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César seul avait de l'empire sur Glbdius parce que César était un Clodius de génie, un Clodms modéré, un Clodius politique qui couvrait la déma-
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gogie tumultTOUfiie du vrai GlodiuB de sa considération quand elle tombait dans le mépms , de sa protection quand elle formulait des désordres, de son indulgence quand, elle touchait au crime. D'ailleurs, César, comme cm Ta \n, n'avait pas craint de faire lui-*mème violence au sénat , aux lois, à son collègue le consul Bibulus, pour favoriser les prétentions de Clodius au titre de plébéien et aux fonctions de tribun du peuple, dont ce titre de plébéien était la condition à Rome.
Ces services forçaient Clodius, sinon à la reconnaissance, au moins à une déférence qui profitait à César. Entre ces deux hommes il y avait un lien d'ambition d'un côté, de clientèle de l'autre. Il leur importait également de ne rompre à aucun prix cette coalition sourde de l'ambition et du crime.
Un hasard allait mettre à une pénible épreuve cette alliance des deux agitateurs de Rome, et montrer si dans César l'homme l'emportait sur l'ambitieux ou l'iunbitieux sur l'homme.
Clodius, qui fréquentait la maison de César, aimait Pompéia, la jeune et belle épouse du consul. Pompéia, séduite par la jeunesse et par les grâces de Clodius, avait préféré le tribun au héros.
Cette passion criminelle de Pompéia et de Glodius éprouvait des obstacles dans la nombreuse domesticité de César et dans la surveillance de sa mère, femme austère, qui gouvernait sa maison. Une jeune esclave de Pompéia, nommée Abza, cor rompue à prix d'or par sa maîtresse, favorisait les entrevues secrètes des deux amants. Les fêtes de la Bonne Déesse^ pendant lesquelles les femmes célébraient, dans l'intérieur de leur maison, des cérémonies mystérieuses d'où les hommes étaient sévèrement exclus, parut à Clodius une occasion propice de s'approcher de Pompéia sans risquer ^ de rencontrer César.
Il se déguisa en chanteuse, déguisement que sa jeunesse, sa taille, la blancheur féminine de son teint ne démentaient pas au demi-jour des flambeaux, et il pénétra sous ce voile dans le vestibule de la maison du consul. Abza, qui l'attendait à la porte, feignit de le prendre pour une des chanteuses convoquées pour la fête, le conduisit par la main à l'étage supérieur, et, le laissant seul dans un corridor obscur, s'empressa d'aller prévenir sa mai'tresse. Mais, pendant la courte absence d'Abza, Clodius, rencontré et reconnu pour un homme déguisé en femme par une esclave d'Aurélia , mère de César, s'enfuit et se cacha dans la chambre d'Abza.
Le sacrifice profané et interrompu par le bruit de ce scandale remplit la maison de trouble et de
rumeur. Clodius, cherché avec horreur par toutes les femmes, est découvert dans la chambre de l'esclave complice ; il est chassé comme un sacrilège, et les femmes, sortant en foule de la maison profanée, remplissent la ville du récit, et du scandale, et de rimpiété adultère de Clodius. La mort, dans les lois romaines, devait être l'expiation d'un tel forfait. Les tribuns citent Clodius à leur tribunal. Le peuple, qui lui est vendu et qui pardonne tout à ceux qui le servent, prend le parti de son démagogue favori. L'émeute l'absout d'avance, pendant que les juges, intimidés, l'interrogent.
César , le plus intéressé de tous dans le procès, partagé entre son honneur à venger et son ambition à préserver, n'hésite pas à sacrifier son honneur. Cité comme témoin , il déclare aux juges « qu'il n'a aucune connaissance de ce quon impute » d Clodius. » Le tribun qui l'interroge , étonné d'une réticence si étrange, lui demande pour quel motif alors il a répudié Pompéia le lendemain de la découverte de Clodius dans sa maison. Il explique cette inconséquence évidente par un de ces mots qui cachent le vide de sens sous l'apparat du sophisme. « C'est, dit-il, que la femme de César ne » doit pas même être soupçonnée. » L'esprit de parti se contenta de cette réponse, qui, si elle était sérieuse, condamnerait u6e femme innocente pour le crime de son suborneur ou pour la malignité de ses calomniateurs. Mais César éluda ainsi la rup-
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ture des inteUigennes qu'il vcudait conserver avec le boute-feu de Rome.
11 profita même de cette circonstance pour s'assurer un appui de plus dans le sénat, en épousant Calpurnie, fille de Pison, homme consulaire, du tiers parti de Rome, dont l'alliance était une racine jetée de loin dans l'aristocratie. Ayant ainsi combiné ses popularités contraires dans la plèbe, dans les vétérans et dans les colons par ses lois agraires, dans le sénat par Pompée, dans le parti des honnêtes gens par Gicéron, dans le parti de Marins par sa première femme , dans le parti de Sylla par la seconde , dans le parti intermédiaire par la troisième, dans la coterie des riches {>ar Grassus, dans la horde des démagogues et des scélérats par Glodius, il rassembla, dit-on, avant son départ , tous les membres de ces factions diverses dont il avait fait ainsi aa faction personnelle, et il leur fit prêter serment de soutenir dans Rome sa fortune, pendant qu'il allait grandir pour revenir à son lour servir de sa toute-puissance kurs intérêta.
Ge fut la ligue de toutes les ambitions subalternes avec l'ambition suprême. Tout en est vrai dans la contexture, excepté sans doute le serment rap-
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porté par Suétone^ eésar,. assez impie pour douter des dieux , n'était pas assez novice pour croire qu^on retenait les hommes poKtiques par un serment. Le seul serment pour lui, c'était l'intérêt persœmd de ses complices ; tous étaient bien convaincus que sa fortune était leur fortune et qu'ils ne pouvaient désormais s'élever ou tomber qu'avec lui.
César lui-même a éerit sa guerre des Gaules avec la rapidité et la concision d'un soldat ou d'un géograqphe qui note m. courant les lieux et les choses. Ses Ê^dmiiumtotre^, ouvrage, selon nous, trop loué sur le nom de Tautrar par les superstitions de la renommée, n'est (pz^un registre^ tenu par un eraoplateur afiairé^ de matériaux préparés pour rédiger à loisir sa véritable histoire. H n'y a guère queee qu'on estime dans un catalogue de faits : exactitude, clarté, précipitation de plume, ébauche dessinée à grands* traits, mais rarement peints, encore moins sentis; çà et là quelques bons éclairs de style qui illuminent par moments un horizon vaste et obscur ; mais en général une aridité, une sécheresse, une nudité osseuse de récit qui ne dbnnent aux faits, aux lieux, aux batailles, aux caractères, ni leur éclat, ni leur couleur, ni leur
intérêt. César était trop pressé pour peindre ; il esquissait l'univers.
Il a laissé sous ce rapport, selon nous, une immense supériorité à Bonaparte à Sainte-Hélène. Là, dans les Dictées historiques de ses premières campagnes, Napoléon, écrivain, s'est égalé lui-même à lui-même ; il a fait de ses batailles des poèmes écrits par un tacticien. L'expression s'y moule sur le fait comme l'airain sur le nu; elle s'y colore, non de teintes artificielles, mais de sa propre chaleur, comme le fer au feu, rouge parce qu'il brûle. Nul, excepté Machiavel, n'a écrit la guerre ou la politique de ce style. Ce n'est plus un écrivain qui remue des mots, c'est un colosse qui construit sa phrase avec des blocs d'images, d'impressions et de pensées. Copiste dans sa jeunesse, déclamateur dans sa maturité, la guerre, la politique et l'expérience des choses en avaient fait le plus robuste des historiens. L'âme pathétique de César lui manqua seule pour le surpasser. Mais Napoléon n'était qu'une intelligence. César était homme, et c'est ce qui le fit adorer.
Sa popularité et ses libéralités l'avaient précédé parmi les légions qui l'attendaient dans les deux Gaules. Nous avons déjà dit que les Romains ne
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scindaient pas leurs grands citoyens en deux et . que la réputation d'un grand orateur ou d'un grand politique ne faisait pas préjuger aux troupes un médiocre général; au contraire, le prestige d'une supériorité de génie à la tribune ou au conseil leur faisait augurer une supériorité égale dans le commandement des armées. La guerre n'y était pas un métier, mais un héroïsme intelligent des batailles.
César fut reçu par ses légions comme un homme qui portait le génie et la fortune avec lui. Sa familiarité cordiale, son intrépidité gracieuse, sa conversation élégante avec les chefs, populaire avec les soldats -^ ses libéralités qui ne se réservaient rien à lui-même que le bonheur de tout conquérir pour tout donner; une supériorité de génie, qui se révélait au premier coup d'œil et au premier mot, sur les routines militaires de ses prédécesseurs ; des perspectives de gloire, de conquêtes, de dépouilles, de triomphes en commun, qui précipitaient, dans ses harangues, les légions oisives au delà des Alpes; une certaine indulgence habile et licen- . cieuse qui laissait détendre la discipline des camps, pendant les loisirs, pour la resserrer avec plus de nerf dans la marche et dans l'action ; enfin un aspect et une éloquence qui enlevaient les regards et les cœurs, et qui faisaient qu'on lui donnait avec enthousiasme ce qu'on se laissait imposer par d'autres; ces dons variés en firent en peu de mois
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Fidole de son aimée. Il s'étudia à h séduireeranne il avait séduit le peuple romoîii, et à se Tineor- « porer plus qu'à la grossir.
L'idée de Tempire l'obsédait ju8<|ue daua ses premiers pas vers la Gaule ; il la laissait transper* cer avec ses lieutenants dans lea confidences da la marche. Il savait que Tespérance démesurée d'une ambition attache les^ubaltemea par leurs rêves.
Une fois, comme il soupait dans une misérable bourgade du sommet des Âlpea, quelques-uns de ses jeunes convives, plaisantant avec ironie sur la pauvreté et la relégation aux confins des neigea de ce hameau inconnu, se demandaient a'il pouvait y avoir dans ce village des ambitions, des compétitions de pouvoir et des brigues pour l'autorité comme à Rome. César, qui les entendit, se retourna vers eux et s'étonna de leur doute, a Quant à » moi, » dit-il ea soupirant, comme il avait soupiré à Cadix devant le buate d'Alexandre, « j'aimerais » mieux être le premier ici que le second dans » Rome. »
Jamais la soif de la gloire n'éclata plus franchement dans un cri de l'âme.
L'invasioni inuninente des Hdvàtes (Suisses) dans la Gaule ceutrale fut le prétexte qui appela César.
Un puissant chef de clan, nommé Orgétorix, avait voulu persuader aux Helvètes, ses compatriotes, que leur valeur les rendrait facilement maîtres de toute la Gaule s'ils abandonnaient leur étroit territoire. Il se flattait que la conduite de la horde lui serait confiée, et qu'alors, investi d'une autorité presque absolue, il pourrait, à la faveur d^une telle entreprise, s^emparer de la royauté. Il lia ses intérêts avec ceux de deux autres chefs de dan, YÉduen Dunmorix et le Séqnanais Castic, leur promettant de les ander à se faire rois de leurs nations.
Au premier bruit des projets d'Orgétorix, il fut jeté en prison par Tordre des magistrats helvètes , et mis €91 jugement devant le peuple comme aspinmt à la tyraimie. Délivré par son clan, mais se sentant le plus faible, il se tua de sa propre main.
La mort d'Orgétorix ne fit point ai^andonner aux Helvètes le dessein qu'il leur avait inspiré, et tes préparadjs eommeiicés se poursuivirent avec la mém^e chaleur. On voyait bien qu'ils Voulaient s'interdire à jamais le retour. Ils avaient brûlé
leurs douze villes et leurs quatre cents villages, d^ruit les meubles et les provisions qu'ils ne pouvaient emporter. En comptant les femmes et les enfants, ils étaient au nombre de trois cent soixantedix-huit mille: chiffre. certain, car les Romains, dit César, trouvèrent dans le camp helvétien les rôles du' dénombrement écrits en caractères grecs.
Le rendez-vous général avait été fixé près du lac Léman. Ils trouvèrent, vers Genève, César qui leur ferma la route : il avait fait couper le pont du Rhône qui communiquait avec l'Helvétie , et rassemblé en toute hâte les garnisons et les milices de la Narbonnaise. Les principaux chefs des Helvètes lui furent envoyés en députation. V Homme de la parole (c'était le titre que portait l'orateur en langue gallique) lui dit : « Les Helvètes veulent traverser la province, mais sans y causer le moindre dommage ; ils n'ont pas d'autre chemin à prendre, et ils espèrent que César ne leur refusera point son consentement. »
César n'avait pas oublié la mort du consul L. Cassius et la honte des légions que led Tigurins (habitants du canton de Zurich) avaient fait passer sous le joug dans le lieu même où ils venaient solliciter l'entrée du territoire romain; mais il n'avait qu'une
légion avec lui. Il différa de répondre, et usa du délai, qu'il indiqua, pour creuser un fossé et construire un mur de seize pieds de haut, flanqué de tours, sur une étendue de dix-neuf milles entre le lac Léman et le Jura. Quand les ambassadeurs helvètes revinrent, il leur déclara « que, d'après les usages du peuple romain, il ne pouvait permettre à qui que ce fût l'entrée de la province. »
Il ne leur restait plus que la route du Jura, route si difficile qu'ils n'osaient s'y engager sans le consentement formel des habitants. Ceux-ci, circonvenus par Dumnorix, l'ancien allié d'Orgétorix, ne défendirent pas l'entrée des montagnes, quoiqu'ils l'eussent promis aux Romains.
Les Helvètes se dirigèrent sur la Saône, limite commune des Séquanes (Francs-Comtois) et des Ëdues (Autunois). Les émigrants travaillèrent jour et nuit à rassembler des barques, à construire des radeaux ; mais une si grande multitude de peuple, de bètes de somme, de bétail, de chariots, de bagages de toute sorte, occasionna une perte immense de temps. Les Tigurins, qui formaient l'arrièregarde, étaient enoore sur la rive gauche du fleuve quand César arriva comme la foudre et les tailla en pièces ; puis, jetant un pont sur la rivière, il fit en
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un jour passer toute son année, forte de soixantedÎK mille hommes, sur l'autre rive.
Les Helvètes avaient marché si lentement que César avait eu le temps de courir en Italie, d'en ramener cinq légions, de traverser les Alpe» par le plus court chemin, malgré la vigoureuse défense des montagnards, peuplade» ennemies de Rome, et d'arriver ainsi aa secours des Édues, menacés par l'invasion dea Helvètes. *
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Effrayés de sa promptitude, les Helvètes lui envoyèrent des députés chargés , disaient-ils , de traiter de la paix ; mais les discours de ces hommes et leur choix faisaient voir que leur mission n'était qu'une feinte pour gagner du temps. A leur tête se ttouvait Oivîcon, qui oommandaît les TigurinB lors de la journée du Léman, et qui avait fiait passer les légions romaines sous le joug* Quoique, âgé âb quatce^-vingts asis, le vieux chef pariaà Gésar victoriéuK avec le mâme evguail qa^il await parlé cinquante ans anparavan# aux liwteaumts dea lé^oan vaincues :
« Si les ftonrains veulent la paix, lui dit^l, qu'3s nnuB asBigmmt unepiase^en fianle^ et nous l'halâterons ; s'ils persistent à nous faire la gneiro^ qo'iis se rappellent ce qu^elle leur a< coûté. Ptour avoir
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aosrailli à rimprovîste un de nos cantons, lorscjue les autres, au delà du fleuve, ne pouvaient lui porter secours, il n'y a pas tant sujet de s'enorgueillir et de nous mépriser ! Les Helvètes ont appris de leurs pères à se fier plus au courage qu'à la ruse, et à compter peu sur les stratagèmes de la guerre. Que les Romains ne s'exposent donc pas à voir le lieu où nous nous trouvons, comme un autre bien connu, s'illustrer par la honte de leur république et la destruction de leur armée ! »
A ces paroles dures pour la fierté romaine. César répondit « qu'il n'avait point oublié ce que les Helvètes prenaient à tâche de lui rappeler ; qu'ainsi sa conduite était tracée d'avance ; qu'il conservait de ce revers* d'autant plus de ressentiment que le consul Cassius, attaqué à l'improviste, avait été victime d'une perfidie. Quand lui, César, oublierait cette ancienne injure, pourrait-il perdre le souvenir d'affronts plus récents? Les Helvètes n'avaient-ils pas voulu s'ouvrir malgré lui un chemin à travers la province ? N'avaient-ils pas porté la désolation chez les Édues, chez les Ambarres, chez les AUobroges, dont ils avaient saccagé les établissements et les propriétés sur la rive droite du Rhône ? Une armée romaine verrait-elle de sang-froid ravager les champs des sujets ou des alliés de Rome, envahir leur8villes,trauier leurs enfants en servitude? « Cet » insolent orgueil que vous inspire une victoire, » ajouta le proconsul avec colère, cette lenteur de
> la vengeance dont vous avez droit d'être surpris, » entrent, n'en doutez pas^ dans les desseins des » dieux. "Quand ils veulent châtier les hommes, ils » leur accordent de temps en temps quelques suc* » ces, pour les enivrer de leur impunité et leur » rendre par là le malheur plus terrible. Cependant, » si vous livrez des otages, si les Ëdues, leurs alliés, » et les AUobroges reçoivent réparation des dom- » mages soufferts, je consens à faire la paix, j»
« Les Helvètes, repartit froidement Divicon, ont appris de leurs pères à recevoir et non pas à donner des otages; le peuple romain en porterait témoignage au besoin. »
Les négociations furent rompues, et la horde reprit sa marche, suivie de l'armée de César. Après quelque temps d'escarmouches, les Helvètes, profitant d'une diversion de César à Bibracte (Autun), où il était allé s'approvisionner, firent volte-face et assaillirent l'armée romaine.
Pour soutenir ce premier choc. César jeta en avant toute sa cavalerie, pendant qu'il ordonnait son infanterie sur une hauteur. Dans ce moment, on lui présenta son cheval, mais il le renvoya : t Qu'on me l'amène après la victoire, quand il fau- • dra poursuivre, dit-il; maintenant, il s'agit d'at-
• tendre de pied ferme. » A ce mot d'ordre, tous les officiers romains renvoyèrent, comme Jui, leurs chevaux. *
Les Romains, postés sur une colline, repoussèrent l'attaque des Helvètes avec avantage ; mais, quand ils voulurent prendre l'offensive et poursuivre leurs ennemis, ils furent chargés en flanc par la réserve de l'armée helvétienne.
La lutte recommença avec acharnement et dura longtemps dans les ténèbres, jusqu'à ce que les Helvètes, rompus une seconde fois, se retirèrent vers leurs chariots et leur bagage. « Depuis le milieu du jour que le combat avait commencé, aucun Romain, dit César, ne pouvait dire qu'un Gaulois eût tourné le dos. » Autour des campements de la horde, la bataille se prolongea, et là, non-seulement les hommes, mais les femmes et les » enfants, du haut des chariots, de dessous les chariots, à travers les roues, de toutes parts enfin, firent pleuvoir une grêle de traits qui arrêtèrent longtemps les Romains. Enfin l'enceinte des chariots qui formait leur camp fut forcée avec un horrible carnage.
Les débris de la nation helvétienne se mirent en marche, la même nuit, dans la direction du nord, V. io
et, après avoir marché aana £aire halte^ arrivèrent le quatrième jour sur le territoire des Ungons (paya de Langres). César les rejoignit vers Oijon, Hors d'état de livrer une seconde bataille, ils subirent les conditions du vainqueur et retournèrent dans leur patrie après avoir livré leurs otages et leura armes. César voulait empêcher, dit Plutarque, que les Germains, voyant ce pays désert, ne passassent le Rhin pour s'y établir : il enjoignit aux émigrants de relever leurs bourgades incendiées et aux AUo* broges de leur fournir tout le blé qui leur serait nécessaire jusqu'à la prochaine récolte. Quand la horde rentra dans l'Helvétie, il ne restait que cent dix mille tètes des trois cent soixaàte^huit mille qui avaient passé le Jura moins de trois mois auparavant.
Des félicitations arrivèrent à César de presque toutes les parties de la Gaule. Une députation des notables citoyens se rendit près de hii, chargée de lui dire, au nom de leurs cités, « qu'encore qu'il eût combattu les Helvètes pour garantir les terres du peuple romain et venger d'anciennes injures, la Gaule ne lui devait pas moins que sa patrie même ; car il l'avait sauvée d'une guerre cruelle et peutêtre de la servitude. »