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(le charmes que de profit. Coétmen se rendit maître delà ville de Guingamp , défendue par le sire de Re^ marec; le sire de Rostremen emporta Châtel-Audren, et passa au fil de Tépée la garnison , en punition d'avoir tenu une heure ; Aliain de Rolland bloqua Ghàteaulin^ combla les fossés, et prit la place d'assaut; Beaunuh noir, naguère captif au château de l'Hermine comme son beau-père, enleva Lamballe par escalade ; Robert de Guitté et Geoffroy Feron surprirent Saînt-Malo, occupé par des Anglais unis à des Bretons du parti de Montfort, et firent lagarnison prisonnière de guerre, malgré la résistance soutenue du gouverneur, Pierre de Châteaugirons. La nouvelle de succès aussi bril* lants et aussi rapides étonna le conseil de France, et particulièrement Charles YI, dont rimagination ardente s'enflammait au simple récit d'un fait d'armes extraordinaire. La réputation que le connétable avait acquise dans les combats lui parut encore plus méritée : il se repentit d'avoir écouté les cris de l'envie. Clisson, instruit de ces dispositions bienveillantes, se présenta devant le roi , et lui offrit en pur don la ville de Saint-Malo, conquise par ses armes. Charles VI accepta la donation : dès ce moment il rendit ses bonnes grâces à Olivier, et ne voulut agir que suivant ses conseils. Les princes essayèrent vainement de r^ tenir le pouvoir qui leur échappait; et ce fut contre leur gré que le jeune monarque , regardant l'offense faite à Clissou comme la sienne propre , en demanda réparation. Il somma le duc de Bretagne de venir sans délai à Paris pour comparaître devant les pairs, le menaçant, en cas de refus, de l'y contraindre à la
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tête de soixante mille hommes , et de le dépouiller du duché. La nation bretonne ne se montra nullement empressée de compromettre son existence pour défendre la querelle particulière de ce prince. Jean IV, effrayé des intentions que manifestaient ses sujets, se soumit : il vint à Paris dans le mois de juin i388y sollicita longtemps une audience de Charles VI , et se vit obligé de suivre le souverain à Montereau. Après plusieurs semaines passées en vaines supplications, le monarque consentit à recevoir ses excuses, pour avoir insulté le premier officier de la couronne. L'entrevue du roi et de Montfort eut lieu au moment où la famille royale allait se mettre à table : soit à dessein, soit par hasard, Charles VI se lavait les mains lorsque le premier chambellan introduisit le duc de Bretagne; Jean IV prit la serviette que te-nait l'officier du palais, et la présenta lui-même au roi. Pour obtenir son pardon , Montfort dut remettre non-seulement les quatre places reçues par lui en caution , mais encore les cent mille livres arrachées * à Clisson. Il venait de dépenser une somme double pour repousser l'agression des capitaines d'armes agissant au nom d'Olivier. Le duc aurait dû prévoir, quand il fit prisonnier le connétable , que cette perfidie n'était en réalité qu'un acte de démence, et qu'elle finirait par tourner à sa honte.
Charles VI, désirant cimenter cette réconciliation forcée , fit asseoir à sa table Montfort et Clisson : l'un et l'autre, sur son invitation, burent dansja coupQ royale , que Pierre d'Auberjon , grand échanson, leur présenta au nom de son maître. Selon les mœurs du
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temps y cette cérémonie équivalait au serment le plus solennel. A Tissue du repas, Charles VI exigea qu'on s'embrassât en sa présence. Cette contrainte, loin d'affaiblir leur haine, la rendit plus implacable. I^ roi, satisfait, regardait la querelle comme définitivement terminée par les engagements que Montfopt venait de contracter; mais le prince breton, avant de quitter Rennes, avait pris la singulière précaution de protester d'avance, entre les mains de deux chapelains, contre toutes les promesses qu'on allait exiger de lui. En effet, rentré dans le duché, il ne remplit qu'une faible partie de ses obligations. Olivier, qui s'y attendait, vola en Bretagne. Les habitants de ce malheureux pays ne virent pas sans effroi rallumer le flambeau de la guerre civile ; car lorsqu'il ft'agissait des intérêts de Montfort et de Clisson , tous se partageaient d'opinion. Quoique les hostilités se poursuivissent chaudement, Olivier ne craignit pas de s'absenter du duché, et chargea Beaumanoir de conduire les opérations de la guerre. La Bretagne lui paraissait un théâtre trop restreint pour son ambition , la France seule pouvait la satisfaire. Il ne tarda pas de regagner Paris, guidé parle désir de présider au grand acte qui se préparait : c'était de priver les ducs de Berri et de Bourgogne de la tutelle du roi, leur neveu , tutelle si longuement prolongée, dont le prince s'affranchissait par intervalles , et sous le joug de laquelle il finissait par retomber. Le vœu de la nation favorisait, sans contredit, le parti opposé au duc de Bourgogne; néanmoins ceux qui le dirigeaient ne pouvaient agir sans l'intervention du connétable^ dont la
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réputation balançait lavantage que donnait aux régents le prestige de leur position élevée. Clisson accourt; il arrive à Reims, où résidaient le roi et sa famille. A son apparition, le mouvement est donné ; un coup d'état s'apprête : l'explosion a lieu le 3o novembre i388. Depuis longtemps des gens sages instruisaient le roi des désordres enfantés par l'administration de ses oncles; les ducs de Bourgogne et de Berri en avaient comblé la mesure. On fit prendre à Charles VI la résolution de réparer tant de désastres au sein de cette même ville, où huit ans auparavant, en recevant Fonction sainte, il avait promis d'être juste. Charles VI assembla un conseil extraordinaire, où parurent ses trois oncles , les ducs de Bourgogne , de Berri et de Bourbon ; trente prélats , et les dignitaires de la couronne, y assistèrent pareillement.
Le roi , dans un discours préparé , annonça la résolution de gouverner par lui-même ; il remercia ses oncles de tous leurs soins, en exprimant le désir de les décharger d'un pénible fardeau. L'assemblée parut très-joyeuse de cette détermination. Les ducs de Berri et de Bourgogne jurèrent de tirer une vengeance éclatante des menées d'Olivier, qu'ils regardaient comme le. principal artisan de leur disgrâce; le premier alla reprendre son gouvernement du Languedoc; le second se retira en Flandre. Clisson , qui les supplantait dans la confiance du roi, devint premier ministre; il ne fit aucune difficulté de partager les soins delà fortune publique avec le duc de Bourbon , prince vertueux, qui estimait le connétable sans l'aimer.
Clisson, voulant marquer son avènement au pou-
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voir par quelque spectacle propre à frapper les yeux autant qu'à toucher le cœur, imagina défaire célébrer un service funèbre en l'honneur de Duguesdin , son ancien frère d'armes. L'évéque d'Auxerre prononça le panégyrique : il étala dans son discours l'éloquence d'un orateur chrétien et les sentiments d*un chevalier français; le prélat termina par ces mots remarquables : ce Le titre de preux n'appartient vraiment qu'à ceux qui , à l'exemple du héros breton , se signalent également en prouesses et en vertu. »
Des mariages succédèrent' au service funèbre de Duguesdin ; le duc de Berri alla épouser la fille du comte d'Auvergne ( 6 juin iSSq ), et le duc d'Orléans , frère du roi , s'unit à Yalentine de Milan : ce fut Foccasiofli de tournois et de fêles brillantes. Tant de dissipations cachaient des orages : les princes du sang tombés en disgrâce cherchaient par mille intrigues à renverser les ministres, et principalement le connétable, dont la conduite ne se montrait pas toujours exempte de blâme. Les ducs de Bourgogne et de Berri trouvèrent dans le duc de Bretagne un instrument docile de leurs passions. Ils lui persuadèrent de rompre le traité en vertu duquel le prince devait restituer les cent mille livres extorquées à Clisson : la rupture ne tarda pas d'éclater; les démêlés recommencèrent. Le conseil et la famille royale de France se partagèrent d'a£fecition entre Montfort et Olivier : les princes embrassèrent le parti du premier, ils furent les seuls; la chevalerie tout entière se prononça en faveur du second. Clisson quitta la France, qu'il gouvernait en maître, pour aller en Bretagne, où son crédit reposait sur
OLIVlïll DE CLISSON. ^87
des bases encore plus solides : à sa voix les ^reux vinrent se ranger sous ses bannières. Il possédait un moyen infaillible pour enflammer leur ardeur : c'était de montrer les Anglais prêts à venir ravager le duché. Montfort, au moindre danger, renouait ses liaisons avec les Plantagenets; ses sujets en concevaient pour lui un surcroît d'aversion. Clisson profita de ces dispositions pour défendre les côtes de la Bretagne menacées par les ennemis perpétuels de son pays (juillet iSgi ), et dans cette circonstance il prouva à ses compatriotes que l'habitude de régir les affaires civiles de l'État n'avait point amolli son courage ni diminué son activité. Au bout de trois mois le duc perdit les deux tiers de ses domaines : les soldats de son redoutable adversaire taillaient en pièces les troupes qui osaient tenir la campagne contre eux; ils enlevaient à l'escalade les châteaux et les villes crénelées. Clisson déployait la fougueuse intrépidité qui l'avait fait remarquer au début de sa carrière. Au fort d'une rencontre, tombèrent un jour entre ses mains Yvonet et Bernard , écuyers du duc de Bretagne, les mêmes qui l'avaient arrêté lors de la trahison du château de l'Hermine : nous avons vu que le premier exerça avec une extrême dureté son odieux ministère, et que le second, touché de compassion, se dépouilla de son manteau pour le jeter sur les épaules du connétable. Clisson tua l'un de sa main à coups de dague, et combla l'autre de largesses.
Quoique la guerre n'eût lieu que sur les terres de Bretagne, on en ressentait cependant les effets jusque dans le cœur du royaume. Les ministres La Rivière
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et Noviant, hommes éclairés, désireux de la paix, résolurent de mettre un terme à ces contestatioiu. D'après leurs conseils, Charles VI intima aux deux rivaux Tordre de suspendre toute hostilité, et les appela une seconde fois à son tribunal , afin de juger ces différends. On choisit à cet effet la ville de Tours, plus rapprochée du théâtre de la guerre ( fin de dé* cembre iSgi).
Les négociations entamées pour calmer tant de cœurs ulcérés furent plusieurs fois sur le point d'être rompues ; enfin les princes , qui favorisaient le duc de Bretagne , se servirent d'un expédient pour empêcher le roi de rendre une justice complète à Clisson, comme ce dernier le désirait : ils proposèrent le double mariage d'une fille de Charles YI, encore au berceau, avec le fils aîné du duc de Bretagne, âgé de trois ans, et celui de la fille de ce même duc de Bretagne avec le fils du comte de Penthièvre. Clisson était Faieul de ce jeune prince, un des rejetons de la maison de Blois. L'idée de ce mariage entre quatre enfants plut au roi , mais ne sourit pas au connétable. L'ambition et la colère ne l'avaient cependant pas aveuglé au point d*é* touffer dans son cœur les sentiments généreux; il sacrifia ses intérêts particuliers au bien de l'État, et ne recula devant aucune concession. Dès ce moment les démêlés parurent définitivement arrangés, et néanmoins la noble modération de Clisson ne désarma point le courroux de ses ennemis.
Parmi les personnages saillants de cette époque on distingue en troisième ligne Pierre de Craon, homme pervers , artisan d'intrigues , qui sut gagner les bon-
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nés grâces de tous les princes de la famille royale. Choisi pour favori par le duc d'Anjou , il détourna à son profit les sommes considérables que la femme de ce prince l'avait chargé de porter à son mari , qui disputait en Italie la couronne de Naples à Charles de Durazzo.
Pierre de Craon se fit le client empressé du duc d'Orléans, frère du roi; il devint confident de ses désordres, et le trahit en les dévoilant à Yalentine de Milan : celle-ci ne cacha point à son époux le nom de celui de qui elle tenait ces informations. Le duc d'Orléans, outré de dépit, annonça qu'il percerait de sa dague le traître, s'il le rencontrait sur son passage. Craon reçut l'ordre de sortir du royaume : cette disgrâce le mortifia singulièrement. Les barons dévoués aux anciens régents lui persuadèrent qu'Olivier de Clisson l'avait desservi auprès du roi. Pierre de Craon jura d'en tirer vengeance : il courut trouver le duc de Bretagne, qui se repentait alors, dit Froissard, de n'avoir pas ôté la vie au connétable lorsqu'il le tenait enchaîné dans la tour de l'Hermine. Craon vendit sa terre de Sablé à Jean de Montfort , annonçant que des motifs de conscience l'obligeaient à faire un voyage en Terre-Sainte : personne n'en douta , et il fut bientôt oublié. Sur ces entrefaites, la santé de Charles VI s'altéra : la nature de sa maladie confirma l'idée généralement reçue, qu'avec un corps robuste et une imagination ardente, ce prince avait une tête très faible; cependant cette indisposition céda en peu (le jours à des soins éclairés. Ce prompt rétablissement fournit un prétexte naturel pour donnerdes
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fêtes. Le i3 juin iSgs, le jour du Saint-Sacrement, les chevaliers et les écuyers formèrent des joutes :Guil> laume de Flandre , comte de Namur, remporta le prix. Ces joutes furent suivies d'un souper, donné k rhôtel Saint-Paul 9 appelé Y Hôtel des joyaux esbastê' ments : à l'issue du banquet l'on dansa la moitié de la nuit. Glisson se retira un des derniers : il vit en partant le duc d'Orléans, qui l'aimait passionnément, et lui demanda s'il ne songeait pas à quitter le bal : « Je ne sais, répondit le prince; mais partez toujours. » Glisson monta à cheval, accompagné de huit écuyers et de quelques valets portant des flambeaux : son fa6tel occupait la place que tient aujourd'hui celui de Soubise. Lorsqu'il passa dans la rue Culture-Sainte-Ca* ^therine, des inconnus se mêlèrent brusquement 4 sa petite troupe, arrachèrent les flambeaux, et les éteignirent sur le pavé. Telle était la sécurité du connétable , qu'il prit d'abord cette attaque subite ponr un simple jeu de la part du duc d'Orléans , le seul qui pût se permettre de plaisanter ainsi avec lui. Olivier se mit donc à crier : « Ma foi, monseigneur, c'est mal fait à vous, mais je vous pardonne ce badinage. — A mort Glisson ! à mort! » fut la réponse qu'on lui fit, et il se sentit frapper en même temps de coups d'épée. « Qui es-tu , dit Glisson , toi qui parles de cette manière? — Je suis Pierre de Graon , et tu vas expier l'outrage que tu m'as fait. » Olivier tira une petite épée (ï), et essaya de se mettre en défense. Une voix ayant crié : « I^s tuerons-nous tous? » Graon répou-
(i) On portait ces petites épées lorsqu'on allait dans le monde : e*était un simulacre d'arme.
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dit: (c Oui, tous ceux qui résisteront. » Clisson s'étant adossé contre un mur afin de ûe pas se laisser entourer, se défendait comme un homme accoutumé à braver la mprtau milieu des combats. Les assassins à^age, persuadés d'abord qu'il s'agissait de venger quelque injure particulière sur un baron obscur, furent saisis d'étonnement (comme ceux de la tour de l'Hermine % lorsque la voix de Craon leur apprit qu'ils avaient devant eux le plus grand guerrier de l'époque , le premier officier de la couronne. Leurs bras tremblants ne portaient plus que des coups mal assurés; mais leur chef, que nul respect ne retenait, guidé par l'animosité , s'acharnait à frapper Clisson ; il l'atteignit enfin au visage, et l'étendit : le connétable tomba de son destrier, et alla heurter contre la porte d'un boulanger, qui venait de l'entr'ouvrir au bruit qui se faisait dans la rue. Craon, ne doutant pas que son en* nemi ne fût mort, partit suivi de sa bande de stipendiés, quitta Paris sur-le-champ, et reprit la route de Bretagne.
Le boulanger reconnut le connétable, le plaça sur son lit, et s'empressa d'envoyer chercher des chirur* giens à l'hôtel Saint-Paul. Le roi fut informé de cet attentat au moment où ses gens finissaient de le déshabiller : il prit à la hâte un manteau, et courut chez le boulanger, escorté de quelques gardes et de plusieurs flambeaux. A la vue de Clisson couvert de sang, le prince poussa des cris de désespoir. <c Comment vous trouvez- vous, mon connétable ?lui dit-il. — Chier sire, petitement, foiblement. — Eh! qui vous a mis dans cet état? — C'est Pierre de Craon, qui m'a pris
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traîtreusement sans défense. » Les médecins Tisitèrêiit les blessures , et assurèrent au roi que dans quinze jours le malade aurait assez de force pour monter à cheval. « Ne songez qu'à vous guérir, reprit Charles VI, ne vous inquiétez de rien; cet outrage est le mien, et je me charge du soin de la vengeance. » Le prévôt de Paris, Pierre de Folleville, venait d'accourir sur les lieux : le roi lui ordonna de se mettre incontinent à la poursuite de Craon ; mais celui-ci sut donner le change, au moyen d'un faux avis qu'il fit semer sur sur la route , et le prévôt ayant pris le chemin de Cherbourg, entra dans cette ville, où Craon n'avait point paru.
Sur les douze portes de Paris, six existaient encore; les autres avaient été abattues par ordre d'Olivier, lorsqu'il ramena le roi dans sa capitale, après la campagne de 1 38a : depuis dix ans on ne les avait pas rétablies. Cette négligence favorisa l'évasion des assassins; ce qui fait dire à Froissard que Clisson paya les verges dont il fut fouetté, et que jamais on n'au* rait osé attenter à sa vie si les portes de Paris eussent été fermées.
T^s informations apprirent que Craon s'était tenu caché un mois entier dans son hôtel; qu'il y avait rassemblé des armes et des spadassins; que la plupart d'entre eux ne savaient pas quel homme ils allaient frapper; qu'enfin Pierre de Craon , sorti de Paris par le faubourg Saint-Antoine , ne s'était arrêté qu'à Chartres, dans la maison d'un chanoine , qui lui fit boire précipitamment quelque peu deliqueur; puis,au boutde dix minutes, Craon poursuivit sa route jusqu'à soi^an-
cien château de Sablé , où il demeura pour connaître l'effet qu'avait produit son attentat. Uil page et deux de ses écuyers furent arrêtés ; on leur coupa le poing sur le lieu du délit, et puis on leur trancha la tête aux halles. Le lendemain , le concierge de l'hôtel de Craon fut décapité, pour n'avoir pas révélé au quartenier l'arrivée de son maître. Le prévôt se saisit du chanoine chez qui Pierre de Craon but un verre de cordial ; on le condamna à rester enfermé, au pain et à l'eau, le reste de sa vie. Le roi voulait qu'on punît tous ceux qui, directement ou indirectement, se trouvaient impliqués dans cette affaire. De son côté , la ville de Paris demandait qu'on fît justice des criminels et des complices. L'hôtel de Craon fut démoli : on convertit son emplacement en un cimetière; la rue qui passait sous les murs du jardin où les spadassins s'étaient cachés, fut appelée désormais la rue des Mauvais Garçons, nom qu'elle a conservé jusqu'à ce jour. Froîssard assure qu'un clerc attaché au sire de Craon instruisit le duc de Barri du complot formé contre la vie du connétable, maisque ce princenefit aucune démarche pour en prévenir Olivier. L'attentat du 1 3 juin iSqq devint , par l'enchaînement des circonstances, la cause première des longs malheurs qui affligèrent la France durant les règnes de Charles VI et de Charles VIL
Pierre de Craon apprit avec une extrême surprise que le connétable vivait encore : il quitta subitement le château de Sablé , et se retira auprès du duc de Bretagne. En le voyant, ce prince lui dit : « Vous êtes un chétif, quand vous n'avez pu occire un homme duqu^ vous étiez au-dessus. — Monseigneur, je crois,
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répondit (^raon , que tous les diables de l'eafev Tout gardé des raains de moi et de mes gens , car il y eot lancé sur lui et geté plus de soixante coups d'épéeetde couteau, et quand il fut chutté de cheval je cuidois qu'il fut mort (i). » Ceux qui s'attachent à étudier le cœar humain trouveront sans doute étrange de voir Montfort reprocher à un autre d'avoir laissé échapperOKvier, lui qui, quatre ans auparavant, d'un mot aurait pu trancher les jours de ce redoutable ennemi, retenu prisonnier au château de l'Hermine. Au reste, si Olivier n'avait pas encore cessé de vivre, sa mort n'en paraissait pas moins prochaine : il fit son testament, d'après lequel on vit que le puissant vassal possédait (la dot de ses filles payée) 1,700,000 livres de nos jours, en mobilier, numéraire, joyaux; ses domaines territoriaux valaient le double : il avait conquis ces richesses sur les Anglais. Les rançons produisaient alors des gains considérables : dans l'espace de vingt ans, le sort des armes fit tomber entre ses mains cent soixante bannerets, qui se virent obligés de se racheter au prix de 1 5,ooo livres chacun (a). Contre toute espérance , Clisson se vit hors de danger au bout d'une semaine , grâce aux soins de deux praticiens allemands. Olivier ne craignait plus pour sa vie, ce* pendant il ressentait des douleurs très-aiguës : l'espoir d'une prochaine vengeance pouvait seul apporter quelque adoucissement à ses maux. En effet, CharlesYI ne se montrait animé que du désir de lui tenir parole : en apprenant l'assassinat du premier ofiBcî«r
(i) Froissard, liv. II.
(a) Lobîneau, t. Il» preuves.
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de la couronne, le roi avait donné les marques de la plus violentecolère; il était rentré à l'hôtel Saint-Paul dans une agitation qui ne se calma plus; la douceur habituelle de son caractère fit place à une acrimonie que le moindre incident excitait au plus haut degré; il éclatait en fureur lorsque le hasard lui rappelait cette criminelle tentative envers la personne de son connétable.
Charles YI somma le duc de Bretagne de lui livrer le sire de Craon; Montfort répondit qu'il ignorait absolument si le fugitif s'était retiré dans ses États: sur cette réponse , des commissaires furent envoyés pour saisir les terres que Pierre de Craon possédait dans U Maine et dans l'Anjou, Le duc protesta contre ce se» questre, en qualité d'acquéreur tout récent de ces domaines. Le courroux du roi ne connut plus de bornes, et, ne pouvant atteindre le véritable coupable , le monarque dirigea ses poursuites contre Montfort, qu'il regardait comme l'instigateur de l'assassinat; il manifesta hautement l'intention de porter la guerre en Bretagne, et ordonna sur-le-champ les prépara tifs de cette expédition. Les ministres le secondaient activement : ils étaient amis du connétable, et avaient pour eux l'opinion publique. Les oncles du roi, tren»blant pour Montfort, qu'ils chérissaient en raison de la haine que ce dernier portait à Olivier, mirent eB jeu Is moindres ressorts de l'intrigue pour faire échouer ce projet. Charles VI reçut des avis anonymes qui le menaçaient des plus grands malheurs s'il persistait à fondre sur le duc Jean IV. Faire partir le roi ou le faire rester devint Tunique objet de toutes
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les brigues : le voyage de Bretagne occupait len esprits; UQ noir pressentiment semblait annoncer quelque catastrophe prochaine. Charles YI n'en travaillait pas moins à poursuivre ses desseins; en vain le duc de Bourgogne voulut-il lui alléguer les fatigues d'une campagne commencée au fort de Tété : « Je me porte mieux à cheval que dans l'oisiveté , lui répondit son neveu d'un ton sec ; ceux qui me conseillent autrement ne m aiment pas et ne cherchent pas à me plaire.» Enfin il partit pour le Mans, le 12 juillet iSga, suivi de dix mille hommes; ses deux oncles, commandant d'autres troupes , arrivèrent le plus tard qu'ils purent. Les intrigues recommencèrent dès que l'on atteignit la capitale du Maine; la faction opposée essaya vainement de détourner le roi de cette guerre de Bretagne. Les hérauts publièrent l'ordre suprême d'après lequel l'armée devait se ranger en bataille hors de la ville du Mans, le l'^'^août au matin. Ce jour-là de trèsbonne heure, Charles YI ressentit de violents spasmes nerveux; mais, ayant éprouvé du calme au bout de quelques heures, il fit donner le signal du départ : ainsi le connétable triomphait. Pendant que les divisions (i) défilaient sous les murs delà ville et se mettaient en colonne de marche, Charles YI assistait à l'office divin dans l'église cathédrale; il paraissait inquiet ,' accablé sous le poids de pénibles rêveries. Le prince refusa de toucher aux mets qu'on venait de lui servir,
(i) Louis de Clermont les commandait spécialement. Les historieni modernes disent que le connétable avait suivi le roi : c^est ane erreur; les chroniques contemporaines assurent qu'Olivier soufTrall encore trop de ses blessures pour pouvoir monter à cheval.
et ne prit que du clairet. A l'issue de la messe il monta à cheval ; Thorloge de la ville sonnait onze heures ; la chaleur se faisait déjà sentir très-vivement, et le roi l'éprouvait d'autant plus qu'il était vêtu comme en plein hiver : on ignore la cause de cette singularité. Charles VI portait sa jaque de drap d'or, recouverte d'un manteau; un vaste chaperon de velours ëcarlate couvrait sa tête; un collier de grosses perles, présent de sa jeune épouse Isabeau, pendait à son cou. Les gens de la suite particulière du roi marchaient à quelque distance, afin de ne point l'incommoder par la poussière qui s'élevait sous les pieds des chevaux. Les ducs de Bourgogne et de Berri cheminaient à côté l'un de l'autre; le duc de Bourbon, le sire de Couci, le comte de Clermont,don Pèdre de Navarre, suivaient les deux régents. Les personnes les moins éloignées du monarque étaient deux pages : l'un portait la lance de Charles VI, l'autre son casque de bataille, exhaussé sur le pommeau de la selle. La lance, remarquable par le travail et par la trempe de l'acier, venait du duc de Berri, qui en fit fabriquer douze pareilles dans la capitale du Languedoc (i). (Froissard, liv. IV.)
Le roi traversait la forêt du Mans, et longeait seul la lisière du bois ; tout-à-coup un homme vêtu singulièrement sort du milieu des arbres, saisit la bride du cheval en disant : <c Roi, ne chevauche pas plus avant, mais retourne, car tu es trahi. » Ces paroles,
(i) La manufacture d'armes de Toulouse fut célèbre dans le moyen âge; elle rivalisait avec celle de Bordeaux. Bajazet en tira plusieurs armes de prix , ce qui la mit en réputation dans tout rOrient. T. II. 3a
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et Fapparition de cette espèce de mendiant , tirèrent Charles YI de sa préoccupation , sans Tépouvanter néanmoins, comme quelques écrivains Tont dit. Le prince ne discontinua pas de marcher : il pouvait regarder cet étrange avis comme une ruse employée par ceux qui voulaient empêcher l'expédition d'avoir lieu. Cependant les gardes accourus de divers points repoussaient l'inconnu , qui répétait par intervalle et d'une voix forte le fatal avertissement , en cherchant toujours à joindre le roi ; enfin il se retira , se perdit dans l'épaisseur du taillis, et , chose assez surprenante, on ne l'arrêta point. Charles YI , absorbé plus que jamais par de tristes pensées, acheva de traverser la forêt, au sortir de laquelle s'ouvrait une plaine ai^leuse qui réfléchissait fortement les rayons du soleil, on n'entendait résonner ni le pas des fantassins, ni celui des chevaux, puisqu'ils marchaient sur le sable; Le silence morne qui environne le cortège est brus* quement interrompu par le bruit de la lance royale, que le page laisse tomber sur le casque de son com* pagnon, qui le précédait immédiatement. Â ce choc inattendu Charles YI tressaille, se retourne et voit tout près de sa poitrine le fer de cette lance que Ton relevait avec vivacité; le prince frissonne, sa tête se perd, il croit distinguer le cliquetis des armes; l'avertissement du mendiant lui revient à l'esprit, l'assassinat encore récent du connétable réparait à son imagination: l'infortuné se voit environné d'ennemis; â tire son épée , pousse son cheval sur ses pages , et les renverse : « En avant sur les traîtres! » s'écrie-t-il d'une voix altérée. Charles agite le glaive sans vouloir
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rien écouter: tout fuit, tout se disperse; Le duc d'Or*^ léans, son frère bien-aimé, se présente , espérant le contenir; mais le prince fond sur lui comme un fu* rieux, et Louis de France n'échappe à ce péril que par une prompte fuite. Chacun courait, sans songer à se défendre contre le roi; enfin le cheval, haletant de fatigue s'arrêta: Charles YI, atteint de frénésie^ continuait à frapper, quoique le fer se fut cassé danâ ses mains. Cette scène affreuse dura une heure. Froi» sard , contemporain , mais éloigné des lieux où l'événement se passait , assure que personne ne fàt tué; le moine de Saint-Denis, qui faisait partie dU cOr» tége , dit que le roi blessa mortellement quatre écuyers, et cite parmi eux le jeune Héraclius de Polignac. Guillaume Martel, chevalier normand fort aimé de Charles YI , sauta légèrement sur la croupe du destrier, et embrassant étroitement son maître, lui ota ainsi l'usage de ses mains. Le roi ne connaissait aucun de ses serviteurs : on le tenait couché sur le sable ; il finit par s'évanouir. « Le voyage est fait pour cette saison, » dit le duc de Bourgogne d'un ton d'assurance. Les troupes reçurent à l'instant même l'ordre de rebrousser chemin, et de regagner le Mans; on y transporta le malheureux prince dans un chariot à bœufs, la seule voiture que l'on put se procurer en ce moment. Arrivé au Mans, Charles YI fut placé dans une des salles du palais épiscopal (i); on lui prodigua les secours que nécessitait sa position. On
(i) La ville du Mans avait alors pour évêque Pierre de Savoie, frère du trésorier de France : ce prélat déploya un grand zèle en cette mairie ureuse circonstance.
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laissait entrer tout le monde : plusieurs envoyés d'Angleterre, assurent la plupart des historiens, pénétrèrent comme les autres dans l'appartement, et ne purent s'empêcher de témoigner leur joie, ne doutant pas que cette catastrophe n'eût pour le repos de la France de terribles conséquences. Le fait est vrai à Fégard de ces personnages politiques, mais il est certain que le roi Richard II et la ville de Londres montrèrent de véritables regrets en apprenant ce funeste accident (i). Charles YI demeura plongé deux jours entiers dans une léthargie complète; le pouls ne lui battait plus. Les médecins , après lavoir cru mort pendant plusieurs heures, parvinrent à ranimer ses forces vitales, sans pouvoir néanmoins ramener sa raison, dont l'infortuné semblait être privé sans retour. Ces médecins déclarèrent qu'il n'y existait aucun symptôme de poison , ce qui fit cesser les fâcheuses rumeurs répandues parmi le peuple. Les hommes de Fart pensaient que l'ardeur du soleil , auquel Charles YI était resté exposé longtemps, avait pu occasionner une congestion au cerveau : d'ailleurs l'exaltation inexprimable que l'on remarquait chez ce prince pouvait fort bien jeter le désordre dans son esprit, très-ébranlé déjà par une première secousse qu'il avait éproutée six mois auparavant au bal de l'hôtel Saint-PauL
Comme le merveilleux se mêlait alors aux fiaits importants, les chroniques de la Bretagne et du Maine disent que pendant la léthargie du roi le grand anneau de la Vierge Marie , de l'église de Saint-Ju-
(i) napiii Thoiras, t. II.
(a) Anonyme de Saint-Denis , livre XII, chap. 3.
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lien du Mans, roula une heure autour du doigt de la sainte, sans que personne y touchât. (Manuscrits du seizième siècle, p. a63.) (i)
Charles YI entrait dans sa vingt-troisième année ; la reine, plus jeune, attendait le moment de devenir mère : on eut soin de lui cacher ce malheur. Les oncles du roi, profitant de la circonstance, s'emparèrent du pouvoir, et renversèrent le parti de Clisson.
Le connétable se rétablit beaucoup plus promptement que ses amis et lui-même ne l'avaient espéré : déjà Olivier voyait arriver l'instant où il pourrait aller rejoindre le roi; déjà il se représentait au milieu des États de son ennemi , vengeant sa propre querelle les armes à la main. La nouvelle de la catastrophe du Mans vint dissiper ces rêves brillants: il en (ut atterré, et trop généreux pour s'occuper de sa propre situation , il ne songea plus qu'aux malheurs prêts à fondre sur la France. Hélas! ses craintes n'étaient que trop réelles; les difficultés qui s'élevèrent subitement pour savoir quel serait le prince du sang qui exercerait la régence faisaient présager des désastres sans nombre. Le droit de la naissance la mettait aux mains de Louis, frère du roi; mais, sous prétexte que le duc d'Orléans était trop jeune et trop léger, le duc de Bourgogne Tévinça, et prit sa place. Lé duc deBerri, d'un caractère apathique, se désista de ses prétentions , moyennant promesses d'argent.
Le nouveau régent se montrait depuis longtemps l'ennemi le plus implacable de Clisson. Au mépris
(i) Bondonnet, Histoire des évéques du Mans; Corvoisier, Hist. des évéques du Mans.
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des services éminents que ce guerrier avait rendus à sa maison lors de la succession des États du comte de Flandre, le duc de Bourgogne saisit la première ocoh sion qui se présenta pour lui faire sentir combien l'ingratitude est redoutable. Les princes s'étaient bâtés de congédier les troupes, sans acquitter la solde ar> riérée. I.>es archers , fort mécontents , vinrent porter plainte à Clisson , leur défenseur naturel , en sa qualité de chef de Tarmée ; ils le supplièrent de les protéger 6n cette occasion. Olivier promit d'y employer tout son crédit; en effet , surmontant les douleurs que lui causaient encore ses blessures , il se présenta à l'hôtel d'Artois, où le duc de Bourgogne venait d'arriver; il exposa à ce prince les plaintes des archers et des gens d'armes, et demanda, peut-être avec trop de hauteur, qu'on payât sans retard la solde arriérée. « Clisson , lui dit le duc d'un ton dur, vous n*avez que faire de vous embesogner de l'état du royaume ; il a eu malheur tant que vous vous en êtes mêlé. Où diable avez^vous assemblé tant de finance? le roi, mon frère de Berri et moi , ne pourrions en mettre aiitant ensemble. Partez de ma chambre, hisses de ma présence, et faites que oncques je ne vous voie; car ce n'étoit Thonneur, je vous ferois l'autre œil crever. » Un pareil langage tenu au premier officier de la couronne , à un vieux guerrier dont la nation appréciait les services, montrait la ligne qu'allait suivre le nouveau régent. La ruine de Clisson fut doue résolue; le Breton l'apprit de bonne heure, grâce au duc d'Orléans, qui lui témoignait un intérêt généreux. Olivier sut, à ne pas en douter, que sa maison allait
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être cernée le soir même : profitant de cet avis^ il sortît par une issue souterraine, et se trouva en quelques instants hors des murs de Paris, suivi d'un seul page. C'est ainsi que le héros de Rosebec abandonna, comme un fugitif, la capitale du royaume, où, dix ans auparavant, on l'avait vu entrer en triomphateur et en maître. Clisson gagna la forteresse de Montlhéri, l'un de ses fiefs; mais on vint l'avertir au bout de quelques heures, que le sire de Châteaumorand, lieutenant de Philippe le Hardi, accourait pour l'investir avec des forces considérables. Il sortit de Montlhéri , accompagné d'une partie de sa garnison, se fraya un passage par la force à travers la Beauce, et arriva dans ses domaines de Bretagne, décidé à soutenir seul la guerre contre les régents de France. Ceux-ci lui dépéchèrent quatre hérauts d'armes pour le sommer, au nom du roi , de remettre l'épée de connétable. Olivier reçut ces messagers à Josselin , les fit magnifiquement traiter, les combla de présents, et les renvoya porteurs de cette réponse : « Le roi Charles VI m'a donné l'épée de connétable, et je ne la rendrai qu'à la mort. » Le duc de Bourgogne , ne gardant plus de mesure, enjoignit au parlement d'instruire le procès d'Olivier : on observa à son égard les formes ordinaires. Le délai prescrit pour la comparution étant expiré, Clisson fut appelé trois fois, à la table de marbre, au perron, à la porte du palais : personne n'ayant répondu, le parlement condamna Olivier, comme faux traître, à être banni et amendé de cent mille livres (un million) (lo décembre iSga). Cet arrêt indigna les habitants de Paris et ceux
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des provinces. Le duc d'Orléans refusa d'assister à ce jugement inique ^ car chacun savait que Clisson avait toujours bien servi l'État. La chaleur que mit ce prince à défendre le noble accusé fut l'origine de la rivalité des deux maisons de Bourgogne et d'Orléans.
Clisson étant banni , le régent offrit l'épée de connétable au sire de Couci : cet illustre vassal eut la délicatesse delà refuser; Gui de la Trémouille imita un si noble exemple: Philippe d'Artois, comte d*Eu, petit-fils du fameux Robert d'Artois et gendre du duc de Berriy ne se fit pas scrupule de l'accepter.
Après sa condamnation par le parlement, Olivier ne reparaît plus sur la scène politique , et dès ce mo* ment il cesse d'appartenir à l'histoire de France. Ce guerrier vécut encore quatorze ans, qu'il passa en Bretagne , toujours puissant , toujours redouté et tou* jours malheureux. Nous consacrerons le dernier livre à parler de ces quatorze années , qui ne sont pas dépourvues d'intérêt.