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tous se faisaient gloire d'appartenir à la che* yalerie, et aucun deux ne se montrait disposé à se conformer aux obligations qu'elle imposait à ses membres.
La chevalerie et la féodalité s'étaient en quel-^ que façon confondues; l'une et l'autre s'affaibli-^ rent au milieu des revers effroyables des gueil:*eft du quatorzième et du quinzième siècle. Le pou*^ voir royal, tenu si longtemps en échec par la féodalité, devait nécessairement désirer sa destruc-* tion ; mais il ne r* gardait pas du même œii cette chevalerie qui dt )uis plus de cent ans ne cessait de combattre pour la défense du pays. La royauté j sortie de cette épk'euve plus forte qu'aupcuravant, se voyait destinée à cicatriser les plaies encqre saignantes de la France ; elle appela à son aide , dans cette précieuse mission , la chevalerie, qui ne lui Iac pas faute : dès ce moment, commence pour c( ;tte institution une troisième phase que nous appellerons la période de la chevalerie mi^ litaire.
La royauté, dé vrée du joug tyranniqiie de la féodalité , conçut le projet de mettresur piçd des armées permanentes, formées de corps régu-^
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liers ; la chevalerie lui servit de base potwr cette nouvelle organisation (i) : elle trouva ciiez elle une hiérarchie toute formée ; or cette hiérarchie devenait indispensable afin de constituer l'édifice d'une manière solide. La chevalerie renfermait encore un esprit de discipline que la licence avait gravement affaibli ; mais il était facile de le raviver: ce qui eutlieu, grâceaux efforts d'hommes aussi énergiques que généreux. C'estici que doivent prendre rang les deux derniers capitaines français dont nous avons éc»it la vie, Arthur deRichemont et Danois : l'uœ^t l'autre travaillèrent ardemment à rétablir la chevalerie telle qu'on l'avait admirée dans sort beau temps ; ils la semèrent en quelque façon dans les armées permanentes nouvellement instituées ; cette adjonction compléta l'œuvre immense qui illustra le règne de Charles VIL Dès ce moment îles defaites sanglantes devinrent plus rares : eeHes que nps annales eurent encore à enregistrerdurent
(i) A celte époque, vers le milieu du quiriiième siècle, His rois instituèrent les ordres de chevalerie afin de resserrer les liens ()ela diaeih pline et de faire naître parmi les guerriers une noble émulation. Il n'entre pas dans notre sujet de nous étendre davantage sur la création de ces ordres de chevalerie, bien distincts de la chevalerie primitive.
être attribuées à Tinsubordination , un des funestes attributs du caractère français.
Le connétable Arthur de Richement et le grand Dunois empruntèrent à la chevalerie les grades militaires qui sont devenus par la suite les chaînons des divers systèmes adoptés pour la for« mation des armées depuis Louis XTV jusqu'à nos jours ; mais la chevalerie ne tarda pas à perdre son caractère particulier, à mes u re que le pouvoir souverain se raffermit et que les lois prirent de la vigueur et qu'elles devinrent la sauvegarde de tous. Les chevaliers n'avaient plus besoin dans le seizième siècle de courir les campagnes pour redresser des torts , pour défendre la veuve et l'orphelin : les magistrats y pourvoyaient. L'institution de la chevalerie cessa d'être sociale, elle ne fut plus que militaire : on ne réclama son appui que pour défendre le pays contre Taggression des ennemis étrangers, et dès lors la chevalerie ne fut pas seule à remplir cette glorieuse mission, la nation entière y concourait. Ainsi, en résumé^ la chevalerie finit quand la cause à laquelle on devait sa naissance eut entièrement disparu : cette cause était l'anarchie.
Nous allons parler de quelques statuts de la
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chevalerie, statuts observés durant la première et la seconde période de l'institution , car ils tombèrent pour la plupart en désuétude dè"s que la chevalerie eut subi la transformation militaire , à la suite des règlements sévères promulgués sous le règne de Charles VII par le connétable Arthur Richemond, Dunois, etun peu plus tard par le maréchal Ghabannes de la Palisse. La cérémonie pompeuse de l'armement de François t^^'après la rude rencontre de Marignan ne fut qu'un semblant de là primitive chevalerie : Bayard lui-même était un homme des anciens temps; les guerriers de son époque ne le comprenaient déjà pi us, et4efeu sacré s'éteignit avec le héros.
'Nous terminerons cet aperçu en faisant observer que la chevalerie adopta, dans chaque phase, une formule qui se modifia avec le temps, et cette formule compose en réalité son histoire- La chevalerie religieuse disait^ dans la première période de l'institution : Dieu et lepays;\dL chevalerie galante disait, dans la seconde période : Son Dieu, son pays et sa darne; dans la troisième période, lachevalerie militaire disait : Son Dieu y son roi et sa dame.
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Nous ne devons point passer sous silence un fait important : la chevalerie fut une production toute française. Cette admirable institution ayant pris racine sur le sol de notre pays , s'y perfectionna de diverses manières, et puis elle fut adoptée avec enthousiasme par les divers États de la chrétienté , qui ne cessèrent de la pren-* dre pour modèle.
Statuts et règlements de la chevalerie (i).
Un enfant de noble race se préparait de bonne heure à devenir chevalier : dès l'âge de sept ans, il entrait comme varleton ou page dans la maison d'un haut lignage, qui se chargeait de son avenir. Des gens experts le préparaient aux durs travaux de la guerre, autant que ses forces le permettaient; des clercs soignaient également son éducation morale et religieuse; son féal maître lui donnait des leçons de vaillance et de courtoisie. Au bout de sept années, le noviciat devenait plus important : le varleton prenait le
(i) C*est en compulsant un nombre considérable de romans de chevalerie que M. de la Curue de Sainte-Palaye parvint à recueillir Icf ràgW* ments de la chevalerie : nous donnerons à la fin de ce discours la liste des principaux romans de chevalerie.
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titre d'écuyer; il accompagnait le feudataire dans les tournois , et portait avec orgueil les diverses pièces de son armure. Sa mission ne tardait pas de devenir plus périlleuse , car les cris de guerre se faisaient entendre et les hostilités commençaient : récuyer ne quittait plus lebaron ; chevauchantderrièrelui,ilconduisaità/aûfear^relegrand cheval de bataille de son seigneur : durant Faction, il était attentif à lui fournir des armes neuves ou des chevaux frais, en cas de besoin, à le relever et à le détendre des coups de lennemi, ou à recevoir ses prisonniers. L'honneur lui faisait une loi de ne jamais abandonner son seigneur, et de mourir à ses côtés si la rigueur du sort l'exigeait.
A la suite d'un apprentissage aussi rude^ et lorsquela vingt-et-unième année étaitaccomplie, l'écuyer pouvait devenir chevalier ; V acte par lequel il acquérait cette dignité s'appelait l'armement. Dans la première période, qu'un écrivain moderne a surnommée sagement les temps héroïques du christianisme ^ les prêtres présidaient à la cérémonie de t armement; ils commençaient par instruire longuement le candidat, des devoirs sacrés de la chevalerie; ils bé-
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nissaient ses armes, et à Tissue d'une messe solennelle le ministre des autels conférait l'ordre à l'écuyer et lui ceignait Tépée devant une nombreuse assistance. Ce cérémonial, empreint de l'esprit religieux , était grave, et pouvait inspirer au noble preux un sentiment de retenue fort capable d'agir sur tout le reste de sa vie. Mais la cé^ rémonie de l'armement subit avec le temps de grandes modifications : dans la seconde période, elle perdit de sa sainteté et de son auguste simplicité : le prêtre cessa d'y présider ; la cérémonie ne se fit plus aux pieds des autels; c'est au milieu d'un tournoi, dans des fêtes pompeuses que Té- (Mjyer recevait l'ordre ; enfin les changements furent tels que, au lieu du prêtre, ce fut une femme, une châtelaine qui eut mission de ceindre l'épée au postulant. Ainsi la partie morale du cérémonial disparut entièrement; mais en revanche ou y déploya un apparat extraordinaire, et beaucoup de chevaliers furent ruinés par les dépenses énormes qu'entraînait leur armement.
L'acceptation de l'ordre imposait à Técuyer des obligations très-rigoureuses, auxquelles les preux demeurèrent fidèles pendant très-longtemps. « FiC nouveau chevalier, disent les écri-
vains du moyen âge , devait chevaucher parmi la ville et se devait montrer aux gens, afin que tous sussent qu'il était chevalier nouvellement fait et ordonné , et qu'il était obligé de défendre et de maintenir le haut honneur de chevalerie. » En effet, il était bien convenable que le peuple ne tardât pas de connaître celui qui par ce nouvel état devenait son défenseur naturel.
Nous n'avons pas voulu dire que l'ordre était conféré toujours par les femmes : on les y appelait quand la réception du postulant avait lieu au milieu d'une fête ; mais ordinairement l'ordre était conféré par de hauts barons. Les rois et les princes ne tardèrent pas d'en, faire une récompense pour les exploits guerriers :
ils se mirent à créer des chevaliers au sortir d'une bataille, lorsque la victoire était assurée : l'accolade et le coup de plat d'épée sur l'épaule demeurent les deux faits principaux par lesquels le récipiendaire était élevé à la dignité de chevalier.
Il existait une hiérarchie parmi les preux revêtus de l'ordre : les chevaliers se divisaient e/^ 6achelierset en hannerets: on reconnaissait ces derniers à leurs bannières carrées, tandis que celles
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des premiers se terminaient par deux flammes. L'ënumération' des privilèges attachés au titre de chevalier a fourni à nos anciensauteurs la matière de nombreux volumes : le plus important de tous ces privilèges était sans contredit celui de pouvoir conférer Tordre une heure après l'avoir reçu soi même.
Aux obligations rigoureuses imposées au chevalier se mêlaientdes prescriptions puériles : par exemple, un chevalier eût encouru le blâme -général s'il avait pris pour monture une jument durant quelques heures seulement. On a beaucoup parlé du respect que les chevaliers témoignaient aux dames : en effet, un bachelier, oubanneret, qui aurait pris le pas sur une dame, Saurait heurtée en cheminant près d'elle, passaitpour un discourtois; on lui faisait publiquement des avanies, et pour les venger il devait engager un duel dans lequel maintes fois il trouvait la mort.
Quand un chevalier refusait assistance à quelque opprimé qui réclamait son secours, on le traduisait devant une commission composée d'un certain nombre de chevaliers : il fallait qu'il expliquât les motifs puissants qui l'avaient empêché d'accomplir un des devoirs les plus sacrés de
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son état , et il était rare que le délinquant ne fût pas condamné à une réparation très-sévère : le plaignant le poursuivait longtemps de ses récriminations; il pouvait s'attacher à ses pas, et couper devant lui la nappe durant ses repas,
La fraternité d'armes doit être regardée comme un des points les plus importants du code de chevalerie : cette sorte d'association maintint Texistence de l'institution contre tous ses envieux, et contribua puissamment à lui faire traverser les siècles. Une cérémonie, plus solennelle encore que celle de l'armement, consacrait la confraternité d'armes convenue entre plusieurs chevaliers : rien ne pouvait rompre une association de cette nature ; dès ce moment tout devait être commun entre deux frères d'armes, le bien comme le mal. ce L'assistance qu'on devait à son frère d'armes (i), dit la Curne de Sainte-Palaye, l'emportait même sur celle que les dames étaient en droit d'exiger : une demoiselle ayant en vain reclamé la protection d'un chevalier, celui-ci se
(i) L'exemple le plus célèbre de confraternité d'armes que présentent les annales du moyen âge est l'association formée à cet effet entre Duguesclin et Clisson; les lecteurs trouveront ci-après dans la vie de ces deux illustres guerriers la description détaillée de la cérémonie qui eut lieu à cette occasion.
disculpa en alléguant la nécessité dans laquelle il s'était trouvé de voler au secours de son frère d'armes. Le même écrivain fait remarquer qu une pareille justification n'aurait pas été reçue s'il avait manqué à son souverain.
Deux chevaliers appartenant à des pays différents pouvaient s'unir par les liens de la confraternité d'armes. Aucune considération politique ne pouvait les rompre, mais l'association cessait du moment oii l'un des deux frères tombait dans l'hérésie ; l'anathème lancé contre luipar l'Église déliait l'autre de son serment. Un chevalier chrétien ne pouvait contracter une confraternité d'armes avec un musulman.
Deux, quatre, six chevaliers s'associaient ensemble, faisaient vœu d'unir leurs efforts pour redresser des torts graves , forcer des hommes puissants à réparer une injustice à l'égard de quelque opprimé, hors d'état de se défendreluimême; pour rompre les fers d'un prince retenu captif contre le droit des gens. Ces chevaliers nouaient alors à leur bras un nœud de rubans , signe àeV entreprise : il fallaitque les uns et les autres surmontassent les obstacles infinis que présentait la poursuite d'un tel projet; et le devoir
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leur commandait d'y laisser la vie plutôt que d'abandonner cette noble tâche.
Saint Louis avait fait publier des ordonnances très-sévères contre la calomnie , véritable homicide moral : la chevalerie avait devancé les magnanimes intentions du saint roi. Un chevalier était entaché de forfaiture s'il avait laissé déchirer impunément en sa présence la réputation d'une femme : la mission de défendre l'honneur des dames offrait plus de péril qu'on ne se l'imaginerait au premier coup d'œil. Les lois, ou plutôt les coutumes, punissaient de mort l'adultère; l'homme qui portait plainte contre la femme pouvait faire soutenir l'accusation , soit par un de ses parents, soit par un ferrailleur à gages ; en revanche la femme faisait présenter sa défense par quelque preux de grand renom; mais dans le moyen âge les plaidoiries se débitaient à coups d'épée et à coups de lance : le rôle du défenseur devenait glorieux en raison du danger qui l'accompagnait. Nous verrons Jacques de la Marche, surnommé la fleur de la chevalerie, entrer en lice (i) pour défendre l'honneur de la
(t) Voyez dans le tome III, le commencement delà vie de Jacques de Bourbon , comte de la Marche.
femme de Philippe III, accusée d'adultère par Labrosse , l'indigne favori d'un roi faible et soupçonneux. Les duels judiciaires subsistèrent jusqu'à la fin du quatorzième siècle.
L'écarlate, ou toute autre couleur rouge, était appropriée aux chevaliers, à cause de son éclat et de son excellence : par une singularité , dont personne ne connaît la cause, cette couleur s'est conservée dans l'habillement des magistrats supérieurs. Les chevaliers se rasaient le devant de la tête, de peur d'être saisis par les cheveux s'ils perdaient leur casque dans le combat; soit qu'ils les trouvassent incommodes sous le heaume, dont ils étaient continuellement armés.
Dans le cours de la première période de la chevalerie , la plus illustre naissance ne donnait aux nobles aucun rang personnel , à moins qu'ils n'y eussent ajouté le titre de chevalier; le baron de haut lignage ne comptait pour rien dans l'État s'il n'avait reçu V ordre ^ ce qui explique comment les fils des rois étaient reçus chevaliers au ber-
ceau : nous verrons Duguesclin armer chevalier Louis, second fils de Charles V, et mettre le pommeau de sa glorieuse épée dans la main de Tenfant, à peine âgé de quelques mois. Bertrand ao-
compagna cette action des paroles suivantes : ce Monseigneur, je vous donne cette espée, et la mets en votre main , et prie Dieu qu'il vous doint tel et si bon cœur que vous soyez encore aussi preux et aussi bon chevalier comme fut oncques roi de France qui portast espée ».
Le chevalier était environné d'honneurs et de privilèges , et tenait la seconde place auprès du peuple en fait de vénération , car l'Église occupait la première : un vieux précepte disait : Les prêtres pour prier Dieu, les chevaliers pour défendre, et les laboureurs pour cultiver la terre.
La fidélité à tenir sa parole était regardée comme un des devoirs les plus impérieuxdu chevalier français. Le parjure, l'orgueil, l'incontinence , l'avarice, la colère , l'ivrognerie devaient être en horreur au chevalier.
On citait des époques dans l'année plus ou moins favorables pour recevoir l'ordre de la chevalerie : le jour de la Pentecôte passait pour la plus mémorable, hors les temps de guerre.
Les tournois furent une invention de la période galante de la chevalerie : le désir de plaire aux dames fut l'âme de ces jeux guerriers. Dès cette époquelevêtementdes preux devintplusma-
gnifique et plus élégant : cest alors qile le casque ombragé de panaches remplaça le heaume lourd et informe : les chevaliers se couvrirent d'armes brillantes et d'écharpes de soie; les mystérieuses devises devinrent à la mode ; les coursiers furent surchargés de riches ornements. On regardait ces tournois comme des écoles de la guerre : en effet, il y périssait quantité de monde, soit dans le moment, soit des suites des blessures (i).
Sans doute des vices très-condamnables se mêlaient aux mœurs chevaleresques; mais ces vices étaient rachetés par des vertus dont on n'a plus que le souvenir. L'histoire romaine fait un pompeux éloge de son Régulus, qui alla reprendre ses fers dans Carthage : les longues guerres entre les Français et les Anglais durant les quatorzième et quinzième siècles fournissent par milliers des exemples d'un pareil dévouement à l'honneur de la parole donnée.
On voyait fréquemment des chevaliers des deux nations, faits prisonniers dans les combats , revenir prendre leurs fers parce qu'ils n'a-
(i) Les tournois se terminaient par la mêlée; c'est là que se portaient les coups les plus dangereux, car souvent la veDgeaoce ou le dépit guidait le bras des chevaliers. Les dames obtenaient à force de prières que la mêlée n'aurait pas lieu.
valent point trouve dans leur famille l'argent nécessaire pour payer une rançon fort élevée. Le chevalier devait tenir sa parole , même à l'égard des musulmans. Le sire de Ghâteaumorand, fait prisonnier à la terrible bataille deNicopolis, en 1 396", obtint du farouche Bajazet la permission d'aller en France chercher sa rançon, dont le prix était considérable. La vente de ses domaines particuliers ne put couvrir la somme exigée : le noble preux reprit le chemin d'Andrinople, et vint se remettre aux mains de son vainqueur, qui ne put s'empêcher de témoigner son admiration au généreux prisonnier. L'assistance du duc de Bourgogne permit à Ghâteaumorand de recouvrer sa liberté Tannée suivante.
<c Nul homme, dit un romancier du moyen âge, s'il n'était chevalier, ne pouvait combattre un chevalier : la règle générale défendait à l'écuyer et aux autres personnes étrangères à l'ordre de défier un chevalier , de lui proposer le gage de bataille ; mais la fougue française méconnut souvent cette disposition » Nous verrons dans le cours de cet ouvrage Louis comte de Clermont, lors d'une rencontre fortuite, armer
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chevalier tout exprès un chevalier anglais poui pouvoir se battre contre lui.
Si les privilèges dont jouissaient les chevalier^^ paraissaient considérables, les châtiments en ca» de méfaits n'étaient pas moins terribles : la dégra* dation la plus ignominieuse était réservée à ceu& qui se déshonoraient par quelque crime ou par quelque lâcheté. Voici le tableau effrayant que la Curne de Sainte-Palaye nous a laissé de cette dégradation :
<c Le chevalier juridiquement condanmé pour ses forfaits à subir cette flétrissure était d'aboixl conduit sur un échafaud , où Ton brisait et foulait aux pieds , en sa présence , toutes ses armes et les différentes pièces de l'armure dont il avait avili la noblesse; il voyait aussi son écu, dont le blason était effacé , suspendu à la queue d'une cavale, renversé la pointe en haut, honteusement traîné dans la boue. Des hérauts et poursuivants d'armes étaient les exécuteurs de cette justice , qu'ils exerçaient en proférant contre le coupable les injures atroces qu'il s'était attirées. Des prêtres, après avoir récité les vigiles de» morts, prononçaient sur sa tête le psaume cviii,
ui contient plusieurs imprécations et malédict îons contre les traîtres. Trois fois le héraut d'ar- ^^nes demandait le nom du criminel : chaque fois le poursuivant le nommait, et le héraut disait toujours que ce n'était pas le nom de celui qui était devant ses yeux, puisqu'il ne voyait devant lui qu'un traître déloyal et foi mentie. Ensuite prenant des mains du même poursuivant d'armes un bassin rempli d'eau chaude , il le jetait avec indignation sur la tcte de cet infâme chevalier, pour effacer le sacré caractère conféré par l'accolade. Le coupable , dégradé de la sorte , était ensuite tiré en bas de l'échafaud par une corde passée sous les bras et mis sur une claie ou sur une civière , couvert d'un drap mortuaire, enfin porté à l'église, où l'on faisait sur lui les mêmes prières et les mêmes cérémonies que pour les morts, y)