‹ Vies des grand capitaines français du moyen âgeChapitre 21 sur 25 · DESCRIPTION · texte numérisé non relu

DESCRIPTION

DE

TELLE qu'elle EST CONSERVÉE AU MUSÉE d' ARTILLERIE, SOUS LE N* 7 l , SUR LE RANG DE DROITE.

Le heaume , en pur fer, a une visière séparée du nasal, et qui se soulève ; une ouverture carrée au côté droit servait au paladin , soit à pousser plus facilement le cri de sa maison au milieu des combats , soit pour sonner de Y oliphant, cornet en ivoire ou en argent, dont r usage était réservé aux chevaliers seuls; il était pendu au cou par un cordon de soie , ou par une chaînette d'argent.

La cuirasse est fermée au passage de la tête par un bourrelet continu qui s'unit au casque, qui est d'ailleurs retenu par une vis passant au travers d'une tige de fer soudée ; par conséquent la cuirasseu'a pas besoin de hausse-col. A la partie supérieure du plastron se trouve un écusson en bas-relief, représentant une femme couchée, tenant un flambeau, et regardant l'Amour, qui est debout à ses pieds et qui porte également un flambeau ; ce qui pourrait bien être un emblème de la passion secrète qui unit longtemps Jacques de Clermont et Blanche de Navarre , veuve de Philippe de Valois. Derrière les deux épaules se

trouve un autre grand médaillon représentant Hercule entre deux colonnes.

Le bas de la cuirasse , qui est sans Êiltes , est terminé' par im rebord large de deux pouces; on remarque sur le plastron plusieurs trous viroles, par le moyen desquels on attachait le faucre et le support de l'épee à deux mains ; mais les pièces manquent. Ce Êiucre était uiie pièce de fer longue à peu près de cinq pouces y qui sortait du côté droit de la visière , et sur lequel on appuyait le bas de la lance , pour qu'elle ne glissât pas lorsque le chevalier se mettait en arrêt pour foncer sur son ennemi ; le faucre te pliait au moyen dune jointure , et s'appliquait sur la 4:uit«sse de manière à ne pas gêner lorsque le tombât était fini.

L'espaulière est sans gousset; la cubitière en est fournie ; le gantelet de la main droite manqué. Deux plates épaisses, bordées de deux fortes nervurek, sont attachées au bas du plastron. Sur toiite Tarmure règne le même genre d'ornements : ce sont des bandes transversales bordées en bâtons rompus , et chargées d'arabesques et de têtes de lion ; le tout recoupé par des baguettes en torsades , espacées égaleioent entre elles.

La cuirasse et les plates supposent un homme de cinq pieds dix pouces.

IJGNÉE DESCENDANTE

DE

Ce chevaleresque Jacques de la Marche, dont nous avons essayé d'écrire la vie, était l'arrière^-petit-fils de saint Louis; et c'est de te prinde que sont sorties les branches de la maison de Bourbon régnantes en France , en Espagne et à Naples , ainsi que les branches de Condé, de Conti, récemment éteintes. Nous allons montrer, en termes succincts, de quelle manière âe forma cette maison de Bourbon ^ là pitis illustre parmi celles qui ont paru sur la scène du monde de^ puis la chute de l'empire romain.

Saint Louis eut six fils, dont deux seulement laissèrent des enfants : la lignée de PhUippe III, successeur de saint Louis, se maintint sur le trône trois cents ans : elle finit dans la personne de Henri III; et, pour la remplacer, on dut, en vertu de la loi salique, recourir à la postérité de Robert, dernier fils dusaint roi : l'aîné de cette lignée était Henri, déjà roi de Navarre, du chef de sa mère Jeanne d'Albret.

Robert, sixième fils de saint Louis, reçut en apanage le comté de Clermont en Beauvoisis : il épousa^ en 1272, Béatrix de Bourgogne, qui hérita^ onze ans après, du Bourbonnais par la mort de sk mèrei Ro^ bert conserva jusqu'à sa mort le titre de contée de

Clermont; maisl^ouis, l'aîné de ses fils et le seul qui laissa des enfants mâles , adopta , on ne sait poiir quel motif, le nom de Bourbon ^ qu'avaient porté, durant plusieurs siècles^ des princes issus du même sang que Charlemagne. Cependant, Louis ne prit point les armoiries des anciens sires de Bourbon, qui présen* talent un champ dor^ au lion de gueules^ accompoffié de huit coquilles d'azur^ posées en orle: lui et ses descendants mirent un soin extrême à conserver Técusson patrimonial, c'est-à-dire l'écusson de France chargé de lis, ou plutôt de fers de lance, emblème caractéristique de la nation conquérante. II. est donc évident que la maison de Bourbon devait rigoureusement être appelée maison de Clermont*

Louis, fils de Robert, et le premier qui porta le nom de Bourbon, eut deux fils, Pierre et Jacques : lun et l'autre formèrent souche. Jacques, comme nous l'avons vu , reçut en apanage le comté de la Marche; et son frère garda la sireriede Bourbon^ qui avait été érigée en duché-pairie par Philippe de Valois ( i3a7). Voici quelle fut la ligne descendante de Pierre de Clermont, duc de Bourbon : ce prince avait été blessé grièvement à la bataille de Créci ; il fut tué dix ans plus tard à celle de Poitiers, en faisant au roi Jean un rempart de son corps.

Louis II, surnommé le Bon, fut duc de Bourbon, corn te de Clermont, de Forez, souverain de Dombes, de Condé, et d'autres seigneuries considérables; car son mariage avec Jeanne, fille unique de Béraud III, dauphin d'Auvergne, l'avait rendu possesseur de la majeure partie de cette province. On trouvera dans

le quatrième volume de cet ouvrage la vie détaillée de ce Louis IL

Jean r**, duc de Bourbon et d'Auvergne : ilse montra indigne de son père dans toute sa conduite politique. Ses conseils autant que sa présomption contribuèrent puissamment à la défaite d'Azincourt : les vainqueurs lui firent expier cette faute par dix-huit ans de captivité, au bout desquels on consentit à briser ses fers, moyennant une rançon de trois cent mille écus. Le duc Jean couvrit d'infamie les dernières années de sa vie; car il s'était engagé à reconnaître Henri VI de Lancastre pour souverain légitime. Il mourut à (Londres en 1434^ renié par sa propre famille et méprisé des Anglais. Le duc Jean eut de Marie de Berri, fils du duc de Berri, oncle de Charles VI, deux fils, Charles et Louis : ce dernier reçut en apanage le comté de Montpensier.

Charles I®*", duc de Bourbon, comte de Clermont, racheta les fautes de son père en suivant une ligne politique tout opposée : il montra un dévouement absolu aux intérêts de Charles VIL Ce dévouement ne lui tenait pas lieu de talents militaires; son obstination et ses mauvaises dispositions firent battre les Français à la journée dite des Harengs, en i42t8, pendant le siège d'Orléans : il rendit, sept ans plus tard, un service considérable à sa patrie en ménageant un rapprochement entre Philippe le Bon, duc de Bourgogne, son beau-frêre, et le roi Charles VII : il s'ensuivit la fameuse paix d'Arras, qui sauva réellement la France et commença l'abaissement de l'Angleterre. Nommé lieutenant général dans lesprovin-

ces méridionales, le duc Charles sut affermir l'autorité du souverain dans ce pays, mais il ne sut pas éviter les embûches de brouillons dont les efforts Tentrainèrent dans la conjuration de la Praguerie : le roi déjoua ce complot par son courage, sa célérité et sa vigueur. Le duc de Bourbon rentra dans le devoir, et ne s'en écarta plus; retiré dans ses terres, il s'y fit bénir par les malheureux : il mourut à Moulins (décembre i456), laissant une nombreuse postérité. Isabelle , sa seconde fille, épousa Charles le Téméraire, dernier duc de Bourgogne : l'aîné de ses fils fut,

Jean II, qui s'était distingué par sa bravoure, du vivant de son père, dans les guerres contre les Anglais. Uni au connétable de Richeraont, il les battit rudement auprès de Formigny ( i45o) : il revendiqua l'honneur de la journée, et eut à ce sujet une violente altercation avec le fier Arthur de Bretagne : les deux généraux se séparèrent sans que la question eût été décidée d'une manière convenable. Le duc Jean enleva la Guyenne à la maison de Lancastre, et reçut en cette occasion le glorieux surnom de Fléau des anglais. Des services si éminents lui faisaient espérer d'obtenir l'épée de connétable; mais Louis XI, son beau-frère, la lui refusa, et lui ôta même le gouvernement de la Guyenne. A cette époque, les gra&ds se vengeaient d'une injustice par la révolte. Le duc de Bourbon devint le chef le plus actif de la Ugue du Bien public^ et combattit vaillamment dans les plaines deMontlhéry; le traité de Conflans le réconcilia irrévocablement avec Louis XI, qu'il ne cessa de servir de la manière la plus loyale. Contre toute attente, sa con-

duite ne &t point honorable pendant la minorité dîe Charles VIII : il s'unit au duc d'Orléans (depuis Louis XII) pour disputer à la dame de Beaujeu le gouvernement du royaume : son ambition fut sati3faite par la charge de connétable dont la régente pourvut son beau-frère; car le sire de Beaujeu était frère du duc Jean. Le duc de Bourbon , Jean II, mourut à Moulins en avril j 488, sans laisser de postérité légitime.

Jean II étant mort sans laisser d'en&nts, ses apanages et le titre de duc de Bourbon revenaient de droit à son frère puîné; mais ce frère, nommé Charles, se trouvait engagé dans les ordres sacrés, en qualité d'évéque de Clermont : la cour de Rome lui avait donné le chapeau de cardinal : c'était un prélat guerrier, magnifique et voluptueux (i). Il ne fit point difficulté de revendiquer l'héritage de son frère aîné, ne doutant pas qu'on le lui accordât en vertu des statuts de la constitution française : une femme réduisit au néant ces flatteuses espérances. Anne de France , fille de Louis XI, avait épousé Pierre de Bourbon, sire de Beaujeu, troisième fils de Charles l", duc de Bourbon. La dame de Beaujeu (2) avait été nommée régente

(i) Jean II, duc de Bourbon, avait encore un autre frère engagé dans les ordres sacrés, Louis, nommé évéque et prince de Liège eo 1646 : il fut égorgé par Guillaume de la Marck , connu dans Thlstoire sous le nom du Sanglier des Ardennes.

(a) Voici de quelle manière le Beaujolais entra dans la maison de Bourbon. Dans les dernières années du quatorzième siècle, le souverain de ce petit État se nommait Edouard, et relevait directement ^e la çqiï,renne de France : Edouard , ayant commis des actes de félonie, f^t ajourné au parlement de Paris ; mais il fit jet , par les fenêtres de son

pendant la minorité de Charles VIII, son frère : elle ne craignit pas d'employer auprès du cardinal les plus énergiques menaces , pour obtenir de lui une renonciation entière au profit de son époux (i) : ce dernier prit, dès ce moment (i488), le titre de duc de Bourbon.

Pierre Ily duc de Bourbon, était un prince pacifique, débonnaire et indolent; mais il eut le bouillant courage des princes de sa race. Pierre eût été un personnage remarquable, si la politique ne Teût uni à une femme dont le grand caractère devait nécessairement éclipser celui de son époux : exempt d'anobition , il se retira dans ses domaines, y répandit des bienËiits, et sut gagner tous les cœurs par sa bienveillance. Quoique le duc d'Orléans eût beaucoup à se plaindre de la régente, il combla de faveurs Pierre de Bourbon, quand la mort de Charles yillTeut fait roi sous le nom de Louis XIL Le duc Pierre II descendit au tombeau en 1 5o3. Anne de France, sa femme, lui surchâteau du Ferreux Thuissier chargé de lui sifçoifier la citalioii. On envoya dans le Beaujolais des troupes, qui arrêtèrent Edouard el le conduisirent à Paris : le crédit de Lou'is II, duc de Bourbon , empêcha qu'on ne le mil à mort. Voulant témoigner sa reconnaissance, Edouard, qui n'avait point d'enfants, fit au noble prince une cession entière de ses terres de Beaujolais et de la Dombes : il mourut six semaines après cet arrangement.

(i) Louis XI préférait sa fille aînée à ses autres enfants, parce qu*i! avait découvert dans son caractère une sorte de conformité avec le sien. Voici ce que Brantôme dit de cette princesse, dans aes Dùmet illustres : « Fine femme et déliée, vraie image du roi, son p&re, voire en tout, car elle estoit fort vindicative, tiinquate (brouillonne) oorompue, pleine de dissimulation et grande hypocrisie , qui pour son ambition se masquoit et se déguisoit en toute sorte ». Tous les historiens ne sont pas d'accord avec Brantôme; et la plupart d*entre eux portent

vécut vingt ans et eut une vieillesse paisible : elle mourut au château de Chantelle en 1 5aa , dans la soixantième année de son âge. Des écrivains mal informés ont dit {Biographie universelle) que cette princesse perdit tout crédit à la cour après la mort prématurée du roi son frère : loin de là, l'ancienne régente obtint en 1 499, de Louis XII , une grâce des plus singulières; et, en la lui accordant, le souverain violait ouvertement les coutumes. Le duc Pierre II n'avait qu'une fille unique ; et, faute de descendants mâles, les duchés du Bourbonnais et d'Auvergne, ainsi que le comté de Clermont, devaient faire retour à la couronne, en vertu des anciennes ordonnances qui réglaient la succession des grands fiefs : Anne de France demanda que la clause relative au droit de réversion fut annulée, dans l'intérêt de safille:Xouis Xlly consentit, après quelques mois d'hésitation. Nous ajouterons que la fille de Louis XI ne cessa de travailler toute sa vie à l'agrandissement de la maison de Bourbon, par l'acquisition continuelle de très-riches domaines. La maison de Bourbon fut redevable à cette princesse du haut rang qu'elle sut tenir parmi les familles princières de l'Europe, jusqu'au moment où la mort du dernier Valois lappela au trône de France.

Le duc Pierre II de Bourbon n'avait, avons-nous

un jugement moins sévère sur le compte de la célèbre régente de France, pendant la minorité de Charles VIII : la postérité doit lui savoir gré de Thabileté qu*elle mit à conduire le vaisseau de TÉlat à travers les factions : on ne doit pas non plus oublier qu'elle signala son passage au pouvoir en réunissant la Bretagne à la France, par le mariage de son frère avec Théritière de ce duché.

T. m. aS

dit, qu'une fille unique, nommée Suzanne : Tacte d'abrogation ci-dessus relaté laissait à Suzanne la faculté de transmettre tous ses biçns^ même les grands fiefs , à l'époux qu'on lui aurait choisi. Le mariage d'une héritière de cette importance devenait une affaire d'État : Louis XII présenta Charles, duc d'Alençon, son parent, et comme lui prince de la maison de Valois ; mais la figure et le caractère de ce prétendant ne répondaient ni à sa dignité ni à son rang : cependant, le duc d'Alençon fut agréé comme gendre par le duc Pierre II ; et le3 fiançailles avaient été célébrées à Moulins en i5oi, lorsque Louis II de Bourbon, comte de Montpensier^ cousin issu de germain de Suzanne , mit opposition à l'enregistrement des lettres patentes par lesquelles le roi, en abrogeant rordonnance relative à la succession des grands fiefs, venait d'accorder à- la fille du dernier duc de Bourbon la faculté de transmettre ce duché-pairie dans une famille étrangère, au détriment des parents collatéraux sortis du même sang. Le parlement prit en considération cette réclamation; et, comme Louis XII avait violé ouvertement les coutumes, il n'osa point trancher la question de son plein gré : le mariage fut ajourné : le roi et son conseil jugeaient prudent de ne point mécohtenter une maison aussi puissante que celle de Bourbon. Sur cesentrefaites, leducPierre II mourut; et, peu après, ce même Louis, comte de Montpensier, auteur de la réclamation , descendit au tombeau, à peine âgé de vingt ans (i) : ces deux trépas successifs devaient

(i) Ce jeune prince, doué d'une grande sensibilité» M Italie avec Tintention d'accomplir un devoir pieux, celai de

nécessairement apporter quelques modifications aux arrangements arrêtés pour le mariage de Suzanne Anne de France, veuve de Pierre II, n'avait pas vu de bon œi\ l'alliance projetée; elle rompit sur-lechamp les engagements pris par son époux à l'égard du duc d'Alençon (i), et accorda la main de sa fille au jeune Charles de Bourbon, que la mort de son frère Louis faisait comte de-Montpensier, et qui s'était déjà mis en instance pour continuer la réclamation auprès du parlement de Paris. La dame de Beaujeu avait jugé, avec beaucoup de raison, que cette union devait couper court à toute espèce de contestation : d'un autre côté, le nouveau comte de Montpensier se trouvait être l'unique rejeton de la branche aînée de la maison de Clermont, fondée par Robert, dernier fils de saint Louis.

Charles de Bourbon, comte de Montpensier, âgé de seize ans, épousa, en 1 5o5, sa cousine Suzanne deBour-

en France les restes de son père, Gilbert de Bourbon, comte de Montpensier, mort gouverneur de Naples en 149^- Le corps avait été recueilli à Pouzolles, dans une chapelle; la vue de ce cadavre produisit une émotion si vive sur le fils, qu'il tomba en syncope : une affection cérébrale s'en suivit , et enleva le prince au bout de quelques jours, à la fin de i5oi.

(i) Charles duc d*Âlençon épousa Marguerite d'Angoulême, sœur unique de François I^** : ce prince commandait Taile gauche à la bataille de Pavie : épouvanté en voyant le centre des Français assailli par la cavalerie impériale, il fit sonner la retraite, au lieu de voler au secours du roi avec les troupes qui n'avaient point encore donné. Celle lâcheté fut la véritable cause du désastre : les reproches dont chacun se plut d'accabler le duc d'Alençon le firent mourir de honte et de douleur au bout de quelques mois : il fut le dernier prince de la branche de Valois d'Alençon : sa veuve, qui n'eût jamais pour lui que du mépris, épousa Henri d^Albret, roi de Navarre.

bon, qui lui apportait en dot les duchés de Bourbon, d'Auvergne, de Châtellerault, les comtes de Clermont en Beauvoisis, de Forez, de la Marche et de Gien, les vicomtes de Cariât et de Mur>at , le pays de Beaujolais, deDombes,deBourbon-Lanci, etc. Charles possédait, de son chef, le comté de Montpensier, celui de Clermont en Auvergne, les seigneuries de Mercœur, de Combrailles;la réunion dans une seule main de tant de domaines rendait le nouveau duc de Bourbon le prince le plus riche de la chrétienté après les têtes couronnées; cet excès de fortune le précipitajdans un abunede malheurs, et son union avec Suzanne causa en réalité sa perte : sans cette alliance, sa vie eût pris une tout autre direction, et la reconnaissance pu* blique Taurait infailliblement rangé parmi les grands hommes de notre nation. Le duc d'Alençon s'était vu enlever par le comte de Montpensier Suzanne, sa fiancée : rien ne pouvait lui faire perdre le souvenir d'une si sanglante offense : devenu beau-frère de François l^% il se trouvait en position de se venger, et n'en laissa échapper aucune occasion. Le duc de Bourbon avait été à dix-huit ans un des héros de la journée d'Aignadel, dans laquelle Louis XII en personne battit les Vénitiens; il se signala égalementà Ravenne, à Brescia; on dut incontestablementle gain de la bataille de Marignan à ses belles dispositions, autant qu'à sa froideintrépidité. Chacun de ses pas était marqué par quelque brillant exploit, etl'on citait particulièrement sa valeur à une époque si féconde en guerriers illustres, lorsque les Nemours , les Bayard, les la Palice, les la Trémouille , jetaient un si vif éclat. I^ jeune

prince prodiguait sa vie avec tant d'insouciance, qu'il ne sortait pas d'une rencontre sans être blessé ; il se fit respecteret admirer, pendant plusieurs années, dans sa vice-royauté du Milanais; car ses vertus égalaient ses talents. Un peu plus tard, son énergique activité sauva la Bourgogne, ouverte, parla défaite de Novarre, à l'invasion des Suisses, alliés de l'empereur. Tant de sang versé pour le pays, tant de services rendus à la monarchie, exigeaient une récompense proportionnée au rang de celui qui l'avait si bien méritée: François 1" acquitta noblement les dettes de la patrie en conférant au duc de Bourbon la charge de connétable. De tout temps, le dignitaire pourvu du premier office militaire avait exercé une suprématie incontestable, non-seulement sur les autres généraux , mais encore sur les princes du sang : ces derniers subissaient sans murmurer une pareille prééminence. La plus belle des prérogatives attachées à la charge de connétableconsislait à commander l'avant-garde quand le roi marchait avecl'armée pourune grande expédition. La guerre s'étant rallumée entre la France et l'Empire, FrançoisP% avide de gloire, voulut conduirelui-mémeses troupes à la conquête des Pays-Bas : les divisions se réunirent à Valenciennes au printemps( i Sa ï ) : la campagne s'ouvrit, et le premier corps formant l'avant-garde s'ébranla pour franchir l'Escaut. Le roi, au mépris des droits du connétable^ confia le commandement de cette avant-garde à son inepte beau-frère le duc d'Alençon, lequel dut s'applaudir de l'emporter, dans une circonstance aussi mémorable, sur son ancien rival. Un tel affront eût blessé une âme moins altière que

celle du duc de Bourbon : le héros dut ressentir d'autant plus cette offense, que François I", excité sans doute par le duc d'Alençon , affectait, depuis quelque temps, de traiter le connétable avec la dernière rigueur (i) : il l'avait privé subitement de son gouvernement du Milanais, sans invoquer aucun motif. Il paraissait évident à tous les yeux qu'une ligue terrible s'était formée contre le premier officier de la couronne : l'austérité de ses mœurs portait la gène dans une cour galante et dissolue. Des malheurs domestiques accablaient alors, de tout leur poids, le prince dont naguère les courtisans enviaient la fortune. Il avait perdu dans l'espace de huit mois sa femme et trois enfants nés de cette union : en mourant, la duchesse Suzanne, remplie d'admiration pour son mari, venait de l'instituer son légataire universel. Tout à coup une action en revendication est intentée en parlement contre le connétable, au nom de madame Louise de Savoie y mère du roi : cette princesse se présentait comme l'héritière légitime de Suzanne de Bourbon , attendu que sa mère, Marguerite de Bourbon, était nièce de Pierre II, père de Suzanne.

(i) L'injustice avec laquelle le roi le traitait, eo lui retirant le < inandomeiit de Tavant-garde , n empêcha point le coqoétable de servir loyalement les intérêts du pays. Le passage de TEscaut s'étant efTectué a\<c succès, les Français contraignirent Tempereur à se retirer; mais François V^ ne sut point profiter de ses avantages, et s'obstina à ne pus vouloir suivre les conseils du duc de Bourbon , qui avait pour lui lu Tréniouille et le maréchal de (Ihabannes : le roi adopta de préférciicc Topiniori du maréchal de Coligni , créature de Louise de Savoie et entieiiii personnel du connétable. On ne retira aucun fruit de cette cainpui^ue , commencée sous de si brillants auspices.

Le testament de la duchesse rendait cette prétention insoutenable; on l'abandonna donc , pour attaquer le connétable par un autre côté. Le parlement, revenant sur la concession de Louis XII, ordonna la réversion à la couronne des domaines des Bourbons, par suite de Textinction delà branche aînée; il ordonna de plus le séquestre des biens en litige*: c'était réduire des trois quarts la position du connétable. On doit ajouter que l'on vivait alors dans un siècle de[corruption, et que le parlement suivait avec servilité l'impulsion du chancelier Duprat, créature de madame Louise de Savoie. Quelques historiens assurent que le duc de Bourbon aurait pu éviter ce procès en offrant sa main à la mère du roi , dont les prétentions auraient été naturellement éteintes par ce mariage : on proposa ce moyen au connétable, qui le rejeta avec trop de dédain. Louise de Savoie, se voyant méprisée, quoique belle encore, ne mit plus de bornes à sa haine, et employa tout le crédit dont elle jouissait auprès de François P*" pour perdre son ennemi. Sur ces entrefaites ( 1 522), Anne de Beaujeu, l'ancienne régente de France, belle-mère de Charles de Bourbon, vint à mourir: ce fut un coup terrible pour son gendre; car Anne de Beaujeu l'aurait nécessairement détourné de la fimeste voie dans laquelle le poussèrent d'iniques persécutions. Nos lecteurs connaissent le reste de la vie du connétable, et n'auront pu sans doute s'empêcher de plaindre ses infortunes tout en condamnant sa criminelle défection. Nous avons dit ailleurs que le vainqueur de Marignan mourut sans laisser de postérité, et que la branche aînée de la maison de Bourbon

finit dans la personne de ce grand capitaine : nous pouvons ajouter que la fatalité semblait s'être attachée à cette famille pour en consommer la ruine. Gilbert, comte de Montpensier (i), gouverneur de Napies, était mort en Italie, empoisonné, suivant tous les historiens, par les partisans des princes de la dynastie d'Aragon. Gilbert laissait trois fils; l'ainé, Louis^ mourut à vingt ans, de saisissement en voyant lecorps de son père : il était venu chercher ces tristes dépouilles pour les ramener en France. Le second, Charles, fut le connétable tué sur les remparts de Rome; et le troisième, François, duc de Châtellerault , âgé de dix-neuf ans, eut la tête traversée d'une balle, au terrible combat de Marignan, sous les yeux de son frère. £n i528, un arrêt définitif du parlement de Paris prononça la confiscation de tous les biens du connétable au profit de la couronne; les termes de cet arrêt semblaient avoir été dictés par Louise de Savoie ellemême : ils disaient que les armes de Charles de Bourbon seraient vuidées et effacées^ damnant et abolissant sa mémoire à perpétuité,

(i) Louis XIV donna le duché de Bourbon au prince de Gondé, en échange du duché d'AIbret; et depuis lors le titre de duc de Bourbon s'est continué dans cette branche jusqu'à ce dernier prince de Condé mort en i83o.

(a) Voici comment Thistorien Commines parle du comte Gilbert : « Monseigneur de Montpensier était bon chevalier et hardi» maii peu sage : il ne se levait point qu'il ne fust midy. »

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