‹ Vies des grand capitaines français du moyen âgeChapitre 22 sur 25 · LA MAISON DE BOURBON · texte numérisé non relu

LA MAISON DE BOURBON

Le créateur de la seconde branche de la maison .de Bourbon fut Jacques de la Marche, connétable de France, arrière-pelît-fils de saint Louis : il eut de Jeanne de Châtilion-Saint-Paul , dame de Condé et de Carenci, cinq enfants : Pierre, Taîné de ses fils, fut blessé mortellement à ses côtés, au combat de Briguais, comme nous l'avons dit (iSôa), Jean de Bourbon, son second fils, épousa Catherine de Vendôme, devenue l'héritière de cette riche seigneurie parla mort de son frère Bouchard VII, comte de Vendôme, L'aîné des fils de Jean de Bourbon conserva naturellement le grand fief du comte de la Marche, dont cette branche tirait son nom ; mais le second fils, Louis, reçut en apanage le comté de Vendôme, provenant de sa mère, et forma une nouvelle tige.

Jean de Bourbon , mort en iSg'i, fut un prince peu remarquable; Charles V estimait cependant sa prudence, et l'appela plusieurs fois dans ses conseils; Christine de Pisan en parle avec éloge : en définitive, sa vie politique n'a laissé aucune trace saillante dans l'histoire. Son fils aîné, Jacques II, compagnon d'enfance du comte de Nevers, son parent, suivit ce prince dans l'expédition de Hongrie, et appuya naturellement son opinion quand on mit en délibération s'il con-

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venait de livrer 'bataille à Bajazet. Jacques II, de Bourbon, subit la punition que le comte de Nevers et les autres imprudents feudataires avaient méritée en raison de leur inqualifiable présomption : il tomba au pouvoir du'sultan après le désastre de Nicopolis, et fut amené dans l'Asie Mineure avec le fils du duc de Bourgogne, le sire de Couci, Philippe d*Artois, connétable de France, Gui de la Trémonille et Jean de Vienne. Nous avons parlé dans la vie du sire de Couci d'im fait peu connu : Galéas Yisconti, duc de Milan, allié secret de Bajazet, lui avait fait passer, sur sa demande, la liste des principaux seigneurs qui s'étaient joints au comte de Nevers pour faire cette campagne; cette note contenait pareillement Tétat de la fortune de chacun d'eux : le vainqueur de Nîcopolis se guida, d'après cedocument,pour fixer la rançon de ses prisonniers. Le comte de la Marche, signalé comme un des plus riches de ses captifs, fut taxé à une rançon énorme : sa famille dut mettre en vente de beaux domaines pour se procurer la somme exigée : le noble captif ne rentra en France qu'au bout de cinq ans. L'affection qu'il portait depuis longtemps au comte de Nevers le jeta, sans réflexion, dans le parti bourguignon ; et il ne se fit pas scrupule d*en partager les excès, bien différent de son oncle le duc de Bourbon, qui s'efforçait, au contraire, d'en arrêter le cours. Quelques historiens assurent que le comte de la Marche accompagna Jean sans Peur, en 14199 aux fatales conférences du pontdeMontereau, et qu'il vit poignarder sous ses yeux son ancien ami. Nous croyons que c'est une erreur : Jacques II de Bourbon

visitait à cette époque Tltalie, dans le but de faire diversion à la douleur que lui causait la mort prématurée de sa femme, Béatrix de Navarre : loin de rencontrer dans ce pays les consolations que son état exigeait, il s'y vit en butte aux plus affreuses persécutions.

Le trône de Naples était alors occupé par une femme, Jeanne II, que l'on appelait aussi Jeannellei^x). Cette princesse, veuve de Guillaume d'Autriche, éprouvait, dans ses États, une vigoureuse résistance de la part de plusieurs factions soulevées contre son autorité : elle crut pouvoir les maîtriser en prenant pour second époux un prince français ; Jeanne II savait que le peuple napolitain conservait un précieux souvenir des princes de la première maison d'Anjou. Le comte de la Marche, ébloui par les brillants avantages que semblait lui promettre cette union , épousa Jeannelle; mais il ne tarda pas de payer bien cher l'honneur d'être le mari d'une reine. Jacques II de Bourbon voulut user de ses droits pour arrêter les débordements dont Jeanne donnait le triste spectacle à ses sujets : non-seulement on méprisa ses sages remontrances, maison poussa l'indignité jusqu'à le faire jeter en prison. Le comte de la Marche obtint assez difficilement sa liberté au bout de quelques mois: jaloux de se soustraire à de pareils affronts, il quitta Naples et regagna la France; dégoûté du monde, il se retira

(i) Jeanne II de Durazzo, qu'il ne faut pas confondre avec Jeanne V^, comtesse de Provence, mise à mort en iSSa au château de Naples, adopta pour son héritier Louis d'Anjou, et, après la mort subite de ce jeune prince , son frère René, devenu célèbre dans la suite sous le nom du bon roi René.

dans un monastère de l'ordre de saint François, de la ville de Besançon : il y mourut en i438. Jacques II de Bourbon avait eu de Béatrix de Navarre une fille unique, nommée Éléonore, laquelle épousa Bernard VU, comte d'Armagnac, fils du connétable de ce nom, massacré àParisen i4i8. Éléonore, héritière du comté de la Marche, transmit ce fief à son fils Jacques, comte d'Armagnac et de Nemours. Ce seigneur ayant pris part à une des nombreuses rébellions qui signalèrent le règne de Louis XI, paya de sa tête le malheur de ne pas être assez puissant pour dicter les conditions de sa soumission : tous ses biens furent confisqués au profit de la couronne , suivant l'usage. Louis XI donna le comté de la Marche à son gendre Pierre II de Bourbon , dont la fille Suzanne apporta cette province avec d'autres fiefs à son époux, le jeune comte, de Montpensier, depuis connétable de Bourbon : nous avons vu qu'une seconde rébellion fit encore sortir le comté de la Marche de la maison de Bourbon : ce fief fut définitivement réuni à la couronne par François V% et depuis lors ne figura plus parmi les apanages princiers.

La branche aînée de la maison de Boiwbon4a- Marche s'éteignit dans la personne de Jacques II, le dernier mâle, comme nous venons de le voir; mais la branche cadette, dite de Vendôme, se perpétuait en poussant de très-nombreux rejetons : elle avait été fondée par Louis, petit-fils de Jacques de la Marche, surnommé la Fleur des chevaliers. Louis avait épousé l'héritière du comté de Vendôme; il fut un prince guerrier, et très-attaché au parti français, celui qui

défendait les droits de Charles VII contre les prétentions de la maison de Lancastre. Louis se signala au siège d'Orléans, au combat de Patay^ livré aux Anglais par le connétable de Richemont : il contribua à la conclusion de iapaixd'Arras, et entra un des premiers dans Paris y quand cette capitale fut reprise par les troupes royales. Louis de Vendôme refusa noblement de prendre part à la ligue dite de la Praguerie, dans laquelle Dunois et tant d'autres personnages entrèrent sans hésiter. Ce prince mourut en i446, laissant une nombreuse postérité.

Jean II de Bourbon, comte de Vendôme, se montra constamment fidèle à ses devoirs sous le règne de Louis XI, pendant que les injustices de ce prince soulevaient la colère des grands : le comte de Vendôme siégea dans la haute cour qui condamna à mort le duc d'Alençon, dont la peine fut commuée en celle d'une prison perpétuelle. Le comte Jean II embellit beaucoup la ville de Vendôme : on lui attribue la construction de la magnifique porte féodale qui sert encore aujourd'hui d'hôtel de ville : il mourut en 1478, en laissant, comme son père, une lignée considérable (i). François, fils aîné de Jean, comte de Ven-

(i) Son second fils, Louis , prince de la Roche-sur-Yon, avait épousé Louise, sœur du connétable, et que celui-ci avait instituée son unique héritière par testament. Louise se mit en instance pour revendiquer la succession de son frère : elle fut déboutée, et le parlement maintint la saisie; mais en i538 François p** donna au jeune Louis, fils de cette princesse et neveu du connétable, le comté de Montpensier, et l'érigea même en duché-pairie. Après quatre générations , ce duché devint le patrimoine d'une femme, Marie, qui épousa Gaston duc d'Orléans, frère uni<|ue de Louis XIII. Marie, duchesse d'Orléans, mourut vers

dôme, contribua puissamment, en 14939 ^u gain de la bataille de Fornoue. On sait que Charles VIII triompha, dans cette journée, des effortsd'une formidable confédération : ce prince ne cessa de témoigner une estime particulière au comte de Vendôme, et lui rendit tous les biens confisqués sur le connétable de Saint-Paul, dont le comte François avait épousé la petite-fille, Marie de Luxembourg. Oi\sait que le comte de Saint-Paul avait eei la tête tranchée par ordre de T^uis XI, en punition de son insigne perfidie : grâce à la munificence de Charles VIII, le comte de Vendôme fut mis en possession des seigneuries de Soissons, d'Enghien, de Coudé. François mourut eii i495,ayant eu quinze enfants. II avait marié, en i5i7, sa nièce,Madelainedela Tour-d'Auvergne, à Laurent de Médicis : de cette union sortit une fille unique, Catherine de Médicis, depuis reine de France.

Charles, l'aîné des fils de François, concourut, k l'âge de vingt-cinq ans, au gain de la bataille d'Àigiiadel, livrée par Louis XII en personne (i 509). Charles de Vendôme se distingua tellement dans cette action, qu'il mérita l'honneur d'être armé chevalier par le maréchal de Trivulce, sur le terrain même du combat. Ce jeune prince était un des lieutenants de Louis'de la Trémouille, quand le grand général arrêta la maria fin de 1627, en mettant au monde une fille, qui fut , grâce aux biens immenses que lui laissait sa mère» la plus riche héritière de TEarope après les têtes couronnées. Cette fille fut la grande MademoUeÛe, mademoiselle de Montpensier, si célèbre parle rôle qu'elle joua dans les troubles de la Fronde» en faisant tirer le canon de la Bastille sur les troupes du roi.

che des Suisses, qui avaient envahi la Bourgogne. Un des premiers actes de François V^ fut d'ériger en duché-pairie le comté de Vendôme en faveur de Charles. Ce prince assista, en iSao, à l'entrevue de François 1" et de Charlés-Quint, entre Arde^ et Guines, appelée le Camp du drap dor^ et s'y fit remarquer par sa magnificence. Dans la même année iSaS, où le connétable de Bourbon trahissait son roi en se mettant au service de l'empereur, le duc de Vendôme, son cousin, déployait autant de zèle que de valeur pour expulser les Anglais de la Picardie, qu'ils avaient envahie. Après le désastre de Pavie, Charles de Vendôme fut nommé par acclamation chef du conseil de régence pendant la captivité du roi , et sut, par l'importance de ses services, réduire au silence une foule d'envieux qui voulaient rendre tous les membres delà famille de Bourbon responsables du crime de trahison que commettait en ce moment leur parent : c'est pour ce motif qu'il se vit frustré de la riche succession du duc d'Alençon (i), son beau-frère; on ne lui accorda que la baronnie de la Flèche et quelques autres fiefs de médiocre valeur; et cependant sa conduite ne cessa d être celle d'un grand citoyen. Il sut, par ses louables efforts, réunir toute la noblesse autour de la régente Louise de Savoie, son ennemie personnelle, et lui prêta franchement son appui pour

(i) Le même duc d'Alençon qui mourut de honte pour avoir quitté, en fuyant, le champ de bataille de Pavîe. Ce prince ne laissait point d'enfants : sa soeur et son. héritière naturelle avait épousé le duc de Vendôme; elle réclama cet héritage, mais le roi réunit à la couronne le duché d'Alençon.

Taider à tirer l'État de Fabime dans lequel la captivité du roi l'avait jeté. Charles , duc de Vendôme, devenu par la mort du connétable chef de sa race, fut la tige des diverses branches de la maison de Bourbon : il mourut en i537, ayant eu treize enfants et laissant encore cinq fils : Antoine, roi de Navarre; Henri, comte d'Enghien; Charles, cardinal de Bourbon ; Jean, tué à la bataille de Saint-Quentin en i557, et Louis, prince de Condé : nous parlerons ci-après de la descendance de ce dernier.

Antoine de Bourbon, né en 1 5 1 8, s'annonça de très-bonne heure comme un prince faible et irrésolu; il montra cependant, dans plusieurs circonstances, une fermeté dont ses détracteurs ne le croyaient point capable : il épousa, à l'âge de trente ans, Jeanne d'AIbret, héritière de Navarre, qui lui apporta en dot la principauté de Béarn et le titre de roi : au bout de cinq ans d'union elle (i)luidonna un fils(i 553), qui fut notre glorieux Henri IV. Antoine, en sa qualité de premier prince du sang, aurait pu très-aisément s'emparer de la régence après la mort de Henri II; mais, faute d'activité, il fut prévenu par les Guises, oncles de la nouvelle reine , Marie Stuart : abreuvé de dégoûts par ses rivaux , Antoine de Bourbon se retira dans le Béarn : cédant aux instances de sa femme, il embrassa le calvinisme, et dès ce moment, les protestants virent en lui leur futur chef; car ils se préparaient à soutenir leur prétention par la force des

(i) Jeanne d*Albrel éuil fiiie de Henri d'Albret, roi de Nayam , elde Marguerite d'Angouléme, sœur de François V et veuve eo prenîèrei noces du duc d'Alencon.

armes : rhésitation que le roi de Navarre fit paraître quand on lui soumit cette proposition le perdit dans l'esprit des huguenots; ils choisirent alors le prince de Condéy plus entreprenant et plus ferme dans ses principes. Dès que le bruit de la formation de cette ligue eut pris quelque consistance, les deux frères furent mandés à Paris (fin de iSSg). En y arrivant Antoine apprend que les Guise ont arraché à la faiblesse de François II le consentement de son assassinat^ et qu'il doit être immolé en plein conseil : le prince ne se laisse point intimider par cet avertissement, a S'ils me tuent, dit-il à Reinsy, son premier écuyer, portez à ma femme et à mon fils mes habits tout sanglants : l'un et l'autre y liront leur devoir. » Quelques heures après, il entre d'un air résolu dans la salle du conseil : sa contenance intrépide étonne ses ennemis, aucun d'eux n'ose le frapper:

Après la mort de François II, le roi de Navarre fift nommé lieutenant général du royaume, pendant la minorité de Charles IX; mais il ne tarda pas d'être éclipsé par Catherine de Médicis, déclarée régente; cette princesse sut le détacher pour toujours du parti calviniste : en effet, il renvoya Jeanne d'Albret dans le Béarn , et lui ôta même l'éducation de son fils. La guerre civile s'étant allumée , Antoine de Bourbon faillit être enlevé dans Fontainebleau par son frère, le prince de Condé, commandant en chef les protestants. Il prit contre lui sa revanche l'année suivante ( 1 562), et le battit complètement auprès de Bourges. Cependant, la fortune ne le favorisa pas longtemps ; déclaré chef de l'armée royale, il fit le siège de Rouen

T. III. a4

(novembre 1 56a), et fut blessé dans la tranchée d*un coup de mousqueton : la ville ayant été prise le surlendemain y il s'y fit porter sur son lit par ses gardes, et entra victorieux par la brèche : ce prince mourut la semaine suivante, des suites de sa blessure. Antoine de Bourbon n'eut de Jeanne d'Albret qu*un fils (Henri IV) et une fille, Catherine de Navarre, mariée à Louis de Lorraine, duc de Bar.

Le second frère d'Antoine de Bourbon était Charles, cardinal, archevêque de Rouen, qui joua, malgré lui, dit-on, un singulier rôle dans nos troubles civils à la fin du seizième siècle. La maison de Valois étant éteinte par la mort tragique de Henri III, se trouvait remplacée naturellement par la branche de Bourbon; jamais succession ne fut plus clairement établie : d'ailleurs personne n'élevait des doutes à cet égard ; mais le chef de cette branche était hérétique , et par cela même déchu de ses droits aux yeux de la nation; à son défaut, il fallait prendre dans la même famille un prince qui fût resté catholique, si Ton en croyait un parti très-puissant; le duc de Mayenne fit reconnaître le cardinal de Bourbon roi de France, sous le nom de Charles X. Depuis plusieurs années ce prélat, âgé de soixante-six ans, résidait forcément dans le château de Fontenai-le-Comte; on Ty gardait prisonnier par l'ordre de Henri III. Le cardinal appréciait à leur juste valeur les motifs de ceux qui ne le proclamaient que pour enlever avec plus de facilité la couronne à son neveu. Il fit passer à Henri IV une lettre dans laquelle il le reconnaissait pour son roi légitime. L'archevêque de Rouen^ toujours pri-

sônnier, mourut dé la gravelle l'année suivante (mai iSgo.) Le parlement de Paris, favorable à toutes les usurpations, qui avait accueilli, le siècle précédent, Henri VI deLancastre comme souverain, à l'exclusion de Charles VIT, rendit un arrêt le 5 mars iSgo pour reconnaître Charles X pour vrai et légitime roi de France. L'arrêtfut imprimé; bien plus, l'on émit dans la capitale de la monnaie frappée au nom de ce prétendu souverain.

Louis, le dernier frère d'Antoine de Bourbon, fut l'auteur de la branche de Condé et l'un des hommes les plus remarquables de son temps par ses talents militaires, sa bravoure et son habileté politique : il embrassa ardemment les nouvelles opinions, non par conviction , comme la plupart des grands de cette époque , mais par ambition et surtout en haine des Guise, qui cherchaient à tenir dans un état d'humiliation les princes de la maison de Bourbon. Les protestants, remplis de confiance en son rare mérite, adoptèrent pour chef le prince de Condé : nul n'aurait jamais mieux rempli une mission aussi difficile. Le prince de Condé eut les armes à la main pendant huit ans : il fut malheureux à la guerre, sans cesser d'être redoutable : on sait qu'il périt misérablement en 1569, '^ ^^^^ ^^ ^^ bataille de Jarnac : il comptait à peine trente-neuf ans. Louis 1% prince de Condé, eut d'Éléonore de Roy e, sa première femme, trois fils : le premier, Henri, fut prince de Condé; le second, François, fut prince deConti; le troisième prit le nom de cardinal de' Vendôme. Louis P' eut de Françoise

(VOrléans 9 sa seconde femme, un quatrième fiISi Charles, qui fut comte de Soissons(i).

I .a lignée des Condé, fondée en 1 54o parTx>uisI^,8^est perpétuée jusqu'à nos jours parla succession non interrompue de neuf princes. Louis /**", tué à Jarnacen 1 5()() : Henri 1^^ élève de Coligni, déclaré chef des protestants comme son père, mort empoisonné, en i588; He/iri II, fils posthume du précédent, fut ramené à la religion catholique par les soins d'Henri IV; il leva Tétendart de la révolte, au commencement du règne de Louis XIII : rentré dans le devoir, il fit la guerre contre les Espagnols d'une manière assez brillante : Henri II mourut en 1646. Louis II, appelé si justement legrand Condé : ce nom nous dispense d'entrer dans les détails sur un personnage si connu, mort en 1686. Henri Jules eut la gloire de sauver, la vie de son père, au combat de Senef : il mourut en 1709 : la volonté ferme deLouis XIV avait constamment réduit ce prince à un rôle entièrement nul : sa fille fut la duchesse du Maine, que ses cabales politiques, sous la régence, ne rendirent que trop célèbre. Louis III, mort subitement en 1710, un mois après la mort de son père ; il avait

(i) Charles, comte de Soissons, mourut en i6ia : son fils Lonii» ennemi déclaré du cardinal de Richelieu, fut tué (1641) à la fio de la bataille de la Marfée, près Sedan, qu'il venait de gagner contre les troupes royales, commandées par le maréchal de Châtillon : Louis mourut sans laisser de postérité : sa sœur Marie épousa un prince de Garignan* et apporta ainsi le comté de Soissons dans la maison de SaToie. De celte union naquit Eugène Maurice, qui épousa la célèbre Olympe de Mancini, nièce de Mazurin : celle-ci fut mère du prince Eugène, si fatal à la France : on sait qu'il entra au service de TEmpereur, parce que Louis XIV lui refusa le commandement d*un régiment.

fait vaillamment la guerre sous Luxembourg et Vendôme: il laissa uire nombreuse famille , trois fils et six filles. Louis- Henri ^ plus connu sous le nom de duc de Bourbon (i) que sous celui de prince de Condé : il fut premier ministre de Louis XV, après le régent, et précéda aux affaires le cardinal de Fleuri : le seul événement saillant de son ministère fut le mariage du jeune roi avec Marie Leckzinska, fille de Stanislas, roi détrôné de Pologne. Le duc de Bourbon mourut en 1740. Louis-Joseph^ fils unique du précédent, est le vaillant prince de Condé, commandant la principale armée de l'émigration, et qui sut, par sa bravoure autant que par ses talents, mériter les louanges des généraux de la république, ses adversaires : ce prince revit sa patrie en i8ï4>et descendit paisiblement au tombeau en 1818 : il est jusqu'à présent le seul prince de la maison de Bourbon qui soit mort octogénaire. Louis-Henri' Josepli^ duc de Bourbon, ne voulut point, par une noble modestie, prendre le nom de prince de*Gondé, après la mort de son père; cependant, loin de déroger à l'honneur de ses ancêtres, il s'en montra digne par plusieurs actions d'éclat dans les guerres de l'émigration. Il est mort de nos jours ( 1 83o) d'une manière déplorable : dans sa personne finit une des races les plus guerrières qu'ait produites notre nation.

De tous les rameaux sortis de ces diverses branches

(i) Nous avons déjà dit que le duché de Bourbon fui donné , en i658 , au prince de Condé par Louis XIV : depuis celte époque, l'ainé des princes de cette branche prenait le litre de duc de Bourbon du vivant de son père.

le moins saillant est celui deCoDtiy(i)dontlepreinier prince fut Jnnandy second fils de Henri II et frère du grand Condé. Après les troubles de la Fronde, aux* quels il prit une large part^ il épousa Marie Martinozzi, nièce de Mazarin : Ix)uis XIV lui accorda, en i658 le gouvernement du Languedoc, dans lequel il se fit chérir par sa douceur et sa charité. Armand, fut le premierprotecteur de Molière. François-Louis de Bour* bon, fils d'Armand fut l'homme le plus remarquable do cette lignée : ses brillantes qualités portèrent ombrage à Louis XIV et à ses ministres; mais ces qualités le firent tellement estimer en France et même dans l'étranger, qu'une partie de la noblesse de Pologne voulut lui mettre en main le sceptre des Jagellon, après la mort du grand Sobieski : la difficulté de se rendre promptement à Varsovie fit échouer cette noble candidature ; l'électeur de Saxe, Auguste II, l'emporta en son absence. Le prince de Conti, dit un écrivain mo* derne, revint en France, sans montrer le moindre regret d'avoir perdu une couronne qu'il n'avait point recherchée. François- Louis mourut en 1709, dans son ehâteau del'Isle-Adam, qu'il s'était plu à orner, comme les princes de Condé se plaisaient d'embellir leur belle résidence de Chantilly. Son fils, Louis-Armcufid^ fut un personnage entièrement nul, qui mourut, en 1727, à l'âge de cinquante-deux ans. Le fils dé ce dernier» LouiS'FranqoiSy montra de très-bonne heure un goût décidé pour le métier des armes, et servit d'une ma-

(i) Celte branche emprunta son nom du bourg de GoBti-sar-Seille^ département de la Somme (ancienne Picardie.)

nière brillante sous le maréchal de Belle-Isle : commandant en chef l'armée du Piémont, en 1744^ il gagna sur les impériaux la bataille de Coni, et prit Mons pendant que le maréchal de Saxe remportait la bataille de Fontenoy ; il mourut en 1776, dans de grands sentiments de piété. Louis- François- Joseph^ fils du précédent, combattit d'abord très-énergiquement les principes émis par la révolution, et publia à ce sujet plusieurs mémoires adressés aux notables; il prêta néanmoins le serment civique en 1790, et reçut à cette occasion la visite des dames de la halle, qui le félicitèrent de son patriotisme: un décret de la convention le déporta en Espagne^ où il mourut obscurément en i8og.

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