‹ Vies des grand capitaines français du moyen âge (volume 4)Chapitre 15 sur 21 · SUR LE MANUSCRIT DE TRAMECOURT · texte numérisé non relu

SUR LE MANUSCRIT DE TRAMECOURT

(Comme nous citons fréquemment la Chronique de Tramecourt, nous crovons indispensable de la faire connaître au moyen d'une courte notice. )

Le manuscrit est écrit sur vélin et sur deux colonnes, orné de vignettes, et d'un beau caractère ; son format est un grand in-4^ et contient cinq cents feuillets numérotés d'un seul côté, selon la coutume du moyen âge; aujourd'hui le dernier feuillet por* terait le chiffre mille; il est assez difficile à lire, ])arce qu'il est mêlé de mots artésiens, que tout le monde n'entend pas. Le premier feuillet porte en tête CCS mots \ J'appartiens à Jehan de Tramecourt; ce seigneur, l'ainé d'une des plus puissantes familles de TArtois, était le second du nom, et vivait en i[\l\o. lies grandes maisons avaient coutume de faire écrire par des clercs les chroniques de leur temps; de sorte que le fils continuait ce que le père avait commencé, ce qui explique pourquoi ce manuscrit est de trois écritures; et cette particularité le rend encore plus précieux , puisqu'il prouve que c'est le véritable original; car si ce n'était. qu'une copie, il serait d'une seule main comme sont les copies de Froissart. Cette chronique commence à l'origine de la monarchie, suivant la coutume des écrits du moyen âge, et finit en 1467, c'est-à-dire au commencement du règne de

Louis XI. L'auteur est très-succinct dans son début, mais il devient fort étendu en se rapprochant du onzième siècle; dès lors il développe les événements, et lesr raconte souvent avec des détails tout différents de ceux que nous connaissions, mais il s'attache particulièrement aux faits militaires, et glisse sur tout le reste; il s'occupe principalement de ce qui a rapport à son pays. On peut croire que quatre ou cinq seigneurs de la maison de Tramecourt y ont travaillé de père en fils , et l'ont fait composer sous leur dictée; ceci est probable, car la première partie est d'un langage pour le moins aussi ancien que celui de Froissart, souvent inintelligible quoique bien peint; la dernière partie est plus facile à comprendre. Le livre finit au milieu d'une phrase, ce qui est encore une particularité qui vient à l'appui de notre opinion : vraisemblablement des motifs particuliers d'un intérêt majeur pour les sires de Tramecourt les empêchèrent de pousser plus loin cette chronique, et alors ils l'ont conservée telle qu'ils l'ont trouvée.

L'existence de ce manuscrit fut signalée en 1760 à l'abbé de Saint-Bertin de Saint-Omer, homme fort savant. On sait que cette maison religieuse possédait les matériaux historiques les plus précieux de tout le nord de la France. Le supérieur se rendit au château de Tramecourt, qui se trouve à quatorze lieues de Saint-Omer, parcourut la ^chronique , et, la jugeant très-intéressante, demanda instamment qu'on la lui prêtât pour quelque temps; elle n'était jamais

sortie des mains de messieurs de Tramecourt. On se rendit cependant à ses prières, et ce précieux: ma*

nuscrit demeura à Tabbaye près de trente ans sans qu'on pût le ravoir, parce que l'abbé en prenait des extraits pour la composition d'une histoire d'Artois dont il s'occupait alors ; enfin, quelques années avant 1 789 , M. de Tramecourt se rendit à Saint-Omer, et ne voulut pas sortir de l'abbaye sans qu'on lui eût remis ce que les siens réclamaient depuis si longtemps : quatre ans après l'abbaye de Saint-Bertin fut pillée, démolie, et les manuscrits qu'elle contenait furent la plupart livrés aux flammes.

Cette chronique nous a été communiquée dans le château même de Tramecourt, par monsieur le marquis de Tramecourt (George-Léonar), actuellement ( 1 828) pair de France, et qui, dans l'intérêt des lettres, a bien voulu permettre que nous en prissions quelques extraits.

Page 1