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introduisant une foule de costumes et d’ornements variés dans ses tableaux, et en peignant toutes sortes de figures, d’animaux, de fabriques, de grotesques et de paysages, si beaux qu’après sa mort il fut imité par tous ceux qui ambitionnèrent un talent universel: aussi les artistes lui doivent-ils une profonde reconnaissance.
Sa vie nous offre cet effrayant exemple de l’instabilité de la fortune, qui, après avoir poussé un homme au plus haut degré de talent dans un art, le condamne à finir misérablement à l’instant même où il s’attendait à jouir du prix de ses travaux. Ainsi, autant la peinture peut se louer de Polidoro, autant il peut se plaindre de la fortune, qui lui sourit un moment pour le conduire ensuite, de la manière la plus imprévue, à une mort douloureuse (la).
Polydore de Caravage, manœuvre sans ressources et sans instruction première, n’eut besoin que de son génie, et des regards que l’affable Raphaël lui permettait de jeter dans son atelier, pour monter au premier rang. Fortuite éducation , qui , si merveilleuse qu’elle nous paraisse , n’en a pas moins été celle d’un grand nombre d’artistes justement célèbres en Italie. Qu’on s’informe s’il se produit et peut se produire aujourd’hui de tels miracles dans aucune de nos académies, dans aucun de nos ateliers. Cette remarque, comme tant d’autres qu’on a
pu faire déjà, appuiera ce que nous proposons d'établir, touchant l’organisation des ateliers anciens et les incomparables avantages de leur enseignement. — Poîydore de Caravage est un grand maître. L’admiration que le Yasari professe pour ses oeuvres n’a rien d’exagéré, si l’on consent à ne pas prendre au pied de la lettre l’exclamation hyperbolique que lui arrache l’empressement avec lequel les artistes de son temps copiaient à F envi les inventions décoratives. Cet immense concours de reproducteurs studieux qui égare ici la bonne foi de notre auteur s’explique facilement. Polidore et Mathurin doivent être comptés parmi les premiers et les plus actifs prom
travaux de Léon X, combinaisons si riches et si heureuses, que les praticiens de toute l’Europe accoururent à Rome pour s’en approprier le caractère, les motifs et les moyens. Ces combinaisons sont encore en grand crédit. On n’a point cessé de les exploiter à des degrés différents, avec plus ou moins de convenance et de succès. Mais, comme elles sont répandues dans tous les pays par une foule d’imitations , par les dessins et par les gravures ; comme une notable partie des oeuvres primitives a été abolie ; comme les décorateurs , d’ailleurs , voyagent peu aujourd’hui, et ne sont pas tous versés dans les documents de l’histoire de leur art, Polidore et Mathurin ont beaucoup perdu de leur influence nominale. Quant à leur influence effective , même sur les travaux actuels dans leur genre , elle est énorme et incontestable.
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Maintenant , il nous reste , pour ne commettre ici ni injustice ni oubli , à faire remarquer qu’on aurait tort de reporter entièrement à Raphaël la fécondité des exemples et l’efficacité des inspirations, qui formèrent si rapidement et portèrent si haut le talent de Polydore. Tout en devant être compté parmi les élèves de Raphaël , qui l’initia , le dirigea et l’occupa , Polydore procède surtout de Raldassare Peruzzi, de cet homme de science, de génie et de caprice, pour le talent et les infortunes duquel nous avons témoigné, si on se le rappelle, toute notre admiration et toute notre sympathie. Raldassare Peruzzi est l’homme qui mit en œuvre le plus fortement et le plus heureusement , dans les temps modernes , les puissances réunies des trois arts du dessin. Dans cette forte combinaison , sans blesser aucune utilité ni aucune convenance , il sut faire valoir les affections de nos trois arts à la fois. Raldassare créa comme un art nouveau Fart de la décoration , art auquel l’architecture donne les précieux rapports de la science et de l’ordre , auquel la sculpture fournit les grands et lisibles caractères de la beauté et de la pureté des formes , et auquel la peinture prodigue tous les trésors de vie , d’impulsion , de mouvement , de richesse , de variété. Cette combinaison , si intelligemment élaborée , si puissamment cimentée, du Peruzzi, servit de champ aux plus beaux talents dans tout le cours du seizième siècle.
Polydore de Caravage et Mathurin de Florence, avec une exécution plus spéciale , mais aussi avec
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uiie intelligence moins générale, ne furent que d’heureux manipulateurs. Si l’on veut comprendre combien le beau thème posé à l’instinct et au talent décoratif, par le Peruzzi , a été paresseusement et arrogamment négligé et mal entendu, il suffit de considérer la maigreur et la dislocation de nos dernières distributions dans nos palais et dans nos places , et surtout de nous rappeler l’ignorance , le désordre , le manque de caractère , et l’absence de toute vraie richesse dans nos coûteuses et pauvres solennités de ces derniers temps.
NOTES
(1) Polidoro de Caravaggio est nommé Caldara par Lomazzo, Trait., 1. 1, cap. 29.
(2) Cette façade a été détruite.
(3) On comptait deux cent quatre-vingt-trois dessins de Polidoro, dans la collection Crozat.
(4) Cette composition a été gravée en 1581 , par Giovanni Battista Cavalieri.
(5) Ce triomphe a été gravé par Cherubino Albert! , ou du moins par un de ses élèves.
(6) Cette scène a été gravée par Giovanni Battista Galestruzzi, par Laurenziani et par Stefano délia Bella.
(7) Ces figures ont disparu.
(8) La plupart des sujets que Vasari vient d’énumérer ont été gravés.
(9) Au bas de la gravure de ce dernier tableau , publiée par Goltzius , on lit : Postquam communis omnium artificum opinio
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est , ut pictorum tyrones eximium atque singularem facilemque Polidori Caravaggiensis in pingendo modum atque industriam Omni diligentia imitentur, hoc qualecumque est inventum atque evulgatum amorLs ergo iis dedicare voluit H. Goltius.
(10) La façade des Gaddi représentait un pèlerinage d’Égyptiens ou d’Africains. Elle a été gravée en quatre morceaux par Pietro Santi Bartoli, et dédiée par Giovanni Jacopo de’ Rossi à Giovanni Pietro Bellori, célèbre antiquaire.
(11) La fable de Niobé a été gravée par Hans Saenradam, d’après les dessins de son maître Goltzius et par Galestruzzi.
(12) Le Musée du Louvre possède de Polidoro un tableau où il figura l’assemblée des Dieux dans l’Olympe , et des dessins représentant : — La célébration de la Messe. — Les Malheurs de Niobé. — Un Embarquement. — Un Sacrifice. — Une Mère portant son enfant, accompagnée d’une jeune fille. — Des Transports d’armes et de vases , sur des chars traînés par des chevaux et des bœufs. — Une barque remplie de pêcheurs. — Un Combat et des trophées. — Des vaincus implorant la clémence du vainqueur.— Des trophées etdes récompenses décernés à des soldats.
On trouve , dans les galeries du même Musée , cinq dessins de Maturino représentant: — l’Enlèvement des Sabines. — Une attaque de cavalerie et d’infanterie. — Un assaut. — Un sujet inconnu sur le premier plan duquel le Tibre est personnifié. — Le Sanglier de la forêt de Calydon atteint par la flèche d’Atalante.
BARTOLOMMEO DE BAGNACAVALLO ,