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né craignit pas d'infliger aux rebelles des châtiments terribles. La guerre ayant éclaté entre Henri II et Philippe II, Tannée espagnole investit Saint-Quentin, place de première ligne; le connétable s'avança pour y jeter du secours; mais, attaqué par des forces doubles des siennes, il perdit la bataille, et fut fait prisonnier après s'être défendu comme un lion contre une foule d'assaillants : l'Espagne lui demanda deux millions pour sa rançon. Devenu libre, il conclut en 1 559 la paix malheureuse de Cateau Cambrésis : on lui reprocha avec raison d'avoir plutôt consulté sa jalousie contre les Guise que le véritable intérêt de l'État. La mort prématurée du roi Henri II ruina l'autorité que le connétable s'était acquise : Anne de Montmorency vécut dans une profonde retraite durant le règne éphémère de François II : on sait que les princes lorrains, ses rivaux, exerçaient le pouvoir au nom du jeune roi, époux de leur nièce ; mais dès que François II fut mort, le connétable reparut sur la scène politique, et devint le chef d'une des factions qui se disputaient le triste hoinieur de commander à une nation déchirée par les discordes civiles. Montmorency fut un des membres du fameux triumvirat avec le duc de Guise etlç maréchal de Saint-André : sa gloire s'obscurcit au milieu de ces affreuses luttes. En i562 , le connétable gagna la bataille de Dreux sur le prince de Condé, et cependant il fut fait prisonnier au miUeu de son triomphe. Sa captivité fut de courte durée; mais il ne sortit des fers que pour tomber dans les embûches de Catherine de Médicis : l'austère vieillard, le politique profond devint le jouet d'une femme: cet abaissement n'em-
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pécha pas le héros de retrouver parfois son ancien caractère; ii eut la gloire de chasser les Anglais du Havre, que les calvinistes leur avaient vendu : ce coup d'éclat le rattacha pour toujours au parti catholique. Montmorency ayant pris le commandement de l'armée royale, livra bataille aux protestants, dans les plaines de Saint-Denis, le lo novembre i567 : ses belles manœuvres, autant que son intrépidité, assurèrent le triomphe des catholiques ; mais toujours malheureux, même au sein de la victoire , il fut atteint d un coup mortel , par un Écossais nommé Robert Stuart. Le connétable eut encore la force de frapper le meurtrier et de lui briser les dents avec le pommeau de son épée. Les écuyers de Montmorency, et plusieurs de ses pa*rents, accourus autour de sa personne, se mirent en mesure de l'enlever pour le transporter dans Paris; le vieux guerrier s'y opposait fortement, voulant mourir sur le champ de bataille : et Pouvais-je, disait-il, trouver un plus beau cimetière que celui-ci? » Il expira le surlendemain, âgé de soixante-quatorze ans : on lui fit des obsèques magnifiques : la baronnie de Montmorency avait été érigée pour lui en duché-pairie : le connétable Anne laissa une nombreuse postérité.
Après Anne de Montmorency, la charge de connétable resta vacante vingt-six ans.
Henri I", duc de Montmorency, et déjà maréchal de France, fut nommé connétable, en i Sgî, par Henri IV; ce prince avait voulu reconnaître le zèle avec lequel Montmorency l'avait fait proclamer roi dans le Languedoc dont il était gouverneur : cet empressement devait paraître d'autant plus méritoire, que Favénement
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(lu chef de la maison de Bourbon rencontrait une sérieuse opposition dans la plupart des provinces. Le duc Henri avait été connu, du vivant de sou père, sous le nom de Damville : il prit part à tous les combats et aux rencontres meurtrières qui signalèrent trop souvent nos guerres civiles. Le connétable Henri fut étouffé , en quelque façon, sous le poids de la renom* mée de son père : il passait pour le plus bel homme de guerre de son temps; en définitive, l'occasion lui manqua pour devenir un capitaine célèbre : il mou* rut le I*' avril 1614? âgé de soixante-dix ans.
Après le duc Henri l" de Montmorency, la charge de connétable resta vacante sept ans.
Charles d'Albret, duc de Luynes, fut nommé connétable en 162 1 ; et, chose extraordinaire, ce célèbre favori était en même temps garde des sceaux; sa prodigieuse fortune ne le satisfaisait pas encore : gouvernant rÉtat au nom de Louis XIII, il savait que la faveur du prince ne suffisait pas pour gagner Testime d'une nation belliqueuse. Le duc de Luynes, revêtu de la première dignité militaire, voulut s'en montrer digne: en conséquence, il déclara la guerre aux religionnaires, en annonçant l'intention de les expulser des places fortes qu'ils possédaient encore dans les provinces méridionales. La campagne commença au milieu de Tannée 1621 : Louis XIII marchait en tête de l'armée; mais la présence du monarque n'empêchait pas que les généraux ne manifestassent les intentions les plus malveillantes en haine du favori : ces mauvaises dispositions eurent naturellement de funestes résultats. Les protestants, chassés de plusieurs points importants,
concentrèrent leurs forces dans Montauban, le principal boulevard de parti : Tarmée royale vint les y attaquer : durant trois mois entiers, les tentatives furent infructueuses : on se vit obligé de lever hon« teusement le siège de cette ville. Un si grand revers, dont chacun se plaisait à rendre responsable le connétable, chef suprême des troupes, acheva de mécontenter le roi : le chagrin s'empara du duc de Luynes, qui mourut le i4 décembre 1621, n'ayant exercé que dix mois la charge de connétable, qu'il avait tant désirée, et dont le poids finit par l'accabler. Tous les historiens de l'époque assurent que la mort du duc de Luynes devança une disgrâce qui aurait été aussi éclatante que l'élévation de sa fortune : le duc de Luynes descendit au tombeau à l'âge de quarante-trois ans.
François de Bonne, duc de Lesdiguières, fut pourvu de la charge de connétable en i6aa; il avait fait l'apprentissage de la guerre au milieu des dissensions civiles : à trente ans, il passait déjà pour le général le plus brave et le plus habile du parti protestant : il se soutint, dans le Dauphiné, contre toutes les forces des catholiques. Henri IV, alors roi de Navarre, trouva en lui le défenseur le plus zélé et le plus ardent : Lesdiguières ne recula devant aucun sacrifice pour témoigner son dévouement. Le prince, ayant apaisé par sa sagesse la fureur des partis, nomma ( 1 6ao) Lesdiguières maréchal de France en récompense des services brillants qu'il avait rendus dans sa campagne contre le ducde Savoie, uni aux Espagnols. L'amour immodéré de l'argent ternissait les belles qualités de
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Lesdiguières; cependant, il repoussa constamment les offres brillantes, prodigieuses même, que lesprotes* tants lui firent pour l'engager à prendre le comman« dément de leurs armées, sous le règne de Louis XIII : tous ces efforts échouèrent, et il suivit constamment la ligne du devoir; exemple remarquable, surtout à une époque où tant de personnages éminents trafiquaient dé leur honneur. Cette conduite loyale con^ tirbua puissamment à rallier autour du trône les hommes capables de le défendre; c'est ainsi que la rébellion finit par être vaincue. Lesdiguières rentra dans le sein de l'Église catholique, en 1622; quelques mois après son abjuration il reçut l'épée de connétable. Des écrivains ont avancé assez légèrement que Lesdiguières fut conduit à la résolution de changer de religion par le désir d'obtenir des richesses et de l'autorité : mais ces critiques n'ont pas vu que ce général était déjàle personnage le plus considérable de l'État après le roi et le cardinal de Richelieu; et, sous le rapport d'opulence, il n'avait rien à désirer. Lesdiguières, que l'histoire a mis au premier rang des héros dont la France s'honore , exerça la charge de connétable quatre ans seulement : il mourut le a8 septembre i626,ayantconservéjusqu'àlafin (quatrevingt-trois-ans) son grand courage et son étonnante activité. La reine ÉHsabeth disait à propos de ce guerrier, « S'il y avait en France deux Lesdiguières, j'en « demanderais un au roi. »
Après la mort de Lesdiguières, Louis XIII, cédant aux sollicitations de Richelieu, déclara^ que durant son règne, personne ne serait pourvu de la charge de
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connétable. Richelieu jugeait dangereux, au milieu de l'agitation des esprits, de concentrer l'autorité militaire dans la main d'un seul officier : les violentes réclamations qui partirent à cette occasion du sein de la noblesse justifièrent suffisamment les prévisions de ce grand ministre. Un des motifs que le duc de Montmorency invoqua pour colorer sa révolte, quelques atmées plus tard, reposait sur le. refus qu'on lui avait fait de le mettre en possession d'une dignité que son père et son aïeul avaient exercée glorieusement. Les successeurs de Louis XIII jugèrent prudent de ne point la rétablir.
La suppression de la charge de connétable eut pour conséquence immédiate de donner plus d'importance et plus d'éclat à la dignité de maréchal de France, laquelle était restée jusqu'alors secondaire : il serait difficile de décider si les triomphes remportés sous le règne de Louis XIV eussent été aussi multipliés alors que chaque commandant d'armée se serait vu dans l'obligation de subordonner sa liberté d'action aux vues particulières d'un chef unique. Personne n'ignore que de sérieux différends s'élevèrent entre Turenne et les ministres du roi au sujet de la direction des opérations, que ces derniers prétendaient se réserver : ces dissidences en se prolongeant pouvaient avoir de graves inconvénients. Pour couper court à ces querelles, Louis XIV eut la pensée de rétablir la charge de connétable en faveur de Turenne; mais le modeste vainqueur des Dunes fut le premier à combattre auprès du monarque cette détermination, en s'appuyant sur les mêmes raisons d'État qui avaient
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fait agir le cardinal de Richelieu : cependant, le roi, poursuivant son projet, nomma Turenne, par lettres patentes, maréchal général^ afin qu'il pût sans douté exercer une prééminence sur tous ses collègues : mais le héros ne fit jamais aucun usage des prérogatives que lui donnait son nouveau titre : d'ailleiirs, il ne voulut avoir sous ses ordres que des lieutenants généraux; et, immédiatement après sa mort, ces lieutenants généraux furent élevés à la dignité de maréchal; cette subite promotion les fit appeler la petite monnaie de monsieur de Turenne,
Le maréchal de Villars, par sa victoire de Denain, sauva la France d'une invasion imminente : dans le premier mouvement de sa reconnaissance Louis XIV voulut lui conférer la charge de connétable, qu'aucun édit n'avait supprimée; mais Villars s'était fait des ennemis puissants par un ton tranchant et des manières hautaines : les motifs invoqués par les envieux du maréchal furent accueillis par le monarque, qui renvoya la nomination en des temps plus heureux; Villars obtint quelques années plus tard une sorte de réparation. Le sacre de Louis XV eut lieu en 1722 : les ministres voulurent que l'on déployât la pompe la plus extraordinaire dans une cérémonie dont personne n'avait aucun souvenir, puisque soixante-dix-huit années s'étaient écoulées depuis que Louis XIV avait reçu l'onction sainte. Une disposition expresse rétablit pour la solennité du sacre les hautes charges de l'ancienne monarchie : le maréchal de Villars y figura en qualité de connéta-
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ble; mais il ne jouit qu'un seul jour des honneurs attachés à cette dignité.
Les insignes de la charge de connétable consistaient dans une épée dont la lame, fort large, était parsemée de fleur de lis; on la voit fréquemment représentée dans les miniatures qui ornent les beaux manuscrits du moyen âge, et principalement dans le Froissart de la bibliothèque de l'Arsenal. Cette épée était conservée avec l'oriflamme dans le trésor de l'abbaye de Saint- Denis; l'une et l'autre se perdirent au milieu des désastres du règne de Charles V. Lorsqu'Arthur de Richemont, prince de la maison de Bretagne, consentit, dans l'intérêt de la maison de Valois, à exercer la première charge militaire du^oyaume, il fallut que Charles VII fît faire une nouvelle épée de connétable : celle-ci se transmit ensuite de règne en règne, et se perdit encore dans les troubles enfantés par les guerres de religion : enfin, quand le duc de Luynes fut pourvu de cette charge, objet de tous ses désirs, il reçut des mains du roi une épée magnifique, dont le pommeau et la poignée étaient couverts de riches pierreries : cette épée est restée vraisemblablement dans la maison de Luynes.