‹ Vies des grand capitaines français du moyen âge (volume 5)Chapitre 18 sur 22 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

ClÎMon devient plus puissant que jamais. -^ Maladie de "Charles TL «^ Le duc de Bour{;ogne, devenu régeat, aocaUt OlÎ¥Mr de m difgrAoe.

Clisson, le cœur gonflé de ressentiment, quitta le château de l'Hermine , et, sans aller visiter ni sa famille ni ses domaines, il partit pour Paris, accompagné d'un seul page. Le roi. et sa chevalerie avaient quitté rÉcluse depuis quinze jours : au premier bruit de l'arrestation du connétable , un cri d'horreur s'était élevé dans Tannée; mais le découragement ne tarda pas de succéder à l'indignation : les bannerets , ainsi

(i) Le château de THermine n'existe plus; il n'en ^et realé^ae cette fameuse tour, qui sert maintenant de maison de comclioii pav les femmes : on Tappelle la Tour du connétable» Rien n'est chan|é dans riiitcricur : elle se compose de deux étages; ses murs sont d'une épaisseur extraordinaire : on ne la voit bien qu'en dehors de la TiHe. Le ruisseau dont nous avons parlé sépare les remparts de la prtMM* nade publique dite ia Garenne, plantée de beaux arbres ^ de sorte que la tour de THermine se trouve en face d'une grande allée latérale : c'est au bout de cette allée que le jeune Sombreuilct aei d*infurtuue furent fusillés en 1795.

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que leurs gens, abandonnèrent le camp et regagnèrent leurs foyers ; on se hâta de licencier les troupes soldées , que l'État ne pouvait garder trop longtemps sur pied; enfin ces vastes préparatifs, pour lesquels on avait épuisé les ressources du royaume, furent en^ core en pure perte. Ainsi les deux expéditions les plus formidables que la France eût jamais disposées contre l'Angleterre, et dont chacun espérait des ré* sultats aussi utiles que glorieux, échouèrent par suite de deux intrigues ourdies avec la plus odieuse lâcheté.

Olivier, arrivé à Paris , y trouva tout le conseil dans la consternation : on lui témoigna un médiocre em^ pressement. Les oncles du roi, ses ennemis déclarés^ heureux de le voir humilié, saisirent cette occasion pour chercher à le perdre dans l'esprit de Charles VI. Le roi reçut froidement Clisson, qui ûe^se laissa pas intimider par cet accueil : « Seigneur, dit-il en se jetant aux pieds du monarque, jamais je ne me suis rendu indigne de la charge de premier officier de la couronne, Jont vous avez daigné me revêtir; si quelqu'un ose ici me démentir, je jette mon gage : » en même temps il laissa tomber son gant; personne ne le releva. Seigneur, continua Olivier, en exerçant les devoirs de ma charge, j'ai été ar^êté traîtreuse* ment par le duc de Bretagne; cette violence inouïe a suspendu l'expédition d'Angleterre, ^t finalemeot l'a fait échouer : je demande une réparation éclatante; et si vous croyez qu'elle ne doive pas m'être accordée, je vous prie de reprendre l'office de connétable, dont je me démets entre vos mains. »

Le roi parut touché du malheur d'Olivier; néan-

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moins la présence de ses oncles Tempécha de manifester ouvertement Tintérét qu'il lui portait. « Je penserai à votre alTaire, répliqua-t-il ; mais en attendant je vous dirai que vous avez commis une grosse faute en vous laissant conduire au château de l'Hermine par votre plus cruel ennemi : le duc de Bretagne vous a joué comme un enfant. — Eh! monseigneur, répondit Olivier, il me montroit de si beaux semblants, que je ne lui osois pas refuser. »

Les services passés du banneret breton ramenaient déjà Charles YI à des dispositions plus favorables, lorsque le duc Bourgogne le retint par cette phrase, adressée à Olivier d'un ton ironique : « Je vous cuidois plus subtil que vous n'êtes, i* Glisson aurait pu répondre au duc : « Vous me regardiez comme subtil lorsque mon bras et mon courage vous mettaient en possession de vos États de Flandre. » Au reste, le conseil ne partageait pas à l'égard d'Olivier les sentiments des oncles du roi : deux pai*tis bien distincts s'y disputaient l'avantage de s'emparer de Tesprit de Charles VI, et de gouverner l'État au nom de ce prince; l'un reconnaissait pour chefs les ducs de Berri et de Bourgogne, l'autre les guerriers les plus fameux de cette époque, le sire de Couci, le maréchal de Sancerre, le comte de Saint-Pol, le maréchal de Blaiu ville, l'amiral Jean de Vienne et le chancelier La Rivière. Ce parti, composé de gens recommandables, et jouissant de l'estime publique, subissait la loi des oncles du roi, vu l'impuissance de placera sa tête un homme rempli de résolution et d'une con* sistauce personnelle non équivoque. Glisson, quoi-

que disgracié^ parut propre à remplir ce rôle, autant par son caractère et sa réputation militaire que par ses immenses richesses , qu'il savait prodiguer quand la nécessité l'exigeait. Olivier embrassa d'un coup d'œil la véritable situation des choses ; il sut réparer promptement l'échec que son crédit venait d'essuyer par suite de la félonie de Montfort, et redevint en peu d'instants plus puissant qu'on ne l'avait jamais vu. Les nombreux adversaires des oncles du roi se raU lièrent spontanément autour de lui; l'Université, la ville de Paris même, offrirent au connétable leur appui contre des princes objets de la haine publique; le parlement, les syndics des corporations vinrent le visiter en grand appareil. (Froissard, liv. III, ch. 68.) La chevalerie surtout se montra très-empressée auprès du connétable. Dans d'autres circonstances, Olivier se ' serait hâté de quitter Paris pour aller en Bretagne venger son offense par la force des armes; mais, ayant conçu des projets plus vastes, il ne voulut pas s'absenter de la capitale du royaume, et ce qu'il fit alors peut donner une juste idée du pouvoir exorbitant que les hauts barons exerçaient à cette époque, en vertu de la constitution féodale. Clisson se trouvait à cent lieues de ses domaines, et cependant ses ordres s'y exécutèrent comme s'il n'eût point quitté le duché. Olivier commanda à ses chefs de compagnies, à ses capitaines d'armes, aux gouverneurs de ses châteaux et forteresses, de commencer sans délai les hostilités contre le duc de Bretagne. Ces farouches capitaines obéirent avec l'ardeur que Ton pouvait attendre d'hommes auxquels la guerre offrait autant

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