CHEZ HIVERT, ÉDITEUR
QUAI DSB AUGUSTINS.
INTROI^UCTION.
Pour bien comprendre les motifs qui ont engagé* rauteur des Grands capitaines fiançais du moyen âgeà ne commencer son ouvrage que par les généraux qui vivaient dans le douzième siècle, et à le terminer par ceux du quinzième , il est nécessaire de jeter un coup d'œil sur Tensemble du moyen âge , et die considérer le rôle que jouèrent les guerriers français aux diverses époques de cette période*
Clovis fonda un grand état, grâce à cette valeur ÎO:-
VJ INTRODCCTION.
domptable qui sait briser tous les obstacles; mais il fallut long-temps à ses successeurs pour prendre racine sur la terre envahie par les Francs. L'époux de Clotilde , devenu chrétien , obtint des succès extraordinaires en appuyant la force de ses armes du concours de la Religion : ce fut elle qui prépara d'abord et qui cimenta dans la suite Tunion des conquérants et des populations subjuguées, en donnant aux premiers cette modération qui tempère Taction du glaive , et aux seconds la résignation qui convient au malheur. La tradition d'une commune origine contribuait encore à les rapprocher ; car les Francs se rappelaient qu'ils descendaient de ces Gaulois qui , 600 ans auparavant, passèrent en Germanie avec Sigovese. Dans moins d'un siècle, une fusion générale parut s^opérer. Cette union fut salutaire aux uns comme aux autres, car elle les rendit capables de repousser les attaques des peuples étrangers. Abdérame , ayant franchi les Pyrénées , passa la Loire ; Charles Martel courut à sa rencontre , le battit , et sauva la Gaule. La défaite d'AbJérame fut un événement majeur : si le chef maure eût triomphé, la moitié de l'Europe passait sous le joug; caractère, mœurs, religion, tout changeait ; que n'eussent point fait les Arabes , si on ne les eût point repoussés, puisque rejetés au-delà des Pyrénées , ils s'y maintinrent 700 ans après la bataille de Tours.
INTRODUCTION. vi)
Toute secousse réagit : c'est le propre de celles de la politique de donner un nouvel essor à Tesprît humain ; la société fit un grand pas à Farrivée des Carlovîngîens. Pépin et Charlemagne entourèrent de considération les ministres des autels ; ils eh firent des auxiliaires qui contribuèrent merveilleusement à fléchir le caractère farouche des soldats , qui rapportaient tout à leur épée. Le règne des lois vint rassurer Fétat social , Fagriculture fut en vigueur ; les arts , les professions utiles , Finstruction pul)lique , augmentèrent la prospérité de la nation ; le guerrier, devenu Fhomme de la patrie , réserva son courage pour la défense des foyers domestiques ; et tandis que le reste de FEurope se courbait encore sous le faix de la barbarie, que les hommes de guerre n^ paraissaient que sous Faspect de véritables sauvages , la Gaule offrait avec orgueil à Fadmiration du monde les Roland, les Renaud, les Ogier. Ainsi , le génie de Charlemagne imprimait à cette époque le sceau de la grandeur; mais les habitants des pays rangés sous son sceptre eurent à regretter qiie ce monarque n'attachât pas assez de prix à la modération : le soin de sa renommée Foocupa davantage que la félicite des peuples ; ceci explique la continuation de ces guerres acharnées dont le résultat fut, après sa mort, d'attirer sur la Gaule des multitudes d'ennemis. Les barbares du Nord se sentant aflfranchis du poids de cette main
viij II«TRODUCTIOX«
puissante, assaillirent incontinent le royaume. Connus sous le nom générique d^hommes du Nord (Nordmann), ils portèrent la désolation depuis la Somme jusqu'à TAdour ; les gouverneurs des provinces défendirent partiellement le territoire ^ mais sans unité d'action \ leurs efforts séparés ne purent empêcher les Normands de s'établir solidement enNeustrie. RoUoix se fît chrétien , et son mariage avec Gisèle, fille de Çharles4e-Simple , dut paraître le gage d'une paix durable. Vain espoir ! les gouverneurs des provinces, accoutumés depuis long-temps à agir isolément , finirent par s'ériger en chefs indépendants^ ne voulant reconnaître que d'une manière illusoire la suprématie de la couronne \ c'est ainsi que le régime féodal s'institua de lui-méoxe : il dégénéra bientôt en une sorte de fédération qui n'aboutit qu'à des hostilités perpétuelles entre les feudataires. Le roi se trouva dès le début dans l'impuissance de les soumettre à son autorité ; en vain l'Eglise essaya-t-elle de calmer cette fureur belliqueuse ; elle ne put obtenir que deux jours de trêve dans la semaine. L'Etat se déchira de ses propres mains , et la seconde race , laissant le royaume sans vigueur^ sans ressource , semblait Toffrir en proie aux étrangers , quand Louis V mourut en 987, sans laisser de postérité.
La couronne appartenait par droit de primogéniture à Charles , duc de Lorraine , oncle du dernier