‹ Vies des grand capitaines français du moyen âge (volume 3)Chapitre 13 sur 22 · O€190IS · texte numérisé non relu

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mandie. Ils n'épargnèrent rien pour gagner l'affeo* tion de toutes les classes; la plupart des cités obtinrent des privilèges exorbitants : elles opposèrent néanmoins fort peu de résistance aux armes de Cba^ les VU. Rouen renfermait les partisans les plus passionnés du régime étranger : la faction des ipodérés, vaincue partout, y avait cherché un dernier refqge. Cependant un certain nombre d'habitants cons^vaient encore des sentiments français ; car le spectacle du martyre de Jeanne d'Arc produisit Qur les Rouennaii un effet opposé à celui qu'en atteiidait Bedforti et chacun d'eux regarda les revers essuyés rapid^meqt par le régent comme la punition du meurtre de l'héi roïne. Enfin les intentions bienveillantes de Charles YII avaient touché bien des cœurs , et les rapides progrès de Richemont refroidissaient le zèle des amis de Lancastre.

Le comte de Sommerset, gouverneur de laNQ^ mandie, indisposait par sa hauteur les gens les plus dévoués : dépourvu de génie, sans prévoyance aucuDe^ il s'imaginait que son nom seul contiendrait les Nor^ mands dans le devoir. Les généraux français investissaient déjà Rouen , que So m merset agissait comma si l'ennemi n'eût pas encore dépassé la Loire. Sofia l'arrivée de Talbot le fit rougir de son insouoiasoe : ce vaillant capitaine venait de déployer des talents extraordinaires dans cette campagne malheureuse; réduit à des forces très«minimeS| ne recevant de l'Angleterre ni l'argent ni les troupes promis depuis on an, il sut tenir tête à des flots d'ennemis. Sorti iu château de Harcourt, Talbot ne cessa de haroeler

Puuois, et retarda souvent la chute de plusieurs pla* cçsi par des attaques inattendues. Rejeté enfin sur la Sp^f^e, il rassembla les détac)iemef)ts épars, franchit le ^Çi^ve au-çlessus de bouviers, et rentrs^ dans ^oueq. I^ rçtrii^e d'un chef aussi audaçieq^, aussi copfi£int eu ^ fortune, attestait suffisamment l'état désespéré des Siffiiires. Sommerset chargea Ta)))ot d^ la défense de I^PUen. Le nouveau commandant montra dans l'int^ieur de cette ville la mépae activité qui le rendait H redoutable en rase campagne ; il fit trayaiUcr sans relâche aux fortifications, mura plusieurs portes, ît distribua de la manière la plus hal^ile les deux (pille archers anglais, derniers restes de tant de ba* taillons : il occupa de sa personne le palais, situé i\ l'une des extrémités de la ville, commandant la ieine d'un c6té, et la plaine de l'autre.

Henri Y, maître de Rouen , fit construire cette citar [)elle, sous prétexte de fonder une demeure d^ne A'un puissant monarque; il choisit k cet effet un eq^ clos dans les ruines des anciennes fortificalionft» for»* mant l'angle ouest, à six cents pas du pont : ce tev? rain appartenait à un bourgeois, nqmmé^aille^Hach^ Henri Tacheta , fit travailler aussitôt au palais, que l'on fianqua 4'une tour ^lellerwenï forte que le v^^g^ire la nomma Nui s'jr froiêe; ce monument, commencé en 14^)9 fut terminé en 14^3. Talbot pla^a trois cents hommes d^ns la tour du pqnt, so^s le^ ordres cle Gouvel, son meilleur officier. Sommerset et quatre cents Anglais tenaient le ch&teau situé près des remparts. Philippe-Auguste, ityant détruit les fortifications de Rouen , ordonna de bâtir ce château en iao$. Ce

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boulevard fort vaste défendait la partie noFcl*onest de la ville; l'un des côtés était borné par un donjon très-élevé : il servit de prison à l'infortunée Jeanne d'Arc, lors de son procès (i). Un petit détachement de cent vingt hommes se posta dans le couvent Sainte* Catherine. Ce monastère, bâti sur un plateau en fàcê de la porte Martinville, couvrait la route de Paris. D'autres petits pelotons garnissaient les approches de la porte Beauvoistne; et le surplus des troupes régu* lières, uni aux gens de la milice^ hit employé à la défense des remparts.

Pendant que Talbot prenait ces dispositions mili* taires, le comte de Sommerset agissait 'envers les magistrats et les notables selon Turgence des circonstances : il comprenait enfin que des airs de hauteur ne suffisaient point pour retenir dans le devoir une population de cinquante mille habitants, dont la moitié se montrait favorable à la cause des Valois. L'archevé* que surtout redoublait de zèle en leur faveur : il avait su gagner la compagnie des arbalétriers , instituée par Philippe-Auguste pour la garde de la ville : formée dès le principe de cinquante cavaliers aoldéiy

(i) Un capitaine français nommé Ricarville tedta, de eoaceft tfec le maréchal de Boussac, d'enlever cette héroïne, qoi f eiiait d*élre condamnée à mort; il surprit le château dans une ouitdu niûitdenars i43i , et tua quantité d'Anglais. Arundel, gouverneur de Boaen, qui l'habitait, s'échappa presque nu. Mais Ricarville ne trouva point h Pucelle : depuis quelques jours on l'avait transférée dans àoe autre prison. L'audacieux capitaine n'ayant point été soutenu parle marédMl dcBoussac, fut investi à son tour dans la citadelle, résiata aux Anglais pendant quinze jours; enfin il fut pris, et pendu aux eréneaui, ainsi que tous les soldats qui raccompagnaient.

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elle s'adjoignit plus tard un certain nombre de jeunes volontaires appartenant aux meilleures maisons. Chaque famille un peu marquante comptait un des siens parmi ces arbalétriers supplémentaires ^ ce qui don* nait à la compagnie du relief et de la prépondérance. Philippe-Auguste lui avait accordé quelques privilèges; les successeurs de ce prince les conservèrent. Charles V exempta ce corps des tailles et gabelles; ceux qui le composaient obtinrent la permission de vendre le vin de leur crû sans payer de droit. Ce décret, dont on a conservé la minute en latin, prouve que la Normandie possédait alors des vignes. Tjes arbalétriers jouissaient encore de la faculté de prendre gratuitement^ dans les greniers publics, le sel nécessaire à leur consommation. La compagnie prélevait chaque année sbr les aides, pour sa solde, 3,ooo livres; On lui assigna un logement commun et im enclos très-vaste, du côté de la porte Beauvoisine, pour les exercices journaliers: ce lieu a conservé longtemps le nom de Jardin des Arbalétriers. Henri Y, roi d'Angleterre, loin de licencier ce corps, s'appliqua à gagner l'affection des soldats qui servaient dans ses rangs; il doubla leur nombre, leur accorda des distinctions , en conduisit une partie à la guerre , et s'en fit une espèce de garde : ils se distinguèrent aux sièges de Meulan et de Pontoise.

Ces faveurs prodiguées par un souverain étranger ne bannirent point du cœur des arbalétriers le souvenir des rois de France, qui avaient institué leur compagnie. L'archevêque entretint ces bonnes dispositions, autant qu'il fut en son pouvoir. Sommerset

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et Talbot redoublaient d'efforts pour cacher le véritable état des choses ; mais ils ne purent dérober eu public la connaissance du mouvement que Danois venait d'opérer autour de Rouen. Les esprits s'enflammèrent dès que l'on eut connaissance de rapproche du général : Torage commençait à gronder; Talbot parcourait les divers quartiers , afin d'encourager les partisans de l'Angleterre : il déployait i à soixante-dixsept ans, une activité surprenante. La vue de ce héros, le souvenir de ses exploits , agissaient encore sur la multitude.

Afin d'augmenter les embarras de Sommerset , le comte de Longueville députa quatre hérauts vers les magistrats civils de Rouen, pour les sommer de ren- , dre la ville : il espérait, au moyen de cet expédient, provoquer une scission entre les bourgeoit et les Anglais; mais les envoyés ne purent franchir les barrières, et on menaça de les précipiter dans les fossés s'ils se présentaient une seconde fois. Danois instruisit le roi de cette circonstance : Charles YII assembla sou conseil, qui décida que le comte de Longueville se porterait devant Rouen accompagné de quinze mille hommes, et resserrerait la place au* tant que la nature des lieux le permettrait» On se flattait que la vue d'une armée française, fort bien disciplinée 9 tenue sur un pied respectable^ engagerait les habitants à tenter un mouvement en iaveur de la cause royale. Dunois parut devant Rouen le la octobre 1449; ^^^ quinze mille hommes marchaient sur trois colonnes; ils s'étendirent en une seule ligne qui embrassait les remparts, depuis la porte Beauvoisine

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jusqu'au delà de la porte Martinville : le général se mit ainsi en bataille j comme pour offrir le combat aux Anglais; ceux-ci n'envoyèrent pas à l'encontre. un seul détachement. Talbot redoubla de vigilance dans ce moment critique , distribua son monde aux portes 9 sur les places publiques et sur les remparts; ces précautions suffirent pour conteqir les malveillants , car nul n'osait donner le signal de l'insurrec-* tion.

Le comte de Longueville resta plusieurs jours dans la même position; voyant que le mouvemept tant désiré ne s'exécutait pas, il se retira lentement : ses soldats manquaient de vivres, et des tente>s nécessaires pour s'abriter contre la pluie et la grêle qui tombaient sans discontinuer. Pendant sa station devant Rouen, le généralissime parvint à. nouer une correspondance, avec plusieurs notables. Celui qui se donnait le plus de soins pour le servir était Pierre Blanchard, dont le père, capitaine de la milice soldée, avait eu la tête tranchée par les ordres de Henri Y ; ce prince ne lui pardonna pas d'avoir défei^du vaillamment, les armes à la main^ la cause des Valois , lors du siège de Rouen« Ces notables promirent de seconder les Français , en déclarant néanmoins que le moment n'était pas favorable. Dunois n'insista plus, il battit en retraite jusqu'à Pont-de-l'Arche, en échelonnant sur la routq des postes de cavalerie destinés à l'instruire des soulèvements populaires qui pourraient éclater dans Rouen.

Cependant l'apparition de cette armée française avait augmenté (^ confiance des amis de Charles YII^

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Talbot, s'étatit aperçu de l'hésitation des bourgeois qui gardaient les remparts , les en chassa fort durement, en les faisant remplacer par des soldats tirés du palais et du château ; il n'osa pas expulser les arbalétriers de leur enclos, dont le mur, flanqué de deux tourelles, tenait, dans la ligne du rempart , un espace de cinquante toises. Ce poste ^ voisin de la barrière Beauvoisine, était dévolu aux arbalétriers depuis l'institution de ce corps; il craignit de les mécontenter, lia suite prouva que, dans les positions désespérées, la prudence commande de ne garder aucun ménage* nient. L'archevêque et les notables travaillèrent si bien l'esprit des arbalétriers , que ces soldats jurèrent de vouer leurs services au véritable roi de France.

Il fut décidé que l'on introduirait les troupes royales parle jardin ci-dessus désigné : en conséquence^ deux jours après la retraite de Durïois, on députa secrètement vers Charles YII un émissaire pour le supplier d'envoyer une seconde fois le comte de Longueville, auquel on promettait de livrer le poste des arbalétriers. A la réception de ce message , le roi franchit la Seine suivi de ses troupes , et vint prendre position à Saint-Ouen. A peine fut-il établi dans ce village ( deux lieues de Rouen ) , qu'il vit arriver six notables : ces gens venaient lui annoncer comme très- prochaine la soumission de leurs compatriotes; ils assuraient qu'un mouvement insurrectionnel devait éclater ce jour même. Lé fait était vrai; mais tandis que ces bourgeois donnaient cette assurance à Charles VIT, Sommerset, instruit du complot, prenait les dispositions les plus énergiques pour le dâjouer. Il dut son

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salut , dans cette crise, aux Français du parti modéré; voici comment.

Aussitôt après la venue des notables à Saint-Ouen , Danois leva ses quartiers, se mit en marche, et alla se présenter une seconde fois devant Rouen , en étendant sa ligue jusqu'à la porte Beauvoisine. Dès que la tête de ses colonnes parvint à la hauteur du Jardia des Arbalétriers , le général détacha deux cents écuyers chargés d'exécuter le coup de main; ces hommes se portèrent précipitamment vers les murailles , franchirent les fossés, saisirent les échelles[qu'on leur tendit, et montèrent aux créneaux en toute hâte : quarante avaient déjà pénétré dans l'enclos, et un pareil nombre atteignait les remparts, lorsqu'un horrible tumulte se fit entendre à l'extérieur; les portes du jardin se brisèrent avec fracas du côté de la ville; en même temps l'on vit paraître Talbot, qui, instruit par les apostats de ce qui se passait, accourait à la tête de trois cents archers gallois, l'élite de ses soldats; il fondit sur les Français mêlés aux arbalétriers , et ordonna de les sabrer sans pitié. En vain ceux-ci demandaientils quartier, on ne les écouta pas : Talbot fit main basse sur tous les gens armés que renfermait l'enclos; il monta lui-même sur les remparts, en fit précipiter ceux qui s'y établissaient, et brisa les échelles. Sa bannière, d'un rouge foncé, toujours portée devant lui , flottait en dehors des bastions ; elle apprit à Dunois la fatale issue d'un projet sagement combiné. En recevant la nouvelle de cet échec, Charles VII, que la plus légère contradiction rebutait, s'empressa de regagner Pont-de-l' Arche : Dunois Se vit contraint

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de suivre son mouvement, tout en déplorant la &at« que commettait le roi de France : mais Dieu prit soin d'y remédier.

La victoire de Talbot, loin de servir les intérêts des Anglais, ne fit que hâter leur ruine; la mort des arbalétriers, passés au fil de l'épée d'une manière si cruelle, inspira aux Rouennais un profond ressentiment. L'explosion aurait eu lieu le soir même, si le départ du roi n'eût diminué la confiance des habitants : cependant ils s'étaient compromis par une joie anticipée, l'effervescence allait toujours croissaDt; enfin les attroupements commencèrent à se former le sixième jour sur les places^ dans les carrefours^ et l'insurrection finit par éclater devant la porte Beau* voisine. Talbot vola à la défense des remparts : le comte de Sommerset, espérant calmer les esprits, parcourut à cheval les divers quartiers ; il fut entouré par une foule immense qui l'accabla d'invectives, en lui reprochant le massacre des arbalétriers. Le fier Sommerset voulut d'abord répondre par des menaces de châtiment ; mais il ne tarda pas de changer de langage , en songeant que les quarante gens d'armes qui l'escortaient ne pouvaient le garantir des coups (le la multitude courroucée : il employa de plus douces paroles^ et se hâta de regagner le château, d'où les Anglais sortirent pour favoriser sa' retraite. Uo autre incident vint compliquer les embarras du gouverneur : les notables, chargés d'aller à Saint-Ouen conféreravecle roi, purent rentrer dans la ville à la faveur du tumulte; ils publièrent en tous lieux que Chap les VII, ne voulant pas signaler sa venue dans Rouen

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par des actes de vengeance , accordait un pardon irrévocable à ceux qui s'étaient montrée ôes etinemià^ et laissait à tous la faculté de se retirer dans le lieu qu'ils choisiraient , sans crainte d'être tracassés pour leur conduite passée. Cet acte de modération fit im* pression sur les Francis du parti modéré : ils se séparèrent incontinent des Anglais , jetèrent les armes, et se barricadèrent dans leu^s maisons.

Talbot, convaincu par cette dernière déiiionstra^ tion y de l'impossibilité d'empêcher les bourgeois de communiquer avec le rdi^ dont l'armée s'était une de* conde fois rapprochée de ftouM , rappela les postes disséminés stir les remparts, ainsi que le détachemeht qui tenait le pont , et partagea tout son monde en deux •divisions : il laissa la première dans le chftteaii, sous les ordres du sire de Roos, et alla s'enfermer dans le palais^ que le comte de Sommerset occupait encore : l'un et l'autre attendirent dans cette situatiori les événements, qui ne tardèrent pas k se décider coiitré eux. Des cris de joie signalèrent la ret^aité des Ati* glais; les habitants , maîtres des postes et des remparts, manifestèrent sans restriction leurs Véritables sentiments. On mit en branle la grosse cloche^ appelée l'horloge de beffroi : Sommerset en avait fait dorer les cadrans à ses frais , l'année précédente. Les ttla** gistrats et les notables se réunirent à l'hètel de ville; ils formèrent une députa tion pour aller présenter leur soumission au roi : l'archevêque Raoul Roussel fut choisi pour être le chef de cette députation , qui ar« riva à Pont-de-l' Arche le 17 octobre. Le roi la reçut lort obligeamment : il promit aux habitants de conser-

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ver le9 privilèges de leur cité, et permit aux personnes qui avaient lieu de redouter sa présence , de se retirer en emportant leurs biens. Il chargea la déput^tion d'offrir, de sa part , les mêmes conditions au comte de Sommerset et à ses Anglais.

Les notables rentrèrent dans la ville ; la réponse du roi remplit tout le monde d'enthousiasme. On fit des propositions analogues à Talbot et à Sonunerset^ mais l'un et l'autre les repoussèrent d'un air de dédain : ils ne tardèrent pas de se repentir d'avoir pris une détermination aussi imprudente , car tout espoir de secours venait de leur être enlevé. Charles YII, agissant en souverain , nomma le comte de Longueville gouverneur général de Rouen , et lui donna Tordre d'aller prendre possession de son commandement. Dunois arriva le 19 octobre devant le plateau de Sainte-Catherine^ et somma les deux cent quatrevingts Anglais occupant le monastère d'évacuer le poste, ce qu'ils effectuèrent au plus vite; ou les dirigea vers Pont-de-l'Arche. Ces soldats rencontrèrent au delà de Saint-Ouen Charles YII, qui. suivait le mouvement de l'avant-garde : ce prince les traita avec douceur, leur recommanda surtout de ne point piller son pauvre peuple , et de payer ce qu'ils pren* draient : <c Comment ferons-nous, noble sire? répondirent les Anglais ; nous n'avons rien. » Charles VU leur fit donner 100 francs.

Le plateau de Sainte-Catherine étant balayé, le comte de Longueville rangea son armée en bataille au pied de la montagne , en face de la porte Martinville; il s'arrêta dans cette position. Vers midi, une

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députatioD, composée de notables et d'ecclésiasti* ques, sortit, et vint lui présenter les clefs en disant a qu'il lui plût de faire entrer dans leur cité, de par le roi, le nombre de gens de guerre qu'il voudrait. » Dunois se fit précéder par trois compagnies de gens d'armes à cheval, commandées par les sires de Brezé, de Floquet, de Mauny. Le général survint une heure après, accompagné de ses archers et de trois mille fantassins; il plaça deux cents hommes dans les fortifications du pont, investit le vieux palais et le château, de manière à intercepter toute communication. Le lendemain, qui était un lundi , il'fit ouvrir les portes, et laissa l'entrée libre aux gens des campagnes. Les magistrats firent publier oc que tout homme, grand ou petit, portât la croix blanche sur sa casaque ou sur son chaperon, d Dunois fut conduit à l'église cathédrale; les chanoines le reçurent sous le portail, et le revêtirent de la chape de* saint Romain, ancien archevêque et patron de la ville. Cet honneur ne s'accordait qu'aux personnages éminents; sans doute que Talbot et Sommerset en avaient joui avant lui. L'ancien gouverneur, enfermé dans le château, demanda un sauf-conduit pour aller visiter le roi; l'ayant obtenu, il sortit à cheval, habillé d'une robe de velours bleu ornée d'orfèvrerie d'or, ayant une toque de velours rouge; il eut la douleur, en traversant la ville, de voir les habitants, sans exception d'un seul , parés de la croix blanche. Le comte trouva le roi de France environné d'une cour dont la magnificence l'étonna extrêmement : car les Anglais persistaient à ne voir dans Charles VII qu'un prétendant

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dépourvu de ressources, qui subsistait naguère des deniers de Jacques Cœur. Sommerset s'inclina profoodément, et annonça qu'il venait dans le dessein d'obtenir pour lui et les siens les avantages garantis aux bourgeois de Rouen par la dernièrQ capitulation , c'est-à-dire la permission de se retirer où bon leur semblerait^ Le roi répondit d'un ton ferme : « On vous a offert déjà ces mêmes avantages , et vous les avez repoussés; aujourd'hui je veux que Ton s'aigage à payer 1 5o,ooo écus pour les fraii de Id guerre, que l'on n'emmène aucune artillerie, et que l'oti restitue Honfleur, Caudebec, Tancarville et Har* fleur. » Ces conditions , quelque dures qu'elles pi* russent, auraient été acceptées, si la fierté atiglaHiené se fût révoltée à l'idée de remettre Harfleur, la pre» raière conquête de Henri Y. Sommerset rrfusa d'admettre cette clause : on y tint plus fortement* Il rompit les pourparlers, et se retira ; le roi le fit reconduire à travers l'armée par le comte de Nevers et le comte d'£u , princes du sang.

. Le comte rentra dans le palais; Dubois fedouUa de vigilance pour l'y resserrer. Sommerset^ privé de vivres, demanda, le douzième jour, à traiter d^ni* tivement. II se rendit une seconde fois auprès du rm, et le supplia de ne pas exiger la remise d'Harfleur, si l'on ne voulait pas réduire au désespoir les troii* pes qui lui restaient. Charles Y II , jaloux de mettre des bornes à cet état d'incertitude qui pesait sur la ville de Rouen depuis trois semaines, acquiesça aux demandes du prince étranger; mais il exigea, pour garantie de la fidèle exécution du traité , que Tidbot,

la comtesse de Sommerset, le fils du comte Dormond et le fils de Gouvel restassent en otage. Le gouverlieur rentra dans le palais, et fit part à ses officiers des conditions imposées par le monarque. La clause relative à Talbot produisit une vive rumeur parmi les soldats anglais : ces gens ne voulurent pas que le héros qu'ils idolâtraient se séparât d'eux pour devenir prisonnier des Français. Cette obstination dura deux jours entiers; la faim en triompha aisément. La capitulation fut exécutée telle qu'on l'avait dictée; les Anglais ne purent emmener aucune artillerie : Sommerset sortit à leur tête, et prit le chemin de Caen , où il espérait recevoir de Calais des renforts cafpables de le mettre en position de conserver intact le reste de la Normandie. Gouvel commandait les troupes sous le comte de Sommerset. Le jour même de la sortie des Anglais, Charles VII quitta Saint-Ouen, et vint occuper le plateau de Sainte-Catherine; il y reçut la visite de Talbot. Ce général mit un genou en terré, et baisa la main du monarque : ainsi en agissaient les barons qui désiraient accomplir im acte de vassalité envers leur suzerain. Charles s'empressa de le relever : « Soyez le bien venu, Talbot, lui dit-il en souriant; est-ce que vous venez bailler serment à nous? » Talbot avait été créé par Henri VI comte du Perche et maréchal de France : le roi pouvait espérer que l'Anglais, pour conserver ce riche comté, consentirait à devenir vassal de la couronne ; mais celuici répondit : « Seigneur, pardonnez-moi; je ne suis pas encore conseillé pour le faire (i). »

(i) Charles VII pouvait d'autant plus concevoir cet esj>oir, que

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Charles VU demeura trois jours au monastère Sainte-Catherine , y fit ses dévotions de la Toussaint, et s'y prépara à paraître aux yeux des Roueiinais de la manière la plus convenable. Les entrées de nos monarques^ soit dans leur capitale , soit dans les villes de premier ordre , devenaient de véritables solennités, par le faste et la magnificence dont la royauté s'entourait.

On remarquait alors auprès de Charles YII| outre les divers princes du sang, tout ce que la chevalerie de France comptait de plus illustre : les comtes de Soissons, de Clermont, d'Eu, de Nevers; les deux Charles d'Anjou, dont l'aîné était roi titulaire de Si* cile; le comte du Maine, leur neveu; les sires d'Al* bret, Louis de Luxembourg, comte de Saint*Pol, Charles de Montmorency; les sires de la Fayette, de Tancarville, de Chabannes, Emeri de Bochechouart, de Culant, de Blainville, d'Orval, de Gaucourt, de Yalpergue, d'Estampes, de Castres^ de Biencourt, Chailly, de Bochefort, d'Escars, de Xaintrailles, de Pressigny-Duchâtel , Saint-Belin, Pierre de Villequier; enfin le jeune Louis de la Trémouille, fils de l'ancien ministre, mort depuis trois ans. Quantité de féodaux normands s'étaient ralliés depuis deux ans aux bannières de Charles Yll : on distinguait parmi eux les sires de Dampierre, d'Aumale, de Thorigny,

Talbot était d'origine normande : il sortait du pays de Gâux^ où n famille possédait jadis le fief de Gleuville. Quantité de féodaux , descendants des premiers compagnons de Guillaume le CSonqaénot, abandonnaient journellement l'Angleterre pour s'établir dans la patrie de leurs ancêtres.

deTorsy,de Branquemont, de Coigny, deBec-de-Lièvre, de Clinchamp, de Coulombières, d'EstoutevilIe, deFontenay, de Ganiaches, de Grandcourt, d'Houdetot, de Granville , de Guitry, de Longueval , de Caillebot, de Maiilevrier, de Montagu, de Montigny, de Tourville, de La Roche-Guyon, de Tilly, de Creuilly : d'autres bannerets marchaient dans la Normandie, sous le commandement du connétable.

Le moment de l'entrée étant arrivé, le roi prit des mesures extraordinaires pour que l'ordre le plus sévère régnât dans la marche du cortège ; on assigna à chaque baron sa place, en lui enjoignant de ne Ja quitter sous aucun prétexte. « Le prince prescrivit à tous , dit un historien contemporain , de garder son rang, de ne pas s'enchevêtrer les uns les autres, sous peine, à ceux qui autrement le feraient, d'être blâmés et reprochés en leur honneur. » Charles Vil avait sans doute à cœur d'éviter les querelles qui pouvaient s'élever pour les préséances entre tant de bannerets , vaniteux au suprême degré.

Pendant que les nobles de France terminaient leurs préparatifs , que plus de mille ouvriers venus, de Paris polissaient les armes et les cuirasses, que l'on rajustait les harnachements des chevaux , de leur côté les magistrats de la cité de Rouen réglaient les dispositions arrêtées pour la réception du roi légitime : ils ordonnèrent de tendre les maisons depuis le toit jusqu'à la base, et de couvrir même les rues de manière à former un ciel continu. Tous les bourgeois s'habillèrent mi-partie rouge et blanc, la couleur du roi; les fontaines versaient du lait et du vin; quel-

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que emblème singulier ornait chaque carrefour : Tun d'eux représentait un léopard entouré de ses petits, se regardant dans un miroir, en frappant son image avec sa patte (allégorie du courroux que montrait l'Angleterre du triomphe de la cause française); on autre emblème représentait les armes parlantes de la ville y un agneau {Jgnus Dei) qui roulait ses yeux, et semblait rire de plaisir. Dunois, en qualité de gouverneur, présidait à ces préparatifs; des postes militaires stationnaient de loin en loin , et se liaient entre eux par une haie d'archers : la discipline la plus exacte régnait parmi les gens de guerre.

Le lo novembre au matin (1449)9 1^ ^^^ descendit de Sainte-Catherine, passa la petite rivière qui coule au pied du plateau; il s'arrêta au couvent des Chartreux , situé dans la plaine, sur la route de Daraetal : le prince y trouva l'armée rangée en bataille. T>e cortège se forma sur ce point; chacun y prit la place qu'on lui avait assignée. Le roi tourna une partie de la ville', passa devant la porte Saint-Hilaire, longea le rempart, et arriva vers midi devant la barrière Beauvéjisine. Dunois sortit à cheval , accompsigné de l'archevêque monté sur une haquenée, des évéques de Lisieux , de Coutances , de Bayeux , de douze no* tables , et du clergé chantant le Te Dewn et chargé des reliques de saint Romain. Le comte de Longueville menait les notables ; le plus âgé de ces bourgeois s'avança vers le roi, fléchit le genou, et présenta les clefs : son émotion l'empêcha de prononcer le discours d'usage. Alors Dunois prit la parole : c Voilà, sire, dit-il, vos bons bourgeois de Rouen qui vous

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supplient très-humblement que vous les teniez pour excusés de ce que si longuement ils ont attendu de se remettre en votre obéissance; car ils ont eu de fort grandes affaires, et ont été fort contraints par les Anglais , vos anciens ennemis. »

Charles VII répondit qu'il était très^content d'eux, et les tenait pour excusés. Alors le comte de Longueville se plaça derrière le roi , et le clergé prit la tête du cortège, qui s'ouvrit par quarante archers à cheval de la compagnie du comte deClermont, habillés uniformément d'une cotte d'armes ou tunique rouge sans manches : leurs chapeaux de fer, leurs cuissards, jambières, et les harnachements des chevaux, étaient ornés de clous d'argent. Après eux venaient cinquante archers du comte d'Anjou , vêtus de jaune; de leur chapeau de fer pendait une longue queue de taffetas découpé appelée comète , descendant jusque sur la croupe de leurs chevaux : le commandant de cette troupe portait la bannière particulière du comte d'An^ jou; puis cinquante archers du roi de Sicile, avec des jaques rai-parties gris, blanc et noir, la couleur de leur miaitre; puis cinquante archers de la garde par^ ticulière du roi , avec des cottes d'armes rouges , vertes et blanches, ornées d'orfèvrerie d'argent : trois grandes plumes d'autruche, correspondant chacune à la couleur de la cotte, ombrageaient le chapeau de fer. S'avançaient ensuite trois cents autres cavaliers de la garde, vêtus plus simplement, ayant une cotte rouge ornée d'un soleil d'or par devant : leur corn* mandant, le sire deValpergue , bailli de Lyon, montait un cheval noir, couvert de satin bleu. Venaient

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derrière le sire de Valpergue, les trompettes An-rfn et du comte d'Anjou , au nombre de vingt, « sonnant merveilleusement, » les ^vingt-quatre hérauts du roi, et immédiatement après les officiers de Thôtel : d'à* bord y le sire de Gaucourt, premier chambellan, an* cien gouverneur d'Orléans; son cheval était couvert d'une robe de satin cramoisî , parsemé de croix blanches : ce baron devait éprouver une vive émotion en traversant Rouen ^^ar son père Raoul avait été massacré dans les rues de cette ville en 14179 P^^ les habitants révoltés; puis Dunois, grand chambellan de France , magnifiquement vêtu d'une jaque de velours violet, doublée de martre -zibeline, qui descendait jusqu'aux jambières, faite d'argent bruni : cette jaque s'ouvrait par devant, pour laisser voir une brillante cuirasse. Une housse en satin, mi-partie blan* che et bleue, enveloppait entièrement son cheval, dont le chanfrein en acier poli, orné d'argent^ JQ^t un grand éclat : son épée seule coûtait ao,ooo écus. Sur les pas du comte de Longueville marchait Euguenin d'Escars , second chambellan , portant éga* lement la robe mi-partie blanche et bleue , montant un destrier caparaçonné, et surchargé d'ornements couleur de feu. Sur la même ligne marchait le sire Jacques Cœur, qui semblait étaler avec affectation un costume semblable à celui de Dunois, quoiqu'il fut étranger au métier des armes; même jaque , même corselet, même épée : on lui fit plus tard un crime de cette imitation puérile. Puis venait le maréchal de la Fayette armé de pied en cap^ en sa qualité d'homme de guerre; il était suivi de Juvénal desUr-

DUIf OIS. 4*7

sinSy grand chancelier de France , revêtu d'un manteau pourpre, <]ite couleur de roi : devant lui, un écuyer conduisait par la bride une haquenée blanche d'Irlande ; sur la selle, de forme carrée , reposait, fixé par des lanières dorées, un coffret de bois précieux, long d'un pied , renfermant les sceaiix de l'État. Pierre Guerin de Brulart (i), premier secrétaire de la chancellerie, se tenait à cheval auprès des sceaux. Derrière Juvénal des Ursins s'avançait Jean de Fontetaîlles , maître des écuries, portant, roulé sur ses épaules comme une écharpe, le manteau du roi; on distinguait cet officier à un chapeau de castor très-élevé. Venait ensuite Antoine de Ghabannes , grand paûnetiér,-montant un cheval noir richement caparaçonné, car le comte de Dampmartin passait pour un des barons les plus fastueux de son temps. Puis s'avançait Xaintraiites, grand écuyer, bailli de Berri, ayant en sautoir l'épée dj^ roi, ornée d'un pommeau et d'une croix d'or massif; une housse de satin bleu couvrait son cheval. Immédiatement après Xaintrailles marchait le roi, portant une armure complète: cette ar* mure, d'un travail fini, était resplendissante d'or; un petit chapeau de castor gris, doublé de satin rose, pointu, et terminé par une houppe à fils d'or, remplaçait le casque : l'historien de l'époque, Alain Chartier, n'explique pas cette singularité.

Charles VU montait-un cheval de taille moyenne,

(i) Il descendait en ligne collatérale 4u cheyalier Guerin qui dirigea les opérations lors.de la bataille de BouvineSymort évéque de Senlîs. Pierre de Brulart devint conseiller du roi ; sa famille s'est perpétuée

jusqu a nos jours,

4i8 DUirois.

expédient ordinaire chez ce prince pour rendre moins sensible à la vue la disproportion de ses jambes, beaucoup trop courtes pour le corps; ce cheval était couvert d'une robe de drap bleu à franges d'or, semée de fleurs de lis; quatre pages le précédaient : le premier portait la lance, le second la javelinei le troisième le bouclier, et le quatrième la hache. Derrière le souverain marchait le bailli d*Évreux, agitant l'étendard royal, fait de satin blanc , bordé de grosses perles, et parsemé de soleils d'or et non de fleurs de lis. A gauche de Charles VII, un peu en arrière, se tenait Charles d'Anjou , roi titulaire de Sicile, la couronne en tête, et enveloppé d'une robe très-ample de drap d'argent. Le comte d'Anjou, frère de ce dernier, marchait sur la seconde ligne, ajusté delà même manière. A la suite de ces deux princes venaient les seigneurs , les bannerets et chevaliers qui ne remplis^ saient aucune charge de la couronng : leur nombre dépassait mille; ils marchaient suivant leur rang dam la hiérarchie féodale , et à la place qu'un ordre su* prême leur avait assignée. On distinguait en avant les comtes de Nevers et de Saint-Pol. Le premier montait un cheval bai , caché sous une robe de veloon vert traînant jusqu'à terre , et ornée d'orfèvrerie d'a^ gent ; sa cotte d'armes et son chaperon écarlate attiraient les regards par leur éclat; vingt pages, aussi magnifiquement habillés que lui, se pressaient sur ses pas. Le second faisait bondir sous lui un cheval gris pommelé, d'une hauteur extraordinaire, couvert d'une robe de satin noir, et dont la tête supportait un chanfrein estimé trente mille écus; un écuyer

Durrois. 4^9

conduisait derrière le comte de Saint-Pol un second cheval armé en guerre, noir, et bardé de larges bandes d'argent. Les autres bannerets se faisaient remarquer par des ajustements plus ou moins riches; des robes de nuances tranchantes couvraient leurs coursiers : ce genre d'équipement ne servait point en campagne , on le réservait pour les tournois ou pour les cérémonies d'apparat. Un corps de trois mille archers à cheval fermait le cortège} une flamme rose, ornée d'un soleil d'or, pendait aux lances de ces cavaliers. Cette division d'élite avait pour commandant Philippe de Culant, maréchal de France, nommé sénéchal du Limousin après la mort de Louis de Sco railles, arrivée quelques années auparavant (i).

Au débouché du portail de la ville , le roi fut reçu sous un dais tenu par quatre notables : le prince s'arrêta au bout de quelques pas , et, d'après un usage adopté depuis cinquante ans et dont on ignore Torigine, le sire de Brezé, sénéchal du Poitou, arma chevalier devant le monarque , et en son nom , uA enfant de douze ans, fils du sire dé Pressigny. Char* les VII s'avança lentement dans la grande rue, à travers ime foule innombrable qui témoignait sa joie, sans crier néanmoins, car le respect imposait silence; seulement une multitude de petits garçons de six à dix ans, vêtus de blanc, rangés en haie, chantaient : Noëlï noêl! Les femmes, parées de leurs plus riches atours, garnissaient les fenêtres. A l'un des balcons de la grande rue on distinguait la comtesse de Lon-

(i) Cérémonial de France , par T. Godefroy ,t. V, — Alain Cbartier» Histoire de Charles VII.

4aO DUNOIS.

gueville, et à ses cotés le général Tajbot, qui n*était pas un des ornements les moins remarquables de cette fête : ce guerrier , si fatal aux Valois, semblait n'apparaître là que pour assister au triomphe de la France, et montrer l'instabilité des choses humaines; car sa réputation militaire avait commencé trente-deux ans auparavant par la prise même de Rouen : cet exploit lui valut alors le litre de comte de Shrèwsbury. Charles VU descendit de cheval devant le portail delà cathédrale, entra dans l'église, accompagné de flots de peuple; il y fit se3 dévotions avec une ferveur touchante : on le conduisit ensuite à rarchevéché, choisi pour sa résidence. Les notables > les plus riches particuliers se disputèrent lé plaisir de loger les dignitaires de la couronne, les barons et les simples écuyers; chaque maison prit quelques soldats ^ de manière que la ville offrait Tirnage d'une seule famille* Les huit jours que le roi et sa suite restèrent dans Rouen se passèrent en réjouissances de toute espèce. Les bourgeois dressèrent devantleurs portes des tables chargées de viandes froides, de fruits, de vin , conviant à ces banquets les archers , les cavaliers qui venaient du camp des Chartreux pour visiter la ville : chaque soir, on allumait des feux dans les carrefours. La veille de son entrée, le roi fit publier rordonnance suivante : « Qu'il n'y eût aucun de ses getïs, de quelque estât, de quelque condition et qualité qu'il fut, qui meffit en rien à aucun citoyen de cette ville, ny qu'il prît du leur sans payer ou de leur'bon gré; et ce, sous peine capitale. » Quinze ans auparavant, Charles VII se fût trouvé dans l'impuissance de faire

respecter un ordre pareil : le licenciement des compagnies et la création de l'année permanente avaient donné à l'autorité royale la force dont elle manquait depuis un demi-siècle. L'historien Couci s'empresse de dire, comme un fait remarquable : « Cette ordonnance, ainsi publiée, fut très- bien entretenue et très-bien observée, »

Ces manifestations de la joie publique ne firent point oublier à Danois le soin de poursuivre les hostilités : le bruit des avantages rapides que le connétable remportait dans la basse Normandie piquait son amour-propre. 11 sut arracher Charles VII au repos que ce prince goûtait avec délices dans Houen , et le détermina à continuer les opérations de la campagne. Le roi passa en revue son armée , forte de vingt mille combattants : on pourvut de garnisons les places conquises; Rouen , dont les habitants craignaient de retomber au pouvoir des Anglais, obti nt six mille hommes. Le comte de Longueville,. ayant pris le commandement de l'avant-garde , se dirigea versHarfleur : le roi paraissait s'intéresser singulièrement à la réduction de celte place. Charles VII s'arrêta le second jour de marche^ à la nouvelle que le sire Thomas Curson, gouverneur d'Honfleur , refusait de livrer cette ville, suivant un des articles de la capitulation de Rouen. Tancarville, Arques, Lillebonne, avaient ouvert leurs portes sans difficulté; on n'attendait que la soumission d'Honfleur pour rendre la liberté à Talbot et aux otages gardés dans le château de Dreux. Charles VII, loin d'user de ses droits, fit cesser la captivité du héros, et poussa la générosité jusqu'à permettre que

4a a DUNOM.

ce guerrier conservât le titre de maréchal de France, qu'il tenait de Bedfort. Talbot ne se laissa point vaincre en nobles sentiments : indigné de voir ses compatriotes violer une convention dont lui-même s'était porté le garant 9 il ne voulut pas profiter de la licence de prendt^e les armes ^ que lui octroyait le roi de France : il quitta donc le théâtre de la guerre^ dans l'intention d'accomplir un vœu formé depuis vingt ans.

D'après l'ordre exprès de Charles VII , Dunois s'avança rapidement vers Harfleur, et le jour même investit cette place ( lo décembre i449)* Bureau et son parc d'artillerie l'accompagnaient^ On eut d'abord à lutter contre des difficultés inouïes : la mer, dans son flux et reflux, emportant les travaux , empêchait de mettre les pièces en batterie; les Êintassina, travaillant dans l'eau, essuyaient souvent des sorties vigoureuses de la part de la garnison , forte de seiie cents hommes ; un froid vif augmentait les embarras. Dunois, opiniâtre dans ses entreprises, resserra la place sur tous les points, et contraignit le gouverneur sir Thomas Aberghen à se tenir renfermé dans la place, sans oser continuer ses sorties. Charles VU, commandant le corps de réserve, s'était arrêté à Montivilliers : ayant appris que Harfleur opposait une résistance prolongée, il accourut, afin d'encourager les soldats par sa présence. A son arrivée, le prince ordonna un assaut; on profita delà retraite de la mer, on combla de fascines un vaste fossé, et le signal de l'attaque fut donné. Charles VU se mêla parmi les assaillants, le casque en tête, le fer au poing;

DUICOIS. 4^3

mais cette tentative échoua : la ville ne présentait qu'un seul côté vulnérable, et les assiégés s'y portaient en foule; ils défendirent les remparts d'une manière héroïque, et empêchèrent les Français de s'y loger; on dut abandonner la brèche et repasser le fossé. Charles ¥11, dégoûté subitement, suivant sa coutu* me, regagna le camp de Montivilliers. Nonobstant la disparition du roi, fort capable de porter le décou^ ragement dans toutes les âmes, Dunois conserva sa position , en déployant encore plus d'ardeur. 11 possédait le rare talent d'enchatner les soldats auprès de lui , et de leur inspirer une confiance que les reveifs n'affaiblissaient jamais.

Bureau parvint enfin à établir ses batteries d'une manière solide; elles commencèrent à tonner, en por^ tant Teffroi dans la place. Le gouverneur ayant essuyé le feu pendant six jours, finit par capituler i il vint le lendemain remettre les clefs au comte de Longueville, qui lui permit de se retirer par eau à Gherr bourg ( 24 décembre ).

Dunois fit son entrée le a8, et s'empressa de monter à la haute tour, appelée le Phare; il en èta luimême la bannière d'Angleterre, que Henri V y aVait placée de ses mains, et y substitua le drapeau français. Au premier bruit de la prise d'Hartleur, Charles VII nomma gouverneur suprême de la place le guerrier qui l'avait conquise d'une manière si brillantel

Après avoir établi une nouvelle administration dans Harfleur, Dunois quitta cette ville le 10 janvier, et le 1 7 investit Honfleur , que le capitaine Curson avait refusé d'abandonner. Cet officier, dont l'activité éga-

lait le courage, s'était procuré des canons , dont ii se servit de la manière la plus habile; ses premiers boulets tuèrent le bailli de Montargis et le sire de Blancliefort. Le général français, deux fob repoussé, ramena deux fois ses soldats sous le feu de la place; et comme Ton ne savait pas charger les pièces avec promptitude , il profita de l'intervalle pour ordonner l'escalade : à peine quelques-uns des siens se furent*ils logés sur les remparts, que le gouverneur demanda à parlementer; néanmoins, pour mettre son honneur k couvert , Ourson supplia Dunois de lui permettre d'attendre encore cinq jours, afin de s'assurersi le duc de Sommerset accourrait à son secours. Sommeraety pressé d'un autre côté par le connétable, se trouvait hors d'état de voler à sa défense : les cinq jours expirés^ les ponts-levis se baissèrent ; les Anglais montèrentisur des embarcations, et prirent la direction de Cher^ bourg. Dunois envoya ses lieutenants s'assurer de quelques petites places voisines , et mit ses soldats en cantonnement jusqu'à la fin de l'hiver.

Nous avons vu Richemont commencer d'une manière brillante la campagne de i450| et anéantir à la bataille de Formigny les dernières ressources de l'Angleterre. Dunois, de son côté, manœuvrait pour re^ serrer Sommerset dans la ville de Caen, comme il Pavait resserré dans Rouen. Le comte de Clermont vint amener sa division au bâtard. Naguère ce jeune prince avait refusé de reconnaître l'autorité du premier officier de la couronne; il ne fit aucune difficulté de servir sous les ordres du comte de LongueviUe, beaucoup moins attier que le guerrier breton. Les deux

généraux réunis investirent Bayeux , la troisième ville de la Normandie. Le gouverneur , Matthieu Goth^ en était sorti quinze jours auparavant pour aller seconder les opérations de Kiriel ; U assista au combat de Formigny, s'en retira précipitamment, et parvint à gagner Bayeux accompagné de six cents hommes, ne se dérobant à un désastre que pour tomber dans un danger encore plus certain. La semaine suivante, deux divisions vinrent le bloquer étroitement. Le comte de Clermont prit ses quartiers sur la route de Carentan. Dunois, ayant avec lui le comte d'£u et le maréchal de Culant, se posta au milieu de la chaussée. Jean Bureau établit ses redoutables batteries, et en quelques instants les murs de la partie de l'ouest offrirent de vastes brèches : les soldats allaient s'y élancerf lorsque Dunois, secondé des autres chefs, sut les retenir, désirant épargner à une ville opulente les malheurs inséparables d'une prise d'assaut. U fit sommer Matthieu Goth, en ne lui donnant qu'une heure de réflexion. L'Anglais capitula dans le délai convenu. Les neuf cents hommes formant la garnison passaient pour d'excellents soldats : ils furent obligés de défiler devant les assiégeants, le bâton à la main, selon l'usage ; on leur refusa la permission d'emmener chevaux et chariots. Comme les Anglais occupaient depuis trente ans la ville de Bayeux, ils y vivaient entourés de leurs familles : on vit sortir cin^ cents femmes traînant deux cents enfants; les. unes les portaient sur leur tête dans des berceaux, les autres dans les bras; une grande partie les tenaient par la main. Ce spectacle toucha l'âme des vainqueurs : la

4a6 Duifoifl.

générosité française l'emporta sur la aévérité des loii de la guerre; les chevaliers offrirent des destriers aux dames nobles ; les soldats donnèrent aux autres femmes les basternes qui avaient servi à transporter leurs bagages. ( Tous les historiens du temps. )

Rien n'empêchait d'entreprendre le siège de Caeo; Charles VU ordonna de le commencer san3 le moindre retard, et manda au connétable, campé auprès de Vire^ de manœuvrer pour opérer sa jonction avec le comte de Longueville sous les murs de cette place, laquelle allait avoir à soutenir les efforts de quarante mille Français que leurs succès récents remplissaient d'ardeur et de confiance.

Caen , fondée , vers le commencement du dixième siècle, par un des successeurs de RoUon, devint en peu d'années une cité considérable. Le château, tel qu'il était du temps de Charles VU, formait à lui seul une ville séparée : Guillaume le Conquérant le fit construire en io55; plus tard, Henri I^, roi d'Angleterre et duc de Normandie, doubla l'épaisseur des murailles, et y ajouta un donjon. Caen fut prise, comme nous l'avons dit dans la Vie de Jacques de Bourbon , sous le règne de Philippe de Valois (i34fi), par Edouard III , qui la livra au pillage : il y ramassa un butin immense. Sa situation voisine de la mer la rendait commerçante; la fertilité de son territoire, arrosé par deux rivières, y entretenait Tabondance. Redevenue française par suite des victoires de Charles V , cette ville s'accrut encore ; mais elle ne tarda pas de tomber une seconde fois sous le joug du léopard britannique ( 1 4 ^ ?)• I^^ habitants , extrêmement

DUlfOIS. • 4^7

belliqueux y comme tous les Normands, voulurent défendre leurs remparts ; on les tailla en pièces : les Anglais n'épargnèrent ni l'âge ni le sexe; on y mon«> trait le lieu où un soldat de Henri Y trancha la tête d'une femme qui allaitait son enfant. Au bout de quelques heures de tuerie , Henri V arrêta la fureur de ses soldats. Les désastres essuyé» par la maison de Valois lui faisaient espérer qu'on pourrait réunir irré* vocablement la vieille Neustrie à la couronne d'Angleterre, et cette' considération l'engageait à ménager les habitants. Ce prince transplanta dans Caen plusieurs familles venues du Middlesex ou du Ruttand, et augmenta les fortifications. Le régent Bedfort y établit, en"i43f , une université qui ne tarda pas d'acquérir de la célébrité. La jeunesse de la Normandie, du Maine, de la Picardie, de l'Ile-de-France, accourut étudier dans cette ville, éloignée du théâtre de la guerre, et le seul coin delà France où Ton vécût en repos. Les écoliers, fort turbulents^ devinrent les premiers instigateurs des séditions : Bedfort fit élever devant l'université un pilori, afin d'offirir k leurs regards les châtiments réservés à ceux qui oseraient troubler l'ordre public.

Sommerset ne doutait pas que ses trois mille hommes de garnison , retranchés derrière des fortifications redoutables , ne pussent braver impunément 1^ efforts des deux corps d'armée réunis : il se trohpait, car rien ne rend aussi entreprenant que le succès. Charles VIT, ses généraux, et les simples soldats euxmêmes, pensaient que la conquête de la Normandie resterait incomplète si les Anglais conservaient un seul

bourg dans la province; chacun se montrait décidé à ne prendre de repos que lorsqu'on aurait expulsé l'étranger d'une manière définitive. Dunois, plus animé que les autres, craignait que le connétable, qui accourait des champs de Formigny , ne lui ravît la gloire de forcer les généraux de Henri VI dans leur dernière retraite : en conséquence, il se liâta d'investir la ville de Caen par plusieurs côtés , et prit ses quartiers dans le faubourg de Yaucelles. Le maréchal de Im, Fayette et le comte de Clermont occupèrent les fauboui^ de Saint-Gilles; le maréchal de Lohéac et le maréchal de Culant formèrent leurs lignes dans la grande prairie : la disposition des lieux rendait ces trois attaques très-épineuses. Le sire de Mecton , Commandant les troupes sous le duc de Sommerset, fit sortir la moitié de la garnison pour défendre les appi*oches de la rivière, et empêcher Dunois de jeter des ponts : ce dernier voYilut obliger cette troupe à se retirer; il ne put y parvenir, et l'ennemi le tint en échec toute la journée. Le lendemain, on apprit l'arrivée du oon* nétable, qui investit la vieille ville, depuis l'abbaye Saint-Élienne jusqu'aux remparts du château. Le comte de Longueville, encore plus stimulé, fit on effort surprenant, battit Mecton, passa la rivière , et finit par se loger auprès de l'hospice..

Charles Vil s'était arrêté dans une abbaye, à trois lieues de Caen ; on l'instruisait d'heure en heure de la situation des choses : il ordonna à Dimois de ne pas livrer l'assaut avant qu'il eût rejoint le camp. Le roi accourut, franchit l'Orne, et fit donner le signal de l'attaque par le ravelin de l'hôpital. Les Anglais avaient

porté la totalité de leurs forces sur ce point, que Ton jugeait le plus vulnérable : ils opposèrent une résistance opiniâtre, et montrèrent encore ce sang-froid, cette valeur dont its ne cessèrent de donner des preuves dans le cours de la guerre. La nuit ^contraignit Dunois à quitter le rempart; le lendemain, il assaillit une seconde fois la bastille : les progrès que le connétable faisait du côté de la vieille ville le favorisaient en ce que l'ennemi , obligé de partager ses forces, ne put en porter de suffisantes dans cet endroit. Dunois, étant parvenu à se loger dans le ravelin, se préparait à lancer ses soldats dans l'intérieur, lorsqu'un ordre du roi l'en empêcha. D'après les observations du connétable, Charles Vil ne consentit pas à livrer au pillage une cité qui avait été saccagée deux fois pour la cause des Valois -: le roi envoya un chevalier de son hôtel vers Sommerset, pour le sommer de la rendre par capitulation. Pendant que l'on attendait le retour du chevalier porteur du message., des cris horribles se firent entendre dû côté de la vieille ville; en même temps un jet de flamme et de fumée s'élança dans les airs comme une gerbe : Arthur venait de mettre le feu à la mine des bastions. Les Anglais, pressés de toutes parts, renoncèrent à prolonger leur défense. Sommerset avait donné, le mois précédent, i5o,ooo livres pour obtenir la permission de sortir librement du château de Rouen; il en donna le double pour quitter celui de Caen. Le traité fut conclu le a4 juin i45o. Le premier magistrat s'étânt avancé au delà des barrières, vint présenter les clefs au connétable, qui les remit incontinent à Dunois, nommé

par le roi commandant snpérieur de la ville (t). Charles VII y fit son entrée le 6 juillet de la même année. Jjes habitants, bien traités depnis trente-cinq ans par la maison deLancastre,ne montrèrent point pour leur roi le même empressement que ceux de Rouen. Ayant consacré une semaine entière aux soins de son nouveau gouvernement, le comte de Longueville rentra en campagne : il termina la conquête de la province par la prise de Domfront et de Falaise. La pnnnière fut emportée au bout d'une semaine; la se* conde résista plus d'un mois : Henri VI Tavait donnée en dotation au vaillant Talbot, qui la fortifia diaprés ses plans particuliers, et y plaça une garnison compo* sée de douze cents vieux archers^ les vétérans des armées britanniques. Ces braves repoussèrent vigoureusement les premières attaques; puis , sentant Tim* possibilité de résister à des forces aussi supérieures, ils envoyèrent un de leurs officiers vers le général français, pour lui déclarer qu'ils livreraient la ville aux flammes et s'enterreraient sous ses débris, si l'on refusait de leur accorder des conditions honorables. Dunois, admirant la conduite de ces soldats, dont la résolution contrastait avec la pusillanimité de Soromerset , les laissa régler eux-mêmes les articles de la capitulation. Ils demandèrent que des bâtiments les ramenassent au delà du détroit; de plus^ que Tàlbot, leur ancien général, fut mis en franchise (m). On sait que Charles VII lui avait rendu la liberté sans rançon, après la violation du traité de Rouen. Les lois de la

(i) Bourgueville , Antiquités de Gaen, i588, p. 63. (3) Alain Ghartier, Histoire de Charles VIL

guerre voulaient que ^ dans ce cas, le prisonnier s'abstint pendant deux ans de porter les armes : cette défense cessait au moyen d'une déclaration en fran^ chise^ donnée par le vainqueur. Quoique cette condition fût d'une nature bien délicate^ le comte de Longueville y souscrivit , et termina ainsi par une action magnanime la conquête de la Normandie.

Nous ne devons pas clore ce chapitre sans convenir que Jacques Cœur contribua puissamment aux brillants résultats que l'on venait d'obtenir : grâce à ses soins 9 la solde fut acquittée exactement par quinzaine. Les artilleurs de Jean Bureau , presque tous Génois, Italiens ou Espagnols, montraient plus d'exigence que les Français; leur paye, supérieure à celle des autres soldats, ne manqua pas un seul jour. Cette régularité dans Tacquit de la solde donnait aux chefs de l'armée le droit de redoubler de sévérité envers les pillards : ils purent garantir les propriétés contre toute espèce d'excès. Les Normands, reconnaissante d'une pareille sollicitude , déployèrent un zèle soutenu pour seconder les opérations de Charles VIL

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