‹ Vies des grand capitaines français du moyen âge (volume 2)Chapitre 52 sur 54 · SUR LA CHARGE DE CONNÉTABLE- SÔ · texte numérisé non relu

SUR LA CHARGE DE CONNÉTABLE- SÔ

dignité de connétable, durant la disgrâce de Clisson : il accompagna le comte de Nevers dans l'expédition de Hongrie, et contribua, par ses mauvais conseils, à la perte de la bataille de Nicopolis (rSgG); il y fut fait prisonnier, et mourut dans l'Asie Mineure, Tannée suivante, des suites de ses blessures.

Louis de Sancerre, nommé connétable en iSgy.

Louis de Sancerre fut un des héros du quatorzième siècle, si fertile en grands capitaines; il fut aussi l'ami de cœur de Duguesclin et l'un des conseillers de Charles V. Après avoir battu les Anglais en Guienne dans toutes les rencontres, il mourut (1402) sans laisser de postérité : le roi Charles VI, voulant honorer la mémoire de ce vaillant guerrier, ordonna que son corps fût enterré à Saint-Denis, à côté du tombeau de Charles V.

Charles d'Albret, comte de Dreux, seigneur de Tartas, fut nommé connétable aussitôt après la mort de Louis de Sancerre : il jouissait d'une grande réputation de bravoure et d'habileté ; il s'était signalé en Afrique dans l'expédition commandée par le duc de Bourbon. La maison de Lancastre, poursuivant sans relâche le projet de se substituer à la famille de Valois sur le trône de saint Louis, faisait des efforts inouïs pour se ménager des partisans parmi la chevalerie française : elle y réussissait ; et le nombre des traîtres grossissait chaque jour : Charles d'Albret fut hautement accusé d'avoir vendu son honneur à Henri V : les historiens contemporains se partagent d'opinion sur son compte ; quoi qu'il en soit , la méfiance que la plupart des nobles montraient à l'égard du connéta-

390; NOTICK

ble, chef suprême de Farinée , devait influer d'une manière fâciieuse sur les opérations militaires. Henri V venait de débarquer en Normandie (i4iâ); c'était un acte de témérité auquel Lancastre ne se serait jamais hasardé, s'il n'avait pas compté sur lassistance de ses partisans secrets. En eiïet, les mesures prises par le connétable pour arrêter l'invasion décelaient une incertitude coupable; cependant, Charles d'Albret parvint à placer les Anglais dans une position très-critique, en les contraignant à combattre quand leur intérêt exigeait qu'ils évitassent l'action : c'est alors que fut livrée la bataille d'Azincourt (i4i5); Charles d'Albret fut tué du premier choc, et mourut sans avoir eu la douleur d'être le témoin de la défaite de son armée.

Bernard VII , comte d'Armagnac, fut nommé connétable deux mois après la bataille d'Azincourt : à l'importance de chef suprême de l'armée, il joignit en peu de temps celle de premier ministre; il exerça le pouvoir dans lescirconstanceslesplus malheureuses, et sut maintenir l'ordre dans Paris par une sévérité impitoyable. Le comte d'Armagnac passait déjà pour le guerrier le plus expérimenté de son temps; il déploya des talents remarquables pour remédier aux maux effroyables qui fondaient de toute part sur le pays; ses généreux efforts eussent été, sans aucun doute, couronnés de succès, s'il n'avait eu à lutter contre la faction du duc de Bourgogne. Les nombreux partisans deJeansansPeur,étantparvenu$à tromper la vigilance du connétable, introduisirent les troupes bourguignonnes dans Paris, au milieu de la nuit : il s'ensuivit

SUR LA CHARGE DE CONNETABLE. ^t

le massacre des principaux personnages du parti royaliste : le comte d'Armagnac, celui que l'on recherchait avec le plus d'ardeur, fut égorgé de la manière la plus affreuse à l'âge de cinquante ans (i4t8).

Valerand de Luxembourg, comte de Saint-Pol, et Charles, duc de Lorraine, furent nommés connétables par la faction de Bourgogne, au milieu des troubles qui agitaient le royaume ;~mais ni l'un ni l'autre ne commandèrent les troupes, puisqu'il n'existait en réalité aucune armée.

Jean Stuart, comte de Douglas. Ce seigneur étranger avait amené au roi Charles VII une division de troupes écossaises au moment où la fortune semblait le plus contraire à ce prince; il paya courageusement de sa personne dans toutes les rencontres : Charles VII, jaloux de reconnaître tant de zèle, lui conféra la dignité de connétable, le 4 3Lwr\l 14^4* J^^i^ Stuart ne l'exerça pas longtemps : étant parvenu à concentrer dans le Perche une armée de quinze mille hommes , il livra bataille, auprès de Verneuil , à Talbot, qui commandait des forces supérieures aux siennes : le connétable fut vaincu et tué le 17 août 141^49 ^P^és avoir combattu une journée entière avec le plus grand acharnement.

Arthur de Bretagne, comte de Richemont,fut créé connétable le 7 mars i4^5 : on verra dans la vie de ce prince , que nous avons tracée dans cet ouvrage, les services signalés que ce grand homme rendit à la. France. Arthur de Richemont, devenu souverain de la Bretagne par la mort de son neveu , ne voulut point se démettre d'une dignité dans l'exercice de laquelle il.

Sgoî KOTICE

s'était illustré. Arthur mourut en i458 : après lui la charge de connétable resta vacante sept années.

Louis de Luxembourg, comte de Saint^-Pol. Ce prince débuta par être l'ami d'enfance de Louis XI , et trempa dans tous les complots que le coupable dau* phin ourdit contre le roi son père. Après la mort de Charles VU, Louis de Luxembourg se déclara contre son successeur, au mépris de ses anciennes liaisons; et lors de la guerre du bien public, il commanda l'aile droite à la bataille de Montihéri. Louis XI, obligé de faire des concessions pour rompre la formidable coalition, donna l'épée de connétable (en mai i465) au comte de Saint-Pol, qui manquait absolument de talents militaires; en revanche, il excellait dans l'intrigue : l'honneur de remplir une charge que Duguesclin , Clisson et Richemont avaient illustrée , ne satisfit point cet esprit inquiet. Pendant dix ans il flotta entre Louis XI et le duc de Boui^ogne, et sut par ses perfidies multipliées, s'attirer la haine de l'un et de l'autre : ses artifices allumèrent aussi la colère du roi d'Angleterre. Louis XI, ayant acquis des preuves irrécusables de sa duplicité, le fit poursuivre comme prévenu de haute trahison ; le comte de Saint-Pol se réfugia auprès du duc de Bourgogne. Après quelques hésitations, Charles le Téméraire le livra au roi de France : Ix)uisXI, qui avait en main des lettres du connétable, ordonna qu'on lui fît son procès; le parlement s'acquitta de ce soin de la manière la plus impartiale, et ne put hésiter devant les charges accablantes que l'on produisit contre l'accusé. Le connétable fut condamné, comme criminel de lèse nuyesté^ à

SUR LA. CHARGE DE COI^rfÏTABLE. SgS

ai^oir la tête tranchée sur im échafaud^ dei^anl V hôtel de ville. Cette sentence reçut son exécution le 19 décembre i475-

Après le comte de Saint-Pol la charge de connétable resta vacante huit ans.

Jean II, duc deBourbon,fut nommé connétable en 1^83 : la bienveillance de son caractère et ses libéralités le firent surnommer le Bon : il servit l'État avec un zèle soutenu, sans se laisser rebuter par les dégoûts dont le roi et les courtisans se plaisaient à l'abreuver. Jean II mourut en 1488, sans laisser de postérité légitime.

Après Jean II, duc de Bourbon , la charge de conné* table resta vacante vingt-quatre ans.

Charles III, duc de Bourbon-Montpensier, fut pourvu de la charge de connétable à ravéneraent de François I", n'ayant alors que vingt-six ans; maîsil passait déjà pour un des plus vaillants capitaines de son temps; il fixa tous les regards à la bataille de Marignan par une valeur extraordinaire : nommé gou-. verneur du Milanais , que les armes françaises venaient de conquérir, il sut gagner tous les cœurs par ses manières affables et la franchise de son caractère. Ses services , encore plus que sa naissance, le rendaient le personnage le plus considérable de l'État après le roi et sa famille; rien ne manquait à sa gloire, lorsque la duchesse d'Angoulème, mère de François F", lui suscita un procès très-injuste au sujet d'une portion de ses domaines d'Auvergne, dont la possession aval tété assurée à sa maison par une disposition formelle de Louis XIL Le monarque eut le tort impardonnable

^94 uroTiCK

d*user de son influence personnelle pour faire pencher le tribunal en faveur de sa mère, qui revendiquait ces domaines. I^e connétable perdit son procès ( 1 5^ t ) à la suite de tracasseries inouïes : il n'eut pas assez de grandeur d'âme pour immoler son ressentiment au bien de l'État. Le duc de Bourbon exhala son courroux en plaintes amères; elles arrivèrent jusqu'à Charles-Quint : ce monarque, très*attentif à ce qui se passait en France, dépéclia auprès du connétable des émissaires déliés : leurs discours captieux surent flatter son caractère altier, et finirent par l'enlever à ses devoirs. Nouveau Coriolan, le duc de Bourbon arma son bras contre sa patrie, et concourut d'une manière déplorable à la défaite de François P' dans les champs de Pavie : il ne tarda pas d'éprouver le sort réservé aux transfuges : sa renommée et ses talents portaient ombrage aux généraux de l'empereur. Le vainqueur de Pavie, tombé eu disgrâce, parvint cependant à rassembler autour de lui une armée avec laquelle il dominait en Italie : n'ayant pu obtenir du pape les subsides promis par le saint-si(*ge, l'ancien connétable de France vint for-* mer le siège de Rome; il montait le premier à l'assaut en tête de ses bandes, lorsqu'un trait mortel l'atteignit au cœur, le 6 mai 15^7. Le duc de Bourbon entrait alors dans la trente-huitième année de son âge; par un jeu de la fortune fort extraordinaire, cet illustre coupable ne laissa pas de lignée : les trois fils qu'il avait eus de Suzanne de Bourbon, sa cousine, moururent fort jeunes.

La charge de connétable resta vacante quinze ans.

SUR LA. CHARGE DE CONNETABLE, SqS

Anne, duc de Montnaorency , fut pourvu de la charge de connétable par le roi François V en i538. Celte nomination fut remarquable en ce que, pour la première fois, elle parut être un ai^ancement j tel que nous le considérons dans les temps modernes : en et fet, Anne de Montmorency, déjà maréchal de France, échangea le bâton contre l'épée de connétable; et ce fait établissait dans la hiérarchie militaire une gradation qui n'existait pas auparavant.

Anne de Montmorency fit l'apprentissage des armes sous les yeux de Bayard et de Gaston de Foix. Il se signala à la défense de Mézières, dont il partagea la gloire avec le chevalier sans peur et sans reproche : nommé maréchal de France en iSaa , il vole à la défense de Marseille, dont le connétable de Bourbon venait de former le siège : ses habiles dispositions, ses vigoureuses mesures, contraignirent l'armée impériale d'évacuer la Provence. L'expédition du Milanais fut résolue contre son opinion : la bataille de Pavie, engagée également contre son avis, était déjà perdue, lorsqu'il accourut à la tête d'une brigade de cavalerie dans l'espoir de faire changer la fortune : ses efforts ne servirent qu'à retarder de quelques heures la défaite des Français; il dédaigna de chercher son salut dans la fuite, et voulut partager la captivité du roi. Anne de Montmorency ayant traité de sa rançon, accourut à Paris pour prêter son appui à la régente; il devint réellement l'arbitre des destinées de l'État, et parvint, dans des circonstances aussi critiques, à conclure avec la cour d'Angleterre une paix favorable- Sur ces entrefaites, Cbarles-Quint, qui aspirait à la

396 NOTJCK

conquête de la France, se jette une seconde fois sur la Provence ( 1 536), avec une armée de soixante mille hommes : Anne de Montmorency se présente pour arrêter l'invasion ; ses manœuvres savantes contraignent l'ennemi à battre en retraite au delà des froii* tières, sans avoir pu engager une action importante. Montmorency, dont l'habile temporisation avait amené cet heureux résultat, reçut de la nation des témoignages unanimes de sa gratitude : on le surnomma le Fabius français. Les services éminents rendus par lui, dans les années suivantes, en Picardie et en Piémont, décidèrent enfin François I" à conférer au héros la charge de connétable (février 1 538). Dès ce moment, Anne de Montmorency dirigea exclusivement les affaires du royaume; maU il tomba dans la disgrâce du monarque en i54i : la cause en était fort simple; par une bizarrerie, assez ordinaire cependant chez les rois, François !•»• avait conçu de l'éloigneraent pour son fils aîné, son successeur naturel ; le connétable se rangea, au contraire , du côté du dauphin : ses envieux en profitèrent pour le perdre dans l'esprit du prince; il fut exilé à Chantilly, et supporta sa disgrâce avec la même hauteur de caractère qu'il apportait au commandement des armées : cette disgrâce se prolongea tout le temps que dura encore le règne de François Y\ Dès que Henri II fut monté sur le trône, son premier soin fut de rappeler Anne de Montmo» rency,delui confier l'administration du royaume avec plus de pouvoir que jamais. La Guienne s'étant révoltée, en r548, à l'instigation de l'Angleterre, le connétable alla lui-même la faire rentrer dans le devoir, et

Page 1