‹ Vies des grand capitaines français du moyen âge (volume 3)Chapitre 17 sur 22 · DUN · texte numérisé non relu

DUN

l'heureuse idée de n'eoiployer en cette occasion que des hommes d'un rang égal à celui du rebelle et comme lui environnés de Testime générale. Dunois reçut la mission d'aller à Paris s'assurer de la personne du duc d'Alençon, et de conduire ce prince à Montargis, où il (levait comparaître devant la cour des pairs, pour y subir un interrogatoire. Le comte de Longueville se présenta le i5 mai i456àla porte de la Bastille, escorté par six cents archers gascons, et se logea dans cette forteresse. Deux jours après il ordonna a ses officiers de faire entrer la moitié de ses troupes dans les faubourgs , par petits pelotons de six à huit hommes , et de les réunir le lendemain, vers les quatre heures du soir, autour de l'hôtel d'Alençon, situé dans le Marais. En même temps il communiqua au prévôt de Paris les ordres du roi, pour que ce magistrat le secondât si le cas l'exigeait. A l'heure convenue, Dunois se rendit chez le duc sous prétexte de le visiter : un seul magistrat l'accompagnait, c'était Cousinot, bailli de Rouen. I^s politesses d'usage ayant été échangées, la conversation s'établit et roula sur des choses indifférentes : Dunois s'interrompait par intervalle pour aller à la fenêtre s'assurer si ses soldats étaient arrivés; les voyant tous rangés le long du mur, il s'écria, en élevant la voix : « Monseigneur, pardonnez-le-moi : le roi m'a envoyé devers vous, et m'a baillé charge de vous saisir ; je ne sais proprement les causes pourquoi. » Posant ensuite la main sur l'épaule du prince, il continua : « Et pour lui obéir, je vous fais prisonnier. >> Le duc, étonné, n'eut pas le temps de se mettre en défense; son appartement se

J>UJNO|«,. 46^

remplit en quelques instahts des gens du Bâtard, qui ordonna aux varlets du duc de seller promptement les chevaux de leur maître : il força le captif à mon* ter un de ses destriers , et le conduisit hors la porte Saint- Antoine, où le reste de son détachement stationnait. Dunois se mit en marche aussitôt pour Melun; il y rencontra Arthur de Richemont. Selon les désirs du roi, le connétable procéda aux premiers interrogatoires ; le duc refusa de répondre aux in ter* pellations de son oncle : « J.e veux, s'écria-t-il, dire mon fait au roi seul. » L'instruction du procès se poursuivit devant les pairs de France, réuilis à cet effet dans la ville de Beaugenci. C'était la première fois que cette haute cour jugeait un prince du sang présent : le roi voulut la présider. Dunois y prit place, et s'assit aux pieds de Charles YII, en sa qualité de grand chambellan, sans pouvoir néanmoins siéger parmi les juges, n étant point pair de France.

L'instruction dura deux années ; enfin, le jugement fut prononcé le lo octobre i458 à Vendôme: unjor« dre suprême venait d'y transférer le parlement et le6 pairs. Jean le Beau, duc d'Alençon^ fut condamné à mort. Tout le monde s'intéressdit au sort d'un prince dont le sang avait coulé maintes fois pour la défende de la patrie : Dunois fut un de ceux dont les sollicitations contribuèrent lé plus à sàUver le coupable; il s'unit en cette occasion au comte de Richemont, qui intercédait vivement en faveur du duc d'Alençon , son neveu. Charles VU ise laissa fléchir; il commua la peine capitale en une détention perpétuelle.

Dans l'intervalle des deux ans que dura ce procès

468 Dinrots.

le comte de Longueville dirigea une entreprise qui serait devenue fatale à l'Angleterre si on Teùt conduite avec persévérance. Charles VII ressentait un mortel déplaisir de voir les Anglais appliqués sans cesse à lui susciter des ennemis ; Dunois lui proposa une vengeance digne d'un roi de France : elle consistait à reprendre le projet de descente, abandonné en i453; de porter la guerre au sein de leur pays, et de s'unir aux Écossais. L'idée de combattre sur leur propre sol ces étrangers qui, pendant cinquante ans , avaient dominé en maîtres dans le royaume, sourit à Charles VIL Le comte de Longueville sc^ rendit dans la haute Normandie, emmenant, en qualité de premier lieutenant, le sire de Brezé, guerrier plein de loyauté et de détermination, mais d'une impétuosité de caractère peu ordinaire (i).

On devait débuter par jeter sur les côtes d'Angle* terre une avant-garde de quatre mille hommes, destinée à s'emparer de plusieurs points, afin de protéger le débarquement du reste de l'armée. Le sire de Brezé fut désigné pour commander cette division; le comte de Longueville devait le suivre avec quinze mille vieux soldats. Ce général choisit, pour composer l'avant-garde, des miliciens normands bien dé-

(i) Cette violence de caractère s*a]liait fort bien chez Piei*re de Brezé à une gaieté spirituelle et piquante : c*est lui qui, voyant passer Louis XI monté sur un fort petit cheval, de chétive apparence, dît ceUe phrase si connue, et qui renfermait une flatterie des^lus fines : « SirCf voilà le cheval le plus fort de France, car il porte Votre Majesté et tCHit son conseil. » Pierre de Brezé fut tué à Montihéri, auJébut de Tac* tion : son fils , encore plus violent que lui y poignarda sa femme dans un accès de jalousie.

Duirois. 469

voués; il leur fit espérer de conquérir l'Angleterre, comme leurs ancêtres y étaient parvenus sous la conduile de Guillaume. Ces discours réveillèrent Tesprit national des Normands, qui accourure^ en foule : on prit ceux qui avaient guerroyé, et qui connaissaient parfaitement les côtes de la Grande-Bretagne; des baillis de chaque ville s'offrirent pour guider les détachements fournis par elles. Ainsi vinrent se ranger sous sa bannière Jean Cousinot, bailli de Rouen; Jacques deClermont, bailli deCaen ; Robert Floquet, bailli d'Évreux; Jean Carbonnel , bailli de Falaise; Raoul de Barilly, bailli de Bayeùx* On joignit à ces miliciens deux compagnies d'hommes d'armes : celle du comte d'Eu, commandée par Jean Blosset; David Honchard menait la chevauchée du comte de Longueville. Ce prince voulut même que son enseigne particulière ne se séparât point de l'avant-garde, afin qu'elle fût une des premières que l'on plantât sur le sol anglais. Il la confia à Pierre de Genouillac, jeune écuyer d'une valeur éprouvée. Les gens de Harfleur, de Dieppe, de Cherbourg, de Rouen, de Honfieur» fournirent des embarcations légères, car on ne portait ni bagages ni artillerie. L'escadre mit à la voile le a6 août 14S7; elle aborda deux jours après sur la côte, à deux lieues de Sandwich, ville que les Français avaient déjà brûlée sous Philippe de Valois et sous Charles V. Le sire de Brezé débarqua avec dix-huit cents hommes seulement, et se mit en marche pour atteindre Sandwicln il rencontra, une lieue en avant de la place , un fort qui coupait la roiite; il l'enleva après une vive résistance : ce coup de main lui coûtk

470 DUBIOI8.

beaucoup de monde. Brezé donna ensuite quelques heures de repos à ses gens. Pendant cet intenralle, il 6t publier « que nul ne fust assez hardi, à peine de mort, de toucher aux biens de TÉglise; que l'honneur des femmes fust gardé, que le feu ne fiist bouté, ni ne fust homme tué de sang-froid. » •

A peu de distance de Sandwich, en côtoyant le rivage, le général français découvrit cinq gros bâtiments à Tancre dans une gare. Voyant les équipages faire des démonstrations hostiles, il dépécha verseux un chevalier pour leur dire que s'ils lançaient un seul trait, on les brûlerait dans les navires. Les marins promirent de rester neutres. Cependant la garnison entière de Sandwich sortit pour .reconnaître les Français; Brezé l'attaqua vigoureusement, et la contraignît à regagner les barrières de la place. Les Anglais battirent en retraite en bon ordre; maison les serrait de si près, qu'ils ne purent lever les ponts-levis. Leurs adversaires entrèrent dans l'intérieur, et luttèrent plusieurs heures au milieu des rues. Les habitants se sauvèrent épouvantés, et le vainqueur, maître de la ville, la livra au pillage. On y trouva bon nombre de tonneaux de vin de Bordeaux : les Normands , peu familiarisés avec cette boisson , en ayant pris outre mesure, tombèrent en démence; Brézé et ses capitaines eurent une peine infinie à les arracher de ce lieu. Le danger devenait pressant, car de toutes parts les miliciens indigènes se réunissaient pour cerner lea Français et leur couper la retraite de la mer. £nfin, les officiers parvinrent à ramener les soldats normands qui surent encore enlever un butin immense, car

IJUMOiS. 47»

Sandwich passait pour la ville la plus riche ^u comté. TjC sire de Brezé regagna ses embarcations; il en sortit le lendemain à la tête^de troupes fraîches, et s'avança dans une direction opposée. Il «ivahlt une portion du pays de Cornouaillea, et y r3feassa également un butin prodigieux : voyant accourir de tous côtés des forcesimposantes, il rejoignit une seconde fois sa petite flotte, et resta quelque temps en vqe de la côte. Un bateau venu dejiqrmandie lui apporta, de la part de Dunois, l'ordre de regagner Hopûeur ; on abandonnait déBnitivement le projet de descente, Charles VII, fort alarmé des démarches de son 018, reculait devant une entreprise aus5.i majeure.

Louis, retiré dans le Dauphiné, dont son père lui avait abandonné la souveraineté, devint le fléau de cette province. Les habitants, accablés d'impôts, énnigraient en foule pour se soustraire à une domination tyrannique; Charles Vil, touché de leur misère, dépêchait à son fils message sur message, en lui enjoignant de revenir auprès de lui : au lieu d'obéir , Louis redoublait de vexations , et se complaisait adonner asile aux bannerets qui s'étaient attiré la colère du roi par leur félonie ou par leur mauvaise conduite. Charles VII, voulant mettre un terme à tant de désordres, envoya en Dauphiné un corps de six mille hommes sous le commandement de Chabannes, comte de Dampmartin,dunt les instructions portaient de s'emparer de la personne du prince. Celuici , instruit de la marche de Dampmartin , se bâta de prendre la fuite, et franchit le Pas de Suze; mais son beau-père refusa dgip recevoir. Le dauphin, re-

47 a DUNOis.

poussé de ce côté, traversa la Suisse, FAIsace, le pays du Tjuxembourg, et arriva en Belgique au milieu de rhiver : Philippe lui fit bon accueil et promit de le défendre envers et contre tons. Le Bourguignon eut à se repentir d'avoir ouvert sa maison à ce fourbe, car pour prix d'une si généreuse hospitalité, le fugitif ne s'étudia qu'à souffler la discorde au sein de la famille de son protecteur. Philippe le Bon ne tarda pas à éprouver des malheurs semblables à ceux que Charles YII déplorait depuis quinze ans. Son fils, le comte de Charollais, jaloux du crédit dont les Croï jouissaient auprès de Philippe, se mit en pleine révolte, et se retira dans le voisinage de Lille. Le jeune prince offrit à Charles VII de massacrer dix barons brabançons très-aimés de son père, et qui, vendus à l'Angleterre, entretenaient le souverain de la Flandre dans des dispositions peu favorables aux intérêts de la France. Le comte de Charollais ne demandait, pour l'exécution de son projet, que le secours d'une division de trois mille hommes. Tout autre que Charles VII aurait peut-être saisi cette occasion pour user de représailles envers un injuste vassal : le magnanime souverain reçut avec horreur une pareille proposition. Dunois , confident de ses secrètes pensées, fit, en son nom, à l'envoyé du comte de Charollais, cette belle réponse : a Pour deux royaumes comme le sien, mon maître ne consentirait à un si vilain fait. » Ceci eut lieu dans: le moment où le comte de Bichemont montait sur le trône ducal de Bretagne. Dunois ne put maîtriser un mouvement d'envie, en voyant son ancien rival de gloire s'élever

à un rang auquel lui-même ne pouyaiti«>as)3irer.

Le i5 octobre ï458 fiit désigné pour le jour où Arthur III, nouveau duc de Bretagne, devait venir dans la coiir du château de Vendôme rendre au roi son hommage de vassal; Charles VU descendit du perron , précédé de ses grands officiers. En Fabsence du chancelier, Dunois, comme chambellan, portait la parole au nom du souverain.

Il lut la formule de Thommage lige : le prince breton se récria, en déclarant d'un ton véhément que^ ses prédécesseurs ayant toujours rendu Thommagé simple, il suivrait leur exemple. L'acte qu'on lui demandait était accompagné de formalités propres à blesser l'orgueil du vassal, et Dunois jouissait décidée de voir le duc à genoux et sans armes : « C'est lige qu'il faut l'hommage, répéta-t-il avec aigreur.—: Oui, lige, s'écrièrent les barons français, en s'unis^ santau comte del^ngueville. — Non, non , redisaient le vieux Arthur et ses bannerets bretons. » Charles VIT , témoin de cette scène, éprouva une sorte de remords en voyant élever de pareilles difficultés à l'égard d'un héros dont le courage avait «outenu la France au bord du précipice , et trancha la question en décidant que le duc ferait l'hommage simple. C'était, hélas! le dernier qu'il devait recevoir. Miné par les chagrins dont son indigne fils l'abreuvait, Charles se penchait lentement vers la tombe. La dauphine, retenue auprès de son époux, mit au monde un fils : on ii<e donna seulement pas avis au roi de la venue de cet héritier de sa race; bien plus, par une hardiesse difficile à qualifier, le dauphin conféra au nouveau-né le

474 DiiBfoia.

titre de duc de Normandie, agissant conome s'il eût déjà tenu le sceptre. Le monarque ne se montra point irrité de cette cruelle offense ; il saisit même l'occasion de la naissance de cet enfant pour renouveler auprès du dauphin les instances les plus touchantes, le laissant maître de dicter les conditions de la réconciliation. Il ne reçut aucune réponse : Louis resta in* sensible aux avances d'un père si tendre. Ce refus obstiné porta le dernier coup à son cœur : dès ce moment la maladie empira visiblement : Charles VII, jouet de la fortune, se consumait dans les ennuis quand l'Europe entière le regardait comme le plus puissant potentat de la chrétienté, comme Farbitre de ses destinées. I^s divers souverains de l'Alleipagne, les rois d'Aragon, de Castille et de Navarre» le pr^ naient pour juge de leurs différends; les républiques italiennes l'appelaient le grand Itaij et en référaient pour leurs querelles à ses décisions. C'est dans cet apogée de gloire que Charles VU vil approcher le terme de sa vie; avant d'y parvenir, il eut i vider jusqu'à la lie le calice d'amertume. Comme sa 6n pa* raissait prochaine à tous les yeux , la foule de courtisans comblés par lui de faveurs s'empressa de s'é* chapper du château de Mehun : ces hommes abandonnaient leur ancien maître, qu'ils voyaient expirant, pour aller au devant du nouveau. Dunois, loin de les imiter, ne quitta pas un seul instant Charles VU; son bras l'avait soutenu sur le trône durant tout un règne, sa voix généreuse lui prodigua des coim^* tions jusqu'au seuil de la tombe.

Charles VII était d'un âge qui lui permettait d*(

nuHOis. 47S

pérer de parcourir encore plusieurs Iwtnes : on pré* tendit qu'instruit par des serviteurs imprudents des tentatives qu'on faisait pour l'empoisonner, ce prince s'abstint de manger pendant sept jours, afin d'épargner à son fils un crime de plus : c'est un bruit que le vulgaire répéta sans fondement- La plupart des écrivains contemporains, en particulier Matkieu de Couci, ne parlent point de cette abstinence volontaire; d'aillifurs les circonstances de la maladie durai démentent cette assertion.

Le ifî juillet i46i, une fluxion indammatoire ne déclara avec les symptômes les plus effrayants; elle fit<les progrès rapides : les extrémités perdirent leur chaleur naturelle; la poitrine se remplit, et le monarque expira le sixième jour (22 juillet), Charles Vil n'avait point encore rendu le dernier soupir, que la solitude régnait déjà dans le château de Mehun. I.e petit nombre de ceux que l'exemple de Dunoîs avait retenus par pudeur se hâtèrent de prendre la route de Flandre. Les officiers de la maison du roi, les gens attachés au service particulier de sa personne, s'enfuirent pour échapper au courroux du nouveau souverain, que l'on savait nonrrir une haine implacable contre tout ce qui servait son père. Le duc de Berri, second fils de Charles VU, dominé par les ■ mêmes craintes, quitta également le palais: pas un officier de l'hôtel ne demeura pour veiller auprès du corps du roi déhmt; aucun de ceux que ce soin regardait ne s'occupa des apprêts des funérailles. Tanneguy-Ducliàtel y songea le premier : c'était le neveu de celui qui sauva Charles VII dans ses bras lors de

476 DUNOIK.

la prise de Paris par les Bourguignons , en i4i8. Le second Duchâtel remplissait en ce moment les fonctions de grand écuyer en l'absence de Xaintrailles (i), gouverneur d'une partie de la Guienne, et retenu à Bordeaux par une maladie chronique. Le comte de Longueville partagea ces soins , plus par affection que par devoir de sa charge de grand chambellan. Alain Chartier et le continuateur de Monstrelet lui en laissent même tout l'honneur; mais Mathieu de Couciy historien véridique, lui adjoint Tanneguy- Duchâtel, qu'il appelle le grand écuyer, sans le désigner nominativement (2).

Le cœur et les entrailles du roi furent mis dans une urne, le corps dans une boite de cèdre, et puis dans un cercueil de plomb : on composa à la hâte et bien grossièrement une figure, moitié cire, moitié bois, représentant Charles VU; on l'orna des divers

(1) Le brave Pothon de Xaintrailles, gouverneur de Bordeaos el d*une partie de la Guienne, gisait sur un lit de douleur lorsquf dei serviteurs imprudents lui apprirent» sans aucun ménagement» le trépas de Charles VII : cette brusque nouvelle causa au gnerrier dm émotion à laquelle il ne put résister : il eipira le soir même. Il avBÎt été nommé maréchal de France à la place de Philippe de Calant, mort de ses blessures en 1454.

(a) On croit généralement que Tanneguy-Duchâlel paya de lef propres deniers les frais des funérailles de Charles VII : c'est nie erreur. Un écrivain moderne, M. Delort, l'a bien démontré dans aam Essai critique sur THistoire de Charles VII (1834)» en produisant la pièce officielle d'après laquelle on voit que Louis XI » fUir lettre ds a8 octobre i4^5 , approuve les dépenses faites par Tanneguy-Dochâtfll pour cet objet , et s'élevant à 18,335 liv. Ce compte, arrêté par Gaîllaume de Fresnel , chancelier de France , et Pierre d'Oriol» oooUrôlaiir général des finances, fut porté en déduction des recettes dont Tanneguy-Duchâtel était détenteur par son emploi.

DUirois» 4? 9

attributs de la royauté^ puis elle fut placée sur un chariot branlant. Ce lugubre cortège partit deMehun pour Paris. Le duc d'Orléans, le comte d'Angouléme son frère, le marquis de Saluces^le sire de Château* briandy le conduisaient : le comte de Dunois l'escor» tait à la tête d'un détachement d'hommes d'armes assez considérable. Le convoi marchait très-lentement ; les habitants des campagnes accouraient sur le passage, et donnaient de véritables larmes au prince qui avait consacré exclusivement ses dix dernières an* nées à consolider leur bonheur. Le cortège arriva le 5 août à l'église Notre-Dame-des-Champs, dans un des faubourgs de Paris, et s'y arrêta deux jours : le clergé de la capitale envoya au-devant trois cents pénitents. L'affluence devint telle, que le prévôt ainsi que ses gardes furent culbutés aux portes de l'église ; on les foula aux pieds. Le lendemain, vers onze heures du matin , les crieurs publics parcoururent la ville, en disant : « Bonnes gens, dites vos patenôtres pour le très-haut et très-excellent prince le roi Charles VII, et à trois heures venez à vigiles, en l'église de Notre-Dame de Paris. »

Ce vaste temple se remplit des différents ordres de l'État et du clergé, parmi lequel on comptait treize crosses d'évéque ; les confréries , les notables, les corporations encombraient tellement là primatiale,' que le peuple ne put entrer, et se vit obligé de sta*' tionner dans le parvis ou sur la place. A. cinq heures, le cortège arriva : le poêle était porté par Jean Damoiseau, premier président du parlement, Robert' Thiboult, second président, Mathieu de Nanterre-

478 ODjrois.

également second président , et Jean Sansài , premier roaitre des requêtes. Quatre princes du sang suivaient à cheval le char funèbre; on les distinguait des au* très barons à leurs grands manteaux de deuil, qu'ils avaient seuls le droit de porter : c'étaient le duc d'Or* léans, le comte, de Vendôme son frère, le comte d'Eu et le comte de Longueville; celui-oi marchait le dernier, en sa qualité de prince légitimé. Jean Châteaufort prononça Foraison funèbre en latin , selon Tusage; et lorsque l'orateur eut exprimé le dernier soupir du roi {mclinato capile, emisit spiriium)j il s'arrêta suffoqué par les larmes, et tous les assistants répondirent par des sanglots.

Les vigiles des morts étant dites, le corps resta exposé un jour entier dans la chapelle ardente. Le lendemain, à deux heures après midi, le cortège se mit en marche pour Saint-Denis, dans Tordre observé l'a vaut- veille, à la différence que le corps, au lieu d'être traîné sur lin chariot, était porté à bras par les préposés des greniers à sel, selon le privilège dont ces gens jouissaient depuis une époque fort reculée. Arrivé à la Chapelle, le convoi fit halte; l'abbessede Montmartre, suivie de ses religieuses, vint réciter des prières sur le cercueil du roi. Le cortège se remit en route, et s'arrêta une seconde fois au lieu appelé le Landi , où deux énormes croix marquaient les limites de la justice de Paris. L'université ainsi que les confréries quittèrent le cortège, et revinrent sur leurs pas; les préposés au sel posèrent la bière sur des tréteaux ; ceux de Saint-Denis devaient la prendre. a Les bonnes gens de Saint-Denis voulurent la sou»

nuNOiSé 479

lever, mais ils ne furent pas assez forts. » il naquit, en cette occasion , iin démêlé très-vîf, qui àiiràif pu troubler la solennité de la cérémonie : Dunois le fit cesser, en ordonnant à ceux de Paris de porter le noble fardeau jusqu'à Saint-Denis. Le lendemain, vers cinq heures du matin ^ les prières d^ usage coinmencèrent; à onze heures le corps fut descendu dans le caveau par le môyeti de cordes .* quatre écuyers tenaient élevé un drap d'or devant l'ouverture, afin que les assistants ne pussent rien distinguer; on le replia lorsque le cercueil fut descendu; puisl'évéque de Bayeux, prenant de la terre dans sa main, la jeta du haut des degrés dans la fosse ; le chef des hérauts d'armes étendit ensuite sa masse, en criant : Le roi Charles Vil le Victorieux est mort y priez pour lui. Les sanglots redoublèrent alors de manière à couvrir la voix d'un autre héraut qui criait : Vive le roi Louis XI ! Les officiers de l'autel lancèrent dans le caveau les baguettes, marques distinctives de leur emploi. A l'issue de la cérémonie , les princes^u sang, les barons et les principaux employés de l'hôtel allèrent, selon l'usage, dîner chez l'abbé de Saint-Denis. Le banquet terminé, et tout le monde étant debout, après avoir dit les grâces, Dunois s'écria d'une voix émue : « Nous avons perdu notre bon maître; que chacun songe à se pourvoir ! » Ces paroles augmentèrent la tristesse générale : elles faisaient mieux sentir la perte que l'on venait d'essuyer; car les assistants songeaient involontairement au successeur que le ciel, dans sa colère, donnait au monarque tant regretté. '

48o omiOM.

Page 1