‹ Vies des grand capitaines français du moyen âgeChapitre 1 sur 25 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Jacques de la Marche va défendre l'empire grec contre les Turcs. — Kentré en France , il prend part à la querelle de Blois et de MontforL|

L'abaissement de la puissance seigneuriale était le but vers lequel marchaient en silence les rois capétiens, sans songer néanmoins à la détruire en entier : ils voulaient la renfermer dans des bordes convenables, ne se dissimulant pas que cette féodalité si me-

a JACQUES DB Lk MARCHE.

naçante n'avait jamais trompé leur espoir au moment du danger. Les princes de la troisième dynastie ne prétendaient plus qu'à la diviser, pour la dominer plus aisément; afin d'y réussir, ils augmentèrent le nombre de ceà grands feudatalres, dont tous les jours ils cherchaient à diminuer les prérogatives. Cette marche, aussi savante que hardie, commença sous Philippe le Bel , et fut poursuivie avec constance par ses successeurs.

Le 117 octobre 1327, Charles IV, Voulant récompenser le dévouement de Louis de Clermont, petitfils de saint Louis ^ érigea la baronnie de Bourbon en duché-pairie; l'acte d'érection était conçu en* ces termes : « J'espère, disait le roi, que les descendants du nouveau duc contribueront aussi, parleur valeur, à maintenir la dignité de la couronne. »

Le président Hénault et beaucoup d'autres écrivains ont regardé ces paroles comme une espèce de prédiction qui annonçait la haute fortune des Bourbons; nous sommes plutôt porté à croire que ces paroles faisaient allusion au dévouement que Louis de Clermont avait montré pour Philippe le Long et pour son frère Charles IV, lorsqu'on agita les droits de Jeanne, fille de Louis Hutin. Mais ce qui servit le mieux à préparer la haute fortune des descendants du comte de Clermont, ce furent les vertus et le courage qui ne cessèrent de recommander les princes -de cette race au respect de leurs contemporains. Louis de Clermont mérita d'être élevé à la pairie par la conduite honorable qu'il avait tenue dans toute sa carrière politique. Spn père

était fils aîné de Robert, sixième fils de saint Louis. Depuis Hugues Capet on avait vu les princes du sang se mettre constamment à la tête des brigues formées par les mécontents : on en cita vingt ligues contre Louis Hutin et ses deux frères. La seule famille de Robert se montra fort zélée , ne prévoyant certainement pas que ce trône, qu'elle défendait avec tant de loyauté, lui appartiendrait un jour. Ce Louis l*"' fut l'élève de Gaucher de Châtillon, brilla des mêmes vertus , sut consoler la patrie de la perte de ce grand homme, et lui succéda en qualité de premier ministre : les calamités qui affligèrent la moitié du règne de Philippe de Valois s'éloignèrent de la France tant qu'il vécut. Louis de Clermont mourut comblé de gloire en i34i , laissant de Marie de Hainaut deux fils, Pierre et^Jacques : le premier eut ew partage le duché de Bourbon; et le second, dont nous écrivons la vie, le comté de la Marche. Pierre, l'aîné, d'une complexion délicate, annonçait ne pouvoir fournir une longue carrière; ainsi toutes les espérances se reportaient sur Jacques (né en i3i4), dont la robuste constitution, l'air martial et l'humeur impatiente promettaient un de ces hommes que les familles puissantes aimaient à voir surgir au milieu d'elles. Les lumières commençaient à pénétrer en France : l'université fondée à Paris rendit plus général le goût des lettres; les communications, devenues tous les jours plus fréquentes avec l'Italie, l'accrurent encore davantage. Louis de Bourbon manifesta un amour très-vif pour les sciences : il se fit le protecteur d'Arnaud de Villeneuve,

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médecin y qui devint tr€#-célèbre par ses découvertes en chimie (^, et qui fut régent de la faculté de Montpellier. Les troubadours eurent également beaucoup de crédit auprès du duc de Bourbon.

La chevalerie avait décliné depuis son institution, et ne cessait de subir chaque jour quelque altération : de même que la monarchie de Hugues Capet ne fut pas celle de Philippe Auguste, et encore moins celle de Philippe le Bel, de même aussi la chevalerie du onzième siècle était bien différente de celle du quatorzième; les mœurs généreuses qu'elle introduisit dans la société dès son début perdirent de leur simplicité. Toute cette hiérarchie, qui fixait les grades et le commandement ainsi que les préséances, avait déchu d'une manière sensible; les rangs se confondirent; les t^cuyers se mêlaient, se battaient avec les chevaliers, première violation des^ règlements de l'ordre; le jeune bachelier prenait le haubert et l'armure complète. La dégradation du moral précéda la confusion des signes ostensibles : cette ardeur à défendre l'opprimé, ce respect pour les femmes, cette constance à toute épreuve, ne furent bientôt plus connus que par tradition. Ce qu'en racontaient les ménestrels et les troubadours, commensaux assidus de l'hôtel de Clermont, enflam-

(i) Arnaud de Villeneuve et son disciple Raymond Lulle découvrirent les trois acides, sulfurique, muriatique et nitrique; on leur dut les premiers essais réguliers de distillation; ils composèrent les premiers de Talcool, et s'aperçurent qu'il pouvait retenir quelquesuns des principes odorants et sapides des végétaux, d'où sont venues les diverses eaux spiritueuses employées en médecine et pour la cosmétique. I

mait d'enthousiasme Jacqu^ de Bourbon, qui voulait imiter scrupuleusement les anciens p|*eux. Possédé en quelque façon du fanatisme de la chevalerie , le damoisel de haut lignage essayait de remettre en vigueur les règles de l'ordre dans toute leur sévérité; mais ses contemporains ne pouvaient déjà plus le comprendre; il ne put même entraîner son frère dans cette noble voie : Pierre, aussi brave que les paladins de Godefroi de Bouillon , n'attachait aucun prix à leurs vertus. Jacques ne se découragea point; il prêcha si bien d'exemple , qu'on finit par le surnommer la fleur des chevaliers.

Le comte de la Marche, atteignant sa vingtième année, éprouvait un regret mortel de voir consumer ses jours dans le repos : il remplissait ses loisirs en soutenant des pas d'armes, en courant aux tournois, aux combats à outrance qui se publiaient en Angleterre, en Allemagne et en Flandre. Le preux, accompagné d'autres poursuivants , rompait des lances au fond de la Prusse, lorsque le bruit courut dans toute l'Europe que Philippe de Valois, sur les instances du saint-siége, allait marchera la croisade. Jacques de Bourbon quitta incontinent la Germanie, pour voler à une expédition qui promettait d'ouvrir une vaste carrière à son ardeur martiale.

Depuis la dernière croisade de saint Louis, le royaume n'avait éprouvé aucun malheur capable de nuire à sa prospérité ; aucune guerre de Philippe le Bel et de ses trois fils ne fut assez malheureuse pour faire à l'État des plaies profondes. Les querelles particulières, beaucoup plus rares, nuisaient moins à

Fagriculture; les-parleipents, devenus sédentaires, faisaient mieitx respecter la justice; la force publique, accrue par l'acquisition de grandes provinces, assurait davantage les droits de propriété : ainsi, la prospérité particulière augmentait la prospérité générale. Tout était donc tranquille et paisible; mais l'impétuosité française avait besoin de mouvement : on croyait en trouver dans les croisades, et l'autorité royale se montrait disposée à seconder cet élan; car elle ne reposait pas sur des bases tellement solides qu'on ne dût redouter encore l'oisiveté d'une multitude de féodaux qui ne respiraient que les combats.

Un projet aussi capital demandait qu'on y songeât longtemps avant de le mettre à exécution : le mariage de Jean, duc de Normandie, héritier présomptif de la couronne, avec Bonne de I^uxembourg, fille du roi de Bohême, vint fournir un aliment à l'impatience des barons. Jean de Luxembourg amena lui-même sa fille en France : les -noces se firent à Melun, dans le mois d'avril i33a; le roi de Navarre, les ducs de Bourgogne, de Lorraine, de Brabant, de Bretagne, y assistèrent. Philippe de Valois profita de cette occasion pour renouveler alliance avec ces différents princes; ils jurèrent tous de se secourir - mutuellement : cette espèce de ligue se formait contre le roi d'Angleterre, dont l'ambition inspirait de justes craintes à ses voisins.

Ce fut au milieu des fêtes auxquelles avait donné lieu le mariage du duc de Normandie que le patriarche de Jérusalem arriva de l'Orient, et demanda

JA-CQU^S DE LA^ Hi.KCHE« 7

au roi de France^ ainsi qu'aux princes réunis, une audience solennelfe : on la lui accorda. Cette assemt J)lée, composée de ce que l'Europe comptait de plus puissant, se tint en plein champ, dana un des faubourgs de Paris. Ce patriarche de Jérusalem était venu en France, vers la tin de l'année iSaS, demander la main de Marie de £ourbon, sœur du comte de la Marche, pour Guy, prince de Galilée, fils aîné de Heughes IV de Lusignan , roi de Chypre* Lusignan le renvoya une seconde fois en Occident pour allumer le zèle religieux des chrétiens, et implorer leur secours contre les ennemis de la foi, qui le resserraient chaque jour davantage dans son île. Jamais circonstance ne parut plus propice. Le patriarche commença par peindre à l'assemblée la joie que les habitants de Famagouste avaient montrée lors de la venue de Marie de Bourbon, princesse du sang royal de France, petite-fille de saint Louis. Ayant disposé favorablement ses auditeurs par un récit si agréable, il passa à celui des maux que les chrétiens souffraient en Palestine : ses yeux se remplirent de larmes; sa figure vénérable, ses cheveux blancs, les sanglots qui entrecoupaient sa voix affaiblie, en racontant des malheurs que lui-même avait partagés, émurent au dernier point les assistants. Tous se levèrent avec transport, et demandèrent la croix : Philippe de Valois la prit le premier; le vieux roi de Bohême et c«lui de Navarre imitèrent son exemple.

Jacques de Bourbon se fit remarquer par son enthousiasme; il voulait partir sans plus attendre,

8 JACQClîS DE LA MAHCU£.

pour aller défendre sa sœur contre les ennemis ((ui 4'entouraient. La croisade fut décidée; les évêques la prêchèrent dans toute l'Europe. Le roi de France, désigné par le pape pour être le chef de cette nouvelle entreprise , commença ses préparatifs. On compta bientôt trente mille hommes des diverses parties de la chrétienté enrôlés sous la bannière sainte : on allait voir une portion de l'Europe fondre de nouveau sur l'Asie. Philippe de Valois fit prévenir Charombert, roi de Hongrie, qu'une armée de croisés traverserait ses États pour gagner les bords de l'Hellespont : ce prince annonça qu'ij joindrait ses. armes à celles des chrétiens occidentaux. La chevalerie du Languedoc s'unit aux quatre barons provençaux, Boniface de Castellane, Palamède de Forbin, Hubert de Saint-Gilles et Foulque d'Agoult, pour équiper une flotte et aller en Orient par mer. Élie de Villeneuve, grand-maitre de Rhodes, promit de seconder le roi de France avec ses vaillants chevaliers (i 334). Philippe laissait la régence au duc de Normandie, sou fils^aîné, en lui donnant pour conseiller le vieux duc de Bourbon, le Nestor des grands feudataires, et dont le fila, Jacques de la Marche, devait partir un des premiers pour la terre sainte. Philippe de Valois, au moment de quitter son royaume pour aller défendre des intérêts étrangers, s'aperçut que les siens propres étaient gravement menacés; autant sa bouillante noblesse faisait paraître d'ardeur pour courir à la croisade, autant celle d'Angleterre en montrait pour attaquer la Fraiice.

Edouard, nourrissant toujours le projet de s'as-

seoir sur le trône de saint Louis, tourmenté sans cesse et même humilié dans son orgueil par rhom* mage qu'il s'était vu obligé de faire à Ai lippe de Valois, entretenait l'animosité de ses sujets , et l'augmentait encore en se parant d'un faux jiir de modération. Le duc de Bourbon, devenu Tunique régulateur de Philippe depuis la mort du connétable de Chàtillon, fit sentir au monarque le danger qu'il pouvoir courir en abandonnant son royaume. Le prince, appréciant la justesse de ses observations, renonça, non sans regret, à son expédition d'outremer : ces immenses préparatifs ne servirent qu'à montrer à tous les yeux les ressources de la nation. On ne comprend pas comment Edouard III ne dissimula point son impatience, afin de laisser partir Philippe et l'élite de la chevalerie. La France , dépourvue de ses plus braves défenseurs, eût été irtie proie facile à saisir.

La prévoyante politique qui retenait le monarque français dans ses États n'y enchaînait pas Jacques de Bourbon : sa sœur, femme de Lusignan, courait un danger imminent; il brûlait d'aller lui offrir son appui : en second lieu , son père , Louis I", se présentait comme roi titulaire de Thessalonique , ayant acheté depuis longtemps les droits d'Eudes , duc de Bourgogne; ce dernier les tenait de sa mère. Ces droits, que nous regardons aujourd'hui comme chimériques, ne paraissaient pas tels. aux yeux des princes chrétiens; ils croyaient que les flots de sang dont les chevaliers avaient arrosé cette terre, leur eif assuraient la légitime propriété. Les successeurs de

JO JAGQtU^ DE hk Mi^liGHE.

Godefroi de Bouillon n'auraient jamais perdu les États fondés par les chefs de la seconde croisade, si tous les souverains de l'Europe s'étaient réunis pour arrêter l'accroissement de la puissance musulmane.

Louis de Clermont, enflammé d'une noble ambi* tion, voulait que sa race régnât sur une terre que les chrétiens avaient longtemps possédée; le caractère exalté de Jacques paraissait propre aux grandes entreprises : en conséquence, son père fit une levée de chevaliers dans la Marche et dans le Bourbonnais; il composa pour son fils une petite armée, que Philippe de Valois augmenta encore, ravi de pouvoir s'acquitter ainsi d'un vœu fait par lui dans un moment d'enthousiasme. Le jeune banneret, au comble de la joie, partit donc pour la Provence en i334; il y trouva un homme de son âge, d'uncaractère aussi chevaleresque que le sien : c'était Boniface VI, baron de Castellane, dont la courtoisie égalait la valeur; ce baron s'illustra comme poète troubadour : Pétrarque imita ses vers, et lui emprunta beaucoup de sujets. Possesseur de la moitié de la Provence, Boniface pouvait seconder dignement le prince français; il enflamma par son exemple le zèle de la noblesse du pays. Beaucoup de chevaliers provençaux et languedociens se réunirent, dans le port de Marseille, à ceux qui venaient de Paris.

L'escadre mit à la voile, et joignît dçms la rade de Gênes les forces maritimes que le pape et les Vénitiens tenaient prêtes pour la croisade : la flotte allait cingler vers les côtes de l'ancienne Grèce, lorsque

les envoyés d'Andronic le Jeune parurent en Lignrie, et supplièrent Jacques de Bourbon de venir k Cons» tantinople pour aider leur souverain à repousser les Turcs, lui promettant qu'Andronic, délivré de ses redoutables ennemis, le seconderait à son tour dans sa conquête de Thessalonique. Le comte de la Marche ne put résister à leurs pressantes sollici* tations; il arriva à Constantinople au commence* ment de l'année i335, et y reçut Taccueil le plus flatteur. Il avait passé à la cour d'Andronic une année entière, lorsque le terrible Orchan , fils d'Ottoman , se présenta devant Constantinople accompagné de vingt-cinq vaisseaux (janvier i336). Jacques désirait ardemment se mesurer avec les Turcs; il unit ses forces à celles d'Andronic, pour repousser Orchan. Ce barbare vint insulter les faubourgs de la capitale : on laissa engager son escadre dans le détroit qui sépare l'Asie de l'Europe; et, au moment où le mécréant s'y attendait le moins , il fut attaqué de tous côtés. Jacques et les autres croisés décidèrent de la victoire; car les Grecs, dégénérés, n'osaient soutenir la vue de leurs formidables adversaires. Orchan , battu (i) , ne dut son salut qu'à une prompte fuite. Le lendemain de sa défaite, neuf vaisseaux formant l'arrière-garde , restés en dehors du détroit, recommencèrent l'action : Boniface de Castellane les assaillit, en prît la moitié, et coula les antres. Ce^ double triomphe parut d'autant plus glorieux que, depuis deux siècles, pas un cri de victoire n'avait re-

(i) Lebeau, Hisl. du Bas-Empire , tom. XXIV.

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tenti sur les rives du Bosphore. Le comte de la Marche demanda à l'empereur les secours promis pour conquérir Thessalonique. Andronic éluda de jour en jdoir sa promesse, lui objectant des difficultés insur^ mon tables. Jacques de Bourbon attendait encore, lorsque la renommée lui apprit qu'une ligue formidable y dirigée parle roi d'Angleterre, attaquait Philippe de Valois. Ne songeant plus à ses intérêts particuliers, il quitta Constantinople , et se hâta de revenir en France, brûlant de défendre son pays et sou roi (1337). L^ comte de la Marche ne pouvait arriver dans des circonstances plus favorables à son courage : le roi se trouvait environné de difficultés inextricables, qui provoquèrent une rupture avec Edouard; en voici la principale cause.

Robert d'Artois , ayant perdu deux fois son procès contre sa tanteMahaut, du vivant de Philippe le Bel et de Philippe le Long, crut pouvoir sans difficulté élever de nouvelles réclamations sous le règne de Philippe (ie Valois, qu'il avait servi très-efficacement lors de la première contestation de ce prince avec Edouard IIL Bobert fondait ses prétentions sur ce qu'il était fils de ce jeune Philippç d'Artois blessé mortellement au combat déFurnes. Aussitôt après le trépas de son aïeul Robert II, dont la témérité fit perdre la bataille de Courtray, Mahaut, sa tante, s'était mise en possession de l'Artois, en vertu des coutumes, qui ne reconnaissaient point la représentation; le neveu, devenu plus âgé, excité par quelques vassaux puissants, attaqua les premières décisions : la cour des pairs jugea ce procès, et maintint Mahaut dans l'entière

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possession des États de son père/Fhilippe de Valois , voulant récompenser Robert du zèle qu'il avait montré pour ses intérêts, et en même temps le dédom» mager de la perte des domaines paternels, lui fit dèn de la terre de Beaumont-le-Roger, qu'il érigea en comté-pairie; mais, au moment qu'on y pensait le moins, Robert demanda la révision du procès, en s'appuyant sur un prétendu testament de son grandpère. Cette pièce, évidemment fausse • le constituait héritier de la majeure partie des domaines d'Artois. Il ne rougit pas d'employer les moyens les plus honteux, de recourir aux intrigues les plus criminelles pour parvenir à ses fins : on le condamna une troisième fois. Philippe de Valois fit pour le favoriser» en cette occasion, tout ce que l'amitié la plus vive peut inspirer à un roi.

Vers la fin du mois qui suivit cette décision, Mahaut et une de ses filles moururent subitement. La voix publique attribua au poison le trépas de ces deux princesses : plusieurs particularités graves accréditèrent cette opinion. Philippe, indigné, prononça le 19 mars i33i , dans son lit de justice, un arrêt de bannissement contre Robert. Celui-ci, la rage dans le coeur, essaya de faire assassiner le roi , et courut chercher un refuge auprès d'Edouard, qui le reçut avec transport, se promettant bien de mettre à profit le ressentiment du prince français : ce fut ce mo* ment qu'Edouard choisit pour lancer un manifeste dans lequel il s'annonça pour le véritable successeur de Charles IV, en se préparant à soutenir par les armes ses injustes prétentions. Il envoya dans les

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Pays-Bas cinquante paladins, remplis de cet esprit' chevaleresque propre à tenter des entreprises singulières. Les preux d'Angleterre se répandirent dans lei États des ducs de Brabant, de Juliers et de Nanaur; ils y versèrent à pleines mains l'argent qu'Edouard leur avait ordonné de répandre. Ces chevaliers étaient tous liés par des serments bizarres : ils promettaient de se signaler, en Thonneur de leur dame, par un*exploit éclatant; plusieurs avaient un œil couvert d'un bandeau de drap, et juraient de ne jamais voir de cet œil avant d'avoir accompli quelque prouesse sur les terres de France. Ce serment, ce bandeau, leur audace, et surtout l'argent qu'ils semaient en quantité, produisirent de l'effet sur leà esprits, et déterminèrent tous ces petits princes à embrasser le parti de l'Angleterre; la maison de Plantagenet ne négligea même pas l'alliance d'un chanoine de Cambray , qui possédait plusieurs fiefs. (Rymmer, t. IV.)

Edouard menaça les Flamands de ne plus leur vendre de laine , si le pays ne se déclarait en sa faveur (i) : il savait bien que ces peuples, dont les richesses provenaient des manufactures , trouveraient plus difficile de se passer des laines de l'Angleterre que de résister aux armes de la France. Les Belges se révoltèrent une troisième fois contre Louis, leur prince, que Philippe de Valois avait réintégré dans ses États. Le brasseur Artevelle se fit chef de la révcflte, s'empara de l'autorité, et l'exerça de la manière la

(i) Meyer, Hist. de Flandre» année iSS;.

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*plustyrannique; accompagné de quatre-vingts valets armés, qui ne le quittaient jamais, cet homme faisait assommer quiconque lui déplaisait; il dépouilla de leurs charges les commandants des villes, les magistrats et les anciens agents du prince. « Des adultères, des homicides, des voleurs, furent placés dans les emplois publics, » dit Thistorien Meyer : voilà quels furent les alliés d'Edouard. Ce prince ne se borna point à capter l'amitié des Fianrands ; mais , à l'aide de nombreux émissaires et au moyen des anciennes relations que Robert d'Artois conservait en France , il parvint à y acheter une partie des feudataires. Philippe de Valois se trouva en peu de tetnps entouré de traîtres. Froissard et la chronique de Saiut-Denis n'hésitent point à dire que la plupart des barons français recevaient des dons considérables des mains du rival de leur maître ; Duhaillan les appelle les pensionnaires de l'Angleterre. Depuis quelques années la corruption faisait des progrès effrayants en France; le caractère des hommes, en s'adoucissant, avait perdu sa simplicité primitive : le goût des plaisirs se répandait parmi les hautes classes, qui manquaient ordinairement des moyens pour le satisfaire, car les terres, mal cultivées, ne produisaient que fort peu de chose; aussi l'argent d'Edouard fut-il recherché. Cet honneur, jadis si sévère, céda aux avances des Plantagenets. Le quatorzièifie siècle était pour la France une de ces époques fatales, où l'avilissement des hommes est le prélude des plus affreuses catastrophes.

Ce fut au milieu de cette désorganisation morale

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que Jacques de Bourbon arriva en France : la corruption des grands lui inspira une noble indignation, il jura d'y demeurer toujours étranger. Le comte de la Marche se trouvait à vingt-quatre ans vieux guerrier, comparativement aux autres barons : la renommée avait publié dans le royaume ses exploits devant Byzance. Son père le revit avec d'autant plus de joie, que Pierre, son fils aîné, tenait une conduite fort répréhensible; Jacques lui parut, au contraire, appelé à soutenir l'honneur de sa race : il l'unit, en 1337, à Jeanne de Châtillon, dame de Carency, petite-nièce du connétable Gaucher de Châtillon. Philippe de Valois accueillit le jeune prince de la manière la plus distinguée, et l'offrit comme modèle à tous les bannerets. Ce monarque ne prévoyait pas encore les dangers qui l'environnaient; le surnom de fortuné^ que les peuples lui avaient donné, le remplissait d'une confiance dangereuse. Le sage Louis de Clermont, qui ne la partageait pas, lui montrait l'agression d'Edouard comme très-prochaine, car la rivalité des deux rois provenait de différentes causes : l'ambition des Plantagenets, la fierté de Philippe, la saisie faite par lui de plusieurs villes de la Guienne, l'asile qu'il donnait à David, roi d'Ecosse, celui qu'Edouard accordait à Robert d'Artois , étaient autant de motifs de discorde. Louis de Clermont conseilla à Philippe d'opposer aux alliances sur lesquelles s'appuyait son concurrent, d'autres alliances plus puissantes : Albert et Othon d'Autriche s'engagèrent à le servir; le comte Palatin promit de lui amener un corps nombreux de cavalerie; la république de Gênes

lui offrit des arbalétriers et des archers; les rois de Castilie, de Bohême, de Navarre, et le duc de Bretagne , tous quatre ses parents , s'annoncèrent comme prêts à unir leurs forces aux siennes. Non content de ces mesures politiques, Philippe de Valois voulut rompre les liaisons secrètes qu'Edouard entretenait en France par le moyen des partisans de Robert d'Artois : en conséquence, dans une proclamation datée de Viucennes, 7 mars l'i'i'j , il déclara ce vassal criminel de lèse-majesté, et ses adhérents coupables des mêmes crimes. (Cartulaires de Decamps, t. XXVIII.)

Robert, de son côté, excitait la haine du monarque' anglais, et l'engageait à opérer sans délai une irruption en France, lui garantissant une puissante coopération de la part de ses nombreux amis, qui viendraient en foule se ranger sous ses drapeaux. Malgré ses instances, Edouard recula devant l'exécution de ce projet : ce prince alla en personne dans la Flandre, pour consolider ses alliances; mais il trouva les habitants peu disposés à servir sa cause : quoique les Belges eussent chassé leur souverain, ils étaient retenus par la crainte de déplaire à Benoît XII, qui les avait menacés des foudres de l'Église si leur pays prenait parti contre la France.

Les Flamands, de tout temps très-pieux, redoutaient le courroux du saint-siége; Artevelle, vendu au souverain de l'Angleterre, imagina, pour lever leurs scrupules, un subterfuge digne d\f. temps et des artisans grossiers auxquels il s'agissait d en imposer : « Prenez, dit-il à Edouard, le titre de roi de France; les Flamands, combattant pour vous, ne croiront

jB JACQ13£S DE LA MARCHE.

pas manquer à leurs serments. » Edouard sentit qu'il ne fallait en effet aux hommes pa'^sionnés qu'un prétexte pour violer les devoirs les plus sacrés i le prince suivit le conseil d'Artevelle; et ce fut sur l'avis d'un brasseur qu'il fit valoir ses droits à la couronna de France^ droits dont ses successeurs ont longr temps poursuivi la chimère (i).

Edouard publia un second manifeste pour démon-f trer la légitimité de ses prétendus droits ^ et l'adressa à tous les pairs, ducs, comtes et barons : il écartela les armes de France et d'Angleterre , et prit dans tous les ^ctes publics le (itrfs de roi de France (a). Philippe en fut alarmé ; ce prince appela auprès dd lui toute la noblesse; il trouva plus d'empressement dans la classe moyenne que parmi les barons. Iiouis de Çlermont et ses deux fils lui témoignèrent un dévouement absolu. Jacques de la Marche, à son départ

(i) « Cest de cette époque, dit Hmne ( chap. xv ) , que date Torigine de ranimosité violente que les Anglais ont constamment marquée depuis pour les Français : le» grands seigneurs d'Angleterre et les simples gentilshommes se vantaient de leur origine française ou normande , et affecUient d'employer la langue de Paris cûns les actes publics et même dans les conversations particulières. Mais le^ fatales prétentions d'Edouard III rompirent cette bonne intelligence, qui fut remplacée par une espèce d'antipathie que les Anglais, quoique agresseurs, et malgré le mal qu'ils ont fait à la France, ont portée plus loin que les Français mêmes. » Nor is their hatred retaliated on them to an equal degree by the French.

(a) Presque en même temps qu'Edouard prenait ostensiblement le titre et même les insignes de roi de France, il défendait en Angleterre l'usage de la laqgue française au barreau et dans les actes publics: cependant, malgré ses ordres, la langue anglaise ne fut à la mode que bien longtemps après ; le premier acte écrit en anglais est de i386. (Hume, ch. xy. — Bymer, liv. VII , p. 5a6.)

JACQUES D£ LA MAROSJB. iQ

pour la Grèce, avait été armé chevalier par le vieux roi de Bohême; Philippe voulut aussi lui ceindre Vé* pée : c'était un honneur signalé que d'être armé chevalier deux fois. Le monarque lui donna en même temps le commandement des sergents d'armes, garde ordinaire du palais des souverains.

Philippe, ne pouvant devenir agresseur dans cette circonstance, attendit qu'on l'attaquaL L'évêqueLim ooln vint apporter à Paris, vers la jBn d'août iSSg^ la déclaration de guerre d'Édotiard : les évéques remplissaient fréquemment ces sortes de missions, car on regardait leur caractère sacré comme un sauf-*" conduit inviolable. Presque en même temps Valter Mauny, capitaine anglais, qui avait promis aux da^ mes d'insulter le premier les terres de France, y pénétra accompagné de quarante lances 2 depuis près de vingt ans on désignait ainsi un petit corps de cinq ou six hommes ; on appelait lance bien four* nie celle qui en avait huit : ainsi Mauny conduisait deut cent cinquante hommes. Son exploit fut, en débutant, de brûler la ville de Mortagne et d'en massacrer les habitants (i). Les Flamands, révoltés contre Guy leur souverain, au commencement du quatorzième siècle , avaient commencé ce genre de guerre d'extermination; Edouard fut encore plus coupable, puisqu'il changea en système cette pra« tique barbare.

Ce prince, à la tête de son armée, vint assiéger Cambray , défendu par le vaillant Gallois de Labaume;

(t) ProîsMHTt, liv. t, ch. 36.

Qd JA.CQUES DE LA. MA^RCHE*

ayant échoué dans les premières tentatives , il forma une espèce de blocus, et détacha une partie de ses forces pour ravager le Cambrésis et la Picardie. Philippe envoya au secours de la place dix mille hommes de troupes féodales ou de bandes soldées , comman* dées par Jacques de la Marche. Ce banneret attaqua impétueusement les corps de partisans qui ravageaient la contrée , écrasa les uns, dispersa les autres, et contraignit enfin Tennemi à se tenir renfermé dans son camp. Edouard , convaincu de Timpossibi* lité d'emporter Cambray, leva le siège, et entra en Picardie, afin de joindre Philippe et de lui présenter la bataille. Le monarque français se mit eu mouvement, et se vit bientôt en présence de son compétiteur. Les deux armées, égales en forces, formaient ensemble deux cent cinquante mille combattants : depuis la défaite d'Attila on n'avait pas vu dans les Gaules autant d'hommes armés sur le même terrain.

Le camp des Français se développait au-dessous de Vironfosse; celui des Anglais s'étendait le long de la Capelle. Le présomptueux Edouard voulut frapper le moral de son ennemi en se hâtant de lui offrir la bataille, quoique sa position fût la moins avantageuse; il dépécha un héraut pour porter le défi. Jacques de la Marche combla de présents cet écuyer, et lui remit une chaîne d'or : tel était l'esprit de la chevalerie; se battre passait pour une chose si belle et si désirable, qu'en annoncer seulement l'occasion méritait une récompense.

T^es deux armées, rangées, attendaient le signal; les chefs et les soldats croyaient voir commencer à

JACQUES DE LA. MARGHEi. Il

chaque instant l'action, lorsqu'une violente rumeur s'éleva à l'extrémité de l'aile droite des Français : on crut que l'ennemi avait commencé l'attaque. Le roi et les barons montèrent à cheval, et, d'après l'usage de cette époque, Valois ainsi que les autres princes suzerains firent un nombre assez considérable de chevaliers. Mais on ne tarda pas d'apprendre qu'un lièvre causait l'alerte : ce timide animal, épouvanté du bruit des armes, sortit de son terrier et traversa les rangs pour aller chercher un asile' moins périlleux. Les chevaliers institués ce jour-là furent appelés les chevaliers du lih're. ( Froissart , liv. I , ch. 4 ï • )

Cependant Edouard, trop politique pour risquer une défaite dans une saison avancée, au milieu d'un pays dont la population se montrait fort peu disposée en sa faveur, prit le sage parti de se retirer et d'aller établir ses quartiers d'hiver au fond du Hainaut. Il effectua sa retraite la nuit qui précéda le jour fixé pour le combat, défection odieuse suivant les idées reçues. Cependant Philippe ne fut pas extrêmement fâché de cette infraction aux lois de la chevalerie ; il voyait avec peine le théâtre de la guerre se rapprocher de Paris. Mais cette foule de bannerets, qui avaient conduit leurs chevauchées sur le terrain, éprouvaient un vif regret de ce qu'on les privait du bonheur de se signaler; ils demandaient instamment de poursuivre l'ennemi : cette faveur ne fut accordée qu'à Jacques de la Marche, qui partit avec six mille cavaliers, ayant pour lieutenants Gui de Nesie , Robert de Fiennes et Charles de Montmorency. Le comte de la Marche poussa vigoureusement Edouard, défit

ns JACQUES DS LA MABCHS.

son arrière-garde au passage de la Sambre : se laissant emporter par un excès de courage, il parvint jus* qu'auprès du roi, et fut au moment de l'enlever au milieu de ses gaities ; il s'y trouva bientôt entouré de toutes parts ^ et ne dut son salut qu'à la bravoure de ses compagnons d'armes. Le paladin revint joindre l'armée de Philippe de Valois , auprès de Saint- Quentin, ramenant plusieurs milliers de prisonniers. Les hostilités continuèrent nonobstant la rigueur de l'hiver : des campagnes ravagées, des villages incendiés, des églises pillées, des actions affligeantes pour l'humanité, tel est le tableau que présente r histoire des opérations militaires pendant cette saison. Au milieu de ces dévastations, Edouard reçut un échec qui lui fut bien sensible. Voulant se venger de TafFront que Jacques de Bourbon lui avait fiait essuyer, ce prince opéra un mouvement rétrograde , et rentra dans le Cambrésis , désola la Thiérache, la rive droite de l'Escaut, et vint tomber dans une embuscade que lui tendait l'abbé d'Honnecourt. Ge prêtre guerrier, qui possédait d'immenses domaines, donna asile aux habitants des campagnes dont la plupart fuyaient la fureur de l'ennemi; il changea leur terreur en résolution , et prit les mesures les plus énergiques pour chasser les Anglais de ces contrées : jamais général ne déploya plus de talent dans ses plans , ni plus de hardiesse dans leur exécution ; l'abbé s'empara des défilés , du passage des rivières, des hauteurs; enfin, ayant enveloppé Edouard, il fondit sur ses divisions, et les défit entièrement. L'orgueilleux potentat fut vaincu par des

JAOQUBS DE Là MARCHE. 33

moines et des .paysans; peu s'en fallut qu^il ne servît lui-même de trophée à leur triomphe; les chroniques du temps disent que le prieur d'Honnecoùrt sauva l'État (i).

Le mois suivant , le roi d'Angleterre répara amplement cet échec par la victoire navale de l'Écluse. Cette défaite commença les malheurs de Philippe de Valois , et coâta vingt mille hommes à la France. La flotte de Philippe y rangée dans la Manche , se composait de douze cents navires : saint Louis en avait équipé une de quinze cents, et plus tard Charles VI, au commencement de son règne, en réunit autant. Sans doute ce n'étaient pas des vaisseaux semblables à ceux de nos jours : cependant la promptitude avec laquelle on rassemblait une flotte aussi considérable prouve que la France possédait des ressources maritimes imposantes.

Edouard fut atteint d'une flèche à la bataille de rÉcluse : cette blessure ne put arrêter son infatigable activité; il débarqua non loin d'Ostende, et entra dans Gand en triomphateur. Le monarque anglaiSy n'y étant resté que le temps nécessaire pour concentrer ses forces, se remit ensuite en campagne, et forma le siège de Tournay; mais on lui opposa, comme à Cambray, une vigoureuse résistance; quantité de barons et de chevaliers venaient de se jeter dans la place : le connétable Raoul d'Eu, le comte de Guines et les maréchaux Robert de Briqnebec et Mathieu de Trie les conduisaient.

(r) Frobsart, ch. 40 et 4i •

U4 JACQUJtS D£ LA MiJLCH£.

Le perfide Robert d'Artois, commandant un corps de quarante mille Flamands, protégeait les opérations du siège; ce général essaya d'enlever Saint-Omer. Il rencontra au pied de ses remparts Eudes, duc de Bourgogne, son ennemi personnel, époux de Jeanne , petite-fille de Mahaut. Robert attaqua le prince bourguignon avec la fureur que pouvait inspirer une haine implacable; tout céda à sa furie : les Fran* çais, moins nombreux que les Belges y plièrent sous ses efforts. Déjà il croyait atteindre Eudes et assouvir sa rage sur ce rival odieux, lorsqu'il se vit arrêté par Jacques delà Marche, accouru à la tête de cinq mille cavaliers. Le banneret français, ayant pris Tennemi en flanc, rétablit le combat; communiquant à ses soldats l'ardeur qui l'animait, il enfonça les escadrons brabançons composant la principale force de Robert, et décida de la victoire par son intrépidité. Robert fut mis en pleine déroute, perdit quatre mille hommes, ses bagages, ses bannières chargées de ses armoiries comme comte d'Artois et lieutenant d'Edouard, roi de France et d! Angleterre.

A l'issue de cette défaite, les Flamands, dégoûtés, retournèrent à leurs ateliers, se montrant sourds aux prières et aux exhortations d'Artevelle; dans leur désespoir, ils avaient même voulu massacrer Robert d'Artois. Philippe de Valois se rapprocha de Tournay, resserra les assiégeants dans leur camp, soigneux de n'engager que des actions partielles. Edouard, désespéré du nouveau genre de guerre adopté par son ennemi, lui adressa un cartel, que le flegmatique Valois renvoya, en disant que ce cartel

JÂCQIpIS DE LA MARCHE. . t^5

ne lui était point destiné , car la suscription portait seulement à Philippe comte de Falois. I41 bravade d'Edouard n'avait pour but que de cacher le péril imminent dans lequel lui et ses troupes se trouvaient engagés. L'avantage que Jacques de Bourbon avait remporté devant Saint-Omer sur Robert d'Artois, renversait le plan de campagne d'Edouard , en le privant de son corps d'observation. Le vainqueur de Robert, ayant opéré sa jonction avec l'armée principale, en accrut la force et la mit à même de cerner l'ennemi de tous côtés. Les Anglais couraient risque d'être écrasés : un seul choc allait décider de la guerre, lorsqu'une femme vint sauver Edouard, qui, de l'aveu même des historiens anglais, était perdu sans ressource. Jeanne de Valois, douairière de Hainaut, sœur de Philippe et belle-mère d'Edouard, vivait retirée au couvent de Fontenelle : elle conçut le dessein d'arra- ^ cher les armes des mains de son frère et de son gendre. - Jeanne quitta sa retraite, arriva pieds nus et couverte d'un cilice ; passant tour à tour dans l'un et dans l'autre camp, elle obtint que les deux rois signeraient une trêve. Jacques de la Marche et les principaux feudataires se récrièrent, en voyant le roi laisser échapper une si heureuse occasion pour accabler sans retour son compétiteur. Le magnanime désir d'épargner le sang de ses sujets rendit constamment Philippe de Valois dupe d'un adversaire dout la politique astucieuse ne fut qu'une suite de ruses, de pièges et de perfidies. Le roi signa donc, en J34O7 uïï armistice que son vassal se promettait bien de rompre lorsque ses intérêt^ le commandle-

2l6 JACQUES DE LA MARCHE.

l'aient : cet armistice suspendait une latte qui jus^ qu'alors n'avait eu dTieureux fruits pour aucun des deux partis. Edouard, dans cette circonstance , épuisa tellement ses ressources pécuniaires, qu'il se vit obligé de mettre en gage sa couronne et celle de la reine S9 femme, entre les mains des archevêques de Trêves et de Cologne (i).

Jacques de la Marche ressentait le besoin d'occuper son courage; cette ardeur fut toujours si active que, dans le cours de toute sa vie, il ne passa pas six mois sans prendre part à quelque expédition.

Le désir de conquérir Thessalonîque ne cessait de l'agiter : il apprit que les chevaliers de Rhodes, guidés par Élie de Villeneuve, après avoir remporté de notables avantages sur les infidèles , se préparaient à fondre sur Srayrne; il résolut d'aller s'unir à ces vaillants défenseurs de la foi , de partager leurs dangers et leur gloire , espérant trouver chez eux un peu plus tard de puissants auxiliaires pour conquérir la Macédoine. Mais au moment où il s'apprêtait à quitter la France pour chercher les combats sur des rives étrangères , un nouvel incident vint rallumer le feu de la guerre dans toute l'Europe : voici comment.

Jean III , dit le Bon , duc de Bretagne, mourut aa commencement de 1 34 1 9 sans laisser d'enfants de ses trois femmes. Charles deBlois avait épousé Jeanne^ fille de Guy , comte de Penthièvre , nièce de Jean III, et son héritière, en vertu des coutumes delà Bretagne , qui appelaient les femmes à succéder aux grands

(î) Hune, liv. XV.

fiefs. Jean de Montfort (i), frère du dernier duc, mais d'un second lit, prétendait à la possession de la Bretagne : profitant de l'absence de Charles de Blois, il se saisit de Nantes et de plusieurs autres villes. Jeanne de Penthièvre ainsi que son époux portèrent plainte au roi de France, qui, en qualité de suzerain , devenait juge du démêlé en dernier ressort : Jeanne citait, pour prouver que la représentation domi* naît en Bretagne, un exemple pris dans une des plus anciennes et des plus puissantes familles du duché. Jean de Kergorlay, puîné de Pierre II, étant mort avant i34o, sans enfants, sa succession passa à Jean III son petit-neveu, petit-fils de son frère aîné, au préjudice de Henri, son frère cadet, qui l'avait revendiquée. Philippe de Valois jugea d'après ce précédent : un arrêt du 7 septembre i34i » rendu à Conflans, envoya Charles de Blois en possession du duché. Montfort, de son côté , voulant se ménager un protecteur puissant, se déclara vassal d'Edouard, se mettant ainsi en pleine rébellion envers Philippe^ et la France; il trouva un certain nombre de partisans dans ses prétendus États : au premier rang des bannerets on distinguait Tanneguy-Duchàtel, Guillaume de Cadoudal^ Papillon de Saint-Gilles, Henri de Kergorlay, le% Spinefort. Le comte de Blois voyait au nombre des siens Olivier deClisson, père du fameux connétable;

(i) Jean , petit-fils du fameux Siryon de Montfort, et le dernier mftie de cette race, laissa nne fille, Béatrix, qui apporta le comté de Moalfort dans la maison de Dreux : elle le laissa en mourant à sa fille Yolande» laquelle» devenue veuve d'Alexandre lU, roi d'Ecosse» épousa en secondes noces Arthur II, duc de Bretagne, et en eut un fils, Jean , qne Ton dota du comté. de Montfort.

L»aval, le vicomte de Rohan, Ceoffroi de Malestroit; les sîres de Rieux, d'Avaugour, Thibault de Morillon, (îérard de Maulin, Geoffroi Charni; les sires de Tintiniac, de Beaumanoir, de Bruc, de Raix, de Rougéy de Derval, d'Aspremont, Robert de Beauraont,Coêlmen, du Ponton, deLescouët, de Goyon, Traougoff, Reyneval, et le sire de Porrohêt, issu des anciens rois de Bretagne.

Edouard s'empressa d'envoyer des secours au comte de Montfort. Philippe dut imiter cet exemple; l'honneur national lui en faisait une loi. Son fils aine, Jean^ duc de Normandie, reçut le commandement des troupes; Jacques Bourbon accompagna le prince : une tendre amitié l'unissait au comte de Bloîs , son allié. L'élite du féodal lignage forma le cortège de l'héritier du trône; on y distinguait le duc d'Alençon, frère de Philippe, le roi de Navarre, le duc de Bourgogne, Pierre de Clerniont, trois Montmorency, dont un maréchal de France, le comte de Guines, les ducs d'Athènes et de Lorraine. Odoart Doria et Grimaldi commandaient les Génois à la solde de la France. Jacques de la Marche fut le héros de cette guerre, que l'on pourrait nommer la chevalerie en action; on y mit en pratique jusqu'au moindre règlement de cette institution.

Le premier exploit des Français fut la prise de Chantoceaux, un des boulevards de la Bretagne, et qui tenait pour Montfort; le duc de Normandie assiégea la ville de Nantes le mois suivant. Jacques de la Marche et le duc d'Alençon abandonnèrent le camp pour tenter des coups de main sur les places

et forteresses voisines'; ils attaquèrent Valgarnier, château fortifié d'une manière particulière. Ferrant, qui le défendait , fit une sortie , et prit de sa main Sauvage d'Attigny, banneret distingué par sa bravoure, et très-aimé du duc de Normandie ; Ferrant promit de le mettre en liberté si le duc voulait accepter un combat à outrance de deux cents contre deux cents : on accueillit l'offre avec transport. Le jeune prince quitta le siège de Nantes; et quoique héritier de la couronne de France, il ne balança pas à courir les chances d'une joute à fer émoulu , et céda dans cette occasion le commandement au comte de la Marche, que toute l'armée ne désignait que par le nom de fleur des chevaliers. Les barons les plus considérés des deux armées se portèrent comme poursuivants . on citait, du côté des Français^ outre les deux princes déjà nommés, le roi de Navarre, les ducs d'Alençon, de Lorraine et d'Athènes, le vicomte de Rohan , le seigneur de Briquebec et Sauvage d'Attigny, qui obtint la permission de combattre; son sort dépendait d'ailleurs de l'issue de la joute. Parmi les Bretons parti de Montfort, on citait les sires de Kergorlay, de Chateaubriand, de Papillon de Saint-Gilles, de Rouvre et le Borgne d'Hause. Au jour fixé les quatre cents combattants se rendirent dans une plaine voisine de Valgarnier; les deux divisions de deux cents hommes se rangèrent en bataille, comme eussent agi de grandes armées. Jacques de la Marche se mit au centre en qualité de général en chef; le duc de Normandie commandait la gauche, le duc d'Athènes la droite. Après une courte prière, et au signal donné par le

3o JACQUES DE Lk MARCHE.

befîroi de Valgarniery les combattants, la lance en arrêt, fondirent les uns sur les autres : Jacques de Bourbon enfonça le centre, qui lui était opposé; lei ducs de Normandie et d'Athènes, moins heureux, plièrent devant leurs adversaires; mais le comte de la Marche, divisant sa troupe en deux parties, les secourut à propos : enfin, au bout de trois heurei d'efforts inouïs^ les Bretons, vaincus, se firent tuer^ à l'exception de trente, qui demeurèrent prisonniers^ Froissart, toujours injuste lorsqu'il parle des Fran* çais, dit que le duc de Normandie ayant ordonné d'égorger ces trente Bretons, voulut qu'on lançil leurs têtes sur les remparts de Nantes : c'est une ab-» surde calomnie, que dément le caractère bien connu du duo de Normandie (le 'roi Jean) et des chevaliers qui partagèrent sa victoire. Yillani, historien impartial et étranger à la querelle, ne fait pas mention do cette barbarie, et pourtant il entre dans de nûnu^ tieux détails au sujet de ce combat : ce chroniqueur admire même la loyauté que Ton y fit paraître de part et d'autre. Au reste, la circonstance la plus re-< marquable de ce fait d'armes, c'est que ieaCa de Montfort et Charles de Biois, pour qui l'on se battait en Bretagne, n'y prirent aucune part.

Montfort, resserré dans Nantes, craignant de payei^ de la vie une trop longue résistance, car il avait été déclaré criminel d'État par la cour des pairs ^ capitula le 18 décembre i34i : le duc de Normandie le conduisit lui-même à Paris, et le remit entre les mains du roi son père. Montfort fut enfermé dans la tour du Louvre. La plupart des chevaliers fraiv-

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çais quittèrent la Bretagne à la suite du prince; mais, sur les instances de Charles de filois, Jacques de la Marche y demeura : ce général assura, par ses habiles manœuvres , le triomphe temporaire de la cause des Penthièvre. La captivité de Montfort semblait avoir décidé la querelle, lorsqu'une héroïne parut sur ce théâtre sanglant eq 1332, et rallumia le %Qibeau de 1^ guerre; c'était Jeanne de Flandre t femme d§ Montfort : les grâces de son sexe la di^tia* ^^ient mçiiis que l'intrépidité du soldat. A la noi|* y§Ue de la défaite de son époux , elle prit son jeune i^s dans ses bras , le présenta aux bannerets bretons de43on parti ainsi qu'aux bourgeois de Rennes, et implora leur secours en les exhortant à continuer la guerre. Tandis qu'une femme arrêtait la fortune par son courage, et s'élançait sur les champs de bataille pour animer les siens, Jacques de la Marche, né pour le métier des armes, s'en voyait arraché par l'ordre de son roi , pour aller remplir une mission d'un genre tout particulier.

Depuis que le saint-siége résidait dans le comtat veaaissin, les successeurs de Philippe le Bel metr taient beaucoup de soin à ce que l'élection du pape eût lieu sous leurs auspices ; plusieurs dignitaires de la couronne, et même des princes de la maiâion royale, y assistaient : c'est ainsi qu'on avait vu Philippe le Long, étant comte de Poitiers, présider à celle du pape Jean XXII , en 1 3 1 6. Une telle influence f exercée dans une pareille circonstance, établissait d'une manière efficace la suprématie que les monarques français devaient exercer en Europe. Benoît XII

mourut le sà5 avril i34^; on lui donna pour successeur le cardinal Pierre . Roger, archevêque de Rouen : c'était le quatrième Français qui, depuis quarante ans, montait sur le trône de Saint-Pierre; il prit le nom de Clément VI. Le duc de Bourgogne, le dauphin viennois et Jacques de Bourbon présidèrent à son exaltation. Vers le milieu du mois qui suivit la cérémonie, le comte de la Marche était de retour en Bretagne, pour seconder Charles de Blois : rétoile de l'héroïque Jeanne de Flandre pâlit devant la bravoure et les sages dispositions de ce terrible adversaire. Le duc de Normandie parut une seconde fois en Bretagne, accompagné du roi de Navarre, du duc d'Alençon, de Louis de Châtillon, des comtes de Boulogne, de Dammartin , des sires de Rougé, de Craon, de Sully, de Fiennes, de Couci, et de trente mille hommes. Philippe de Valois ne mit sur pied un armement si considérable que pour s'opposer aux desseins de l'ambitieux Edouard, qui prêtait à la comtesse de Montfort un puissant secours : ainsi, une querelle qui aurait dû se vider dans le coin le plus reculé des Gaules, devint l'occasion d'une guerre longue, opiniâtre, et qui mit la France sur le penchant de sa ruine.

Robert d'Artois, avide de vengeance, demanda le commandement des troupes qui allaient passer en Bretagne; Edouard attendait trop de son animosité pour le lui refuser. Robert, étant débarqué, annonça sa présence en portant le fer et le feu en tous lieux, comme s'il n'eût voulu laisser à Montfort que des ruines. Le rebelle vassal investit la ville de Vannes, -

JACQUES i>E LA MARCHE. 33

défendue par Hervé de Léon , Tournemine , Olivier de Clisson, Lohéac, et l'emporta, ayant livré trois assauts vigoureux : les généraux bretons furent assez beureux pour échapper à son courroux. Pendant qu'il attaquait Vannes, Jacques de la Marche poursuivait le siège de Rennes , aidé du vicomte de Rohan : la place, défendue par le vaillant Cadoudal et pourvue abondamment de vivres, semblait inexpugnable. Le général français, ayant appris les succès de Robert d'Artois, resserra la ville en pressant les travaux; les habitants, craignant qu'une résistance trop prolongée ne leur devînt fatale , se saisirent de la personne de Cadoudal, et ouvrirent les portes. Le comte de la Marche, charmé de la valeur du gouverneur, le combla de présents et le mit en liberté. La conquête de Rennes étant achevée, Jacques de Bourbon se porta rapidement au secours de Vannes; mais il apprit en chemin la capitulation de ce boulevard. Olivier de Clisson et Tournemine, en étant sortis furtivement, avaient rassemblé un assez grand nombre de soldats, et marchaient pour surprendre Robert au milieu de son triomphe; le comte de la Marche se mit à la tête de leurs forces, réunies aux siennes, parut brusquement devant la ville et commença un nouveau siège. Les barons des deux partis accoururent pour prendre part à l'action mémorable qui se * préparait : cette fameuse querelle allait se décider sous les remparts de Vannes. Le comte de la Marche tenait dans ses mains le sort de la Bretagne; tous les yeux étaient fixés sur lui et sur son redoutable adversaire. Robert d'Artois avait fait réparer à la hâte

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les forti6cations; mais son rival ^ jugeant qu'il per« (Irait beaucoup de monde en cherchant à escalader • des murs fort élevés et très-bien défendus, fit combler les fossés par un nombre considérable de travail* leurs, brisa le pont-levis, rompit les portes à coups de catapulte, et se précipita le premier dans la ville. Robert contint dans l'intérieur des flots d'assaillants qui pénétraient de toutes parts; mais deux blessures le mirent hors de combat : il s'échappa en enfonçant une poterne, erra longtemps seul, et parvint enfinà gagner Hennebon. Robert se fit transporter par un vaisseau marchand à Londres, où il termina unerie malheureuse, le 6 octobre 134^ : son père était mort des blessures reçues au combat de Fumes; son grand-père fut tué à Courtray; son bisaïeul, fils de Louis yill et fondateur de cette branche , avait péri en Egypte à la bataille de Mansoura. Ainsi ce vassal était le quatrième de sa race qui succombait les armes à la main : il laissait deux fils , alors détenus à Ne* mours pour les fautes de leur père. Les approches de la mort, loin d'affaiblir la haine que son cœur nourrissait à l'égard de la France, parurent la rendre encore plus violente; son dernier soupir fut un cri de rage contre son pays : il exhorta vivement Edouard à poursuivre ses desseins hostiles, l'assurant que sa cause trouverait dans le royaume de nombreux partisans. Les horreurs du trépas. semblèrent s'évanouir à ses yeux, lorsqu'il entendit Plantagenet faire le serment de le venger. Ainsi mourut sur une terre étrangère un des petits-fils de Philippe-Auguste; ses souhaits impies ne furent que trop bien exaucés,

Edouard savait aimer, ou du moins il savait donner d'éclatants témoignages de son amitié : ce prince voulut que les obsèques de Robert fussent magnifiques, et, désireux de hâter Teffet de ses promesses, il franchit le détroit et alla débarquer ^ur le$ CQte$ de Brest. Philippe de Valois le vit arriver avec effroi dans TArmorique; car, de la Bretagne, son entre-, prenant compétiteur pouvait pénétrer dans le cœur (itt rcqpmime. Il quitta au plua vite Paris ^ #t eatra dans \» duché, accompagné de troi^ divisions : ell^s servirent à consolider les conquêtes terminées par Jacquea de ]a Marche. Philippe atteignit Edouard nmk loin de Ploèrmel; cerné de tous côtés^ l'Anglais se trouvait dans une situation pareille à ctlW d'où Tavait tiré Jeanne de ïlainaut^ lorsquVn incideat semblable vint encore le sortir de ce mauvais pas- Las cardinaux de Clermont et de Palestrine, qui accompagnaient Tannée, employèrent tout leur crédit pour arrêter le cours des hostilités. Il advenait quel* quefois que des évéques, transportés de Tardeur martiale commune à tous les hommes de leur temps, s'élançaient au milieu des batailles ; mais cet exemple s« représentait rarement, tandis qu'on en voyait très-SQuvènt d'autres s'enfoncer dans la mêlée pour contenir la fureur des soldats. Les cardinaux ame* nèrent les deux partis à conclure une trêve le 19 février i343 : ils méritèrent sans doute des éloges pour avoir empêché l'effusion du sang; mais Philippe, comme roi, encourut le blâme, car il laissa échapper une seconde fois une belle occasion d'écraser

•on mortdi ennemi.

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