‹ Vies des grand capitaines français du moyen âge (volume 3)Chapitre 5 sur 22 · T. V. II · texte numérisé non relu

T. V. II

l6a ARTHUR DE BRETAGNE.

livres des mains de Jean Garnier Saint- Yon, qui les lui livra sur un commandetnant signé Luffiunjtl daté du i5 octobre i^tig.

Les royalistes de Paris ne se laissèrent pas décon^ rager par le mauvais succès de la tentative de 14^9:11 se forma, au commencement de i43o, une couspinh tion pour introduire dans la cité les troupes du dilc d'Alençon ; Pierre Ballée, carme, et Jean le Bigneui, syndic des boulangers^ se constituèrent les che&dé l'entreprise. On comptait au nombre des conjurésdei membres du Châtelet et de l'université. Guillaume San^ guin, prévôt des marchands, appartenant au parti modéré, déjoua cette trame; on arrêta deux cents personnes que l'on jeta dans les cachots) on en fil périr vingt-cinq sur la roue. Il faut avouer que si les Parisiens ne réussirent pas en cette occasion , c'est qu'ils n'y mirent point l'ardeur nécessaire; les malheurs publics ne diminuaient en rien leur légèreté naturelle : une circonstance futile en fournit la preuve. Depuis trois ans un loup exerçait des ravages dans la banlieue; il portait l'effroi jusque dans les faubourgs, et blessait nombre de personnes : cet animal était facile à reconnaître, car des chasseurs qui le traquaient l'avaient serré de si près, que l'un d'eux lui trandba la queue d'un coup de hache. Il échappa pourtant, et reparut la semaine suivante en continuant ses déva^ tations : on lui donna alors le nom de Qmrtaud, vu la perte de sa queue. Cette béte fauve occupa longtemps l'attention des habitants; enfin elle succomba^

ques, dotil il iil présent à Charles VII lorsque ce prince forma ane nouvelle bibliothèque à Blois. (M. M. de rAc, T. II.)

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et Ton duspendit son corps à un gibet, élevé hors de la barrière Saint-Honoré : chacun sortit pour contempler Courtaud, Le peuple, insensible aux graves événements desquels dépendait sa destinée, se mettait en émoi pour un loup et déplorait sa triste fin. (Journal de Paris, année i432.)

Bedfort, qui sentait l'importance de la possession de Paris, i*ésolut de réchauffer le zèle de ses amis par un coup d'éclat; il courut chercher à Londres son neveu Henri VI, et le conduisit dans la capitale de la France. L'enfant roi, âgé de dix ans, fit son entrée lé a décembre par la porte Saint-Denis : les échevins et le prévôt des marchands , vêtus de rouge, reçurent le prince sous un dais à fond d'azur; immédiatement après Henri marchaient huit archers conduisant endiaîné un berger qui, à l'exemple de Jeanne d'Arc, s'était annoncé comme l'envoyé de Dieu : cet homme venait de tomber au pouvoir des Anglais au moment où il excitait les paysans de la Picardie à se révolter contre la domination étrangère.

Le roi descendit la rue Saint-Denis, dont les mai«

sons étaient tendues : on jouait des proverbes sur des

tréteaux placés de distance en distance; on avait dressé

au milieu du Châtelet un vaste théâtre, sur lequel un en-

fismt du même âge que Lancastre tenait cour : il portait

les habillements royaux et deux couronnes ; on voyait

à sa droite d'autres enfants, représentant les pairs de

France et vêtus de robes chargées des armoiries des

ducs d'Anjou, de Bourgogne, de Bretagne, de Ber-

riy etc.; les pairs d'Angleterre occupaient sa gauche.

Cette représentation parut amuser le jeune prince.

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Pendant le trajet, les échevins furent relevés pour soutenir le dais par les drapiers, ceux-ci le furent stl^ cessivement par les orfèvres, puis par les épiciers, les pelletiers , les changeurs , et enfin par les bouchers. Passant devant l'hôtel Saint-Paul, en se rendant i la Bastille par le quai des Célestins, Henri fit une pose et ôta son chaperon pour saluer Isabeau de Bavière, son aïeule : cette princesse, qui depuis huit ans n'avait paru en public, s'était mise au balcon; elle s'inclina profondément, et se retira suffoquée par les larmes : sans doute que le souvenir de son propre fils Charles VII avait troublé ses esprits dans ce moment solennel.

Henri VI fut couronné et sacré roi de France dans l'église de Notre-Dame , un dimanche 17 décembre; le cardinal de Wincester officia, au grand mécontentement de l'évéque de Paris, qui prétendait avoir seul le droit d'officier dans son église. Deux pairs de France assistèrent à la cérémonie : Cauchon, évéque de Beauvais, et Jean de Mailly (i) , évéque de Noyon, chefs principaux du parti modéré; Isabeau n'y parut pas, et demeura constamment renfermée dans son oratoire. La Chronique de Saint-Denis assure que les fêtes furent ordonnées sans goût, et le festin mal servi; les viandes, cuites depuis trois jours, étaient glacées : il régna si peu d'ordre, que la populace envahit les cours et même les appartements du palais. Le parlement, l'université, les divers corps de l'État

(i) Ce Jean de Mailly, évoque de Noyon, ne tarda pas de se rallier au parti national, et seconda très-activement Arthur de Richemont Ion de la conclusion du traité d'Arras.

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restèrent deux heures à percer la foule ; enfin , arrivés dans les salles, ils trouvèrent les places occupées, et furent obligés de se mettre à table avec des maçons , des moutardiers et des tanneurs, que les gardes repoussaient inutilement : « mais quand on en fesoit lever ung, il s'en assoyoit huit ou dix d'un autre côté. » Il se commit des vols considérables. Le jour suivant on fit prêter serment de fidélité à la chevalerie, au clergé, aux chefs des corporations, aux magistrats. Enfin Henri VI quitta Paris sans avoir diminué UD seul impôt, sans avoir répandu les plus minces aumônes.

La cérémonie du sacre avait produit sur les Parisiens un effet opposé à celui qu'en attendait le conseil d'Angleterre. Cette pompe, ces fêtes, rappelaient aux Français leurs anciens maîtres; le nom de Charles VII volait de bouche en bouche, et de nouveaux complots s'organisaient sous les yeux mêmes des généraux anglais. Les conjurés se réunirent au monastère Saint-Antoine : on convint de livrer deux portes aux troupes royales; mais ce projet fut encore déjoué par Louis de Luxembourg, évêque de Térouane, l'âme du parti modéré, et qui exerçait les fonctions de gouverneur pendant l'absence du duc de Bedfort. Ce prélat, loin de chercher à diminuer les maux qui pesaient sur les Parisiens, les augmentait par des persécutions; la misère devint telle, que pour la première fois on s'avisa de vendre les bardes usées : avant cette époque chacun les portait à l'Hôtel-Dieu, où des gens préposés les distribuaient aux pauvres; depuis lors, l'usage de vendre les vieux habits s'est conservé. Une

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épidémie survenue à la suite de Tété enleva , dans Tannée 1434» douze mille personnes, et fut suivie d'un hiver extrêmement rigoureux. : il gela pendant près de quatre mois; on recueillit dans le tronc d'un seul arbre, hors la porte Saint-Germain, cent quarante oiseaux morts de froid. (Journal de Paris année 1435. )

La nouvelle que le comte de Richemont reprenait les fonctions de connétable produisit une vive sensation, et ranima les espérances du parti royaliste, que des tentatives infructueuses avaient abattu : la vigueur que ce général mit à conquérir Lagny, Yincennes, Cbarenton, releva le courage des plus timides. La paix d'Ârras rendit les Parisiens encore plus impatients de secouer le joug étranger. Arthur, instruit de ces dispositions favorables, les encouragea par ses lettres; il se ménagea des intelligences que l'activité de l'ëvéque de Térouane ne put jamais découvrir : sur ces entrefaites, Isabeau de Bavière mourut. Des historiens modernes , jugeant cette femme d'après le reste de sa vie, ont avancé que le chagrin de voir Charles Vil rac* commode avec le duc de Bourgogne occasionna son trépas. Isabeau avait en effet le cœur assez dépravé pour maudire les prospérités de son fils : cependant plusieurs circonstances (i), et particulièrement celle qui produisit sa dernière maladie, feraient croire que la tendresse maternelle avait repris une partie de ses droits. Des officiers anglais qui visitaient l'hôtel Saint- Paul rencontrèrent la reine dans une galerie : ils eu-

(i) Juvénal des Ursius. — Journal de Paris.

rent la barbarie de l'accabler de sanglantes railleries , ^t mirent le comble à leurs outrages en lui disant que Charles VII n'avait aucun droit à la couronne de France, puisque la voix publique niait sa qualité de fils de Charles YI. Isabeau , jusqu'alors impassible^ ne put contenir davantage son indignation ; elle s'exhala en reproches contre l'Angleterre, et soutint que les droits de Charles VU étaient bien plus légitimes que C9U9: de Lancastre. Sa fureur, augmentant graduellecaent, arriva à un degré d'exaspération tel , que la reîii^ ^e se connut plus; le sang lui sortit par la bouiàm et par les oreilles ; il s'ensuivit une fièvre ardente qui la conduisit au tombeau le cinquième jour ( a4 septiMQobre 1435 ).

Isabeau atteignait sa soixante- troisième année : elle resta exposée la moitié de la semaine, le visage découvert et le sceptre royal dans les mains ; ses obsèques se firent avec toute la pompe que pouvaient comporter les temps malheureux où l'on se trouvait : l'abbé de Sainte-Geneviève officia; les corporations, le clergé, l'université et le parlement assistèrent à la cérénionie ; de sa famille il n'y figura qu'une femme, Isabelle d'Alençon, qui avait épousé un prince de Bavière. Son corps fut mis le lendemain dans un bateau et mené ainsi à Saint-Denis , car les troupes du connétable interceptaient les diverses routes.

Isabeau vivait depuis huit ans isolée, sans prendre aucune part au gouvernement; sa mort fut regardée néanmoins comme un événement politique trèsimportant; les Français qui s'étaient séparés de l;i cause légitime se crurent j ustifiés tant que la venive de

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CJiarles VI vécut : ils suivaient le parti de leur reine. Aprî'S lo trépas (Flsabeau, les hommes de bonne foi (lurent so rallier aux royalistes : quant à ceux du parti modéré, ils n'abandonnèrent point leurs détesta* blés doctrines ; on en comptait encore dans l'intérieur de la ville trois mille en état de porter les araies; ces renégats et deux mille Anglais composaient la garnison d(; Paris. \jv. gouvernement de la capitale venait d'être confié au sire de Woodville, un des meilleurs généraux britanniques, chevalier de la Jarretière , et ancien favori de Henri V : ce fut lui qui commença l'action à la bataille d'Azincourt. Il avait à se défendre hors des murs contre une armée de vingt mille hommes commandée par Arthur, et dans l'intérieur contre les machinations des royalistes: autant le général français montrait d'activité pour surprendre la ville , autant l'Angais déployait de vigueur pour lui résister. Tjes évéques de Térouane et de Beauvais, le prévôt des marchands, Jean Larcher, syndic des drapiers, Saintyons, syndic des bouchers, et Jacques de Raye, syndic (les épiciers, le secondaient chaudement. Tant d'efforts réunis n'empêchaient pas que le danger ne devînt chaque jour plus pressant ; et nonobstant sa vigilance, Wood ville ne put saisir le fil d'une vaste conspiration, ourdie sous ses yeux.

fiC connétable^ chargé des pleins pouvoirs durci, entretenait des liaisons avec un certain nombre denotal)lcs bien dévoués; ces loyaux serviteurs organisèrent, un soulèv<Mnent(|iii devait éclater ciu moment où le cointcî (le I^ichemont entrerait par une porte que Jean fiigneux consentait à lui livrer : on citait comme

les auteui^ de ce complot Michel Lailler, Jean delà Fontaine, Pierre de Lancois, Thomas Bigache, N icolas Louvîers; ils vinrent trouver le connétable au camp de Saint- Denis , et lui annoncèrent que leurs concitoyens se prêteraient à le seconder, en y mettant une condition expresse; c'est que le roi accorderait un pardon plein et entier d'après lequel personne ne serait recherché pour sa conduite passée. Le comte de Richemont leur en donna l'assurance; il s'empressa même d'envoyer à Poitiers un de ses officiers porter au souverain la supplique des Parisiens. Charles VII octroya des lettres de pardon signées le 27 février. Enfin, vers le i5 mars, Arthur s'aboucha une seconde fois avec les bourgeois, et leur promit de garantir leurs foyers de toute espèce d'excès. Dans cette vue, il dispersa du côté de Saint-Denis et de Clichy les routiers, les soldats bretons, génois et gascons, les plus redoutables, sans les instruire de ses projets ultérieurs. Les principales dispositions étant irrévocablement prises, le connétable réunit les généraux, les chevaliers et les féodaux sur la docilité desquels on pouvait compter, et se rendit à Vincennes , pour y recevoir les avis que Lailler devait lui transmettre. Il n'attendit pas longtemps; car , dans la nuit du mercredi 1 7, avril i436, un messager vint annoncer que l'explosion aurait lieu aux Halles le vendredi. Au jour dit, dès trois heures du matin , Arthur quitta Vincennes et se dirigea vers Paris accompagné de Dunois, Lille-Adam, Villeblanche, la Suze, Rostremen et les chevaliers de son hôtel; il s'établit derrière les Chartreux, entre la porte Saint-Michel et la porte Saint-Germain. Les Anglais,

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sachant que le gros de Tarmée royale occupait le camp placé en travers de la chaussée Saint-Denis, restèrent convaincus que les Français ne pouvaient arriver par le côté opposé : aussi ne prirent-ils aucune mesure pour repousser une attaque dans cette direction.

Le connétable envoya vers le pont Saint-Michel un détachement commandé par le sire de Villeblanche. Cet officier, ayant quelque temps côtoyé le fossé, aperçut sur le rempart un homme qui agitait son chaperon; il s'approcha, c'était un bourgeois aposté par Lailler : a N'avancez pas, dit Témissaire, la porte Saint-Michel est fermée; allez à celle de Saint-Jacques : on besogne pour vous aux Halles. » Le connétable fit filer ses soldats le long d'un sentier trèsétroit, et arriva dans peu d'instants à la barrière Saint- Jacques. I^s bourgeois placés aux créneaux demandèrent : • Qui étes-vous? » Le chevalier de Tavant-garde répondit : « Nous sommes les gens du connétable. — Qu'il vienne liii-méme, » cria-t-on. J^e comte Ce Ricliemont s'avança à cheval jusqu'au bord du fossé : « Jurez-vous, lui dit-on, l'amnistie générale ? — Je vous en fais une seconde fois le serment, » répondit-il.

Les syndics se décidèrent alors à livrer la porte; les serrures étaient fermées à double clef, il fallut pratiquer une ouverture au milieu des madriers. Les bourgeois jetèrent une planche au travers du fossé; le connétable descendit de cheval, et passa le premier sur ce frêle appui; il fut suivi immédiatement des bannerets et écuyers, qui entraient un à un : aiais Lille-Adam l'avait prévenu sur un autre point. Ce

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guerrier, devenu royaliste, impatient de signaler son zèle pour le service de Charles Yll, avait saisi une échelle, qu'on lui tendit cinquante pas plus haut que la porte Saint-Jacques : étant monté précipitamment, il planta la bannière de France sur les remparts, en criant trois fois : Five le roi! ville gagnée! C'était le même cri qu'il avait poussé dix-huit ans auparavant, en surprenant Paris dans une pareille circonstance; mais pour quelle cause (i)! Dunois parvint également aux créneaux à l|^ûe d'une échelle de corde; tous les deux vinrent joindre le connétable : ils le trouvèrent Imranguant les quarteniers en leur touchant la main et les comblant de caresses : on fit briser les chaînes et les serrures; les soldats, pouvant entrer plus facilemait, se précipitèrent sur les pas d'Arthur. Ce dernier, éta^t remonté à cheval , s'avança par la rue Saint- Jacques , traversa le Petit-Pont et celui de Natre^-Dame, où il rencontra Michaud de l'Aigle , nouveau prévôt des marchands 9 qui tenait une bannière du roi ; une foule d'artisans accouraient de totttes les directions.

Richemont, parvenu sur la place de Grève, envoya un détachement aux Halles pour prêter maiu-forte aux gens de Lailler, et repassa ensuite le pont au Change, En arrivant au coin de la rue de la Barillerie , il fut accosté par un épicier, qui sortit de sa. boutique et lui offrit ie clairet pour boire à son heureuse ar-

(i) Jean de Villiers de Lille-Adam , Tami et le conseiller de Philippe le Bon , accompagna ce prince dans ses États de Flandre , dont les peuples s'étaient révoltés; il fut tué à Bruges en 1437» dans une éneute où le duo lui-même courut risque de la vie.

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rivée; le connétable accepta sans hésiter^ prit ensuite la rue de la Calandre , entra dans l'église Notre-Dame, où il entendit la messe tout armé : à l'issue de l'ofiice, les chanoines lui offrirent un repas splendide; Arthur le refusa, en se contentant de quelques épiceS| attendu que c'était vendredi et qu'il jeûnait ce jou^ là. L'entrée du connétable fut devancée par une sédition qui éclata au milieu de la nuit dans le quartier des halles Saint-Eustache, du côté opposé à celui par où les royalistes devaient pénétrer. Wood ville conduisit sur ce point toutes ses forces disponibles ; mais il ne tarda pas d'apprendre que le connétable, ayant franchi la barrière Saint-Jacques, occupait le centre de Paris : comprenant alors que ces deux mouvements avaient été combinés, il ne songea plus qu'à gagner la Bastille, afin d'y tenir le plus longtemps possible.

Rien ne peut exprimer la fureur dont les Français apostats se montraient animés en voyant les royalistes introduits dans Paris ; ces pervers traversaient les rues en criant : « Saint ^Georges! Saint' Georges ! (tnot de ralliement des Anglais). Traîtres de Français, vous périrez tous! » lis faisaient main-basse sur ceux qui ne criaient pas comme eux; on les vit massacrer froidement Levavasseur, notable de la ville, homme vénérable autant par son âge que par ses vertus.

Cependant les bourgeois réunis aux Halles se répandirent dar)s les divers quartiers, et contraignirent les renégats à se réfugier dans les rangs des soldats de Wood ville : on foula sous les pieds la croix rouge, et l'on arbora avec des transports d'allégresse la croix

blanche; chacun jetait sur les Anglais, par les fenêtres, les tables, les chaises et les meubles; les femmes paraissaient les plus animées. Au milieu de ce tumulte , Woodville effectua péniblement sa retraite : il avait réuni les Français apostats, en tête desquels marchait l'évêque de Térouane; le peuple accablait ce dernier d'invectives, en criant : Au renard! au renard! parce que, à l'exemple de Henri V, le prélat avait fait peindre dans ses armes la queue de cet animal.

Le connétable, ne voulant pas engager avec Woodville un combat au milieu de la cité, ne s'opposa point à sa marche; il le laissa gagner la Bastille, et Ty bloqua étroitement. N'ayant plus rien à craindre de la part des Anglais, Richemont parcourut à cheval les différents quartiers, distribua des postes sur les places, sur les ponts et dans les carrefours, s'efforçant de rétablir le calme par ses paroles; puis il se rendit une seconde fois à Notre-Dame, où l'attendaient le parlement, l'université , et les chefs des corporations. Arthur fit lui-même la lecture des lettres d'amnistie données par le roi; à l'issue de cette communication, des hérauts publièrent que tout soldat ou autre qui entrerait chez un habitant pour exercer quelque violence, serait puni de mort : cette défense arrêta les désordres qui accompagnent ordinairement ces sortes d'événements ; « et le peuple de Paris prist le connétable eu si grand amour, que nul n'eût mis son corps et sa chevance pour détruire les Anglois. » (Pierre Gruel.)

T^es routiers , postés auprès de Saint-Denis, enten-

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dant sonner les cloches en signe d'allégresse , se précipitèrent vers les portes de la capitale , dans l'intention de piller; mais le comte de Richemont, instruit d'avance de leur dessein , ordonna de ne point baisser les ponts-levis, et ne voulut jamais admettre ceé ribauds dans l'intérieur de la ville : cet acte de fer^ me té acheva de rassurer la population. Arthur alla établir sa résidence à rhôtellerie du Porc-Épic, près du Châtelet; il nomma le sire de Ternant prévôt de Paris, Michel Lailler prévôt des marchands ^ et Jean Dubelloy échevin, avec Pierre Deslandes, Jean de Grandrue et Nicolas de Neuville. L'administration civile étant organisée y Arthur tourna son attention vers un soin des plus urgents , celui de forcer les Anglais dans la Bastille : il adressa au sire de Woodville des propositions conçues en ces termes : « Je vous ofiire la faculté de vous retirer où bon vous semblera , en emportant votre bagage ; si l'on refuse ces conditions, je prendrai la place et je ne ferai quartier à qui que ce soit. » La journée du samedi se passa sans réponse; le dimanche matin les Anglais demandèrent à se diriger sur Rouen , ce qui leur fut accordé.

Henri YI perdit encore, lors de la prise de Paris^ plus de mille hommes, tués en entrant dans la Bastille ou massacrés au milieu des rues par le peuple en furie : on calcula que quatre-vingt mille Anglais avaient péri en détail sur le sol français , depuis le commencement du règne du jeune Lancastre.

Ayant ramené le calme au sein de la capitale, le connétable fit la revue des compagnies et les conduisit à l'entrée de la Picardie, en les échelonnant par

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sections de Saint-Denis jusqu'à Beauvais; il jeta deux ponts sur l'Oise entre Compiègne et Pon toise, et fit rétablir celui de Beaumont : ces dispositions devenaient nécessaires pour protéger Paris contre une attaque générale , que l'ennemi semblait préparer ; car toutes ses forces se concentraient dans le Ponthieu. Chaque semaine Arthur faisait le trajet de Paris à Beauvais , en visitant la ligne : un soir il courut risque d'être pris, non loin de Clermont, par un parti de Talbot, fort de six cents hommes, qui s'étaient postés en cet endroit avec l'intention de l'enlever. Les soldats anglais se tenaient cachés dans un bois qui bordait la route de chaque côté : Arthur ne menait à sa suite que cent cavaliers partagés en deU& pelotons, qui marchaient assez éloignés l'un de l'autre; le général cheminait en tête du premier : Ten-^ nemi, prenant ce peloton pour l'avant-garde chargée d'éclairer la route, le laissa passer et fondit sur le se^ cond ; mais , n'y découvrant par le connétable , il se retira après avoir tué quelques cavaliers.

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