TOM. III. I
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splendeur . mais aucune ne la surpassail. Celle maison ne commence à être historique que vers le dixième siècle. Les sires de Couci , jadis gouverneurs d'une partie de la Picardie , devinrent en peu de temps très-redoutables. Le plus célèbre fut Léon , ou plutôt Lion, Les anciennes chroniques le représentent d'une taille si élevée , qu'au milieu des combats les panaches de son casque servaient d'enseigne à ses soldats; sa force était telle, que d'une main il arrachait les créneaux et de l'autre brisait les chaînes des ponts-levis qu'on refusait de baisser devant lui : il fut tué d'un coup de francisque , pai Réginaire, évêque de Liège, dans la bataille livrée en 1087 9 ^^^ ^^^^ de Bar , entre l'empereur Conrad 11 et Eudes II son compétiteur. Après la mort de Lion , la sirerie de Couci revint à l'archevêque de Reims; les prélats de cette ville, qui tenaient ces domaines de la munificence de Charlemagne , en avaient été dépouillés à l'établissement du système féodal. Boniface , archevêque de Reims en 1057 , les donna à son neveu Albéric (i) , mais celui-ci ne les conserva pas long-temps ; EnguerandP% comte de Dreux , le déposséda en 1070 , s'empara de ses terres , et prit le titre de sire de Couci , au mépris des foudres canoniques qu'on lançait contre lui, Enguerand P*" , fondateur d'une maison puissante , descendit au tombeau en iti5 , chargé d'ans et de gloire. Suger, son contemporain , le qualifie d'homme vénérable et rempli d'honneur , vir venerahilis et honorificus egregie. Enguerand laissa pour successeur Thomas de Marie son fils , homme extraordinaire et d'un mérite éclatant. La vigueur qu'il mit à défen-
(i) Diiplessiç , Histoire de la maison de Couci , p. rj-.
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dre son héritage contre les prétentions des archevêques de Reims , le peu de ménagements qu'il montra pour les gens d'église , lui attirèrent la haine des moines , qui , charge exclusivement d'écrire les chroniques , représentent Thomas conune un brigand insatiable de ravages , comme un Gacus , reSroi de ses voisins. La passion se mêla sans doute à ce jugement : le nom de ce Leude a percé l'obscurité qui s'étend sur cette période, et les annales du douzième siècle le citent fréquem^ ment d'une manière très-honorable. Enguerand III , fils de Thomas , fut un des héros de la bataille de Bouvines ; placé au centre avec les milices duVermandois, du Soissonnais, et 2,000 hommes levés sur ses domaines, il enfonça l'aile gauche de l'ennemi : les diverses relations s'accordent à dire que Mathieu de Montmorenci et lui eurent la plus grande part au gain de la journée. Il accompagna ensuite le fils de Philippe , qui allait prendre possession de la couronne d'Angleterre. €e fut cet Enguerand TII qui éleva , en 1240 9 sur les anciennes fortifications de son château , les bastions et la haute tour dont les voyageurs vont encore visiter les débris.
Après la mort de Louis VIU les principaux feudataires formèrent une ligue contre Blanche deCastille, déclarée régente pendant la minorité de Louis IX son fils , et reconnurent pour chef, dans une assemUée générale, Enguerand , le plus riche et le jrfus puissant possesseur de fiefs. Pépin et Hugues Gapet avaient commencé ainsi de nouvelles dynasties.
Enguerand, aveuglé par la vanité, mit sur ses bannières une devise dont le sens était : Je monterai sur le trône. Il se revêtit même des ornements royaux pour les essayer dans ses appartements ; on le vit parcourant ses domaines la couronne en tête. La fermeté de Blanche, la
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loyale conduite de Mathieu de Montmorenci , firent échouer ces projets ambitieux ; Enguerand , rendu à ses devoirs , abdiqua un trône qu'il n'avait point occupé , devint le défenseur le plus fidèle du prince légitime , et fit oublier ses torts par des services non contestés : ce fut alors que le vassal prit cette devise devenue célèbre : Jb ne Êuis roi , ni prince , ni comte auesi ^je suit sire de Couci (i) ; devise qui respire à la fois la fierté et les regrets. Un accident déplorable termina la vie d'Enguerand III ( 1243 ) : il passait à gué une petite rivière auprès de Vervins , son cheval effrayé le jeta à terre ; la violence de la secousse fit sortir son épée du fourreau , Enguerand tomba sur la pointe , et expira au bout de quelques instants. Il ne laissa qu'un fils qui mourut sans enfants : en lui s'éteignît la branche aînée. Enguerand V, issu de la cadette , hérita de tous les biens de cette illustre maison ; son fils aîné , Enguerand YI , père du héros dont nous écrivons la vie, avait combattu dans toutes les guerres entreprises par Philippe de Valois , soit en Guienne , soit en Bretagne ou en Picardie ; il devint Theureux époux de Catherine , fille de Léopold duc d'Autriche, et mourut à la fleur de l'âge , ne laissant de son union avec cette princesse qu'un fils âgé de deux ans : sa veuve fut reconnue tutrice de cet enfant sur la tête duquel , dans l'espace de quelques mois , vinrent se réunir des domaines considérables , notamment Ceux de Marie , de Boissy et de la Fère. Catherine ne craignit pas d'abandonner le beau nom de Couci pour épouser un baron allemand d'une naissance médiocre : elle mou-
^i) Cetto de\l$e annuité tous les raisonnements de Dubelloy.
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rut peu de temps après de cette peste qui étendit dans le quatorzième siècle ses ravages sur tCMit le globe , et enleva en Europe le tiers de la population.
Le jeune Enguerand VII , resté orphelin , passa sous Tautorité de son oncle Raoul de Couci , sire d'Havraincourt. D'après les droits de la couronne , le roi de France était protecteur-né de ses vassaux et tuteur de leurs enfants. Philippe de Valois adjoignit à Raoul de Couci , pour administrer les immenses biens de son pupille , le sire de Nesle et Mathieu de Roye. Le sîi-e d'Havraincourt fut chargé spécialement de Téducation de son neveu : ce banneret avait plus de connaissances que la plupart des nobles de son temps ; il observait les lois de la chevalerie avec une ferveur toute particulière. Les fabliaux l'appellent Voncle du grand Enyuerand de Couci y et lui attribuent un fait assez singulier : ayant aperçu dans une assemblée un jeune homme issu de haut lignage , mais que Ton aurait pris pour un jongleur à son ridicule accoutrement , il le Contraignit de ïse retirer pour aller se vêtir d'une manière plus convenable à son rang et à l'état dfe chevalier auquel ce bachelier aspirait depuis long-temps.
Le sire d'Havraincourt cultiva avec soin les germes des vertus qui se développaient chez son neveu. A seize ans, Enguerand faisait déjà l'admiration générale par sa beauté mâle et par un mérite qui n'était pas ordinaire dans un vassal de son âge. Charles V, régent pendant la captivité de son père , voulut lui conférer l'ordre de la chevalerie : cette cérémonie eut lieu à l'hôtel Saint-Paul, au mois de mars i36o. Enguerand , de retour dans ses domaines , essaya son jeune courage contre les paysans duBeauvoisis révoltés, et qui venaient de former la ligue redoutable connue sous le nom de la Jaquerw : il le»
(> LI^fJlERV-ND Di: COLCI.
lailla en pièces (1358) , et en délivra la contrée. ( Fioibî>ard 5 livre 1^' , cliap. i83.)
La paix de Bretigni (i) ayant été conclue , Edouard exigea pour garants de l'exécution de ce traité la remise entre ses mains des chefs des lignées les plus illustres du royaume : il désigna en particulier l'héritier de la maison de Couci. Enguerand ne fit aucune difficulté de se sacrifier au bien public ; accompagné d'une suite nombreuse et d'un train fastueux , il arriva eu Angleterre , où l'on s'empressa de le recevoir comme un naturel du pays , plutôt qu'en étranger ; car il y possédait des biens immenses dont sa famille avait hérité de Chrétienne de Bailleul , princesse d'Ecosse , femme d'Enguerand V , chef de la seconde branche des Couci. Edouard lui fit un accueil distingué. ^Nourrissant toujours l'espoir chimérique de devenir un jour roi de France , ce monarque ne songeait qu'à s'y faire des partisans : il avait caressé Glisson , il caressa de même Couci , et mit en usage auprès de lui tous les genres de séduction : les fêtes se succédaient au palais de Windsor; Enguerand y était admis comme allié de la famille royale. Enfin Edouard 111 voulut en faire son gendre : Isabelle , sa fille aînée , passait pour une princesse accomplie (2) : sa mère Philippe dellainaiit lui avait inspiré de bonne heure le goût des lettres ; elle les cultivait
(i) Ce village est à deux petites lieues de Chartres; on y voit encore la ferme où la paix fut signée. Elle appartient à la fan)illc dt Cambis.
(i) Duchcsne , le moine de St-Denis , cl tous les liistojicns français , disent qu'Isabelle était la Gllc cadette d'Edouard : Wasinqljam, Hume , Kapin-ïlioiras disent qu'elle riait rainée ; i*;)Ulurité de cl^ d'Tnlers nous î)araît bien [»lus icbpccîaide.
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avec une ardeur peu ordiûAire chez unâ personne de son sexe. L'historien Froissard , clerc de la chambre de la reine d'Angleterre , reçut l'aimable mission de diriger ses études. Un sentiment récijM'oque unit bientôt En* guerand et la fille d'Edouard : le monarque donna ea dot la baronnie de Bedford , une partie du comté de Lancastre , et 4,000 liv. de rente. On ne trouve nulle part la date précise de ce mariage. Il était aases étrange de voir un baron français , prisonnier pour son roi ^ épouser la fille de celui qui le tenait dans les fers : disons-le y des motifs politiques avaient seuls dirigé le vieux Edouard , en formant cette union«Coaci posiséd^it une partie de la Picardie ; ses domaines bordaient les frontières de lIle-de-France : Edouard de son côté pos-* sédait le Ponthieu et le comté de Guines , enclavés dan^ les terres de Gouci. Il lui importait d'av^menter ce territoire si voisin de Paris ^ et de le mettre dans und main qui lui fût dévouée ; un motif semblable l'avait décidé à rendre la liberté à Gui de Blois , moyennant la. oçsifiQU du comté de Soissons. Edouard devenu possesseur de ce fief le doima aussitôt à Couci (1367) , en échange d^ 4»ooo liv, annuelles qu'il lui payait au terme du contrat de mariage. Dès ce moment Enguerand ne fut copnn en Angleterre que sous le nom de comte de Soissons : c'est ainsi que Rapin Thoiras le qualifie ( tom. ui , pag^ a56,Uv.x). , ,
Cependant Couci ne justifia point les fatales espérances que Ton avait fondées sur lui ; flatté .des préve* nances d'un grand roi , uni à une femme jeune et belle, ce baron avait pu oublier on moment qu'il était né Français ; mais les malheurs qui vinrent assaillir son pays l'émurent profondément , et les sentiments patrior tiques se rcvcillcrent en lui dans toute leur vivacité*
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Ld guerre ëtant près d'éclater après la mort du roi Jean, Enguerand, pour échapper aux pressantes sc^lici* tations d'Edouard III qui voulait le charger de la conduite d'un corps de troupes , demanda la permission d'aller visiter ses domaines qui réclamaient son retour après six ans d'absence : il signala sa venue par des bienfaits , en afiranchissant du droit de main-morte les habitants des fiefs de Couci, de Landricourt, de Yer-* neuil, de Rienville, de Gréci, de Monceaux. (Duchesne, preuves, p. 4i5.)
Il reçut avec beaucoup de pompe , dans son hôtel à Paris , son beau-frère le duc de Clarence , durant la trêve de i368. Le duc de Clarence était ce beau Lionel, second fils d'Edouard , l'objet de la prédilection du monarque , le seul de la nombreuse famille royale qui se montrât digne par ses brillantes qualités d'être le frère du prince Noir. Lionel , veuf alors d'Elisabeth de Burg, allait en Italie épouser Violente, fille de Galéas^ seigneur de Milan , qui lui apportait en dot aoo,ooo florins , la ville d'Alba et plusieurs domaines considérables. Le prince anglais ne revit plus sa patrie; il mourut six mois après son nouvel hyménée, que le poète Pétrarque avait célébré dans ses chants. Enguerand assista, l'année suivante , à un mariage bien plus remarquable et qui mit l'héritage de Flandre dans la maison de Valois : nous voulons pai'ler de l'union de Philippe-le-Hardi , duc de Bourgogne , avec Marguerite , fille de Louis de Mâle. Cette aiFaire importante fut conclue grâce à l'habileté de Philippe d'Orgemont , chancelier du Dauphiné. Philippe, fastueux comme la plupart des princes français, acheta dans tous les pays des joyaux en quantité ; Enguerand lui vendit pour xa,ooo écus de perles, qui furent remises entre les mains de Jean Hue, garde- joyaux
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du duc : Pacte de vente fut dresse par maître Jacques Dutal, secrétaire, et cacheté par Jean Juppiu, chauffecire du prince. (Labarre, i'® partie. )
Peu de temps après , les seigneurs de la Quintanie , les comtes de Gomminges , d'Armagnac , de Périgord , de Rochechouart , ayant brisé les liens dont le prince Noir les avait enlacés, donnèrent matière par leur résistance à une nouvelle guerre; elle éclata spontanément. Enguerand se trouvait dans la nécessité d'opter entre les deux partis; sa position devint fort délicate , étant gendre du roi d'Angleterre , et feudataire de celui de France. Devait-il s'armer contre le prince dont il venait d'épouser la fille, ou concourir à l'abaissement de sa première patrie en combattant les Valois, que son père avait servis glorieusement ? Dans cet embarras , le sire de Gouci prit un terme moyen qui mit à couvert sa conscience et son honneur : il courut chercher la gloire et les dangers sur un théâtre plus éloigné. Gharles Y , sentant l'impossibilité de compter Enguerand parmi ses défenseurs, se trouva fort heureux de ne pas le voir au nombre de ses ennemis.
Les Yisconti régnaient à Milan , dont ils avaient dépouillé la famille de Napoléon délia Torre ; l'histoire de leur règne n'est qu'une série d'actions odieuses. Bernabo Yisconti devint le prince le plus puissant de la péninsule italique , et poussa ses empiétements jusqu'aux portes de Borne, menaçant d'envahir la métropole du monde chrétien. Urbin Y , épouvanté , quitta le comtat Yenaissin , passa les monts et se vit obligé de traverser le camp des soldats milanais pour entrer dans Rome , où il arriva le 16 octobre 1367. Urbin Y, le même pontife que les Malandrins rançonnèrent dans Avignon , s'était imaginé que sa présence en Italie suffirait pour arrêter les entre-
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prises de Bernabo: vaine espérance 1 Uibin fut trop lieureux de pouvoir regagner Avignon, oîi il mourut vers la fin de 1370; il eut pour successeur Grégoire XI , que Ton avait, vu cardinal à Fâge de dix-buit ans , et qu'il fallut ordonner prêtre avant de lui ceindre la tiai^. Grégoire XI commença par excommunier Bernabo , et ne cessa de déployerconstamment une vigueur qui étonna les Milanais. 11 forma contre eux une ligue t et en nomma chef suprême le comte de Savoie. Depuis un siècle les comtes de Savoie étaient des homipes véritablement supérieurs : ils augmentèrent leurs états de telle manière, que chaque jour le poids en devenait sensible dans la balance de l'Europe. Celui dont Grégoire XI arma le bras contre les Yisconti portait le nom d'Amédée YI ; on le surnommait le Comte^Vert , à cause de la couleur de ses armes : il venait de remplir l'Orient du bruit de ses exploits. Vainqueur d'Amurat I*^**, il lui avait enlevé l'importante forteresse de Gallipoli. A peine rentré dans son comté avec un butin prodigieux , le paladin fut jugé digne d'être le défenseur de l'Eglise. Enguerand, ne pouvant se mêler de la querelle de la France et de l'Angleterre , voulut se dédommager de cette contrainte en allant prendre les premières leçons de la guerre du héros de la Savoie , dont il était proche parent par les femmes. Les préparatifs contre les Visconti furent immenses. Le roi de Hongrie voulut servir sous Amédée^ comme volontaire ; Tempereur Charles IV , la reine de Naples , envoyèrent des troupes : la France se trouva représentée dans cette ligue sainte par le jeune Couci , qui conduisait 5oo lances. Charles V , quoique fort occupé avec les Anglais , lui avait donné 3oo chevaliers. Les succès toujours croissants de Bernabo et de Galéas son frère augmentèrent rapidement le nombre de leurs
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partisans. Les deux Visconti se meriagèient des inlelligences au sein des divers états de l'Italie, et jusque dans ceux du redoutable comte de Savoie. Le marquis de Saluées, au mépris des devoirs de vassal , se de'clara contre Amédée Yl; celui-ci n'attendit pas que le rebelle prît l'offensive, l'attaqua sur-le- champ , et lui enleva Coni (i). Ce fut sous les murs de cette place (iSya) qu'Enguerand fit ses premières armes. Le comte de Savoie , charmé de la valeur du banneret français , lui donna en j)résence de toute l'armée son gantelet, comme un gage de son estime et de son amitié ; peu de temj)S après , il l'investit du commandement de trois divisions. La dispersion totale des troupes du marquis de Saluées permit au comte Amédée de marcher sur Asti resserré par Bcrnabo , dont l'armée venait d'être renforcée des bandes que conduisait Ancut, aventurier gallois, la terreur de l'Italie. Enguerand espéra qu'en qualité de gendre du roi d'Angleterre il pourrait obtenir quelque chose de ce sauvage guerrier i il courut le trouver dans son camp , et l'exhorta, au nom d'Edouard III , a abandonner les intérêts des Visconti. La négociation fut conduite si lieureuscmentque le partisan Ancut passa subitement ainsi que ses bandes sous les ordres de Couci, et opéra une diversion j)iiissan(r en perçant par le Parmesan jusque dans les états rIeB. ■*nabo ; il franchit tous les obstacles qui s'opposaier' • sa marche, et arriva aux portes de Milan. Les Visc-'^épouvantés rappelèrent Bernabo , qui se vit contrai' ^ ^ lever le siège d'Asti (2).
{i) Guicliciioti . Ilibloirc de .S.ivoif , |i \ai.
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Après la retraite du général italien , Amédée s'avança dans le Milanais par la vallée de Saint-Martin, et balaya le pays l'espace de vingt lieues. Couci marchait en même temps sur Ferrare avec Ancut , et menaçait ainsi les plus riches domaines des Yisconti, Le fils aîné de Galéas accourut à la tête de 12,000 hommes ( Coric, p. 346). Enguerand, ayant passé la Chiesa à gué, se retrancha derrière une position très-redoutable. L'Italien, se fiant à sa supériorité numérique , vint l'attaquer ; mais il fut repoussé , battu complètement , et fait prisonnier ainsi que a,ooo des siens. Cette victoire , remportée le i5 mai i373 , jeta un tel éclat, que le pape écrivit des lettres de félicitation au comte de Savoie et au sire de Couci, dont le sang*froid et les sages dispositions avaient assuré ce beau triomphe.
Le lendemain les vainqueurs s'emparèrent de la ville de Bologne , qui devint le point central des opérations. Le comte de Savoie passa l'Adda ayant sous ses ordres le principal corps , ti^aversa le pays de Bergame , de Brescia, et vint opérer sa jonction avec Enguerand dans les plaines de Bologne. Les alliés , se trouvant réunis , résolurent de commencer le siège de Plaisance (octobre i373).Les préparatifs furent poussésrapidement; on s'empara , dans une attaque de nuit , des fortifications avancées. De leur côté , les Yisconti opposaient la résistance la plus opiniâtre ; mais leurs partisans commençaient à les abandonner. Les avantages nouvellement remportés en faisaient présager d'autres; déjà les habitants de Plaisance murmuraient hautement, lorsque tout-à-coup le comte de Savoie tomba malade. Il se fit transporter à Modène , laissant la conduite du sicge au sire de Couci. Cedernier poussa les opérations d'une manièi^ si vive,que les Visconli effrayés envoyèrent parlementer : on conclut
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une trêve sous la médiation de la république de Venise. Sur ces. entrefaîtes, le sire de Couci reçut un message du roi de France. Charles V venait d'éprouver de quel prix peut être un grand général. Duguesclin avait fait succéder des triomphes à des revers : l'intérêt de l'état exigait de rassembler autour du héros breton des émules capables d'enchatner comme lui la victoire , et de le remplacer enfin si jamais la mort le frappait au milieu des combats. La renommée ne cessait de publier les exploits d'Enguerand ; le roi le regarda comme une précieuse conquête 9 et , pour le déterminer à revenir en France y dépêcha vers lui un chevalier à bannière , porteur du bâton de maréchal. Depuis cinquante ans cette dignité avait été illustrée par plusieurs guerriers célèbres , et suivait immédiatement celle de connétable ; mais Enguerand de Gouci la refusa : il se croyait toujours lié par ses serments à la fortune de l'Angleterre , et avec d'autant plus de raison que , pendant le cours de la dernière guerre , Robert KenoUes et les autres lieutenants du duc de Lancastre avaient mis un soin extrême à ménager les domaines de la maison de Couci. ce La terre du seigneur de Couci , dit Froissard (livre II), demeura toute en paix; oncques les anglais forfirent ni à homme ni à femme de la valeur d'un denier, qui dist je suis à monseigneur de Couci. » Une trêve que l'on signa en 1874 permit à Enguerand de rentrer dans le royaume sans violer la foi jurée ; mais il ne put y goûter un long repos.
Nous avons dit ailleurs qu'un vice radical désolait, au moyen âge , la société tout entière ; à peine le fléau de la guerre interrompait-il ses ravages , qu'un autre apparaissait plus terrible encore que le premier; c'était
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Toisiveté des soldats, dont on venait de licencier les deux tiers. Accoutumes à vivre sans contrainte , à conquérir sur l'ennemi un butin journalier, ils ne pouvaient se résoudre à subsister du produit de leur travail. Dès que la trêve de 1874 fut conclue, t 2,000 de ces soldats se trouvèrent subitement réunis. Ils avaient à leur tête 25 capitaines subordonnés à un seul dont l'histoire ne dit pas le nom. Le fameux partisan Arnaud Gervolle était mort depuis i366 (i). ^
Le sire de Couci ne crut pas manquer au serment qui le liait à Edouard III en offrant à Charles V de délivrer le royaume de cette calamité, en emjdoyant l'expédient dont s'était servi Duguesclin quelques années auparavant , c'est-à-dire en conduisant dans une terre étrangère ces bandes désordonnées; d'ailleurs la fortune lui présentait , en ce moment , une occasion toute naturelle de les mener sur les bords du Rhin<
L'empereur Albert F' avait laissée vingt-un enfants. L'un d'eux, Léopold , dit le Glorieux , reçut en apanage l'Autriche , l'Alsace et le Brisgaw ; une de ses filles épousa Enguerand VI , sire de Couci , père d'Enguerand VIF. Léopold étant mort sans héritier mâle, Couci devint son héritier du chef de sa mère Catherine , fille unique du duc d'Autriche ; mais les autres fils de l'empereur Al*
(]) Duplessis> et même les auteurs de l'Art de vérifier les dates, ont commis une erreur manifeste en mettant Arnaud Cervolle dans l'expédition de i^yS. Ce chef de bandes n'existait plus depuis i366. Cette vérité est démontrée d'une manière incontestable dans l'ouvrage de M. Zur-Lauben ; par Duchesne , Histoire des seigneurs de Châleauvillain ; et surtout par la savante dissertation consignée dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions , t. xxy, p. 168.
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bert, oncles de Calherine, s'opposèrent a ce quun si bel héritage passât dans les mains d'un étranger, et surtout d'un Français ; ils se partagèrent la succession de leur frère et la retinrent tout entière , malgi*ë les vives réclamations du sire d'Havraincourt , tuteur d'Engue* rand VIL Celui-ci ^ en âge de gouverner par lui-^méroe ses domaines, redemanda, mais vainement, l'héritage de sa mère ; il porta ses plaintes à l'empereur Charles IV* Le monarque allemand s'excusa sur ce qu'on lui contestait l'Empire , et que , dans cette position critique , il se trouvait hors d'état de faire rendre justice aux autres. Cependant , délivré de son compétiteur, non-seulement Charles IV n'écouta pas les réclamations de Couci, mais encore il contracta une alliance intime avec la maison d'Autriche , maria une de ses nièces au second fils d'Albert , et lui assura la possession dNine portion des* biens de Catherine. Les guerriers de cette époque ne voyaient rien au-dessus de leurs résolutions : Enguerand conçut le projet d'aller disputer, les armes à la main , l'héritage de sa mère au duc d'Autriche et à l'empereur lui-même ; le roi l'y encouragea.
La succession réclamée par le sire de Couci se trouvait entre les mains de Léopold h Courtoiê , auquel étaient échus en partage l'Alsace , le Brisgaw et les terres enclavées dans les cantons suisses. Enguerand n'avait aucun droit sur l'Autriche possédée par Albert III le Tracaêêier. La plupart des historiens se sont mépris à cet égard. D'après les lois féodales qui régissaient alors l'Europe entière , le sire de Couci , héritant par sa mère , ne pouvait revendiquer l'Autriche , fief masculin , mais seulement l'Alsace et le pays enclavé dans la Suisse , biens aUodiaux apportés par son aïeule dans la maison d'Albert I^.
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Voulant épuiser toutes les formes de la justice , Enguerand écrivit une seconde fois au duc de Brabant , vicaire de l'Empire , pour le prier de soumettre sa réclamation au monarque germanique, et l'informer qu'il aurait recours à la force des armes si on lui refusait satisfaction. Le duc de Brabant répondit que l'empereur ne pouvait pas se mêler de ce grand différent , et qu'il resterait neutre dans la querelle. Sur cette réponse , En* guerand demanda à Charles V la permission de réunir les bandes éparses dans les provinces voisines de Paris. Le roi lui délégua à cet effet une partie de son autorité , et fournit même 60,000 livres afin de contribuer aux frais de l'expédition. Des hérauts d'armes se mirent à parcourir la Picardie , la Champagne , Tlle- de-France , la Normandie, et annoncèrent aux soldats licenciés qu'ils eussent à se réunir, attendu qu'un ordre suprême les faisait passer à la solde du sire de Couci , lieutenant du roi. Ces hommes , qui naguères méprisaient la voix des magistrats et les exhortations du clergé , obéirent à ce commandement avec une docilité qu'on n'attendait pas d'eux. Les 25 capitaines se concen* trèrent sur un seul point , pour y attendre des ordres ultérieurs. Enguerand , de son côté , fit des levées dans ses terres de France et d'Angleterre; 2,000 Bretons vinrent se ranger sous ses bannières, ainsi que i,5oo nobles de différentes provinces. Le vieux Raoul d'Havraincourt, oncle d'Enguerand , amena 200 chevaliers. Edouard III, jaloux de servir les intérêts de son gendre, auquel d'ailleurs il portait une véritable amitié, lui envoya 1,000 chevaliers commandés par le comte de Kent. Ces troupes réunies formaient , disent les historiens allemands , 60,000 combattants , dont 16,000 à cheval ; des données plus certaines diminuent ce nombre d'un bon
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tiers. Il doit nous paraître aujourd'hui fort étonnant de voir un simple banneret aller réclamer l'héritage de sa mère , à la tête de 4o,ooo hommes. Avant d'entrer en campagne , le sire de Couci , voulant se rendre favorables les villes de Strasbourg et de Colmar, leur adressa an manifeste daté de Mazevaux, le 24 septembre 1875 (i). Cette démarche ne produisit rien. Enguerand n'en fut point découragé , et n'en jura pas moins de faire baigner son cheval dans les eaux du Danube (2).
Les aventuriers y formant deux divisions d'avant-garde sous le commandement de 25 capitaines , partirent aux premiers jours d'octobre liyS, Comme ils allaient faire la guerre dans un pays froid , et à l'approche de l'hiver (ce qui n'était pas ordinaire), ils endossèrent par-dessus leurs cuirasses de longs manteaux, dont l'usage se conserva depuis parmi les soldats de différents pays. Suivant leur coupable habitude , les Malandrins se livrèrent aux excès les plus épouvantables , répandant l'eQroi en tous lieux ; ils désolèrent la Lorraine , déjà ravagée par eux dix ans auparavant , lorsque Arnaud GervoUe les commandait. Les habitants ne trouvaient point de retraite assez obscure pour échapper à leurs fureurs. Ces bandes entrèrent de vive force dans Hetz , et allaient livrer cette ville aux flammes , lorsque le sire de Couci arriva conduisant l'arrîère-garde et le corps debataîUe , formant ensemble a5,ooo soldats très-bien disciplinés. Indigné de la conduite des aventuriers , dont on payait la solde régulièrement , il ne craignit pas de déployer contre eux une courageuse sévérité. Il fît déca-
(1) Preuves de PHistoire d'Alsace , par Laguille.
(2) Chronique de Soleure, t. u , p. ï35.
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piter au milieu de son camp , et devant l'aroiée réunie 9 deux anciens lieutenants d'Arnaud Cervolle, instigateurs de ces désordres. Un exemple aussi terrible ne parut pas suffisant pour arrêter ces débordements : le sire de Gouci résolut d'occuper sans délai leur humeur dévastatrice , en l'employant contre son compétiteur. Il s'avança en Alsace dont les habitants, de tout temps très-belliqueux, essayèrent d arrêter Tavant- garde formée des compagnies de tard-venus. Réunis à Psafienhoven , ils remportèrent quelques avantages ; mais ce fut un malheur pour l'Alsace : les aventuriers en prirent le prétexte de se livrer aux cruautés les plus inouies : ils atteignirent les paysans , les taillèrent en pièces , et ne laissèrent dans cette contrée que des ruines , sans que le sire de Couci et les autres chefs pussent s'opposer à leurs dévastations* Enfin l'armée arriva aux portes de Strasbourg; le général demanda le passage par la ville pour franchir le Rhin : on le lui refusa d'abord ; mais à la vue des préparatifs que Ton faisait afin de l'obtenir par la force , les habitants effrayés livrèrent pe^ssage , en payant 3o^ooo florins pour se racheter du pills^e.
Enguerand franchit le fleuve suivi des bandes noires seulement , et les étendit sur la rive droite ; il re* passa de sa personne le Rhin au bout de quelques jours, établit ses opérations en Alsace , et les poussa jusque au milieu des cantons suisses , menaçant ainsi d'un coté avec ses bandes les états d'Albert 111 , et de l'autre ceux de Léopold au moyen, des troupes régulières. Il franchit le Rhin une troisième fois, le ^o octobre, pour aller se mettre à la tête des grandes compagnies : il s'enfonça dans le pays , montrant une audace digne des affreux soldats qui marchaient sous ses ordres. Les historiens Jean de Grus et Gérard de Roo disent que l'Allemagne
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fut saisie d'épouvante àrarrivéedeCouci^ qu'ils appeU lent Cnssin. Rien ne pouvait tenir devant sa furie ; les troupes d'Albert furent culbutées et battues sur tous les points: les talents , Tintrépidité qu'Enguerand déployait , lui gagnèrent le respect des hommes farouches qu'il traînait à sa suite. Albert , effrayé à la vue des succès toujours croissants de l'ennemi , dont le Danube même ne pouvait arrêter la marche, adopta daos son désespoir un genre de guerre nouveau. Il brûla lui^Hnême trente lieues de pays le long du Danube , ne laissant ni bestiaux ni subsistance d'aucune espèce. L'hiver devint pour ce prince un puissant auxiliaire : les soldats de Couci $ que nulle force humaine n'avait pu faire reculer, trouvèreqt dans les horreurs de la faim et dans les rigueurs de la sdi* son le châtiment de leurs excès ; les deux tiers périrent de misère* Enguerand battit en retraite avec le comte de Kent et 4»ooo hommes , reste de cette division de iS^oob combattants , qui , à elle seule , avait porté TefiTroi au sein de la Germanie. Il repassa le Rhin sans regret, ne regardant pas cette tentative comme infructueuse; car eUe avait servi d'une part à donner aux deux com*pétiteurs , Albert et Léopold , une idée de sa puissance , et de l'autre elle avait usé dans une entreprise anssi glorieuse que gigantesque des hommes tels qu'on n'en pouvait déplorer la perte. Le sire de Couci se consola de cette espèce de revers , en retrouvant dans l'état le plus prospère Tarmée laissée en deçà du fleuve : le vieux Raoul , son oncle , y avait maintenu une discipline admirable. Enguerand ayant repris le commandement en chef, recommença ses opérations contre Léopold, qui défendait en personne ses domaines d'Alsace. Les deux armées se rencontrèrent auprès de Brisach. Léopold avait pour lui les habitants, depuis long<*temps
âO ENGUERAND DE COUGI.
accoutumés à la domination des princes tudesques. Le général français fit de si savantes dispositions , que l'ennemi se vit obligé d'accepter le combat après l'avoir refusé long-temps. Léopold , vaincu , se sauva , grâce à la vitesse de son cheval, et courut se renfermer dans Brisach. Gouci , Payant cherché au fort de la mêlée durant plusieurs heures, le poursuivit chaudement ; mais il arriva lorsque les ponts-^levis se levaient. Revenu sur le «hamp de bataille y le paladin tua de sa main le margrave de Hesse qui cherchait à rétablir l'action (i).
Le sire de Gouci se trouvait hors d'état , par le manque de machines de guerre, d'entreprendre le siège d'une ville aussi bien fortifiée que Brisach ; ayant laissé devant la place un corps de troupes pour la bloquer, il s'occupa à enlever successivement les châteaux forts dont l'Alsace paraissait hérissée ; puis il résolut de pénétrer en Suisse , dont quelques cantons avaient contracté alliance avec Léopold. Les habitants de ces agrestes contrées , jaloux de leur indépendance , détestaient les étrangers , quels qu'ils fussent. En se décidant à les forcer dans leurs montagnes , Enguerand faisait ce que personne n'avait osé tenter; il pénétra dans l'Argaw à travers des chemins impraticables, et arriva devant WaUembourg, oÎL les Suisses l'attendaient. Les 3,ooo aventuriers, reste des deux divisions, formaient de nouveau l'avant-garde ; ils s'élancèrent sur les remparts , rien ne put arrêter leur impétuosité ; la garnison se fit hacher au milieu des fortifications ; la ville , prise d'assaut , fut livrée aux flammes et détruite de fond en comble au bout de quel-
(i) Laguille , Uisidire d'Alsace, p. 3io.
ENGUERAND BE GOOCI. ai
ques heures. Encouragé par ce brillant déhitt, Couci forma le projet de se porter sur Bâle qui ne faisait pas encore partie de la coniedération. Cette ville n'avait pa^ eu le temps de rétablir ses murailles, détruites £U i356pai? un tremblement de terre ; mais à la nouveUe de l'eutscée de Pennëmi sur son territoire , elle demanda des secours aux cantons , qui s^empressèrent de lui envoyer 4)O0d hommes. Couci 9 apprenant que Bâle se mettait en défense , abandonna son dessein , et résolut de pénétrer sans délai dans le cœur de la Suisse. 11 engagea son armée dans les montagnes d'Hawestein ^ où olle eut à surmonter des difficultés sans nons^)re , des torrents im-* pétueuK à franchir, des.éboulements de terre ,à: éviter. Le général français soutenait le courage de ses soldasts par son sang^froid, sa patience et une ardeur infatigable; enfin on parvint au-d^à de ce passage inexpugnable , en dépi ) des efforts des paysans levés en ^ masse ,. qui faisaient rouler du haut des monts dçs quartiers de pierre et des troncs d'arbres. Pour la première fois ,^.ces lieux sauvages retentirent du glorieux cri de France. Enguerand voulait pousser . jusqu'à Soleure^.et même jusqu'à Beitn^i , poui: çontr0inlire les cantons à: rompre leur alliance avec Léopoli; mais^ après». avoir ti^Vtersé les montagnes d'Hawestein , jl lui restait ^core àfoicer le pas de la Glus. Une division de troupes' allemandes commandées par le comte de Midau , çt soutenues .par les Bernois; yojiidut le lui disputer.; il la culbuta^ et se trouva à rentrée,de la plainte avec iSjOooiboMmeSf Sa périlleuse. entrépri!$^ Mi en avait déjà coûté iio.,ooor En apprenant que le passage de la Cli)^ était.fpi;cé9 la Suisse conçut de vives alarmes ; Berne et Soleure se trouvaient à la fois menacées. Les hommes de tout âge, les femmes, les enfants , counuenl aux arnxes. Les Bçr-
^% KIIG«BRAin> DE GOUGI.
Aois mirent en' dëtibëration si , pour ôter à Fenneiaî le moyen de sabnster, ils brûleraient le plat pays et les fanges , comme Léopold en avait agi en Alsace* Un bourgeois nonuné Reider s'y <^osa : « Quant à moi 5 dit^ 5 je ne veax rien changer à ma grange; j'attendrai l'ennemi de pied ferme, et je la défendrai s'il plsâtà Dieu* » Son exemple encouragea tous les autres (i)»
Le sire de Gouci , que rien n'étonnait , poursuivit sa marche. Il détacha le comte de Eent^ 4,000 hommes , lui intimant Tordre de pousser sur fieme le plus prés pofssiblè , de choisir une bonne position , de s'y fortifier , et d'y attendre que le reste de l'armée vint opérer sa )Onction avec lui : le général en chef espérait par cette maneeuvre occupai les Bernoiâ, et les empêcher d'aller au secours de Soleure. Enguetand , dirigeant le corps principal j côtoya la rivière d'Aar , attaqua ta ville de Wanghe» y et la prit au bout de quatre heures d'une vive résistamoe. Le comte de Nidau , à la tête d'un nouveau corps de 6,000 hommes , cherchait à retarder sa mar^ die ; mais il essuya une défaite complète aux portes de Hawoghen, et se regarda trop heureux de pouvoir gagner la forteresse de Buren : le vainqueur Ty suivit , déeidé à fdrmèr le siège de la place , qumque les catapultes, les balistes et tes engins lui manquassent. De fortes murailles taillées dans le roc défendaient la ville : le gé^ néral allemand ^ fier de cet avantage , bravait d'un air de jactance les eiTôrts'des Français j mais lequati*ième four du siège , un coup de flèche l'atteignit mortellement pendant qu'il regardait à travers la fente d'un créneau. Couci , ignorant cette mort , poussait les apprêts d'un
(1) atelier, Chroniques de la Suisse» liv. ni , p« Z&k
assaut décisif ; ses soldats , jaloux d'acquérir de la gloire sema un pcaneil chef , le secondaient à l'envi. On employa une semaine à combler les fossés, à élever des quartiers de roc les uns sur les autres afin d'atteindre les remparts. Le sig^l Ait donné le huitième jour ; les Français montèrent à Pescalade sous une nuée de traits et de pierres : Enguerand guidait les assaillants ; porté eu quelque façon par eux , il planta sa bannière sur la mu* raille : la vue de cet étendard électrisa l'armée, les ef-^ forts redoublèrent ; le solcdl brillait encore, lorsque des cciA de victoire poussés sur tous les poktts annoncèrent la prise d^un des boulevards de la Suisse. Dans le même moment où Eiz^^aerand s'illustrait par une si belle coi>quête, le C(Hnte de Kent échouait complètement auprès, de Berne , n'ayant pas su se garantir des pièges qate les ludûtants hii avaient tendus : 600 braves du pays taiUèrent en pièces , dans les gorges de Buttisholsfr , i ^doe Anglais , dont la moitié pâlirent au milieu des Hau^ne» , dans une église o& ils avaient voulu se défendv^à On rapporte qu'ai»*ès la victoire , un paysan qui avait ce^m^ battu vaillamment endossa la- cuirasse d'un banneret anglais tué dans le ôombat^ et couvrit sa tâte d'un càs^e magsnfiqvé ; il passa ainsi atoumé sous les mcffs do cfaâ^ teâu de Torbung* Le baron de ce Heu le rai^ de ce qu'il voulait taire le noble ; le paysan lui répondit san^ hésiter : « Monaeigneiir , aujourd'hui le sang dés nobles et celui des chevaux sont teilaEnenit mâléit ensemble, qu'on ne peut plus les distinguer l'un de l'autre (i). »
Pour réparer l'échec de Buttisholz , le comte de Kent voulut aller surprendre Berne en passant par des che*
(i) Diclionnaû e historique de la Suisse ». t. v , p. 559^
^4 ENGU£RAND DE GOIICI.
mins regardés jusqu'alors comme impraticables. Il arriva en vue de la capitale de la Suisse , tandis qu*on le croyait à (|uinie lieues. Les Bernois, quoique étonnés, ne s'en laissèrent point imposer par ce voisinage; ils se retranchèrent derrière leurs murailles, attendant l'ennemi de pied ferme. Le comte de Kent , n'ayant pas assez de troupes pour tenter une irruption de vive force, voulant d'ailleurs attendre le gros de l'armée , comme le portaient ses instructions , s'établit au monastère deFawenbrunn, situé au-dessus de Burgdoff; cette maison religieuse, une des plus riches de la Suisse, regorgeait de provisions en tout genre et principalement en vin : les aventuriers s'y livrèrent à la débauche, et tombèrent en peu d'instants dans un état d'ivresse complet. Les Bernois» instruits de cette circonstance par quelques paysans , sortirent de leur ville au milieu de la nuit (fin de décembre i3jS) , assaillirent les Anglais dans le monastère , en tuèrent 2,000 ; de leur côté ils ne perdirent que quatre hommes , du nombre desquels fut l'intrépide Reider , celui qui n'avait pas voulu brûler sa grange ( i ). Le comte de Kent , grièvement blessé , parvint à rallier 800 des siens , et battit en retraite vers la rivière de l'Aar , espérant y rencontrer les premières divisions du principal corps. Les Suisses le poursuivirent avec une telle fureur , qu'au bout de trois joui^s sa troupe se trouva réduite à cinquante honmies que l'avant-garde recueillit auprès de Puren. La défaite du comte de Kent mettait Couci dans
(1) Les Bernois firent sur cette victoire une chanson dont on a conservé quelques couplets en allemand. Ils élevèrent auprès de Tahbaye une pyramide dont rinscriplion , en latin el en allemand , contenait la description du combat.
ENGDERAND D£ CODCl. 25
l'impossibilité de conserver ses conquêtes , et i pour éviter une ruine totale , il se décida à rentrer en Alsace. Les Suisses , quoique vainqueurs des aventuriers , n'osèrent pas inquiéter Enguerand dans sa retraite ; le nom de Gouci leur inspirait une juste crainte* Le général français retrouva en Alsace 7,000 hommes, laissés en ce pays sous les ordres de son oncle Raoul. Enguerand re{»ril aussitôt l'offensive, fondit sur le duc de Wirtemberg , commandant les troupes de Léopold , le défit ,1e i®' janvier 1375 (i), auprès de la ville de Walteviller , et après la combat , enleva cette place d'assaut. Léopold , effrayé de l'opiniâtreté que mettait Gouci à poursuivre son projet, craignant de perdre enfin se» possessions d'Alsace, proposa de terminer le démêlé par un arrangement. Depuis un mois Gharles Y s'offrait comme médiateur ; le prince allemand conclut, le i3 janvier i375 , avec Enguerand, un traité d'après lequel il donnait une somme assez forte pour payer la solde des troupes françaises , cédait à son compétiteur la seigneurie de Buren ainsi que celle de Nidau , et lui accordait enfin le droit de planter sa bannière durant un jour entier sur les remparts de Strasbourg et de Golmar, en signe de souveraineté. De son cotéLéopold voulut conserver jusqu'à sa mort le titre de protecteur des seigneuries de Buren et de Nidau: c'étaient des concessions mutuelles faites à l'amourpropre*
Froissard, portant une attention exclusive sur les événements dont la France et l'Angleterre étaient le théâtre, a raconté 'souvent avec inexactitude ceux qui se passaient loin de lui : il dit que le sire de Gouci échoua com*»
(i) L'année commençait alors à Pâques.
26 BMOUKRAMD DE GOtJCI.
plètemeat dans ceitte expédition. Le traité que nous venons de citer prouverait seul qu'elle eut au moins quelques résultats heureux pour ce guerrier (i) , si les détails que nous avons rapportés n'attestaient d'ailleurs que ces deux campagnes 9 signalées par de beaux faits d'armes, acquirent beaucoup de gloire au banneret français.
(1) Voyez', sur cette gaerre de Suisse et d'Alsace : Plantin , Histoire de k Saisse , lir, nr , p. ïjZ , Genève , 1666. — Sleller, Chrôniqaes de k Suisse, en alkmand» 1. 1. *- Lâguillè , Hîs^re d'Akace, lir^ XXII, p. 3og et 3io« •-« L'Art de tériâer ks dates, 1. 11, p. 791 et 722. — - Mémoires de rAcadémie des Inscriptions , t. xxv, p. t68; et surtout Touvragc spécial de M. le baron de Zur«Laube&«
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