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affable y libéral, il était encore à peu près ce que k» duc de Bourbon l'avait fait; on ne pouvait lui repro* cher jusqu'alors que de la dissipation et de la pro^ digalité. Le duc de Bourbon avait placé auprès de son neveu, pour l'instruire dans les belles-lettres ^ Phi^ lippe de Maizières , le sage de ce siècle , l'ami , le con» fident de Charles Y, et l'homme le plus savant dé l'Europe. Sous un tel maître , Louis d'Orléans fit des progrès si rapides et parvint à une élévation de science telle, que son nom en eût acquis beaucoup de célébrité si la naissance ne l'eut placé si près du trène. Il parlait latin avec une facilité merveilleuse; son éloquence était entraînante : on le vit souvent soutenir des thèses contre les docteurs les plus renommés de l'université, et sortir vainqueur de cette lutte, au milieu des applaudissements unanimes* Voici le portrait que Christine de Pisan fait die ce prince :
c( U a sens naturel tel que nul de son âge ne le passe , maintieng haut , bénigne parole rassise et ag» modérée; n'a en lui félonie ne cniaulté; douice téf pmise et amiable rend à toute personne qui à lui a à bésoigner; et entre les autres grâces qu'il a, certes de belle parleure ornée naturellement de rhétorique^ nul ne le passe : merveilles est de sa mémoire et belle loquelle ; avec les autres bonnes condicions n'est mie moult vindicatif de déplaisirs récents; tout le peut-il bien faire, et certes c'est moult noble condicion à prince; pitié a de ceux qu'il voit confus : si comme une- fois entre autres démontrances de sa bénignité avint comme il regardât luictier ( lutter ) ses gens
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mysa court , un jeune homine eschauffé d'ire, trop (pUeneat donna une bufife (un soufflet) à un autre. Cellujr £ut moult felonnessement pris et menaciez pour Tinjure faicte devant le prince, que le poing aratC coppé; le bon duc comme il veist le cas d'homme moull confus, dist à ses gens tout bas : Dictes, die-* tes, qu'on luy face paour et qu'on le laisse aller. W Le peuple, qui se prévient facilement pour leshottmes favorisés de la nature, aimait le duc d'Or« létns avec passion ; il prit hautement son parti contre le Bourguignon. Les courtisans, ne doutant pas d'en obtenir des faveurs plus abondantes, encensèreiil; cette nouvelle idole. La reine , persuadée qu'elle joui* fait d'un crédit très-étendu si son beau-frère parve* naît au pouvoir suprême, s'unit aux grands et à l'université afin d'obliger le duc de Bourgogne à partager avec son neveu la direction des affaires. Philippe se vit contraint de plier devant une si forte cabale. (Hi conçoit que ces deux régents devaient différer de vues : le duc de Bourgogne, décrié dans l'opinion publique par ses fautes , luttait péniblement contre son collègue, que les suffrages de la nation élevaient au«* déMus de lui.
Charles YI retrouva, dans ces entrefaites, une Intor de lucidité; il se montra très-satisfait de voir soa frère partager l'autorité avec son oncle. Celui-ci, orgoeîlieux à l'excès , jaloux du pouvoir, conçut pour le duc d'Orléans une aversion que les liens du sang M purent affaiblir. A Tanimosité des deux princes venait se joindre la jalousie de deux femmes, qui rivalisaient de crédit. La duchesse de Bourgogne, très*
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riche, sortie d'une branche royale, alliée à tous les souverains de l'Europe, traitait avec dédain Valentine, fille d'un aventurier heureux; mais celle-ci, dans l'éclat de la jeunesse et de la beauté , était aux yeux du public bien au-dessus de son ennemie, vieille, con* trefaite et avare. Telle fut l'origine de la rivalité des deux maisons, rivalité dont les suites devinrent si fataies à la monarchie. Les signes les plus funestes accompagnèrent la naissance de ces désordres (iSgô) : des vents impétueux régnèrent durant plusieurs mois de l'année , renversèrent des villages , des forêts entières, et furent suivis de pluies continuelles, d'inondations qui ne laissèrent pas vestige de moissons; ce qui amena une famine et puis une mortalité si considérables que, pour ne point effrayer les esprits , on se vit obligé d'enterrer les cadavres pendant la nuit, sans aucune pompe. Le nouveau système d'administration générale qui avait remplacé en grande partie le régime féodal depuis les réformes de Charles V, était encore trop neuf, et ceux qui le dirigeaient n'a- Vaient ni assez d'expérience ni l'habileté nécessaire pour atténuer la gravité du mal. On ne savait que décréter de nouvelles taxes : la famille royale et ses nombreux clients oubliaient les misères du peuple au milieu des brigues, des cabales et des jeux ruineux que la chevalerie proscrivait; mais les statuts de cette belle institution étaient aussi méconnus que la voix de la raison.
La longue habitude du gouvernement, son âge même, donnaient au duc de Bourgogne de grands avantages sur son collègue impétueux , inconsidéré
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^t qui nuisait du pouvoir que pour commettre des fautes de tout genre. Le Bourguignon j voulant perdre dans l'opinion publique un rival incommode^ agit avec un raffinement de politique surprenant : il lui proposa d'abandonner à sa surveillance particulière la direction des finances. Le duc d'Orléans , loin de soupçonner le piège, s'empressa d'accepter cette mission,et ne songea plus qu'à dissiper en prodigalités coupables le peu d'argent qu'on parvenait à faire rentrer au trésor. De leur côté, les préposés au fisc, désireux de gagner les bonnes grâces de ce nouveau maître, redoublèrent de dureté dans la levée des impôts. Le mécontentement suivit de près les murmures ; et comme les Français ont de tout temps passé rapidement de l'amour à la haine, ils s'irritèrent contre le duc d'Orléans à un tel point, que ce prince se vit l'objet de Tanimadversion générale. Comprenant toute l'étendue de sa faute, il se retira en quelque façon des affaires, laissant au duc de Bourgogne la faculté de reprendre l'autorité tout entière. Philippe le Hardi jouit de son triomphe avec un faux air de modération : voyant son neveu en butte à la malveillance des Parisiens, il parut le plaindre et cesser d'être son ennemi; cette conduite augmenta son crédit, mais ne le rendit pas plus habile pour arrêter le torrent des malheurs qui fondirent de toutes parts sur le pays. L'intempérie des saisons se prolongeait, et le peuple s'indignait que, loin de diminuer ses dépenses, l'hôtel Saint- Paul affichât un faste inconnu au temps de Charles V. La misère se montrait sous les dehors les plus hideux au sein de la capitale, et jusque dans la maison particur
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Hère de Charles VI; les régents fournissaient à peine au strict nécessaire de ce prince. Depuis plusieurs siècles la munificence des monarques avait ouvert dans les maisons royales un asile aux vieux guerriers dont le patrimoine s'était dissipé pour le service de l'État; le nombre de ces officiers s'accrut prodigieu» sèment lorsque les grands feudataires perdirent leur autorité sur les petits nobles. Les guerres du r^ne de Jean II et de son fils avaient appauvri quantité de ces chevaliers. Charles V, aussi attentif que généreux, se plut à multiplier ces sortes de secours : en vertu de ses ordres, plusieurs centaines de vieux militaires étaient admis chaque jour à des tables servies aux frais de son trésor particulier. Charles VI renchérit sur son père ; mais du moment où cet infortuné prince fut tombé en démence, le duc de Bourgogne, ou plutôt les directeurs des dépenses du roi eurent U cruauté, sous prétexte d'économie, de supprimer ces tables. Ces malheureux écuyers furent réduits au désespoir : ils vécurent quelque temps des biephits de plusieurs barons; enfin, on les vit errer dans les rues de Paris, privés de pain. Le duc de Bour^n n'attendit pas que la pitié publique vint à leur secours; il les réunit à son hôtel de Foirez (1397), et leur rendit l'existence dont la plupart d'entre eux jouissaient quelques années auparavant. Ce n'était pas en rcH| en prince qu'il les traitait, mais bien en compagnon d'armes : quantité d'entre eux avaient vaincu avec lui en Flandre, en Poitou et en Afrique. Louis de Clermont présidait à ces banquets, placé au milieu de la salle, à une table particulière, entouré de ses enfants.
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Tant que* durait le repas , un clerc de sa maison Usait à haute voix les préceptes de la vraie chevalerie : le prince cherchait ainsi à conserver parmi ces guerriers le feu sacré de l'honneur. Ces pauvres écuyers accouraient en foule chez le duc de Bourbon : le nombre en augmentait chaque jour. Le prince dépensa, dans l'espace de deux années, la moitié de sa ibrtune; il contracta pour un million de dettes : « car les marchands lui délivroient ce qu'il demandoit, pour qu'ils le savoientprudhomme et payoit volontiers. » Le duc de Bourbon se vit obligé de quitter Paris, afin d'aller dans ses domaines réparer par des économies les pertes que ses nobles libéralités venaient d'occasionner. « Tout le monde vient manger à votre hôtel, lui disaient les intendants; vousenétes content, mais les fournisseurs qui baillent devront être payés. »
Qiarles VI, apprenant que son oncle allait partir, fondit en larmes et voulut le voir : <c Ah! bel oncle, il n'est pas temps de vous en aller; je vous prie de demeurer encore , car il y a moult à faire en notre royaume où vous pouvez beaucoup. — Mon seigneur, TOpondit le duc, il est temps que je me retrahie avec rs»e$ chevaliers, et mon pauvre peuple , et mes vassaux, qui m'ont aidé à vivre, et pour moi acquitter ée que je dois et satisfaire ceux aux queux je pou- TOÎs avoir fait tort dans mon temps; quand je serai en mes terres, je puis toujours venir à vous, afin que me voudrez commander et employer en toutes vos affaires de mon pouvoir. » (Oronville.)
Le duc prit congé du roi, et arriva dans le Bourbonnais vers le commencement de 1 398. Son pre-
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mier soin fut d'appeler auprès de lui te sire deNorris; administrateur de ses biens, et ses intendants; il leur demanda l'état des revenus de ses domaines, leBour-. bonnais, le Forez, le Combrailles et Glermonten Beau» voisis. Une situation exacte de ses biens prouva que les redevances s'élevaient encore à i ,aoo,ooo francs de notre monnaie. Le duc de Bourbon en affecta la moitié au payement des dettes qu'il avait contractées, soit pour le service de l'État, soit pour venir au secours des chevaliers. L'ordre admirable qui régnait dans la maison de ce prince le peint mieux que les plus beaux discours. Sa présence comblait de joie ses vassaux; ils espéraient le conserver longtemps parmi eux, lorsqu'un nouvel incident vint l'arracher, peu de temps après, à l'affection de sa famille et à l'amour de ses sujets.
Dans ce siècle, les événements se pressaient avec rapidité: une ligue criminelle venait de précipiter du trône Richard II, gendre du roi de France. Cet atten* tat réagit tellement sur les affaires du royaume , qutt l'on parla de déposer Charles VI. Le duc de Bour-r gogne, agissant dans des vues d'intérêt personnel^ repoussa avec indignation un tel dessein , inventé par des hommes avides de troubles : sa plus grande. crainte était de perdre la régence, qu'on lui aurait nécessairement enlevée si le choix d'un nouveau sou-r verain avait eu lieu.
Louis de Clermont résolut de faire diversion k oe. projet de déposition, qui occupait étrangement le^^ esprits, en proposant une entreprise de la plus haute importance : il émit le vœu dans le conseil de profi-
ter «les troubles qui agitaient l'Angleterre pour ran* gersous Tobéissance de la France, Bordeaux, Bayonne et la partie de la Guienne restée au pouvoir des Anglais. IjC roi , qui jouissait alors de quelque calme , applaudit à cette heureuse idée, supplia le duc de Bourbon de se charger de l'entreprise, et sut l'y déterminer par ses instances. Comme l'on ne pouvait opérer aucune levée d'hommes, faute d'argent, que la réunion du ban et de l'arrière-ban offrait de graves inconvénients dans un moment d'effervescence, Louis de Clermont sévit réduit à partir pour le midi^ accompagné de la seule compagnie de cent hommes d'armes qu'il maintenait sur un pied respectable. Le prince s'établit dans Agen^ afin de suivre les négociations qu'on allait entamer avec les villes de Bor^ deaux et de Bayonne : il y arriva vers le milieu de i4oo. Ses premières démarches eurent un plein succès : le général français crut un instant pouvoir dé-> terminer les habitants de la Guienne à secouer Je joug de Lancastre, assassin de son roi. Mais Henri ^ habile comme tous les usurpateurs, ne parut pas alarmé des démarches du duc de Bourbon. « Jamais, disait-il , les Bordelais et les Bayonnais ne se tourne^ ront contre nous, ils sont avec nous francs et quittes , et si les Français les dominaient, ils seraient taillé^ et retaillés deux ou trois fois l'an. »
Lancastre envoya en Guienne des émissaires adroits, quifirent aux peuples de l'Aquitaine la peinture la plus effrayante de l'état où se trouvait le royaume de France, a lequel étoit vexé, molesté de fouages et d'exactions 9 villainies pour extorquer de l'argent. »
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Ces agents leur montrèrent la ruine de leur commerce comme inévitable, s'ils se séparaient de l'Angleterre. Ces raisons parurent d'autant plus puissan* tes, qu'elles s'appuyaient sur des réalités. Les députés de Louis de Bourbon parlaient au nom de l'honneur, ceux de Lancastre au nom de l'intérêt; les Bordelais ne balancèrent pas : ils aimèrent mieux viVre dans l'abondance sous la domination d'un usurpateur, que d'être réduits à la misère sous un roi légitime privé de la raison. Le duc de Bourbon échoua complètement dans ses négociations : il n'en fallait accuser que ceux dont Timpéritie avait jeté la France dans une position aussi déplorable.
Louis de Clermont regagnait ses domaines, fort contristé, lorsqu'il reçut un message qui le rappelait au plus vite auprès du roi son neveu. Charles VI Tenait d'éprouver unecrisedes plus heureuses; mais en reprenant la plénitude de ses facultés intellectuelles, il frémit de terreur à l'aspect des calamités qui Teovironnaient.Le monarque résolut de ne rien épargner pour réparer tant de malheurs, et appela auprès de lui les hommes qu'il savait les plus capables de le seconder autant par leur sagesse que par Ténergiede leur caractère. Charles VI nomma le duc de Bouiixm chef de son conseil : dès ce jour, la marche des affaires acquit une assurance qui faisait présager un avenir plus riant. Le duc de Bourgogne, persuadé que le roi pourrait désormais gouverner par lui-même, abandonna pour toujours la régence, et courut en Flandre, où quelques troubles rendaient sa présence nécessaire. A peine ce prince fut-il parti que le duc
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d*Orléans , poussé par l'astucieuse Isabeau de Bavière , demanda à son frère qu'il le noramât régent, de préférence à tout autre, dans le cas où le malheur voudrait qu'un nouvel accès le rejetât dans le néant. Charles VI, aimant tendrement son frère, se rendit à ses désirs; en même temps, comme les bruits de déposition l'avaient fortement alarmé, il promulgua une ordonnance, le 126 avril i4o3, qui obligeait la reine, les princes, les prélats, les grande oflficiefl^de la couronne , la chevalerie et les notables de la ville de Paris, à lui prêter serment de fidélité, et à jurer de reconnaître, après sa mort, le dauphin Louis pour leur roi et leur souverain seigneur. Le chancelier, accompagné du connétable, apporta cette ordonnance au parlement de Paris, qui en jura l'exécution sur l'Évangile; la cour des comptes agit de même.
La précaution que le duc d'Orléans avait prise de se faire nommer régent fut bientôt après justifiée par l'événement; car Charles VI ne jouit pas longtemps de , la santé : un troisième accident le fit retomber dans la frénésie. On célébrait par des fêtes le bonheur que ses sujets ressentaient dé le voir rendu à leurs vœux; aucune réjouissance n'avait lieu sans tournois. Charles YI voulut jouter; il resta à cheval au milieu delà lice pendant six heures consécutives, la lance au poing, sous un soleil brûlant. Le roi s'échauffa tellement à combattre, que le sang lui sortit abondamment par le nez; l'hémorragie dura plusieurs heures, et fut suivie d'unelongueléthargie, d'où le prince ne sortit que pour passer à un état de stupidité complète, mêlée de convulsions. Dès ce moment on perdit sans retour l'es-
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poir de le guérir : il n'eut plus que des moments de lucidité de Irès-courte durée. D'après sa volonté cxpresse, le duc d'Orléans prit aussitôt après la direction des affaires : les fautes que ce dernier avait commises cinq ans auparavant ne l'empêchèrent point d'en commettre de nouvelles. En vain Louis de Clermont| justement alarmé, lui offrit-il l'appui de ses conseils: la voix de cet homme généreux fut méconnue; on reppussa ses offres. Louis d'Orléans débuta par se déclarer en faveur de Benoît XIII, et par remettre la France sous l'obédience de ce pontife. L'Église gallicane s'y était soustraite en attendant la fin du schisme, la démarche du régent réveilla les disputes que la sage déclaration du clergé français avait momentanément apaisées ; l'université, les savants, les prélats et les familles en furent encore plus divisés. Le dac d'Orléans, guidé par un sentiment d'ambition que Ton n'a jamais pu bien définir, voulait gagner les bonnes grâces du pape (i). Mais, pour être valide, il fallait que cet acte solennel concernant Benoit XIII fut ratifié par le roi : le duc eut recours aux subterfuges les plus misérables, afin d'obtenir la sanction du
(i) Cottigné , dans ses Mémoires (restés jusqu'à présent maotiscrils]f cherche à rendre le duc d'Orléans odieux , et veut prooTer que ce prince ne tendait à rien moins qu'à détrôner son frère : selon lui, H machinait cet horrible projet avec Galéas Visconti, son beau-père, i[iiï désirait ardemment voir sa iille reine de France; et, dftns ce bal, il s'attacha fienoit XIII, qui devait interdire Charles VI comme incapable de régner, ce qui aurait facilité à Louis d'Orléans de mcolcr sur le trône de son frère. Nous répétons ce que nous avons dit : Cottigné , attaché à la maison de Croy , une des plus puissantes de h Flandre, ne cessa de se montrer un violent partisan du doc de Bou^ gogne.
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TDonarque. II fit dresser en secret une supplication du clergé de France, qui démandait à rentrer sous l'obéissance de Benoît XIII, et fit revêtir cette pièce de beaucoup de signatures vraies ou fausses; saisissant ensuite le moment où le roi priait dans son oratoire, il lui présenta ces signatures, et sut facilement per« suader à cet esprit faible que, la majeure partie du clergé ayant signé, tous les gens sages seraient au comble de leurs vœux de revenir sous la juridiction de Benoit. Ses discours remplis de charmes détermi^ nèrent Charles VI. Sans perdre un seul instant, le duc d'Orléans rédigea l'acte solennel, et le fit expédier avant que son frère fût sorti de la chapelle; enfin, il termina cette scène par chanter avec le chapelain le Te Deurrij pendant qu'au dehors le parlement et les conseils ignoraient absolument ce qui se passait.
Après avoir rallumé les querelles religieuses par une déclaration intempestive, le duc d'Orléans ordonna une taxe générale, qui s'étendit même sur les prêtres séculiers. Cet édit fit pousser des cris de désespoir; les provinces étaient pour la plupart ruinées; depuis deux ans les saisons paraissaient renversées, et l'ordre de la nature interverti : il y avait de la barbarie à exiger des impôts d'une population qui manquait du strict nécessaire. Les gens d'église refusèrent, sans explication, de payer la taxe; l'université les soutint; les Parisiens s'ameutèrent : il fallut tout le zèle de Louis de Clermont et de quelques autres amis de leur pays pour apaiser ces nouveaux troub^es.
Depuis la mort de Charles V , l'autorité avait passé par bien des mains : durant cette succession rapide
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de gouyernants, les Français , toujours malheureux, aspiraient sans cesse à un changement d'hommes et de système ; mais à peine avait-on exaucé leurs vœux, qu'ils se voyaient réduits à regretter ceux qui veaaient de quitter le pouvoir. Pendant quarante ans leur malaise empira; ils connurent toutes les gradations: du malheur, et acquirent à chaque instant la cruelle! certitude que la mesure de leur infortune n était pas encore comblée. Le dernier roi, ayant eu des guerres continuelles à soutenir, s'était vu forcé à regret dlmposer des tailles extraordinaires; les peuples, qui no rendent justice aux rois que lorsqu'ils sont dans In tombe, se réjotiirent en quelque façon de sa mort^ ne doutant pas que son successeur ne s'empressât de diminuer les charges publiques. Le duc d'Anjou fit cruellement regretter Charles Y; ce fut alors que ron apprécia celui que l'on venait de perdre : on ne l^ippela plus que le bon père^ le sage prince j etc. r
Les ducs de Bourgogne et de Berri se montrèrent pour le moins aussi avides que leur frère, et se yi^ rent obligés de céder la place à Clisson, dont ou salua la venue comme Taurore d'un beau jour : le ministère du connétable trompa ces flatteuses espé^ rances. Le duc de Bourgogne paraissait changé : ou croyait que l'âge, l'expérience avaient fait naître en lui des idées plus saines; chacun faisait des voeux pour qu'il écartât Olivier et Larivièœ. Ces vœux furent exaucés; mais Philippe le Hardi , loin de justifier la bonne opinion que l'on avait de lui, suivit la même route, et augmenta les embarras du gouvernement en se mettant en hostilité ouverte avec sou neyeu I4
duc d^riéans. Ce dernier, par «a jeunesse , sa grâce, taa affabilité, gagnait tous les cœurs*. Les Français demaodèrent hautement que le prince , objet de leur pvédilectÎQa , fût pkcé à la tête de la régence. Louis d'Orléans parvint au pouvoir, et ses premiers actes le firent exécrer : jamais dbangemei^ ne fut plus pMia^t. Le duc de Bourgogne , instruit de ces dispo* attîons , accourut de la Flandre et ressaisit la régence, à la grande satisfaction du public. Son neveu chercha Tainement à la lui disputer. L'hôtel Saint-^Paul et les dignitaires de TÉtat se partagèrent d'affection ; ce ne fut plus auK sourdes menées que les partis allaient avoir recours : c'était la force des armes qui devait décider de la querelle. Le duc d'Orléans fit alliance avec le duc de Gueldre, le même qui, treize ans au* paravant, avait défié le roi de France; il prit k sa solde ce prince all^nand, ainsi que ses bandes. Les troupes étrangères franchirent les frontières, traversèrent la Picardie, et arrivèrent sous les murs de Paris. A leur approche , le duc de Bourgogne réunit ses nombreux vassaux ; il trouva un appui dans les Parisiens : la rupture allait éclater; deux princes français, de la même fiimille , allaient se déchirer. Louis de Ciermont, par la seule puissance de sa haute sagesse, aiTêta une telle furie, et arracha les armes des mains des deux compéti«teurs. Il se fit, sous ses auspices, une espèce de réconciliation : les ducs de Bourgogne et d'Orléans convinrent éene rentrer au conseil que loraque le roi , de conceit «vec te parlement^ aurait réglé d'une manière défi*aiti^e le mode de gouvernement qui prévaudrait en cas du décès de Charles YI. Un édit du a6 avril i4o3
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ordonnait que si le roi venait à mourir, il n'y aurait plus de régence, et que l'État serait gouverné, au nom de son fils aîné, par un conseil, composé des princes ses oncles, de son frère, du connétable Charles d'Al« bret et du chancelier : cette assemblée devait être présidée par la reine. On fut redevable de ces sagei dispositions aux vues élevées de Ix>uis de Clermont : sa fermeté parvint à conjurer pour un instant les orages ; le respect qu'on lui portait , la considération que chacun avait pour ses vertus , le mirent à méroe de conduire le nouveau conseil , dans lequel il siégeait de droit en sa qualité d'oncle du roi. Afin d'é* prouver moins d'opposition dans le bien qu'il voulait opérer, Ix>uis de Clermont demanda que les deux princes rivaux s'éloignassent momentanément de Paris. Le duc de Bourgogne fit les préparatifs du siège de Calais, malgré la trêve qui durait encore» De son côté le duc d'Orléans se porta sur la Loire, afin d'y réunir des troupes et de marcher contre Bordeaux. Plus ces préparatifs étaient ostensibles, moins ils avaient de réalité : il parut évident à lobs les yeux que les deux princes s'observaient, et ne voulaient s'occuper d'aucune entreprise qui les tinf éloignés du roi. Le frère de Charles VI n'alla que jiis> qu'à Orléans : comme apanagiste, il y fit son entrée solennelle ; on tapissa les rues , on laissa couler des fontaines de vin ; l'université le harangua en latin. Le prince répondit dans la même langue : on sait qu'elle lui était familière; il prit Thabit de chanoine, et alla s'asseoir, en cette qualité, dans les stalles de Saint-Aignan.
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Les deux rivaux revinrent bientôt après à Paris sans avoir rien fait : le duc de Bourgogne , toujours occupé de la grandeur de sa maison, fit conclure le mariage du dauphin Louis, âgé de sept ans, et de son frère Jean, encore plus jeune, avec les deux filles aînées de son fils, le comte de Ne vers; il arrêta aussi le mariage de madame Michelle de France, seconde fille du roi, avec son petit-fils, le comte de Charollais. Il déploya dans les fiançailles de ces six enfants un faste royal : c'était un triompha pour lui ; il se flattait qu'une de ses petites-filles porterait un jour la couronne de reine. Ce faste rendait l'argent plus nécessaire. Le duc d'Orléans, toujours plus imprudent, proposa au conseil de décréter une taille générale, à laquelle le duc de Bourgogne s'opposa en alléguant la misère publique; mais le conseil consentit cet impôt, malgré l'opposition franche et désintéressée de Louis de Clermont. On usa d'une rigueur extrême pour en opérer la levée, et un ordre suprême enjoignît d'enfermer dans la grosse tour du Louvre te produit de la nouvelle taxe. Le duc de Bourbon fit décréter qu'on ne toucherait pas à cet argent sans le consentement du conseil rassemblé en entier. A peine cette décision était-elle prise, que le duc d'Orléans accourut au pied du donjon, accompagné de gens armés ; il fit briser les portes à coups de hache , enleva le dépôt, et le partagea, diton, avec sa bellesœur. Ce vol du trésor public accrut la haine qu'on portait au duc d'Orléans, et livra la reine à tous les traits de la calomnie : on disait qu'Isabeau, persuadée de la fiu prochaine de son époux , et n'ayant
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que des dégoûts à attendre dans un pays où le duc de Bourgogne dominerait en maître, faisait passer dans la Bavière l'or du royaume, afin de s'y ménager une magnifique existence lorsqu'elle serait veuve.
Louis de Clermont n'avait cessé de gémir sur les écarts du duc d'Oriéans , son ancien élève : uu reste d'affection le montrait à ses yeux moins répréhensible que chacun ne le représentait; mais l'opprobre dont ce jeune prince venait de se couvrir par Tenlè* vement<du trésor du Louvre, ne lui permit plus de se faire illusion sur le compte de son neveu. Son in* dignation fut extrême; ifl adressa au coupable de vives remontrances, et rompit avec lui toute relation d'amitié. Ix)uis d'Orléans se consola facilement de cette rigueur; le départ du duc de Bourgc^e, que des révoltes répétées appelaient en Flandre , lui laissa le champ hbre : tout plia devant sa volonté; il devint en peu de temps le fléau de sa patrie. Ce n'était pas un tyran farouche, altéré de sang, mais un imprudent qui se jouait avec une légèreté coupable des destinées de la France entière : il tremblait cependant de se voir enlever une seconde fois le pouvoir, quand la mort le délivra de son redoutable colr lègue. Le duc de Bourgogne, surpris à Bruxelles par une indisposition grave, se fit transporter à Liège; mais en traversant la ville de Hall, il se vit obligé de s'arrêter; sa maladie augmenta, et devint bientôt mortelle : il expira le 27 avril i4o4i dans l'hôtellerie du Grand-Cerf, à l'âge de soixante-trois ans. Au moment de mourir, ce prince se rappela qu'il était Français, chose qu'il avait oubliée toute sa vie. Le duc
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exhorta ses enfants à conserver une fidélité inviolable au roi, à ne perdre jamais de vue l'honneur du sang dont ils étaient sortis.
Des écrivains, et principalement dom Plancher, ont dit que Philippe le Hardi était prudent, libéral, capable de tout entreprendre; nous avons vu en effet que le duc de Bourgogne entreprit beaucoup , mais qu*il échoua dans presque tous ses projets, hors ceux qui regardaient l'agrandissement de sa famille : sa libéralité ne fut qu'une prodigalité* excessive; son ambition lui faisait répandre l'argent de la France pour acheter des partisans , dans le seul désir d'accroître la splendeur de sa maison et l'étendue fle ses domaines. Tel fut ce Philippe le Hardi, qui ne laissa après lui que des tempêtes.