‹ Vies des grand capitaines français du moyen âge (volume 3)Chapitre 15 sur 22 · DU1C · texte numérisé non relu

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rives de la Doi'dogne et de saisir des petits châteauxforts qui bordaient la rivière. Bureau soumit Liboume et Saint-Éinilion en peu de jours : Fronsac se rendit le 1 5 juin. Le général en chef, décidé à marcher sur la capitale, rappela ces divers détachements, et concentra devant Libourne toutes ses forces, qui présentaient un effectif de vingt mille combattants^ en y comprenant la division du comte dePenthièvre. La nouvelle de revers si précipités porta la consternation dans Bordeaux; cette frayeur allait croissant, en dépit des efforts que les Anglais faisaient pour rassurer les habitants, en leur disant qu'un corpd de douze mille hommes venait de partir de Douvres*

Le comte de Longueville envoya deux hérauts sommer la ville; les Anglais et ceux des Bordelais leurs partisans les forcèrent de se retirer sans donner la moindre réponse. Le comte de Longueville plaça quinze mille fantassins sur des navires préparés à cet effet : il descendit avec eUx la Dordogne, franchit le Bec-d'Ambez, remonta la Garonne, et prit terre audessous de Bruges. Des hérauts allèrent, par ses ordres , sommer la ville une seconde fois : les habitants répondirent qu'ils étaient disposés à se soumettre^ et à recevoir des commissaires chargés de régler les conditions. Dunois choisit Jean Bureau et Pierre Çri* quet^ bailli de Mont-de-Marsan, a Nous prêtons seK ment de fidélité au roi de France, dirent les Bordelais, mais nous demandons qu'eti entrant dans nos murs son heutenant général, le comte de Longueville, jure sur les Évangiles de respecter nos Idis, franchises, privilèges et coutumes : Thabitant qui de voudra

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pas prêter serment sera libre dé se retirer où bon lui sembler*a , eh emportant seâ biens; on n(ô mettra aucun nouvel impôt de natufe à gêner le commerce, et surtout les mai'chands étrartgei^s; il sera établi à Bordeaux Un parlement pour toute la Guiénne. »

On voit que ces conditions tendaient à consolider te prospérité de la cité ; Dunôis , muni de pleins pouvoirs, les accepta toutes : les Bordelais livrèrent les forteresse^ de Btegnac et de Saint-Macaire. Les signataires de la convention furent, d'une part, Bureau et Briquet, et de l'autre, lé sire de Montférant , Gaillard, Jéàti de Ldlande, Guillaume de Langeao. Le sire de LdUgoiran , premier baron bordelais , voulut conclure un traité particulier; il se rendit aiiprès de Char^ les VII, à Saint-Jean-d'Angély, où ce prince était venu pour suivre les opérations de la guerre^ «t jura foi et hotutnage ^ en donnant pour caution cinq châteauxfortâ : de son côté, le roi prit l'eUgagomeiit de lui (conserver la totalité de ses terres.

Lé captai du Buch, coinmandant la garnison anbiaise de Bordeaux, n'iUiita point le sire de Langoiran : se croyant lié à la fortune des Lancastres par le serment prêté en recevant l'ordre de la Jarretière, il voulut y demeurer 6dèie ^ et se bannit de son pays vtdontairement, en substituant ses domaines sur la tête de son petit-fils et en n'emportant que ses meubles, argenterie et joyaux^ dont la vente produisit une sotnme considérable. Ce captai du Buoh était Jean de Grailli, petit-fils, par la branche cadette, d'Archambaud de Grailli , devenu héritier de la maison de Foix; il était également petit-neveu du fameux

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captai du Buch, vaincu par Duguesclin : il épousa la fille de Guillaume de la PoU^ duc de Suffolk. Henri VI avait donné en apanage à ce Jean de Grailli le comté deLongueville, dont Charles YII dota plus tard le bâtard d'Orléans : Henri VI l'en dédommagea par la cession du comté de Caudale, un des beaux fie£i de TAngleterre, dont ses descendants ont toujours conservé le titre.

Dunois, arrivé le âa juin devant Bordeaux , rangea son armée en bataille en face des portes; et, selon Tusage d'alors, il fit des- chevaliers, comme si on allait livrer une action. Les jeunes sires de la Rochefoucault, de Rochechouart , de Fontenilles, de Montmorency, de Bourdeilles , de Grancey, reçurent Tordre dans cette circonstance.

Le premier consul de la ville monta sur la plus haute tour du château de l'Ombrière , et cria trois fois : a Secours d'Angleterre pour ceux de Bordeaux! > L'écho du rivage ayant seul répondu , le maire baissa le pont-levis, et ouvrit les portes. Jean Bureau, nommé maire perpétuel, fut installé dans ses fonc. tions avec solennité. L'armée rompît son ordre de bataille, et prit l'emplacement de ses bivouacs. Le lendemain Dunois fit son entrée solennelle, en qualité de représentant du roi, accompagné des princes du sang, des grands officiers de la couronne, et des bannerets formés en cortège : il montait un coursier blanc; on portait devant lui la bannière de France comme on le faisait pour le souverain. Les Bordelais avaient demandé que les francs-archers n'entrassent pas dans la cité, alléguant que cette troupe ne

composait que de personnes non nobles et de petit lieu : observation bien singulière de la part de gens la plupart marchands et ne vivant que du trafic.

Le comte de Longueville descendit de cheval devant l'église Saint- André; l'archevêque le reçut, lui donna à baiser les reliques, et le conduisit par la main au maître-autel ; là, il l'invita à jurer sur l'Évangile d'observer le traité conclu par Bureau, ce que le général français fit sans balancer. Les sires de Lesparre, de Duras, les barons les plus considérables de la province et les notables de la ville promirent de se conduire toujours en loyaux et fidèles sujets du roi. Les bourgeois, qui remplissaient l'église, répétèrent ce serment en étendant la main droite, et eu criant ensuite : « Vive le roi! Noël! noél! » Au sortir de l'église, le comte de Longueville alla prendre possession de la citadelle : il monta lui-même sur la tour, en enleva la bannière d'Angleterre, et la remplaça par celle de France. Il fit publier parmi les troupes la défense la plus expressede commettre la moindre violence ; plusieurs soldats ayant donné lieu à une rixe dans laquelle un notable, nommé Louvain, fut tué, Dunois fit placer un gibet très-élevé sur le rondpoint du Chapeau-Rouge, et, d'après ses ordres , cinq soldats, auteurs de ce crime , y furent pendus^ (Hist. de Guienne, t. II, p. 1^29.)

La soumission de Bordeaux s'étant effectuée d'une manière aussi heureuse, les comtes de Nevers, de Vendôme, d'Armagnac, quittèrent l'armée, et regagnèrent leurs domaines. Dunois continua la guerre; il désirait clore la campagne par la prise de Bayoune.

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Lia situation dé cette ville, au confluent do deux rivières, prè& de la Mer, et sur le^ frohtières d'Espagne, la rendait extrêmement importante; les Anglais y avaiékit placé une gai^nison composée de soldats d'élite, et pour gouverneur le frère du rôi de Navarre, ie sire de Beauitioht, bannèret extrémemtot dévoué à leiirÀ intérêts. Les brincesdéla maison deLancastre surent gagner i'afTectiDh des habitants par ie soin qu ils mirent à protéger le commerce. Les Bajonhàîs^ fort résolue, repoussèrent durement ie hérauf isaVojé par Dutiois. Ce général ne donna que deux jours de repos à ses troupes, et se mit en marche à la tète de dix mille hommes, ayant pour lieutenants les mUréchaux de Culant, de Lohéac, les sires de Chabannes^ d'Or» val , de Noailles y de la HochefoUt^ault et de Rochechouart : Bureau le suivit en amenant tdut son (Itirt. L'armée eut une peihé infinie à traverser les grandes Landes : les chevaux et l'artillerie ne marchaient que très-difïicileméut àu milieu de ces plaines de sable.

Lé comté de Lbngueville se mit btentàt en gobitnuuication avec \^ comte de Foix, Gaston IV} oe prince, ayant voué Une haine furieuse aut AUglais, s'était prononcé hautement en faveur de là Franoa : il (combattait pour elle depuis six ans^ Secondé .fNH* cinq mille soldats levés sur ses terres. Il s'était rfelidu maître de Dax, ville très-bietl fortifiée* ▲spiradt à s'illustrer par un fait d'armes éclatant^ Gaston tenta de prendre Bayonne de vive force; mais il tfohouAi n'ayant ni les troupes ni les machines de gUMTenécessaires pour achever une pareille entreprise* GutoB

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changea le siège en blociis, empêchent les vivres d'entrer dans la place : en- apprenant la soumlssidn de Bordeaux, et le mouvement de Dunois sur Bayonne, il rassembla ses détachements^ et les concentra sur un seul point, en face du faubourg Saint-Léotl, du côté de la Nive. Les Anglais^ voyant qu'ils ne pouvaient conserver le faubourg Saint-Léon, y mirent le feU) et se retirèrent dans l'intérieur. Le ibomte de Foi* travailla longtemps à éteindre l'incendie, logea sâ troupe dans les débris encore fumants^ et occupa dé sa personne l'église Saint-'Augustin , que hk flâthme n'avait pas atteinte^

Le sire de Beaumont forma le projet d'accabler le comte de Foix dans ses quartiers : en effet ^ il déboti^ cha au point du jour par la porte de Mer; mais Ber^ nard d'Armagnac, lieutenant de Oftstbd, châtié de défendre ce point, l'arrêta sur place, le contint deuit heures, lui tua trois cents hottimes et lé contraignit à regagner les barrières. Be&UihOiit faisait les apprêts d'une seconde sortie pour venger le revers essuyé la veille, lorsque les premiers coureurs de Tartnée fran»çaise lui annoncèrent l'approche du comte de Longuevillci Ce général s'empara le 10 août du couvent dû Saint-Esprit, et sans perdre un seul instatit il ordonna à Bureau de mettre ses pièces en batterie* A Ib vue de cette ligne de machines niéurtrièrefe, dont la renommée augmentait encore les effets ^ les habitants sentirent évanouir leur résolution; ils deinandèretlt à parlementer, en dépit des instance^ de Beaumont, qui voulait se défendre jusqu'à rextrémitêb Danois fit -cesser le feu, et accorda une trêve de trois jours

pour régler les termes de la capitulation. Dans cet intervalle y un chevalier français, nommé Martin Grazié, s'étant approché de la muraille pour lier conversation avec des bourgeois placés aux créneaux, fut tué d'un coup de coulevrine qu^un canonnier anglais tira de son propre mouvement. Indigné de cette violation du droit des gens, Dunois imposa des conditions plus dures : il exigea que les troupes se rendissent à discrétion, et que le canonnier lui fut livré; on ajouta une amende de 4o,ooo écus à la taxe de guerre que la ville devait payer. Ceci produisit un effet terrible sur la population , qui accusait les gens de la garnison d'avoir provoqué un acte aussi rigoureux; un mouvement in^^urrectionnel éclata , mais le gouverneur sut Tapaiser. Cette journée se passa dans une fermentation extrême; le lendemain vers midi, l'horizon étant éclairé par un soleil brillant , plusieurs nuages vinrent s'amonceler au-dessus de la ville; les habitants regardèrent attentivement ces nuages, et crurent y distinguer une grande croix dont le sommet paraissait surmonté d'un lis. Le peuple se réunit dans les rues, on cria au prodige : «c 11 plait à Dieu que nous soyons Français, » disait-on. Les boui^eois se précipitèrent vers les remparts, en arrachèrent l'é* tendart d'Angleterre, et l'on y arbora celui de France orné de la croix blanche.

Le jour suivant, ar , les barrières furent ouvertes : Beau mont et les siens obtinrent de sortir sains et saufii. Le comte de Foix entra par là porte de Léon, tandis que Dunois débouchait par celle du Saint-Esprit; ce dernier s'arrêta devant les fossés, et, usant du

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droit du souverain, il fit armer chevaliers en sa présence Jamet de Saveuse, Montgeron et le sire de Boursay. Les deux généraux., se dirigeant vers la cathédrale, se rencontrèrent au parvis, entrèrent ensemble dans l'église, et prièrent au maitre-autel à côté l'un de l'autre. Le comte de Foix, prince fastueux, donna à la chapelle de la sainte Vierge la couverture de son cheval, faite de drap d'or; on l'estimait Sooécus. Dunois envoya au roi le serment de fidélité des Bayonnais, et le procès-verbal en quelque façon du miracle de l'apparition de la croix. <c De cette merveille j'ai fait ici le récit, dit l'historien Mathieu de Couci (page 6j8), selon la copie d'une certification de ce faisant mention qui m'a été envoyée ; laquelle certification ledit comte de Dunois avoit envoyée au roi Charles, signée de sa main et scellée de son scel armoyrié de ses armes; et ainsi signée, /e Bâtard d Orléans. »

Ija prise de Bayonne compléta la conquête de la Guienne; l'Angleterre, épuisée par uuelongue guerre, déchirée par les discordes civiles, ne put défendre efficacement ces provinces, dont l'acquisition lui avait coûté plusieurs siècles de travaux. La célérité que Dunois déploya dans ses opérations lui servit peutêtre moins que l'exacte discipline de ses troupes : les habitants, touchés des soins que le généralissime mettait à les garantir des horreurs de la guerre, se plurent à le seconder; on doit ajouter, à la louange de Charles VII, que ce prince traça lui-même la conduite que le comte de Longueville devait tenir dans le cours de cette expédition. « Le roi, dans sa bénignité, vouloit toujours qu'on mît les villes à compo-

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sition, afin d obvier et prévenir l'effusion du sang humain y et ]a destruction de son pays méine et da peuple qui étoit enclos dans iesdites forteresses» »

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