LIVRE V
Conquête de la Normandie Dunois forme le siège de Rouen , et se
rend maître de celte place, dont il est nommé gouverneur. — Entrée de Charles VU dans Rouen.
La prise de Dieppe avait effrayé le conseil de Henri VI ^ qui s'empressa de reprendre les pourparlers. Les Anglais n'aspiraient point à conclure une paix solide; ils voulaient qu'on leur laissât la facilité de réparer les pertes récentes^ et profiter du premier embarras dans lequel ils verraient Charles VII engagé, 4ans songer que la guerre civile leur préparait à euxmêmes des malheurs plus longs que ceux dont les Fiançais venaient enfin de voir le terme» Une trêve de deux années, signée d'abord à Tours le i^' juin 1444» fut prolongée ensuite jusqu'en i449* Dunois présida aux conférences , revêtu de pouvoirs iiiirai-* tés. Son crédit auprès du souverain ne connaissait point de bornes : on en vit une preuve évidente lorsque ses prières obtinrent la grâce du cotute d'Armagnac , qu'on venait de condamtier à mort pour cause de rébellion. Ce vassal ne craignit pas de s'emparer de vive force du comté de Comminges, légué par sa tante Marguerite à Charles VIL Un ordre du souverain le traduisit par-devant le parlement de Paris. Outre le crime de rébellion et de fausse monnaie ^ l'acte
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d'accusation contenait les griefs suivants : « D'avoir continué, malgré la défense expresse du roi , à se dir9 comte d Armagnac par la grâce de Dieu ; d'avoir mis en taille ses terres deux ou trois fois par an, d'avoir fait pendre un huissier du parlement de Toulouse, nommé Noël, qui venait instrumenter contre lui; détenir trente ou quarante ribaudsdans le château de Saint* Varin, lesquels pillaient et rançonnaientles voyageurs; d'avoir détroussé les gens de l'évéquede Lodève; d'avoir violenté nones et châtelaines; enfin, d'avoir battu son confesseur, qui refusait de l'absoudre de ses péchés. D Dunois, dont l'enfance s'éleva sous la protee* tion du connétable d'Armagnac, aïeul du prévenUi regarda comme un devoir de sauver le petit-fik; il y employa la faveur immense que lui avaient assurée ses éminents services.
L'agitation extrême qui régnait au sein de la société ne permettait pas aux guerriers de goûter le repos : il parut urgent d'arracher du royaume les soldats que Ton avait levés à grands frais pour contenir les Anglais dans la Normandie; on les occupa en conduisant les uns en Suisse, les autres en Lorraine : le bâtard d'Orléans menait les derniers. A l'issue de cette ezp^ dition,on procéda au licenciement définitif des oom* pagnies : ce licenciement, opéré comme par miradey changea la face de la France. Arthur de Richement eut la plus grande part à cette réforme^ de laquelle découlèrent tant d'autres améliorations. Dunoifl n'y demeura pas étranger : sacrifiant au bien do pays la violente haine que son cœur nourrissait contre le connétable, il déploya le zèle le plus soutenu afin
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de seconder ses efforts : cette conduite parut d'autant plus louable que les autres généraux ne montraient point la même soumission. Ce vaillant La Hire, dont le bras fut si fatal aux Anglais, refusa de subir le joug, et ne discontinua point de ravager les provinces à la tête de ses bandes. Il s'était emparé du château de Clermont en Beauvoisis et de la ville de Soissons; ses gens y tenaient garnison, et les ordres les plus formels du roi ne purent obtenir Tévacuation de ces places. Il fallut user de ruse pour vaincre cette obstination criminelle : on invita La Hire à une partie de paume dans le château de Roussi ; le capitaine se montrait passionné pour ce jeu; il accourut, dans Tespoirde rencontrer des jouteurs dignes de lui: quelques écuyers seulement l'accompagnaient. Survint un détachement d'archers, qui s'empara de La Hire non sans éprouver une vigoureuse résistance : on ne rendit la liberté au capitaine que lorsque ses officiers eurent remis les deux places entre les mains du maréchal de Culant (i).
Une mission de nature toute pacifique offrit, Tannée suivante ( i445), au comte de Longueville l'occasion de déployer d'autres talents. Charles VII ^ en véritable fils aîné de l'Église , désirait voir le terme des funestes discordes qui déchiraient la chrétienté : un sentiment de reconnaissance l'y portait naturelle- Ci) La Hîre, sorti d'une captivité aussi étrange, n'en continua pas moins à servir le roi et k frapper sur les Anglais, S'élant rendu dans k Midi pour quelque nouvelle expédition, il fut obligé de s'arrêter à Montauban; ses nombreuses blessures se rouvrirent, par suite de quelques excès : le terrible capitaine mourut dans cette ville en 1449» sans laisser de postérité.
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meut. Ce prince se rappelait trop bien que le$ évéques envoyés par le concile de Bâle au congrès d'Arfa$ contribuèrent à le réconcilier avec le duc de Bourgogne} et, à ses yeux, ce raccommodement avait plucifait pour la délivrance de la patrie que le gain de dix batailles.
Gabriel Condolmero, Vénitien , fut élu pape daiM le mois de mars 1 43 1 ; il prit le nom d'£ugèAe IV ; les seize années de son pontificat se passèrent en querel* les provoquées, en grande partie , par soa humeur tracassière. Il avait conçu la pensée de réunir les deu« Eglises latine et grecque : l'exécution d'un si noble projet demandait une fii^ité de vues qui manqwa|t au pontife. Eugène rencontra une opposition SQHtQnue parmi les Pères réunie au concile de Bàle} ^ja9l voulu user de violence pour triompher de cette ob^r tination , il échoua, et fut déposé le a^ juin i4^ i^ concile élut à sa place Amédée VIU , dqp de $avoi«, petit-fils du fameux comte FerL
Amédée, un des princes le£| plus illustres de ça siècle , sut procurer à ses sujets une félicité p^rfûtn : il abdiqua subitemenit le trône ducal en faveur dieton jeune fils. Amédée ayant pris l'habit de moiae 4ê Saint- Augustin, se retira au prieuré de Ripaille : il j goûtait depuis dix ans un délicieux repos f Iprsque la concile de Bâle s'imagina de l'élire pape. Axnédée a'eiH racha de sa molle retraite , se rendit auprès dee isi^ ques assemblés, et prit le nom de Félix Y. De son côté, Eugène protesta contre cette élection } plusiçup souverains, notamment Charles VU, refusèrent di reconnaître le pape récemment élu. Ce nouvean schisme alarma tous les princes; le rpi de France
fut celui qui montra le plus de zèle pour couper le mal dans sa racine : il dépêcha up certain nombre de personnes vers Félix 7 qui venait d'établir son siège à Genève. Charles VII mit à la tête de cette ambassade le comte de LonguevîH^', chez qui une éloquence persuasive et des connaissances en théolo-gie très-^approfondies s'alliaient à une brillante valeur ; qn le jugeait capable de soutenir une thèse contre les plus âavants docteurs. Il est à remarquer que les guerriers de cette époque se montraient propres à tout : on avait vu , quelques années auparavant, Jean de Bruc, sire de La Bouteveillaye, un d^s capitaines les plus impétueux de son temps , se rendre k Rome pour arranger les différends élevés entre le clergé de Bretagne et lesaint-siége.Il s'acquitta de sa mission Fépée au côté, et déployant autant de savoir qu'on aurait pu l'attendre des théologiens les mieux entendus en affaires ecclésiastiques.
Dunois arriva à Genève le i^ aoiût 1446} il ne trouva point Âmédée YIII disposé à se démettre de la tiare, et n'eut même pas le loisir de voir l'effet que produiraient ses pressantes sollicitations : un ordre formel du roi le rappela en France. Charles YII dési* rait l'employer dans une négociation d'un intérêt plus direct. Le conseil de Henri YI refusait de remplir les conditions stipulées lors de la signature de la dernière trêve. Dunois franchit donc le détroit; on lui fit en Angleterre la réception la plus pompeuse : il ne put néanmoins obtenir la remise de la ville du Mans , l'objet principal de sa mission*
Le comte de Longueville , à son retour de Londres ,
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rencontra clans le port de Dieppe un chevalier de l'bôtel du roi, qui lui remit Tordre signé de Charles VII de prendre le commandement de huit mille hommes réunis dans l'Anjou , et de mettre le siège devant la ville du Mans : le prince lui donnait, pour le seconder , le vaillant La Hire , rentré danà le devoir, Tamiral Coëtivi, le sire de Jalonges et Jean ÏBureau, grand-maitre de Tartillerie; ce dernier disposait d'un matériel considérable. Le jour même où Dunois fit les premières reconnaissances autour de la place, afin (le mesurer le terrain et de marquer l'emplacement (les lignes, l'évêque d'Exeter, gouverneur du Mans, commanda une furieuse sortie, dans Tespoir d'écarter les Français et de rompre leurs lignes. Le comte de Longueville repoussa vigoureusement les Anglais, et les poursuivit jusqu'aux fossés. Il fit mettre lés pièces en batterie, et enfonça les portes à coups de canon, prélude ordinaire d'un assaut général. Les cris d'effroi que poussaient les habitants intimidèrent la garnison : elle manifesta le désir de capituler , en demandant la faculté d'emporter les bagages et de se retirer librement en Normandie : on souscrivit à ces conditions. La ville fut évacuée par les étrangers, qui l'avaient occupée dix-sept ans; Dunois y fit son entrfe solennelle (février i447)? ^^ alla planter luî-mémc sur la tour principale le drapeau de France,
La prise du Mans étonna tellement le conseil de Henri VI, qu'il renonça pour le moment à ses desseins hostiles. Le comte de Longueville quitta les camps pour redevenir pacificateur , et partit dans l'intention de terminer la négociation entamée avec
.Ainédée. Eugène veaait de mouriç : la majorité (If s cardinaux élut en sa place Nicolas V. Celle électiou Alt contestée par quelques membres du conclave; Âniédée, de sou côté, protesta de la manière la plus formelle. Dunois se réunit à Lyon aux ambassadeurs d'Espagne, de Flandre, de Saxe, de Bavière, d'Angleterre, chargés de le seconder : il tes conduisit à Genève , « oit Dunois besogna si bien , dil la chronique, que le pape Félix V se rendit à son admonition, et abdiqua le 19 avril i449- " H courut regagner sa délicieuse retraite de Ripaille, emportant le titre de .cardinal de Sainte-Sabine. Aucun prince de la chrétienté ne disputa à Charles Vil la gloire d'avoir étouffé le schisme ; Dunois, son mandataire, pouvait ajuste litre s'attribuer tout le mérite de l'exécution. A son relour en France, il trouva la scène entièrement changée.
r.«s Anglais, opiniâtres dans leurs desseins, venaient de rompre la trêve eu surprenant la ville de Fougères : les hostilités recooimencèrent. L'armée, formée d'après un .système nouveau , se présentait sur un pied respectable; on voyait à sa ttHe Ailhiii- de Richemont, Dunois, et une foule de géiiéniux expérimentés. Jeiin Bureau rassemblait une masse d'artillerie formidable; ses nombreux essais sur le tir du canon, ses expériences dans la fonte des pièces, avaient donné à cette arme une supériorité murquée. Jacques Cœur, l'un des lioraraes qui firent le plus pour relever le Irône de Charles VU et le consolideiensuite, accompagnait l'arinée, nanti de sommes çuiisidérables, produit de son propre commerce ou
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de la taille extraordinaire établie depuis trois ans. Cet argent était destiné à tenir au couradt la solde des troupes; car si la paye eût manqué un seul jour, l'opération du licenciement serait devenue illusoire , les désordres auraient recommencé, et l'on retombait in* failliblement dans Tanarchie.
Charles YII ordonna la formation de deux armées, dont l'une agirait contre la haute Normandie, et l'autre contre la basse. Le roi devait marcher avec la réserve entre ces deux divisions, afin d'appuyer celle qui fléchirait devant un ennemi supérieur en forces. Le commandement du premier corps fut confié au comte de Richemont ; celui du second à Dunois , qui reçut le titre de lieutenant- général du roi en ses guerres y qualification nouvelle qui le plaçait immédiatement après le connétable. A cette occasion , l'historien Matthieu de Couci dit : <c Lequel (Dunois) estoit en ce temps* là fort renommé d'être sage, prudent et de bonne conduite , et aussi fort aimé de tous les gens de guerre, autant et plus qu'aucun autre seigneur ou capitaine du roi de France. » Le comte de Longueville atteignait alors sa cinquantième année. Les chroniqueurs le représentent comme un des barons les plus retnaN quables de l'époque , soit par sa taille élevée, soit par son magnifique visage; car il ressemblait extrêmement à son père Louis d'Orléans : cependant des jambes plus longues que ne le comportaient les propor* tions du corps déparaient un si noble physique, et le firent surnommer le Bâtard aux grandes jambes. Nous avons vu dans la Vie d'Arthur de Richetnoot comment ce général fit la conquête de la basse Nor-
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mandie : nous allons parler de la (Campagne que Dunois dirigea dans la région sfeptehtrionale de cette province. En ce moment la Picardie, qui depuis vingtcinq ans servait les intérêts de l'Angleterre, abandonna cette alliance étrangère; douze cehts nobles de ce pays vinrent offrir leurs épêes à Charles VII. On les classa daiis leÈ cadres des cotnpagniés de gens d'armes; ils n'éxîgeaietit aucune solde, et prdmetlaierit dé se conformer aux règlements militaires instituée par le connétable. Parini ices bannerets pica^ds on distinguait le comte de Saint-Pol , Robert de fiéthune, de Mareuil , Darly de Genlis, de Savfeuse, de Quercet. Ferry de Mailly , de Poix, dé Rdye,HâpplincôUrt, René lé Bossu, Hfenri de Ham , Ahtoine dfe Croy, Jacques de Rambures, Girard de Bifencourt : cfe dernier, chef d'une des plus antiques maisohâ de la Picardie, descendait des anciens souvet*aifas dU Pbhthieu ; un dé ses ancêtres se distingua à la bataille de Bbdvines, où il combattit sous les enseignes de Thbinâs dé Saint* Valéry, son parent.
Le 3oaoût i449? ^^s trois cdrp^ d'armée feé tiiirënten mouvement : celui d'Arthur, concentré dàrlslé Maihe, s'avança par Mortain , en s'éteiidant àUr ^a droite dans le comté d'Alençôri ; celui de Dunois , fort de quinze raille honimei^, s'était rassemblé dâhs la fiëauce; il se déploya, la droite à la Seine, et se lia par sa gauche avec les divisions du connétable. Le roi , venant de Vendôme suivi de huit mille féodaux, tous volontaires, traversa le Perche, prêt à s'unir à celui des deux généraux qui réclamerait son appui. Dunois jeta sur ses flancs le comte d'Eu et le sire de Brézé,
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(Vu ne part; de l'autre, le comte de Saint- Pol et Florent dllliers, en leur ordonnant d'investir Yerneuil et Neufchâtel : lui-même perça par Éyreux, accompagné d'une colonne de troupes légères, dans l'intention de protéger les opérations de ces trois sièges,' et en même temps pour observer Talbot, qui, à la tête de trois mille hommes déterminés, voltigeait dans la Normandie, de position en position , résolu d'attaquer partiellement les divisions françaises employées au blocus. Le comte de Longueville campait depuis quatre jours dans le voisinage d'Évreux, lorsqu'il apprit que le sire de Brezé avait été introduit dans Yerneuil par les soins d'un charpentier.
Cet artisan, maltraité par les Anglais, ne respirait que la vengeance; il s'empressa d'indiquer aux assiégeants un passage secret, pratiqué au pîçd de^ murailles. Les Français, maîtres d'une partie de Tinté* rieur de la place , rencontrèrent encore une résistance soutenue; la garnison se défendit vigoureusement au milieu des rues, et gagna en bon ordre le cliàteau appelé la Tour grise : Brezé essaya inutilement de les y forcer. Dunois , instruit de cette particularité , accourut suivi de quatre mille archers; à peine touchailil les quartiers des assiégeants , que la nouvelle de l'approche de Talbot se répandit, et releva lecoan^ de l'ennemi : ce général annonçait le projet ou de jeter du monde dans la Tour grise , ou de s'y renfermer lui-même. Dunois laissa sous les remparts de Yerneuil huit cents hommes, et, accompagné de ses dei» divisions , il courut au devant de Talbot , avec la ferme résolution de le combattre,. persuadé que sa défaite
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tléciderait du sort de la campagne : il ratteigiiit devant Harcourt. ïalbot, se voyant trop faible pour engager Faction dans la plaine, prit une excellente position, s'y fortifia au moyen de ses chariots, de ses bagages, et forma unelignede piquets, attendant qu'on vint rattaquer.il voulut se mettre dans la même situation que Fastoff à Rouvray; et l'issue du combat aurait peut-être été aussi malheureuse , saiis la prudence du comte de Longueville, qui arrêta l'impatience de ses officiers, et les empêcha de se précipiter au travers de ces retranchements. Comme l'autorité des chefs était mieux affermie que par le passé, grâce aux nouveaux règlements militaires, le comte de Longueville sut contenir, chacun à son poste; il s'établit en face des Anglais, et enveloppa leur position , décidé à ne fondre sur eux que lorsqu'ils en sortiraient.
Talbot exécuta dans la nuit un «louvement rétrograde : laissant ses feux allumés^ et quelques troupes légères dans ses lignes pour mieux cacher sa retraite; il se jeta dans les bois, gagna le château d^Harcourt, et s'y renferma. Dunois, désespérant d'emporter cette redoutable forteresse, leva le camp et se dirigea vers Pont-Audemer, dont il forma le siège en règle. Le sire de Montfort, trésorier de Normandie, repoussa vaillamment les premières attaques. Dunois parvint à mettre le feu à deux faubourgs, et, profitant du désordre occasionné par un semblable événement , lança ses soldats à l'escalade; on prit la ville au bout de trois heures de résistance : les sires de Rambures, de Roye, de Croy , de Crèyecœur, les héros de la journée, furent armés clievaliers par le comte de Longueville.
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Ce général se porta ensuite rapidetnent devaht la Roche-Guyon : le gouverneur capitula afin de cbhserver les grands biens que sa femme, dame noN mande, possédait dans le voisinage. Argentan fut attaqué après la Roche-Guyon : on sommâtes Anglais de se rendre, en leur offrant des conditions très-honorables. Les chefs se réunirent en conseil poilr examiner la proposition : tandis qu'ils délibéraient, les habitants appelèrent les soldats français, leur tendirent des échelles, et les introduisirent ainsi dans le bastion. Les Anglais, indignés, gagnèrent en bon ordre le château, en menaçant de brûler la ville. Sur cette déclaration, Bureau, maître de Tartillerie, dirigea une bombarde contre le château , et pratiqua dans le mur un trou assez large pour donner passage à quatre hommes de front. Les Anglais essayéreilt en vain de défendre cette brèche; ils furent obligés de capituler le i" septembre 1449? ®* sortirent le bâtoii blanc k la main , selon la coutume. Dunois ap{)rit devant Pont-Audemer la réduction de Neufch&tel^ obtenue par le comte de Saint-Pol. Sur le reste de la ligne , ses autres lieutenants venaient également de remporter des avantages signalés : le sire de Gaucoiirt avait enlevé, en dépit d'une résistance prolongée, Pont-l'Évéque, dont les habitants jurèrent « d'être bons Français à l'avenir. »
Le comte de Saint-Pol, poursuivant ses succès, se rendit maître, non loin de Pont-de-l'Arche , d'un château appelé Longempré : le roi d'Angleterre en avait fait présent àTalbot. Ce général s'était plu à orner cette demeure ; le comte de Saint-Pol la livra aux
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àammes. L'Anglais, iPort affecté de cette perte ^ éh adressa de vifs reproches au comte, déclarant qu'il ne laisserait pas échapper Foccasiori d'user de représailles, sans songer que les événements le mettaient hors d'élat d'exécuter ses menaces : il apprenait chaque jour quelque sanglant revers. Dunois soumit Lizieux, grâce au zèle de l'évêque, qui de longue itiain préparait les habitants â un changement de domination. Les Français ayant occupé la ville se logèrent chez les bourgeois au moyen de billets délivrés par les magistrats. L'historien Matthieu Paris rapporte, comme un fait des plus surprenants, que tîi les capitaines ni les soldats ne commirent le^ moindres excès, a se gouvernant, dit-il, comme des jeunes filles. »
Tandis que Lisieux recevait dansses murs le comte de Longueville, Gournay et Verhon ouvraient leurs portes au sire de Brezé. Oh sait que, dans la basse Normandie , le contiétable soumettait tout le pays à ses armes. Le roi ayant appris que des succès si marquants s'obtenaient sans obstacle, pat'tit de Vendôme, traversa la Beauce, s'avança ve^s Pont -de-l' Arche, afin d'effectuer sa jonction avec Dunois et ses lieutenants : cette concehtration exigea huit jours. Charles VII vint en personne devant Château-Gaillard, investi la veille par le bâtard. Cette ville, célèbre par le siège qu'elle soutint dans le douzième siècle contre une armée de cinquante mille hommes que commandait Philippe-Auguste en personne, tomba, après les désastres de i4ï5, au pouvoir des Anglais : ceux-ci augmentèrent les fortifications au point de rendre la place inexpugnable. Sommerset ne doutait pas qu'elle
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ne pût braver les efforts des Français. Charles VU n'était pas de caractère à se consumer devfpit une ville investie : au bout d'une semaine, il laissa la conduite du siège au sire de Brezé, et partit avecPunois» le maréchal de Jalonges et deux divisions, pour atr taquer Gisors, dont la conquête paraissait plus facile. Le prince resta quatre jours devant ces remparts, et se retira à Pont-de-l'Arche, désirant y attendre l'issue des opérations du comte de Longueville. Ce général employait tour à tour la force des armes et la voie des négociations pour soumettre les places : il garantit à Richard Malbery, commandant de.GisorS| la possession des terres considérables dont le roi Henri VI l'avait doté en Normandie; il hii promit . de plus (le remettre en ses mains ses de|ix fils, faits prisonniers dans Pont-Audemer. Malbery lie résista point à des offres aussi brillantes : il baissa les pontslevis et ne quitta point la province, craignant sans doute que son gouvernement ne lui fît payer de la tétc une conduite, aussi coupable. La soumission de Gisors compléta les succès de la campagne : la moitié des places fortes de la basse Normandie avait subi , dans l'espace de deux mois , la loi du vain* queur.
Le sire de Brezé venait de réduire Château»Gaillard après un siège des plus meurtriers; quantité de jeunes volontaires se logèrent sur la brèche : trois. frères de la maison de Roncherolles y furent tués en montant à l'assaut; leur père, Guillaume, avait péri les armos à la main dans les champs d'Azincourt. Dès que l'occupation de Château-Gaillard se fut opé^
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rée, on songea à se rendre maître de Rouen. Dès ce moment la conqtiête de cette opulente cité fut regardée comme Tunique but des opérations : Dunôis fit exécuter un mouvement de concentration entre Louviers et Pont-de-l'Arche ; Charles VII établit ses quartiers dans cette dernière ville.
Le temps devenait froid et pluvieux; il importait de se hâter avant l'arrivée de l'hiver. Le comte de Longueville franchit la Seine, conduisant une avantgarde de trois mille hommes, et se rapprocha deRouen, pour s'assurer si les Anglais avaient élevé des travaux capables dé couvrir les approches de la place : il sefit amener quatre bourgeois de la banlieue, et lesques- • tionna sur les dispositions particulières des habitants. Aucune population n'avait donné à l'Angleterre autant de gages d'attachemenh Les ministres de Henri VI ne cessaient de rappeler au souvenir des Normands ce Guillaume le Conquérant, leur ancien duc, qui avait réuni sous le même sceptre la Neustrie et la Grande^ Bretagne, réunion qui avait opéré la fusion des deux peuples : « D'ailleurs, disaient-ils, les Lancàstre descendent de ce même Guillaume, et doivent paraître à vos yeux bien plus l^itimes que ces Capétiens, vos maîtres dégénérés. »
Ces discours, semés adroitement, ébranlaient les consciences ; les Normands se montraient indifférents aux malheurs des Valois. De leur côté, les Anglais, renonçant au fol espoir de ranger la France sous leur domination, se croyaient trop heureux si, pour prix de quarante ans de guerres et de sacrifices, ils demeuraient irrévocablement possesseurs de la Nor*