‹ Vies des grands hommesChapitre 4 sur 12 · C6SAR · texte numérisé non relu

C6SAR

Ce n'était rien d'avoir repoussé les Helvètes, si les Suèves envahissaient la Gaule. Les migrar tions des Germains étaient continuelles : déjà cent vingt mille guerriers étaient passés. Ârioviste, chef des Suèves, s'était établi sur les terres des Séquanes ; il en avait d'abord pris le tiers, et main* tenant il ordonnait aux habitants d'évacuer un autre tiers pour le céder à vingt-quatre mille Hé* rules qui, depuis quelques mois, étaient venus ^e joindre à lui.

Se trouvant réunis en grand nombre auprès de César, les députés de la Gaule centrale crurent l'instant opportun pour lui demander son assistance contre les envahissements et la tyrannie d' Arioviste. Le même druide qui avait sollicité les secours de Rome, Divitiac, frère aîné de Dumnorix, prit la parole et exposa devant César la situation de la Gaule, inondée et opprimée par un déluge de Germains.

« n arrivera nécessairement, ajouta-t-il, qu'en peu d'années tous les Gaulois seront chassés de k Gaule et que tous les Germains auront passé le Rhin ; car le sol de la Germanie et celui de la Gaule ne peuvent se comparer, non plus que la manière de vivre des habitants. Si le peuple ro-

main ne vient pas à notre secours, il ne nous reste d'autre parti à prendre que d'émigrer comme les Helvètes, d'aller chercher loin des Germains d'autres demeures, une autre patrie, et de tenter, quoi qu'il en puisse advenir, les chances d'une meilleure fortune. »

De graves molifs, remarque l'historien de la Gaule, M. Âmédée Thierry, engageaient César à embrasser chaudement la cause des Gaulois. 11 sentait que l'abaissement des Édues, honorés tant de fois par le sénat romain du titre de frères, était, aux yeux de la Gaule , un sujet d'étonnement et presque de mépris pour la république. Il voyait, en outre, la province déjà menacée par les Germains, puisque Ârioviste, maître de la Séquanie Franche-Comté), n'était plus séparé des établissements romains que par le Rhône. Ce chef féroce en était venu d'ailleurs à un degré d'arrogance et de cruauté qu'il n'était plus possible de soutenir. Au moindre accès de son humeur ombrageuse, il torturait les otages qu'il s'était fait livrer par les Gaulois ses tributaires, et quelquefois il les faisait périr dans les supplices. Cet honune farouche n'avait rien changé à la vie de ses forêts; il campait en plein air, promenant son armée de bois en bois.

ne connaiBsant d'abri que la voûte du ciel et la tente de peaux du guerrier germain.

César, afin de mettre de son côté les apparences de la modération, députa yers Ârioviste pour lui demander un entretien touchant des objets de haute importance. « Si j'avais besoin de César, répliqua

■ le Suève, j'irais vers lui ; s'il veut de moi quelque

■ chose, qu'il vienne vers moi. ■

César lui signifia alors par députés qu'il eût à ne plus attirer d'autres Germains dans les Gaules, à restituer les otages des Édues, et à ne plus ravager les terres de ce peuple ni de ses alliés. S'il se refusait à ces réclamations. César vengerait leurs injures.

— « Je suis maître, répliqua Arioviste, de ma province gauloise que j'ai vaincue par les armes, comme les Romains de la leur... Si vous me laissez en repos, vous y gagnerez ; je ferai toutes les guerres que vous voudrez, sans peine ni péril pour vous... Quant à la déclaration de César, « qu'il ne négligerait pas de venger les Édues, » personne ne s'est attaqué à moi sans s'en repentir. Qu'il vienne donc, et César apprendra alors à connaître les Germains, qui depuis quatorze ans n'ont pas dormi sous un toit. »

César reçut à la fois et cette réponse et la nouvelle que les cent cantons des Suèves s'avançaient en masse vers le Rhin. Voyant qu'il n'a pas un seul instant à perdre, il se met en marche, traverse le territoire des Séquanes et occupe à Fimproviâté Vesontio (Besançon).

Cependant les soldats romains questionnaient les Gaulois avec inquiétude sur les nouveaux ennemis qu'ils allaient combattre. Tout ce qu'on rapportait de la taille et de la férocité de ces géants du Nord épouvantait les vétérans eux-mêmeô. César, voyant, dit Plutarque, que la terreur s'était emparée de ses officiers, et surtout des plus nobles, qui n'étaient venus servir sous lui qu'avec l'espoir de s'enrichir et de vivre dans le luxe, les assembla et leur dit qu'ils pouvaient se retirer; que, lâches et mous comme ils étaient, ils ne devaient pas s'exposer à contre-cœur. « Il me suffit de la dixième légion, » ajouta-t-il, pour aller attaquer les Barbares, qui > ne sont pas plus redoutables que les Cimbres; et » je ne me crois pas inférieur à Marins. »

La dixième légion, flattée de cette marque d'estime, lui députa ses officiers pour lui en témoigner sa reconnaissance. Les autres légions désavouèrent leurs officiers, et tous ensemble, pleins d'arddur

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et de bonne volonté, marchèrent droit au camp d'Arioviste.

Après sept jours de marche, César, conduit par son fidèle ami Divitiac, arriva en vue des Germains.

Alors eut lieu l'entrevue que César avait auparavant demandée en vam. Les deux généraux, sand descendre de cheval, conférèrent sur un tertre qui s'élevait entré les deux armées, rangées dans une vaste plaine. Pendant ce colloque, on vint avertir César que la cavalerie d'Arioviste, se rapprochant de la hauteur, commençait à lancer des pierres et des traits.

Le proconsul rompit la conférence et se retira vers son armée, lui défendant aucun acte de représailles. Lorsqu'on connut dans le camp romain la fin de l'entrevue, il n'y eut qu'une voix pour combattre. Deux jours après, Arioviste fit demander que les négociations fussent reprises. César se contenta d'envoyer un Gaulois dont la fidélité lui était connue et un Romain qui avait été Thôte d'Arioviste : il les chargeait de recevoir et de rapporter les propositions du chef germain. Mais aussitôt que celui-ci les vit entrer dans son camp, il leur cria devant toute l'armée : « Qui vous amène? Ve-

nez-Yous ici pour nous espionner? » Et il les fit mettre aux fers.

Une semaine se passa en escarmouches. Arioviste s'efforçait de couper les vivres aux Romains, mais il évitait toujours la bataille. Cinq jours de suite, César tira ses légions de son camp et les disposa pour le combat; mais Arioviste retint constamment son infanterie derrière ses lignes.

Dans une escarmouche où les Germains n'engagèrent que leur cavalerie, il y eut beaucoup de blessés de part el d'autre. Comme le général romain s'enquérait auprès des prisonniers pourquoi Arioviste ne voulait pas combattre, il apprit que, suivant la coutume des Germains, l'ennemi avait consulté les devineresses sacrées s'il fallait ou non livrer bataille, et que les prêtresses, qui prétendaient connaître l'avenir par le bruit des eaux, par les tourbillons que les courants font dans les rivières, avaient défendu à l'ennemi de combattre avant la nouvelle lune.

César crut le moment favorable pour attaquer, il marcha aux ennemis. A l'approche des légions, les Germains, forcés de combattre, sortirent de leur camp et se rangèrent par nations. Le choc fut si violent des deux parts, que ni les uns ni les autres

ne purent faire usage des javelots; on se battit corps à corps avec le glaive ; mais les Germains, ayant. promptement formé leur phalange accoutumée, soutinrent avec fermeté Teffort de Tinfanterie romaiae. t On vit alors, dit César, les légionnaires s'élancer sur la voûte des boucliers qui couvrait cette phalange, les arracher avec leurs mains, les briser à grands coups d'épée et égorger l'ennemi, dont ils foulaient la tète sous leurs pieds. »

César en personne culbuta l'aile gauche des 6ermains, mais leur aile droite fit plier la gauche des Romains et elle l'accablait, quand le lieutenant Crassus, commandant la réserve, lança la troisième ligne, jusqu'alors immobile, pour soutenir les autres légions. Enfoncées de toute part, les troupes d'Arioviste se débandèrent, prirent la fuite, et ne s'arrêtèrent qu'au Rhin, éloigné d'environ cinq milles du champ de bataille. Tout ce qui ne put passer le fleuve en barques ou à la nage fut massacré par la cavalerie romaine. Il resta, selon Plutarque, quatrevingt mille morts sur la place. Ârioviste, perdant à la fois, dans la déroute de son armée, ses deux femmes et ses deux filles, alla mourir de désespoir en Germanie.

Le Gaulois qui avait été député par César était emmené chargé de chaînes par ses gardiens fugitifs. César le retrouva tout à coup en poursuivant l'en* nemi. • Cette rencontre ne lui fit pas moins de plaisir que la victoire même, dit-il, dans ses commentaires, car il retrouvait l'homme le plus estimable de toute la province, son commensal, son hôte, qu'il arrachait des mains des ennemis ; et la fortune, en le lui rendant, lui permettait de jouir pleinement d'un aussi grand succès. Le Gaulois lui dit qu'il avait vu trois fois jeter le sort pour décider s'il serait livré aux flammes ou si son sup-plice serait différé, et que trois fois le hasard l'avait sauvé. »

À la nouvelle de cette victoire, les cent cantons des Suèves qui arrivaient déjà sur les bords du Rhin reprirent avec effroi la route de leurs forêts, et les habitants de la rive les poursuivirent et leur tuèrent beaucoup de monde.

César avait terminé ces deux grandes guerres en une seule campagne. Il emmena ses troupes en quartier d'hiver chez les Séquanes, et, les laissant sous le commandement de Labiénus, il partit pour aller tenir l'assemblée annuelle dans la Gaule cisalpine.

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L'enthousiasme des Gaulois pour le vainqueur égala d'aliord celui des Romains ; mais, lorsqu'on vit qu'il ne ramenait point avec lui en Italie ses légions victorieuses, qu'elles occupaient la Gaule comme un pays conquis, que Les agents de Rome s'emparaient de toute l'administration dans l'intérieur des villes, l'abattement succéda à la reconnaissance. On s'apercevait qu'on n'avait fait que changer de maître.

Ce mécontentement éclata dans le Nord. Une vaste coalition des peuples de la Belgique s'y forma contre César. Les Belges, au rapport de César, étaient les plus belliqueux de tous les Gaulois^ parce qu'ils étaient les plus éloignés de la civilisation de la province et qu'ils cramierçaient peu avec les marchands étrangers. Lorsque depuis près d'un siècle le reste de la Gaule était réduit à se défendre contre les agressions incessantes du dehors, les Belges, demeurés intacts, faisaient encore des conquêtes, et il y avait peu d'années qu'ils avaient opéré une descente dans l'île de ^etagne.

11 ne fut pas difficile aux mécontents, qui ne voulaient être ni Romains ni Gennains, de sou^^ever ces populations remuantes. Une assemblée générale fut convoquée où toutes les cités de la confédération étaient sommées d'envoyer des députés. Toutes le firent, à l'exception de ceux de Rèmes (les Rémois), qui, gagnés par les menées de César, espéraient obtenir avec son secours la suprématie sur le reste des Qelges.

César, inquiet de ces nouvelles, revint en hâte de la Gaule cisalpine, où il avait levé deux légions nouvelles ; il rejoignit son armée cantonnée dans la Séquanie, et se porta en douze jours du Doubs sur la Marne. Il arriva lorsque la levée en masse de la Belgique se précipitait sur les terres des Rèmes ; elle comptait deux cent quatre-vingt-dix mille hommes.

« On a peine à comprendre , dit M. Henri Martin dans son Histoire de France^ comment le sol de la Belgique , couvert de forêts et fort mal cultivé, pouvait nourrir une telle multitude d'hommes libres et de guerriers ; c'est que la barbarie gauloise n'était pas dévorée, comme la civilisation grécoromaine, par la plaie de l'esclavage. Il n'y avait point là, comme eh Italie, sous la population libre,

une couche bien plus épaisse et plus profonde de population servile, et Tesclavage était presque une exception dans la Gaule septentrionale. »

L'arrivée de César sauva Bibrax, ville des Rèmes, réduite à l'extrémité par les assiégeants ; mais il hésita quelque temps à livrer bataille, à cause du nombre des Belges et de la haute idée qu'il avait de leur bravoure. Il estimait, par l'inspection des feux et de la fumée, que leur camp pouvait occuper huit milles d'étendue , et il' avait à peine quatrevingt mille hommes à opposer aux masses énormes des Belges.

Après l'épreuve de quelques combats de cavalerie, il crut pouvoir tenter une affaire décisive ; il marqua un champ de bataille en avant de son camp. Le lieu était favorable aux manoeuvres de la tactique romaine. Les troupes belges sortirent de leurs quartiers et se rangèrent en ligne.

Un marais peu étendu séparait les deux armées, et chacune d'elles attendait que l'autre le passât la première pour l'attaquer avec avantage durant le mauvais pas. Les Belges ne se décidant point à traverser, César fit rentrer ses légions. Alors les confédérés essayèrent de tourner l'armée romaine et de couper ses communications avec la capitale v. il

du pays des Rèmes, d'où les légions tiraioit toutes leurs ressources. César, averti, part avec toote sa cavalerie, les Numides armés à ki légtee , les frondeurs baléares, les archers crétois, et court aux ennemis qui passaient l'Aisne. Le choc fut vif. Attaqués dans l'eau qui gênait leurs mouvements, plusieurs fois les Belges furent arrêtés, plusieurs fois ils revinrent intrépidement à la chai^ pardessus les cadavres. Ceux qui passèrent furent enveloppés par la cavalerie romaine et massacrés. C'est sans doute à ce combat -que Plutarque fait allusion lorsqu'il dit , en parlant du carnage des Belges, que les Romains passaient les rivières et les étangs sur les corps morts dont ils étaient remplis.

Les Belges, déçus dans leur espoir d'emporter Bibrax et de passer la rivière, voyant que les Romains ne quittaient pas leur excellente position, et commençant à manquer de vivres, tinrent conseil, et décidèrent que chaque nation rentrerait dans ses foyers, sauf à se rassembler de toutes parts pour défendre le premier peuple d'entre eux dont le sol serait envahi par les Romains. Il valait mieux, disaient-ils, attendre la guerre sur leur propre territoire, où du moins les vivres ne manqueraient pas.

£n conséquence, ils décampèrent au milieu de la

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nmt avec gnfid bruit et^rand tumulte, ne gardant aaeim ran^^ a'obéÎMaat à aueun ckef , chacun ne songeant qu'à prendre les devants pour arrÎTer pins t6t chex lui ; ce départ avait l'air d'une fuite. César, averti par ses vedettea, mais craignant d'abord quelque piège parce qu'il ne connaissait pas encore les motifs de cette retraite , retint d'abord ses légions. Au point du jour, il lança toute sa cavalerie avec trois légions pour la soutenir. Elles tombèrent sur les Belges et en tuèrent un grand nombre. N'ayant aucun chef pour les contenir, les fuyards se débandèrent dans toutes les directions, de sorte que les Romains, sans courir le moindre danger, continuèrent à tuer tant que dura le jour.

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Le lendemain, avant [que l'ennemi fût remis de sa terreur, César leva le camp et se dirigea vers le pays des Suessions (Soissonnais). En une grande journée de marche il arriva vers Noviodunnm (Noyon). Il tenta d'enlever la ville d'assaut , parce qu'on la disait sans troupes, mais il échoua à cause de la largeur du fossé et de la hauteur des murailles. Il disposa tout pour un siège en règle. La grandeur des machines de siège et la promptitude des travaui de terrassement, tout nouveaux pour les Belges , les terrifièrent, et ils députèrent vers

César, lui offrant de capituler. Le général romain leur accorda la vie sauve, à la prière des Rèmes, leurs frères , mais il exigea qu'ils livrassent leurs armes et les principaux personnages de la nation, y compris deux fils du roi Galba, généralissime des confédérés.

De là il conduisit son armée dans le pays des Bellovaques (Beauvaisis). Ils s'étaient enfermés, avec tout ce qu'ils avaient, dans la ville de Bratus paniium (Gratepenche). À cinq milles de cette place. César rencontra tous les vieillards qui en étaient sortis ; ils lui tendaient les mains, en disant dans leur langue « qu'ils se soumettaient et ne prétendaient pas résister au peuple romain. A peine fut-il campé sous les murs, qu'il aperçut au haut des remparts la multitude des femmes et des enfants le suppliant par leurs gestes de ne point les traiter en ennemis.

Le druide Divitiac, qui accompagnait César, intercéda pour eux. « De tout temps , dit-il , les Bellovaques ont été les alliés et les amis des Édues. Entraînés par des chefs qui leur répétaient que César avait réduit les Édues en esclavage et qu'il les accablait d'indignités et d'outrages, les Bellovaques se sont détachés de nous, ils ont pris les armes

contre vous. Maintenant les auteurs de ces intrigues, voyant les calamités qu'ils avaient attirées sur leur pays, se sont enfuis dans l'île de Bretagne. Les Édues s'unissent aux Bellovaques pour implorer la douceur et la clémence de César. Que César les écoute! ce sera porter au plus haut degré le crédit et la considération des Édues dans toute l'étendue de la Belgique. »

César, dont l'intérêt était de faire grâce, parut ne céder qu'aux prières de Divitiac ; et , comme l'intercession des Rèmes avaît sauvé Noviodunum , il voulut que les Édues pussent aussi se vanter d'avoir préservé de sa ruine la capitale des Bellovaques. Il consentit donc à recevoir les assiégés à composition , leur fit livrer six cents otages et leurs armes, et passa de là sur le territoire des Âmbiens (Amiénois), qui se rendirent aussitôt corps et biens.

Les Âmbiens touchaient aux Nerviens (Hainaut). Ils répondirent aux questions que leur fit César sur le caractère et les mœurs de ces peuples « que les marchands n'étaient point reçus chez eux; qu'ils n'y laissaient entrer ni vin ni rien de ce qui flatte la sensualité, parce qu'ils croyaient que cela pouvait énerver et amollir le courage. Ils étaient féroces et

très-l)raYes. Ils s'emportaient en invectives contrt les antres Belges^ qui, déférant de l'énergie de leura ancêtres, s'étaient rendus à César. Ils reniaient cette fraternité et le nom gaulois^ s'attrîbuant avec orgueil une origine germanique. Us déclaraient qu'ils n'enverraient point au gâiéral romain de députés et qu'ils n'accepteraient la paix à aucune condition. ■

La nature de feur pays était d'ailleurs trè&*favorableàune guerre défensive. Là, aucune ville, aucun bourg considérable jie s'offrait aux regards des légions, forcées de se frayer un passage à travers unei contrée sauvage, que barraient en tout sens de grandes haies entrelacées de main d'homme et des taillis presque impénétrables à la vue. Ces espèces de murailles végétales empêchaient l'abord de la cavalerie et arrêtaient à chaque pas les troupes à pied. Un historien remarque « que par les soins des Nerviens, les arbres de leurs forêts étaient entrelacés comme ceux de l'Amérique le sont naturellement par les lianes. Mais, ajoute-t>il, les Pizarre et les Cortez, avec une telle supériorité d'armes, faisaient la guerre à coup sûr ; et qu'était-ce que les Péruviens en comparaison de ces dures et énergiques populations des Bellovaques et des Nerviens (Pi(^rdie, Hainaut, Flandre), qui venaient par cent mille attaquer César? b

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Les NervienB, soutenus par les Atrebates et les Yéromandues , desoêndirent, comme un torrent, d'une colline boisée, culbutèrent U catalerie ro* maine et alliée^ et s'élancèrent à ra^satit du camp que César n'avait pas fini de tracer.

« César, surpris, dit-il lui-même dans ses Çùm-merUaires^ ayait tout à faire à la fois : il fallait élever le drapeau qui donnait le signal de courir aux armes, faire sonner le rappel du travail, rallier ceux qui s 'étaient un peu écartés pour couper du bois, ranger l'armée en bataille, encourager les soldats, donner le mot: choses dont il omit une grande partie, vu la brièveté du temps, l'approche et Tattaque des ennemis. Deux ressources se présentaient dans cet embarras : c'étaient d'abord l'expérience et l'habileté du soldat, qui, formé par les affaires précédentes, savait se prescrire à lui-même ce qu'il devait faire; c'était ensuite la défense faite par César à ses lieutenants de quitter chacun sa légion avant que le camp fût retranché.

» Ayant pourvu au plus nécessaire, César court encourager ses troupes, comme le hasard les lui présente. Rencontrant la dixième légion, il l'exhorte, pour toute harangue, « à se rappeler son ancienne valeur, à ne point s'étonner, et à soutenir vaillam-

ment le choc des ennemis. » Et ceux-ci n'étant plus qu'à portée du javelot, il donna le signal du combat. Arrivé sur un autre point pour dire quelques mots aux troupes, il les trouva déjà aux mains. L'ennemi fut si empressé de combattre et nous laissa si peu de temps, que l'on ne put déployer les enseignes et même lacer les casques et ôter l'enveloppe des boucliers. L'endroit où chacun se trouva par hasard en abandonnant le travail, la première enseigne qu'il vit, ce fut là qu'il se rallia, afin de ne pas perdre, en cherchant son rang, le moment de combattre. »

Des huit légions qui composaient l'armée de César, six seulement étaient près de lui. Quatre d'entre elles tinrent tête aux Atrebates et aux Véromandues ; mais les Nerviens se précipitèrent sur les deux dernières, qui formaient l'aile droite, les prirent en flanc, et, faisant le tour de la hauteur où le camp était assis, parvinrent tout à coup au sommet. A cette vue, la cavalerie romaine, déjà rompue, et toutes les troupes auxiliaires commencèrent à se mettre en pleine déroute. Des cavaliers que la cité Trévire (Trêves) avait envoyés par peur à César, voyant le camp rempli de troupes nerviennes, les légions pressées et presque enveloppées, les valets

du camp, la cavalerie, les frondeurs, les Numides dispersés et fuyant de toutes parts, crurent la bar taille désespérée, et reprirent aussitôt la. route de leur pays, publiant avec joie que les Romains étaient défaits, leur camp et tout leur bagage au pouvoir des Nerviens.

La bataille était perdue, en effet, si César, par un prodigieux effort de courage, n'eût rétabli le combat. Comme il n'avait pas son bouclier, il saisit celui d'un des soldats du dernier rang, se fait jour au front de la bataille, appelle les centurions par leur nom, encourage les soldats, ordonne aux files de se déployer afin qu'on puisse se servir de l'épée, commande la charge et la conduit lui-même. Sa présence, son exemple rendent l'espoir aux troupes. Chacun,' sous les yeux de son général, veut faire plus que son devoir, et l'impétuosité de l'ennemi se ralentit un peu.

Cependant, sur la nouvelle du combat, les deux légions d'arrière-garde qui escortaient le bagage, accouraient à toutes jambes. L'arrivée de ces troupes fraîches changea complètement la situation des choses. Les Romains prirent l'offensive, et ce fut aux Nerviens à se défendre. « On vit , dit César, des soldats qui gisaient couverts de blessures se soulever sur leurs boucliers pour prendre encore part l'action, les valets de l'année se jeter sans armes sur leurs ennemis armés , et la cavalerie, pour effacer par sa bravoure la honte

laO VIE DES GRANDS HOMMES.

<le 8a fiiite, S6 battre partout à l'enTi des légionnaires. «

Mus les Nerriens ne reculèrent pdnt. Làoù tom^ baient les guerriers du premier rang , ceux du second les rem{di^ent, montés sur leurs cadavres. Ceux-ci périssaient à leur tour, et, les corps s'amoncelant, les derniers qui restèrent debout lançaient encore leurs traits et renvoyaient aux Romains leurs propres javelots du haut d'un monceau de cadavres. • De tels hommes, écrivait César en racontant cette journée (l'une des plus périlleuses de sa vie), avaient pu entreprendre sans témérité de franchir un large fleuve, de gravir des bords escar^ pés, d'attaquer dans un lieu défavorable : la grandeur de leur courage aplanissait pour eux tant de difficultés. »

La nation nervienne n'était pas vaincue, elle était anéantie. Les vieillards et les femmes, qui avaient été déposés dans une retraite fortifiée, au milieu d'un marais, envoyèrent des députés à César pour se soumettre; Ils lui dirent, pour lui donner une idée de leur désastre, « qu'il ne leur restait que trois sénateurs sur six cents, et cinq cents hommes à peine sur soixante mille combattants. »

César, voulant montrer sa compassion pour ces

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mattieureiix anpi^iants, pourvut à k conservation des débris d'un grand peuple, leur rendit leurs champs et leurs villes, ordonnant aux peines voisins de s'abstenir de tout pillage et de toute violence à leur égard.

De tons les peuples de la Confédération belge, « les Aduatiques seuls avaient œeore les armes à la main. Ce peuple tirait son origine des Cimbres qui, après avoir ravagé la Gaule et l'Espagne, allèrent tomber, en Italie, sous l'épée de Marins. Six mille, demeurés autrefois dans la forteresse d'Aduat (Nar mur), avaient fait souche de nation et par leurs alliances s'étaient accrus successivement jusqu'à soixante milie. Ils comptaient dix-neuf mille guerriers.

Ces forces étaient en marche pour secourir les Nerviens, lorsqu'elles apprirent leur désastre. Elles revinrent précipitamment sur leurs pas, évacuèrent leurs bourgades, et s'entassèrent avec toutes leurs familles et leurs richesses dans leur forteresse d'A* duat, où ils attendirent l'ennemi. La nature sem- Uait avoir tout combiné pour en faire une retraite imprenable ; car les rochers prodigieux et les précipices qui l'entouraient ne laissaient d'accès que par une pente douce, large de deux cents pieds au plus,

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et défendue par un double mur très-élevé sur lequel on ayait placé des quartiers de roches énormes et des poutres très-pointues.

Les Âduatiques ne parurent pas d'abord s'inquiéter des premiers travaux de siège , de la circonyallation de quinze milles qui environna leur ville; ils considéraient avec une muette curiosité ces ouvrages tout nouveaux pour eux, ces terrasses^ 'ces machines de formes variées. Voyant construire dans le lointain l'énorme tour de bois à plusieurs étages qui devait servir à escalader leur muraille, ils raillaient ces petits hommes d'Italie qui croyaient pouvoir mettre en mouvement une si grande machine. La petite taille des Romains était pour eux, comme pour tous les Gaulois, un sujet de risée.

Mais, quand la tour roulante commença à se mouvoir et à s'avancer, frappés de ce spectacle comme d'un prodige, ils envoyèrent demander la paix à César. Leurs députés lui dirent t qu'ils ne doutaient pas que les Romains, dans la guerre, ne fussent assistés par les dieux, car ils ne pourraient, sans leur aide, ébranler ces énormes machines et les approcher si rapidement des murs pour combattre de près. Ils se livraient donc à lui corps et biens ; seulement, si, dans sa clémence qu'ils avaient

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entendu vanter, il avait résolu de leur faire grâce, ils le conjuraient de ne pas les dépouiller de leurs armes. Les Aduatiques n'avaient pour voisins que des ennemis jaloux de leur courage, et contre lesquels ils ne pourraient plus se défendre. Il valait mieux pour eux, s'ils en étaient réduits là, souffrir tout des Romains qu'être torturés et mis à mort par leurs inférieurs et leurs tributaires. »

César leur répondit : t Que, s'ils se rendaient avant que le bélier eût frappé le mur, il épargnerait leur cité, non qu'ils le méritassent, mais parce que c'était son usage ; ajoutant qu'il n'y aurait point de capitulation s'ils ne livraient leurs armes. Il ferait alors pour eux ce qu'il avait fait pour les Nerviens : il ordonnerait à leurs voisins de respecter les sujets du peuple romain. »

Cette réponse ayant été portée dans la ville, les assiégés crièrent du haut de la muraille qu'ils promettaient d'obéir, puis il jetèrent dans les fossés une telle quantité d'armes, que les tas s'en élevaient presque au niveau des fortifications. Les portes alors s'ouvrirent, et, pendant un jour, tout présenta aux Romains l'aspect de la soumission la plus complète.

13i VIE DES GRANDS HOMMES.

Sur le soir, Céaar fit sortir les soldats de la villa, de peur qu'on ne fît de nuit quelque violence aux habitants. Les Aduatiques s'étaient concertés d'avance, espérant que les Romains, après la soumisr sion, se relâcheraient de leur vigilance habituelle, que les portes seraient mal gardées et les retranchements déserts. S'armant donc les uns des armes qu'ils avaient mises en réserve, les autres de boucliers d'écorce et d'osier tressés, recouverts de peaux, fabriqués en quelques heures, ils firent à la troisième veille une sortie en masse de la place, et assaillirent les lignes ennemies par l'endroit qui leur paraissait le plus accessible. Leur attente fut trompée : ils trouvèrent les Romains éveillés et sur leur garde. Les avant-postes donnerai l'alarme en allumant des feux, et les légions accoururent des forts les plus éloignés. Les Aduatiques se battirent en hommes intrépides qui n'avaient de salut que dans le succès ; mais^ exposés dans un fond aux traits lancés du rempart et des tours, ils furent rejetés dans la ville avec une perte de quatre mille hommes.

Le lendemain , César fit rompre les portes à coups de hache et entra sans résistance. Les habitants expièrent cruellement leur manque de foi

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«nirerB le Tamquear. Tous forent yendus boqb la lance, Mvpset bmiB, au marehands d'esclaves qui suivaient l'armée romaine. On sut par les adjudicataires que cinquante-trois mille tètes avaient été mises à l'encan.

Cette campagne fot terminée par la soumission de l'Armorique à une seule légion que César , sans provocation aucune, avait détachée contre les pays de rOuest. Crassus, qui la commandait^ parcourut la côte de l'Océan, entre l'embouchure de la Seine et celle de la Loire , ne rencontrant ni armée sur pied ni résistance dans les villes. 11 écrivit à César que la Gaule maritime , effirayée de la prompte défaite des Belges , lui avait remis des otages en re- <îonnaissanee de la suprématie de Rome.

Cependant l'hiver comm^^nçait, et César avait hâte de se rendre en Italie afin d'y surveiller ses intérêts. Il fixa donc à ses troupes des quartiers d'hiver. La cavalerie alla dans le^ nord, chez les Belges-Trevires , comme pour les braver et démentir par sa présence les nouvelles défavorables que les auxiUaires s'étaient trop pressés de répandre. Sept légions furent distribuées sur la rive droite de la Loire , chez les Camutes (pays chartrain), les Andes (Anjou), et les Turons (Touraine),

dans le but de surveiller rArmorique , que César, avec raison, ne croyait pas encore soumise. Une autre légion (la douzième) alla hiverner dans les contrées qui s'étendent entre la crête des Alpes et le Rhône, afin de frayer une route sûre au conunerce.

La Gaule entière paraissait ainsi reconnaître la domination romaine à la fin de la seconde année du proconsulat de César. Ses succès avaient été trop rapides pour être décisifs. L'Armorique, surprise plutôt que domptée , se réveilla bientôt , honteuse de s'être avouée vaincue sans avoir combattu. L'armée romaine qui hivernait entre la Loire et la Seine, manquait de vivres. En vain les préfets et les tribuns parcouraient le pays de tous côtés et se rendaient de ville en ville, pressant les envois de provisions. Les Venètes (pays de Vannes) se saisirent des commissaires romains, croyant par là avoir trouvé un moyen infaillible de recouvrer leurs otages. Cet exemple fut imité par les peuples voisins. Bientôt une ligue commune pour la délivrance du territoire réunit toutes les nations maritimes et voisines de la côte, depuis la Seine jusqu'à la Loire. Les confédérés demandèrent du secours dans l'île de Bretagne et en reçurent quelques troupes auxiliaires. Ils signifièrent au général ro-

main un message conçu en ces termes : t Si tu \eux recouvrer tes compagnons , rends-nous nos otages. •

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