LIVRE X
Campagne de 1371. — Combat de Ghizai. — Duguescliu achève la conquête de TÂunis et du Poitou.
DuGUESCxiN venait de prouver qu'il était possible d^exrpuiser les Anglais des terres de France , mais lui seul paraissait capable de diriger une entreprise aussi vaste« Le roi craignait que le Ciel ne se lassât de favoriser ses armes , tant les succès remportés en dernier lieu le surprenaient. Il ne put cependant résister aux cris des iégdaux , dont l'ardeur long*temps assoupie se réveillait plus impatiente que jamais : chacun brûlait de combattre sous les ordres de Bertrand.
Le connétable désirait ouvrir la campagne dès les premiers jours du printemps, afin de profiter des chances favorables qui s'offraient d'elles-mêmes. Le prince de Galles , toujours consumé par le mal cuisant dont il avait rapporté le germe de laCastille, espérait que Tiniluence du pays natal pourrait en diminuer la gravité.. Il laissa donc le gouvernement des provinces méridiq-^
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nales à son frère le duc de Lancastre, prince fort singulier , sur qui le temps avait opéré bien des changements. Jadis brave , magnanime , chevaleresque , Lancastre était devenu inhabile, dur et sombre; dévoré d'une ambition démesurée , il ne faisait plus de cas de la gloire : l'idée de combler l'espace qui le séparait du trôné l'occupait tout entier. Afin d entretenir son illusion h l'égard d une élévation imaginaire , il épousa la fille de don Pèdre, et prit le titre de roi de Gastille. Nul n'était moins propre que lui à ramener la fortune sous les drapeaux de l'Angleterre : il accepta d'abord cette mission avec transport; mais Lancastre ne tarda pas à se montrer très-efirayé, lorsqu'il se vit dépourvu de troupes et engagé dans un pays dont les habitants supportaient impatiemment le joug de la maison de Plantagenet. Le nouveau vice-roi dépêcha message sur message pour demander des hommes , de l'argent et des vivres : il ne s'agissait rien moins que de prévenir la perte totale des provinces du continent. Edouard III , ayant redoublé d'elforts , rassembla une flotte nombreuse destinée à porter des troupes suffisantes pour réparer les échecs essuyés dans la dernière campagne. Le monarque conçut même le hardi projet de s'emparer de La Rochelle , d'en transplanter les habitants en Irlande , et de la repeupler de Gallois ou d'Irlandais. L'acquisition de ce port aurait complété la ligne maritime établie par ses soins sur le littoral de la Gaule; car déjà fl possédait Ostende, Calais, les ports delà Bretagne, ceux de Bordeaux et de Bayonne. La Rochelle pouvait servir de point d'appui aux partisans que l'Angleterre conservait encore dans le Poitou. Les Rochellois curent connaissance de ce dessein ; ils jurèrent de périr plutôt que d'en subir l'exécution : les habitants d'aucune ville 'n'avaient ressenti davantoçre le
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malheur de passer sous une domination étrangère. « Vous ne régnerez plus sur nos biens , avaient-ils écrit à Jean H lors du traité de Bretigny ; mais vous i*égnerez toujours sur nos cœurs. »
Les Rochellois obtinrent de leurs nouveaux maîtres la permission de se gouverner par leurs propres lois , d'après uo système particulier; mais ils ne purent éviter de livrer aux Anglais la citadelle 9 qui passait pour la plus forte du royaume. On <!:omptait dans la ville i5,ooo bourgeois en état de porter les armes : les avantages obtenus en Poitou par les Français les avaient exaltés, de sorte que la garnison eut beaucoup de peine à se maintenir derrière 9eB hautes murailles. Edouard chargea du coup de main qu'on méditait contre La Rochelle le comte de Pembrok, homme de résolution. Des histo* riens assurent que le premier soin de ce général fut de se munir de tonneaux remplis de chaînes , destinées à lier les habitants.
Pembrok se présenta deyant La Rochelle , ne dou«tant pas d'y aborder sans difficulté. Une fois débarqué avec ses troupes , il devait s'emparef des postes principaux, se saisir des bourgeois et les reléguer au fond des vaisseaux de transport, stationnés dans la rade : mais quel fut son étonnement en voyant le port fermé et les Rochellois sous les armes ! Au lieu de se i^tirer au plus vite , et d'aller jeter en Guienne les troupes expéditionnaires, il perdit un temps précieux à parlementer, espérant toujours prendre la ville ou par surprise ou par famine. Une semaine entière venait déjà de se passer , lorsqu'on vit paraître l'escadre française unie à celle de Gastille : la jonction de ces forces navales prouvait que l'on connaissait depuis long-temps le projet des Anglais. La marine espagnole, la mieux entretenue de TEurope, jouissait alors^ d'une haute réputation : les Arabes, savants dans tous Uf>
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arts, perfectionnèrent en Espagne la construction des vaisseaux. Boccanegra, aventurier génois, issu de la maison de Grimaldi, commandait cet armement; on pouvait le regarder comme le chef des malandrins de la mer. Henri II avait pris h son service Boccanegra , ainsi ^ue son escadre, composée de petites frégates trèslégères. La flotte française marchait sous les ordres d'Y vain , le dernier rejeton de Léolin, prince de Galles, dépossédé par Edouard F'^. Cet amiral [nourrissait contre TAngleterre une haine aussi violente que légitime : sa bravoure égalait la singularité de ses manières. Ce paladin prenait le titre de Poursuivant iTam&ur ^ et portait constamment les couleurs d'une princesse d'Ecosse dont il était épris depuis vingt ans. Yvain courut chercher la flotte de Henri dans les ports d'Espagne , et l'engagea à se mettre sur les traces de Pembrok. En secondant les efforts de la France, Henri de Transtamarre payait un tribut à la reconnaissance , et agissait en même temps dans ses propres intérêts ; car, d'après le mariage récent du duc de Lancastre avec la fille de don Pèdre, il devait considérer les princes de la maison de Plantagenet comme ses ennemis personnels. Le comte de Pembrok , surpris à l'ancre , ne pouvait éviter le combat que venaient lui présenter Yvain et Boccanegra: l'action se livra à la hauteur de La Rochelle, vers la fin de mai 1371. Les Espagnols se servirent de brûlots pour incendier les vaisseaux anglais. Les matières dont ils firent usage ne s'enflammaient pas aussi subitement que les artifices d'aujourd'hui : on choisissait à cet effet des bateaux plats, que l'on chargeait de bois résineux. Ces brûlots castillans, conduits par des marins intrépides, se mêlèrent aux navires ennemis et en embrasèrent douze ; les Français , profitant du désordre , attaquèrent ceux qui fuyaient pour éviter l'incendie, et
les capturèrent. Yvain prit à l'abordage le vaisseau amiral 9 et de'chira de ses mains Pétendard d'Angleterre ; mais il déshonora son triomphe en insultant Pembrok captif et désarmé. Boccanegra ayant reçu sa part de Timmeose butin , fruit de cette glorieuse journée, se hâta de conduire dans les ports de l'Espagne la flotte et ses prisonniers. Informé de cette victoire , Duguesclin demanda à Charles V la permission de partir sur-le-champ pour la Guienne, afin de profiter de l'épouvante qu'un échec aussi marquant devait causer au duc de Lancastre : en effet ce prince, craignant sans doute de compromettre sa renomméedans une troisième lutte, quitta bnèsquement le conti? nent et remit le commandement au captai du Buch, créé depuis l'année précédente connétable d'Aquitaine. À la nouvelle que Bertrand se portait en Poitou, Grailli vint prendre position non loin de La Rochelle , ne doutant pas que Charles V et son connétable n'eussent en vuç d'appuyer les habitants de cette ville dans leur résolution de secouer en entier le joug des Plantagenet. Le captai agit si sagement, qu'il déjoua les projets de Bertrand : celui-ci abandonna provisoirement le Poitou et se rendit en Auvergne, déterminé à y passer la mauvaise saison, et à presser les levées extraordinaires promises par le roi. En voyant Duguesclin exécuter un mouvement rétrograde, Grailli leva «son camp de La Rochelle, et vint s'établir sur la Charente et la Vienne , afin de couvrir le Poitou. Ainsi se termina l'année 1371. La campagne de 1372 fut commencée de bonne heure par le connétable, qui menait une armée plus considérable que toutes celles qu'il avait commandées jusqu'alors. Le dauphin d'Auvergne, les sires de Sully, de La Fayette, d'Estaing,,s'em7 pressèrent de se ranger sous ses bannières. Quantité de Bretons accoururent à sa voix, en dépit des obstacles que suscitait la maison deMontfort. Les bannerets de la
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Bourgogne arrivèrent en avril. Le comte d*AlençoD et lo maréchal de Sâncerre regardèrent comme une gloire de servir sous les ordres de Bertrand. Le jeune duc de Bour-" bon^ resplendissant de vertus guerrières, ne l'abandonnait plus depuis (fuatre années.
Le connétable leva ses quartiers vers la fin d*avril, sortit de TAuvergne, traversa la Marche, envahit le Poitou, etileva Ghavigny , Montmorillon, et se porta devant Moncontour, dont les Anglais avaient singulièrement augmenté les fortifications, en y ajoutant des fossés d'une largeur prodigieuse. Duguesclin y obvia par un moyeti aussi gigeftitesque que l'obstacle lui-» même; il rassembla des centaines de bûcherons , leur fit abattre la moitié d'une forêt voisine : plusieurs milliers de soldats furent employés à transporter les ai*bres devant Moncontour , et à combler Timmense cavité qui défendait les approches de la place. Les Français , favo* risés par cet amoncellement, montèrent à Fescalade. Les assiégés stupéfaits capitulèrent, sans attendre que l'ennemi eût atteint leurs remparts. Maître de cette forteresse, Duguesclin alla rejoindre lé duc de Berri dans le Limousin : le prince tenait en échec , sur les frontières de la Guîenne, les troupes anglaises commandées par le sire d^Angorîs. Les mouvements du connétable décelaient l'intention bien «rêtée de ranger irrévocablement sous les lois de Charles V la <îuienne , une des plus belles provinces du royaume , séparée de la couronne depuis deux siècles : c'était nue entreprise digne du conquérant de la Gastille. Duguesclin préluda h son exécution avec cette prudetice consommée qui le met au-dessus de tous les grands généraux du moyen âge. On ne pouvait songer à la réduction de la Guienne avant d'avoir brisé la ligue des tenanciers poitevins; ligue d'autant plus redoutable que ces barons, en rentrant
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SOUS la domînalioii de la France, se voyaient menacés de perdre les privilèges exorbitants qu'ils tenaient d'E* douard III : cette crainte resserrait les liens qui les unissaient à l'Angleterre. Thouars passait pour leur principal boulevard; ils possédaient également Poitiers: mais Bertrand s'y était ménagé des intelligences, dont il espérait profiter lorsqu'une occasion favorable se présenterait. Afin de ne point éveiller les soupçons des bannerets poitevins , le connétable ne dirigea aucune attaque contre la capitale de la province , ne s'occupant exclu* sivement que du siège de Saint- Sever, commencé par le duc de Berri : on enleva la place, malgré la vive résistance du gouverneur Guillaume de Percy » frère du sénéchal. Le captai du Bnch, accouru pour sauver la garnison, se vit obligé de se retirer. Ce siège offrit une circonstance digne d'être racontée. Un abbé de Ma-*lepaye s'y fit distinguer par son sang-froid autant que par son audace : il portait le casque en tête , en conservant néanmoins les vêtements ecclésiastiques. On le chargea d'ouvrir une mine : il s'en acquitta si heureusement • que ses travailleurs furent les premiers h pratiquer une ouverture; l'abbé s'y élança avant tous les autres. Les archers placés à l'embouchure de la brèche abattirent son bassinet, et le saisirent par un bras; les Français le retinrent par l'autre, de sorte qu'il courait risque d'être mis en lambeaux. Enfin ^ après une lutte soutenue, il resta au pouvoir des derniers, ayant eu toutefois la douleur de voir combler sa mine : cette circonstance, loin d'anéantir sa résolution , ne fit que l'enflanmier davantage. L'abbé de Malepaye s'étant reposé un instant, caria chaleur était excessive, alla commencer une seconde mine sur un autre point, et parvint à s'y loger, en dépit de tous les efforts des Anglais.
Au moment oîi le connétable prenait possession de
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Saint-Sever, il reçut un émissaire secret envoyé par les habitants de Poitiers, qui le suppliaient de venir, sans différer un seul instant, recevoir leur soumission : le sénéchal Thomas de Percy, successeur de Chandos, sachant que Saint-Sever était aux abois, avait pris toute la garnison de Poitiers pour la conduire au corps d'ar* mée commandé par le captai. Duguesclin se hâta de profiter d'un avis aussi précieux : le soir même il choisit 3oo chevaliers des plus déterminés, sortit du Limousin, franchit une partie de la Marche, de l'Angoumois, traversa le Poitou, et, après un circuit de trente lieues, il arriva devant Poitiers. Sa marche avait été si rapide , que les habitants ne voulaient pas croire que ce fût Bertrand : enfin on livra une porte ; il entra au galop dans la viUe, et s'empressa de planter lui-même sur la principale tour le drapeau français , qu'on n'y voyait plus flotter depuis le traité de Bretigny. Il y avait deux heures que Duguesclin occupait Poitiers, lorsque Thomas de Percy se présenta devant les ponts-levis ; les bourgeois le reçurent en criant du haut des remparts : Dw guesolint Duguetclinl Ce terrible signal lui apprit qu'il était en présence de ce redoutable Breton , que lui et les siens croyaient vingt lieues en arrière , travaillant à s*établir dans sa nouvelle conquête de Saint-Sever; ses esprits en furent tellement frappés, qu'il ne songea pas à tenter la moindre attaque pour rentrer dans Poitiers. Percy aurait pu faire repentir Duguesclin de s'être compromis dans cette téméraire entreprise ; chose d'autant plus croyable , que l'Anglais enleva deux jours après Niort , place bien mieux gardée que Poitiers. Les succès remportés par Thomas de Percy dans un coin de la province, ne balancèrent pas les revers i:onsécu tifs essuyés sur tous les points par les armées britanniques. Le connétable, dont l'activité semblait augmenter de jour en jour, quitta Poitiers et se remit à battre la canx-
pagne, en poursuivant le projet d'emporter La Rochelle; il s'approcha de la place après avoir réduit tous les points fortifiés qui l'avoisinaient. Celui qui exigea le plus de peine fut Soubise , citadelle bâtie sur un coteau auprès de la Charente : elle appartenait à une châtelaine très - dévouée aux intérêts d'Edouard III. Bertrand , obligé d'observer Thomas de Percy dans le Poitou, laissa la conduite du siège à Thibaut du Pont, un de ses plus habiles lieutenants. Le captai, qui suivait tous les mouvements de son adversaire , fondit le soir même sur les Français laissés devant Soubise, envahit leur camp, mit le feu aux tentes, tailla en pièces ceux qui voulurent se défendre, et Ht prisonniers les autres, ainsi que Thibaut du Pont, criblé de blessures. Mais , par un de ces jeux bizarres de la fortune , si ordinaires à la guerre , l'exploit du captai se changea subitement en une défaite : quoique surpris , les Français opposèrent une résistance assez prolongée. Les flammes de l'incendie , et les cris des soldats , retentissant dans le silence de la nuit , attirèrent l'attention d' Yvain de Galles , dont la flotte croisait devant La Rochelle, avec mission de protéger les opérations de Duguesclin : l'amiral , ne doutant point que les Français n'en fussent venus aux mains avec lennemi . débar-
qua une partie de ses troupes sur la côte, et se précipita dans le camp; il reconnut les Anglais , autant à la haine qui l'animait qu'à la clarté des torches dont chaque archer était pourvu : Yvain de Galles surprit le vainqueur occupé à se partager le butin et les prisonniers. Grailli crut d'abord que quelques gros de fuyards tentaient un coup désespéré pour s'ouvrir un passage ; cependant il se vit lui-même en peu d'instants entouré de toutes parts. Sa valeur personnelle arrêta long-temps ces flots d'assaillants ; mais Yyain de Galles neutralisa ses efforts en appelant de nouvelles troupes. Grailli , conservant son
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sang-froid , faisait des dispositions pour battre en retraite du côte de Saînt-Jean-d'Angély , lorsque Pierre de La Villette saisit la bride de son cheval et brisa ses armes à coups de masse , le menaçant de l'abattre s'il ne se rendait prisonnier ; le captai tendit son gantelet : c'était la seconde fois que Grailli tombait au pouvoir des Français. On l'enferma dans la tour de Corbeil, où il mourut au bout de cinq ans : Charles V refusa constamment de le mettre à rançon. Les historiens modernes blâment cette rigueur, oubliant sans doute que le captai avait à se reprocher des torts très-graves envers ce prince : non-seulement il fut mis en liberté sans rançon à l'issue de la bataille de Cochevel, mais on lui donna encore le beau duché de Nemours, et le premier rang dans les armées après Duguesclin ; au mépris de sa promesse, des bienfaits dont on Tavait comblé , Grailli abandonna le service des Valois pour embrasser celui des Plantagenet, et agit vigoureusement dans les champs de Navarette. Charles V gratifia Pierre de La Villette d'une rente de 1,200 livres, en récompense de la capture du captai du Buch (i).
(1) Christine de Pisan» dont on connaît l'exactitude, s'exprime ainsi k ce sujet (chap. xxti) : a El comme autrefois lui eust le roi Charle quieté de sa rançon et le fîst de son hôtel » setoit retourné aux Anglais , ne le volt plus le roi par rançon délivrer. »
Nonobstant l'autorité respectable de Christine de Pisan , le président Hénault dit : « Le captai mourut prisonnier au Temple , après avoir refusé généreusement de s'engager au ser^'ice de la France. » Tout ceci est inexact; le captai mourut à Corbeil^et non au Temple: les registres de la cour des comptes en font foi , car ils mentionnent les frais d'inhumation; puis il n'existe aucune preuve de ce refus généreux : et comment penser que Charles V eût offert du service à un guerrier qui l'avait déjà si indignement trompé ?
Ânquetil et les autres historiens modernes ont renchéri encore sur le président Hcnault , uniquement pour se donner la sali&factiou de
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L'avantage remporté f)ar Yvain de Galles devait trèscertainement compliquer les embarras d'Edouard III. On avait vu ce monarque mettre à profit la haine de deux Français, Robert d'Artois et Geoffroî d'Harcourt : Charles V employait les mêmes moyens , à la difTérenc^ cependant que les deux barons français étaient des rebelles, et qu'Yvain , proscrit , dépouillé de l'héritage de ses pères , n'obéissait qu'à un ressentiment bien fondé.
La défaite du captai répandit la terreur dans tout le Poitou; Duguesclin en profita pour brusquer une attaque sur les places du parti anglais : Saint -Maixent, Saint-Jean-d'Angély, Saintes, Melle, Aunay, lui ouvrirent leurs portes. On pouvait dire que les murailles tombaient au seul nom de Duguesclin : il ne restait plus à soumettre en Poitou et en Saintonge que Thouars et La Rochelle. La conquête de ces deux places offrait des difficultés sans nombre : dans Tune la garnison anglaise occupait une citadelle inexpugnable, l'autre renfermait dans son sein tout ce que la faction ennemie comptait de brave et de déterminé ; plusieurs fois on avait vainement tenté de les réduire. Le connétable résolut d'investir d'abord La Rochelle, dont les habitants se montraient très-disposés à servir ses projets, Yvain de Galles , ne croisant sur ces côtes que dans le but de seconder les opérations des Français, se remit en mer, alla rallier la flotte castillane devant Bordeaux , et reparut pour bloquer le port de La Rochelle.
En même temps Duguesclin concenti^a ses troupes
critiquer la conduite d*un de nos plus grands rois. C'est ainsi qu'en répétant des faits dénués de fondement, ou les accrédite dans l'opir uion publique. Au reste, les actes oHIciels du règne de Charles V (collection Decamps) fournissent les preuves irrécusables de ce que nous avons dit sur cette affaire.
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éparses,et les conduisit dans le voisinage de cette ville;' le lendemain il vint la reconnaître , accompagné d une Taible escorte et de deux bannerets , les sires de Lohéac et de Rostremen. L'aspect de ces fortes murailles y de ces tours carrées, de ces vastes fossés pleins d'eau, les surprit beaucoup : le sire de Rostremen laissa échapper une exclamation d'étonnement; le connétable l'en blâma en termes sévères : « Par saint Yves 1 s'écria-t-il , si un rayon du soleil entre dans La Rochelle 9 Bertrand saura bien y pénétrer aussi. »
La vue de cet appareil formidable rassemblé sous leurs murs en imposa aux Rochellois : on savait fort bien qu'ils poursuivaient depuis long-temps la chimérique idée de s'ériger en république; ils auraient voulu secouer le joug de l'Angleterre , et rester indépendants sous la protection de la France. L'acharnement que ces deux puissances montraient pour s'assurer la possession de leur ville , fit sentir aux plus sages que la seule liberté dont ils pourraient jouir, serait de se choisir un maître; les magistrats optèrent naturellement en faveurde Charles Y, que leurs concitoyens aimaient de préférence à tout autre souverain. Ils députèrent des émissaires vers Duguesclin afin de le supplier d'interrompre les attaques dirigées contre leurs remparts , attendu que les Rochellois espéraient s'emparer eux - mêmes de la citadelle occupée par les Anglais : il fallait , au préalable , que les Français consentissent à simuler une espèce de retraite , comme s'ils renonçaient à la conquête de La Rochelle, vu les difficultés immenses de l'entreprise. Duguesclin y souscrivit , et fit aussitôt les dispositions apparentes pour lever le siège. Les bourgeois mirent alors leur projet à exécution. Le gouverneur de la citadelle , comme la plupart des guerriers de sbn temps , ne savait pas lire : le maire , homme fort adroit, nomme Mon-
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dorier, profita d'une particularité aussi futile pour lui tendre un piégé assez bien concerté ; il détacha d'un ancien cdit le sceau de cire verte d'Edouard III : cette empreinte tenait , suivant l'usage , au parchemin par des i^ubahs de soie : Mondorier la fixa au bas d'un otdre Supposé que le monarque anglais adressait au capitaine. La teneur de ce commandement prescrivait de s'entendre avec les autorités de La Rochelle pour la défense de cette place , de passer la revue des troupes de la citadéUe dans l'intérieur de la ville, conjointement avec les milices de la bourgeoisie , afin d'augmenter la confiance de celles-ci. Le maire appela l'officier, lequel, voyant les Français occupés exclusivement des préparatifs de leur départ , crut pouvoir sans danger descendre de son poste : on lui montra le sceau du roi, qu'il reconnut fort bien ; et , dans l'impuissance où il se trouvait d'en prendre lecture lui-même, l'Anglais accepta l'offre que faisait le maire de lui en dire le contenu. Le gouverneur, ne soupçonnant pas l'artifice dont on se servait pour le tromper, sortit de la citadelle suivi des deux tiers de ses compagnies; mais à peine lui et les siens eurent-ils dépassé la dernière barrière , que les bourgeois s'emparèrent du guichet , le fermèrent, assaillirent le malheureux capitaine , qui , tout déconcerté d'une telle agression , mît bas les armes sans opposer aucune résistance. Les bourgeois signifièrent ensuite à ceux de la citadelle qu'on les lierait dans des sacs de cuir pour les jeter à la mer, s'ils ne baissaient incontinent les ponts -levis. La menace d'un supplice aussi affreux terrifia les Anglais : les ponts-levis furent baissés , et les Rochellois occupèrent aussitôt les travaux intérieurs.
Le maire , député par ses concitoyens vers le connétable , lui annonça que la ville se soumettait volontiers TOM. II. 19
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au roi de France : « Elle demande seulement, lui dit-il ^ l'assurance sur votre parole, que les prérogatives accordées en 1224 par Philippe - Auguste seront religieusement respectées. — Je vous la donne , dit Duguesclin> en mon nom et en celui du roi mon maître. Je crois 'même aller au-devant de vos vœux , en décidant que la citadelle soit démolie. » Les députés insistèrent encore pour que La Rochelle ne fût jamais $épai*ée de la France, pas même par apanage; enfin les habitants firent l'abandon de plusieurs autres grâces , pour s'en réserver une qui les touchait singulièrement : c'était de vivre , deux jours entiers , affranchis de toute domination étrangère (i). Dans la matinée du troisième le connétable fit son entrée solennelle, et alla planter l'étendard des lis sur la principale porte.
On célébra à Paris la réduction de La Rochelle comme un triomphe éclatant. Par une distinction toute parti-^ culière , Charles Y, en plein conseil , entouré des grands dignitaires de la couronne , écrivit de sa main au connétable , en le traitant de cousin : il le remerciait en termes flatteurs d'avoir rendu à l'Eta^t , autant par sa sagesse que par sa valeur, le lustre que de longs désastres lui avaient enlevé. Tandis que le monarque témoignait sa reconnaissance d'une manière aussi pompeuse , le sujet acquérait de nouveaux droits à sa gratitude : en effet Duguesclin sortit de La Rochelle, bien résolu de compléter la conquête du Poitou par la prise de Thouars, le boulevard le plus formidable de la coalition organisée par les tenanciers du Poitou. Les principaux bannerets de la ligue, les sires de Parthenay, d'Argenton , de Pousange , Louis d'Harcourt , et le vicomte de Thouars , venaient de se jeter dans la place : ils comptaient sur
(i) Arcere y Histoire de La Rochelle.
BERTRAND DUGUESGLIN* agi
les prompts secours de l'Angleterre , car il n'était bruit en France que du rassemblement de troupes ejOTectué dans les états d'Edouard 111. Ce prince , frappé des disgrâces de tous ses généraux , prit la détermination d'aller rétablir lui-même ses affaires. Le vieux Plantagenet reparut à la tête de ses armées, qui ne l'a* yaient pas vu depuis dix ans : il se montra aux yeux de ses soldats , revêtu d'une armure complète ; son corps usé n'en pouvait plus supporter le poids : ses fils , vieux eux - mêmes , l'accompagnaient. Le prince Noir avait retrouvé la vie sous le ciel nébuleux de son pays ; la satisfaction répandue sur les traits du héros semblait présager aux Anglais de nouveaux triomphes. La flotte mit à la voile le 20 août 1372 ; elle portait 20,000 hommes de débarquement , qui , joints à i5,ooo autres disséminés dans les différentes places de la Guienne , et à 12,000 restés en Poitou , allaient former une masse imposante contre laquelle , selon le monarque anglais, l'activité et le courage deDuguesclinviendraientéchouer. On leva l'ancre le i^' septembre ; Edouard s'écria en quittant les côtes de Southampton : ce Je vais abattre le trône de Charles Y; je jure de ne revenir que lorsque j'aurai reconquis les provinces que l'on m'a ravies (x). d On voit que l'ancien rival de Philippe de Valois n'avait rien perdu de sa présomption. Les éléments, jadis dociles à ses désirs , s'y montrèrent opposés cette fois : durant six semaines les vents se chargèrent de défendre la France , et repoussèrent loin de ses rivages les escadres ennemies. Les tempêtes, se succédant sans interruption, en détruisirent la majeure partie : des milliers de soldats périrent engloutis dans les flots. Edouard III, désespéré^ se vit contraint de regagner ses ports ; il licencia ia
(1) Kippis; Histoire du prince Noir.
2Q2, BERTRAND DUGDESGLINi
moitié de son armée , et alla cacher son désespoir au fond du château de Windsor : l'intérêt de sa gloire aurait dii lui commander de ne pas en sortir. Pendant que le roi d'Angleterre menaçait de sa colère Charries V , Duguesclin pressait les préparatifs du siège de Thouars : la ville, remplie de gens de guerre , man-* quait de vivres ; ainsi la hauteur des murailles , la largeur des fossés devenaient inutiles ; on pouvait facilement calculer le jour oh les barons poitevins se rendraient à discrétion. L'impassible connétable avait su contenir l'impétuosité de ses hommes d'armes , avides de périls et de renommée : il fit investir la place de tous côtés , ne voulant pas même tenter un assaut qui pou- . vait coûter la vie à quantité de soldats ; il resta immobile dans son camp , attendant que la famine lui livrât les assiégés. On leur fit savoir de sa part que s'ils en venaient à cette extrémité , les chefs et les soldats seraient impitoyablemjBnt passés au fil de l'épée. Le vicomte de Parthenay et les barons poitevins , effrayés de la résolution du connétable autant que de ses menaces , proposèrent un terme moyen : sachant, à ne pas en douter, que le roi d'Angleterre faisait d'immenses préparatifs pour ressaisir ses conquêtes du continent , ils demandèrent de reculer la reddition de la ville jusqu'au 29 septembre* Duguesclin accepta la proposition , mais il exigea des otages. A l'époque convenue , Bertrand apprit lui-même aux tenanciers poitevins la dispersion de la flotte d'Edouard : cette nouvelle les plongea dans la consternation; ils capitulèrent sans, difficulté. La semaine suivante , les états du Poitou , réunis dans la capitale , annoncèrent aux habitants de la province qu'ils rentraient définitivement sous la dominatioa de la France.
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L'armée conduite par le connétable comptait dans ses rangs 60,000 combattants; on y distinguait six princes du sang, les deux maréchaux de France ainsi que lamiral , soixante barons déployant bannière, et une foule de chevaliers à pennon. Duguesclin y maintenait une discipline sévère : il espérait, à l'aide de ces forces impo-r santes , réduire la Guienne comme on venait de soumettre le Poitou ; mais aussitôt la prise de Thouars eSectuée, cette armée diminua des deux tiers, sans qu'il pût s'y opposer : les volontés du général se trouvaient malheureusement subordonnées à celles d'une quantité de barons trop puissants pour fléchir sous son autorité. Ces chevaliers , animés d'une ardeur martiale, accouraient au moment du danger, et se retiraient dès qu'il était passé.
Les princes du sang, le duc de Bourbon excepté, quittèrent le camp pour conduire les barons du Poitou qui allaient présenter leurs hommages à Charles Y ; il ne demeura auprès de Bertrand que les capitaines soldés , sa compagnie de cent lances , et quelques troupes féodales. En dépit de tant de désavantages, Bertrand continua les hostilités contre plusieurs partis qui erraient encore dans le Poitou : ces forces s'agglomérèrent autour de Niort, la seule ville restée au pouvoir des Anglais ; cette dernière armée $e composait des débris des anciennes divisions du captai , de Lancastre , de Robert KenoUes. Thomas Hampton en prit le commandement suprême , s'adjoignant comme lieutenants Richard du Mesnil et Guillaume Insell, officiers expérimentés, élèves d'Edouard III et du prince Noir. Une fois réunis, ils résolurent de ne jamais plus se séparer , de présenter une masse compacte à Duguesclin, et de ne rien négliger pour rentrer dans le cœur du Poitou. Certainement Hampton et ses collègues seraient parvenus à s'y main-:
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tenir, s'ils avaient eu à se mesurer contre un général moins habile et surtout moins actif que Duguesclin.
Les Anglais, et les soldats de Bertrand eux-mêmes, ne doutaient pas que la campagne étant terminée , on ne dut passer Phiver dans des quartiers sans en bouger. Mais au bout de quinze jours de repos le connétable rassembla ses compagnies répandues dans la Saintonge, et s'ébranla an milieu de la saison la pins rigoureuse, se proposant d'anéantir complètement la nouvelle coalition. 11 forma trois coips principaux , pour attaquer à la fois Lusignan, la Roche*sur-Yon et Ghizai: il confia le commandement du premier à Olivier de Clisson , le second à Alain de Beaumont, et se réserva celui du troisième* Cette agression, dirigée contre trois points différents, devait nécessairement diviser la puissance des Anglais, et rompre du premier coup leur projet d'agglomération : cette combinaison ne réussit cependant pas. Hampton , en général consommé, résolut de porter toutes ses forces sur Ghizai, investi par les Français, et d'écraser cette portion de l'armée ennemie , ne doutant pas que la dé* faite du connétable n'entraînât celle des autres corps : en conséquence, il se contenta d'envoyer de faibles dé-» tachements à la Roche-sur-Yon et à Lusignan , laissant Jean d'Evreux pour garder Niort. Hampton marcha, avec le reste de ses divisions, vers Ghizai. Duguesclin avait déjà échoué dans plusieurs assauts : la forteresse , commandée par Robert de My ton , homme de tôte et de cœur, se défendait vigoureusement. Bertrand , instruit d'une manière certaine de l'approche de son adversaire , fit palissader son camp , bien résolu de s'y renfermer pour n'en point sortir, fiampton et les siens arrivèrent rapi-^ dément , ne doutant pas de trouver leurs rivaux établis dans la plaine : ils furent étonnés de les voir retranchés
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derrière de larges fossés et de haates palissades. Jugeant superflu de chercher à forcer la position , encouragés d'ailleurs par la réserve dans laquelle se tenait l'ennemi, les Anglais s'imaginèrent que le connétable craignait de risquer Faction contre des forces supérieures. Hampton s'arrêta donc au projet de bloquer le camp : il étendit sa ligne eu forme de croissant devant les retranchements des Français, adossant le centre à un bois , garantissant sa droite par un ruisseau , et appuyant sa gauche à des rochers. Duguesclin se voyait engagé dans une position très-critique, ayant en face de lui des cohortes nombreuses, derrière, la garnison de Chizai, dont les sorties Tinquiétaientextrêmement; il ne pouvait échapper à une perte certaine que par un élan d*audace : la bra-^ voure avait fondé sa fortune , elle seule devait le sauver en cette circonstance ; il ne doutait pas d'être secondé par les chevaliers ses compagnons d'armes, qui mon-* traient une résolution inexprimable. Le duc de Bourbon, les deuxMauny,Rostremen,Kerouët,Kerimel, Duboues*tel, Rochefort, Hay Duchâtelet, le jeune L'Espinay, Yvon de Kerriec, Hervé de Kersaliou, Bizien de Monteville et Maurice du Parc se faisaient distinguer parmi tous ces braves. Au moment où le connétable allait se concerter avec eux sur les moyens de sortir de ce pas difficile ^ arriva un héraut apportant de la part de Hampton Toffre de la bataille. Duguesclin, affectant l'embarras devant l'envoyé, lui répondit qu'il ne pouvait accepter le corn-* bat, et le congédia brusquement. Le connétable s'em^ pressa de convoquer les principaux capitaines, pour leur exposer l'objet du message et demander leur avis : son opinion fut de se condamner quelque temps h l'inaction la plus complète, afin d'augmenter la sécurité de Tennemi ; de fondre ensuite sur les Anglais, et de les attaiTer
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par une attaque aussi subite qu'impétueuse. Ce plan fut adopté sans opposition , et Ton ne négligea aucun moyen pour se ménager des chances faTorables. De leur côté , )es Anglais vinrent insulter les retranchements par des bravades , criant sans cesse qu'ils prendraient le connectable et le conduiraient à Londres enchaîné : chacun d'eux se disputait déjà la possession de cette belle capture. Ils campèrent la nuit en rase campagne, sans palissades , aiTectant de montrer , par une espèce de négligence , le mépris que leur inspiraient de pareils adversaires* Deux jours entiers se passèrent ainsi, sans que le camp fit la moindre démonstration : à la troisième aurore Duguesclin commença ses dispositions, dans l'espoir de mener à heureuse fin une entreprise de laquelle dépendaient sa renommée et peut-être même le salut de TËtat. Il partagea son armée en deux phalanges trèS'Serrées, dont le front assez mince touchait les fossés : lin corps de cavalerie d'élite , commandé par Dubouestel, suivait immédiatement ces phalanges. Le sire de Beaumanoir fut chargé de garder le camp avec 3oo hommes : ceux-ci devaient se blottir au fond des tentes , afin de laisser croire aux gens de la garnison de Chizai que pas un archer n'était resté dans l'intérieur des retranchements. La hauteur des palissades empêchait les Anglais d'apercevoir ces manœuvres préliminaires, et d'en soupçonner le but. Enfin, à un signal convenu 9 les pionniers abattirent la partie des retranchements qui couvraient le front; les madriers cédèrent tout-à-coup comme une décoration de théâtre: Duguesclin, en tête de sa division , déboucha par cette brèche d'un pas assuré. Dès que le terrain le permit, sa colonne se déploya en ga-* gnant de l'espace, et se changea en une ligne revêtue de fer ; elle se trouvait divisée en trois corps : le pentes
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avait le connétable pour chef, l'aile gauche Kerimel , et la droite un Hauny ; la cavalerie marchait derrière le centre.
A l'aspect de cette armée s^avançant dans un ordre parfait, enseignes flottantes, les Anglais restèrent quel-^ que temps frappés de terreur, mais les chefs surent bientôt rappeler leur résolution ; néanmoins là première impression fut tellement forte, qu'elle ne put s'effacer en entier. Hampton se hâta d'envoyer au-devant des Français un corps de 200 Poitevins auxiliaires , espérant que ces troupes légères embarrasseraient la marche de l'ennemi assez long-temps pour donner aux sections le loisir de prendre leur ordre de bataille ; mais dès que les Poitevins furent à portée de trait, ils baissèrent leurs armes. Duguesclin les accueillit , et les fit couler sur l'aile gauche sans ralentir son aUure un seul instant. Hampton et ses lieutenants, peu étonnés de cette défection, attendirent Bertrand de pied ferme; les archers commencèrent l'action : leur attaque ne paraissant pas assez rapide au gré des deux ai^mées , celles-ci s'ar bordèrent et se heurtèrent violemment. Duguesclin , en-r touré de chevaliers jeunes et bouillants, qui prenaient de lui les premières leçons de vaillance , les étonnait par ses terribles coups : la hache à ta main , il s'élaur çait dans le plus épais des bataillons anglais; mais la résistance vigoureuse qu'on lui opposait, le forçait bientôt dé reprendre sa place au centre de la bataille; il s'élançait de nouveau , et de nouveau rencontrait des obstacles qui le refoulaient vers les siens. Hampton, ayant fait approcher sa division de gens d'armes , fondit à sa tête sur les deux premiers corps et les enfonça complètement ; mais il trouva en dernière ligne la réserve des Français, composée également de cavalerie. Dubouestel, qui la conduisait , s'avança sans hésiter contré les gens
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d'armes ; ceux-ci, désunis par la charge, ne purenl se remettre en rangavecIa]5romptitudenécessaire*Dubouestel les tailla en pièces, et fit prisonnier de sa main le général d'Edouard III. Duguesclin , habile à profiter de toutes les chances favorables qui se présentaient, se servit de celleti pour rétablir sa ligne de bataille. Les ailes , assaillies par des forces supérieures , luttaient péniblement pour ne pas se laisser accabler. Le connétable passait tour à tour de Tune à l'autre , précédé de sa bannière portée par Tristan du Parc : la vue de cet étendard relevait le courage des Français et doublait leur énergie.
Cependant les Anglais , privés de leur commandant , perdirent l'avantage remporté en premier lieu» Aucun ordre, aucune union ne régnait dans leur ligne, quoique chacun d'eux combattit avec une valeur héroïque; tous ces soldats recevaient la mort sans reculer d'un pas. Au moment où ils allaient succomber , Jean d'Evreux arriva suivi de quatre escadrons de cavalerie : ce gouverneur de Niort, ne pouvant se résoudre à rester derrière les murailles d'une ville pendant que les deux partis se choquaient ainsi en rase campagne , sortit en toute hâte et parvint sur le champ de bataille lorsque Faile droite de Hampton se laissait déborder; il arrêta le mouvement, et fournit aux Anglais les moyens de reprendre l'offensive. Tout-à-coup un nouvel incident vint les accabler, et décider du sort de la journée. Des cris confus, partis de Chizai, attirèrent l'attention des combattants : Robert de My ton était accouru de la place accompagné de ses 200 hommes de garnison , pour venir prendre en queue Duguesclin; il traversait le camp, s'imaginant le trouver abandonné; mais au moment de franchir l'ouverture pratiquée dans les retranchements , cet officier fut entouré par les soldats du sire de Beaumanoir: la surprise de ses gens fut telle, que nul d'entre eux ne songea
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à se défendre d'une manière sérieuse ; ils furent assaillis par de petits pelotons qui s'élançaient de l'intérieur des tentes. Les Anglais , croyant leurs adversaires fort nombreux, demandèrent quartier au bout de quelques instants. Robert de Myton, en sa qualité de commandant, fit payer cher sa défaite : bleSsé grièvement , enveloppé de toutes parts , il se vit enfin obligé de rendre son gantelet. Le sire de Beaumanoir courut au pont4evis , le franchit avec sa troupe , fit fermer les portes , et s'empressa de hisser sur la tourelle du château le drapeau français. Tandis que ceci se passait dans Ghizai , les deux partis qui luttaient au milieu de la plaine , accablés de lassitude 9 s'arrêtèrent de part et d'autre. Les Anglais envoyèrent un parlementaire, dans la vue d'obtenir une suspension d'armes ; ils n'agissaient ainsi que pour éviter une ruine totale. Dans le moment où Bertrand écoutait le messager, plusieurs chevaliers accoururent et lui montrèrent l'étendard aux fleurs de lis , arboré sur les baslions de Ghizai. A cette vue le connétable, comprenant ce dont il s'agissait, congédia brusquement le héraut : ce Je ne puis, lui dit-il, consentir à aucun arrangement ; ceux du château et Robert de Myton leur chef sont pris, c'est signe que Dieu nous protège: allez dire aux vôtres qu'ils se remettent en défense, car je ne veux point les atta-» quer sans les prévenir (x). » En efiet, il attendit une heure; puis , s*avançant fièrement à la tète de ses soldats transportés d'enthousiasme, il culbuta l'ennemi sur
(i)« Nenpil, dist Bertrand , par ma foy jeiod tanc de paix ne de cop corde : ceux du chastel sont desconfîts à présent , et Robert Mylon prisonnier ; c'est signe que Dieu nous donnera victoire prochainement. Allez faire lever vos gens sur piez ; car je ne daignerois assembler h eux , se ils nestoient en estât. 1» (Hist. 4e Duguesclin ^ par Claude Mesnard, page 629.)
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tous les points. Les Anglais, frappés de stupeur par la prise de Cbizai y se virent contraints de plier devant Bertrand, dont l'ascendant devenait aussi irrésistible que celui du prince Noir; accablés de lassitude, criblés de blessures, ils mirent bas les armes : Froissard conr vient que pas un seul n'échappa. Ce combat de Ghizai, dont les historiens franç^iis font à peine mention, se livra le 29 juillet 1372. Le connétable, chai*mé de la valeur des Anglais, les envoya tous en Guienne sans rançon , voulant les vaincre en générosité , comme il les avait vaincus en prouesse. Duguesclin n'étendit pas jusqu'à Jean d'Evreux la clémence dont il usait en* vers les soldats d'Hampton : Jean d'Evreux, frère de Gharles-le-Mauvais, par conséquent prince du sang, aussi félon que le roi de Navarre, changea plusieurs fois de parti çans pudeur. Le connétable Tenvoya à Paris', comme trophée de sa nouvelle victoire, lui donnant pour garde le jeune de L'Ëspinay qui lui avait arraché son épée au fort de l'action.
Duguesclin, toujours avide de succès, ne voulut pas que la journée se bornât au gain de la bataille de Ghizai; il forma une division de J^oo hommes de cavalerie^ et la mit sous les ordres du sire de Rostremen , en chargeant ce capitaine d'aller surprendre Niort. Rostremen arriva à la chute du jour devant la ville, où personne ne connaissait encore l'issue du derniei* combat. Les Anglais de garde aux barrières crurent voir les escadrons de Jean d'Evreux qui rentrait dans la place ; ils le laissèrent avancer : lui et les siens, que favorisait l'approche de la nuit, se précipitèrent sur le premier poste, le mirent en déroute , et entrèrent dans Niort en criant Duguesclin ! Duguesclinl Les bourgeois y répondirent avec acclamation , et leur cité rentra incontinent
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SOUS la domination de la maison de Valois. Ainsi, en un seul jour, le connétable fut vainqueur dans un combat livré en rase campagne , prit une forteresse, et s'empara de la seconde ville de la province. Bien des batailles célèbre^ n'eurent pas des résultats la moitié aussi importants. L'annonce du revers éprouvé par les Anglais devant Gliizai, suffit pour déterminer les gouverneurs de Lusignan et de la Roche-sur-Yon à baisser leurs pontslevis. La capitulation de ces deux places compléta la soumission de la Saintonge, de l'Aunis et du Poitou (i). Les brillants avantages remportés par Duguesclin dans les provinces de l'ouest , permirent au duc d'Anjou de pousser vigoureusement les opérations en Guienne. Les Anglais , pressés de toutes parts, se virent au moment de perdre les possessions continentales. Edouard ordonna à son fils, le duc de Lancastre , de conclure une suspension d'armes. Charles Y, qui ne se laissait jamais* aveugler par la fortune , donna les mains à ces arrangements ; il les regardait comme les préliminaires d'une paix définitive : les hostilités cessèrent en Poitou et dans le midi. Le connétable accourut à Paris jouir du fruit de ses travaux : il venait de ranger sous les lois de la France les provinces qui en étaient démembrées depuis le traité ^de Bretigny, et dont l'acquisition avait coûté à Edouard trente années de combats , signalées par trois victoires mémorables. Jamais aucune campagne n'avait procuré à la monarchie des bénéfices aussi réels. Cette France, naguère inondée d'ennemis, menacée d'une
(i) Wasiûgham, Hume lui-même, souvent impartial, passent sous silence ces trois campagnes si glorieuses pour la France , et surtout si utiles à Charles Y ; sans doute qu'ils regrettaient de parler des désastres qui signalèrent les dernières années du règne d*£douard lïf.
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raine imminente , se relevait plus vigoureuse qu'auparavant et humiliait déjà sa puissante rivale : chacun en remerciait Duguesclin ; personne ne lui contestait le mérite d'avoir opéré ces prodiges. Nous allons voir le héros accroître sa renonunée par de nouveaux services rendus à la patrie.
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