous possédions sur cette matière; les notes savantes qui accompagnent chacun de ces mémoires donnent un prix infini à ce travail. Nous ferons connaître ci-après les principaux romans de chevalerie dans lesquels l'auteur a puisé pour composer ces mémoires. M. de Sainte-Palaye écrivait à une époque funeste de dénigrement; rien ne trouvait grâce devant cette manie de fronder : on doit regretter que M. de Sainte- Palaye ait déversé trop de blâme et même de ridicule sur une institution qui jeta un si vif éclat pendant tant de siècles, et dont les efforts héroïques soutinrent l'État au bord du précipice, durant la moitié du quinzième siècle, et empêchèrent en définitive que la France ne subit le joug de l'étranger : ce titre de gloire rachète bien des fautes.
3 20 DE L\ CHSVAtCRÏE.
Des érudîts ont longuement disserté pour découvrir l'époque précise de la naissance de la chevalerie : leurs efforts n'ont point eu des résultats satisfaisants, car nos annales renferment des périodes très-difficiles àéclaircîr. Laplusobscure est celle contenue dans le dixième siècle , que les chroniqueurs ont appelé à si juste titre le siècle de fer : dans ce moment, la dynastie des Karlovingiens s'abîmait au milieu d'un chaos de crimes et de désastres, et une autre dynastie ne s'élevait que sur les débris fumants delà société. Les ravages des Normands avaient semé la désolation sur toute la surface de la Gaule; chaque province, chaque ville, chaque bourg s'était armé vainement pour arrêter ce fléau, lequel disparut par enchantement ou plutôt par la seule volonté de Dieu, caries hommesn y pouvaient rien : les farouches conquérants du Nord allèrent se caser paisiblement dans la Neustrie, la première province du territoire gaulois qu'ils avaient rendue victime de leur fureur.
L'apparition des Normands, leurs courses rapides au travers du pays , leurs cruautés impitovables, avaient donné lieu à un armement universel, que des chefs valeureux dirigèrent dans
DE LA CHEVALERIIS. 3a 7
le but d'une défense commune ; mais une fois que la cause de cet armement eut disparu ^ grâce à une protection spéciale du ciel , lès principaux guerriers qui avaient agi le plus efticacement pour repousser les barbares , refusèrent de déposer les armes , et s'érigèrent en souverains de la portion du territoire qu'ils avaient défendue. La royauté si récente des Capétiens fît des efforts impuissants pour s'opposer à cette usurpation d'un genre très-alarmant : son autorité fut non-seulement méconnue, mais encore fort menacée; les premiers princes de cette dynastie se virent réduits au silence.
Toutle territoire se morcella en compartiments comme un échiquier, à la différence près que les compartiments étaient inégaux en étendue. Il se forma de prime abord une association spontanée entre ces divers usurpateurs ; les plus petits se lièrent étroitement aux plus puissants^ afin d'en obtenir secours et protection, à charge par eux de seconder ceux-ci dans leurs entreprises offensives ou défensives : telle fut l'origine de la féodalité ; son enfantement eut lieu dans la seconde moitié du dixième siècle. Dès ce moment la volonté de Thomme armé devint la seule
loi du pays; toutes les autres disparurent devant ses caprices : la violence et l'anarchie furent organisées d'après un plan méthodique; on ne connut plus que le droit du plus fort. Les moindres petites villes durent se fortifier pour arrêter d'injustes aggressions : la guerre devint générale, perpétuelle depuis le Rhin jusqu'aux Pyrénées, des Alpes à l'Océan, L'homme des champs, réduit à l'esclavage, cultivait les terres en présence de ses maîtres , qui le protégeaient dans son tra* vail l'arme au poing.
Au milieu des affreux désordres, résultat inévitable d'un régime aussi extraordinaire, le gros deJa population, accablé de misère, diminuait d'une manière effrayante. L'Église, peu respectée des nouveaux tyrans , s'efforçait d'élever sa voix généreuse pour défendre le faible contre Toppression du fort; elle ne se laissa point rebuter par des échecs successifs, et parvint, à force de persévérance, à modérer la fougue féodale: dès lors la société, qui courait à sa ruine, put espérer des jours meilleurs; l'horizon s'éclaircit pour elle.
L'Eglise consacrait fréquemment, par son autorité spirituelle , l'association d'hommes pieux
i)K LA, CH£VALERIE. 3^0
qui se réunissaient pour gagner le ciel dans le si* lence des cloîtres, en se séparant d'unmondeprofane : elle ne se borna point à ces conquêtes, et, par une inspiration divine sans aucun doute, l'Église, disons-nous, conçut le noble projet de former parmi les hommes armés, parmi les féodaux eux-mêmes, fléaux de leurs semblables, une association dont chaque membre prendrait l'engagement de défendre au péril de sa vie les faibles contre les violences du plus fort, les petits contre les caprices des plus puissants. Cette généreuse pensée s'accomplit rapidement à la voix de la religion, et la chevalerie surgit du milieu de cette perturbation vers le commencement du onzième siècle : ses principes et ses devoirs furent contenus dans cette seule formule :
« Office de chevalerie est de maintenir la FOI catholique, femmes veuves et orphelins et