LIVRE VII
Iiioaif de Glennont , retire dans ses domaines , est attaque par le comte deSayoie^ Tallië de Jean-sans-Peur. <— Il marche contre lai| bat ses troupes , et fait la con<{uéte d'une partie de ses états. -» Le comte vient lui demander pardon. -^ Louis de Glermont accède à la ligue de Gien , formée par les princes du sang contre le Bourguignon. — Il meurt en allant joindre l'armée.
Louis de Clermont se rendit auprès de Yalentine pour lui offrir des consolations , et la garantir des embûches que pouvaient tendre les ennemis secrets de la maison d'Orléans. Cette princesse vivait fort retirée à Château-Thierry, ville apanagère de son époux* A la nouvelle de l'assassinat , elle envoya vingt chevaliers de son hôtel conduire ses trois jeunes fils dans une des tours du donjon de Blois : ces fidèles serviteurs pouvaient se défendre facilement dans ce lieu conti^e une surprise. Le duc de Bourbon détermina la veuve de son neveu à venir se jeter aux pieds du roi pour demander vengeance contre le duc de Bourgogne ; il lui conseilla d'amener Tainé de ses fils , Charles ,
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âgé de seize ans, ainsi que la femme de ce jeune prince^ Isabelle de France , fille de Charles Vf y veuve de Richard II , et reine douairière d'Angleterre à Tâge de dix-huit ans ; princesse malheureuse , à qui la mort funeste de son premier mari , l'assassinat de son beau— père , et la démence de son père , faisaient trop sentir que les grandeurs humaines ne mettent pas à l'abri des coups du sort.
Charles VI recouvra sa raison le surlendemain du meurtre de son frère : il chérissait Valentine , il pleura avec elle sur le sort infortuné de Louis , et jura de le venger ; mais le duc de Bourbon , qui guidait Valentine dans ses démarches , exigea que le roi en prit l'engagement solennel. Charles VI exauça ses vœux , et au bout de quelques jours il reçut la duchesse d'Orléans en audience publique : tous les princes et les dignitaires de la couronne y assistèrent : le monarque promit d'une manière positive à cette princesse de lui rendre justice.
Le duc de Bourbon fit commencer sur-le-champ le procès du meurtrier, agissant autant dans l'intérêt de l'Etat que dans celui de s^ famille. En e0et y le crime que le duc de Bourgogne venait de cotmnettre devait amener la guerre civile , en formant autour du trône deux partis bien marqués; mais, en livrant le coupable à la rigueur des lois, on sortait de ce p£^s difficile , la nation applaudissait à un acte de justice, et tout reprenait son cours accoutumé. Cependant Jean, de Nevers ne concevait pas des craintes bien sérieuses ; il exerçait un puissant patronage sur la moitié des habitants de Pi^ris : l'attitude menaçante que prirent ses nombreux clients , effraya le conseil ; Tindécision et la pqsillanimité de la reine achevèrent de paralyser les efforts du duc de Bourbon : l'audace du parti bourguignon s'en accrut. Sur ces entre-
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faites, le froid devint excessivement vif dès les derniers jours de novembre : le greffier da parlement consigna sur ses registres que Tenqre gelait dans sa plume de trois mots en trois mots , quoique Tappartement fût chauffé. Les arbres fruitiers et les vignes périreot; la disette devint horrible dans Paris* On obligea les habitants des campagnes d'y apporter par charrois un peu de &rine et de bois de chauffage, que la rivière glacée n'amenait plus à la capitale» La débâcle qui suivait la gelée causa d'afireux ravages : un morceau de glace de trois cents pieds alla frapper conlï^e le pont Saint— Michel , et le fit écrouler; les communications d'un côté à Ilautre de la Seine furent interrompues. Les magistrats, ne pouvant se rendre au palais où ils siégeaient habituel-* lement, tinrent leurs vacation^ dans l'église Sainte- Geneviève.
Ces calamités physiques qui se. joignaient aux; malheurs politiques rendaient le peuple plus mécontent , et augmentaient Tirrésolution de la çeine et des meipln es delà régence; personne n'osait continuer le procès du duc de Bourgogne, La conduite de Jean-sans-Peur ne pré-, sentait pas les mêmes incertitudes : il s'empressa d'assembler à Gand les états de Flandres , prit connaissance des forces que Ton pouvait mettre sur pied, et publia un manifeste dans lequel il se vantait d'avoir tu^ le duc d*Orléans, comme ail se fût applaudi d'une bonne action. L'audace ne mavKjue jamais d'éhlouii* la multitude : les députés des états n'osant rien refuser à ua prince capable d'avouer un tel atteptat , f»*oiQii:ent tous les secours qu'il désirait. L'argent et les troupes ne lui mauquèrent pas«
Le conseil de France , épouvanté , chargea le d^ç. de Berri et le roi de Sicile de négocier avçc le duc de Bourgogne : en vain Louis de Clermont , indigné
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d'nne pareille faiblesse, chercha*t-il à montrer aux priaces la hoote dont ils allaient se couvrir par cette démarche ; en yain déclara-t*fl haatement ne ▼ooloîr participer en rien à cet acte de lâcheté , le parti bonrgaignon l'emporta. Jean de Nevers fat saf^ié de se rendre à Amiens : il j vint accompagné de 3,ooo hommes d'armes. Se voyant sollicité par le dac de Berri de demander pardon an roi, randacienx prétendit exiger des remerctments de Charles YI , qu'il avait délivre , selon lai , d'an opjHresseor : c IVaiDears ^ ajoata-t-il , que Ton fisse la paix on la guerre , je sais préparé à toaL » CharUs-le-Blaavais demandait pardon de ses méfiiits ; Jean de Bourgogne se glorifiait des siens , et ponr combler la mesure , il fit publiquement des pensions à Raoul d'Ocqaetonville , aux deux Conrtense , ainsi qu'à tons leurs conqplices.
Cette conférence d'Amiens avilit ses advo'saires , qui n'étaient prêts à rien , et que sa fennefeé rendaient encore pins indécis. Il marcha vers Arras 9 et y rranit des troupes. Les ducs de Berri et d'Anjou, toujours désireux de n^ocier, vinrent le trouver, et augmentèrent par-là sa confiance; enfin, ne pouvant le vaincre, ib lui défendirent , au nom du roi , de venir à Paris, a J'irai, dit-il , non ponr m'excnser, mab pour accaser aa contraire celui que j'ai tué. » Le suriendemain le rebelle se rendit à Saint-Denis , oà il aflfecta de faire ses dévotions. Yalentine s'enfiiit à l'approche de l'assassin de son époux. Jean de Nevers distribua ses troupes autour de Paris, puis il entra dans la capitale en vainqueur, à la tête de 1,000 hommes d*armes. Le peuple , presque ton|ours stupide dans ses témoignages , applaudit le prince , qu'il n'estimait point , et le reçut esk criant Noill Nàill Néanmoins la tanrenr secrète qui accompagne constamment le crime , se cachait sous la
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cuirasse du prince tout - puissant. D après les ordres du duc de Bourgogne , des soldats d'élite se cantonnèrent autour de son hôtel d'Artois, et y élevèrent même des retranchements ; des ouvriers très * habiles construisirent dans la première cour de la maison une chambre toute en pierre de taille , à laquelle on ne laissa qu'une seule entrée fort étroite. Ainsi ce Jean de Nevers dont Taspect faisait tout trembler se retirait la nuit dans ce cachot , où il habitait entre le remords et la peur.
Enfin , cette terreur même le détermina à tout braver ; il vit le roi , et fut accueilli par les princes et par la reine même , qui sembla vouloir le capter afin de partager le pouvoir dont il venait de s'emparer. Le seul Louis de Clermont s'indigna à l'idée de se trouver en face d un assassin , parmi des courtisans avilis. 11 sortit de Paris à la tête de cent gentilshommes de son hôtel , et s'ouvrit un passage au travers des troupes bourguignonnes qui voulaient l'arrêter. Il prit la route de ses domaines, et y arriva vers la fin de juillet 1408, bien décidé à consacrer le reste de ses jours au bonheur de ses vassaux. Mais on ne lui en laissa pas le loisir. L'opposition énergique qu'il venait de montrer contre le duc de Bourgogne, irrita ce prince au dernier degré; craignant de s'attirer Tanimadversion publique en attaquant ouvertement un homme environné de l'estime générale , Jean de Nevers lui suscita des ennemis jusqu'au sein de sa famille. Amédée VIJI , comte de Savoie, petit-neveu du duc de Bourbon , prétendait à la souveraineté de quelques villes du Beaujolais, en qualité de comte de Bresse; depuis long-^temps Louis de Bourbon, souverain du Beau^cdais , repoussait ses prétentions , au moyen de titres incontestables. Tout-à-coup Amédée rouvrit la lice à l'instigation de Jean-sans-Peur, qui
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lui envoya même une forte division de ses troupes* Grâce à ces auxiliaires , Amédée s'empara violemment des villes que son ambition convoitait depuis longtemps. Peu satisfait de cet avantage , il détermina le sire de Viri , le baron le plus considérable de la Savoie , dont les domaines touchaient la principauté de Dombes, à provoquer le duc de Bourbon. Yiri , jeune etaudacieuir, s'empressa d'envoyer à l'oncle de Charles VI un défi de combat à outrance ; le cartel fiit rapporté sans réponse. Yiri , qui s'y attendait , fondit impétueusement , avec 3,000 hommes de troupes savoyardes et bourguignonnes, sur le Beaujolais , prit Ambérieux et porta le ravage dans la principauté de Dombes. Le duc de Bourbon avait méprisé les bravades de Viri , mais il ne lui pardonna point d'avoir saccagé ses domaines , d'avoir causé de cruels dommages à ses sujets : il fît donc un appel aux barons ses vassaux, et ne craignit pas de réclamer l'appui de ses amis. Le comte d'Alençon , le connétable d'Albret , le dauphin d'Auvergne , les comtes de La Marche et de Vendôme, vivant tous éloignés de Paris depuis que le duc de Bourgogne y régnait en despote farouche , accoururent à Moulins , chacun escorté de plusieurs compagnies d'hommes d'armes. Louis de Glermont, quoique âgé de soixante-onze ans , commença sur-lechamp les opérations , à la tête de 4)OOo combattants, et les poussa avec une activité qui rappelait le héros de Rosebec et d'Africa. Dans moins de quinze jours il eut repris l'offensive sur tous les points; il franchit la Saône, culbuta i,5oo hommes qui voulaient en défendre le passage , attaqua Viri en personne , le battit auprès de Louhans et rentra en possession d' Ambérieux. On trouva dans la place douze chevaliers de l'hôtel du comte de Savoie, ce qui ne permit plus de douter qu'Amédée VIII n'-eût partagé d'une manière ti*ès-directe l'agression du
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sire de Viri. On songea dpixc à le châtier : au bout d'un mois la Bresse fut conquise, l^ vainqueur , loin de ralentir sa marche après ces premiers avantages , envahit la Savoie , et enleva Annecy. Les difficultés locales n'arrêtèrent point le duc de Bourbon, Toujours le casque en tête 9 toujours guidant l'avant -garde , il poussait devant lui les troupes savoyarde,s , forçait les défilés et s'emparait des points fortifiés. Amédée VllI , effrayé de succès aussi rapides , lui envoya des ambassadeurs pour implorer sa grâce et demander la paix. Les principaux officiers de Louis de Clermont le suppliaient d'achever la conquête de la Savoie , afin de punir le souverain de ce pays , doublement coupable envers son oncle. Un prince vulgaire aurait cédé à leurs instances: le duc de' Bourbon , n'écoutant que la magnanimité de ison coeur, accorda le pardon qu'un neveu déloyal réclanoait de sa générosité. Amédée se rendit à Ambérieux. , et il se soumit, tête nue , sans ai^mure et sans éperons : ou exigea qu'il jurât siu* TEvangile d'abandonner sans retour les intérêts de Jean-sans-Peur. Le duc voulut qu'on lui livrât l'audacieux Viri : le rebelle vassal fut amené chargé de chaînes. On le laissa plusieurs jours sans l'instruire du sort que le vainqueur lui destinait; enfin, Louis de Clermont le fit comparaître en sa présence : « L'offense que vous m'avez faite en prenant les armes contre moi , lui dit-il^ en défiant votre suzerain , mérite la mort; cette injure m'est personnelle , je puis vous la pardonner, et je vous donne la vie. Mais vous avez ravagé mes domaines , vous avez dévasté tout le pays , vous avez réduit ù la misère des milliers d'habitants ; cette offense demande une véritable réparation : vous resterez dans les fers jusqu'à ce que vous ayez indemnisé les malheureux que vos ravages ont faits. » Viri , propriétaire dç fiefs considcrables , préféra la liberté à la foilune ; il se vit oblige
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de vendre ses plus beaux domaines pour payer sa ran— çon , sans que Favare duc de Bourgogne , dont il s'était fait Taveugle instrument , voulût lui accorder le moindre dédommagement.
Les avantages remportés les armes à [la main, par Louis de Glermont , sur un feudataire dévoué aux intérêts du duc de Bourgogne et soutenu par lui, enhardirent les princes rivaux de Jean-sans-Peur , et leur firent concevoir le projet de le renverser par la force, puisque toutes les voies de conciliation devenaient impraticables. Le duc de Berri , les enfants du duc d'Orléans, les comtes d'Alençon, d'Armagnac, d'Âlbret, formèrent une ligue en s'engageant à fournir un contingent de troupes : ils dépéchèrent vers Louis de Glermont pour l'inviter à unir leurs efforts aux confédérés. Le duc de Bourbon y souscrivit après quelque . difficulté, et la ligue fut signée à Gien, le i5 avril 1410. Vély dit à cette occasion, dans son Histoire de France : « C'est à regret que l'on voit paraître dans cette association le duc de Bourbon ; ce prince si respectable par ses vertus oublia dans cette circonstance la modération impartiale qui l'avait jusqu'alors tenu constamment attaché à la personne du roi , sans épouser les querelles particulières des princes : il ne pouvait ignorer que toute guerre entreprise dans l'intérieur du royaume sans l'aveu du roi est un crime. »
En écrivant la Yie des grands capitaines français , nous nous sommes proposé de peindre les hommes^ autant que nous le pourrions, sans chercher à les juger ; mai$-i<^i nous nous trouvons entraîné , par la force de la coàviction, à défendre Louis de Glermont d'une inculpation aussi grave.
Quoi ! un homme farouche se baigne dans le sang de son parent, lieutenant-général du royaume, envahit
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la capitale à l'aide de 3o,ooo soldats étrangers; érige l'assassinat en principe, fait publier devant tout un peuple cette détestable doctrine , s'empare de la direction des affaires publiques, au mépris des droits invoqués par Théritier présomptif de la couronne, tient le monarque captif, et, au nom de ce prince infortuné, se livre aux actes les plus monstrueux : et il ne sera pas permis de s'armer contre un pareil tyran; on sera fauteur de guerre civile parce qu*on voudra venger la morale publique , parce que l'on s'efforcera de réintégrer 1k puissance entre les mains du véritable souverain I Autant vaudrait dire qu'avec de l'audace et des armes on légitime tous les crimes , toutes les usurpations.
Loin de blâmer le duc de Bourbon d'avoir adhéré à la ligue de Gien, nous devons l'en applaudir, et ne déverser le blâme que sur ces autres princes qui ne rougirent pas de négocier avec l'assassin du duc d'Orléans , au lieu de soulever contre lui toutes les vengeances , comme Louis de Glermont les y exhortait. Si la ligue de Gien eût été formée plus tôt , qu'elle eût marché vigoureusement vers son but , les résultats eussent été tout autres : l'usurpateur, contraint de se retirer, aurait laissé le dauphin libre d'exercer la régence dans toute sa plénitude , et la guerre civile n'eût point éclaté. Mais la mort arrêta le seul homme capable d'indiquer aux confédérés la direction qu'ils avaient à tenir.
Tous les habitants des provinces outre Loire se déclarèrent hautement contre le duc de Bourgogne, qui n'avait pour lui que la populace de Paris , les Flamands et les Picards. Une armée de 4O9O00 hommes , formée des divers contingents des princes , allait marcher dans l'intention de l'accabler. Le duc de Bourbon partit de
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Moulins, accompagné de 2,000 nobles et de 5oo hommes de trait. Arrivé à Montluçon , une fièvre ardente le saisit, les symptômes les plus effrayants se déclarèrent , et annoncèrent au héros que sa dernière heure approchait. Une paralysie tomba sur ses pîeds et montait progressivement vers le cœur , en laissant au duc l'usage de la raison , de sorte qu'il put calculer les instants qui lui restaient à vivre. D'un œil tranquille il vit s'avancer la mort , e^ se prépara à la recevoir avec le courage d'un chrétien fervent. Tous ses officiers, ses vieux comprgnons d'armes, prosternés «autour du lit funèbre , ne pouvaient retenir leurs sanglots : Louis de Clermont les consolait , et leur parlait encore des moyens qu'on pourrait prendre pour conjm^er les orages prêts à fondre sur le pays :
ce Mes amis , je regi^ac^e Dieu de tout mon cœur qui m'a pretté vie telle , que j'ai vaincu jusqu'ici par son commandement. Certes, la mort ne me deplaist mie; mais si au Créateur eust plu , j'eusse volontiers veu la santé de monseigneur le roi , l'union des princes des fleurs de lys , et la paix de celui très-désolé royaume de France : je y ai besogné de tout mon pouvoir à le pacifier , et estoit mon vouloir en ce voyage. »
Le prince fit ensuite avec calme ses dernières dispositions ; il ordonna qu'on l'enterrât sans aucune espèce de pompe, et que l'on donnât aux pauvres l'argent ordinairement consacré à l'inhumation des grands.
Ainsi que son neveu le duc d'Orléans , Louis de Clermont fut très-favorisé de la nature , et ne cessa d'être très-recherché dans sa personne. Ce prince avait une très 'belle chevelure blonde , qu'il laissait flotter à la manière des anciens chefs mérovingiens : les années ea avaient changé la coulem' sans en diminuer le volume , et jusqu'à ses derniers moments il en fit un objet d'ov-
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gaeil; à son lit de mort il se la fit couper, et la jeta à terre en disant : « Beau sire Dieu , Jhesus Cris, mon père 9 mon créateur, suis délié de cette vie mortelle, où je me suis plus esbattu en mes cheveux ; sy je ne veux mie que c*este me suive , veez*la en dépit de l'orgueil. » ( Oronville. ) U reçut ensuite les dernières consolations de la religion , et expira le lendemain dimanche 17 août 1410, à l'âge de soixante-treize ans.
Les dépouilles mortelles de cet homme vertueux furent portées au prieuré de Souvigni qu'il avait augmenté et embelli (i). Ce prince , zélé pour les arts autant qu'on pouvait l'être dans un temps de tumulte , se servit , pour ses nombreuses constructions , d'un architecte sculpteur nommé Michel Desduseaux , qui portait le titre de tnaitre en œuvreê viveê : cet artiste , alors fort célèbre , exécuta quantité de travaux d'après les ordres du duc de Bourbon.
Afin de se conformer aux volontés du défunt , on ne prononça point d'oraison funèbre; mais les larmes de ses vassaux célébrèrent mieux ses vertus que le plus éloquent
(i) Le priéoré de SouTigni , situé à trois petites lieues de Moulins sur la route de Limoges , était une dépendance de l'abbaye de Gluny ; son église, extrêmement remarquable , présente dans son ensemble les quatre phases d'architecture qui précédèrent la renaissance : on n'en citerait qu'un fort petit nombre oii le sentiment religieux soit porté à un si haut degré* La nef latérale de droite renferme le caveau où fut déposé le corps de Louis de Clermont » ainsi que le monument élevé en son honneur par son fils. Ce tombeau fut exécuté par Desduseaux lui-même , qui avait survécu à son maître. La statue du prince est étendue sur l'entablement du sarcophage, à côté de celle de sa femme Anne d'Auvergne : tous les détails de ce monument méritent de fixer l'attention des amis des arts. On doit la conservation de ce tombeau et de tout ce que l'église de Souvigni renfermie de précieux , au zèle aussi éclairé qu'infatigable du curé actuel, M. Chambon.
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paQi5gyrique : « Ah ! ah ! mort , s'écriaient-ils , tu nous as osté en ce jour notre soubtien, celui qui nous gardoîl et défendoit de toute oppression; c'estoit notre confort , notre duc le plus prudhomme, de la meilleure conscience j de la meilleure vie qu'on sçût trouver. »
Louis de Clermont ne laissa qu'un fils légitime, Jean l*'', qui lui succéda dans ses titres et dans la possession de ses différents fie&. Devenu veuf, le comte de ClermcMit eut encore, d'un mariage non déclaré , trois fils : Hector, Jean et Perceval. Il avait donné au premier le nom d'Hector, parce qu'ayant beaucoup aimé la lectnre de l'Enéïde, le héros troyen Pavait emporté dans son estime sur tous les autres personnages de ce poème. Cet Hector de Bourbon fiit tué à Tâge de vingt-quatre ans au si^c de Soissons ( 1414 ) 9 comme nous le vemms dans la suite : ses éminentes qualités et sa vaiUance le faisaient déjà regarder comme un des chevaliers les plus accomplis de son siècle.
JEAN LE MEINGRE