‹ Vies des grands capitaines francais du Moyen Age, pour servir de complément á l'histoire génerale de la France aux XII, XIII, XIV et XV siéclesChapitre 3 sur 42 · LIVRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE IL

te site de Conei entre ao semce de France, refase T^p^e de connétable et la f^t domier à Olivier de Glisson. — Campagne de 1580 contre fjlngletBm. — Engaerand ya en Italie au secours de I^oîs d'Anjou.

APRÈS avoir conclu sa paix avec Léopold , Enguerand licencia une partie des troupes qui lui restaient , et revint en France accompagné de i^Soo chevaliers ou écuyers ; mais comme la guerre continuait toujours entre Charles Y et Edouard III , il persista à garder une neu« tralité absolue , s*abstenant même de venir à Paris , et se retira dans ses domaines , oii tous ses instants, se passaient à répandre des bienfaits sur ses vassaux. I^on eK*pédition en Suisse 9 sans avoir eu tout le succès dont il se flattait 9 lui avait cependant acquis en Europe une grande réputation de courage et d'habile(^. Charles Y partageait à cet égard l'opinion générale , aussi tenait*il beaucoup à se le ménager. Le monarque renouvela ses instances par le canal du sire d'Havraincourt. Si Engaerand n'eût consulté que ses affections particulières, sa détermination eût été bientôt prise ; mais esclave de la foi jurée ^ il pensait que rien ne devait la lui faire violer. Au moment même où il alléguait pour excuse les liens qui Punissaient à Edouard , on 'apprit la mori

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de ce prince ; le sire de Couci , libre de manifester ses sentiments , déclara sur-le-champ qu'il redevenait Français; il renvoya au nouveau roi Richard II , son beaufrère , Tordre de la Jarretière qu'on lui avait donné en épousant Isabelle. Sa femme ayant témoigné le désir de revoir sa patrie , il lui permit d'aller habiter l'Angleterre avec Philippote sa plus jeune fille, qui épousa quatre ans après le duc d'Irlande ; il garda auprès de lui Marie l'ainéè, désirant lunir à l'héritier d'une grande maison de France.

Charles Y savait fort bien que le comte de Soissons avait sur les autres guerriers de cette époque l'avan-* tage d'unir beaucoup de dextérité dans les affaires à une éloquence rare : il avait fréquenté , en Italie , Pétrarque et Boccace. Froissard assure que ce baron était fort bien en langue; c'est ce qui le fit choisir par Charles V pour partager avec le duc de Bourbon les soins de l'éducation du dauphin : il eut aussi la garde de la personne du royal enfant, comme on le voit dans la rdation de la fête donnée à l'empereur Charles lY. Le monarque germanique vint à Paris, en janvier iSjS, accompagné de son fils Wenceslas, élu roi des Romains. Charles Y , parcimonieux dans son intérieur , mab grand lorsqu'il fallait soutenir l'honneur de la couronne, leur donna des fêtes ma-* gnifiques. Le jour de la sainte Epiphanie fut célébré avec pompe; un festin splendide eut lieu au palais oii siégeait le parlement ; on le servit sur la fameuse table de marbre à laquelle on appelait les feudataires lorsqu'ils devaient coniparaître devant la cour des pairs. Le sire de Couci se plaça derrière le dauphin , (c En piez , dit Christine de Pisan ( chap. lxi ), pour lui tenir compagnie et le garder de la presse. »

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Pendant Fintervalle des services on représenta des entremets : on avait choisi pour sujet la prise de Jérusalem , idée délicate , car l'empereur descendait en ligne directe de Godefroi de Bouillon. La principale tour de la ville sainte était figurée en bois très-bien peint , ornée des décorations analogues ; on donna le spectacle de Fassaut , qui fut livré par cent chré* tiens et soutenu par autant de Turcs. (Christine de Pisan.)

L'empereur instruisit de vive voix son royal hôte des menées que TAngleterre entretenait pour détacher les Flamands de l'alliance de la France. Charles Y, se confiant au zèle et aux talents de Couci 9 l'envoya en 1378 à Bruges, vers les Etats de Flandres, afin de les exhorter à resserrer les liens qui les unissaient à laj maison des Valois , et de déjouer ainsi les projets formés par le conseil du jeune Richard, Couci remplit sa mission de la manière la plus satisfaisante ; il quitta Bruges , et se rendit avec le chancelier Dormans à Calais , à l'effet d'ouvrir des négociations pour une paix définitive ; mais les conférences s'étant rompues sans amener aucun résultat favorable , Enguerand de négociateur redevint guerrier. Charles Y lui donna le commandement de Tannée destinée à s'emparer des places que le roi de Navarre possédait au cœur de la Normandie.

Gharles-le-Hauvais 9 toujours méprisé , toujours Tinstrument docile de la politique anglaise , fomentait de nouveaux troubles dans le royaume. La mort de sa femme ayant rompu les liens qui l'attachaient à la France , il annonça l'intention d'en former de plus intimes avec l'Angleterre en mariant ses deux filles aux frères

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de Richard II , et en leur donnant pour dot les terres et les villes de son comté d'Evreux* Nécessairement Charles V devait s'opposer à une pareille alliance , qui plaçait Ibs Anglais axix portes de Paris. Le roi jugea le sire de Couci capable de contenir les Anglais en Nor-< mandie, comme Duguesclin les contenait en Guienne.

Enguerand, muni de pleins pouvoirs , accompagné de 69O00 hommes , cerna Bayeux; mais avant de lancer un seul trait dans la ville , il demanda une entrevue aux magistrats. Ceux-ci acquiescèrent à ses désirs ; les portes lui furent ouvertes , il entra dans l'intérieur de la cité , suivi du sire de Larivière. Le sire de Couci peignit avec de vives couleurs les périls auxquels Bayeux allait s'exposer en bravant la puissance de Charles Y; il réchauffa le zèle des anciens partisans de la France , et ranima la vieille haine que l'on portait à l'An-* gleterre. Ces exhortations touchèrent l'assemblée des notables : Bayeux se rendit , et reçut garnison. Après cette conquête , qui n'avait coûté ni larmes ni sang , le comte de Soissons alla se présenter devant Carentan , ville très-bien fortifiée , et la somma de lui livrer passage. Le commandant d'armes répondit qu'il se défendrait jusqu'à la dernière extrémité. On forma un siège en règle. Les coups redoublés d'engins et de bombardes abattirent les portes et les ponts4evis; la ville, attaquée sur tous les points , fut prise après un combat meurtrier de cinq heures* Toujours magnanime , Enguerand arracha les habitants à la ftireur de ses soldats. Couches et d'autres petites places , n'osant pas imiter la résistance de Carentan , se rendirent à l'approche des vainqueurs. Au bout d'un mois, la portion de la Normandie relevant de Charles-Ie-Mauvais fut soumise , à l'exception d'Evreux

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que le Navairois n'avait ri«n épargné pour rendre un boulevard inexpugnable ; il y avait mis, en qualité de commandant, un de ses pAus zélés serviteurs, Femand d'Iviça , capitaine espagnol , réputé par sa bravoure. Couci concentra ses forces sous les murs d'Evreux , et prit les dispositions nécessaires pour s'en rendre maître.

D'énormes machines de guerre furent dressées contre les murailles; il fallut quatre jours pour combler les fossés. Couci jHTOt^ait les travailleurs an moyen de deux lignes de troupes ; le sixième jour il dirigea lui-même les engins. Les remparts , battus à coups redoublés , offrirent bientôt de larges brèches; les Français s'y élancèrent, et pénétrèrent dans l'intérieur. Fernand livra un combat sanglant au milieu des rues : voyant enfin l'ennemi maître sur tous les points , il battit en retraite , et en bon ordre, vers le château et s*y renferma : Enguerand l'investit sans plus tarder , jurant de passer au fil de l'épée les assiégés , si dans le délai de deux heures le fort ne se rendait pas. Fernand ne crut pas devoir s'ex* poser à l'exécution de cette menace , il capitula. Couci prit possession de cette brillante conquête, et fit arborer l'étendard de France sur la grosse tour du château. Charles Y, qui s'était rendu à Rouen , a{^iela auprès de lui le sire de Couci, et ne trouva pas de termes assez flatteurs pour le remercier des services qu'il venait de rendre à l'Etat dans cette mémorable campagne: Ekiguerand, par ses talents et sa vaillance , s'y était ^laeé au rang des plus habiles généraux (i). Le conseil de Richard, apprenant que Charlei-le-^Mauvais ne possédait plus rien en Normandie , rompit les mariages projetés.

(i) Frob^ard , Ut, «, ch. 68.

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Au moment oh Charles V , grâce à la coopération d^Enguerand , se réjouissait d'avoir dompté le perfide Navarrois , la mort le privait de Duguesclin. La France perdait un grand homme , le monarque un serviteur fidèle, Couci un ami tendre. Cette mort laissait vacante la charge de connétable : il était difficile de trouver un successeur digne de Bertrand. Charles Y n'hésita cependant point* Entraîné par son estime particulière pour le caractère et les talents d*Enguerand , et par le souvenir des services éminents que ce guerrier avait rendus à la monarchie , il lui donna l'épée de connétable. Le héros eut la noble modestie de la refiiser, et la grandeur d'âme de la demander pour un autre que la politique du moment semblait indiquer. En effet, il fallait mettre à exécution la confiscation de la Bretagne que le roi venait de prononcer ; pour y réussir , il importait de gagner l'affection des Bretons en élevant à la plus haute dignité de l'Etat un de leurs compatriotes. Couci fit valoir ces motifs en faveur d'Olivier de Clisson.

Afin de récompenser ce noble désintéressement, Charles Y le nomma gouverneur général de la Picardie ; poste d'honneur , car les Anglais menaçaient sans cesse cette province , et pouvaient facilement l'attaquer par Calais , dont ils étaient en possession. Il devenait nécessaire de la placer sous la garde d'un homme vigilant, surtout au moment où Pennemi annonçait par ses armements l'intention de hasarder une nouvelle excursion dans le royaume.

La fortune de l'Angleterre était venue échouer contre le flegme imperturbable de Charles Y ; les dernières années du règne d'Edouard III n'avaient été marquées que par des revers. Le conseil du jeune Bichard, composé d'hommes de résolution , jaloux de la gloire de leur pays ,

CtIGVERAND M COCCf. 33

conçut le projet de regagner , au âioyen de quelqUeét succès retentissants, la prépondâranoe naguère perdue ^ et de relever ainsi Topinion publique. En conséquence, il poussa ses préparatifs avec une ardeur soutenue ; des ordres réitérés rappelèrent les troupes qui occupaient l'Ecosse et le pays de Galles ; on réunit à Gantorbéry (juin i38o) 3,000 archers, 8,0oo soudoyés et 4,000 nobles ou volontaires. Le comte de Buckingham , troisième fils d'Edouard III , en prit le commandement. Ce général employa près d'un mois à transporter le gros de Cannée en deçà du détroit. D'après ses instructions , il tt^V^i^à la Picardie , descendit par le Ponthieu et le ÉieàùvoisiSy^ifih de menacer Paris, d'incendie ses faubourgs, de jeter l'eiTroi dans cette vaste cité , de réchauffer partout le zèle des partisans de l'Angleterre , d'attirer les Français à une action générale, et de profiter de leur ardeur inconsidérée, comme l'avaient fait Edouard à Créci et le prince Noii^à Poitiers. L'occasion paraissait d'autant plus favorable que Charles Y touclâit aux portes du tombeau ; ses forces physiques s'anéantissaient à vue d œil , néanmoins le caractère de ce prince ne perdait rien de son énergie ; son corps moiu-ait , mais ses esprits veillaient encore à la sûreté de TEtat. il disposa avec beaucoup de tranquillité ses moyens de défense Contre' cefte nouvelle invasion. Son premier soin fut de remettre en vigueur l'ordonnance promulguée à Sens le 19 juillet i367 , lors des ravages des compagnies blanches. Selon les princi-^' pales dispositions de cette ordonnance , les baillis de chaque province , accompagnée de deux chevaliers experts dam les convenante , devaient parcourir le pays , faire fortifier les villes et les bdm'gs susceptibles de quelque défense : ces commissaires extraordinaires devaientencore

Tov. in. 3

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rassembler les IiahUants des campagnes et le^ renfermer , ainsi, que leurs provisions j dans les villes de guerre. Une autve disposition prescrivait aux autorites locales de défendre les \&ËX de hasard et de proposer des. prix d'arc oud'arbalète, afin d'engager les jeunes gens à s'exercer au maniement des armes. Le roi mit sous les ordres du duc de Bourgogne l'armée active , espérant que lé titre de pri^ôe du sang donnerait à son frère le pouvoir de se Cadre obéir par les troupes féodales y si difficiles à manier , vu leur indocilité.

' Le duc de. Bourgogne commandait iS^doo. hommes eivec. lesquels il eut ordre de couvrir Paria, en. pivotant autour de cette ville ) sans jamais engager d'action y et de suivre l'ennemi dans le cas. oii.ses phalanges perceraient au travers des provinces centrales : on. le. laissa maître de prendre les mesures qu'il jugerait nécessaires;, et si y p%r $uite des opérations de la campagne , la réunion des dieux porps d'armée s'effectuait , Engu%rand devenfiit .lieutenant du duc de Bourgogne, et celui-ci ne pourr^i^ tçnte|r,ri^Q d'important sans prendre ses avis*

Ëpguerand av^it Ju3tîfiié d'ayance 1^ , copfiAUce que le souveraÎQ piettait dans sa* sagesse. £0 ppfirasanl le pas* sage des premières divisions; apglaisfea par^Galais , le sire de Couci mit )e$ places fprtqs de la Picardie, sur un pied respectable^ Posté à Saint-Quentin , il présidait aux moindres dispositions. Le sire de ^aimpi let le sire de BonviUain reçurent la mission de défendre, l'un Boulogne , et l'autre. Péronne. Cinquante chevaliers à bannière ^e mirent à parco^^jr l'Artois ainsi que la Picardie , chargés de dresser l'état des barons , des nobles , des châtelaines , des veuves ou tutrices , et dç fixer le contingent que chaque manoir devait fournir. Au bout

BNGUfiKAM DB COUCf* 3S

de qilHite jouru 5 ces differaits ordres farent exécutés, lès-ohâiebux^ réparés* et les. principaax défilés soigneur ^Aiéhl^ ^gaircMs.' -Opudi/se troaVa lui-Biéiiie h la tête de 'i^,ôdo' hoiniileB ^ ayfiBt pour lieutenants le duc de Bàr'^/ticpmted^u'^'FanriralJéan dé Viemie^ les sires deTeltgi ët.de Rôugemonti li prit-position eqtne Péronne ^v.'Âtfà5,' prêt à* se porter sur les points. qui. seraient itiiiqûés pal* tes Angla». ' ,

* 'N^s* avons dit que le «opte d^ Buckingfahm' /employa pthé ' d'Un mois à faiiie passer son armée de Di|i|vres à Galais'; la flotte dn roi dé GasliUe , fidèle aDI4 de la France, y gsodait le détrbtt , mais un coup de vent lar ' coÂfriiigmt de gagner la pleine mer. ^ BUckingbam pfclfifet de cette éirconstance pom* firancmr lui-*méme le eanal, accompagné des dernières divisiofisetdefrélitede la noblesse anglaise, parmi laquelle on distinguait le comte d'Estanfort, les lords Spencer, Fitz-Yaltier , les sb-es de la Bassée , d'Orsi , Guillaume Windsor , Hue de Cavv^rlhai , ffls du fameux partisan de ce nom , Charles de. Clinton, Jean Harbeston , Nicolas d'Ambreticourt, DaVid tiollograve , etc.

• Le comte de Buckingham joignit aux i5,ooo hommes Venus d'Angleterre 6,000 soldats de la garnison de Galais , et il sortit de cette ville le ao juillet i38o ,. à la tête de 2 1 ,000 combattants ; il se dirigea vei^ un lieu que Froissard appelle Marquiyneê. Il s^arréta dans ce boung , fort embarrassé sur la route <qu)e son armée devait %enir; aucun des siens ne coiinàifisait le pays, et les liabitants ayant abandonné lëtufs' deaneûrés f il ^devenait impossible de se procurer^un sèût gtiide,. Le général an- ^teis se mit en marche ^ùr |)lnsièUr8cC0lonniisyét se trouva «n '■ face d'une maisoh- dé j^à^^afncef , le* Eblant , occupée ^ar 60 archers, excj^Uênts* tveitrs ^ * que commandait

36 E>GUEKA?JD l)L COrCI.

un éciivfi nomm,^ ï»ol>eit. Le comte la fit alLiquPi phv luo arbalétriers qui echou»^ient dans cettt^ premièie tentative , et perdirent même quelques hommes ; on envoya successivement d'autres pelotons, qui ne furent pas plus heureux. Buckingham se vit obligé d'emplover son armée entière à cerner cette maison qui bravait sa puissance. Son coasin , le comte de Devhonsire, s'aj>procha plus que tous les autres des larges fossés qui défendaient le château , et y planta son pennon : • Quoi ! dit-il à ses gens . vous souffrirez qu'un colombier arrête toute l'armée anîîlaise î » Il monte à l'escalade aidé par ses écuyers , on le suit , et enfin . après une défense héroïque , la place céda à tant d'efforts réunie : on trouva Robert et ipielques archers qui lui restaient encore . criblés de blessures ; le comte de Devhonsire les prit sous sa protection.

Le comte de Buckingham s'avança sur Saint-Omer , dont la garnison venait d'être renforcée par le sire de Couci ; il considéra loncr-temps , du haut dune montagne , cette ville . alors l'une des plus belles de l'Eurupe. Ses insti*uctions portant d'éviter d'entreprendre dts sièges , il passa outre pour s'enfoncer dans la France . espérant lÎMer une bataille semblable à celle de Poitiers. L'armée anglaise s'avança jusqu'à Bethune. Engiierand , suivant toujours l'ennemi , le dépassa , fit entrer aoo lances dans la ville , et réunit la totalité rie ses forces devant AiTas afin de protéger cette place imp>ortante , défendue par une simple muraille. Les Anglais , se détournant brusfjuement , se jetèrent snr Doulens , regagnèrent ensuite la route de Paris, et arrivèrent à la Somme , qu'ils remontèrent, Buckingham s'engageait au travers d'un pays qu'il ne connaissait pas, laissant derrière lui un ennemi opiniUre qui s'attachait

BNCOBRAIID M COVCF. ij

à ses pas. Gouci , abandonnant le rôle d'observateur 4 prit tout-à-ooap Poffensrve ; suivi d'an corps de cava* lerîe légère , il harcela Buckingham, et défit son extréne arrière-^garde à la vue de Saint-Quetitin , et dès ce moment il ne cessa de livrer des combats journaliers qni affaiblissaient l'enn^ni en le tenant perpétuellement en haleine. Le sire de Gouci , conduisant une reconnais* sance de nuit , fondit sur le comte de Buckingham établi dans la richef abbaye d'Origni , près Laon 9 lui fit éprou** ver. une perte sensible et se retira en emmenant un butin considérable. Les Anglais, trouvant Jtèé villages abandonnés 9 manquaient de vivres au sein de la province la plus productive ; ils quittèrent cette contrée , et employèrent plusieurs jours à passer la Marne. . Les attaques de Gouci devenaient plus vives ; à chaque instant il leur faisait éprouvei* quelque perte ^ cvditigeant sur leurs flancs , disputant le passage d'un pont , se trouvant tn tête de là colonne ennemie au moment où Buckingham le croyait à cinq lieues en arriériez Gehii-^ci , : désespéré de ce genre de guerre y lui envoya un de ses clercs afin de lui rappeler Jes liens qui l'avaient uni à TAngleterr^ et qui Tunlssaiein encore'à la famille d'Edouard IR. En-> guerahd répondit que la France avait reçu ses serments, et qu'il ne les ti*afairait point. Buckingham , voyant rimposaibilite do revenir sur ses pas , n*espérait pliis de trouver l'occasion de remporter des .avantages notables; A prit ses 0ie$ures pour mettre h exécution: la dernière partie de son plan de. campagne: c'était de gagner la Bretagne ; en conséquence , il se dirigea brusquement vers Troyes , espérant que son armée rencontrerait moins d'obstacles si elle s'éloignait de Paris. Le sire de Gouci détacha à sa poursuite 2,000 hommes de troupes féodales commandées, par le^ sire d*Hangest;

38 IIKGDARillJO DB COOCl;

ce baron engagea une fort» esiannoucheiftvèc Tef mfBÎi Dans cette reneontre iiri écayer français nomme^Gntyoi»^ attaqué) par quatre Ac^laîs y. s^adossa à un. arbre et combattit long-temps; ses :adrer$aires ^ qui lui fiaient en gallois: iRèndei-^fNmt ^. notés vous /iaûpns qum^tUrt Guyon ^ n'entendaçtipas. œtfeiangue , ci)umit*uBxla!ttg6ir èmmÎBeHt^ car après la ^ troisième sotnmâtied il n'avait plus de f grâce à e^é^er>: Dans ce^modienH CEÙiquiJ^arrmi le: jîriB. de Yersois , Poitevin au service de rAngleferre i adknîtantJla valeur de Guy on , et voyant le péril , il »'apppo0he , ,et Jui dit en' français : m Prevx y rends-toi^ il y via'^dé'ta; yiA. '«^ fis^ta debonli^aagef denaBde 6uyoa.~0uiV 4^ par^rboiineur.-HJEn qe cas;:, vbUà)faR>q gantelet >et woni épéé. .9 Jifâis. les Anglais ne voolâiefit |)a8 se latsseif raVir leur prisonnier: une vive cx>nlcslation s'éleva. Le 6ire,ide Ve^ois Ternît' aussj^t à, Guyon acm gantelet iti son épéè^ tou^ deux fondirent s;uv léscjualre Alngiais'i et les dispersèrent ;:à;riss«e 'de ee combat, le bannei^ reiiditi ai récuyev la liberté isaiisTançou (^i); > Cependant Bukingham ^ rein^lide vanité'^ tenait beau-» oonp à s%ilaleir son passage en Frahe^ar ^etque fait remianpiable* U. résolut d'àssi^r T^yes , une des principales villes- du royaume 9' et , après la prise do b capitale de la Champa^e y de se replier sur Paris par ta rivq gauche» de. la Seîne. Lé générai anglais i|tfti-^ cbit dôBM l'AcdDe»' puas la Sejne â^u-^d^gisus de 1*foyes , et s-approcka de cette' vîHçtpôtir: Fînvestà-| nikis il trouva sou» le&murs'le dtic.de Baurgôgn;e commandahf une armée impatiente de dombatti^. Buckingham , prive de renseignements , igtioraif le m<4ivement que les Français veni^ent d\>pérerl Cette Venconfre imprévue

: (1) Froîsssrd , bv« n.

BNGUI&RAHD DB GOUCII 3g

ne lui fit pas abandonner son dessein. Le sire de C<>uoi ^ qui n'avait cessé de le suivre , franchit k son tour la Seine un peu au-dessus de Bar^ et vint opérer .sa )onc«tien avec le duc de Bourgogne; il prit.^ons ce prince le cotiimândement des deux corps râmis ^ s'empressa de rapprocher le camp des fortifications de Ja place y .et de la fermer soit par de très-i-larges fossés, soit ptr. de Mantes palissades. Buckin|;ham s'avança.enbaibaîUe à 600 pas-des retranohemeots v dans Tintentibn de présenter lé ckHtibat» Le prince français ^ ae>ctonforanBnl anx ordres djci roi ^ déeUna le défi ; mais 11 dépôcba le sirede ba TrémciuiUe poar demander lapermission d'eijgager l'action* Les deux armiées demeurèrent ainsi plusieui'^s jotins .à^ s'qbserver t celle deiRiehard H occupait (me positiori trèa-dés^vç^nr tageuse i car plusieurs ^av^ séparaient l'aile g^ucb^d^ centre ét.de l'aile droites Dans rintervalle d)ç ces^ qaajbre fcmi^so d>ij|ac{k>n .,: un .^.uyer anglafi^ nomipé Horton-, mantaot «un cihfval Vigpur^u^o tr^v^sa le ca^p feaur çais* BU milieu :4Vq6' grêle* de «traiits , et* vin4* fr^ppoT de sa lance la lente 0^. le;du^rde ^o^l]gogne tenait CQQSitil. avec ses principaux liçptçiyapts; après ce trai^ d'audaeei'i^'C^t homme voulut regagner, ^^a division ^^rnai^ il'.t^iftba çril^ié ;dfî >qoiipa^ Le tcûm^^ de Buckimgbaui résolut dQ Venger la' mort ^de spn 4cuy^ «n dir%eant unç^iMbçMiue (9Qji^t«e le^ i:'e.trancliements français; anfu^ni^ in$tant.9îi U prien^t cett^jd^t^rmina^tioç^ La Trémpuille artiyait de P^ris., apportant au duc de Bourgogne la réponse de Cbdrles V:' a Laissez aua^ Anglajus faire leur cher min.y avait dit le pirince^ ils se^ dégaterpnt.par ei^yrr mêmes. 1» Le commandement exprès «de. ne pas livrer combat . aqcompagnait cette réponse* L'bumeui*.impé^ tueuse. de la çhey^lerie française, rendait impossibl^rexécuûoyQi d'i^9 pajreil ordre ; tout gisait ç|*Mindre.i:|ue l»

4^ BNGtrERANI) BB COVCf.

désobéissance, en rompant Tensemble des opérations.^ n'amenât une catastrophe semblable à celle de Gourtrak On adopta un terme moyen : le duc de Boui^ogne resta dans le camp avec les arbalétriers et la milice ; Engœrand sortit , accompagné de Véhte de la noblesse ^ et attaqua vigoureusement cette aile gauche ennemie, isolée de telle manière -qu'elle ne pouvait être secourue à propos ]>i par le centre ni par la droite. Les Anglais le reçurent de pied ferme : après demi-beure d'une lutte acharnée, le sire de Gouci parvint à rompre leurs rangs, et les mit dans un désordre tel que l'aile gauche disparut entièrement»

lie comte deBuckipgham, obligé de parcourir un assez long circuit , n'arriva que pour recueillir des débris. A son approche , le général français battit en retraite, mais lentement , et livra une nouvelle action sur les bords des fossés. La nuit sépara les deux partis. La perte essuyée par les Anglais fut si considérable, que leur chef, craignant de se consumer devant des retranche* ments , leva le camp dès le matin » et , abandtmnant le siège de Troyes , prit la route de Sens , espérant venger sur cette ville opulente l'échec que ses armes venaient d^essuyer.. L'infisitigable Gouci , devinant son dessein , se mit à la tête de 8,000 hommes , déroba son mouvement à l'ennemi » marcha toute la nuit j ce qui alors était fort peu usité parmi les gens de guerre , et parvint à gagner Sens trois heuresc avant les Anglais. Les habitants , électrisés à sa voix , barricadèrent les portes et formèrent une ligne de fortifications au moyens d^arbres, de pierres et de poutres : les hom* mes de tout âge et de toute condition accoururent pour défendre ces faibles remparts. Le comte de Buckinham s'avança sans défiance , ne doutant pas 4*emporter d'asuaut ces retra^nçhements j ijQaijS U Qfi

BlfGCERAND DJE COl'GIv 4l

d'armes de Couci y prononcé par 10,000 bouches , lui apprit que ce valeureux guerrier l'avait prévenu. Il re<^ nonça à l'attaque; et dès ce moment, aussi soigneux d'éviter le combat qu'on l'avait vu ardent à le provoquer, il se hâta de repasser ITonne, traversa le Gatinais et la Beauee, se dirigeant vers la Bretagne. Il fut attaqué auprès d'Ablies par 100 cavaliers , que commandait Olivier de Mauny ; ces Français espérèrent un moment de l'enlever au milieu de la colonne. Les bannerets anglais , indignés , jurèrent de les poursuivre à outrance, et de ne pas en laisser échapper uo seul. Les cavaliers se retirè*rent en bon ordre dans le château de Toury , oh se trouvaient Saimpi et Guy de Bayeux , autres preux que nul danger n'étonnait. Comme Toury commandait un passage difficile ,. on y avait jeté une nombreuse gar^ nison. La place fut investie et attaquée sans délai, mais sans aucun résultat , si ce n'est beaucoup de monde tué de part et d'autre. Les assiégés et les assiégeants signèrent une trêve de vingt-quatre heures , pour enterrer 1^ morts. Dès que la convention eut été dénoncée, un éeuyer français, pommé Gauvin Micaille, sortit du château et se présenta, à cheval, devant la barrière des Anglais: <c Y a-t*îl parmi vous, s'écria-t-il , un chevalia: assez décidé pour fournir, en l'honneur de sa dame, trois coups de lance, trois coups d'épée ou trois coups de dague? » Cette proposition mit en rumeur toute l'armée ennemie^ Le premier qui sortit pour accepter le défi fut Joachim Cather , réputé le plus habile jouteur. Les principaux chevaliers l'avaient , suivant l'usage , revêtu eux-mêmes de son armure. Le comte de Buckingham voulut être témoin de ce combat. Les deux poursuivants. se précipitèrent l'un sur l'autre si impétueusement , que }fmxs lances volèrent en éclats , et leurs chevaux roo^

4l ENGUËRAIID DE COCCI.

lèient sur la poussière ; ils se relèvent, se chargent à coups d'^pée; cette arme se brise sur leur cuirasse : ils allaient sie mesurer amc ia dagtte ^ mais la comte fit cesser le coihbàt» 'parce ^que la. nuit .s'approchait^ ou pltitât'pârcif^ qileises coilreufs védaifliit ^e.lui apprendre que ph»bui*8lck)rps:de'trdhpés4envoyés;pâiiCoaci menaçaieidt*dê éoupttr ttous les .ponts/afin de renflre. sa. retraite impossifdé. 11 leva le eamp sans plus ta'rden «-Cependant rbonneur de sa nation demandait la fiii du! bombât à outrance des deiu: écuyens : il fit donc annoncera G^tt-r vin MicaiUe qu'il le reteùait auprès dé lui .5. pbiir .vide|' le ÂUFéveeA, le lendemain vers midi, en FassucànÉ iqn^on le trailpeita|ît coinme xaKrkèivalier à babmère.. fiauidiBy obligé dé ée soumettre y suivit Vannéaànglaiâe', traversa ajvec ellela Ibiiet de Maiwlutûiidy ■;^ mais :on . nfàvâit pas songf querlei Ibiidemain , (4>°^^^<2^^ '^^^P^i°^^9^j^^ écumbâts à outrance oe f^ovaienl avoir lieic en riâsbn ée:iaaoien«^ nité du'jDuri iom eohlmaà;;^iiCcè knarefaeti £i]fiB> la querelle se tlëcida devraft le châl^Mi de^Verbé; 1 Les? deux champions montèrent sur des destriers ^ue leùt* founiîl le comte de Buclcinghaih* L^écujer anglais , soit intenr tioa^ sdit contre ison gi'é., ayabt. trop baissé 'â».lai{ce.^ blessa isoa advensaircj ii la: cuisse 9 !i{ioIatioisiiipaki4Jeste des loistde la chevalerie^ qui défendairâit:delff»}3ffstîwti!e part qu'à la &ce 0» au tronc» Le cjomte der^U^Éinglpuam se montira trèa^irmtë décote infrâotipnriifii panier)^ par se$ lyiédetifis , Gauvin MicaiUe i, lut donna dent .francs et un bebn cheval, le laitoant libre: xl'aller^nefoisdr^ l'armée françaisie. ( Froissard , livre 11 y chapiflçe IiYn:) > $!ur Ces entrefaites , on apprit, que r^'t«t)d|i)iMri(Çi)C|rT les V/ empirait. Leduc defiom^goignelsiemprcssaAtdeplir^r pow Pfii:i$i) laissant au sire de Coiictjlë coivt^andement Q^V^i^iiiifi.Vhrméei Libre; daAs â(»s'di9pdaitims» Engue^

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