‹ Vies des grands capitaines francais du Moyen Age, pour servir de complément á l'histoire génerale de la France aux XII, XIII, XIV et XV siécles (volume 2)Chapitre 7 sur 25 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

Duguesclin termine la conquête de l'Andalousie. — Don Pédre se rend à Bordeaux pour implorer l'assistance du prince Noir» qui passe en Espagne avec une nombreuse armée. — Bataille de Na- Tarette. — Duguesclin y est fait prisonnier.

Les fatigues de la guerre , jointes à une chaleur excessive j avaient diminué l'arniée française d'un tiers; le reste aspirait au] repos. Duguesclin séjourna deux mois à Séville ; il prit San-Lucar à la suite d'un siège assez vif, et enleva le château de Xérès. Blanche de Bourbon y avait été inhumée d'une manière peu convenable ; ou lui fit , d'après les ordres de Bârtrand5 des obsèques royales dans l'église* cathédrale. À peine Duguesclin venait-il de s'acquitter d'un devoir. que lui commandait sa qualité de Français y qu'il apprit des choses extraordinaires sur le compte de don Pèdre. Le tyran avait espéré recevoir un accueil em]!>res8é de la part de son oncle le roi de Portugal , qui s'appelait également Pierre (i). Ce prince , époux de la belle

(1) On comptait alors en Espagne trois princes portant le ni(}mc

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Inès de Castro , aussi loyal que sévère , ne cessait de dire à ses ministres : « Ne péchez pas contre la justice , vous ne pécherez pas contre moi. )> Méprisant son neveu , il lui interdit le séjour de ses états : d après ses ordres , deux conseillers , don Ferez de Castro et le comte de Barcellos , allèrent prendre le fugitif sur les frontières du Portugal , et le conduisirent en Ga- Jice. Don Pèdre voyant , contre tout espoir , les habitants de cette province disposés en sa faveur , prit la résolution d'y attirer tous ses partisans. Déjà il avait réuni un noyau de 6,000 hommes , et prenait une altitude menaçante : Duguesclin sut en peu de temps arrêter ses progrès ; il s'avança rapidement en Galice, atteignit Fernand de Castro sur le Minho , et le battit. Fernand y ayant reçu quelques renforts , revint à la charge ; mais il essuya une seconde défaite» Bertrand , poursuivant ses succès , arriva sous les remparts de Saint-Jacques de Compostelle , et emporta la place , qu'il trouva plongée dans la consternation , occasionnée par un trait de cruauté inouï dont Pierre se rendit coupable en quittant la ville. Il savait que l'archevêque de Saint- Jacques , don Suéro , formait des vosux en secret pour le triomphe de la cause de Transtamarre ; il lé fit massacrer an milieu de sa cathédrale , lorsque le prélat montait à ('autel pour dire l'office des morts. Perez Charriaco , Gomea Gallinato et deux autres écuyers galiciens furent, dans cette ecoasion, les instruments delà vengeance de don Pèdre (i). Ce tyran, insti*uit

nom; don Pèdre^leOéréiDonienx, roi d'Aragon; Pnevr^-rl^Jusiicier» roi de Portug^; el; don Pèdre , rqi de Ca^IjOUe. Gst boivonyrpe de Pierrç a jeté dans Terreur ]es historien^ français, qui ont con« fundu les deux derniers, quoique leur caractère différât essentiellement. Don Pèdre de Portugal mourut l'année suivante, (j) Ayala , 1779, in.4** , lome i, page 4»8.

B^RTUAND DCGCÇSCLIN. IJÏ

de la défaite de $on lieulenant Castro , quitta précipitamment la capitale de la Galice , et courut à la Gorogne. 11 y apprit \in n.Qaveau malheur; car plus don Pèdre commettait de forfaits y plus le Ciel appesantissait sur lui sa colère : il sut que le .peuple de Sévillp avait brisé ses statues ; que i pendant ce tumulte , Gil Bocr canegra , amirs^l de ÇastiUe , s^était mis à la poursuite de Martin Yanea^ ^ gui çgnduisai^ sur le Gu£^4^1quivir Iç trésor du roi , el avait enlevé ce. précieux dépôt , formé de tr^nle-six quintaux d'or (i). Ce dernier coup ^Iterr^ le prince ; l'approche de Bertrand le détermina à monter sur un vaisseau (juç. des servi^urs fidèles tenaieAt pré^ paré. Il emmenait à,;sa suite §es trois filles toutes jeunes, issues de son commerce avec Padilla, ; Çéatrix i . Cons'^ tance et Isabelle (a) ^ don Lope« de Cor4ova , graodr maître d'Alcantara , raccompagnait également. Le roi fit cingler vers Saiut-Sébastien » dpnt il gagna la rade (fin de mars liGj). 4tu woment de perdre d^ vue les côtes de l'Andalousie ^ dqn. Pèdf e se leva debout sur le lillac , en s'éçriant : ç Je la. reverrai ççtte. terre op je régns^i, et je Vinoudeorai du j^ang diQ.piçs (ennem^. »

P€(n4a.at que ce prin^a abandontiait: un pays qui ie repoussait, Dugu^sdÂu |. tpur à tuuf g^onrieir et nego^ ^ciateur, ay^nt rapgé ei^ i^nliei' K Galîqe soit^ lès. lois de dpu E^ori, sut dâtermi^er Pierre lY, roi d'Aragon, à reconnaître le comte de Ijcap^aKaarfe- pour souverain de la Castille; serviic^ d'autant p}u9 qiipital9 qu'un orage terrible me^a^it de fondre sur la luiâsou de^ Gusmau.

Don Pèdve , eu quUt£|ot h Portligajl , avait écjrit au

(i) AyAlà , page '4^0, et tous kis'historiehs espagnols.

(2) Béalrix fui abbesse de Sainte -Glaire de Tordessillas. Coustau ce et liiabellc épousèient les deux frètes, le dujc .dç.Xarica!>lre et le duc dTork, ùh d'Edouard UI. ; , .

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prince de GaHes pour le supplier d'embrasser sa défense : Edouard répondit à cette demande de la manière la plus favorable. Afin d'intéresser davantage son protecteur , le fils d'Alphonse résolut d'aller le trouver en Guyenne : àcet effet il partit'de Saint-Sébastien par mer et débarqua au bodt de quelqueis heures k Bayonne , où le prince de Galles, prévenu de son dessein , arriva pour le recevoir. « C'est aVec l'espoir de trouver en vous uh vengeur, lui dît le Castillan , que )e viens me jeter dans vos bras. En embrassant ma querelle ,' vous trouverez la gloire que procure la défense de la justice; ma cause est celle des rois , car je me suis vu dépossédé de la couronne par un frère bâtard , qui ne s'est appuyé que sûr le droit de la force: TépéedeDuguesiclin a renversé mon trôhè ; là vôtre seule peut le relever (i). »

Edouard n'estimait cértainetbent pas celui qui implok'ait son assistance ; néanmoins l'idée de devenir l'arbitre dès rois enflamtnait sôh imagination ; d'ailleurs là réputatioti dé Duguesclrn l'importunait. Le prince Noir répondît' à' don Pèdrè qu'il regardait t;'omnfie un honneur de le rètablid datls Sèê ét^ts^V "^aî^ qoHinè entreprise au.9si • majeure • ne plouvaîè s*^î{éetitei* «ans l'a^ -venéê son pèt*e (a); t^odr montrer, toutefois son désir de 'le favoriser ', il envoya aussitôt 'en Angleteri'e trois chevaliers; de.sonhôtcl,* les sineb» de Whr, de Loriiig et dePômier, plutél ppur< cm^agèfle monarque à seconder' son fils dans ses projets, quépoiirlai demander'la permission jfe côittmèrlcèriinêf nouvelle éru^rre. Don Pèdre désira que Lopez de Cordova , grand-maî tre d'Alcantara ,. ^ccompaguât^ ces aheyalieps à Lon-

(i) A'yalâjtshap. XVI, page 42a. -*

(a) Life Edward's, prince of Wfrlcà, HyAt-lliiït CoHins.

BERTRAND BUGCESGLIN. l'^i

cires , afin que ce ministre pût plaider sa cause auprès du vieux Edouard , sans doute prévenu à son égard. <( Vous lui direz : Le roi mon maître a perdu son père de bonne heure ; il est resté jeune , sans appui , entouré d'embûches ; ses frères , plus âgés , au lieu de le protéger, sont devenus ses plus ardents ennemis : on l'appelle cruel , tyran , pour avoir châtié ceux qui le méritaient (i). »

Dans l'intervalle de cette mission, don Pèdre s'appliqua à gagner l'afTection des généraux anglais , soit en leur montrant la gloire qu'ils pouvaient acquérir dans cette entreprise , soit en leur promettant des récompenses brillantes , auxquelles il préludait par de riches présents. Le roi avait été assez heureux pour sauver une portion de ses trésors , nonobstant le numéraire qui fut pillé à Séville. Il offrit an prince de Galles un dessus de table en or massif, incrusté de pierres précieuses : son père le tenait d'un chef maure , de Grenade 5 les historiens espagnols en font une description pompeuse.

Au bout de trois semaines les chevaliers anglais rapportèrent l'autorisation de commencer les hostilités contre Henri de Transtamarre. Le monarque repoussa d'abord les instances du prince Noir, soit qu'il craignît une agression de la part de Charles V pendant l'absence de ses meilleures troupes , soit qu'il vît avec regret entreprendre une campagne qui pouvait augmenter la renommée du vainqueur de Poitiers. Personne n'ignore qu'Edouard III eut l'inconcevable faiblesse de devenir jaloux de son fils.

Duguesclin et Henri de Transtamarre , instruits des

(i) Ces instructions, qui sont fort curieuses, se trouvent tout au long dans Radeo de Andrada, historien très-exact.

1^4 BERTRAND DUGtESCLI?(.

démarches que don Pèdrc faisait auprès du prince Noir, ne négligèrent rien pour conjurer Torage qui se formait contre eux. Leurs efforts se trouvèrent d'abord paralysés par le départ subit des Anglais : les malandrihs de cette nation reçurent du prince Noir Tordre de se replier sur les frontières de la Navarre , et de se rallier aux phalanges que lui-même conduisait en Espagtic. Calverley ne laissa pas échapper une occasion aussi favorable pour assouvir sa vieille haine : ni le souvenir des bienfaits du comte de Transtamarre, ni le regret de détruire son propre ouvrage^ ni la confraternité d'armes qui l'unissait à Duguesclin , n'arrêtèrentsa résolution. Le nouveau roi de Castille, justement effrayé, ne put s'empêcher de regarder cette défection comme le présage de grands mallieurs; néanmoins Bertrand sut relever son âme abattue : il lui conseilla d'instruire sans déguisement ses sujets des périls qui les menaçaient, afin d'éprouver jusqu'à quel point on pouvait compter sur leur affection. Le peuple manifesta son attachement pour Henri d'une manière non équivoque; les villes, les bourgs et les moindres villages offrirent au souverain des secours volontaires d'homnies et d'argent. Séville annonça qu'elle fournirait 20,000 soldats, Burgos 10,000, Palencia i5,ooo, Valladolid 10,000 : enfin , en peu de temps 80,000 hommes apparurent réunis au centre du royaume. Cependant Bertrand sentit que ces milices , animées du plus pur dévouement, ne sauraient tenir devant les soldats du prince de Galles : après lé départ de Calverley, il ne resta que 8,000 hommes de vieilles bandes. Le général résolut de passer en France , afin d'implorer pour Henri de Transtamarre l'appui de Charles Y, comme don Pèdre venait d'implorer celui d'Edouard III; jugeant qu'en bonne politique les Valois devaient redoubler de zèle pour soutenir en Castille un prince dont ralliance, fondée sur la

BERTRAND DUGUESCLIN. IjS

reconnaissance ) pourrait plus tard leur servir à expulser les Anglais du midi de la France. L'événement [ustifîa les prévisions de Duguesclin.

Bertrand partit donc de Bnrgos, en laissant son armée sous la conduite d'Olivier de Mauny et du sire de Villaines. Désirant raffermir la fidélité chancelante du roi d'Aragon , allié d'Henri de Transtamarre , il s'écarta de sa route pour aller à Saragosse, faire sentir à ce prince que sa propre sûreté lui commandait de resserrer les liens qui l'unissaient au souverain de la Castille, puisque les Anglais ramenaient en Espagne le roi de Majorque , dépossédé de ses états par l'Aragonais (i). £n sortant de Jaca , Duguesclin entra en France , où il fut reçu comme le héros de la patrie ; Charles Y le combla de caresses, le traita non pas comme un simple général, mais en duc de Molina , en connétable de Castille, et lui promit une division de 8,000 hommes d'élite^ Charles V ne voyait pas sans une secrète joie son ancien rival épuiser les ressources de l'Angleterre pour tenter une expédition dangereuse, qui n'offrait aucun avantage réel. En effet. Hume, parlant de cette entreprise,

(1) Une circonstance futile ayait f^it naître cette querelle. Pierre IV, roi d'Aragon, et don Jayme, roi de Majorque^ se trouvèrent, en iSSg» dans la ville d'Avignon 9 ok ils allaient visiter le pape. L'entrée des princes était une cérémonie dans laquelle on déployait beaucoup de magnificence : dans celle-ci ^ le roi d'Aragon prit brusquement le pas sur celui de Majorque ; ce dernier, indigné, saisit un fouet que tenait son écuyer, et, par manière d'insulte, en frappa vigoureusement le cheval de don Pèdre; l'Aragonais mit l'épée à la main , et fondit sur don Jayme : on les sépara. Une rupture suivit de près cette querelle ; le roi de Majorque fut vaincu, perdit le comté de Montpellier, la Cerdagne, et enfin Majorque : il mourut de chagrin , laissant un fils qui essaya vainement de rentrer en possession de Tiiéritage de ses pères.

1^6 fiSRTRAMD DUGtBSCLIN.

déclare que les guerres d'Edouard n'eurent ni la justice pour base, ni l'utilité pour objet (i).

Jaloux d'éviter la faute que le vieux Edouard com* mettait sans réflexion , le roi de France se garda bien de dégarnir de troupes ses places fortes; aussi ne donnat-il à Duguesclin que 8,000 archers. Ce secours, quoique précieux sans doute, était insuffisant; pour y suppléer, Bertrand fit un appel aux Bretons ses compatriotes : à sa voix on vit accourir quantité d'écuyers et de chevaliers ; des bacheliers âgés de quinze ans voulurent suivre ses bannières, et commencer sous ses auspices le métier des armes. En peu de temps il s'assembla un nombre de Bretons à peu près égal à celui des soldats fournis par Charles Y : ce fut à la tête de ces i5,ooo auxiliaires que Duguesclin reprit le chemin de l'Espagne, en traversant toute la France. Malgré sa diligence, il avait été précédé de plusieurs mois par le prince Noir. Celui-ci , résidant en Guienne, pouvait, au bout d'une semaine de marche, arriver aux frontières de la Castille. Le héros apporta dans les préparatifs sa prudence accoutumée. Le duc de Lancastre lui amena d'Angleterre 6,000 gens d'armes : le captai du Buchalla, par ses ordres, lever des compagnies dans la Gascogne; les hauts barons d'Aquitaine , les comtes d'Albret , d'Armagnac , de Rochechouart , de Pérîgord, de Caraman , les sires de Courson, de Breteuil, durent se ranger sous ses étendards, en vertu des obligations que leur imposaient les lois féodales. Le jeune Edouard eut en deux mois à sa disposition 70,000 hommes : une faible partie de ces soldats avait concouru au triomphe de Poitiers.

Avant de mettre son armée en mouvement , le prince

(i) « His foreign wars were in other respects, neilher founded in justice, nor direct to any salutary purpose. » Chapitre xvi.

BERTRAND DCGUESCLIN. I77

Noir exigea qiie don Pèdre prît des engagements pour le dédommager des frais immenses qu'allait entraîner cette expédition. Le Castillan offrit en garantie la majeure partie des trésors mis en sûreté, grâce à ses soins : il promit de payer en entier la solde des troupes , et se dér clara ce jour même vassal de la couronne d'Angleterre(i). Cette convention conclue, on désira s'assurer des dispositions du roi de Navarre* Ce prince félon avait embrassé la cause de Transtamarre , en voyant la fortune se déclarer en sa faveur; mais apprenant que la puissance la plus formidable de la chrétienté prétait son appui à don Pèdre , il changea brusquement; et sans rompre d'une manière définitive les liens qui l'unissaient au comte de Transtamarre, il fit des ouvertures aux généraux anglais: ceux'ci les accueillirent avec d'autant plus d'empressement , que Charles -le-Mau vais pouvait à son gré interdire on faciliter le passage de ces montagnes. Il consentit volontiers à s'aboucher avec don Pèdre, abandonné déjà par lui une fois : l'entrevue eut lieu à Bayonne, vers la fin dumois d'août i367 (l'année commençant à Pâques).Quel spectacle de voir en présence les deux princes les plus abominables de ce siècle ! Malgré l'analogie apparente de leur Caractère, il existait entre eux plusieurs points d'opposition très-marquants : en effet , tous deux beaux, bien faits, spirituels , arrivaient au mal par des chemins différents. L'u^ ourdissait des trames dans l'ombre , immolait par des mains étrangères ceux qui encouraient sa disgrâce , et quelquefois répandait des larmes d'une fausse pitié sur les forfaits que sa rage avait commandés; l'autre^ dédaignant la dissimulation, commettait à découvert les attentats les plus inouïs; ministre de ses vengeances, il frappait de sa main les victimes, et les voyait d'un

(i) GoilinS) page \g5.

Tou. II. la

1^8 BERTRAND DCGUESCLIN.

ceil sec expirer devant lui; l'iin concevait des craidtes lieuses à la vue des moindres dangeiis, se tenait caché derrière des murailles pendant que Ton combattait pour ses intérêts; l'autre, inaccessible à la crainte, bravait tons les ressentiments, marchait à la tête de ûotk armée, et pressait le carnage : celui-là obtint tout par la ruse , celui-ci par la violence r le premier sut dérober sa tête à la foudÂ*e , et mourut dans an âge avancé ^ d'une manière ignoble ; le second périt jeane , les. armes à la main , sur un théfttre de vengeances, livré à tout ce que la haine et la fureur ont de plus terrible.

Le Sis d'Edouard présida à cette entrevue de Bayonne, ménagée par ses soins : Cbarles-le^Mauvais s'engagea, à livrer les défilés moyennant la cession de la Galice,. exigeant de plus la promesse formelle qu'on ne s'emparerait d'aucune place forte de la Navarre* Les trois princes se séparèrent s'étant trompés mutuellement; car, dans le même temps qn'ils traitaient ensemble, Charles d*!^ vrenx écoutait favorablement les nouvelles propositions de Transtamarre , don I^dre se promettait bien de ne pas céder une seule ville de la Galice , et le général an«glais, se défiant du Navarrois, prenait la résolution de ne négliger aucune précaution pour rester maître du passage des Pyrénées , et assurer ainsi sa retraite en cas de revers* Au sortir des conférences ^ le prince Noir regagna Bordeaux, sa résidence ordinaire : il|^ conduisit don Pèdre. Le ixm de Gastille, voyant l'armée prête à lever le camp , promit à son protecteur l'abandon de la Biscaye ; il s^engagea de plus à payer à ses capitainee , le lendemain de leur entrée en Espagne , la somme de 55o,oOo florins, et 5o,ooo un mois après : il fit à Chandos la donation anticipée de la ville de Soria. Edouard voulait attendre la délivrance de la princesse sa f«imme : elle mit au monde, vers les derniers jours de

BIÏBTRAKD DUGUeSCLIN. l'Jg

janviei* 1^67 , un fils qae Ton noinma Richard, et qui daasla suite monta sur le trôde* Au comble de la joie, le prince anglais partit de Bordeaux le 1^' février (i)^ demeura une semaine entière sur les bords du Gers, afin de terminer la concentration de ses forces, puis il s'ébranla sur trois colonnes : la première était commandée par le duc de Lancastre et Chandos , la seconde par Edouard lui-même et don Pèdre, la troisième par don Jayme, roi' de Majorque. L- armée franchit les gorges de Roncevaux le 19 février; don l^èdre, en touchant le territoire espagnol , s^empressa de lancer deè manifestes dans les différentes provinees (a). Calverley fut chargé de préparer l'entrée de Farmée, en éclairant la route qu'elle allait tenir : il devait trouver, en entrant en Navarre , des guides et des viVres , on ne lui fournit ni les uns ni les autres: il s'égara au milieu des montagnes,fit des détours immenses , et laissa la moitié des siens enterrés sous les neiges. Lé duc de Lancastre , qui marchait à la tête de la première colonne, recueillit ces débris; il envoya demander à Gharles-le-Mauvais des explications sur ce manque de foi : le Navarrois répondit à ce tnessage par de nouvelles protestations, attribuant les malheurs de Calverley à un malentendu. De son côté, Henri de Transtamarre , outré de se voir abandonné par le roi de Navarre dans le moment le plus critique , détacha Olivier de Mauny en le chargeant de se saisir des principales places qui fermaient les passages des Pyrénées. Le chevalier breton partit accompagné de 8,000 hommes : malgré sa célérité, il n'entra dans les gorges que lorsque les colonnes ennemies avaient entièrement débouché dans la

(i) Arthur CoUins , p. 196.

(a) Cascales, dans sou Histoire de Mnrcie , p. 116, donne la teneur d'un de ces manifestes.

l8o BEHTRANf> Di^GUËSCLIN»

plaine. Mauhy, au désespoir, voulut du moins punir Cliarles-le-Mauvais de sa trahison : il ravagea le paya jusqu'aux portes de ParD)>€lune. Charles tenta de l'arrêter Ini-méme ; il se montrait pour la première fois à la tête dèsvtroupes : son. début ne fut pas heureux ; plus expeit à fomenter des troubles qu'à guider des soldats au champ d honneur, le Navarrois essuya une défaite complète, et tomba an pouvoir de Itf auny. Des historiens assurent que ce prince se laissa faire prisonnier à dessein, pour que don Pèdre ne: pût Taccuser de trahison. Quoi qu'il en soit, le vainqueur sut tirer parti de cet avantage : il s'empara de plusieurs citadelles; jeta l'épouvante dans la Navarre, et alla joindre* à Burgos Henri de Transtamarre. Celui-ci se trouvait fort embarrassé ; car le. seul bruit de larrivée du prince de Galles effraya tellement les pro«vinces, que tes villes, ne songeant qu'à leur propre sûreté, ne s'empressaient point de fournir les contingents promis dans un moment d'enthousiasme ; on ne put réunir que 35,000 soldats, dont 10,000 seulement de vieilles troupes : aussi le nouveau roi prit-il la résolution d'éviter un engagement avec le prince de Galles , qui, menant une armée aguerrie et bien plus nombreuse, se signalait par de rapides progrès.

Le général anglais concentra son armée le long de la vallée de Pampelune; les trois colonnes avaient mis huit jours pour gravir les montagnes; il donna qudque repos à ses soldats , et forma de plusieurs divisions un corps d'exécution , qui fut placé sous les ordres de Thomas Felton et de Guillaume son frère« Le premier était celui que Duguesclin avait pris deux fois en Bretagne ; le second jouissait de l'entière confiance d'Edouard, qui le nomma sénéchal du Poitou. KenoUes fit également partie de cette avant-garde, qui traversa toute la Navarre, entra dans l'Alava, franchit TEbrcà Logrono, et s'arreta à

BERTRAND DUGGESCLirV. l8l

Navarette afin de suivre les mouvementsdedon Henri. Pen* dant que Felton exécutait cette marche rapide , Edouard se porta sur Vitloria, capitale del'Alava, s'en rendit mattre, et poussa jusqu'à SaWatierra, dans le dessein d'atteindre l'Ebre; le duc de Lancastre , conduisant un autre corps, perçait par Estella afin de s'approcher de ce fleuve, choisi par les Anglais pour devenir la base de leurs opérations* De son côté Henri manœuvra dans le dessein de couvrir Burgos,la capitale de la Castille; il s'en acquitta avec une supériorité de talent qui mérita les éloges du prince de Galles lui-même (i). Au lieu de s'avancer de front vers Biirgos en passant l'Ëbre à Miranda , Edouard inclina sur sa gauche , afin sans doute d'éviter les gorges de Pan-r corbo^ la forteresse de Briviesca et les montagnes d'Ocfli II traversa une seconde fois l'Alava, s'âendant jusqu'à Logrono gardé par Felton , passa TEbre soi' ce point , et vint prendre position.à.NavareUtè. Le prince Noir envoya une (division s'emparer de Galahorra, et posta Eeiton aur la chaussée, pour qu'il ]>àt observer le passage de Hi-^ randa. L^armée anglaise embrassait donc le long de l'Ëbre une éteûdue de vingt lieues* La Bioca , qu'elle occupait en entier,, était du petit nômbrie des provinces restées fidèles à la fortune de don Pèdre. Soria , sa ville .prin* cipale^ bâtie près de l'ancienne Numance, avait refusé de reconnaître Henri pour souverain. Les difficultés. que les Anglais eurent. à surmonter pendant leur marche^ donnèrent au comte de. Transtamarre le temps de chàn^ ger ses dispositions» De Miranda il se replia sur Burgos, enval^it lui-même la Rioc^, et campa auprès de Najera^ gros bourg situé non Join de la; NajarilU , petite rivièfe qw:\a, fontçides neiges. ayai^fbrt. entier: dU' prend :sa spurce aux montag0«s de los Gameros. Posté de^ceitte

(i) Froissai'd^ liv. i, pag. 53g.

l8a BERTRAKO DCGUËSCLIN.

manière, don Henri couvrait admirablement sa capitale. Il atteignit Najera le u8 mars ; le prince de Galles oc* cnpa Navarette le même jour (i). Ainsi les deux armées se trouvaient en présence , ayant entre elles une plaine i ou plutôt, comme disent les Espagnpls, une conque y se développant sur quatre lieues de large. Pour arriver à Burgos , il fallait que le prince de Galles passât sur le ventre de l'ennemi.

Les choses étaient dans cet état lorsque l'on vit appa-* raitre Duguesclin* Après avoir pénétré dans la Navarre à la tête de ia,ooo hommes , ce général s'était réuni , dans l'Alava , aux partisans de Transtamarre. Il franchit l'Ebre à Miranda et longea les frontières de la Bioca ^ dans rintentioa d'opérer sa jonction avec don Henri. Avant d*exéeuler ce projet , il eut encore l'occasion, de se signaler. Les deux Felton avaient été chargés , avons-^ nous dit, de conserver libre la communication de l'Ai*lava , et d'arrêter les détachements espagnols qui. aK laient h Burgos joindre Tarmée castillfine. Au pied des montagnes qui séparent les deux provinces ils ren* contrèrent le corps d'aimée de Duguesclin , qu'ils pri* rent de loin poui^ une division aragonaise , en Voyant flotter à Tavant^g^rde les enseignes de don Jayme. Per-* sonne n-ignorait que Bertrand devait franchir les Py-^ répées , mais on le croyait relenu au pied des monts* Les Anglais, persuadés que les gens armés qui s'avançaient n'étaient que des troupes espagnoles , «par conséquent fort peu aguerries , marchèreat en toute as^ surance ; mais ils ne tardèrent pas de distinguer parmi elles des Français : bientôt ils ne purent plus douter que Duguesclin lui-même ne les commandât , car les soldats poussaient déjà son redoutable ai de guerre. Gèpen-

(i) Lopcz Ayala, Cronicas de Caatilla, torae r, p. /|49.

aSRTRAND DUGt'fiSCUK. I 83

dan t la retraite était devenœ impraticable » et 11$ cUer^ cbaient à sortir de ce mauvais pas avec le moins dç dommage possible |jor$j(}Me Bertr^d fondit sur eux et tailla en. pièces les 2^àop cayaliers aillais : Guillaume Feltou, cherçhfint'à rallier les siens :,.tomb^ percé de coups ; quant' à Thomas ^ Use vit pour la troisième fois prisonnier d^ BerUrand* ;

Ce fut. par ce::^uccès mporAdut qiie le héros. annoQ^aiSa tèDoeali priacdi^jqui l'attendait si impatiem^ méat. :. Lee broyanies clânieiir»:des CasItiUus signaler reat son teotrée^dans Le. camp ; «elles fureût an tendues des A»glàis« .Oç Venait .d:iiifQpjMr le jeiaoe Edouard df la défaite ^''Fehoh);*aJ déguisa ^ «l'une, manîèipe bieîQ heiQOimblé'poiir Duga^fidin , le .c;he^rJEi q«ie lui xausait cet échec : f^Uèb amis ., xtitriljà se& généraux rassemblai autourdesapensonne,- entendez- VQ«is<:es cris? ils ao-^ noQceat Farrivée du Bretott ^ ndus^allollâ «jafin avoÂr-à eûmhàttre urn hoibB(ie:dîgDe:ide>6e;mi99iH«r:avec iw:i$*» Sqs ;ciieyaliefes 'se plaignaient défà de n'aperceveÂr ida^ l'AroiéB de> Henri âiidun.. adversaire redouiabie^ ix^ur^ d'autant pluagratnilei esiym ^e comte' d^ Jr^pst^merr^ t qtiQ ce prince 410 oessail dje déployer uq^eowag^iàf toute épreif/ve et. une aietitité, s^DSt [exemple. 4. ses: n¥>iudres dispôéitadua kUAlsmkt^sicïepmdtSf^&QiH^i^vnm^i^^ $bti vif àéâr de cfombaAtnei^ ^ désir bitoévicji^ptud tav& les^yeia», leiprànae;N(Mir..YQplu[t<teni«ff les yoi/çsidi^ çqut cjjkiîon ; îil..épri^:>^i 4**, Hipui .-uWq . lettre, id^t^e. 4^ N^yfePeSter, du r^^ av^ili- popC: l'ttfMî^^ ^ actjepi^ir sa mé4iatioQ., lenf le^siippli^^t d^yî^ter r<>cc^sion de ^ire GQuterjile :Saogl chgitimi^ (tOv'JHmri r^(^diJt Je iend^t miiaicmL prenant le titre de noi dei CsistUle et dé.hé^u'f titre que le prince de Galles ne lui avait point donné :

(i) Ayala, page \5o, Cascalcs^ Ilisioiia (le Mifi'cU.

X84 BERTRAND DUGUfiSCLIN.

« Dieu m'a envoyé , dit - il , pour délivrer là Castillé d'un maître cruel; les acclamations des peuples ont légitimé mes actiohs'; en renonçant à la couronne, je repousserais l'œuVre du Tout-Puîssaht i au' reste, je suis prêt à subir les èfaancesd^nne bataille rangée (i). Tout en offrant d*àccepter le combat , itënH ne fai-^ sait aucune démonstration qui annonçât Tintention de sortir de jia position inexpognaide^que se» trotipes -occupaient ^ car pour Tenir >rattaquet il fallait que^ l'enn nemt passât en sa piiédetu:^^ ia)rit^ièitier;d6^Najai<illa«.Le prince de Galles se trouvait' d^nsfime'Silnation assez triste; les bords de l'Ebre*, ainaiiqoelepiia^s^plàçé.'der^ rière son arméev manquaient âibsolatiiefit^vivreaç lé 6éjonr>prolong;é de 70^000 homm^S' avait' lépuis^. toutes tes ressources. Les, Espagnols, .natorellé&ientrsôbreis. y font peu de provisi<i«iâ , tle" sbiie • que< leuns greniers et leurs celliers furent bieâtdti'VîSésV'' Les 'Anglais -isoaf**' fraient Cruellement delà Ursetté : 'JniNtavaiTe ^ dévastée par léûi's propres soldat^ , ne foqrtii^satt phis rien ; ilsi' ne se- procuiiaîtent de i*eau que difficilement. Edoioard essaya de piquer l'àmour-^propt^ dû cbmte-de.Trarista*' marre en envoyant pludeors partis^ otfvalerie jusqu'à la rivière : personne ne bougeai Bertrand avait appoiié BU nouveau i<oi dé Gastille des: kctrea de Charles V *. ce sage nionarque disait à son à}Ké':'»^>¥otis allez avoir k vous- défendre cbntre une ^armée qui -dompter dans ses ranges tout ce qu'il y 'a de pltfS'braVe et de plus exp^-^ rimenté dans^ la dbrénénté : évîté^^uiié action- dét^isive autant que vous^ le pourrez (i)|^»/W>n^ilf' d'autant plue facile à suivre , qtit Tarmée de don *if«tiri: nageai t^dana l'abondance : Najera 'et Burgos'lui' fonroisiaient* les

(i) Ayala, page 45o. Cascales^ Hist. de Murcie. (2) Ayala, Mariana, tome II. • .....».» >

ÊfeRtUANt) totGtfETSCLÏN. l8S

vîvres nécesàâïrës ; mais les seîgtièilrs CastilMtiâ l5*Sn- "ffignaîént 'dfe léiiî' inâdtioiï. Un houvcriiicident' ihir lé prince flans 1 îinpôssîbîlité de leur i*èsrster plus longtemps. • ' ' ■■■ ' '

' Edouard teritâ iiri dérnîermdyen, qui tenait d'ailleurs àiit mûedrs' ciièValéi-ésdliéè de 6é sièclfe. fl 'déplÊèlia verô Dugùèsc/fiii un ,héraût,''par\é'di3S' armes d'Angleterre; accompagné de plusieurs ti^mpeltés : 'éet etîvci^ arriVà aveô gfàhâ* fricâîs 5 traversa toute" 'l*armée/caSmla'ne', demandant à chacun dé lurtndîquer ïe quartier de Dû- 'gue'âcii'rt.''teVÈ^s}5kgnoîsV^^i*î'eu^^ cotmaîtrè l'ob'jet "de dé mesSig^i %''^ùi^if'6^^^^^ et 1è dUauisî'rëSt

dans' la tenté 3ù roï, ?){i Bértratfd iécôutàil le rapport

dè-quel(}tiy4'%fficiërs ; il accueillît lëhéraiit d'un' aîr dfe honi^i -et "ÂM^à k le 'qiiésKôHnfef ; ^ ék lui feisdlit donner

dît Bèî^trknd k" éët iibmtHë', viVéi-vous' bien 'à' Na^ ikrèiîëf '^ PaS 'tÂii :^ V^ôriaitaë^iërkiiti; et 'S -èelk

~^îx'tt dbiïirèrâït •atîiburd^faui' dné' pattïe de'sâ séîgrieùrife de;Giîieané êhêçhangb^a^ùhé' franche de ''

"Bertrand •^[^àrit' cofigëdlë^Ie' liefàût,\'fit*Hré ensuite , dévî/nt Henri et ïéfe principaux bannerets y' la liirssi've iflû" prince def Galles ; en voici la teneur : « Jusqu'ici don Henri a i*éfusé le cotnbiEit ; Votre' âri4vée , vaillant ïhig'iièscîUn 5 d'ail lui inspirer la confiance n'ëcéssaire )p^oû<^' tenter le sort des artnes ; je vous' invite à descende dàfiïs ta plaine. Si vouS'n*abceptéz point mon d^ëfi'', je nié Verrai ^orc'éd'Httàqueif lés Espagnols ]us(jûe daùs leurs retranchements ; je les traiterai comme des pay-

(i) Pâques arrivait seize jours après.

lg6 BfiRTAAlXD. DI^COESCUn.

sans qui se cacbeot tjçrrière des pali3fades , et noo commet de véi;itables soldats. » Le contep»i\de ce message^.qnç l'ont xie. put tenir caché ,.l^lessa {yiye^çdent Tamour - propre des hidalgos castillans , qui deri^andèrent que l'on mît ..sur - le r c;ba\ing ^^ip^bèy^^on si Ton accepterait ,pm refuserait .^e jçoijibatt^Op.^se rendit à leurs, désir^ : le cpmtp dé Tello^ îr^rç.de Hlçnr^, et le pofarquis de ^yillena^./qommandçint: la. division des Aragpnai^ ,., insistèrent fortementïppufjiju'pq répondît à la bravade du prince ^pi^^Çf . ^A açceplant aussitôlle djéfi^. D.wgue$cUu-nej.partagç^a, point cet avis, .montrant le messagCjÇlvi.prinjÇ^^jCQinigp ^preuve njanffeste de la position critique des Angl^i^ :,cj^^ais3ez^-le9 9 dit-il , ,3e; cqpsume^:^ w^miliejude Jftur.i^î^jijj^bientpt la faiqcLles contraindra d*ei^ sprlir; nQU3.^ks atutruer- TQns pendant, 4^ifj'ptr^ite,.n9i^ Je^;^^r<^li§rpn6.,. et nous les ruinerons en fj^^aUf ^,Qs^^^^* ^fg|^.que,fuss€;n,t ijes avis ,; on, l^^.jfi^çqonnul^, Lps ,oJpqier3., c^^tiUand,, dé^ ;^s3eïz; jaloux, de.; voir, ti:a^er J^^.Fçpnçais fY^p.pfir tan.t de djfliuftiqp , sp ra^ècenl di^, parti dfi, fjo^^tp <^.Tello.; (fçlu^Qi , j^ne .et pré^Qnjp^ijpux.t.réHORd^ aux objection^ de Bertrand:, d'aboi;^ ,pai\dep ^popt^^p^phes.disçourtpiseS;, puis p^jç df^s^JLp^y^jfîUiycs^ ^(.La crai^ff de coropropettre yptre. repgaiin<^ç^^^di,t-il ap çl^^j^ijiîiw br^eton, , vous tient dans la résér>^ ^ ^e "ppni spjfl , ^ prince de Galles vous fait peur. >i Pour toute répoo;*e Duguesclin, enflamp(ié de^cpurroux^ ^'élapça yersJ&cpn^^^ de Tello jl'épe'e à la main y lui criant (,lç se metirjÇ..pQ défense. Henri l'arrêta en le prenant dan3:se3 bras^<^ ej; cpntraignit son frère de p^ç;s^n^0r 3vjrrle-di^g ^ excuses à Bçj^trand devanl; rass«m|^ié.e^. J^M^^^^

Mesnard.) .-,*•-»,' r-.. .. ...;.:

Duguesclin , encore tout emu de ce qui venait de se passer , dit aux hidalgos castillans : a Vous voulez le

BERTRAND BUGUKSCLIN. 1 87

combat : eh bien 1 sachez qu'il vous sera fatal à tous; pour moi , ayant fait mon devoir dans le conseil , je le ferai également sur le champ de bataille , et le soleil couchant me trouvera demain ou mort ou prison»nier (i). » Il fut donc décidé que le matin du jour suivant on sortirait des retranchements pour en venin à une action générale. Henri de Transtamarre n'exerçait encore qu'une autorité fort précaire ; il ne ppuvait heurter de front l'opinion des nobles accourus des diverses provinces pour défendre ses intérêts : cependant^ les paroles de Duguesclln l'effrayaient. 11 se rendit auprès de lui dès que les ombres de la nuit eurent enye*^ loppé le camp : il le trouva seul dans j$a. tente « absorbé par ses rêveries ; ses traits respiraient encore la. colère^ car la réparation de don Tello n'avait point, calme son ressentiment,

« J'ai réfléchi à ce qui s'est passé dansip conseil ,lujî[ dit le prince en l'abordant; je viens vous. consulter â[ l'effet de changer lesdispasitions,si nous en avons encore la faculté. < — Il n'est plus temps , répondit Duguesclia > vous ne serez pas maitre de contenir cette foule de nobles dont Porgueilleuse imprudence méconnaît la voix, de la raison. Je vous donne un dernier avis , c'est de mettre voire personne en sûretQ dès que la fortune penchera du côté de l'ennemi ; une seule . défaite ne doit point vous, abattre : le sort se montrera moin9 rigoureux dans une autre cjrcqnstanpe (^). ». I^e toi^ solennel qui accompagna les paroles :de;Duguesclin fit tressaillir le prince espagnol., qui crut y voir la .prédiction certaine de quelque catastrophe. : .

Dès le matin y malgré la neigé qui tombait ^ ce qui

est commun dans cette partie de l'Espagne , les Cas-^

(i) Mesnai'd, Mémoires sur Duguescliu. — {i) Ibid.

l88 BERTRAND DUGUESGLIN.

tîllans quittèrent Najera , passèrent la rivière , et vinrent se ranger en bataille aunlelii , en occupant deux hameaux nommés Aleson et Açofro. Les historiens ne s'accordetit pas sur la force de celte armée; ils assurent que ses huit divisions formaient un total de 80,000 hommes : nous croyons cette évaluation exagérée. Lopez Ayala, chancelier du comte de Transtamarre» dit que ce prince avait réuni autour de lui 5, 000 hommes d'armes à cheval* et à pied , ce qui présente un effectif de 25,000 cavaliers ou fantassins. L'historien parle ensuite des volontaires de Biscaye , de la Navarre , des Asturies et de TAndaloiisie : il est certain que cette dernière provîhcé fournit un corps de 6,000 hommes de cavalerie , montés sur des mules ou sur des chevaux appelés en Espagne ginetes. Les Andalous avaient adopte la coutume de couvrir leurs mules de clochettes dont le son argentin entretenait un hruit continuel. Ces Espaghol-s ne' portaient t\i cuii^asses , m gambesons , ti\ chemises de mailles ; ils se paraient de riches habits d'une' couleur éclatante y taillés ien forme de tunique antique ; ils avaient les jambes nues , la tête ombragée de brillants panaches tirés de l'Afrique, t 'in fan teiâe espagnole ne se servait que de la fronde ctd'une légère javeline. Une division d'archers génois composait , si l'on en croit' Proissard, l'avant-garde dit comte de Transtamarre ; le prince de Galles' menait également à sa suite plusieurs milliei^ d'Italiens. Chez le^ Castillans on ne pouvait distinguer le éoldat de l'officier ; les

chefs y affluaient outre mesure..

Lopez Ayala, qui fit long-temps *k( guerre ,' rious a laissé j>au sujet de cette bataille de Navarette,une relation beaucoup plus précise que celle desjanti^e&chromqueuiis. Selon lui , Henri forma Tinfanterie sur une ligne perpendiculaire , en donnant pour appui au centre et aux

BERTRAND DUGUËSCLIN. I 89

ailes, des escadrons de cavalerie serrés en masse. La ligne s'étendait du 'village d'Aleson à celui d'Açofro l(tous deux existent encore) : cet espace comporte plus d'une lieue. Duguesclin , à pied, avec les troupes venant de France, au nombre de Jo,ooo hommes , occupait la droite , ayant également sous ses ordres un corps de 5,000 nobles castillans, commandés par don Sanche $ frère putné de Henri , âgé de vingt-huit ans : ce jeune prince avait déployé beaucoup de courage dans maintes circonstances, mais la timidité de son caractère le rendait moins cher au comte de Transtamarre. On distinguait parmi les ch^efs espagnols de cette division Pierre de Manrique, don Gonzales de Gastanéda, Buiz Gisnéros, Lazos de La Vega. Don Pedro Lopez Ayala , l'historien, portait la principale bannière. A côté de lui marchait Henriquez Bozo , du pays de Murcie, alors octogénaire : il mourut en 1406 , âgé de cent vingt ans, ayant eu la gloire d'assister à toutes les batailles qui se livrèrent en Espagne durant un siècle. L'aile droite , dont nous venons de parler , se trouvait protégée par 2,000 cavaliers espagnols aux ordres du marquis de Yillena , neveu du roi d'Aragon , du grand-maître de Gallatrava don Moniz de Godoy, des commandeurs de Saint-Jacques don Fernand Osares et Ruiz de Sandoval. Gette cavalerie, montée , comme nous l'avons dit plus haut, avec de petits chevaux de Biscaye, de Navarre, des Asturies, s*appuyait elle-même à un ruisseau nommé l'Ayalde qui va s'unir à la Najarilla. L'aile gauche , le point le ^ plus rapproché de Navarette , était couvert par un* corps de 6,000 Andalous , montés avec des mules qu'eux seuls savaient manier. Ge commandement important fut confié au comte de Tello , troisième frère dç Henri , âgé de vingt-quatre ans, dont la légèreté égalait la

présomption : il ne le cédait pas en dépravation à don

igo BERTRAND DUGUESCLIII.

Pèdre 9 et se fût montre peut-être aussi cruel que lui si le sort eût livré à ses caprices les destinées de la Castille. Le comte de Transtamarre , qui redoutait don Tello, venait de lui concéder la principauté de Biscaye. Henri se plaça au centre avec des masses d'infanterie , formées des volontaires de la Castille , de la Murcie , de Léon et de l'Alava : on voyait groupés autour de sa personne don Juan Polomèque , évéque de Badajos , l'amiral Boccanegra , Perez de Gusman , oncle maternel de Henri y Alphonse de Haro, Gomez Cisnéros, Inîgo Orosco , don Pèdre Tenorio , depuis archevêque dû Tolède, Jordan de Uziez, commandeur de Saint-Jac^ ques , Martinez de Luna , Fernand Lopez Ayala , père de l'historien , etc.

En avant de la ligne se trouvait une division d'arba* létriers génois , mêlés à des cavaliers espagnols , volontaires de San-Estevan del Puerto. Un nombre considérable d'instruments de guerre s'unissaient à la voix des troubadours : on aurait cru facilement qu'une fête magnifique avait réuni à Najera tout ce que l'Espagne renfermait de riche et de puissant.

Le samedi 3 avril 1367, veille de la Passion (i) , le prince de Galles^ ayant quitté Navareite au point du jour, exécuta un mouvement en avant , franchit un léger rideau de collines , et vint se déployer en face de l'armée castillane , à trois portées de trait. Edouard commença par, conférer Tordre de chevalerie à plusieurs personnages éminents : il arma de sa main don Pèdre , le comte de HoUand (2), trois nobles de la maison de Courtenay,

(i) M. Buchon, dans son excellente édition de Froissard, fait observe^ avec raison que cet historien se trompe en disant que le 3 avril était la Teille de Pâques : cette fête tombant le 18, en 1867, le 3 de ce mois devait être la yeille de la Passion.

(2) Le prince de Galles avait épousé Jeanne d'Angleterre, fille da

B6RTRAMI> INJGUCSCLf»*' I9I

Jean' Tri vet, Nicolas Bond; le duc de Lancastre arma^ le sirè à» Càmois, Gauthier* Loring-, Jean Grandçon. Cbandéâ fit douase chevaliers anglais : ks' principaux furent lé sire de'Glîfton, Jean Cottôn ^ Jacques f^ior,- Guillaume Fipmaebn; il conféra Tordre à< plusieurs nobles a<}uitâibs ^^en premier li^n Aymeri de Rochechouart, grand tebainoier dit) Poitou (i).

L'armée du priiice ^e^^alles, plus ii6mbreu$e d'iin quart <}UO oelle'4e' <ion Henri , se ^dttipésait égafement d'éléments diters : il se plaça au- cientrë , ayant à ses côtés un second luinnéme , le con'fidenft de ses pensées , le vairfqiièiir d'Àuî^y, le terrible Chàiidois enfin ; deux au tref personnages marquants Taccompagnaient encore, deux-rois, détrôikés, don Pèdre et don la^me de Majok*que>i ce dernier^ dont le pèr« mourut dépossédé de ses états par- Pierre d'Aragon , était devenu le troisième époux-de^leaine, rdne de Raples. Cette princesse, extt^émemc^t aittètiâ ^ ^ ne laissait aucune autorité à son nouvel ^pMXi Honteux d'une pareille existence , don Jaymevlnt se'feter aux pieds d'Edouard , en le suppliant de l'aîdèr à Centrer dans ^héritage de ses pères : ce pripce lui piHMoaii son assistance. Lé duc de Lancastre prît lé commandement de Tàile gauche , ayant pour premiers, lieutenants Calverley, KenoHes , le comte de Pembrok; l'élite des troupes anglaises formait cette division : ainsi le diic de Lancastre se trouvait opposé à Duguesclin* Le oomilefd* Armagnac marchait à la tête de l'aile droite, composée en entier de troupes de Guienne : on distinguait parmi ses ofiiciérs les sires d^Albret , de

comte de Kent , frère d'Edouard II : on la sorooramait ia belle vierge de Kent. Elle était veuve du comte de IIoHand, qui Jui lausa le fils dont il est que&libri fci.

(1) Froissard , liv. i, pfa^; S44*

Duras ^. de Perussô , de RocheM^houart , de.Perduccaa, de Rosem> de L'Estrade, de Sliiddant^ et le captai da Bach, les mêmes qui dix ans auparavant contribuèrent si puissamment au gain de la. bataille de Poitiers*. Comm,e dans l!arme'e de don Henri 9 des iGréitois et des troqpQS- légères castillanes du parti df dc^i 'Pèdre , au nombre de 2,000 hommes 9 couvridient ten iotalité le développement de W ligne. Ces soldata anglais , gallois , gascons et mêmeiQprmands ^ rivalisant de courage, por-> taient dçs armtireâ pesantes et brunies par le temps ; la lame de leurs dpçes- éit le fer de leurs labces^ réfléchissaient seuls les. rayons du soleil. Les fatigues ;et les diffi-r cultes éprouvées au passage des PyréoéesavaientiMpportëla majeure partie des chevaux, de sorte que léiLers de la cavalerie cheminait à pied ; mais le soldat de cette, époque se distinguait par l'inappréoiable •mérite de savoir combattre à pied Cbmine à. cheval; le 'Cavalier démonté 9 ôtant ses genouillères et ses cuissards*, devenait un fantassin redoutable , sans quç sa nouvelle position portât dans son âme ni le dégoût ni le découragement. Les Anglais marchaient sous la conduite .du iplus^ grand capitaine de son siècle 9 héritier d'un des plus beaux trônes du monde ; de vieilles bandes se montraient fières d'obéir à sa voix ; leurs soldats s'enflammaient à l'aspect de ces guerriers français et bretons , leurs rivaux de gloire 9 qu ils retrouvaient devant eux à l'extrémité de l'Europe : ils pouvaient les distinguer facilement parmi les Castillans. . Ainsi l'on voyait réunis dans un coin de l'Espagne, et combatlapt» pour des intérêts étrangers à leur patrie et même à leurs affections , les personnages les plus renommés dans le métier des armes : le prince de Galles , DuguesçliA ; fchandos , Robert Kenolles , le duc de Lanças t,re , le maréchal Andrehan , Le Bègue de Villaines. On voyait jaussi flotter au

BERTRAND DIJO.UES€Lm. JpS

milieu de cette plaine les bannières de France , d'Angleterre , de Gaistille, d'Aragon , de Majorque , de Navarre , de Naples et d'Ecosse.

Le terrain sur lequel Taction aUait se livrer ofirait l'aspect d'un bassin resserré entre PEbre et les montagnes de la Canada , à seize lieues de Soria , à dix de Bnrgos. On assure que Scipion vainquit les Numantins à la même place. Le prince de Galles , monté sur une mule d'Aragon, parcourait les rangs, en ne cessant de dire aux soldats : a Nous jeûnons depuis Ipng-temps; c'est à Najera que vous trouverez des vivres en abondance. }> L'allocution était appropriée à la circonstance, et devait toucher des hommes affamés , bien mieux que les discours les plus éloquents. Edouard résolut de diriger tous ses efforts cqntre la cavalerie qui formait la gauche des Castillans, ne doutant pas que la défaite de ce corps n'entraînât celle du centre : s'attendant à une résistance opiniâtre de la part des Français, il ne chercha qu'à les contenir d'abord, pour les accabler ensuite du poids de toutes ses forças, lorsque les Espagnols auraient été entièrement dispersés. Le prince Noir commanda d'épargner, dans la chaleur du combat, les soldats appartenant à la division de Duguesclin : il donnait cet ordre avec la ferme persuasion qu'un succès complet serait le résultat de ses dispositions.

Don Pèdre demanda au prince de Galles la permission de marcher contre l'ennemi, en tête du corps qui entamerait l'action ; il était revêtu de tous les insignes de la royauté, la couronne et le manteau de pourpre. Le tyran ne put s'empêcher de s!abandonncr. à un mouvement d'exaspération , lorsqu'il se vit en face, de cette armée castillane au milieu de laquelle ses yeux semblaient distinguer ses trois frères , ses plus cruels ennemis.

Les trompettes sonnèrent de part et d'autre pour

TOM. II. i3

ig4 BERTRAND MGOBSCLIll.

donner le signal du combat : Cet instrametit de guerre ne servait alors qu'à cet usage» Les Génois du comte de Transtamarre et les volontaires de San-Estevan se pré* sentèrent pour commencer Taction ; mais , par une perfidie insigne , ils passèrent brusquement du côté de don Pèdre (i). Profitant de cet incident, le comte d'Armagnac conduisant la portion de la cavalerie du prince de Galles , encore montée , s'avança en escadron sen*é , secondé par une troupe de Gallois , gens féroces autant qu'intrépides, exercés de bonne heure à courir en combattant au milieu des chevaux. Le comte d'Armagnac fon* dit sur les 6,000 Andalous placés sous les ordres du jeune Tello. Don Pèdre, monté sur un magnifique cheval blanc , se tenait en avant des vassaux de la Guientie. Me pouvant contenir sa fureur , en se voyant si près des Espagnols, il se précipita sur eux presque seul i sa voix terrible les menaçait en termes efirayants ; il cherchait ses frères dans leurs rangs : « Oii sont ces ividigned bâtards ? )) criait-il (2). Les Castillans, recotinaissant le cruel don Pèdre, dont le notn seul inspirait Tefibei à toute l'Espagne , sentirent diminuer leur assuraiiôe. Le captai du Buch acheva leur défkite en lançant doolf# euxsa-di* vision. Don Tello partagea la terreur des siens : épou* vanté du spectacle qu'ofiraît le combat, spectacle nouveau pour lui, il recula en désordre et délaissa empoiier par son cheval. Les Castillans, privés de leur chef, ne songèrent qu'à se soustraire aux coups de l'ennemi ; d'ailleurs leurs nmles très-effràyées ne voulaient point s'arrêter, et aucune puissance humaine n^aurait pu les retenir. En peu d'instants la plaine se couvrit de cette cavalerie en déroute; elle se précipita dans le défilé de

(1) Ayala, cbap. xu, page 454*

(2) Froissard.

BEtlT&AND DDGOESGUlf. 1^5

Najera ^ donl lu gorge fut bientôt encombrée de milliers de cadavres : le reste alla tomber dans la rivière de la MajariUa. Le comte d'Armagnac let le captai du Buch , abandonnant la poursuite de ces fuyards^ revinrent sur leurs pas , et marchèrent en colonne serrée contre le centre des Castillans ^ dont le flanc droit, totalement dégarni ^ se trouvait alors attacjué de A*ont par le prince de Gallw* Henri de Transtamarre avait su résister à un choc aussi terrible : vêtu en simple chevalier, il se faisait distinguer seulement par son grand cheval pie et par son bouclier surchargé des tours de Castille. lie pouvant s'imaginer que le corps de Tellô lâchât pied si promptement , il s'avançait avec confiance contre les Anglais , à la tète dès 4*000 Castillans à cheval. Edouard eut besoin dé tout son sang-froid et de sa présence d'esprit pour emjpâcher que sa ligne ne fût rompue : il fit ouvrir précipitamm^t ses divisions , et les Espagnols , emportés par la charge , les dépassèrent après avoir laifôé dans ce terrible passage la moitié des leurs. Mais Pintrépide Transtamarre de fraya un oiouveau chemin et rejoignit son infanterie^ qui, abordée vigoureusement par Chandos , reculait en désordre; il parvint à la rallier, et contint quelque temps l'ennemi qui recevait du centime de noinbreùx renforts : d^uoc fois les Anglais se virent obligés de céder à sa furie } famâis prince ne paya mieux de sa personne. Cepeodant la aouvelle de la défaite de son frèt'è le déconcerta: ilcouput dans la direction ap-* posée ^ afin d'opérer sajoncUon avec Ekiguesclin qui, dans la conjoncture présente, détenait son unique soutien. Le héros breton justifiait d'une itianière brillante les espérances que Ton avait fondées silr lui : attaqué par les compagnies anglaises les plus aguerries, que guidaient les meilleurs généraux de celte nation , le comte de Lancâstne, KenoUes^ Pembrok, Calverley, il les avait

196 BBRTRAND DCGITESCLm.

complètement battues. Bertrand , poussant de la manière la plus impétueuse les restes de ces phalanges , menaçait à son tour le centre du prince de Galles , lorsque don Henri vint se jeter dans ses bras et Tinstruisit de ce qui se passait à Taile gauche. Duguesclin ignorait la catastrophe de don Tello , parce que la position du teirain ne lui permettait pas de juger des mouvements généraux de la ligne ; ayant gravi précipitamment on plateau voisin qui dominait toute la scène , le guerrier d'un regarâ en embrassa l'ensemble et désespéra de la journée : cr Je vous supplie , dit-il au comte de Transtamarre , de mettre votre personne en sûreté par une prompte retraite que vous exécuterez aisément à l'aide des troupes du centre : ne vous abandonnez pas au désespoir , une seule défaite ne doit point anéantir votre fortune ; je vais de mon côté arrêter celle du prince Noir, et sauver, s'il se peut, les débris de ^armée. » Henri pressa dans ses bras le généreux Breton , et , d'après ses désirs , il regagna le centre. Son parent le grand-maître d'Alcantara y combattait vaillamment , ayant su retenir sous leurs bannières les Espagnols, pressés de différents côtés. L'arrivée de Henri et l'approche de Duguesclin relevèrent tous les courages ; pendant deux heures encore Edouard se vit obligé de lutter opiniâtrement pour empêcher la jonction des Français avec les Castillans ; il ne s'imaginait pas rencontrer une résistance aussi prolongée* Enfin le grandmaitre d'Alcantara s^tant enfoncé dans la mêlée , fut tué par des archers génois : sa mort abattit la résolution des Espagnols ; ils jetèrent leurs armes en frappant l'air de cris perçants. Ces lignes régulières , qui couvraient naguère la plaine , n'offrirent bientôt plus que Timage d'un vaste troupeau que des loups avides poussent à leur gré devant eux.

Le prince Noir, ne cherchant pas à s'embarrasser de

BERTRAND DUGCESCLIN. I97

prisonniers espagnols, leur ouvrit une issue, ne lâchant contre eux que quelque cavalerie pour accélérer la fuite des vaincus : un soin plus grave l'occupait ailleurs, celui de contenir un ennemi dont la défaite allait demander des efibrts continus. Chandos, accouru avec des troupes fraîches au secours de Lancastre et de KenoUes, battus par Duguesclin , n'avait pas été plus heureux que ses frères d'armes : il s'était vu forcé de se replier en désordre sur le principal corps de bataille. Le général en chef, secondé par le comte d'Armagnac , concentra sur un seul point ses formidables divisions , leur fit changer de direction , et arrêta enfin la marche victorieuse des Français.

Duguesclin , jugeant qu'on ne devait plus songer au gain de la bataille , vu la dispersion totale des Espagnols , tourna toute son attention vers un seul point : atteindre Najera, pour y rallier les débris de Tarmée castillane 5 mais son habile adversaire devinant ce projet , n*agit , de son côté , que pour lui barrer le chemin : il y parvint, grâce à la supériorité numérique de ses troupes^ Bertrand soutint contre des forces quadruples un de ces combats désespérés, tels qu'on en livrait alors dans le seul but d'honorer une défaite. Resserrant ses divisions déjà fort amoindries, il en forma une masse compacte, dont le front présentait l'aspect d'un mur de fer. La volonté du chef paraissait animer cette phalange , de sorte que les moindres mouvements s'exécutaient avec un ensemble remarquable. Placé au centre de cette vaste agglomération , ayant à ses côtés Sylvestre de Budes , qui portait sa bannière , Duguesclin , à pied comme les autres , disputait le terrain vaillamment, et donnait tour à tour l'exemple d'une valeur héroïque et d'un sang -froid impassible. «Les ^LUtres chefs disséminés sur la ligne , le maréchal Ân-^

rpft BURTRAirp DUGUESCLIN.

drehan , Le pèguê de Valîlines , Thibaut du Pont et Jean Dubois 9 le secondeîeof: Wi ne peut mieux (i). Ce corps de bataille fut simUluinémeot attaqué paf^*<ou8 }es gë* néraux angla^r : le' cupttil du Buch , Gbandos , le duc de Lancaatre , échaiièreht Tup après l'^utr^ , et virent leurs cohortes écrasées I^r les Franç^^s^ A» milieu de. la déroule des siens, Cb^n^P^ tomba 4ui - même sous les coups d'un chef espagnol-maure qui s'était rallié à. Duguesclin ; renversés tous deux sur la popssière , ils luttaient depuis quelque temps , lorsque TE/spagnol^ 3e trouvant sur son ennemi 9 allait lui enfoncer son poignard dans la gorge ; Chandos le prévint ep lui perçai^t le flani: de sa dague.

Pembrok , à la tête des Ecossais , voulut à son tour essayer de rompre cette ligne ; cet officier portait l'étendard d'A^ngleterre : mais il fut bientôt arrêté dans sa marche, car le maréchal d'Andreban fondit sur lui , arra<?ha de ses jp^^ips la bannière , et la foula à aes pieds, En ce moment Edouard survint, menant la ré/serve ; il ne puit s'empêcher d'admirer l'ordre que gardaient les Français 9 et l'ardeur avec laquelle Duguesclin cherchait à retenir la fortune qui se déclarait contre eux. Cependant, plus cette lutte devenait glorieux ponr epx 9 plus elle coûtait cher à leurs ad^ versaires { il importait de la faire cesser promptement. Le prince Noir commença par recueillir dans les rangs de la réserve les débris des .coras 4e K&rnoUes et de CbaodQS, pi^is il attaqua Duguesclin de

(1) Les principaux historiens espagnols, Àyala , Zurita, Ferreras, Gascales, Mariana; Garibay, s'accordent à dire que Duguesclin et Henri de Transtamarre furent les seuls qui firent leur devoir dans celte bataille; ils louent particulièrement le premier, dont la valeur ^traordkiaîrç tî|it durant plusieurs ^eifrfif ^ forti||ie osa suspens.

BERTRAND DtCUESCLlN. 109

front et sur ses flancs : Bertrand, accablé ainsi de tous côtés , fut obligé de reculer y laissant sur la poussière ses plus braves officiers. Le Bègue de Yillaines et Eustache de La Houssayes blessésgrièveipent, tombèrent au pouvoir de Tennemif Se retirant lentement, sans cesser de ponter Içs coups les phi3 terribles , Duguesclin parvint à regagner une vieille muraille romaine , (|ui , , au début de la journée , protégeait sa droite : il s*adossa à cet obstacle, en y groupant aoo chevaliers qui )ui restaient encore : alors s'engagea un nouveau combat plus acharné; Bertrand et le petit nombre de Français'^ survivants a leurs compagnons d'armes , sem- . hlaient se muliiplier. Les Anglais , aussi étonnés qu'irrités de cette ténacité, leur criaient inutilement de se rendre. Le prince de Galles s'avança lui-même , et commanda à ses soldats d'épargner ces valeureux guerriers ; mais don Pèdre les suppliait au contraire de ne point accorder de quartier , et les engageait par mille promisses à immoler Duguesclin : a Tuezle, d répétait -iL Le Breton l'entend, se précipite sur lui comme un lion , le choque si rudement que sa lance vole en éclats , et que don Pèdre roule aux pieds des combattantSt Bertrand, oubliant qu'une foule d'ennemis l'entourent , se jette en ayant poui: achever le roi ; dans ce moment plusieurs Anglais le s^iisissent au corps et l'enlèvent de terre. Il s'agitaiit vigoureusement pour s'arracher de leurs bras , lorsque le pf ince de Galles s'approcha eu lui disant : (c Duguesclin , rendez- vous , la fortune a trahi votre valeur. -^ Oui , je me rends , reprit-il , mais c'est au plus vaiUant et au plus généreux prince de la terre. » En même temps il présenta au vainqueur le tronçon de son arme, resté dans ses mains(i),

(i) Mesnard, Mémoires sur DuguescIio«

200 BERTRAND DCGCSSCLIN.

Cependant don Pèdre , relevé de sa chute , accourait enflammé d'un courroux indicible : il voulut frapper Duguesclin désarmé ; les Anglais le repoussèrent avec indignation : « Je vous supplie , dit-il à Edouard , de me livrer ce bandit, je donnerai en échange son pesant d'or. » Le prince Noir reçut cette offre d'un air de mépris , et remit son prisonnier au captai du Buch. On comprend quel est le sort (|ue don Pèdre réservait à Bertrand : il venait de racheter de plusieurs soldats Lopez d'Orosco , et l'avait immolé à coups de poignard; vingt Castillans furent égorgés par ses mains durant Taclion. La vue de ce vaste champ de carnage ne Pavait point rassasié de sang ; sa fureur cherchait encore à s'exercer sur quelques malheureux, lorsque le magnanime vainqueur Tarrêta en lui ordonnant de rester auprès de sa per<sonne : le roi de Castille obéit , et se jeta même aux genoux de son protecteur pour le remercier d'un si brillant succès , qui allait le replacer sur le trône. « Relevez-vous, beau cousin, répondit le modeste Edouard; rendez grâces à Dieu , car la victoire vient de lui et non de moi (i). »

Le nouveau triomphe du prince de Galles , remporté sur les Espagnols et sur Duguesclin , honorait sans doute autant ses talents que sa vaillance ; mais on doit convenir que la fortune se plaisait à le favoriser d'une manière particulière. A Navarette , comme à Maupertuis, l'imprudence de son ennemi le servit plus encore que son courage et ses combinaisons. Lorsque lesbaronscastillans, contre les sages avis de Duguesclin , acceptèrent si imprudemment le combat , le prince Noir éprouvait une telle disette, qu'il regarda la possession des vivres, amoncelés dans le camp de don Henri, comme le plus beau friiit

f r) \yashingbam. — Arthur Collins, p. i23.

BEftTRÀND DUGCESCLIN.^ 201

de sa victoire. Les Anglais négligèrent le soin de leurs prisonniers et de leur riche butin , pour ne songer qu'à satisfaire la faina qui les pressait depuis nombre de jours* Edouard fît son repas sans apprêts , sur l'herbe encore fumante de sang : il voulut que Duguesclin fût son con-* vive , de compagnie avec ses principaux lieutenants. Le captai du Buch prodiguait au guerrier breton les soins les plus empressés , sans pouvoir néanmoins déguiser la joie qu'il ressentait de le tenir en sa paissance. « Tel est le sort des armes , lui dit Grailli ; à Gocherel j'é* tais votre prisonnier, aujourd'hui vous êtes lé mien. — Vous remarquerez cependant quelque différence , répondit Bertrand : àCocherel je vous ai pris moi*même, ici vous n'êtes que mon gardien. »

Au sortir de ce banquet, qui rappelait si bien ceux des héros d'Homère, le prince de Galles voulut voir les' prisonniers ; on lui en amenait de tous les points. Panni les chefs espagnols on distinguait don Sanche , comte d'Albuquerque , frère de don Henri ; don Philippe de Castro, cousin germain du favori de don Pèdre; le marquis de Yillena, neveu du roi d'Aragon; don Pèdre Moniz , grand-mattre d'Alcantara ; Garcias Palomèque , évêque de Badajoz; Ferrand Osores, commandeur de Saint-Jacques; don Carillo Quintanna , majordome du comte de Transtamarre ; enfin les deux Ayala père et fils (i) ; parmi les Français , après Duguesclin , Le Bègue de Yillaines et le maréchal Andrehan , le Nestor des généraux de cet âge.

(i) Les historiens modernes disent que don Pèdre Âyala était fik de Fernand Âyalâj.paÎB à Navarette ; ils semblent ignorer que Tauteur de la Chronique de Castille partagea le sort de son père , après aToir combattu Tàillamment à Najera : il vécut pendant deux ans en Angleterre, dans une dure captivité. Henri de Transtamarre^ qui l'aimait beaucoup, paya sa rançon, le nomma chan-

203 BBRTilAND DUGUBSCLIN.

En apercevant ce deraier, le prince de Galles parut fort irrité 9 et l'apostropha en ces termes : « Vous êtes ua traître, un perfide, et vous méritez la mort; car je vous lis prisonnier à la bataille de Poitiers, je brisai vos fers à condition de ne point porter le^ armes contre le roi d'Angleterre ni qonti^e moi tant que vous n'auriez point payé votre rançon : vqus en Htes le serment de chevalier, et cependant je vous trouve en face de moi, qupique vous deviez encore plus de la moitié de votre rançon* » La rqdes^e de cette apostrophe atterra le maréchal Andrehan; acçfiblé sous le poids du malheur, ce vieillard semblait ne compter pour rien toutes ses infortunes, mais il ne pouvait supporter l'idée de se voir flétri par l'épithète de traître et de féloq, qu'on lui prodiguait en prér sence de tant de preux réunis : « Seigneur, dit le maréchal au prince I^pir, il vous, est libre de m'arrachev la vie, pais vous ne devez pas me déshonorer en faisant croire que j'ai trahi mes sierments. Choisissez , parmi tpus ceux qui nous entendent, douze. chevaliers, etper-* omettez qu'Us deviennent juges de ma conduite. » L>'émotion avec laquelle le maréchal prononça ces paroles toucha Edouard, qui se rendit sur-le-champ à ses désirs, et choisit douze chevaliers pour en former ce tribunal d'honneur, devant lequel il reproduisit , mais en termes moins âpres, l'accusation contre le sire d'Andrehan. Celui-ci répondit : a Je fus fais prisQimier par le prince de OaUe3 , cela est vrai ; je jurai de n'accompagner à la guerre le roi de France ni aucun prince de sa famille ^

çelior de Castille, et Tenvoya comme ambassadeur auprès de Charles y, en i374« Don Pedro Lope^ Ayala mourut à, Calahorra, à l'âge de soixante- quinze ans, en 1407^ un an apr^s le yieux Bozo son ami. (Voyez le Discpurç prélûi^inairc de Qugucuio Amirp^ » (éditeur des Chroniques d'Ay^> <779'}

BERTRAXID BCGUESCLIN. ao3

contre le roi d^Angleterre ou son fils atné ^ si je n'avais payé en entier ma rançon , cela est encore vrai. Mais en combattant à Najera je n'accompagnais point le roi de France f car ni lui, ni ses fils, ni aucun prince de sa fa~ mille ne sont présents; je ne pprtais point non plus les armes contre le roi d'Angleterre y m^^ seuleipçnt centime un prétendant à la couronne de C^stille : et, qu'il me ^oit permis de le dire , le prince ^^ Galles n'est poipt ici le chef de Tentrepris^; il est à la solde de don Pèdre avec ses compagnies, comme je suis avec les miennes k la solde de don Henri. Je puis dpnç affirmer que dans cette circonstance je n'ai point violé me$ seiwents, » Les doiize chevaliers ne purent s'empêcher de reconnatU'e le boa droit du sire d'Andrehan; le prince de Galles, également frappé des paroles di^ maréchal, avoua qu'il av^t eu tort de l'acciaserf et le combla de caresses (i).

Au soleil couchant, le prince Noir parcourut 1^ champ de bataille en demandant sans c^sse qu'on l^i montrât le corps de don Henri, car chacun ]ie dis^ijt mort, et luimême ne le connaissait pas ; mais toutes les recherches furent vaines : le lendemain on ramena le cheval pie du comte de Transtamarre , et en même temps tous les rapports s'accordèrent à ^jonfi^pier que ce prince n'étiiit ni mort ni prisonnier, a En ce P4S, répondit Edouard avec son laconisnie siccoutumé , nous n'avons rien fi^it (a). » Cet Henri , à la vie duquel les destinées de U Ca^tiUe semblaient être ^ttaçb^s, evit k bonheur d'éçhfipper sain et sauf à toutes le$ poursuites. Ay^Pt abandonné son destrier sur les bords de la Najarill^ , il traversa Najera , prit le cheval d'un écuyer blessé grièvement, et arriva

(i) Lopez Ayala , présent k cette scène chevaleresque , nous eu ^ laissé une relation fort détaillée^ chap. xiii. (i) Zurita , Cronicas d'Aragon , chap. xiii.

ao4 BSRTRAND DtGUCSCLlN.

tout d'une traite dans le voisinage d'Osma; non loin de ce bourg il rencontra un chevalier du pays d'Alava,noin^ mé Ferrand de Gonoa : cet homme généreux, reconnais-^ sant le prince, le supplia /l'accepter son cheval, bien meilleur que le sien , et le seul morceau de pain qui lui restait. Henri se remit en route , et s'adjoignit au bout de quelques heures trois hidalgos castillans, Sanchez de Tovar, don Egas, Micer Ambrosio, fils de l'amiral Gil Boccanegra. Le lendemain, au moment de traverser Bororia,petit village voisin de Soria, il se vit entouré brusquement par un peloton de cavaliers espagnols, échappés comme lui du champ de bataille : en l'apercevant , ces hommes conçurent la pensée de s'emparer de sa personne et de le conduire à don Pèdre, afin d'en obtenir une riche récompense. Henri , conservant son sang-froid dans ce pressant danger, profite d'un moment d'hésitation, fond l'épée à la main sur celui dont la voix excitait davantage ses compagnons , et l'étend raide mort à ses pieds : le reste de cette bande, effrayé de l'énormité de l'entreprise autant que de la résolution du prince, Tabandonne et s'échappe au travers des sentiers de la montagne (i). Le second jour de marche, le comte de Transtamarre atteignit lUueca, ville frontière de l'Aragon ; il y reçut un accueil empressé de la part du gouverneur Hartinez de Luna, et de son frère Pierre , le même qui fut pape sous le nom de Benoit XHI lors du grand schisme d'Occident. Le dernier le conduisit jusqu'aux portes de Jaca, d'oii le prince se rendit à Ortez , auprès du comte de Foix, qui le mena à Montpellier en passant par Narbonne , Béziers et Loupian.

La femme et les enfants du comte de TranstamaiTe sortirent miraculeusement de la Gastille , grâce aux soips

(i) Ayala, chap. xiv, page tfii.

BEBTRAIID BCGCESCLIN. 2o5

de l'archevêque de Saragosse, qui leur fournit les moyens de franchir les Pyrénées et de gagner les terres du roi de France. Henri se trouvant , ainsi que sa famille , plongé dans le plus grand dénûment, vendit au duc d'Anjou, pour la somme de 27,000 francs d'or, la seigneurie de Gessenon , qu'il possédait encore en Languedoc (juin i367). Ce fief était situé entre Béziers et Saint- Pons (i).

Tandis que don Henri échappait à la fureur de ses ennemis, Duguesclin, victime de l'impéritie des Castillans, comme il le fut à Auray delà présomption des Bretons, suivait son vainqueur en captif dans les diverses provinces de l'Espagne. Il fut ainsi témoin d'une révolution plus subite que celle qui avait précipité don Pèdre du trône de ses pères. A l'approche des Anglais , les villes terrifiées ouvraient leurs portes , et rentraient sous la domination d'un maître qu'elles abhorraient. Pierre signalait son nouveau règne par des cruautés qui épouvan* taient Edouard ; il cherchait partout son rival pour le massacrer, s'imaginant que chaque bourg lui servait d'asile. Le prince de Galles arriva à Burgos le 6 avril , acr compagne de don Pèdre et de la moitié de son armée; il courut remercier Dieu de sa victoire de Navarette (2) , dans cette même abbaye de las Hudgas , oh , l'année précédente, Duguesclin avait fait couronner roi de ,G astille le comte de Transtamarre : exemple frappant de l'instabilité des choses humaines ! ^

(i) Histoire du Languedoc. Don Yaissette, t. ivv (1) En 1811 , la guerre nous amena dans l'Ârioça : nous pûmes visiter les lieux oh se livra cette bataille. Les habitants ont conservé le souvenir de cet événement, et de vieilles légendes espagnoles font le récit du combat en signalant la lâcbeté de don Tello. Elles parlent aussi du cheval pie de Henri. La rivière de Najarilla fut appelée souvent la Rubia (la Rouge), à cause du sang qui colora ses ondes le jour de ce désastre.

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