‹ Vies des grand capitaines français du moyen âge (volume 3)Chapitre 11 sur 22 · DU50IS · texte numérisé non relu

DU50IS

tard, dit la chronique, fît vingt prisonniers de sa main.

Il est à remarquer que Dunois ne couimunîqua point à la Pucelle son projet de sortie : on conçoit qu'une jeune femme , voulant conduire des opérations militaires d'après ses inspirations, devait parfois embarrasser un général expérimenté. Jeanne, fatiguée de l'expédition du matin ^ dormait au moment où l'attaque de Saint-Loup commença : il paraît qu'on négligea de l'envoyer chercher; le bruit causé par le mouvement des troupes qui couraient dans la ville l'éveilla; elle apprit qu'on se battait : indignée, Jeanne saisit ses armes, descendit, et prit le cheval d'un page, laissé devant son logis; elle se précipita vers la porte de Bourgogne et se mêla parmi les combattants, en se montrant aux endroits les plus périlleux.

L'héroïne signala saprésenceà la bastille Saint-Loup par un acte d'humanité : quelques Anglais, réfugia dans la sacristie de la chapelle, s'y revêtirent des habits de prêtres, et tentèrent de s'évader à l'aide de ce déguisement; mais les Français, les reconnaissant pour des soldats, voulaient les massacrer, afin de les punir d'avoir profané ainsi les choses saintes ; Jeanne les protégea , et leur sauva la vie en disant : « Cest précisément par égard pour les choses ssûntes qu'il faut les épargner. »

Avant de regagner la ville, Dunois fit raser les fo^ tifications de la bastille, ne voulant pas que les Anglais pussent s'y loger une seconde fois : les habitants célébrèrent cette conquête au son des cloches. En rentrant, la Pucelle courut se placer au bout du pont, en face des tonrnelles; là, elle appela d'une

Durcois. 337

Voix forte Glacidas, commandant les compagnies qui défendaient ces travaux. Le capitaine panit aux créneaux : la jeune fille lui annonça que le châtiment des Anglais avait commencé, et qu'elle le sommait, au nom du Seigneur, de se retirer au plus vite avec les siens. Glacidas ne lui répondit que par des invectives, Y appehnt vachère, ribaude, ce qui mortifia on ne peut plus Jeanne d'Arc. Elle répliqua en bons termes, et finit néanmoins par pleurer comme une femme à qui Ton dit des injures.

Le lendemain de la prise de Saint-Loup, Jeanne roulut que Ton se portât sur la bastille Saint-Laurent, quartier général de Sufïblk. Cet officier y avait concentré la majeure partie de ses compagnies , afin d'empêcher l'introduction d'autres convois que l'on annonçait devoir arriver par la Beauce. Ce camp , trèsnapproché de la Loire, sellait aux troupes de Glacilais par le moyen du fort établi sur Tile, comme point ntermédiaire. La garnison entière d'Orléans n'aurait >as suffi pour assurer le succès de l'attaque Saint- Laurent. Dunois, ne partageant point l'opinion de Feanne, proposa de diriger les efforts contre la tournelle des Augustins, défendue par Glacidas : la possession de ce boulevard devait amener un résultat auquel on aspirait depuis longtemps, celui de rouvrir les communications de la ville avec la Sologne; d'ailleurs, la prise de Saint-Loup , exécutée la veille ^ favorisait singulièrement ce projet. Le conseil de guerre idopta cet avis tout d'une voix, «c au grand déplaisir ie la Pucelle , qui s'en tint mal contente des chefs , jes capitaines et des guerriers. » Le soir même elle

T. Y. aa

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se rendit une seconde fois au bout du pont, suifie (Fune foule immense de peuple ; elle y resta deux heareSy en admonestant durement les Anglais. Gladdas raccueillit par des huées , en lui criant qu'il la ferait brûler si on la prenait. Pendant ce spectacle singulier, qui entretenait parmi les habitants une agitation salutaire, Dunois, agissant en chef consommé , prenait des dispositions pour assurer le succès du coup de main projeté.

Le 6 mai au matin, les Français , au nombre de trois mille, montèrent sur des barques et descendirent la rive gauche de la Loire à la Yue de Glacidas, qui s'empressa de rappeler le détachement de Sainte Jean le Blanc. Jeanne, accompagnée de quelque^ eeih taines d'archers, débarqua la première, et s'aTançt rapidement vers les fortifications des Anglais : elle marchait en avant des premiers rangs, fort résoltteet portant son étendard. Glacidas, voyant si petl de monde accompagner la guerrière , lança plusieurs pe« iotons, qui fondirent sur le détachement et le mirent en déroute. Jeanne serait tombée ce jour^à au pou* voir de Tennemi , si Danois n'eût envoyé à son secours un escadron tout entier. Enfin , le débarquement étant achevé, on repoussa les Anglais, et Jeanne fîit cdte qui les serra de plus près; elle planta sa bannière ao bord du fossé extérieur des Augustins. DuDoiS| qni la suivait en bon ordre à la tête de deut mille hommes, donna le signal de l'attaque. On combla les fossés; les Français, animés d'une ardeur suraatordle, escaladèrent les fortifications, brisèrent les palissades, et se rendirent maîtres de la bastille des Augustins.

Quatre cents Gallois, qui défendaient ce boulevard, s'y firent tuer. Jeanne, n'ayant cessé de corabattre aux endroits les plus périlleux, fut blessée dangereusement au talon par une chausse-trape : des soldats remportèrent sur un brancard de lances.

Dunois passa la nuit dans le poste qu'il venait d'enlever, séparé de l'ennemi par un fossé de cinq pieds et par un rang de palissades. Ce général se montrait décidé à recommencer l'action le jour suivant, pour forcer Glacidas jusque dans les tournclles. Le maréchal de Raitz, La Hire, l'amiral de Culant, Xaintrailles , Graville, Louis de Scorailles, se signalèrent dans la prise de ces retranchements. Le lendemain 7 mai, dès le matin, Dunois recommença l'assaut, dans le but de s'emparer du poste qui formait le point intermédiaire entre les Augustins et les tournelles. Glacidas et les siens y déployèrent leur bravoure accoutumée; plusieurs fois ils précipitèrent dans les fossés les assaillants, parvenus à se loger sur la plate-forme; ceuxci, plus nombreux, se renouvelaient, tandis que les Anglais ne pouvaient remplacer le monde qu'ils perdaient. Un dernier effort suffit pour enlever le fortin : Glacidas, cédant le terrain pied à pied, se retirait devant la foule des Français, dans l'espoir de gagner les tournelles, séparées du boulevard par un pont-levis qui couvrait un large fossé rempli des eaux de la Loire; mais, en franchissant cet étroitpassage, Glacidas trouvale terme de sa vie: le plancher, se détachant des chaînes, tomba dans la Loire en y entraînant les Anglais, qui se noyèrent tous. Nonobstant la mort de leur chef, ceux qui occupaient les tournelles se défendaient vaillamment.

aa.

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La nuit s'approchait; Danois , vojrant ses soldats accablés de lassitude, désespérait d'emporter les derniers retranchements ; il voulait se retirer : TinÊitigable Jeanne, qui était revenue au combat, quoique blessée , le pressa de persister , en disant que son inspiration lui apprenait que les tournelles seraient conquises le soir même. Ces paroles prophétiques ranimèrent l'ardeur des combattants : quantité de cadavres, mêlés aux fascines, comblaient aux deux tiers les fossés; on se servit de cet étrange pont pour commencer une troisième attaque. Jeanne fait poser des échelles très-bien ferrées, monte avec intrépidité, atteint le rempart demi-écroulé , et plante son étendard sur le parapet du pont. L'apparition de Thérome à l'endroit le plus périlleux transporta d'enthousiasme soldats et officiers ; les divers travaux furent enlevés successivement àla vue deTalbot et de SufFoIk, rangés en bataille devant le ravelin Saint-Laurent : la disposition des lieux les empêchait de secourir les tournelles en temps opportun.

Dans la crainte d'interrompre le récit ^ nous n'avons point dit que dès le commencement de l'action une flèche atteignit Jeanne d'Arc à l'épaule gauche; la Pucelle arracha elle-même le fer, étancha le sang, fit une courte oraison, puis revint à l'assaut. Cette fille incomparable monta la première aux échelles, en dépit des souffrances que lui causait la blessure reçue la veille au pied droit (i). Les bourgeois d'Orléans, stimulés par les cris autant que par les actions

(i) GuyoD , et tous les autre» hlstorleas du sîége.

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de Veriifoyée de Dieu, concoururent puissamment à la prise des tournelles. Conduits par le sire de Giresme, chevalier de Rhodes, ils se portèrent sur le pont, en. traînant à force de bras des machines de guerre et des canons : leurs artilleurs ne cessèrent de tirer, afin de favoriser l'attaque qui s'exécutait du côté de terre; ces décharges|continuelles balayèrent les fortifications, en obligeant les Anglais de se blottir derrière les épaulements. La retraite des gens de Glacidas rendit plus faciles les tentatives que l'on fit de combler le vide occasionné par la rupture de la première arche : à cet effet on jeta en travers une énorme porte de ville, très-bien ferrée, que le hasard fit rencontrer; par malheur il s'en manquait de trois pieds qu'elle joignit le bord opposé : un ouvrier aussi courageux qu'habile y attacha, avec une célérité incroyable , une allonge, se suspendit lui-même après la pièce de bois, et la fixa, au moyen des chevilles, à l'autre bout du pont. Le sire de Giresme et plusieurs capitaines atteignirent les tournelles en'passant sur ce frêle support : les Orléanais le traversèrent également un à un, et eurent la gloire d'entrer avant le gouverneur dans les travaux de l'ennemi. Ainsi finit cette glorieuse journée, qui coûta aux Anglais sept cents hommes, les meilleurs archers de Talbot. Dunois laissa un fort détachement pour garder la tête de pont, employa un nombre considérable d'ouvriers à raser les fortifications des Augustins, et rentra le soir dans Orléans par la Loire, ramenant son artillerie , ses prisonniers et ses blessés.

Durant le mois qui venait de s'écouler, les assié-

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géants avaient perdu par les assauts, sorties et «8ca^ mouches, cinq mille hommes tués ou mûi hors de combat; les sept premiers jours de mai leur devinreiit funestes; le siège, depuis son début, avait dévoré douze mille combattants : Bedfort, ayant épuisé ses ressources, se voyait hors d'état de les remplacer par l'envoi des nouvelles phalanges. Le camp du blocus ne contenait plus que dix mille hommes, fort découragés : Talbot , Suif folk et les autres généraux ne se dissimulèrent point le danger de leur position; ilsré^ solurent de partir la nuit même. Ayant rappelé les postes éloignés et concentré leurs forces sur la route de Paris , ils parurent au lever du soleil devant la barrière Saint-Laurent, en ordre de bataille, bannières déployées, les divisions serrées comme pour offrir le combat. Cette manœuvre n'avait pour but que de masquer la retraite des bagages, qui dq>uis plusieurs heures filaient sur Châteaudun.

Cette offre du combat, de la part de Talbot, avait mis les habitants et la garnison dans une émotion inexprimable: Dunoiset les principaux chefs voulaient se porter hors des murs, à la tête des soldats et des Orléanais réunis^ pour en venir aux mains. Les Anr glais , après un siège de sept mois et des pertes immenses, auraient montré sans aucun doute moins de résolution que dans les champs de Yerneuil ou de Rouvray . Mais Jeanne, assurent les historiens, empêcha Dunois de sortir pour engager l'action, attendu que ce jour-là était un dimanche. Dunois, appréciant un pareil motif, se borna à tenir la garnison sous les armes, prête à repousser un assaut si on voulait le tenter.

Dusrois. 343

Tel n'était pas le dessein des généraux anglais. Ayant attendu quatre heures environ, ils déterminèrent leur mouvement rétrograde (8 paai 14^9) d'une manière si précipitée, que leurs gens n'eureïit pas le tenf)ps, faute de moyens de transport, d'enlever l'artillerie, les bagages, et même la plupart des prisonniers. Un de ces derniers, nommé Bourg du Bar, chevalier à bannière, eut le malheiir de tomber au pouvoir des Anglais la première semaine du siège; et comme Talbot en attendait une grosse rançon, il l'avait renfermé dans une des casemates de la bastille de Paris, en lui mettant aux pi^s des agneaux de fer très-pesants, afin de l'empêcher de s'échapper. Il le plaça sous la garde spéciale de son chapelain , moine de l'ordre de Sainte Augustin, qui, chaque jour, apportait à manger au prisonnier, et l'exhortait à prier. Le matin du départ, Talbot donna commission au «chapelain de mener le chevalier français à la suite de l'armée. Bourg-du-Bar sortit de la casemate , et se mit à marcher^ mais très-difficilement, en dépit des excitations de son conducteur. Voyant la colonne anglaise s'éloigner assez précipitamment, il s'arrêta tout à coup, et, saisissant le moine à la gorge, il lui dit : « Je n'irai pas plus loin; et comme je ne puis marcher, vu mes blessures, j'entends que vous me portiez vous-même, non à Châteaudun, mais à Orléans. » Le cJiapelain, tremblant, prit le banneret sur ses épaules, et entra ainsi dans la ville, au milieu des risées universelles (i). Dès que le départ de Suffolk fut connu , les Orléa-

(i) SaÎDt-SyphorieD Guyofi , p. i83.

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nais, joints aux archers de la garnison; aUèrènt s'emparer du camp des Anglais , où ils recueillirent quantité de vivres et un matériel très-précieux ; ils incendièrent toutes les baraques, et rentrèrent chai^ de butin. Si Ton en croit les relations les plus véridiques de cette époque, Dunois se couvrit d^une gloire immortelle durant ce siège : aussi profond politique que général consommé, il sut communiquer aux bourgeois les sentiments patriotiques qui ranimaient. Tour à tour gouverneur et soldat, il passait du conseil au rempart; on le voyait sduvrat partir avec une'centaine de cavaliers, pour prot^;er l'entrée de quelques chariots. En relevant, chez le commentateur Guyon, les sorties, on compte plus de cent escarmouches dans lesquelles le bâtard croisa le fer. Sa conduite envers Jeanne fut admirable^ font antre aurait pu se montrer jaloux d'une femme qui accourait lui ravir l'honneur d'une défense longue et sans exemple : jugeant que la coopération de Jeanne pouvait devenir profitable à l'État, il la dirigea d'une manière habile^ se montra docile à la voix de Thérmue, sans mépriser jamais son appui.

J^es Orléanais le secondèrent merveilleusement; on ne peut leur accorder trop d'éloges : ils se conduisirenl en bons Français et en vaillants guerriers. La voix commune assure que Jeanne d'Arc les sauva; il aendt plus juste de dire qu'ils se sauvèrent eux-mêmes. Non-seulement ils agirent pour la conservation de leurs foyers, mais encore dans l'intérêt de la nation entière ; car si la ville d'Orléans eût été peuplée d'hommes pusillanimes, elle serait tombée au pouvoir de

Dunoid. 345

Tennemiy en dépit du dévouement de la Pucelle (« ) : ce revers eût entraîné, sans aucun doute, la ruine de la monarchie. Au reste, voici une pièce authentique

(i) Après Taffreux trépas de Jeanne d'Arc, les femmes d*Orléans décidèrent d'élever un monument à la mémoire de cette héroïne» rbonneur de leur sexe : elles payèrent les frais en y consacrant des dons volontaires. Ainsi Tune offrit un joyau, l'autre une boucle de ceinture, celle-ci le prix d'une parure, celle-là un collier. Enfin ce monument, à l'érection duquel l'État ne contribua en rien, fut bâti sur le pont , vers la quinzième arche, du côté des tournelles. Il se composait d'une haute croix, au pied de laquelle reposait la Vierge, tenant sur son giron le Christ mort : on voyait d'un côté Charles VII à genoux, et de l'autre Jeanne d'Arc également à genoux. Ce monument fut détruit en i56a par les protestants, qui jetèrent les statues dans la Loire.

Pontus Heuterus, historien flamand, vivant au milieu du seizième siècle , avait vu ce monument avant qu'il fut détruit ; il dit : Sunt qui fabulam quœ de puella Joanna scribimus putant ; sed prœterquam quod recentioris sU memoriœ, omniumqite scriptorum libri qui tune vixerunt mentionem de eaprœclaram faciant, vidi ego mets oculis in ponte Jure* fiano trans Ligerim œdificato, erectam hujus puellœ œneam imaginent coma décore per dorsum fluente, u troque genu coram œneo crucifixi Christi simulacro nixam , cum inscriptione , positam fuisse hoc tempore, Opéra sumptuque virginum àc matronarum Aurelianensium, in memo' riam liberatœ ob ea urbis Anglorum obsidione.

Ce monument fut rétabli en iSyo, avec quelque variante dans la pose des figures; en 174$ , les réparations que nécessitait le vieux pont obligèrent les magistrats d'enlever ce groupe. On le renferma dans une des salles de l'hôtel de ville, où il resta vingt-cinq ans. Enfin les échevins replacèrent encore ce monument, en 1775, dans le carrefour formé par la jonction de la rue Royale et de la rue de la Vieille-Poterie; on fit quelque changement à la disposition des figures. Il disparut entièrement le 39 août 179a: on le mutila tellement, qu'il n'en resta plus vestige. En i8o3 , sous le ministère de M. Chaptal, la ville fut autorisée à élever à Jeanne d'Arc la statue que l'on voit aujourd'hui sur la place du Martroy.

En 18 17 , M. le comte de Riccé étant préfet, et M. le comte de Rocheplatte étant maire d*0rléans, on éleva une croix en pierre sur

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qui montre sous quel point d0 vue lu dâiYMmco de cette place fut considérée en Angleterre.

Le duc de Bedfort écrivit le ao mm i^^Q^ «u jeun^ Henri VI y son neveu , une lettre au sujet des afFatres de France : elle est consignée par Rymer dans les Actes publics d'Angleterre, t. X, p. 4^8.

En voici le passage le plus saillant :

« Toutes choses prospéraient ici pour vous jusqu'au temps du siège d'Orléans , entrepris Dieu sait par quels conseils! Après la mort de mon cousin de Salisbury, que Dieu absolve , qui est tombé, ca jsemble, par la main de Dieu, vos troupes i qui étaient aa grand nombre à ce siège, ont reçu un terrible éelieCi Cela est arrivé en partie, comme nous nous le persuadons, par la confiance que les «noemia onjt eue en une femme, née du limon de Teofer et diseipb de Satan, qu'ils appellent la Pucelle, laquelle Yttt servie de sortilèges. Cette défaite a uou-aeiilaïQeDt diminué le nombre de vos troupes, maia ea méaie temps a fait perdre courage à celles qui restent, d^UQfi manière ètoimante. »

Bedfort passait pour un des hommes les pluaédaîrés de son siècle.

remplacement des anciens Augustins» traosCormés par Iflt AiislaltC|i une bastille qu'ib appelèrent Londres. Ce fut dans oe lien que Jt$nm d'Arc se distingua plus particulièrement.

OUKOiS. 347

UVREIV.

DiNBois contribue au gain de U bataille de Patay. -*- Il assifia au tacre éa roi. «^ Campai^ne de i45o. — Danois fait la conquête de la haute

. Normandie. — Siège et prise de Rouen. — Entrée de Charles Vil dans cette ville. — Dunois en est nommé gouverneur.

Danois f accompagné de la Pucelle et des principaux chefs j sortit d'Orléans le surlendemain , et alla complimenter le roi k Loches. Chai*les VU , sachant que les affaires du siège prenaient une tournure bvorid>Ley s'était rapproché, afin que son voisinage inspirât plus de confiance aux troupes : UTrémouille \a lui avait permis. Le monarque combla de caresses Jeanne d'Arc et Dunois , pour lequel il avait conçu nue prédilection singulière, prédilection que le héros justifiait chaque jour de la manière la plus brillante. Dunois et les autres généraux quittèrent Tâches le lendemain. Comme le siège d'Orléans avait mis en mouvement la France entière , il arrivait d'heure en heure, du fond des provinces les plus éloignées, des détachements envoyés par les villes au secours du roi. La nouvelle du succès remporté sur les bords de la Loire donna une impulsion plus marquéie au patriotisme des populations : l'armée s'accrut tellement , qu'elle se trouva en état de reprendre l'offensive. Le duc d' Alençon, fait prisonnier à la bataille deVerneui),

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avait obtenu la permission de racheter sa liberté en payant une rançon exorbitante : il se rendit dans ui domaines, réchauffa le zèle de ses vassaux pour la défense commune 9 et arriva au camp de Loches escorté de douze cents hommes : il y précéda Dunois d'une semaine. Le conseil de Charles VII jugea ooDvenable de con6er le commandement suprême au duc cFAlençon , considérant que sa qualité de prince dn sang lui donnerait l'autorité nécessaire pour réprimer les excès auxquels se livraient les capitaines des compagnies d'armes. Le duc d'Alençon nomma Dunois sod premier lieutenant , et partit sans délai, avec nntention de recommencer les hostilités.

En levant le blocus d'Orléans , l'armée anglaise s'^ tait disloquée pour se réfugier derrière les remparti des places fortes de la rive droite du fleuve. Suffolk se renferma dans Jergeau , Guerard se jeta daqs Besn* gency, et Talbot dans Mehun. Ce dernier dépécha an messager à Bedfort pour l'instruire de sa position , et le prévenir qu'il ne pourrait pas se maintenir sur k Loire si on ne s'empressait de lui envoyer des renforts considérables. Jje régent lui-même, très-occupé à contenir les Parisiens, ne pouvait dégarnir la capitale) où le bruit de la délivrance d'Orléans avait ceci* sionné une fermentation inexprimable. Bedfort, ayant tiré des détachements de la Picardie et de la Nonnan* die, en forma une division de trois mille cinq cents hommes de vieilles troupes : il les mit sous la dîreetion de FastofF, le héros de la journée de Rouvnjr* ne doutant pas qu'à l'aide de ce secours, un généni tel que Talbot ne dût repousser les Français. Geoz-

ci ne laissèrent pas à l'ennemi le loisir de se reconnaître; ils attaquèrent Jergeau, qui fut enlevé d'assaut : Suffolk y tomba au pouvoir des vainqueurs; son frère, le sire de la Poil, se noya, et six cents Anglais périrent en cette occasion. Chacun contribua pour sa part à ce brillant succès; Jeanne d'Arc y donna de nouvelles preuves de courage. On investit immédiatement après Beaugency; la basse ville fut prise sans difficulté : Guérard se retira , accompagné du bailli d'Évreux, dans le château. C'est alors que le comte de Richemont, partageant les transports qui se communiquaient aux diverses classes de la nation , vint joindre l'armée, en dépit des ordres du rpi. Dès qu'on apprit sa venue, quelques officiers s'écrièrent que, loin de le recevoir, il fallait marcher contre lui, elle traiter en rebelle. Jeanne d'Arc, adoptant cet avis^ monta 4 cheval, et voulut entraîner sur ses pas les quatre divisions; mais La Hire, Xaintrailles , et la majeure partie des capitaines, retinrent laPucelle, en disant que nul d'entre eux ne traiterait en ennemi le prince breton. Dunois, rendant hommage au mérite du connétable , embrassa sa défense l'un des premiers : malheureusement pour sa gloire, il changea plus tard de manière d'agir à l'égard du comte de Richemont. Ce différend, qui pouvait devenir très-grave, étant aplani, on poussa le siège de la citadelle de Beaugency. Le duc d'Alençon céda le commandement au connétable son oncle. Guérard, craignant d'éprouver le sort de Suffolk, capitula, et livra une garnison encore intacte. En apprenant la reddition de Beaugency, Talbot quitta Mehun, suivi des trois mille cinq cents

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hommes qui lui restaient; il se dirigea vers la Beaiioe pour opérer sa jonction avec FastofF, dont rarritée lui était annoncée, et se retirer ensuite sur la Seine, afin de couvrir Paris : nous avons dit comment les Français déjouèrent ses projets. Ils livrèrent la bataille de Patay ; chacun de leurs chefs contribua en son particulier au gain de la journée : le connéta* ble, par ses savantes dispositions; le duc d'Alençon, par son impétuosité chevaleresque; Jeanne d*Are, par son courage d'inspiration; Dunois, par la valenr qu'il déploya dans les quatre attaques. Ce dernier, placé à l'extrême droite, culbuta la division àt TEscalles , et fit ce général prisonnier.

Les brillants avantages remportés dans cette drconstance par le connétable effrayèrent la Trémouille: le favori fit défendre au comte de Richemônt de venir déposer ses nouveaux lauriers aux pied» du roi. Dunois ne porta point le même ombrage ; on lai permit de paraître devant Charles VU , qui le com* bla des témoignages de sa reconnaissance; le prince voulut qu'il l'accompagnât à Reims, où devait s'accomplir un acte solennel, la cérémonie du sacre, que les Français regardaient comme le complément indispensable de la royauté. Les partisans de Charles VII, Jeanne d'Arc elle-même, ne rappelèrent que le dauphin, tant qu'il n'eut pas reçu TonirtioD sainte, quoiqu'on l'eût reconnu en qualité de rOi depuis huit ans. Charles ordonna au connétable de se porter dans la Normandie afin d'occuper les Anglais sur ce point; et lui-même passa en revue, le 2 juillet, les douze mille hommes destinés à raccom*

Dujfois. 35 1

pagner en Champagne; il fit solder la moitié de Farriéré, et le lendemain on se mit en route. L'avantgarde marchait sous le commandement de Danois; le corps de bataille suivait le roi ; Jeanne d'Arc che* vauchait à coté du princeé En voyant défiler la co^ lonne, cette fille vertueuse aperçut^ au milieu de rimtnense attirail appartenant aux capitaines, quantité de femmes perdues de mœurs. L'héroïne ne put con*» tenir son indignation : elle les chassa , et en frappa même plusieurs du plat de sqn épée; mais ce précieux glaive y sorti de la chapelle de Fierbois, cassa en deux ; <x ce dont le roi fut bien desplaîsant y lui disant qu'elle devoit avoir pris un bon bâton , et frap* per dessus , sans abandonner icelle épée, qui lui estoit venue divinement. Cette épée fut baillée à des ou* vriers pour la refondre, ce qui ne le purent faire, ni la peurent oncques rassembler (i). »

Après deux jours de marche on arriva devant Auxerre, qui refusait d'ouvrir ses portes, alléguant qu'elle appartenait au duc de Bourgogne, et non aux Lancastre. On se contenta de cette excuse, afin de ménager Philippe le Bon , et l'on prit les vivres, que kl ville offrit de livrer en bonne qualité. Saint-Florentin se soumit à la première sommation; il n'en fut pas de même de Troyes, où s'étaient réfugiés précipitamment les divers pelotons de troupes anglaises disséminés dans cette partie de la Champagne.

Jean de Saveuse, gouverneur de la place, voulant donner une idée avantageuse de ses forces, sortit

(i) Histoire de Charles VII,

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au-devant des Françaisi et engagea une escarmouche avec Favant-garde, Dunois le repoussa vigoureusement, lui tua du monde I et le refoula jusque dans les faubourgs. On espérait qu'un pareil échec décH derait les habitants à baisser les ponts-levis ; mais cet espoir ne se réalisa point. Le conseil s'assembla pour décider si l'on passerait outre, ou s'il fallait entréprendre le siège : l'historien de Jeanne d'Arc assure qu'elle fit adopter au roi ce dernier parti. En effety l'armée, quoique épuisée de fatigue, forma ses lignes d'attaque. Ces démonstrations effrayèrent extrêmement les bourgeois , accourus sur les remparts; un assez grand nombre y étaient attirés par le désir de voir Charles VII : plusieurs d'entre eux crurent qu'ils apercevaient l'étendard de Jeanne d'Arc, autour duquel , suivant eux , voltigeaient des essaims de papillons blancs, signe évident delà protection divina T.ies imaginations s'enflammaient : la majorité des habitants décida qu'on ne pouvait résister davantage au roi leur seigneur : les échevius arrêtèrent que ù dans quatre jours aucune armée ne paraissait, on capitulerait. Pendant cette suspension d'armes, la ville fournit aux Français les subsistances nécessaires Le délai étant expiré sans que le secours arrivât, les ponts-levis se baissèrent; le roi permit à Saveusè et aux soldats boui^uignons de se retirer où bon leur semblerait. Il entra dans Troyes accompagné de Du* nois, des ducs d'Alençon, de Vendôme, de Bourbon et de quelques chevaliers ; l'armée resta campée hors des murs, sous le commandement d'Âmbroise de Loré.

DUNois. 353

Lejour suivant, des députés de Châlons vinrent présenter au monarque des clefs , en signe de soumission ; plusieurs cités voisines imitèrent cet exemple. Charles VII quitta Troyes le 1 1 , et parvint aux portes de Reims le i6 : il fut reçu dans la ville au milieu d'un concours prodigieux : les gens de la campagne étaient accourus de vingt lieues à la ronde. Le lendemain, un dimanche, la cérémonie du sacre commença ; les maréchaux de Raitz et de Saint-Sever, l'amiral de Culant et le sire de Graville, grand maître des arbalétriers, se rendirent dès le matin à l'abbaye de Saint-Remi,pour y prendre la sainte ampoule. Avant de la tirer hors du reliquaire, l'abbé exigea d'eux un serment sur l'Évangile, de la restituer intacte au chapitre, immédiatement après l'onction du prince; ce qu'ils jurèrent. En conséquence Tabbé, revêtu de la chape, se mit en route pour l'église cathédrale de Reims, chargé du précieux dépôt , et se plaça au milieu des quatre dignitaires, qui tenaient l'épée nue. Durant le cours de la cérémonie, Dunois remplit les fonctions de connétable en l'absence du comte de Richemont. Le jour même du sacre , le roi reçut la soumission des villes de Laon , de Soissons , de Châteaudun , de Coulommiers; il atteignit Provins le surlendemain, et y apprit que Bedfort venait de quitter Paris, annonçant la résolution de lui livrer bataille et de relever le parti de Henri VI par un succès éclatant. Le cardinal de Wincester était arrivé de Londres avec cinq mille hommes destinés, disait-on, à former une croisade contre les Hussites; mais le prince jugea plus urgent de

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s'en servir pour arrêter les rapides progrès de Charles VII.

Le roi 9 ses généraux , et en particulier Dunois^M montrèrent fort joyeux en apprenant Fespèce de défi que leur faisait le régent; ils se portèrent au-devant des Anglais, sur la route de Senlis. Arobroise de Loré et La Hire, menant l'avant-gardei ne tardèrent pas de rencontrer les coureurs de l'armée enneaiie^ et ki rejetèrent sur Bedfort : ce prince s'avançait en boa ordre à la tête de douze mille combattants. En iqper* cevant les premiers cavaliers de Loré , il fit halte en s'adossant à un petit étang, afin de ne pas se laisser tourner : le régent garantit son front au moyen d^aoe double ligne de piquets ferrés : ses soldats en portaient chacun deux; ils exécutaient avec une promp* titude admirable la manœuvre de les planter en terre pour arrêter la cavalerie, l'arme la plus redoutable (les Français. Suivant les règles de la tactique dbservée par les troupes britanniques, Bedfort se ren« ferma dans sa position, attendant qu'on vînt l'y attaquer : il espérait que la première fougue de ses adver* saires viendrait se briser contre les obstacles matérieis qu'on leur opposait; mais , à force de commettre des fautes , les Français avaient enfin appris à ne plus retomber dans les mêmes.

L'armée du roi s'approcha des Anglais, en bataille, jusqu'à deux portées d'arbalète; néanmoins elle ne les attaqua point. Charles VII s'était placé avec la réserve en seconde ligne; les maréchaux Saint-Sever et Boossac se mirent à la gauche de la première; les dues

DtJNOIS. 355

d'Alençon, de Vendôme, de Bourbon, au centre; Dunoîs , à la droite , secondé par ses deux fidèles compagnons de gloire Xaintrailles et La Hire : ils commandaient les troupes légères chargées d'entamer Faction. Les divisions étant rangées, on dépécha vers le régent un héraut pour l'inviter à sortir de ses retranchements ; Bedfort ne répondit pas au message, mais il repoussa vigoureusement les attaques partielles dirigées sur ses flancs par Dunois , qui ne cessait de l'inquiéter. L'intervalle qui séparait les deux armées devint en peu de temps un champ de tournoi, où dix, vingt , cinquante et même deux cents poursuivants soutenaient des apertises sanglantes. Le sire de laTrémouille, ce ministre si redouté, choisit ce moment pour se montrer. La chevalerie et l'armée le connaissaient à peine; fl entra dans cette lice monté sur un magnifique coursier et revêtu d'une brillante armure. La Trémouille s'avançaversl'ennemi, comme pour lebraver: plusieurs Anglais ,s'étant élancés hors des rangs le culbutèrent, et se disputaient déjà sa personne, dont ils espéraient tirer une forte rançon , lorsque trois chevaliers normands se précipitèrent sur ces cavaliers, et arrachèrent de leurs mains le favori éperdu.

Au bout de trois jours d'attente, les deux partis se retirèrent simultanément. Les Français craignaient de compromettre la sûreté du roi dans une action li- ^irrée en rase campagne : de son côté, Bedfort considérait qu'il pouvait perdre sa dernière armée en ^toutenant un engagement sérieux; il jugea plus ^lÊonvenable de perpétuer la guerre en disséminant ses forces dans les provinces voisines de la capitale.

356 DUNois.

Ainsi le régent , parti de Paris avec Tintention cl*aect* bler d'un seul coup le Dauphinois ^ n'osa pas tenter la fortune : il se retira du côté de Saint-Denis. Diinois, * à la tête delà cavalerie , ne cessa de harceler les An* glais (fin de i4^9) ; ^^ i*oi, enhardi par la retraite de Bedfort, poussa jusqu'au milieu de me-de-França Danois, conduisant toujours Tavant-garde, entra dans Saint-Denis, et prit position devant Montmartre. ChaX* les VU, accompagné de la Pucelle et de ses généraux , vint se placer sur cette montagne : le roi ne puts^enipèclierde manifester une émotion extrême en apercevant cette grande cité où il avait reçu le jour, dont les portes lui étaient fermées depuis douze ans, et sur les remparts de laquelle ses yeux voyaient flotter le grand étendard d'Angleterre.

Les royalistes, remplis d'uneconfiance malheureuse, attaquèrent impétueusement plusieurs points; mais ils furent repoussés, essuyèrent une perte considérable , et la plupart d'entre eux faillirent perdre la vie au pied de ces redoutables retranchements : Jeanne d'Arc y reçut une blessure grave. Charles VII, que cet échec dégoûta de la guerre, sortit du camp le lendemain, et prit le chemin du Berri : il nomma gouve^ neur de l'Ile-de-France le comte de Vendôme, prince du sang, en lui adjoignant Dunoispour le seoondeil L'hiver entier se passa en escarmouches; durant cette inaction, Bedfort avait fait mouvoir tous les ressorts de l'intrigue, afin de réparer, par quelque événement politique, les revers essuyés dans la campagne de i^'^'^ Comprenant quelle faute immense on avait commise en blessant la fierté du duc de Bourgogne, il ne né*

puifois. 357

gligea auc un moyen pour le ramener, et finit par lui offrir de se démettre en sa faveur de la régence du royaume de France. Cette proposition flatta singulièrement l'amour-propre de Philippe : ce prince s'empressa d'accourir à Paris : il y fit son entrée le 3o septembre 14^9^ p^iv la porte Saint-Martin : sa sœur, femme de Bedfort, l'accompagnait; elle avait contribué à rapprocher les deux rivaux : six mille Picards et quatre mille Flamands escortaient le duc de Bourgogne. Ces troupes, conduisant un noiùbreux attirail de machines et de chariots, furent logées dans riutérieur de la cité ; on leur assigna des maisons vides, qui ne manquaient point, car la misère autant que les maladies avaient moissonné le tiers de la papulation.

Philippe , régnant en maître dans Paris , ne fit rien pour diminuer les maux qui désolaient la capitale; c'étaitla ville de France dont les habitants montraient le plus d'attachement aux ennemis de la patrie; aussi le ciel semblait-il se complaire à leur susciter toute espèce de maux. La famine et le froid furent les châtiments que ces mauvais Français ressentirent davantage. A peine l'automne commençait-il, que la gelée se fit sentir; cent petits cotrets coûtaient vingt-qual^tre sous parisis, six fois plus cher que dans les temps ordinaires; deux œufs, quatre deniers, dix fois plus que six ans auparavant. On rencontrait des corps morts à tous les coins des rues, et sous les porches des églises. Les royalistes , qui battaient la campagne , ne laissaient passer aucun transport de vivres, de telle manière que les troupes de la suite du duc de Bour-

358 Duirois.

gogne se voyaient au moment de mourir de elles se mutinèrent pour obtenir quelques Bubsutances : Philippe , dans l'impossibilité de satisfaire tant de besoins, entouré sans cesse de malheureux qui venaient expirer devant les barrières de son palais, quitta brusquement Paris le i5 septembre, sans prendre aucune mesure pour garantir la ville des entreprises des gens du dehors, tf Si Ton vient vous ^iltaquer, dit-il aux notables , défendez-vous de votre mieux. » a Yeez là , dit le Journal de Paris , tout le bien qu'il nous fist(i). »

Le duc se rendit à Bruges, pour épouser Isabelle ilePortugal.Bedfort revint à Paris, et s'empressa d'envoyer en Flandre sa femme, afin de complimenter la nouvelle duchesse de Bourgogne, et de proposer à Philippe la cession définitive de la Champagne et de la ÎBrie, comme gage de leur raccommodement; mais il demandait que, de sou côté , le duc prît une partplus active aux opérations de la guerre, et s'unit franchement aux Anglais pour accabler Charles VIL

Fort empressé de donner des témoignages de sa bonne volonté, Philippe commença en personne la campagne de i43o, secondé par une armée coippo* sée de l'élite des Bourguignons. SufFolk et trois mille Anglais vinrent se mettre sous ses ordres : Danois et Xaintrailles, jugeant impossible de lui tenir tête, re» gagnèrent les places fortes. Dunois se jeta dans Corbeil, Xaintrailles dans Melun, et la Pucelle dans Compiègne, dont le farouche Flavi était gouver-

(i) Journal de Paris, p. 127.

puirois. 359

neur. Le duc de Bourgogne investit cette dernière ville; la présence de Jeanne d'Arc avait transporté d'enthousiasme les habitants et les gens de la garnison : les uns et les autres repoussèrent vigoureusement les Bourguignons. Le 25 mai, la Puceile, commandant six cents hommes, exécuta une sortie contre les quartiers du sire de Ligny, et y sema l'épouvante : s'étant avancée sans précaution au milieu des lignes, l'intrépide Jeanne d'Arc se vit entourée de tous côtés. Elle s'ouvrit cependant un chemin, et battit en retraite en bon ordre jusque sous les murs de Compiègiie : elle espérait trouver en dehors des glacis le reste de la garnison disposé à protéger sa rentrée. En effet, le pont-levis resta baissé le temps nécessaire pour recevoir les deux tiers de son monde; mais au moment où l'héroïne allait passer, le pont-levis se leva : Jeanne resta au bord du fossé, accompagnée d'une poignée de soldats. Le comte de Vendôme, qui la poursuivait chaudement, voyant son embarras, fondit sur elle; et cette fille généreuse, trahie par la fortune, se vît obligée de rendre les armes, après une résistance opiniâtre.

Il parut constant que Flavi, envieux de la gloire de Jeanne d'Arc, dont le crédit auprès des troupes éclipsait le sien, saisit cette occasion pour la perdre, afin de mettre un terme à une rivalité incommode. I^ caractère atroce de ce guerrier justifiait pleinement les soupçons que l'armée conçut à cet égard : au reste, on aime à savoir que le trépas de cette femme héroïque fut vengé par une autre femme. Flavi avait épousé en secondes noces Blanche de Danebruch, dont les char-

mes produisirent sur son cœur endurci une sensatioii extraordinaire; mais, dans un accès de jalousie, il décida de l'immoler. Fia vi enveloppa de mystère Tattentat qu'il méditait, et ne cessa pendant plusieurs jours de prodiguer mille soins à sa femme. Enfin , le capitaine ordonna à ses gens de s'emparer de Blanche, de la lier dans un sac, et de la jeter à minuit au fond des fossés d u château de Bélabre, qu'il habitait alors ( 1 43a\ Blanche fut prévenue du péril qu'elle courait quelques heures avant le moment fatal. Voyant sa perte assurée y elle entra dans la chambre de Flavi, qui, étourdi par de fréquentes libations , dormait profondément, et le fit poignarder devant elle par un varlet dévoué à ses intérêts. Blanche quitta le château de Bélabre ( Berri), et courut se jeter aux pieds du roi, qui résidait à Saumur. Charles VU lui accorda sa grâce pleine et entière, tant le meurtre de l'odieux Flavi paraissait à ses yeux un acte méritoire ( i )•

La prise de Jeanne d'Arc refroidit l'ardeur des soldats : les généraux jugèrent indispensable de remporter quelque avantage décisif, afin de prouver qu'on pouvait agir efficacement sans le secours de cette fille surnaturelle. Le comte de Clermont et Danois joignirent leurs efforts pour secourir Compiègne, que Flavi défendait encore plus opiniâtrement depuis la perte de la Pucelle. Dunois visita ille-de- France et laBeaiice, chargé de réunir les capitaines répandus en partisans dans ces provinces. Il parvint à rassembler quatorze mille hommes , les amena rapidement sous

(i) Histoire de Charles VII, par un anonyme. — Saint-Sypiiortea Guyon , p. îS".

DrNOis. 36 1

les murs de Compîègne , et contraignit le Bourguignon à lever le siège. Danois le poursuivit jusqu'en Picardie : satisfait de l'avoir bravé au milieu de ses États le général français se replia sur l'Ile-de-France, en prenant Gournay, Choisy et Pont-Sainte-Maxence. Ainsi se termina d'une manière glorieuse la campagne de 143O9 commencée sous de tristes auspices, par la perte de Jeanne d'Arc. Le supplice de cette héroïne ouvrit en quelque façon l'année i43i : les Anglais voulaient laver dans le sang d'une femme la honte de leurs armes : cette basse vengeance ne servit qu'à les couvrir d'opprobre, et, loin de rappeler la victoire sous leurs drapeaux, elle devint pour eux la source de revers encore plus éclatants.

Pendant sa vie Jeanne d'Arc avait rendu d'éminents services à l'État, en ranimant le courage abattu des Français; elle en rendit même après sa mort, car sa fin déplorable remplit d'indignation toutes les âmes. Les soldats, dont elle s'était attiré la vénération, exprimaient énergiquement le désir de la venger. Les généraux surent profiter de ces dispositions, et attaquèrent l'ennemi à l'improviste. Dunois venait de fixer l'attention publique par un succès brillant, qui précéda de quelques jours le supplice de Xenvoyée Je Dieu : il surprit Chartres, et l'arracha à la domination anglaise. Les habitants, accoutumés à ce régime, se montraient dévoués aux intérêts de Henri VI. Les sires de Villeneuve et de l'Aubepin, tous deux Français de la faction de Bourgogne, y avaient été placés par Bedfort, le premier en qualité de gouverneur, et le second comme capitaine d'armes. L'évéque,

36â DUirois.

Jean de Fretigny, manifestait une haine furieuse envers Charles YIL Quelques hommes généreux avaient cependant conservé de laoïour pour leur pays : les pères Paris et Cliampron, chanoines de la cathédrale, et un Jacobin, nommé fràre Sarrasin, prédicateur éloquent, se mirent en rapport avec le roi par le moyen de deux colporteurs, nomraéaBouffineau et Lesueur. Ces deux marchands allaient chaque semaine à Paris, puis à Orléans, et rapportaient dans leurs voitures des denrées, des viyrea *ie toute espèce, et en particulier des aloses/ poisson l\^^ recherché par les Chartrains, gens réputés fort gour^ maiids. Dans un de leurs voyagea à Blois, ils s'offrirent eux-mêmes pour favoriser quelque surprise. Le conseil de Charles VII les encoura^%;a dans leurs bonnes dispositions; enfin, ces hommes proposèrent de livrer aux troupes du roi une porte de la ville : per* sonne ne parut plus capable de diriger raction que Dunois, dont la prudence égalait le courage.

Ce général, suivi de quatre mille archers, franchit les frontières de la Beauce et s'approcha de Chartres: Florent d'Iiliers, capitaine de résolution, La Hire, Gaucourt, d'Estouteville, Yillebon, devaient le seconder. Le ao avril i43i, vigile de Pâques fleuries, fut désigné pour l'exécution du coup de main. La veille de ce jot , Dunois échelonna son monde par détachements sur la route du Blaisois , en les cachant le mieux possible derrière les taillis. Florent d'Iiliers s'avanfi au milieu de la nuit jusqu'à cent pas de la porte Saint- Michel, accompagné de soixante soldats; La Hiref conduisant trois cents archers gascons, le suivait à

•» Duirois. 363

portée de trait. Le sire de Gaucourt se tenait à une égale distance de ce dernier, avec six cents hommes; Danois se posta Une demi-lieue plus loin , en gardant auprès de lui le reste de la division. Ces détachements devaient, en cas de succès ou de résistance, se précipiter en avant, pour forcer les obstacles par uu mouvement vigoureux.

Le frère Sarrazin avait annoncé pour le 20 avril un dernier s^^hmon : il choisit une église située au bas de la ville, près la porte de Dreux, précisément opposée , à' y le de Saint-Michel; le moine fut assez heureux j pour attirer sur ce point la masse de la population. ■'' Les deux colporteurs, instruits d'avance de cette ; circonstance, se ^Présentèrent devant la barrière au ^ moment du sermon; ils menaient bon nombre de ^ charrettes chargées de marchandises, et conduites ^ par des soldats revêtus de blouses. L'arrivée de ces 4 déUx marchands causait ordinairement une certaine i satisfaction aux habitants, attendu qu'ils ne manf quaient pas d'apporter des provisions que Fon ne pouvait se procurer à Chartres. TjCS gardes s'empressèrent d'ouvrir les portes, que l'on tenait fermées le jour comme la nuit. A la vue d'un convoi si considérable, les bourgeois accueillirent on ne peut mieux Boùffineau, et baissèrent les ponts-levis. Les voitures entrèrent; lorsqu'elles furent toutes sous le jittrche, lés marchands s'arrêtèrent, et, tirant de leurs paniers de belles aloses, ils les donnèrent aux guichetiers, en disant : « Tenez, ceci sera pour votre dîner; nous \ous dérangeons si souvent! il est juste de récompenser vos peines. » Les guichetiers acceptent le pré^

364 BtJifois.

sent, et se confondent en salutations et en oompli« ments. Durant ce colloque, Florent irilliers sort de son embuscade, envahit rapidement le pont-levis, se glisse à travers les chaprettes, et assaillit les hommes de garde; ceux qui résistent sont massacrés. Le ca« pitaine s'avance dans la ville, qu'il trouve déserte, va planter la bannière de France devant le portail de la cathédrale , et dissipe le petit nombre d'habitants qui voulaient s'attrouper. La Hire avait suivi le mouvement de son collègue; il pénètre à son tour dans la place, débarrasse la porte, s'élance vers la cathédrale, et finit par opérer sa jonction avec Florent, qui luttait déjà contre des forces supérieures; mais l'un et l'autre auraient été accablés sans la prompte apparition du sire de Gaucourt.

Les gens de Philippe le Bon, unis à leurs auxiliaires» accouraient en foule, conduits par l'évéque, qui tenait d'une main la croix et de l'autre l'épée. Les Français seraient devenus, sans aucun doute, victimes de leur audace, si Dunois ne fut arrivé au plus vite. Ce général entra au galop dans la ville, balaya les rues, et vint prendre à dos les archers bourguignons, qui pressaient de plus en plus Florent et La Hire. La jonction de toutes ces forces ranima le courage des bourgeois royalistes, qui ne balancèrent pas à se prononcer. Au bout de quelques heures, les points principaux furent occupés. Le gouverneur Yilleneuvei se voyant dans l'impuissance de résister, s'échappa par la barrière de Dreux, accompagné de cent hommes ralliés autour de lui. L'évéque, ne cessant d'exciter les Boui^ guignons, fut tué au milieu d'un carrefour^ ainsi que

DUNors. 365

cent cinquante de ses partisans. I^a résistance que la moitié des habitants avait opposée irrita si fort les soldats français , qu'on ne put les empêcher de livrer la ville au pillage. Sur le rapport du Bâtard , le roi récompensa Bouffineau et Lesueur, que Monstrelet appelle, on ne sait pourquoi, le petit Guillemin et Jean Conseil. Le premier reçut le diplôme de contrôleur du grenier à sel de Chartres (i).

L'occupation de cette ville fit aussitôt renchérir le pain dans Paris d'une manière effrayante (a); mais la joie qu'inspirait une telle conquête fut troublée par la nouvelle de la perte de Montargis. La place fut enlevée par stratagème, comme Chartres venait d'être surprise par Dunois. Surienne , Aragonais de nation, aventurier fameux, entré depuis longtemps au service d'Angleterre, parvint à se ménager des intelli^ gences dans la capitale du Gâtinais. Un jour que ce chef de bandes explorait les abords de la ville , il rencontra une jeune fille de condition obscure, et en devint épris. Au bout de quelque temps de liaison, il lui promit de l'épouser si elle voulait l'aider à s'emparer de Montargis; l'artisanne, éblouie par l'espoir de devenir la femme d'un officier de haut rang, consentit à favoriser ses projets. Elle recevait depuis plusieurs années les soins d'un barbier, dont la maison, bâtie sur les bords des fossés, communiquait aux remparts par une cave. Cette fille lui promit à son tour de l'épouser, et de plus 6,000 livres en présent, s'il voulait introduire par sa maison les Anglais dans

(i) Doyen, Histoire de la Beauce, in-S, t. Il, p. 35. (a) Journal de Paris, p. 149.

366 buNois.

Montargis. Une aussi basse intrigue réussit au delà de toute espérance : ce boulevard^ qui avait résisté aux savantes dispositions des meilleurs généraux de Henri VI, fut pris pendant la nuit par un aventurier entreprenant. Surienne , au comble de ses désirs, ne tint aucune de ses promesses , chassa avec mépris la jeune fille , et ne donna rien au barbier.

On eut à déplorer bien d'autres malheurs dans le courant de l'année i43i. Le brave Arnaud de Barbazan , envoyé par Charles VII au secours du duc de Lorraine, fut tué à la bataille de BuUégneville le 2 juillet. La Hire et Xaintrailles(i) tombèrent au pouvoir de l'ennemi quelques semaines après la mort de Barbazan (2) : Dunois seul conserva ses avantages; réuni aux maréchaux de Rieux et de Gulant, et au capitaine castillan Diego de Villandras, il contraignit,

(i) La confraternité d*armes de Xaintrailles et de La Hire thrailaoïi origine d*une particularité digne de tenir une place daua Thutoire. Pierre de Xaintrailles, oncle du premier» commandait le chftleaa de Couci : il fut trahi par sa chambrière, qui introduisit pendant la nuit « par une poterne, les Anglais dans la place, en 1419- I>es gens de Snf. folk égorgèrent sans pitié le gouverneur dans son lit; néanmoiat Ib ne purent se rendre maîtres du château , d'où la garnison les ezpnlia après un combat acharné. Les soldats de la compagnie de Pierre de Xaintrailles élurent deux chefs pour tenir lieu de celui qu*on venait de leur ravir; ce furent Pothon de Xaintrailles , le neveu, et la Hm ; l'un et l'autre acceptèrent cet emploi, etrendirentleuncompagniairef* froi des Anglais, auxquels ils vouèrent une haine implacable. Dès ce moment les deux frères d'armes ne se quittèrent plus, et s'illattrèrent par trente ans d'exploits.

(3) Arnaud de Barbazan fut enterré à Saint-Denis, en &oe de Dn« guesclin, en 1410; il institua pour héritier Bernard de Gistelbajac^ sénéchal de Bigorre, fils de sa sœur Jeanne : Arnaud eut depuis une fille, qui épousa le sire d'Estrac.

DUKOIS. 367

le i5 août, le duc de Bedfort à lever le siège de Lagny , et le poursuivit jusque dans les faubourgs de Paris. En septembre , une révolution arrivée dans la petite cour de Charles VII vint seconder merveilleusement son ardeur; nous voulons parler de la chute de la Trémouille, dont la disgrâce fit pousser des cris de joie universels. Dunois ne pouvait que détester un ministre qui retenait son maître dans une honteuse oisiveté, et qui, au moyen de ses menées , paralysait les efforts des véritables serviteurs du roi. Sa satisfaction diminua sensiblement lorsqu'il apprit que la disgrâce de la Trémouille laissait le champ libre au comte de Richemont. Celui-ci, en sa qualité de connétable, allait exercer sur les gens de guerre une autorité illimitée. Dunois, accoutumé à diriger les opérations sans contrôle, ne pouvait supporter l'idée d'obéir aux ordres d'Arthur, qui de son côté affectait de faire septir la supériorité de son rang. Dès ce moment naquit entre le comte de Richement et le bâtard une rivalité de position , qui dégénéra chez le » dernier en une jalousie chagrine. Ces deux rivaux, opérant sur des points opposés, vécurent séparés deux années; ils ne se rejoignirent que vers le milieu de 1434» à Vienne, où Charles VII résidait depuis plusieurs mois. Arthur venait de chasser les Anglais du Maine et du Poitou ; peu satisfait de ces résultats , il proposa d'entreprendre une campagne définitive, à laquelle prendraient part les différents chefs. Le roi approuva ses intentions , lui donna des pleins-pouvoirs, et l'autorisation de réunir sous son commandement exclusif toutes les troupes royalistes : entre-

368 DUNois.

prise aussi clifûcile que de vaincre Bedfort en bataille rangée. Il fallait en premier lieu contraindre les capitaines à cesser leurs affreux ravages, et les ramener sous le joug de la discipline. Nous avons dit comment Arthur rassembla à Vienne lesbannerets, chevaliers et écuyers répandus dans le Dauphiné et les provinces voisines. Il en forma quatre compagnies de cent lances : cinq hommes composaient alors une lance (i); le connétable confia la première à Dunois, dont il estimait les talents et le caractère. Ce dernier, subordonné désormais au prince breton , n*en rendit pas moins des services signalés , qui augmentèrent chaque jour sa réputation.

Le comte de Ricliemont, étant parvenu à mettre sur pied une armée dans le centre du royaume, franchit la Loire 9 traversa la Beauce, Tlle-de-Frauce , et pénétra en Picardie , au milieu des possessions anglaises; il laissa Dunois auprès de la Seine, en le char* géant dç tenter un coup de main sur Saint-Denis. Le bâtard enleva cette ville en présence de Bedfort, qui se vit obligé de rentrer précipitamment dans Paris. Cette campagne fut très-brillante, les Français sy couvrirent de gloire; leurs adversaires firent preuve également de bravoure et d'habileté. Dunois se trouva constamment opposé au vaillant Talbot : Tun etlW tre s'envoyèrent maintes fois des présents, en témoignage d'une estime réciproque. L'accommodement conclu entre Philippe le Bon et Charles VU indigna les Anglais contre le Bourguignon : ils voulurent sV

(i) Nous avons déjà dit que le nombre d'hoinmei componal lance varia, suivant les époques.

venger en poussant la guerre avec plus de vigueur; leurs chefs reprirent l'offensive, et déployèrent une activité que les revers ne purent jamais ralentir.

En parlant pour le congrès d'Arras , Arthur laissa le commandement alternatif de l'armée au maréchal de Rieux et à Dunois : celui-ci soutint sur les bords de la Vègre une brusque attaque dirigée par Talbot; à la suite d'une lutte vigoureuse, il refoula son ennemi jusque sous les remparts d'Houdan : celte forteresse fut prise par escalade (fin de i435). Le vainqueur réduisit en peu de temps Pon toise, Beaumont, Melun et Pont-Sainte-Maxence. Mais, de leur côté, les généraux de Bedfort reprirent Saint-Denis, et poussèrent même jusqu'à Meulan. Dunois, accouru au secours de cette ville , livra une action dans laquelle il reçut un coup de lance dans le flanc : le champ de bataille lui resta néanmoins ; les assaillants sévirent obligés de se retirer en toute hâte vers Paris. La délivrance de cette métropole devint alors l'unique but des opérations du connétable. Le gouverneur Woodville, sentant l'importance de la possession de Saint-Denis, que les Français menaçaient pour la seconde fois, détacha le vicomte de Beaumont avec douze cents hommes, en le chargeant d'aller renforcer la garnison de cette place. Arthur, instruit de cette détermination, envoya de son côté une division qu'il mit sous les ordres de Dunois; celui-ci attaqua vigoureusement Beaumont auprès des Léprories, lui tua quatre cents hommes, et le fit prisonnier, ainsi que deux cents autres sol-

dats ; le reste se dispersa dans la plaine ^ et Saint-Denis capitula le même jour.

Cetimportant succès permit au connétablede brus* quer un coup de main sur Paris. Nous avons déjà dit comment la capitale rentra sous robéissance de son roi légitime; Dunois fut un de ceux qui coopérèrent le plus à la réussite d'une expédition aussi dé^ cisive. Il s'approcha le premier de la muraille , et parvint aux créneaux en même temps que Lille-Adam. Sans laisser refroidir Tardeur des troupes, Arthur, maître de Paris, envoya ses lieutenants occuper les postes voisins de cette ville : Dunois enleva Marcoussi, Monthléry; maisGreil lui résista. Le général, contraint de se retirer, alla rejoindre le connétable devant Montereau. On sait que Charles VII, sollicité de revenir i\ Paris j ne voulut y paraître que lorsquHl se aérait signalé par quelque exploit éclatant; c'est dans ce but que le siège de Monlereau fut résolu : le roi fixa l'at* tontion de toute l'armée par sa brillante valeur jmailré de cette ville, il en donna le gouvernement au b&taid d'Orléans. Dès ce moment, le crédit de ce guerrier ne connut plus de bornes : son autorité devint presque l'égale de celle du connétable; mais plus sa fortune s'élevait, plus son envie augmentait : cette fâcheuse rivalité sema la division parmi Tannée.

Charles VU fit son entrée dans Paris après vingt ans d'absence : il coucha à Saint-Denis le 1 1 novembre t438^ et en partit le lendemain matin. Le printie trouva non loin de La Chapelle les échevins, les chcfc des corporations , l'université , le parlement, et les

DUWOIS. 37 î

notables tenant les clefs. Le monarque reçut les compliments d'usage 9 les mêmes que depuis un quart de siècle on avait prodigués à Henri V, à Henri VI, au régent Bedfort et au duc de Bourgogne. Après une pose d'une heure au bourg de La Chapelle , le cortège se remit en marche; il s'ouvrait par huit cents archers français, que commandaient le comte de Vendôme et le sire de Graville, grand maître des arbalétriers} puis venaient deux cents hallebardiers, la moitié écossais : ce fut le noyau des compagnies des gardes du corps, instituées plus tard. Ils étaient suivis de Xaintrailles , grand écuyer, portant au bout d'une haute lance le heaume du roi. Ce général , vêtu magnifiquement, maniait avec aisance un coursier couvert de drap d'argent, seitié de têtes de licorne en orfèvrerie; trois écuyers tenaient les autres pièces de l'armure royale^ la cotte de velours bleu, bordée de grosses perles, et les gantelets à fil d'or; un troisième brandissait Fépée, parsemée de fleurs de lis. Venait ensuite Charles VII, monté sur un destrier de moyenne taille : ce prince, ayant des jambes courtes jau point d'en paraître ridicule à cheval, s'enveloppait, dans les revues, d'une robe qui descendait jusqu'à terre; il était coiffé d'un chapeau pointu de castor blanc, doublé' de velours rouge, surmonté d'une houppe de fil d'or (i). Un chanfrein d'acier et de belles plumes d'autruche ornaient le frontail du destrier. A la gauche du roi marchait le dauphin , habillé ^omme son père, à l'exception de la coiffure, qui dif-

(i) Histoire de Charles VII, par un anonyme.

3^-1 oumois.

ferait de couleur. On remarquait derrière Charles Vil le connétable 9 facile à reconnaître par son bonnet de poil de sanglier, son bâton de commandement, et sa cotte d'armes chargée des hermines bretonnes. Un escadron très-compact, appelé la bataille du roi, fermait le cortège : cette bataille paraissait ordinairement dans les cérémonies d'apparat, et se formait de Télite de la chevalerie, qui se piquait de déployer une magnificence extraordinaire. La bataille de Charles VU se composait de douze cents bannerets, chevaliers, écuyers, la plupart vieux capitaines qui se battaient depuis trente ans pour la cause royaie. Chacun d'eux rivalisait de richesse dans le harnachement des chevaux et dans les armures. Le sire de llostremen et le sire de Chabannes, comte de Dampinartin, fixaient tous les regards par la somptuosité de leur tenue. A la tète de ces douze cents nobles, dont l'aspect devait éblouir, marchait seul, à quelques pas en avant, Dunois, armé de toutes pièces, monté sur un cheval d'une excessive grandeur, et ({u'une robe de brocart couvrait totalement. 11 t^ nait un bâton rond, semblable à celui du connétable : un collier d'or, en forme de feuilles de chêne, pesant cinquante marcs , pendait sur ses épaules. Un écuyer le précédait , agitant une lance peinte en rouge et parsemée d'étoiles d'argent : au bout de cette lance flottait l'image de l'archange saint Michel terrassant le diable.

Devant la barrière Saint-Denis, le roi passa sous un dais très-élevé qui ne le quitta plus : ce dais fut porté sticcessivement par les échevins, les marchandai les

nuNOis. 373

épiciers, enfin par les chefs des diverses corporations. La multitude remplissait les rues et les places publiques. Les hommes vieux pleuraient de j6ie en revoyant leur roi , dont ils avaient jadis salué la jeunesse; quelques-uns se rappelaient ses traits : mais les moins âgés ne connaissaient point Charles VII ; la curiosité leur tenait lieu pour le moment de tout autre sentiment. De son côté, le roi considérait les habitants de Paris d'un air étonné; quelquefois des larmes inondaient son visage, au souvenir sans doute des malheurs que sa famille avait essuyés dans cette ville. Les acclamations qui retentissaient à ses oreilles paraissaient le toucher profondément ; il ne put néanmoins commander à un mouvement d'irritation que lui causaient certains détails de la cérémonie. Charles VII, voyant parmi les syndics qui soutenaient le dais deux hommes à chevelure blanche, leur dit : « Est-ce vous qui portiez le dais lorsque Henri de Lancastre fit son entrée dans Paris, il y a dix-huit ans? » Les syndics baissèrent la tête sans mot dire, car ils avaient porté réellement le dais dans cette circonstance.

Au bonheur de voir son roi rentrer en possession de la capitale, vint se joindre bientôt pour Dunois la certitude de la délivrance de son frère le duc d'Orléans, captif à Londres depuis vingt-cinq ans. On sait que ce prince, fait prisonnier à la bataille d'Azincourt, ne put obtenir de Henri V la faculté de se racheter en payant une rançon. Le monarque anglais refusa constamment de briser les fers des princes du sang que le sort des armes avait fait tomber en son pouvoir.

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I.e besoin d'argent finit par engager le duc de Bedforlà s'écarter des instructions de son frère. Le fils de Valen* tine aurait abandonné tous ses domaines pour acheter la permission de quitter l'Angleterre, dont le séjour lui était odieux : il devint presque aveugle à force de pleurer sa chère patrie; les lettres semblèrent calmer ses ennuis : on le transporta au port de Calais , où sa famille devait acquitter la rançon exigée. Dunois vola dans celte ville pour embrasser un frère dont il con* servait un tendre souvenir, malgré cette absence d'un quart de siècle. Le duc le combla de caresses, en le remerciant du zèle qu'il avait mis à défendre ses do* maines contre les Anglais et contre les pillards, qui couvraient la surface de la France; et, en témoignage de sa reconnaissance, il échangea avec lui la seîgneu* rie de \^ertns contre le comté de Dunois, possession d'une valeur décuple : l'acte fut passé h Calais le ii juillet 1439. Depuis cette époque, le bâtard prit le titre de comte de Dunois, sous lequel il est plus généralement connu dans l'histoire, et que nous lui avons donné par anticipation. Cette augmentation de domaines, et la renommée qu'il venait d'acquérir dans les dernières campagnes, en firent alors un des personnages les plus considérables du royaume.

Dunois contracta l'année suivante un nouvel hy* men : sa femme, fille de Louvet , était morte en i437, sans lui avoir donné d'enfants : Dunois épousa Marie d'Harcourt, fille de Jacques, comte de TancarviUe. Il reçut en dot 600 livres de rente, et une partie des droits que la famille d'Harcourt pensait avoir sur h riche seigneurie de Parthenay, léguée par le sire de

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Liliiers au comte de Richemont. Les désordres qui régnaient dans les diverses branches de l'administration publique avaient empêché que le parlement ne jugeât cette affaire. L'alliance du bâtard avec la maison d'Harcourt vint ajouter des motifs d'in térét à la jalousie qu il nourrissait déjà contre Arthur de Bretagne. Cette rivalité finit par se changer en une violente haine, et il en résulta bientôt un éclat à la suite d'un incident dont nous avons parlé dans la Vie de Richemont, lorsque ce connétable entreprit de réprimer les ravages commis par les gens de guerre. La protection tacite que les princes du sang et les dbie£i influents accordaient aux pillards prolongeait )e$ misères du -peuple, et en particulier des habitants des campagnes. On sut, à ne pas en douter, que Dunois retirait un lucre honteux de Tappui qu'il prêtait en cette occasion aux capitaines. L'intègre Richemont ne craignit pas de le signaler au roi comme le principal artisan de ces déprédations : Dunois dut n;siturellement en concevoir un ressentiment furieux.

Charles VU et son conseil ne pouvaient que gémir sur ces malheurs, puisque les moyens d'y remédier leur manquaient absolument :. ils jugèrent indispensable d'occuper ces guerriers, dont l'oisiveté devenait le fléau de l'État. C*est alors que le siège de Meaux fut entrepris : après la réduction de cette ville, {es hostilités continuèrent avec des succès balancés. Les parties belligérantes, épuisées par une lutte de trente ans, se montrèrent disposées à conclure la paix : on ouvrit des pourparlers au printemps de i44o. Dunois profita de cette circonstance pour travailler à la délivrance défini*

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ti ve du duc d'Orléans ^ resté à Calais provisoirement : il eut la satisfiaction de pouvoir s'attribuer le mérite d'avoir brisé les fers de son frère. I^ joie que lui causa un événement aussi heureux ne calma point l'inquiétude de son caractère. Les conférences entre les plénipotentiaires de France et d'Angleterre continuaient, sans que la trêve fût proclamée. IjCs princes du sang, unis à des barons ambitieux , choisirent ce moment pour former une ligue criminelle, sous prétexte de provoquer la destruction des abus du gouvernement, regardant sans doute comme un abus le soin que le roi et ses conseillers prenaient de mettre nn frein à l'indocilité de la gent féodale. LaTrémouille, irrité de sa juste disgrâce, se fit l'instigateur de la ré* bellion. Dunois, oubliant ses devoirs, aveuglé parla haine qu'il portait au comte de Richeraont, ne craignit pas de s'enrôler sous de telles bannières. Le connéttble, accompagné de vingt officiers de son hôtel, parcourait le pays situé entre la Seine et la Loire , en inspectant les places fortes : il tomba, non loin de Beaugeoc^, au milieu d'un rassemblement formé des principaui mécontents, au nombre de six cents. Ces nobles l'entourèrent en l'accablant de reproches ; Danois se montra le plus violent dans ses menaces; il proposa hautement de retenir prisonnier le connétable, etde le garder comme otage. Cette opinion fut adoptée par ces hommes courroucés; le sire de Chabannes fîitle seul qui s'y opposa : (c L'arrestation du premier officier de la couronne, dit-il, peut devenir un événement tréspréjudiciable au bien de l'État; les Anglais rompront sans aucun doute les pourparlers, iet recommence*

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ront les hostilités dès qu'ils apprendront que le roi est privé du chef deFarmée. » Qui le croirait? ces raisons touchèrent des rebelles. Au bout de quelques heures de captivité, le connétable fut libre de continuer son chemin. On sait quel fut le sort de la Praguerie : Charles VII déploya une activité merveilleuse pour détruire cette ligue; les peuples, indignés, repoussé* rentles barons révoltés, qui ne rencontrèrent d'auxiliaires nulle part.

Dunois avait terni sa gloire en se rangeant sous les enseignes de la révolte : il eut au moins le mérite d'être le premier à les abandonner. Il se rendit à Poitiers auprès du roi, embrassa ses genoux en implorant sa clémence. Le prince l'accabla de reproches, et lui fit surtout un crime d'avoir voulu arrêter le connétable. Le bâtard redoubla ses instances : Charles VU accorda le pardon, en lui infligeant pour punition d'aller expulser de l'Ile-de-France les Anglais, qui ne justifièrent que trop bien les prévisions du sire de Chabannes. Us rompirent les pourparlers , dés que les embarras du roi se compliquèrent ; mais on ne leur donna pas le temps de poursuivre les avantages remportés par eux en débutant. Dunois, enflammé d'une généreuse ardeur^ ramassa, dans la capitale même, un corps de deux mille hommes, et fondit sur les divisions ennemies qui pillaient sans obstacle la Picardie, la Beauce et le Vexin ; il les tailla en pièces, et s'empara de l'immense butin qu'elles traînaient après elles. Ces résultats furent obtenus si rapidement, que Talbot s'imagina que le bâtard disposait de forces considérables : dans cette persuasion,

il abandonna le projet formé depuis quelque temps de diriger une attaque contre Paris. L'attitude formidable que Dunois prit dans les provinces que baigne la Seine, fournit au roi les moyens de réduire en entier la Praguerie.

Les Anglais, trompés dans les espérancea qu'ils avaient conçues de la révolte du dauphin , voulurent reprendre les conférences au printemps i44f- Char* les \^II et son conseil ne se méprirent point cette fois; ils poussèrent les hostilités delà manière la pliis vigoureuse. Le roi eut soin de tenir séparés deux rivaux aussi susceptibles que Richemont et Danois ; le premier fut chargé d'expulser l'ennemi des places voisines de Paris, dont il avait su s'emparer pour la cinquième fois, telles que Pontoise, Creil, Meuianjle second reçut la mission d'opérer une puissante diversion en pénétrant au cœur de la Normandie , pro* vince si chère aux Anglais : il y répandit la terreur en passant rapidement d'un point à l'autre. Ce général semblait être partout en même temps. Le duc de Sommerset essaya vainement de l'enfermer danale Cotentin : le bâtard lui échappa avec presteaae, et prit Couches quand son adversaire le croyait du côté de Saint-Lô. Desmarets , le principal lieutenant de Dunois, surprit Dieppe et Tenleva. La perte de cette place effraya au dernier degré Sommerset ^ qui or* donna à Talbot de ne rien épargner pour l'arracher des mains des Français.

Dieppe passait à juste titre pour une dea places im* portantes de la Normandie , par la sûreté de son port et la proximité de Rouen. Les Anglais l'avaienl forti-

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fiée soigneusement, b regardant comme le point le plus commode pour communiquer avec leurile. Tal» bot accourut à la tête de six mille hommes : il brus* qua une attaque ^ espéranJt enlever le poste avant que les Français eussent le loisir de se reconnaître; mais les fortifications, construites d'une manière supé* rieui^e, exigeaient peu de monde pour leur défense; d'ailleurs Tennemi manquait de canons et de poudre, devenus indispensables pour former un siège en règle. Abandonnant l'espoir de forcer les murailles, le général anglais s'empara des ouvrages extérieurs , et principalement du Pollet, montagne dominant la ville du côté de l'est. Maître de ce point , Talbot y plaça ses troupes sous le commandement du sire de Rippelay et de Guillaume de Poitou, prescrivant de se borner à deux choses , bloquer la ville et empêcher l'introduction des vivres. Ces dispositions achevées, il s'embarqua pour l'Angleterre, k l'effet d'y prendre de l'artillerie et deux divisions promises par le parlement.

Desraarets, de son côté, sut inspirer aux habitants une ardeur belliqueuse : les Dieppois montrèrent d'abord une résolution fort louable, mais elle fléchit lorsque le blocus se fut prolongé au delà de cinq mois : les vivres n'entraient plus; la flotte britannique fermait le port; la famine se faisait sentir. Les bourgeois, peu accoutumés aux privations, parlèrent de se rendre. Desniarets employa pour les en dissuader les instances les plus pressantes : voyant ses efforts superflus, le gouverneur eut recours à un stratagème fort simple, et que le succès couronna autant

'Tî

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qu'il pouvait Tespérer. Desmarets fit sortir pendnt la nuit une vieille femme, en lui donnant Pordrede se présenter aux barrières le lendemain matin, comme si elle s'était échappée du camp ennemi. Cette femme remplit ses intentions merveilleusement: à son retoar les gardes se saisirent d'elle, et la conduisirent nirh place publique; les bourgeois, for mésen plusieurs groupes, la questionnèrent vivement sur les intentions des Anglais : ce Les assiégeants, répondit-elle, indignés de ce que les habitants ont favorisé l'entrée des Français dans Dieppe, ont l'intention de mettre à mort toas les hommes, et d'emmener les femmes ainsi qae les enfants en Angleterre, comme esclaves. Ce projet est si bien arrêté, qu'on le mettra à exécution quand même la ville se rendrait volontairement et que les habitants iraient au Pollet la corde au cou. » Ce âa* cours, dicté par Desmarets, fit passer la fureur dans l'âme des Dieppois : « Nous mettrons le feu à la ville, s*écrièrent-ils, et nous nous jetterons à la mer avec nos enfants, plutôt que de subir une loi aussi Iiar* bare. »

L'effervescence des esprits dura assez de temps pour que l'on pût être instruit de l'approche d'une armée française, accourant au secours de la place; naats Ton apprit également l'arrivée prochaine de Talbot, amenant du renfort et de l'artillerie , au moyen de laquelle il voulait pulvériser les remparts. L'une et Tautre de ces nouvellesétaient fondées; mais les imaginations se montraient tellementenQammées, quel'on refiisanéan* moins d'ajouter foi à la dernière. Les obstades qui arétaient Danois étant levés, cegénéralsemit en mar-

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die pour les côtes de la Normandie, et plaça à la tête de cette expédition le dauphin lui-méroe, espérant par cet expédient augmenter l'ardeur des troupes et soutenir la résolu tion des Dieppois. Les Anglais avaient éprouvé des pertes irréparables depuis huit mois que durait le siège, soit parles escarmouches , soit par les maladies ou les fatigues : la venuedeTalbot , qu'on annonçait toujours comme prochaine, relevait pourtant leur courage. Dunois résolut d'assaillir le Pollet avant l'arrivée de ce général. I/attaque eut lieu le i4 août 144^7 mais les Français se virent obligés de se retirer après deux heures d'efforts inouïs. Cet échec ne rebuta point Dunois ; il lança une seconde fois les soldats à l'assaut de la montagne, en les faisant commander par le dauphin en personne. Le jeune prince monta à l'escalade en donnant l'exemple de l'audace, et le premier atteignit les retranchements; Dunois rompit également les palissades par les flancs : alors se livra sur le revers de la colline un combat des plus acharnés, dont le résultat fut la défaite complète des Anglais; on en tua cinq cents. Les principaux chefs, Guillaume de Poitou, Bippela^, tombèrent, criblés de coups, au pouvoir des vainqueurs , qui s'emparèrent d'un matériel nombreux.

A l'issue d'un avantage si éclatant, le dauphin et Dunois firent leur entrée publique dans la ville, et se rendirent directement à l'église Saint-Jacques pour remercier Dieu. Le premier offrit en présent à la chapelle une image de la Vierge, en argent; ce n'était point une statue, mais un tableau en relief, tel qu'on les exécutait alors. Dunois arma chevalier

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au milieu de Téglise les jeunes Flavi, d'Estouteville, de Biencourt, de Saint-Pol , qui venaient de se signi* ier dans l'assaut. Dunois s'empressa de faire raser les fortifications du Poliet, afin que les Anglais ne pus« sent s'y loger une seconde fois; il employa toute la population à réparer les remparts de la place , fit ras» sembler des amas de vivres, et prit les mestires les plus sages pour mettre la ville en état de résister, si on venait l'attaquer de nouveau. Le général laissa l'hoDneur de ce brillant succès au dauphin : cette modestie accrut encore son crédit auprès du roi, qui, voulant témoigner sa reconnaissance, lui donna, par lettres datées de Saumur, 10 septembre 144^9 le comté de Longueville, ancien apanage de Dugiiesclin.

Au seul bruit de la marche du dauphin ^ le duc de Sommerset, gouverneur de la Normandie, avait ramassé plusieurs détachements pour voler au secduis du Pollet : il parut en vue de Dieppe à la tête de cinq mille hommes, le sixième jour qui suivit la prise du camp : loin d'engager une action, Sommerset nepe^ dit pas ini instant pour regagner le chemin de Rouen. Talbot arriva également par mer, une semaine âpres son collègue ; il n'avait pu obtenir du itilnistère anglais qu'une division assez faible. Talbot jugea plus prudent d'employer ces troupes à augmenter les garnisons des autres places, qu'à tenter de chasMf kl Français de leur conquête.

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